AUTRES LOIS DE EA SATURE
chuisenl par leurs eaux; de plu», ces nuances éianl souvent orageux, les explo.siuus de leurs feux dilatent la ooudie supérieure de ralmosphère, qui est glaciale à deux mille cinq cents toLses dVlévation sous la ligne , comme on le voit aux neiges qui couvrent perpélueUeraent, à oelle.liauteur, le sommet de quelques montagnes des Cordilières. Ils font couler, par leurs explosions et par leurs secousses, des colonnes de cet air congelé de l'atmosphère supérieure dans l'inférieure, qui en est subitement rafraîchie , c jmme nous l'éprouvons en été dans 1106 climats, immédiatement après les orages. Les effusions des glaces des paies rafraîchissent de même les mers du midi, et les vents polaires soufflent fréquemment sur les parties les plus cliaudes de leurs rivages. La nature a placé de plus dans le sein de la zone torride, et dans son voisinage, des cliaines de montagnes à glace, qui accélèrent et redoublent les effets des vents polaires , surtout le long des mers, où la fermentation était le plus à craindre par les alluvions des corps des animaux et des végétaux que les eaux y déposent sans cesse. Ainsi la chaîne du mont Taurus, toujours couverte de neige , commence en Afrique sur les rivages brdlans du 2^ra, et, côtoyant la Méditerranée, passe en Asie , où elle jette çà et là de longs bras qui embrassent les golfes de Tocéau Indien. De même, en Amérique, la hmgiie chaîne des Cordilières du Pérou et du Chili, avec les crêtes élevées dont elle traverse le Brésil , rafraîchit les longs et bri^lans rivages de la mer du Sud et du golfe du Mexique.
Ces dispositions élémentaires ne sont qu'une fiartie des ressources de la nature pour tempérer la clialeur dans les pays cliauds. Elle y ombrage la terre de végétaux rampans et d'arbres en parasols, dont quelques-uns , couune les cocotiers des lies Séclielles , et les talipols de Ceylan , ont des feuilles de douze â quinze pieds de long, et de sept à huit de largeur.
Elle y couvre le^ animaux de poils ras, et les colore, en général, ainsi que la verdure, de teintes sombres et rembrunies, aûn de diminuer les reflets de la clialeur et de la lumière. Cette dernière considération nous engage a faire tel quel- ((ues réflexions sur les effets des couleurs : le peu que nous en dirons nous convaincra que leurs générations ne sont pas produites au hasard , que c'est par des raisons tr^-sages que la moitié d'entre elles vont, en se composant, vers la lumière, et l'autre moitié, eu se décomposant, vers les ténèbres, et que toutes les harmonies de ce monde naiii^nt de clioses contraires.
Les naturalistes regardent les couleurs connue
des accidens. Mais si nous considérons les iisage^ généraux où les emploie la nature , nous serons persuadés qu'il n'y a pas même sur les roclien une seule nuance de placée en vain. Observons d'abord les principaux effets des deux couleurs extrêmes, la blanche et la noire, par rapport à la lumière. L'expérience prouve que, de toutes les couleurs, la blanche est celle qui réfléchit le mieux les ra^Dus du soleil , parce qu'elle ks renvoie sans aucune atteinte, aussi purs qu'elle les reçoit; et la nuire , au contraire, est la moins propre à lear réflexion , parce qu'elle les éteint. Voilà pourquoi les jardiniers blanchissent les murs de leurs espaliers, p )ur accélérer la maturité de leurs fruits par (a réverbération du soleil, et que les opticiens noircissent les parois de la chambre obscure, afin ' que leurs reflets n'altèrent pas le tableau lumineux qui s'y peint
La nature , en conséquence , emploie fréquemment, au nord, la couleur blanche pour augmenter la lumière et la chaleur du soleil. La plupart des terres y sont blanchâtres , ou d'un gris clair. Les roches, les sables, y sont remplis de mica et , de parties spéculaires. De plus, la bbncheur des neiges qui les couvrent en hiver, ei les parties vitreuses et cristallines de leurs glaces , sont trèspropres à affaibihr l'action du froid , en y réfléchissant la lumière et la chaleur de la manière la plus avantageuse. Le^ troncs des bouleaux , qui y composent la plus grande partie des forêts, ont Técorce blanche comme du papier. Dans quelques endroits même, la terre est tapissée de végétaux tout blancs, a Dans la partie orientale , dit un sa- D vant Suédois, des hautes montagnes qui sépan rent la Suède de la Norw^e , exposée à la plus » grande rigueur du froid , il y a une forêt épaisse, » et singulière en ce que le pin qui y croit est » rendu noir par une espèce de lichen' lilaroeuteux » (|ui y pend en abondance , tandis que la terre » est couverte, partout aux environs, d'un lichen » blanc qui imite la neige par son éclat *,^ La nature y domie la m^me couleur à là plupart des animaux , comme aux ours blancs , aux loups , aux perdrix , aux lièvres, aux hermines ; les autres y^ blanchissent sensiblement en hiver , tels que les renards et les écureuils , qui sont roux en été et petit-gris en hiver. Si nous considérions même la figure filiforme de leurs poils , leur vernis et leur transparence , nous verrions qu'ils sont formés de la manière la plus propre à réfléchir et à réfiranger les rayons lumineux. On n'en doit pas considérer la blancheur comme une .dégénération our
* Extrail df V/fUMrenatureJie du renne . par Charlen. Fcédéric Uotnierg , u-aduit |nu; M. le cheralirr de K(Hr«lio«
ÉTUDE DIXIÈME
un affilîblisseineni de ranimai , ainsi que l'onl fait les naturalistes, par rapport aux cheveux des hoinuies, qui biancliissenl dans la vieilles^ par un défout de substance, disent-ils; car il n'y a rien de si touffu que la plupart de ces fourrures, ni rien de si vigoureux que les animaux qui les portent. L'ours blanc est une des plus fortes et des plus terribles bétes du m;)nde ; il faut souvent plusieurs coups de fusil pour Tabatlre.
