AVIS
Lorsqne je voulus écrire la Vie de Bernardin de Saint-Pierre, je commençai par mettre en ordre ses nombreuses correspondances. Sur environ dix mille lettres, je fis un choix qui derint la base de mon travail, et qni devait servir à le jusfifier '. Ke pouvant publier c?t immense recueil , j'en détache aujourd'hui quelques pièces, dans le seul but d'appuyer ce que j'ai dit de Bernardin de Saint-Pierre; car, pour bien pénétrer un homme, ce n'est point assez de connaître les sentimens qu'il éprouve . il faut encore observer les sentimens qu'il inspire. Les méchans ont des flatteurs et des serviteurs, mais ils n'ont point d'amis ; jamais on ne les vit environnés d'estime, de tendresse et de vénération : ces sentimens naissent de la vertu . et on ne les éprouve que pour elle.
Ces correspondances auront d'autant plus d'intérêt qu'on aura mieux compris les ouvrages de Bernardin de Saint-Pierre. £11^ peignent au vif celui qui écrit et celui à qui on écrit; elles font aimer Bernardin de Saint-Pierre en même temps qu'elles font connaître ses amis. On retrouvera dans le style de Duval cette ame douce , élevée, sensible, qui avait deviné Tame d'un sage dans les agitations d'un jeune aventurier. Quelque chose d'ardent et de passionné nous révèle une ame supérieure dans l'excellent Taubenheim ; ses lettres sont des chefs-d'œuvre de délicatesse et de sentiment. I^ ton du baron de Breteuil est trompeur, celui de M. Hennin sincère , mais froid ; d'Alembert est un protecteur indifférent; RuIhière, un ami du l)eau monde ; madame de Krudner, une enthousiaste ; Tablié Fanchet , un aduii-
'C'est ce recueil dont j'offris inuUiement la communication à M. Hichaud, libraire. lorsqu'on m'annonça l'arUcle calomnieux qu'il préparait pour la Biografhie unircrseilr.
LETTRES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
SSO
qd veut garrotter celui qu'il admire ; Ducis, au cbotraire, était généreux, plein de confiance et d'abandoo, mais il aimait avec son imagination, et Bernardin de Saint-Pierre a^ec son cœur. Cette amitié, formée si tard , eut quelqne ctiose du brillant de la^Jeunesse , mais eDe ii*en eut pas la douce intimité. Maltieureusement les lettres de Bernardin de Saint-Pierre à son ami n'ont pasétéretrouTées; onjugcra de l'intérêt qu'elles devaient aToir par le charme de ceUes de Ducis. Ces lettres, iMnes de mouTement et de noblesse, sont le déTelofypement du plus beau caractère : il est impossible de les lire sans aimer Ducis, sans aimer son ami, et sans les estiiDer tons deux.
On trouvera encore dans ce recueil deux lettres de H. de Footanes, une de M. Maret , et quelques lettres de la fiimille Bonaparte. Ces dernières sont là pour oonflrroer' ce que nous avons dit des relations de Bernardin de Saint-Pierre avec ces puissances passagères qui ont dominé son siècle.
saoAtisae.
QUELQUES LETIRES
ET