‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 101 sur 116 · AVIS DE L'EDITEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L'EDITEUR

• Bemardio de Saiot-Picrre affectionnait particulièremeot cet ouvrage, composé plusieurs années avant Paul et Virginie. Il ne le ILîait qu'à un petit nombre d'amis , refusant de faire imprimer ce qu'il appelait le secret de ses mœurs, de ses goûts et de ses opinions ; craignant cn6n de mettre le public dans la conGdenoe d'un bonheur si peu fait pour lui plaire. Mon ame est dans cet ouvrage, disait-il quelquefois ; je ne l'ai pas écrit pour des indifTérens ; c'est une scène de famille , les regards d'un étranger lui feraient perdre tout son prix. Puis sV dressant à sa femme et à ses deux enfans : Vous n'étiez pas nés, ajoutait-il, lorsque j'écrivais ce dialogue pour charmer les soncis d'une vie trop agitée , parce qu'elle était trop solitaire; vous n'étiez pas nés, et cependant c'est vous que j'ai peints : j'avais comme un pressentiment de la félicité dont je jouis, près de vingt ans après en avoir tracé le tableau. Cenx qui ont vu Bernardin de Saint-Pierre à la campagne , au sein de sa fomille , seront fhippés de c*f rapprochement; ils s'étonneront même qu'un célibataire ait pu écrire avec tant de vérité la conversation de denx petits enfans; morceau naïf et charmant, auquel je ne connais rien de comparaUe dans notre langue. On remarquera également plusieurs tableaux des bienfaits de la nature, préludes ingénieux des Études, orame les malheurs d'Anne Mondor sont la première esquisse des malheurs de la pauvre Marguerite. Au reste , il n'est point inutile de rappeler ici que l'auteur avait connu le triste objet qui lui a servi de modèle. C'était une folle à peine âgée de trente ans qui se tenait sous le portail d'une petite église du ftiubourg Saint-Marceau. Toujours exposée aux frimas, aux vents, à la pluie, elle y paraissait insensible ; son occupation habituelle était de monter et*de démonter un bonnet , qu'elle ne se lassait pas d'orner chaque jour de fleurs ftinées et de dentelles en lambeaux. Une robe de soie déchirée, un mantelet ncrir qui la couvrait à peine, rendaient sa misère d'autant plus frappante, qu'ils rappelaient le souvenir d'un bien-être qui n'était plus. On remarquait dans ses manières cette grâce, cette aisance que donne l'éducation, et que l'excès du malheur même ne saurait effacer. Abandonnée de son amant, chassée par les valets d'un riche parent dont elle avait inutilement imploré le secours, elle s*était réfbgiée sous le portique de ^église , où chaque matin elle venait recevoir les dons de la pitié : ainsi Dieu senl ne Tavait pas repoussée. Bernardin de Saint-Pierre, touché de son sort, raconta cette aventure à la feamije d'un ministre alors en crédit : il en obtint même une pension, de 300 francs. L'infortunée reçut cette nouvelle d'abord

LA PIERRE D'ABRAHAM

■TM une protonde IndilUrence, nuiielle m hrraentaite aux triDtporte d'une joie si immodérée , que ta Bè- «re la saisit, et que trois jours après elle n'éUil plui. Ainsi finit cette pauvre fille, I qui ta dureté et la pitié, la douleur et la Joie , Turent égalernenl funestet.

Empsaet . la Mort dt SlXTote el la Pierre d'Abraham étaient destinés à bïre partie dei Hannonies de la Naturt. Bernardin de Saiot-Pieire aimait i introduire des dialogues dans ses ouvreges : tel est celui qui lermioe le Voyage à i'Ue-it-frantt : lel e«l encore eelui qne l'anleorajeléaTec tant d'art au milieu de Pautel Tirginit. La Chatimiire Indirarx , le Caft de Surate et le Vojfajv m Â'il^tir, sont des espèces de scènes dialoguées. Od ne peut qn'applandir A celle manière de représenter au tiricupenoDDages d'une histoire, en les mettant, pourainu dire, en présence du lecteur. Les anciens oFfrent de iiombreai et d'beut«ui exemples de l'emploi du dialopic dans les sujets philosophiquei ; mais Bernardin de Saint-Pierre a donné i cette métbode one aourelle eileoiîon, en ta transporta ni, des sujets philoaophiqnes, dans les romans.

LA PIERRE D'ABRAHAM

A l'extréniité de vastes campagnes, dont une partie est labourée et l'autre est en jachère , s'élève DU ^nd château où aboutissant plusieurs avenues ; sur le derant , à gauche , est une portion de fiH-(t an milieu de laquelle on voit on dëfriciié , et an miliert de ce défriché tme cabane entourée de ver^r^ et de petites cultures: l'entrée da sentier qui y conduit est Fermée par une barrière appuyée au tronc de deux saules. Une liaie vive et fleurie enclât celte habitation ; un petit ruisseau l'arrose, et coule le long de la forêt, qui fuit en perspective vers l'orient. On dislingue au loin , de ce cAté-li , à la lueur de l'aube matinale , le cours d'un fleuve qui serpente dans la plaine, et les clodiers d'une grande ville à l'horizon. On entend le ramage des (Mseaiix dans le bois , et le chant d'un coq dans la métairie.

MO.NDOB, tu richi déshtûiiUé du mafipi.

On péHi^it d'ennui à la campagne, si on n'y voyait ses amis. Qu'on se récrie tant qu'on voudra sur les beautés de la nature , pour moi je n'y trouve rien que de déplaisant. Voulez-vous vouspromeiwr pendant le jour ? le soleil vous bnlle , ou la poussière vous avenue; le soir el le matin, les herbes sont humides i en tout temps, les pierres des chemins vous brisent lespietis. Mais pourquoi se promener, après tout? pour voir les fleurs des champs qui ne ressemblent à rien; pour entendre des oiseaux qui ctianlent sans savMt ce qu'ils disent : cl Inut cela nall pour mourir, et meurt poiu-

reaattre. La vie de la nelore n'est, comme otUe de l'homme, qu'on cercle perpétuel d'inetHoéquences , de faiblesses et de misërcs. Le philoMpbe de mon château m'a frai Irien pronvé que tonte* ces prétendues metreillet n'étaient que des combinaisons de la maljère et du hasard , sans <A}et , sans {dan, et surtout sans bont^ ; aoasi U ne ae soocie guère de les voir, àqiielquebearedajotirqDe \ cesoit.llneselëvequ'imîdî,et QnesepnMDène

qae le soir dans mon parc , avec lea famnes. I Cependant personne ne cminatt mieux la natmc que lui ; c'est an de ces bommes rares qid expti- ' quent tout par la tant de lenr génie. Il m'a donné ' demi^menl les moyens de qnadnipler mm revenu avec des sels, des nitrcs et je ne aak quoi

