‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 96 sur 213 · AUTRES LOIS DE LA NATURE · texte numérisé non relu

AUTRES LOIS DE LA NATURE

rupe s'eti Cût par le nord , comme l'a fort bien prouvé k baron de Slralenberg, Suédois, exilé, après la bataille de Pultava dans la Sibérie, dont il nous a donné une savante description. U dit qu'on y peut suivre encore à la trace la route des anciens Iiwlifns qui remontaient le fleuve Peizora, qui va se décharger dans la mer Blanche. On trouve , le long de ses bords, plusieurs de leurs tombeaux , qui renferment quelquefois des manuscrits ccriis sav des étoffes de soie, en langue du Tbibet ^ et Ton aperçoit sur les rochers de ses rivages des caractères qu'ils y ont tracés en rouge inefKiçable. De ce fleuve ils gagnaient, avec des barques de cuir, |iar les lacs, la mer Baltique , ou côtoyaient les côtes septentrionales et occidentales de l'Etu-ope. Cette route était connue aux Indiens du temps même des Romains, puisque Cornélius Nepos rapporte qu'un roi des Suèves lit présent à IVIetellus Celer de deux Indiens que la tempête avait jetés, avec leur canot de cuir, sur les cotes voisines de rembôochure de l'Elbe. On ne peut pas se figurer ce que les Indiens, liabitaiis d'un pays chaud, idlaient chercher si loin au nord. Qu'auraient-ils foit, dans l'Inde , des fourrures de la Sibérie?. Il parait qu*ils allaient y ciiercher de l'or, qui pouvait alors y être commun à la surfoce de la terre.

Quoi qu'il en soit , on peut présumer de ce que les mines d'or sont placées dans les lieux les plus élevés du continent , que leturs matrices recueillent clans l'atmosphère les parties volatilisées de l'or, <|ui s'y élèvent avec les émanations fossiles et aquatiques que les vents y apportent de toutes parts. .%!als elles exercent sur les hommes des attractions encore bien plus fortes.

U semble que la nature, en ensevelissant les foyers de ce riche métal sous des neiges , ait voulu lui donner des remparts encore plus inaccessibles que le sein des rodiers, de peur que la cupidité (les hommes ne vint enfin à bout de les détruire entièrement. Il est devenu le plus fort lien de nos sociétés , et rd)jet perpétuel des travaux de notre vie .si rapide. Hélas! si la nature voulait punir aujonrd*hui cette soif insatiable des nations de l'Europe pour un métal aussi inutile aux véritables besoins (le l'homme, ce serait de changer le territoire de quelqu'une d'entre elles en or. Tous les autres fieuf^ y accourraient bientôt , et ne tarderaient |ias à en exterminer les habitans. Les Péruviens et les Mexicains en ont feit une cruelle expérience.

n y a des métaux moins estimés, mais bien plus utiles, dont les attractions élémentaires pourraient |ieut-être nous procurer de grandes commodités.

I^es pitons des montagnes et leurs longues crêtes Miiit remi>lis, ainsi que nous l'avons vu , de fer ou

de cuivre mélangé d'un corps vitreux , de granit ou de quartz , qui atUre les pluies et les orages connue de véritables aiguilles électriques. U n'y a point de marin qui n'ait vu mille fois ces pitons et ces crêtes couverts d'un chapeau de unages qui se llxe tout autour^ et les fiadt souvent disparaître à la vue , sans en soupçonner la cause. D'un autre côté, nos savans ont pris sur les cartes' ces escarpeinens pour les débris d'une terre primitive, sans se douter de leurs effets. Ils auraient dû observer que ces pyramides et ces crêtes métalliques, ainsi que la plupart des mines de fer et de cuivre, se rencontrent toujoiu^ aux lieux élevés, et à la source de tous les fleuve, dont elles sont les causes premières par leurs attractions. L'inattention générale à ce sujet vient de ce que les marins observent et ne raisonnent |)oint, et que les savans raisonnent et n'observent point. Certainement si l'expérience des uns avait été jointe à la sagacité des autres, il en serait né des prodiges. Je suis persuadé qu'à l'imitation de la nature , on pourrait venir à bout de former, avec des pierres électriques , des fontaines artificielles qui attireraient les nuages pluvieux dans des lieux secs et arides , comme les chaînes et les barres de fer attirent les orages. A la vérité , il faudrait que des princes fissent les frais de ces grandes et utiles expériences ; mais elles consenreraient leur mémoire à jamais. Les pharaons, qui ont bâti les pyramides de FEgypte, ne se seraient pas attiré les malédictions de leurs peuples^, comme le dit Pline, pour des travaux énormes et inutiles, s'ils avaient élevé, dans les sables de la liaute Eg}pte, quelque pyramide électrique qui y eàt formé ime fontaine artificielle. L'Arabe qui viendrait y boire aujourd'hui bénirait encore leurs noms, qui étaient d^a oubliés et inconnus du temps des Romains, suivanC le témoignage de Plûie. Pour moi , je pense que plusieurs métaux seraient propres à produire de pareils effets. Un officier supérieur au service du roi de Prusse m'a raconté qu'ayant remarqué que le plomb attirait les vapeurs , il se servit de son attraction pour assécher l'atmosplière d'un magasin à poudre. Ce magasin avait é:é construit sous terre , dans la gorge d'un bastion, et on n'en pouvait faire usage à caiise de son humidité. Il fit doubler d'une voôte de |)lomb le dessus de la chaipente on étaient posés les barils de poudre : les vapeurs du souterrain s'y rassemblèrent par gouttes , se répandirent en rigoles sur les côtés , et laissèrent les barils à sec. Il est à présumer que duique qnétal et chaque fossile a sa répulsion comme son attraction; car ces deux lois se rencontrent toujours ensemble. Les contraires se cherchent.

