‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 102 sur 116 · LA PIERRE · texte numérisé non relu

LA PIERRE

Les petits oiseaux récréent Thomme par leur vol, leur chant et leur plumage; ils sont utiles à ses cultures; ils mangent au printemps les insectes qui dévoreraient ses fruits en été.

LA MÈRE

Quelque charme que le spectacle de la nature offre à mes sens , il disparait avec les saisons ; mais celui que l'observation présente àTesprît entredans monameety reste toute Tannée. Quoique je sois bien ignorante , vous m'avez ravie cet hiver en me faisant voir sur des cartes les dispositions admirables que TAutenr de la nature a données aux montagnes , aux fleuves , aux îles et mf me aux roches. Je ne croyais pas qu'il y eût plus d'ordre dans toutes ces objets que dans les pierres d'une carrière ou dans les ruines d'un château. Vous m'avez encore fait plus de plaisir en me montrant les relations que les plantes ont avec les élémens; j'avais plusieurs fois voulu étudier ces choses dans vos livres de botanique ; mais ils n'en disent rien du tout; ils ne sont remplis que de noms difficiles à retenir, de noms grecs qui, après tout, ne sont que des noms. D'ailleurs, je ne puis Gxer dans ma mémoire ce que je ne puis mettre dans mon jugement. C'est en étudiant cette magie de la nature que, sur un terrain inégal, mêlé de roches, de sables arides et d'eaux, vous avez i^it croître des plantes plus vigoureuses que celles qu'on cultive sur les meilleurs fonds. On dirait que la nature les y a placées elle-même. Quoiqu'elles ne soient que des herbes domestiques, elles ressemblent par leur vigueur à ces belles plantes sauvages qui croissent sur les bords des ruisseaux , ou dans les fentes des roches, et que les peintres représentent avec tant d'effet sur le devant de leurs tableaux. Il existe de plus une harmonie si aimable entre elles, par leur verdure, leurs formes , leurs fleurs et leurs fruits, que quoique ce lieu ne renferme guère que des herbes potagères et des arbres fruitiers , il n'y a point de jardin, où l'on ait rassemblé les fleurs les plus rares, qui me lasse autant de plaisir.

Mais toute cette science n'est encore rien auprès de celle de la nature. Vous m'avez déjà fait observer des contrastes charmans de couleur et de forme entre quelques oiseaux et les buissons où ils font leurs nids. Le geai, avec ses ailes piquetées d'azur , me parait plus beau sur le ciiéne dont il mange les glands que sur tout autre arbre ; j'aime à voir le roitelet établir son nid dans la cavité moussue de quelque gros rocher, comme s'il craignait que les arbres et la terre n'en pussent supporter les fondemens. Cliaque arbre , avec ses oiseaux , ses papillons et ses mouches , est un petit

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