La nature, au contraire, a coloré de rouge , de bleu , et de teintes sombres et noires , les terres , les végétaux, les animaux, et même les hommes (|ui habitent la zone torride, pour y éteindre les feux de Tatmosphère brûlante qui les environne. Les terres et les sables de la plus grande partie de l'Afrique, située entre les tropiques, sont d'un rouge brun , et les rochers en sont noirs. Les Iles de France et de Bourbon , qui sont sur les lisières de cette zone, ont en général cette nuance. J'y ai vu des poules et des perrociuels , dont non-seulement le plumage, mais la peau était teinte en noir. J'y ai vu aussi des poissons tout noirs, sur-tout parmi les espèces qui vivent à fleur d'eau sur les récifs, telles que les vieilles et les raies. Comme les animaux blanchissent eu hiver, au nord, à mesure que le soleil s'en éloigne, ceux du midi se colorent (le teintes foncées ù mesure que le soleil s'approche d'eux. Quand il est au zénith , les moineaux du pays ont des pièces d'estomac et les plumes de la tête toutes rouges. Il y a des oiseaux qui y changent de couleur trois fois par an , ayant , pour ainsi dire , des habits de printemps , d'rté et d'hiver, suivant cjue le soleil est à la ligne, au tropique du Cancer ou à celui du Capricorne ^'.
Il y a encore ceci de très-remarquable et de conséquent à l'emploi que la nature fait de ces couleurs au nord et au midi; c'est que, par tout pays, l:i partie du corps d'un animal qui est la plus blanche est le ventre , parce cju'il faut plus de chaleur au ventre pour la digestion et les autres fonctions; et au contraire la tête est partout la plus fortement colorée, surtout dans ceux des pays chauds, parce que cette partie a le plus besoin de fraîcheur dans l'économie animale.
On ne peut pas dire que les ventres des 5inimanx conservent leur blancheur parce qu'ils sont a!)rilés du soleil , et que leurs têtes se colorent parce qu'elles y sont le plus exposées. II semble , par des raisons d'analogie , que l'effet naturel de la lumière devrait être de revêtir de son éclat tous les objets qu'elle touche , et que partant , les terres, les végétaux cl les animaux de la zone torride devraient être blancs; et (pie la nuit, au contraire, agissant plusieurs mois de suite sur les pôles , de-
vrait en rembrunir tous les objets. La nature ne s'assujétit point à des lois mécani(|ues. Quel que soit l'effet physi(pie de la présence du soleil ou de son al)sence , elle a ménagé, au nord , des taches très-noires sur les corps les plus blancs, et au midi , des tâches blanches sur des corps fort noirs. Elle a noirci le bout de la queue des hermines de Sibérie , afin que ces petits animaux tout blancs , marchant sur la neige, où ils laissent à peine des traces de leurs pâtes, pussent se reconnaître lorsqu'ils vont à la sui(e les uns des autres, dans les reflets hunineux des longues nuits du nord. Peutêtre aussi cette noirceur, opposée au blanc, estellc un de ces caractères tranchés qu'elle a donnés aux bêtes de proie, tels que le museau noir et les griffes noires à l'ours blanc. L'hermine est une es\)èce de belette. Il y fi aussi des renards tout noirs dans le nord; mais ils sont dédonunagés de l'influence de la couleur blanche par la plus chaude et la plus épaisse des fourrures; c'est ta plus précieuse de tontes celles du nord. D'ailleurs cette esjjèce de renards y est fort rare. Jja nature les a |»eut-être revêtus de noir, parce qu'ils vivent dans des souterrains, au milieu des sables diauds, ou dans le voisinage de quelques volcans , (Hi par quelque autre raison qui m'est incormue, mais convenable à leurs besoins. C'est ainsi qu'elle a vêtu de blanc le i>aille-en-cul des tropiques, parce que cet oiseau , qui vole à une très-grande élévation sur la mer , passe une partie de sa vie dans le voisinage d'une atmosphère glacée. Ces exceptions ne détruisent point la convenance générale des deux couleurs ; au contraire elles la confirment , puisiiue la nature s'en sert pour diminuer ou augmenter la chaleur de l'animal , suivant la tem[iérature du lieu où il vil.
Je laisse maintenant expliquer aux physiciens comment le froid fait végéter les \mh des animaux du nord , et comment la clialeur raccourcit ou fait tomber ceux des animaux du midi, contre toutes les lois de la physique systématique et même expérimentale; car nous savons, par notre expérience, que l'hiver retarde l'accroissement des cheveux et de la barbe de l'homme , et que Télé l'accélère.
Je crois entrevoir une loi , bien différente de la loi des analogies (pie nous attribuons si communément à la nature, parce qu'elle s'aflie à notre faiblesse, en nous donnant lieu de tout expliquer à l'aide d'un petit nombre de principes. Celte lot , ûifiniment variée dans ses moyens, est celle des compensations ^'*. Elle est une conséquence de la loi universelle de la c(mvenance des êtres , et une suite de l'union des contraires dont les harmonies