diable encore. Le rerenn ! le revenn! voili

l'essentiel. Cette plaine me rapporte, année commune, douze mille boissesus de blé , et ces coUines lâ^^Ms cinq cents [ùèces de vin : vnU ce qui mé- , rile d'être vu , tout le reste n'est rien. Ce sont kl I poètes qui ont diviiùsé nos campagnes. Pour moi, je ne vois dans nos tortu , an lien d'hamadryades , que des cordes de bois; dans les idiamps de la ' blonde Gérés , i^ue des sacs de b)ë ; et dans ks I prés où dansent les nymphes, qne des bottes de . foin. Il en est de même du reste de la nature. Oâ I nos bonnes gens voient-ils donc un Dieo 7 Oh ! j'ai ' eu grand soin de bannir son idée de moD cbttcan, encore [dus que de mes domaines ; c'est me baagination qui vous effraie nuit cl jour. Vow ne pouvez ni ouvrir la boni^ de penr de meotir, ni prêter l'iN^ilIe de peor d'enteiidre calomnier, ni ouvrir les yeux de petu* d'être surpris par ka dur- , mes de quelque femme , ni enfin faire nn pas ans j craindre de séduire ime voisine oo d'écraser nn : voisin : vous êtes aax fers de la IHe anx pieds. I Dieu merci ! je me sois mis au Ua^, «t j'y ai mis I tout mon monde. Personne ne croit en Dieu cfaei I moi, ni mes amis, ni ma femme, ni ma fille, ni j même mes laquais. An fond, cette Idée serait anet , bonne pour contenir de* valets et même nos fem- I mes; mais elle doime entrée â des (vCtres, qui, par leur moyen , savent loot ce qne vous bitei , I s'insinuent peu â pea chez vous , et finissent pv s'emparer de votre bien quand ils sont nne foîi les mallres de votre conscience. Ayez de la décence , répélé-je tous les jours à mes gens ; respectez-vous à cause dn puUic.à cause de vous-mêmes; aimez l'ordre, aimez ka vertu pour votre pcofire bonheur ; mais d'aillents vivez comme voos l'en- ; tendrez.

Si on pouvait leur persuada" qu'il y a nn Uea

' en n'y croyant pas soi-même , on senit bie» k son

aise. La religion d'aulrai assure notre ttanqniBité :

LA PIERRE DABRAHAM.

aussi bien des gens tâchent de l'insinuer à leur voisin; mais personne n'en veut pour soi; c'est un papier qui n'a plus de cours, on se le renvoie de l'un à l'autre. Dans le fond, on ne persuade aux autres que ce dont on est soi-même persuadé: aussi le monde n'a-t-il plus maintenant de discrétion. Par exemple, je veux me borner à ne voir chez moi que quelques bons et anciens amis , comme le comte d'Olban et son cousin le chevalier d' Autières, qui sont des gens aimables et pleins de probité; et U m'en arrive chaque jour une foule de nouveaux, qui me sont insupportables. Ils me prennent la main, ils m'embrassent, ils m'appellent leur cher ami, et ils ne m'ont jamais vu. Ce qu'il y a de plus fôcheux , c'est que parmi ces bons amis-là il y a des gens que je hais de fout mon cœur, des gens qui viennent à ma table épier ce que je dis, en conter à ma femme et à ma fille sous mes yeux , sans que j'ose le trouver mauvais. Us tiennent à des corps , à des grands , à la cour : tout cela me tracasse et me mange. H y a à présent, de compte fait, douze carrosses étrangers sous mes remises, vingt valets étrangers sous mes mansardes, et dans mes écuries trente chevaux qui ne sont pas à moi.

Ce n'est cependant qu'en menant une pareille vie que je soutiens mon crédit. Aujourd'hui , point de réputation dans le monde sans une bonne table ; partant , plus de considération. A la vérité, quand je parle chez moi , tout le monde se tait , on m'élève aux nues ; plus d'une fois de beaux-esprits ont pris sur leurs tablettes, avec leurs crayons, note de ce que je disais ; mais quand Madame parle , c'est à mon tour à me taire. Il faut avouer, au fond, qu'elle parle bien : elle met des grâces et de l'esprit à tout ce qu'elle dit. Je ne connais point de phUosophe qui ait une aussi bonne tête. C'est elle qui possède les grands principes, et qui est conséquente dans ses raisonnemens et dans sa conduite; ce qui est fort rare parmi les femmes. Par exemple, comme elle ne croit pas en Dieu, elle ne veut pas aller aux spectacles, parce qu'on y parle souvent des dieux el qu'on les y voit même en action : elle ne veut pas entendre le mot d'adorable dans la plus petite chanson, à moins que la chanson n'ait été feite pour elle. Elle bannit de même de la conversation les mots d'éternel, d'infini , et tout ce (jui a quelque rapport avec l'idée de la Divinité. Cela est un peu gênant, car l'éducation nous habitue avec ces expressions-là. Après tout , ma femme est un exemple de vertu. Elle sévit sans cesse contre les vicieux ; elle veut que diacun fasse son devoir pour l'amour du devoir ; elle pousse même sa sévérité sur l'honneur un peu trop loin :

heureusement elle ne place l'honneur que dans l'amoiv. Hélas ! son opinion a contribué ^la mort de mon fils. U était à la fleur de son âge . et déjà fort avancé au service par mon crédit et par mon argent. Il n'avait pas encore vu le feu, quoique nous fussions à la fin de la guerre ; c'est au milieu de ses amis qu'il a trouvé l'ennemi. Il fait une maltresse, suivant l'usage ; un de ses amis la lui enlève, suivant l'usage aussi. L'honneur!... l'honneur !... lui répète souvent sa mère : mon fils se bat avec son ami, mon fils est tué !.... encore je suis obligé de dévorer mon chagrin devant ma femme. Il est mort avec honneur, dit-elle ; et moi je ne vis plus que dans l'amertume : depuis ce temps-là je ne dors plus. J'ai voulu , cette nuit , profiter de mon insomnie et de la clarté de la lune pour parcourir mon bien. La fortune, dit-on, adoucit le regret de toutes les pertes; {Mur moi, il me semble qu'elle ne fait qu'accroître celui de la mienne. A qui laLsserai-je tout ceci ? ( Il soupire. )

Enfin, me voici arrivé au bout de mon domaine. Jamais je n'aurais fait autant de chemin à pied sur le parquet le plus uni, mais on ne se fatigue pas en marchant sur ses terres. Voici donc la forêt du roi! ah! les beaux arbres ! J'allais en écorner un angle , et le joindre à cette portion de la commune des villages voisins que je me suis fait afféoder sous prétexte du bien public, lorsqu'un quidam s'est venu établir vis-à-vis de moi. Il s'est campé là comme une borne au milieu de mon chemin. Ce sera sans doute par le crédit de quelque garde de la forêt : mais je le ferai bientôt déguerpir avec ce grand mot, le bien pvhlic. Ce mot-là m'a déjà valu cinquante mille écus de rente.