ÉTUDE DIXIÈME

Il y a encore une multitude d'autres lois liannoniques inconnues; telles sont les proportions des grandeurs et des durées de Texistence dans les êtres végétatifs et sensibles , qui sont trës-^ifTérentes, quoique leurs nourritures et leurs climats soient les mêmes. L*homme , dans sa jeunesse , voit mourir de vieillesse le chien son contemporain, et la brebis qu'il a nourrie étant agneau. Quoique le premier ait vécu à sa table, et Tautre des herbes de son pré, ni la fidélité de Tun ni la sobriété de Tautre n'ont pu prolonger leurs jours , tandis que des animaux qui ne vivent que de charognes et de rapines vivent des siècles, comme le corbeau. On ne peut se guider dans ces recherches qu'en suivant l'esprit de convenance qui est la base de notre propre raison, comme il l'est de la raison de la nature. C'est eu ie consultant que nous verrons que si tel animal camassiervit long-temps, conuue le corbeau, c'est que ses services et son expérience sont long-temps nécessaires pour nettoyer la terre dans des lieux dont les immondices se renouvellent sans cesse , et qui sont souvent à de grandes distances. Si au contraire un animal innocent vit peu , c'est que sa diatr et sa peau sont nécessaires à l'homme. Si le chien de la maison met souvent au désespoir, par sa mort, nos cnfans dont il a été le commensal et le contemporain , sans doute la nature a voulu leur donner, par la perte d'un animal si digne des affections du cœur humain , les premières expériences des privations dont la vie humaine est exercée.

Quelquefois la durée de la vie d'un animal est proportionnée à la durée du végétal qui le nourrit. Une multitude de chenilles naissent et meurent aveeles feuilles qu'elles pâturent. Il y a des Insectes qui n'existent que cinq heures : tel est l'épliémère. Cette espèce de mouche , grande comme la moitié du petit doigt, nait d'un ver fluviatile, qu'on trouve particulièrement aux emboudiures des fleuves , sur les bords de l'eau , dans la vase, oii il cretise des^yaux pour y chercher sa subsistance. Ce ver vit trois ans, et ao bout de ce terme, vers la Saint-Jean , il se change presque subitement en mouche , qui parait au monde sur les six heures du soir, et meurt à onze heures de nuit. Il n'avait besoin que de ce temps pour s'accoupler et déposer ses œufs sur les vases découvertes. Il est très-remarquable qu'il s'accouple et fait sa ponte précisément dans le temps des plus basses marées de l'année, lorsque les fleuves découvrent à leurs embouchures la plus grande partie de leur lit. Il reçoit alors des ailes pour aller déposer ses œuh aux lieux que les eaux abandonnent , et pour étendre, comme moudie , le domaine de sa postérité dans le temps où , comme ver, il a le moins de terrain. J'ai remarqué

aussi , dans le dessin et lés coupes microscofilques qu'en a donnés le savant Thévenot dans 1^ dernières parties de sa collection , que, dans l'état de mouche, il n'a aucun des organes extérieurs et intérieurs de la nutrition. Ils lui auraient été inutiles pour le peu de temps qu'il avait à' rivre.

