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ÉTUDE DIXIÈME
Il y a encore en ceci qiiekjue ehotte cressenliel à observer; c'est qu'elle met, dans les -grandes ^nes d'époavante , le terrible de prè$» eL l'agréable an loin , le l)6iile versement sur la nrier, et la sérénité dans le ciel. £lle donne ainsi une grande extension an sentiment du désordre , car on ne prévoit point de fin à de pareilles tempêtes. Tout dépend de la première impulsion que nous éprouvons. Le sentiment de l'infini qui est en nous, et .'qui veut toujours se propager au loin, cherche à •fuir le mal physique qui l'environne; mais re- ■ poussé, en quelque sorte, par la sérénité de l'ho- ; rizon trompenr, il revient sur lui-môine , et donne ' plus de profondeur aux affections pénil)les qu*n éprouve, dont la source lui paraît invariable. Tel est le géant des tempêtes, qne la nature avait placé à l'entrée des mers de l'Inde, et que le Camoéns a si bien décrit. La nature produit des effets contraires dans nos climats ; car elle redouble, Thiver, notre repos dans nos maisons, en couvrant le ciel de nuées sombi^ et pluvieuses. Tout dépend de la première impulsion que reçoit l'ame. Lucrèce a eu raison de dire que notre plaisir et notre sécurité augmentent sur le rivage à la vue d'une tempête. AiiiS2^ un peintre qui voudrait renforcer, daiB un tabieau , l'agrément d'un paysage et le bonheur de ses habitans , n'aurait qu'à représenter au loin un vaisseau battu par les vents et par uijê jner imtëfT le bonheur des bergers y troublerait jMMjema^ heur des matelots. Mi(i ss'il voulait, au contraire, augmenter l'horrèùr d'une tempête, il faudrait qu'il opposât au malheur des matelots le bonheur des beins^, et quH mit le vaisseau entre le speclatenr et le paysage. Le premier sentiment dépend^' lie la .première impulsion; £tJà£QudxoaUa9(§nt 'd^ la scène, loin de ie dénaturer^ ne fait qug lui donner/^ns d'énergie en le répercutant sur lujj^ même. Ainsi on peut, avec les mêmes objets placés diversement, produire des effets directement opposés.
Si la nature, en plaçant quelques liaruionies agréables dans des scènes de discorde , en redouble la confusion, telles que la couleur verte dans les écneils de la Juive, ou l'azur dans les tempêtes du Cap , elle jette souvent quelque discordance dans ses concerts les plus aimables, pour en relever l'agrément. Ainsi, une chute d'eau bniyante qui se précipite dans une tranquille vallée, ou un âpre et noir rocher qui s'élève au milieu d'une plaine de veitlnre, ajoute à la beauté d'un paysage. C'est ainû qu'on signe sur un beau visage le rend plus piquant. D'habiles artistes ont imité lieureosement ces contrastes harmoniques. Quand Callot a voulu redoubler l'horreur de ses scènes Infernales, il a
mis, au milieu de leurs démons , la têic d'une jolie femme sur la carcasse* d'un animal. Au contraire, de fameux peintres, chez les Grecs, pour rendre Vénus plus intéressante, la repivsentaieiit avec les yeux un peu louches.
La nature n'emploie d'affreux contrastes que pour éloigner Thomnie de quelque site périlleux. Dans tout le reste de ses ouvrages, elle ne rassemble que des médium harmoni(iues. Je ne m'engagerai pas dans l'ejLamen de leurs divers concerts; c'est un sujet d'une richesse inépuisable. Il suffît à mon ignorance d'avoir indiqué (juelques-uns de leurs principes. Cependant j'essaierai de tracer une légère esquisse de la manière dont elle hamionit^ nos noolssons, qui, étant les ouvrages de notre agriculture, semblent livrées à la monotonie qui cara'térise la plupart des ouvrages de l'homme.