Voici encore un autre trait de providence. On dit que l'homme qui s'est planté là a bien servi son pays : le voilà logé an milien des bois , comme un ours; il ne voit personne , il vit dans la pauvreté et la crapule avec une commère et des mar maOloDS d'enfâns. Comment ces gens-là peuventils soutenir, dans la solitude et la misère, le poids de l'existence qu'on traîne avec tant de peine an milieu des honneurs , de la fbrtune et du monde ? De quoi peuvent-ils s'entretenir dans un étemel tête-à-tête, sans livres, sans société , sans amis, et sans donte sans argent ? Gomment supportent-ils Taffrense idée de l'avenir qui s'avance pas à pas, et de la vieillesse qui nous mène , par un chonin de douleur, à un néant dont nous ne ressortirons jamais ? O vieillesse ! ô mort ! tristes images qu'on retrouve dans le monde même , à chaque pas que Ton y hïi ; dans les femmes que nous aimons, qui, au retour des eaux ou de leur campagne, nou» paraissent tout à coup vieillies ; dans les enlans de

bT2

LA PIERRE D'ABRAHAM

nos amis, qui grandissent à vue d'œii, se marient et nous font grands-pères, lorsque nous ne pensons plus an mariage. Il nV a pas jusqu'aux papiers publics, où nous cherchons des nouvelles étrangères et amusantes pour nous dissiper, qui ne nous ramènent durement au sentiment de notre destruction, ^'ous trouvez parfois , dans leurs listes d'enterremens, les noms d'un ami avec lequel vous avez quelquefois soupe huit jours auparavant , ou les noms des acteurs et des hommes à talens qui vous ont anuisé pendant tant d'années, et qui disparaissent tout d'un coup, sans que vous sachiez seulement qu'ils ont été malades. Hélas ! si je n'étais distrait perpétuellement de ces idées, je deviendrais fou; ma philosophie est de m'oublier. Après tout, pourquoi m'occuper du sort de (!es misérables? ce sont eux qui me font naître ces tristes retours sur moi-même. La société ne doit rien à qui ne lui a rien apporté. Que ces gens-là ne se vendent-ils! comme l'a fort bien dit un écrivain de nos amis en parlant des pauvres, dont le nombre augmente tous les jours dans le royaume ; ils seront bien obligés d'en venir là tôt ou tard. Mais celui-ci m'inquiète plus que les autres , il est dans mon voisinage ; c'est d'ailleura un mauvais voisin qu'un solitaire. Le méchant vit seul, comme mon philosoplic le soutint fort bien l'autre jour dans un souper de femmes, où il y avait trentecinq personnes.

Il faut que je débusque cet aventurier-ci de son repaire ; je vais lui tendre im piège. Je lui proposerai de me vendre le bouquet de bois qu'il a enclos dans sa haie, je lui en offrirai un bon prix : Tor le tentera ; il abattra ses arbres sans la permission de la Maîtrise des eaux et forêts; on lui fera un bon procès criminel. Mes amis crieront de leur côté qu'il a dégradé la forêt du roi , que c'est un aventurier sans feu ni lieu; qu'il se forme là un nid de voleurs, de contrebandiers dans la forêt du roi. Je glisserai quelques pols-tle-vin ; j'aurai le lK)is et le fonds pour rien. {Il rit) Ah ! ah ! ah ! Il passera pour un coquin , et moi pour un homme de bien. Il sera même fort heureux s'il en est (|uitte pour la prison. (// rit encore,) Ah ! ah! ah ! Sainte puissance de l'or, vous êtes la seule divinité f|ui gouvernez ce monde ! Mais coutentons-nous <le son bien, sans lui faire de mal ; je lui donnerai même de quoi faire sa roule , et je vous réponds que cet acte de bienfaisance sera bien prôné dans Paris. (// rit, ) Ah ! ah ! ah ! Mais si c'était en effet un voleur ! je suis seul... Il est grand matin

il y a loin d'ici au château Uetournons-nous-en,

ce sera le parti le plus sage ; j'agirai toujours bien par autrui. Mais non, puiscpie nous voilà arrivé,

jugeons de l'état des dioses par nos propres yeox : il n'est tel que l'œil de l'acquéreur. Avançons le long de la liaie, nous verrons notre acquisition de près , et notre homme de loin. On connaît , dît-on, les gens à la physionomie ; moi , je les connais à l'habit : s'il est mal vêtu, c'est un eoqnin. Cachons-nous entre ces épaisses broussailles; je l'd)serverai à mon aise à travers les branches. . . Gomme je suis dédûré par ces ronces ! mais voyez donc leurs crocs recourbés comme des hameçons ! elles ont arraché toutes mes dentelles f Est-ce on Dieo qui a pu faire de pareils ouvrages? que maudite soit ma promenade du matin ! j'ai les jambes et les mains en sang : asseyons-nous donc id, puisque nous y voilà! Je lirai , en attendant que mon homme paraisse , le Système de la Nature; c'est un excellent livre dont madame Meodor fiiit beaucoup de cas. A la vérité , je n'y entends rien, mais tous les ouvrages des hommes de génie sont profonds et obscurs... Chut! chut! je vois sortir de la fumée de la cabane, et j'entends même un peu de bruit. Nos gens sont levés : l'indigeiice est un grand réveille-matm. Pleurez, pleurez, misérables , séquestrés des gens de bien par votre misère r Conmiencez votre journée à l'ordinaire , par des malédictions.

« On voit descendre de l'étage supérieur de la » cabane , par un escalier de bois qui s'appde en » dehors sur un vieux cerisier sauvage en fleurs, » un père de famille avec son épouse ; ils sont suî- » vis d'Antomette , leur fille , qui porte un vase à » traire le lait. Pendant que le père et la mère s'a- » vancent du côté de la barrière, la jeune fllie s'cn- » fonce dans le verger.

» Mondor est caché sur le bord de la haie. »

ANTOINETTE chanU sur un air fort gai :

Tout da long du bois.

Tout du long du Itois.

tt Elle s'interrompt pour appeler son frère : » Henri ! mon frère Henri ! quoi ! vous n'êtes pas. levé , et les o'weaux cliaiitent ! Venez avec moi cueillir des fraises , pendant que je trairai mes chèvres , car je n'ose aller seule le lonç du bob. {Elle chante:)

Tout du long du boh

Tout du long du bois. ....

{Puis d'un ton triste:) Henri! où ètes-vous donc , Henri ?

LE PÈRE , à sa femme.

A la gaieté d'Antoinette , à son diapeau d'écoree de tilleul , et au vase qu'elle porte sous le bras , on la prendrait pour h naïade de ce misseau ; maison

LA PIERRE DARRAHAM.

Toit bieu à sa timidité qu'elle n'est qu'une bergère. Chère épouse , à son âge vous lui ressembliez tout-à-feit , quoique vous fussiez élevée au milieu des espérances d'une grande fortune.

LA MÈRE

Si elle trouve un jour un époux qui vous ressemble, aucune fortune ne sera comparable à la sienne.

LE PÈRE

La croiriez-vous déjà sensible à l'amour ? en ce cas , il fendrait bientôt songer à la marier.