I^ nature n'a rien fait en vain. Il ne feut pas croire qu'elle ait créé des vies instantanées , et des êtres infiniment petits, pour remplir les chaînes imaginaires de l'existence. Les philosophes qui lui supposent ces prétendus plans d'universalité que rien ne démontre, et qui la fbnt descendre dans l'infiniment petit par des intentions aussi frivoies» la font agir à peu près comme une mère qui donne pour jouets à ses ehfhns de petits carrosses et de petits meubles qui ne servent à rien , mais qui sont faits à l'imitation de ceux du ménage de la maison.

Les haines et les instincts des animaux émanent (les lois d'un onire supérieur, qui nous seront toujours impénétrables dans ce monde; mais quand ces convenances intimes nous échappent , il faut les rapporter, ainsi que les autres , à la convenance générale des êtres, et surtout à celle de l'homme. Rien n'est si lumineux, dans l'étude de la nature, que de référer tout ce qui existe à la bonté de Dieu et aux besoins de l'homme. Non-seulement cette manière de voir nous découvre une nmltitude de lois inconnues, mais elle donne des bornes à celles que nous connaissons , et que nous croyons universelles. Si la nature, par exemple, était régie par les seules lois de l'attraction, comme le sup- |K)sent ceux qui en ont fait la base de tant de systèmes, tout y serait en repos. Les corps, tendant vers un centre commun , s'y accumuleraient et se rangeraient autour de lui, en raison de leur pesanteur. Les matières qui composent le globe seraient d'autant plus pesantes , qu'elles approcheraient davantage du centre , et celles qui sont à sa surface seraient mises de niveau. Le bassin des mers serait comblé des débris des terres ; et cette vaste architecture, formée d'harmonies si varices, ne présenterait bientôt plus qu'un globe aquatique. Tons les corps , enchaînés par une chute commune, seraient condanmés à une étemelle immobilité. D'un autre côté , si la loi de projection qui sert à expliquer les mouvemens des astres, en supposant qu'ils tendent à s'échapper, par la tengente, de la courbe qu'ils décrivent ; si, dis-je , cette loi avait lieu , tous les corps qui ne sont pas adhérens à la terre s'en éloigneraient comme les pierres s'édiappent des frondes ; notre globe lui-même, obéissant à cette loi, s'éloignerait du soleil pour jamais. Tantôt il traverserait , dans sa route inflnie, des

AUTRES LOIS DE LA xNAÏLKE.

espMes innneiises où on n'aperoevrail aucun astre | peudanl le oonrs de plusieurs siècles; lanldt, ira- ' versant les Henx où le hasard aurait rassemblé les tuatrices de la création , il passerait an milieu des liaities élémentaires des soleils , agrégées par les lois centrales de raltractiou, ou dispersées en étincelles et en rayons par celles de la projection. Mais en supposant que ces deux forces contraires se soient combinées assez heureusement en sa &veur pour le fixer, avec son tourbillon , dans un coin du firmament y on ces forces agissent sans se détruire, il présenterait son équateur au soleil avec autant de reliante qu'il décrit son cours annuel autour de lui. On ne verrait jamais résulter de ces deux mouvemens constans cet autre mouvement si varié , par lequel il incline chaque jour un de ses pôles vers le soleil , jusqu'à ce que son axe ait formé sur le plan de son cercle annuel un angle de vingttrois degrés et demi; puis cet autre mouvement rétrograde, par lequel il lui fHésenteavec la même régularité le pôleopposé.Loin de lui offrir attemativeuient ses pôles, afin que sa dialeur féconde en fbnde les glaces tour à tour, il les tiendrait ensevelis dans des nuits et des hivers étemels, avec une partie des zones tempérées, tandis que le reste de sa circonférence serait brûlé par les feux trop constans des tropiques.

Mais quand on supposerait , avec ces lois constantes d'attraction et de projection, une troisième loi versatile qui donne à la terre le mouvement qui produit les saisons, et une quatrième qui lui donne son mouvement diurne de rotation sur elle-même, et qu'aucune de ces lois si opposées ne surpassât jamais les autres , et ne la déterminât à la fin à obéir à une seule impulsion, on ne pourrait jamais dire qu'eUes eussent déterminé les formes et les uKNivemens des corps qui sont à sa surface. D'aliord , la force de projection on centrifuge n'y aurait laissé aucun de ceux qui en sont détadkés. D'un autre côté, la force d'attraction ou la pesanteur n'eôt pas permis aux montagnes de s*élever, et encore moins aux métaux qui en sont les parties les plus pesantes d'être placés à leurs sonunets, on on les trouve ordinairement. Si on suppose que ces lois soient V ultimatum du hasard , et qu'eUes s:e soient tellement combinées qu'eUes n'en forment plus qu'une seule, par la même raison qu'elles font juouvoir la terre autour du soleil , et la lune autour de la terre, eUes devraient agir de la même manière sur les corps particuliers qui sont à la surface du globe.