Il est d'abord remarquable que nous' y trouverons cette charmante nuance de vert, qui naît dt* l'alliance de deu \ couleurs prinM>rdiales opposées, qui sont le jaune et le lileu. Cette couleur liarnionique se décompose à son tour par une autre métamorphose, vers le temps de la moisson , en trois couleurs primordiales, qui sont le jaune des blés, le rouge des coquelicots et l'a/lir des Muets. Cen deux filantes se trouvent toujoun^ dans les blés de l'Europe, quelque soin que les laboureurs prennent de les sarcler et de les vanner. Elles forment, par leur liarmonie , une teinte pourpre très riclie , qui se détache admirablement sur la couleur iauve des moissons. Si on étudie ces deux plantes à part, on trouvera entre elles beaucoup de contrastes particuliers; car le bluet a ses feuilles menues , et ie pavot les a larges et découpées : le bluet a les corolles de ses fleurs rayonnantes et d'im bleu tendre, et le pavot a les siennes larges et d'un rouge foncé; le bluet jette ses tiges divergentes, et le pavot les porte droites. On trouve encore dans les blés la nielle , qui s'élève à la hauteur de leurs épis, avec de jolies fleurs purpurines en trompette; et le convolvulus À fleurs couleur de chaûr, qui grimpe autour de leurs chalumeaux , et les entoure de verdure comme des thyrses. Il y a encore plusieurs antres végétaux cfui ont coutume d'y croître, et d'y former d'airrâbles contrastes ; la plupart exhalent de douces odeurs; et quand le vent les agite, vous diriez, à leurs ondulations, d'une mer de verdure et de fleurs. Joignez-y un certain frissonnement d'épis fort agréable, qui invite au somnieil par un doux murmure.
Ces aimables forêts ne sont pas sans habitans. On voit courir sous leurs ombrages le scarabée vert À raies d or, et le nxmooéros couleur de café brAlé. Ce dernier insecte se plaît dans les fumiers
AUTRES LOIS DE LA NAimE.
ile dieval , et il fiorte sur sa tô(e un soc donl il. remue la terre comme un laboureur. Il y a encore plusieurs contrastes charmans dans les mouches et les papillons qui sont attirés par les fleurs des moissons, et dans les mœurs des oiseaux qui les habitent.'L'hirondelle voyageuse plane sans cesse à leur surÊicc ondoyante comme sur un lac, tandis que l'alouette sédentaire s'élève à pic au-dessus d'elles, en chantant à la vue de son nid. La perdrix domiciliée et la caille passagère y nourrisseut également leurs petits. Souvent im lièvre place son gite dans le voisinage , et y broute en paix les laiterons.
Ces animaux ont avec l'homme des relations d'utilité, par leur fécondité et leurs fourrures. Il est remarquable qu'on les trouve dans toutes les moissons de l'Europe , et que leurs espèces sont variées comme les différens sites que l'homme devait liabiter ; car il y a des espèces différentes de cailles, de perdrix , d'alouettes , d'hirondelles et de lièvres, pour les plaines, les montagnes, les landes, les prairies, les forêts et les rochers.
Quant aux blés, ils ont des rapports innombrables avec les besoins de l'homme et de ses animaux domestiques. Ils ne sont ni trop hauts ai trop bas pour sa taille. Ils sont faciles à manier et à recueillir. Us donneiit des grains à sa poule, du soo à soD porc, du fourrage et des litières à son cheval et à son bœuf. Chaque plante qui y croit a des verdis particulièrement assorties aox maladies auxquelles les laboureurs sont sujets. Le pavot des dianips guérit la pleurésie , il procure le sommeil, •1 apaise les hémorrhagies et les crachemens de sang. Le Muet est diurétique, vulnéraire, cordial et rafraicliissant ; il guérit les piqikres des bêles venimeuses et l'intlammalioa des yeux. Ainsi un laboureur trouve toute sa pharmacie dans ses giiérels.
La culture des blés lui présente bien d'autres concerts agréables avec la vie humaine. Il connaît à leurs ombres les heures du jour, à leurs accroissemeos les rapides saisons; et il ne compte ses années fugitives que par leurs récoltes innocentes. Il ne craint poUit, comme dans les villes, on hymen infidèle ou une postérité trop nombreuse. Ses travaux soni toujours surpassés par les bienfaits de la nature. Dès que le soleil est au signe de la Vierge, il rassemble ses parens , il invite ses voisins ; et «lès Taorore il entre avec eux , la faucille à la main, dans ses blés mûrs. Son cœur palpite de joie en voyant ses geii)es s'accumuler, et ses enfons danser autour d'elles, couronnés de bluets et ^ oo* qnelieoU : leurs jeux lui rappellent oeiixdeaoh premier âge , et la mémoire de ses vertneux tneètres, qu'il espère revoir im jour dans on monde
plus heureux. Il ne doute pas qu*il n*y ait un Dieu, à la vue de ses moissons ; et aux douces époques qu'elles ramènent à son souvenir, il le remercie d'avoir lié la société passagère des hommes, par une chaîne éternelle de bienfaits.
Prés fleuris, majestueuses et murmurantes forêts; fontaines moussues, sauvages rochers fréquentés de la seule colombe; aimables solitudes , qui nous ravissez par d'ineffal^es concerts, heureux qui pourra lever le voile qui couvre vos charmes secrets ! mais plus heureux encore celui qui peut les goûter en paix dans le patrimoine de ses pères!