LA MÈRE

Je crois qu'elle ne manque pas d'amans , mais j'ignore si elle aime. Quand , les jours de fête , nous allons à la messe au liameau voisin, les jeunes gens se mettent en baie pour la voir passer, et ils la suivent des yeux jusqu'à ce que nous ayons gagné quelque coin obscur de l'église. Ils marquent le même empressement à son retour. Hors ces deux circonstances , on n'en voit aucun paraître autour de cette solitude. J'ai demandé plusieurs fois à Antoinette quels étaient, dans la foule des jeunes gens qui se présentent sur son passage , et parmi lesquels se trouvent souvent des jeunes gens de la Tille, ceux qui lui paraissent les plus aimables. Aucun , m'a-t-elle toujours répondu ; les paysans ont l'air trop rusti(iue, et les bourgeois sont trop effrontés. Un jour, la voyant plus sérieuse qu'à l'ordinaire , je crus surprendre son secret : Qn'astu , lui dis-je , Antoinette ? tu es toute pensive , tu soupires : ouvre-moi ton cœur. Si tu souffres de quelque inclination dont tu rougisses , je t'aiderai à la combattre. Quand on est maître de son cœur, on est maître de sa destinée. C'est le devoir de la Tertu de triompher des passions; jamais une fille n'est plus digne d'être aimée que quand eUe dédaigne de l'être ; mais si ton choix est fait , ton père et moi nous y souscrirons : notre plus grand désir est de te voir heureuse. Ma mère, me répondit-elle , je vous proteste par l'amitié que je porte à mon père , à vous et à mon frère , que , hors de ces lieux , je ne trouve rien d'aimable ; tonte mon envie est de n'en jamais sortir. Mais , ma Glle , repris-je, il faudra bien im jour t'y résoudre; ton père et moi nous ne vivrons pas toujours. Quand ton frère sera grand , il ira servir le roi à l'armée; il s'éloignera d'ici : que feras-tu seule au milieu des bois ? Il faudra bien alors songer à te marier : choisis dès à présent un amant qui mérite d'être un jour ton époux. Donne-nous cette joie pendant que nous veillons sur ton bonheur, et que nous pouvons te guider par notre expérience. Tu ne nous auras pas toujours , ma chère fille , car nous sonunes mortels. Ah! maman, me dit -elle en

pleurant et en se jetant à mon cou , c'est cette pensée qui m'afflige. Mais si je dois vous perdre un jour ; si , dans ma faiblesse et dans mon abandon , je suis forcée au choix d'im époux pour être protégée , je préférerai , parmi les amans qui me rechercheront, celui de tous qui aura le plus la crainte de Dieu.

LE PÈRE

Respectable mère , elle doit ces sentimens bien plus à votre exemple qu'à vos leçons. Tendre amie, où voulez-vous que nous fessions aujourd'hui la prière du matin ? Sera-ce au pied de ces vieux sapias qui vous rappellent le souvenir de votre patrie , ou sous ces pommiers en fleurs , à la vue des biens que nous promet pour l'automne la bonté du ciel ? Clwisissez de ces gazons verts , ou bien de ces retraites sombres où les oiseaux , à peine réveillés par les premiers rayons du jour, saluent l'aurore de leurs cliansons.

LA AIÈRE.

Nous prierons où vous voudrez; partout où ie suis avec vous, le sentiment d'une Providence m'accompagne.

LE PÈRE

Appelons nos enfans... Antoinette !... Henri !... Antoinette!

ANTOINETTE , occourant , et d'un air inquiet.

Mon papa , je ne trouve point mon frère ! je l'ai cherché dans la maison , autour de la maison , dans le verger, et jusque sur le bord de la forêt. Favori même , notre chien , n'y est pas. (Elle appelle : ) Henri !... mon frère Henri !

LA MÈRE

Mon fils est sorti ! et on peut-il être allé si matin ? Pai cru celte nuit l'entendre se lever bien avant le jour ; le bruit même qu'il a feit , en se levant , m'a réveillée au milieu d'un songe : il me semblait qu'il tuait un hibou qui faisait son nid dans la haie. Mon ami , vous ne croyez pas beaucoup aiLx songes

LE PÈRE

Chère épouse ! l'enfance a mille projets ; chaque jour votre fils en fait de nouveaux pour vous plaire ; il sera peut-être allé vous cueillir des fraises dans la forêt : vous l'allez voir revenir dans un moment. Quant aux songes, ils ne sont pas toujours trompeurs : le vôtre cache quelque chose de mystérieux. Le ciel, je l'ai éprouvé plus d'une fois, aime à se communiquer à vous , à cause de vos vertus.

ANTOINETTE

Maman , vous aurez quelque bonne nouvelle , car j'ai vu, hier an soir, nue étincelle bien bril-

LA PIERRE IVABRAHAH.

lante dans la lampe. Mon papa , vous vous moquerez de moi !

LE PèRE.

Non , ma chère GUe ! les rois lisent quelquefois leur destinée dans des comètes, et les bergères dans leurs lampes , également bien. Toute la nature est aux ordres de la Providence : ne soyons point inquiets ; irisons ensemble notre prièi'e accoutumée.

a Ils s'agenouillent sur l'herbe, à l'ombre d'un » des saules de la barrière , et ils prient en si- » lence. »

iiONDOR , caché.

Voilà comme sont faites toutes les femmes. La mienne , qui ne croit pas en Dieu , croit à toutes ces sottises-là ; j'ai beau me moquer d'elle, je n'y gagne rien. Mais... si j'allais être, moi , le hibou de la haie ! si on allait m'assommer ici ! Il arrive quelquefois des choses plus étranges... Oh! non, il n'y a rien à craindre. La jeune fille a vu une é(pile dans sa lampe. Pour celui-là , c'est un signe de bonheur : j'en suis sAr. En vérité , ces bonnes gens sont plus contens que je ne le croyais. On est bien heureux d'avoir de la religion : ils sont inquiets , ils prient , et les voilà tranquilles. Il n'y a rien à faire ici pour moi : je ne veux pas chercher à leur nuire. Je pourrais bien me retirer, mais je veux trouver l'occasion de faire leur connaissance ; d'ailleurs, je suis curieux de savoir ce qu'est devenu leur fils : un enfant élevé là , tout seul , et courant la nuit! L'homme est naturellement porté au mal. Pourquoi ne l'ont-ils pas mis dans quelque coUége pour y être bien élevé ? Ils devraient, par la même raison , mettre leur fille au couvent. La mienne, qui est bonne à marier depuis plus de six ans , n'en est sortie que depuis un mois ; la pauvre enfant y a été mise presque en sortant de nourrice. Aussi , quand elle arriva à l'hôtel , elle ne nous connaissait ni sa mère ni moi : elle était d'une innocence, d'une innocence

LE PÈRE , achevant sa prière tout haut.

O mon Dieu ! donnez-nous aujourd'hui la volonté et le pouvoir de faire du bien; que vos bien- Êdts nous servent d'exemple ! Vous avez ouvert la main, et vos bénédictions se sont répandues sur la terre, sur les animaux , sur les plantes , et sur vos moindres créatures. N'oubliez pas l'homme , qui est la plus noble et la plus malheureuse portion de votre ouvrage ; répandez-les sur le roi mon bienfeiteur, sur ma patrie dont il est le père, sur tout ce qui vous invoque dans l'univers, sur cette portion ignorée de ma femille , sur mes chers enfans et sur ma digne épouse, qui est la compagne et la

consolation de ma vie. {11$ se lèvent Icms» et il embrasse sa femme,)

ANTOINETTE , Venant se remettre à genomx devant son père et sa mère.

Chers parens, donnezHonoi dans ce joor votre bénédiction accoutumée.

LE PÈRE

Fleur de mai! que la gaieté de ce mob, qui te ressemble, se répande dans ton ame : que les plaisirs purs , que les vertus accompagnent tes projets, tes espérances; qu'elles embellissent toutes les perspectives de ta vie, comme les fleurs émaillent ces gazons et ces vergers! Sois en tout a^mb^hu à ta mère.