On devrait voir les rochers isolés, les fruits détacliés des arbres, les animaux qui n'ont point de IpifTes tourner autour de lui en l'air , comme nous |

voyons les parties qui composent l'anneau de Saturne tourner autour de cette planète. C'est la pesanteur, répète-t-on,qui agit uniquement à la surface du globe, qui empêche les corps de s'en détacher. Mais si elle y absorbe les autres puissances, pourquoi a-t-elle permis aux montagnes de s'y élever, conmie nous l'avons déjà dit? Gomment la force centrifuge a-t-elle soulevé à one liauteur prodigieuse la longue crête des CordUières , et laisse-t-elle immobile l'écharpe volatile de neige qui la couvre? Pourquoi, si l'action de la pesanteur est aujourd'hui universelle , n'infloe-telle pas sur les corps mous des animaux, lorsque, renfermés dans le sein maternel ou dans l'œuf, ils sont dans un état de fluidité ? Tous les nombreux enÊins de la terre, animaux et végétaux, devraient être arrondis en boule, comme leur mère. Les parties les plus pesantes de leur corps de\Taienl au moins être situées en bas , surtout dans oeox qui se remuent; au contraire, elles sont souvent en liaut, et soutenues par des jambes bien plus Itères (|ue le reste de Paninial, comme on le voit au cheval et au bœuf. Quelquefois elles sont entre la tête et les pieds, comme à l'autruche; ou à l'extrémité du corps, dans la tête, comme à l'homme. D'autres animaux, tels que les tortues , sont aplatis ; d'au» 1res, tels que les reptiles, sont allongés eu forme de fuseau; tous enfhi ont des formes infiniment variées. Les végétaux mêmes, qui semblent entièrement soumis à l'action des élémens, ont des configurations diversifiées à l'infini. Mais comment les animaux ont-ils en eux-mêmes les principes de tant de mouvemens si différens? Comment la pesanteur ne les a-t-elle pas cloués à la surface de la terre? Ils devraient tout au plus y ramper. Comment se fait-il que les lois qui régissent le eonrs des astres, ces lois dont on étend aujourd'hui Finfluence jusqu'aux opérations de notre ame, permettent aux oiseaux de s'élever dans les airs, de vol^ à leur gré à l'occident, au nord, au midi, malgré les puissances réimies de l'attraction et de la projection du globe?

C'est la convenance qui a réglé ces lois, et qui en a généralisé ou suspendu les effets, suivant les besoins des êtres. Quoique la nature emploie une infinité de moyens, elle ne permet à l'homme d'en connaître que la fiu. Ses ouvrages sont soumis à des destructions rapides; mais elle lui laisse toujours apercevoir la constance immortelle de ses plans. Cesl là qu'elle veut arrêter son esprit et son cœur. Elle ne veut pas l'homme ingénieux et superbe; elle le veut heureux et bon. Partout elle affaiblit les maux nécessaires, et partout elle multiplie les biens souvent superflus* Dans sjs harmo-

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KTLDE DIXIÈME.

nies foroiées lie contraires, elle a opposé l'empire de la mon à celui de la vie ; mais la vie dure tout un âge , et la mort un instant. Elle fait jouir riiomme long-temps des déveluppemens si agréables des êtres ; mais elle lui cache, avec des précautions maternelles, leurs étals passagers de dissolution. Si un animal meurt, si des plantes se décomposent dans on marais, des émanations putrides et des reptiles d'une forme rebutante nous en écartent. Une infînilé d'êtres secondaires sont créés pour en hâter les d^mpositions. Si les montagnes et les rochers caverneux offrent des apparences de ruine, les hiboux , les oiseaux de proie , les liêtes fèroœs qui y font leurs retraites, nous en éloignent. La nature repousse loin de nous les spectacle et les ministres de la destruction , et nous invite à ses harmonies. Elle les multiplie, suivant WM besoins , bien au-delà des lois qu'elle semble s'être prescrites, et de la mesure que nous devions en attendre. C'est ainsi que les rochers arides et stériles répèlent par leurs échos les murmures des eaux et des forêts, et que les surfaces planes des eaux, qui n*ont ni forêts ni collines , en représentent les couleurs et les formes dans leurs reflets.