LA MARE

Que la bénédiction de ton père s'accomplisse sur toi et ton frère tous les jours de votre vie; et quand tous deux vous éprouverez qnelqiies peines, que le doux travail, la religion et l'amitié de vos parens viennent les charmer! Puissions-nous fidre un jour ton bonheur, comme ta Dûs dès à présent le nôtre!... Mais où est donc Henri?

ft Antoinette émue s'essuie les yeni : elle baise » la main de son père et celle de sa mère en les » appuyant contre son cœur. Ceux-ci Femlms- » sent, et , pendant cette scène moette , » MONDOR, toujours coché.

Baiser les mains de son père et de sa mèrey leur demander leur bénédiction... Il fiaiut que ces gensci soient des Allemands; vdlà mie cérémonie qm n'est plus d'usage chez nous il y a kM^emps. Ni ma femme ni ma fille ne vendraient en entendre parler ; cependant elle est attendrissante,., elle me fait pleurer, je crois... effectivement... efCsctivement. Il fout en convenir, dans une maison où il y a de la religion , on père de lamiOe vit comme im dieu.

LE PÈRE, à sa femme.

Où voulez-vous aujourd'hui qu'Antoinette noos serve le déjeûner?

LA m6re.

Mon ami, si vous le trouvez bon, restons îd sous ces saules, à l'entrée de la barrière , d'où Ton découvre la plaine par où je verrai revenir mon fils. Antoinette, apporte-moi mon ouvrage avant de préparer le déjeuner.

ANTOINETTE

Voulez-vous filer, maman ? ou bien vous apporterai-je le métier où vous avez commencé une toile? à moins que vous n'aimiez mieux œlni qui vous sert à broder?

LAMÂRB.

Je ne brode que quand j'ai l'esprit tranqnflle.

LA PIERRE D'ABRAHAM

Donne-moi mes aiguilles et meslaines^f achèverai

les bas de ton frère.

LE PÈRE, à Antoinette, qui s'en va à la maison.

Ma chère fille, ta m'apporteras aussi celte corbeille d'osier que j'ai commencée.

LE PÈRE , à sa femme.

Je veux finir cette corbeille près de vous. Vous êtes toujours remplie de goût. Le point de vue dé ce lieu est, à cette heure, le plus intéressant de tout le paysage : voyez comme la forêt fuit en perspective du côté de l'orient, et comme Faurore dore d'argent et de vermillon les sommets de ces vieux hêtres lointains, tandis que le reste de leur feuillage est encore dans l'ombre. Voilà la Seine qui serpente là-bas dans les vertes campagnes; vous croiriez que ses eaux, qui réfléchissent la couleur matinale des deux, sont de pourpre. Mais rien n'égale la magnlGcence de Paris à l'horizon. Voyez ses grands clochers , encore à demi entourés des brouillards de la nuit , qui se dessinent au milieu des gerbes de lumière que répand l'aurore; vous diriez que c^tte superbe capitale, à demi couverte de nuages, s'élève de la terre vers les deux, ou qu'elle descend des deux pour i^égner sur la terre. Voilà des tours dont on n'aperçoit que le sommet ; en voilà d'autres dont on ne voit que la base, et dont le couronnement se confond avec les nuages. Voici celles de Saint-Sulpice avec son noble portail. Cette masse blanche, qu'éclaire un rayon de soleil sur la partie la plus haute de la ville, est le péristyle charmant de l'église imparfeite de Sainte-Geneviève, douce patronne des vertus innocentes. Ces deux grosses tours rembrunies sont celles de Notre-Dame. Ce dôme, à la fois élégant et auguste, qui s'élève en forme d'œuf, est cdui des Invalides; c'est .là que Louis XIV donna un asUe à la vertu militaire. O ville immense ! dans mes malheurs, je n'ai trouvé de repos que dans tes murs. A combien d'infortunés ta donnes des retraites! Vous auriez pu y passer ane partie de la mauvaise saison avec votre fille. Je vous aurais loué une petite chambre aux environs du Louvre; vous lui auriez Eut vour les promenades, les fêtes publicfues, le monde enfin. L'ame s'agrandit par le spectacle d'un grand peuple, et à la vue des temples et des monumens des rois.

LA MÈHE.

Paris, sans doute, peut offrir des consolations et des asiles aux malheureux; mais ce spectade d'un grand peuple, ces édifices, ces palais , ces chefe-d'ceuvre des arts, nous jettent bien souvent dans la mélancolie , par le sentiment de notre misère , ou dans le fanatisme des plaisirs , par de dangereuses illusions. Tai connu le monde ; croyez

qu'une fenune peut trouver hors de lui un moyen l^us assuré d'être heureuse. Le soin de sa famille sufGt pour occuper tour à tour sa prévoyance, sa mémoire, son jugement, ses goûts, et toutes les facultés de son ame; ce seul objet est capable delà remplir. Le feu divin dont nous tirons notre origine , et vers lequel nous tendons sans cesse dans toutes nos affections, comme vous me l'avez si bien démontré, se découvre aux savans dans les ouvrages de la nature , et les élève vers les cieux ; mais bien souvent altéré dans les arts par les passions des hommes , il nous égare dans les villes et nous ramène vers la terre. Dans le sein d'une famille, au contraire, il se proportionne à la faiblesse de notre vue. C'est lui qui nous attire vers im époux, vers nos enfans, et il se montre à nous voilé par ces doux objets, comme la lumière du soleil à travers les fruits et les rameaux des vergers.

LE p6re.

La sagesse et l'amour s'expriment à la fois par votre bouche. Digne épouse! tendre mère! j'ai craint long-temps que vous n'apportassiez avec vous le souvenir du monde dans la solitude , et les regrets de la fortune dans le sein de la pauvreté; mais votre santé, autrefois si délicate, qui se fortifie de jour en jour, me rassure. Pendant que le temps nous entraîne vers la vieillesse, voire jeunesse se renouvelle; vous remontez le fleuve de la vie.

Les vaines images du monde sont bien loin de moi. La vie champêtre, le calme de l'ame, et, plus que tous ces biens, votre tendre et constante amitié, ont renouvdé mes jours.

LE p6rb.

Je craignais pour vous le terme critîi|iie de la vie. Ce n'est pas le passage de l'enfonce à l'adolescence qui est le plus redoutable, c'est cdui de l'âge viril à la vieillesse; ce n'est pas Page où on prend les passions , mais celui où on les perd. C'est alors que nous regardons en arrière, et que nous cherchons à retourner sur nos pas , par le vice de notre éducation et du monde, qui ne nous montre le terme de la félicité humaine qu'au milieu de notre carrière. Les jeunes gens sont soutenus long-temps par l'espoir de la vertu, par l'attente des avantages qu'ils s'en promettent dans le monde du côté de la fortune et de la considération; enfin par les illusions mêmes de leurs passions. Mais quand ils ont éprouvé que le monde , en les comblant même de faveurs, ne leur a pas donné ce qu'ils en attendaient; que bien souvent leur probité leur a attiré des persécutiooi, la pauvreté, le

LA PIERRE DABRAHAM.

mépris ; alors ils abandonnent la route de la vertu; vers Tàfçe viril , ils deviennent sans principes, feux, trompeurs , et ne croient plus à rien. Je ne saurais vous dire combien j'ai vu de caractères estimables se briser en doublant ce cap de la vie. C'est là Tépoquc qui fait la dernière et fatale révolution de l'homme ; c'est à elle que j'attribue la jalousie et la mauvaise humeur si ordinaires à nos vieillards. Tout homme qui ne regarde pas la mort comme un bien éprouvera toute la vie comme un mal.

La religion m'a soutenue dans ce passage ; elle m'a montré la vie comme une courte carrière dont la mort était le terme heureux. Depuis que je me suis rapprochée entièrement de la nature et de la religion, je sens mon bonheur croître cliaque jour.

LE PÈRE

Les Indiens orieulaux disent en proverl)e, qu'il vaut mieux être assis que d'être debout , être couché que d'être assis , et être mort que d'être couché. Ce proverbe, auquel les misères de la société humaine ont domié lieu , est encore fondé sur une grande vérité naturelle ; c'est que tout ce (juc Dieu a fait va toujours en croissant en perfection. Voyez, par exemple , la graine d'un arbre : quand elle est plantée et qu'elle pousse ses petites feuilles, elle est pUis intéressante que quand elle n'était ({u'une semence; elle devient ensuite un arbrisseau , qui se couvre de fleurs et de fruits ; les fruits de cet arbrisseau se ressèment et se multiplient de tous côtés. D'une graine il sort une forêt, et cette forêt couvrirait le globe en peu de temps , si d'autras lois aussi sages ne mettaient des bornes à sa fécondité infînie ; il en est de même des développemens périodiques de l'iiomme. Son existence vaut mieux que le néant; son adolescence, si aimable, est préférable à sa faible enfance; sa jeunesse, heureuse par les amours et par le bonheur d'autrui , redouble le bonheur de son existence; il le multiplie dans l'âge viril, par ses enfans rassemblés autour de sa table comme de jeunes oliviers ; il l'étend dans la vieillesse à sa patrie, qu'il sert de son expérience et de ses conseils. Par tout pays bien réglé, les conseils des nations sont formés de vieillards qui ont vécu vertueusement. Les vieillards dégagés des passions ressemblent à des dieux. La mort vient ensuite réunir l'ame à son principe étemel , pour y recevoir la récompense de la vertu. C'est une vérité fondée, non-seulement sur les idées de justice qui gouvernent le monde , mais sur l'instinct du cœur humain et sur le sentiment de tous les peuples.

LA MÈHE.

JSi je parviens à la vieillesse, ce sera le temps le

pins heureux de ma vie. Vous ajoutez, ainsi que mes cliers enfans , tous les jours quelque diose à ma félicité.

LE PÈRE. '

S'il était possible qu'après une .vie aussi pure que la vôtre , votre ame déchût dans on corps sujet à la destruction , vos enfens amraient pour les défauts de votre vieillesse la même indolgaure que vous avez eue pour la feîblesse de lear enfimoe. Vous ne les aver point éloignés de vous, vous les avez nourris de votre lait, vous ne les avez jamais maltraités; ils vous aimeront comme leur mère, et ils vous chériront encore comme leur nourrice : vous serez heureuse dans tons les temps de voire vie.

Je craignais seulement que ce séjour ne toos déplut l'hiver, car la nature semble morte dans cette saison. Les glaces pendent aux branches des arbres , la terre est détrempée de pluie, l'eau des ruisseaux toute jaune, l'air humide et froid, et le ciel couleur de plomb; les nuits sont longues fi agitées de tempêtes ^ les arbres de la forêt gémissent autour de nous, et quelquefois leurs sommets se brisent et tombent avec fracas; la plupart des oiseaux de nos bocages s'enfuient en d'autres contrées ; ceux qui restent autour de notre habitation semblent effrayés , et gardent le silence.

LA MÈRE

J'ai passé ici tous les liivers avec délices : tous m'avez appris à sentir les beautés mélancoliques de cette saison ; ce ne sont pas les pins vives , mais ce sont les plus touchantes. L'herbe humide conserve le long des sentiers une verdure plus éclatante (|ue pendant l'été : à la vérité il y a peu de fleurs, si ce n'est quelque scabieuse tardive , ou quelque humble marguerite ; mais dans certains jours de gelée , quand les frimas de la nuit s'atlacbent aux arbres , leurs rameaux tout blancs serobleiif le matin fleuris comme au printemps. Les mousses brillent alors sur les troncs gris des arbres, ou sur les flancs bruns des roches , d'une verdure plus belle que celle des gazons. Si la plupart des oiseaux s'éloignent de nous dans cette saison rigoureuse, ceux qui restent sont plus familiers. Le pivert vole en silence sous les arbres de la forêt, et s'annonce de temps en temps par des cris éclatans ; il visite souvent les arbres de nos vergers, et grimpe tout le long de leurs troncs pour les nettoyer d'iusectes. La mésange inquiète parcourt les plus petits rameaux , et cherche à glaner quelque fruit oublié! Le rouge-gorge solitaire se perche sur nos murailles , et bien souvent sur ma fenêtre; j'aime à entendre ses diansons mélancoliques , moins brillantes, mais aussi touchantesque cellesdu rossignol.

LA PIERRE D'ABRAHAM

sn

Quand tout est couvert de neige , cetaimable oiseau vient se réfugier avec la perdrix jusque dans ia maison , demandant à Thomme une part des biais de la terre , sur laquelle le ciel ne leur a rien laissé à recueillir. J'ai pris souvent plaisir à voir mes enfans heur jeter des morceaux de pain. Ces pauvres oiseaux les emportent en grande hâte comme s'ils se méfiaient de leurs bienfaiteurs. Us exercent l'homme aux premières leçons de bienfaisance. Ils me rappellent ces troupes d'enfans plus malheureux que les oiseaux, sans vétemens, tout transis de froid, qui se présentent affamés à la grille des châteaux, et qui, d'une voix éteinte , demandent une portion des biens de la terre, que la Providence a mise dans le grenier des ridies.

A ia vérité les soirées d'hiver sont longues ; mais mon travail et celui de mes enfans , jouit à vos lectures ou à vos conversations , me les rend bien courtes et bien agréables : vous me transportez dans d'autres climats. Cette histoire d'Antoine et de Cléopâlre, que vous m'avez lue dernièrement dans Plutarque , m'a beaucoup intéressée. En vérité , Octavie fut bien malheureuse, et nemériuit guère de l'être : vous ne sauriez croire combien cette hbtoire m'a fait faire de réflexions sur le sort de la vertu dans ce monde, sur le vam éclat des cours et des grandeurs, et sur le bonheur d'être ignoré. Pendant le temps même du sommeil, quand la lampe est éteinte , je jouis encore mieux de mon asile et du désordre de la saison. J'aime à entendre le bruit de la pluie qui tombe à verse sur le toit , et celui des chênes et des hêtres que le vent agite autour de nous; leurs murmures sourds m'invitent au repos : le danger éloigné redouble ma sécurité. Agitée d'une frayeur agiéable Je me presse contre vous , et je me rassure en pensant que je n'ai rien à craindre , dans one cabane bien solide, du tumulte que' j'entends au loin, et que tout ce que j'ai de cher au monde, mes en&ns et mon époux, est autour de moi; on doux et profond sommeil s'empare alors de mes sens , et je m'endors an milieu des actions de grâces , en bénissant le ciel de mon bonheur.