C'est par une suite de cette bienveillance surabondante de la nature, que l'action du soleil est multipliée partout où elle était le plus nécessaire , ei qu'elle est affaiblie dans tous les lieux où elle aurait été nuisible. Le soleil est d'abord cinq ou six jours de plus dans notre hémisphère septentrional, parce que cet hémisphère renferme la plus grande partie des oontinens, et qu'il est le plus habité. Son disque y parait sur l'horizon avant qu'il s )it levé, et après qu'il est couché ; ce qui, joint à ses crépuscules, augmente considérablement la grandeur naturelle de nos jours. Plus il fait froid, plus la réfraction de ses rayons s'étend; voilà pouiquoi elle est plus grande le matin que le soir, l'hiver que Tété , et au commencement du printemps qu'à celui de l'automne. Quand l'asire du jour t[ioii8 a quittés , pendant la nuit, la lune vient nous réfléchir sa lumière , avec des variétés dans ses phases , qui ont des rapports encore ignorés avec un grand nombre d'espèces d'animaux, et surtout de poissons, qui ne voyagent que la nuit aux époques qu'elle leur indique. Plus le soleil s'éloigne d'un pôle, plus ses rayons y sont réfractés. Mais qoand il l'a abandonné tout-à-fait, c'est alors que sa lumière y est suppléée d'une manière admirable. D'diDrd la lune, par un mouvement incompréliensible, va l'y remplacer, et y parait perpétoelleaient sur l'horizon sans se coucher, comme l'observèrent , en i 596 , à la Nouvelle-Zemble , les iiialheareux Hollandab qui y passèrent l'hiver par

le 76" degré de latitude septeutiionale. Cest daiii^ ces afTreux climats (|ue la nature multiplie ses ressources, pour rendre aux êtres sensibles le bénéfice de la lumière et de la chaleur. Le ciel y est éclairé d'anrores boréales qui lancent jusqu'au zénith des rayons d'une lumière dorée , blanche , rouge ei mouvante. Le pôle y étincelle d'étoiles pins lomineuses que le reste du firmament. Les neiges qui y couvrent la terre en abritent une partie des plantes, et, par leur éclat, affaiblissent l'obscurité de la nuit. Les arbres y sont revêtus de mousses épaisses (|ui s'enflamment à la moindre étincelle : la terre même en est tapissée, surtout dans les bois, à une si grande hauteur, qu'il m'est arrivé plus d'une fois d'enfonceren été jusqu'aux genoux dans ceux de la Russie. Enfin, les animaux qui y habitent sont revêtus de fourrures jusqu'au bout des ongles. Lorsqu'il s'agit ensuite de rendre la chaleur à ces eÛmats, le soleil y reparaît bien longtemps avant son terme naturel. Ainsi , les Hollandais dont j'ai parlé le virent avec surprise sur l'horizon de la Nouvelle Zemble le 24 janvier, c'est-àdire quinze jours plus tôt qu'ils ne s'y attendaient. Sa vue inespérée les remplit de joie, et déconcerta les calculs de leur savant pilote , l'infortuné Barents. C*est alois que l'astre du jour y redoubljs sa clialeur et sa lumière pai^ les parélies, qui, comme autant de miroirs formés dans les nuages., réfléchissent son discpie sur la terre. Il appelle de l'Afrique les vents du sud, qui, passant sur le Zara , dont les sables sont alors embrasés par le voisinage du soleil à leur zénith , se chargent de particules ignées, et viennent heurter, comme des béliers de feu, cette effroyable coupole déglace qui couvre l'extrémité de notre hémisphère. Ses énormes voussoirs, dissous par la chaleur de ces vents , et ébranlés par leurs violentes secousses, se détachent par quartiers aussi élevés que des montagnes; et flottant au gré des courans qui les entraînent vers la ligne , ils s'avancent quelquefois jus(|u'au 45' degré , en rafraîchissant les mers méridionales par leurs vastes effusions. Ainsi les glaces du pôle donnent de la fraîcheur aux mers chaudes de T Afrique, comme les sables de l'Afrique donnent des venLs chauds aux glaces du pôle. Mais, comme le froid est à son tour un trèsgrand bien dans la zone torride, la nature emploie mille moyens pour en étendre l'influence dans cette zone, et pour y affaiblir la chaleur et la liunière du soleil. D'abord, elle y détruit les réfractions de l'atmosphère: le soleil n'y a presque point de ci^puscule avant son lever, et surtout après son oouclier. Lorsqu'il est au zénith, il se voile de nuages pluvieux qui ombragent la terre, et qui la rafral-

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