LE PÈRE

On ne perd rien dans les petites conditions, on y compte pour des biens les maux qu'on n'y éprouve pas. Souvent, au contraire, dans les grandes, on répute pour des maux les biens dont on est privé : ainsi le juste ciel a compensé toutes choses. Mais quand je suis obligé de m'absenter pendant le jour, vous devez vous ennuyer; et peut-être avez- ▼ous peur étant seule avec deux enfons au miliea d'un bois ?

Œuvres posnnmES.

Ce bois appartient au roi; l'ordre et la police y sont bien tenus. D'ailleurs, la maison, comme vous me l'avez fait observer, est si forte dans sa simplicité , et si bien disposée , qu'une personne seule s'y défendrait contre une troupe de brigands. Mais que viendraient-ils chercher ici ? il n'y a ni richesses , ni argent. Vous ne vous absentez que pendant le jour, et pour peu de temps; quand vous n'y êtes pas, je n'ouvre la porte à aucun homme , connu ou inconnu. Il y vient par hasard quelques-unes de ces bonnes femmes que vous voyez quelquefois ici : c'est une pauvre veuve qui a perdu son mari , une mère qui r^rette son fils qui s'est engagé , une fille qui cherche des secours pour un père malade : un morceau de pain , impeu de lait, des herbes , les renvoient contenteSé Après tout , ce ne sont pas les besoins du corps qui sont les plus insupportables, même aux plus misérables : souvent , au milieu de la plus grande indigence , Tune est au désespoir d'avoir été calomniée ; l'autre , de ce que sa fille a perdu son honneur. Ce sont les peines de l'ame qui sont intolérables; c'est le mépris, c'est l'abandon; et il faut bien que ces peines soient les plus cruelles , car dans le nombre des femmes qui viennent cherclier ici quelque consolation, il y en a qui , pour quelque bonne parole ou quelque marque d'intérêt que je leur aurai donnée en passant, m'apportent, dans la saison , les fruits du poirier de leur petite cour, ou les œufs de leur unique poule. J'ai beau me défendre de recevoir leurs présens, je suis obligée de les accepter, toutefois à la diarge qu'elles en recevront d'antres de ma part; mais il est bien aisé de voir qu'elles ne sont occupées que du soin de me ^re agréer les leurs. C'est pour cette raison, je pense, qu'elles prennent le moment de les apporter quand vous n'y êtes pas, afin de ne pas trouver un double obstacle 4 leur reconnaissance. Ainsi, pendant que nous trouvons dans l'histoire des amis malheureux, pour lesquels je ne puis avoir qu'une pitié stérile, j'en trouve à ma porte de [àus intéressans, dont je puis essuyer les larmes.

LEPàas.

Les infortunés mettent leurs présens àvospieds, comme on met des offrandes sur l'autd de la Divinité. Pourquoi n'ai-je pu vous procurer une société plus agréable que celle des malheureux?

LA MÈRE

Une femme , vous le voyez par mon exemple^ n'a pas besoin de sortir de sa fiuniUe pour être heureuse ; la nature a tracé la route de son bonheur dans ses devoirs. Qu'irait-elle chercher hors de sa maison, sinon à les oublier? D'ailleurs, il

LA PIERRE D'ABRAHAM

est bien difRcile aux âmes sensibles de trouver à s'assortir dans une fortune étroite. L*auiitié des ricbes est méprisante , celle des paysans est grassière; mais dans tous les états, la douleur sait parler et vivre : elle rapproche les hommes de toutes les conditions , et elle les met de niveau. Les cœurs brisés connaissent seuls les bienséances, et il n*y a que la main des blessés (pii puisse toucher les blessures sans douleur. Mais le ciel ne laisse |)as, dans ce monde même, les soins envers les malheureux sans récompense : souvent en essuyant des larmes bien amères, j'en ai versé de bien douces.

LE PÈRE

Je bénis le ciel de m'a voir donné , par le travail de ces mains bien peu exercées , de (|uoi vous faire vivre dans une aisance (jui vous procure encore un |)eu de su[)erflu. l'n homme ordinaire, c'est-à-dire unhoumie qui vaudrait mieux que moi, on simple journalier cultivant la ten'e, pourrait nourrirde ses fruits dix-huit hommes par jour: je ne crois pas qu'il y ait un millionjetdemi de paysans dans le royaume, sur vingl-cimimillionsd'habitans.

LA MÈRE

Une femme travaillant en laine peut , sans beaucoup de fatigue , entretenir de véteniens une fdmille nombreuse : j'en juge par mon expérience.

a Antoinette apporte la corbeille d'osier de son » père et le panier à ouvrage de sa nH>re; elle les » place auprès d'eux en les saluant respectueuse- » ment , easuite elle s'en retourne à la maison. » En allant et venant elle parait in(|uiète ; elle re- » garde de tons côtés pendant cette scène muette. » iioxDOR, toujours caché.

Oh ! nos femmes font des nœuds ! si ce calcul est juste , sur les vingt-cinq millions d'habilans (|u'il y a dans le royaume, il y en a au moins douze millions d'inutiles, et les plus inutiles de tous sont sans doute les riches. Les paysans et les ouvriers travaillent pour nous; et (jue faisons-nous pour eux? Là, mettons la main sur la conscience : nous vÎYons à leurs dépens ; nous cherchons sans cesse à accroître notre superflu de leur nécessaire. Je sens ma conscience qui se réveille ; je me garderai bien de nuire à ces honnêtes gens-là ; ils font du bien au sein de la pauvreté , et moi dans l'abondance je cherclie à faire du mah Avec tout cela ils sont heureux, et les gens les plus heureux que j'aie vus de ma vie. Je veux les faire peindre tels que je les vois là : la mère tricotant des l)as, et le père faisantune corbeille à l'ombre d'un saule ; la petitebarfière, et le sentier de verdure au bout du(|uelon aperçoit une caliane couverte de cliaume et de mousse. Je ne veux pas qu'on y oublie l'escalier appuyé sur un vieux cerisier fleuri, et Antoinette, aux yeux

bleus , qui en descend avec son cliapeau d'écora, ses cheveux blonds et son pot au lait sous le brv. Je ferai mettre ce tableau dans ma chambre àeaocher; il me donnera , dans mes insomnies , des idées de repos, d'innocence et de bonlieur, que je ne trouve nulle part.

LE PÈRE

I^ plupart de nos bourgeois ne sont que des financiers , et la plupart de nos paysans ne sont que des mercenaires : voilà pourquoi Tagricalture e^ négligée et méprisée chez nous. Si le nombre dn cultivateurs propriétaires était seulement doublé dans le royaume , les terres en rapporteraient an moins une fois davantage. Voyez devant nous CfUe vaste plaine : plus de la moitié est en jachère, et notre [)elit cliamp rapporte tous les ans. L'agriculture a encore cet avantage au-dessus de tous ks états de la société, qu'elle conserve b religion, ks mœurs , la santé, facilite les mariages; attache les pères aux enfans et les enfans à leurs pères; et tandis qu'une multitude de passions diriseot le$ hommes oisifs dans les villes, elle forme des dtoye» toujours prêts à se dévouer pour la patrie. La nature, dit Xénophon, met les gerl>es de blëao milieu des champs, comme un prix pour le vainqueur.

LA MÈRE

Plut à Dieu que les bords de cette forêt fussent partagés en une tnullitude de petites propriétés à autant de familles qui n'ont rien ! Cliacune d'elles s'y logerait et cultiverait sa portion suivant son goût et son industrie : on y verrait se former mille habitations cliarmantes ! n'est-ce pas , mon ami ?

LE PÈRE

Je ne doute pas que la plupart d'entre elles ne disposassent mieux leur terrain que je n'ai (ait le mien ; j'ai travaillé avec peu de moyens et d'expérience. Lorstpie j'eus obtenu ce bouquet de bob où nous sonmies , j'en lis abattre une portion au centre pour y bâtir une maison et y foire un jardin ; la vente iles arbres abattus me ilomia de quoi fournir au-delà des frais nécessaires à notre établissement. Je bâtis d'abord cette petite maison,Ctje laissai un assez grand espace vide tout autour afin de lui donner de l'air, et que la terre produisit m peu d*herl)e pour le pâturage de «pielques dièvres. Elles m'en ont fait , comme vous voyez , un tapis anglais ; car il n'y a point de jardinier dont b faux tonde aussi près que leurs dents. A quelqne distance de cette pelouse, j'ai planté la plupart des arbres et des arbrisseaux qui donnent du fruit; les plus petits en avant et les plus grands en arrière : en sorte que , du centre de rhaliitatioo, on les voit s'élever les uns derrière les autre» ea amphilliéàlre. J'en terminai le contonr par des

LA PIERRE D'ABRAHAM

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Royen, des châtaigniers, et enfin par les grands arbres delà forêt qui était de ma concession. J'a- Tais observé dans mes voyages que les forêts sont les remparts naturels des campagnes; elles conservent de la fraîcheur aux cultures , elles les abritent des vents froids, et elles y réfléchissent la chaleur du soleil : aussi vous voyes^ que, sans avoir de serres, nous avons souvent des primeurs.

LA MÈRB.

Ce lieu est enchanté.

LE PKRB.

Je venx Tembellir pour vous tous les jours de ma vie. Je planterai , au nord de la maison, un lierre qui grimpera sur l'escalier et viendra entourer vos fenêtres de son feuillage. Les oiseaux d'hiver, que vous aimez parce qu'ils sont malheureux, viendront s'y réfugier ; vous y entendrez chanter voire ami le rouge-gorge. Je planterai del'autre côté, an midi, une vigne qui formera un berceau audessus de la porte; j'y élèverai au-dessous un banc de gazon : nos enfans s'y reposeront uil jour , et s'y entretiendront de nous lorsque nous ne serons plus. Sur la faîtière du toit , je mettrai des ognons d'Iris dont la fleur vous plait : sa couleur, qui imite celle de l'arc-en-ciel , ses feuilles en James d'un beau vert de mer, accompagneront bien les longues marbrures de mousse qui se détachent , comme des lisières de velours vert, sur le chaume fauve de la couverture. Quel autre genre d'cmbeliissement desbrez-vous ici ?

LA BIÈRE

Je n'en ai jamais désiré dans vosouvrages; je n'aurais jamais cru que ce lieu en fût encore susceptible.

LE PÈRE

J'aurais bien pu entourer cette possession d'un mur, mais j'ai préféré une haie vive. Chaque année dégrade nu mur et fortifie une haie ; chaque année , un mnr consomme de$ pierres et une haie produit du bois. D'ailleurs , une haie est une décoration. Les riches la bannissent de leurs jardins, parce qu'elle coûtje peu; ils lui préfèrent une charmille taillée comme une muraille ; mais il semble qu'il y a autant de différence d'une charmille toute nue à une haie chargée de fleurs et de fruits, qu'il y en a entre une étoffe unie et une étoffe magnifiquement brodée. Une belle haie présente seule lespectacled'un beau jardin. Voyez ces pruniers sauvages dont les fruits uaissans sont semblables â des olives. Ces sureaux voisins parfument l'air de leurs bouquets de fleurs en ombelles; ces houx opposent leur vert lustré et leurs grains écartâtes aux nuages blancs des fleurs de l'aubépine; l'églantier jette çâ et là ses guirlandes de rose, relevées d*im vert tendre. La ronce même

n'est pas sans beauté; elle accroche d'un arbris* seau à l'autre ses longs sarmeus garnis de girandoles couleur de chair, et elle se roule autour des troncs des arbres de la forêt qui sont renfermés dans la haie et qui s'élèvent de distance en distance ^ comme autant de colonnes qui la fortifient. Mille petits oiseaux trouvent à la fois de la nourriture et desabrissous ces différens feuillages. Chaque espèce a son étage : en bas sont les merles , les fauvettes, les tarins; plus haut les rossignols , et au faite de ces vieux ormes nous entendons murmnrer la tourterelle et nous voyons voltiger la grive qui y bâtit son nid. La nature a jeté, depuis le sommet de la forêt jusque sur ces gazons , des rideaux de toutes sortes de verdures et de fleurs , pour mettre les nids des oiseaux à l'abri. Vous en faisiez autant , lorsque vous couvriez d'un voile de taffetas vert, brodé de vos mains, le berceau de nos enfans.

LA MÈRE

Oh oui! cette forêt et cette haie sont. les vrais berceaux des oiseaux. Il n'y a point de mère aussi attentive que la nature.

LE PÈRE

Vous entouriez le berceau de vos enfans de barrières d'osier, de peur (pie quelque choc ne troublât leur repos. La nature a de même garni d'épines la partie inférieure de celui-ci , afin d'en écarter les ennemis. Il n'y a dans ce climat que les arbrisseaux qui ont des épines; les grands arbres n'en ont point : les oiseaux qui y nichent sont défendus par leur élévation. Cependant, beaucoup d'espèces de grands arbres des pays chauds en ont, afin que les oiseaux puissent y faire leura nids en sûreté; car il y a dans ces pays-là plusieurs espèces de quadrupèdes qui savent grimper et qui viendraient manger leurs œufs.

LA MÈRE

O Providence ! qui pourrait méconnaître vos soins variés par toute la terre, suivant le besoin de vos Mbles créatures ?

LE PÈRE

La Providence ramène au plaisir on à l'utilité de l'homme toutes les attentions qui sont éparses pour le reste des êtres. Par exemple, j'ai parcouru beaucoup de pays au nord et au midi , et je n'ai jamais vu d'arbrisseaux épineux , ni de petits oiseaux de bocage, dans les lieux habités par l'homme, ou dans ceux du moins qui l'avaient été : je n'en ai jamais trouvé dans l'épaisseur des forêts du nord, quoique j'y aie fait au moins dnq ou six cents Ueues. Quand je voyageais dans les forêts solitaires de la Fmlande et que j'apercevais des moineaux j'étais sûr de n'être pas loin d'un village.

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