‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 12 sur 116 · DES HOLLANDAIS · texte numérisé non relu

DES HOLLANDAIS

Nonne vides crooeos ut Tmolusodoret.

India mittit ebur , molles sua thura Sabsi ;

At Cbalybesnudi femim , virosaque Pontns

Castorea ?

ViBC, Georg., lib. f , v. 56-90.

I Voyez comme le nKMit Tmoliu nous envoie son safran , 9 rinde son ivoire , les douces contrées des Sabéens leur en- • cens, les Cbalybes leur fer , eC le Pont ses castors. ■

Les Hollamlais sont grands, robustes, chargés d'embonpoint. La plupart sont blonds, et ont les yeux bleus. L'usage fréquent du thé leur gâte les dents. Leurs femmes sont fralclies, et communément beUes. Une grande douceur, des mœurs simples, les soins du ménage, une tendresse extrême pour leurs époux et leurs enfans : voilà leurs grâces , leurs plaisirs et ieurs passions. Les hommes ne sont point admis à leurs sociétés. Elles s'assemblent entre elles, et la conversation roule sur l'arrangement du logis et la propreté des meubles; c'est pour elles im objet inépuisable de dissertations , d'éloges, de complimeod et quelquefois de médisance. Une Hollandaise ne passe point la semaine sans foire ime revue générale de sa maison. Tout ce qni est métal est écuré et poli. Le fer dans les cuisines brille comme l'argent; le bois et la pierre, les planclies , les portes , l'escalier, la façade même, tout est lavé , frotté , essuyé , blanchi , peint ou vernissé. La mauvaise qualité de l'air rend ces soins nécessaires, et ils seraient agréables, si, à force d'être répétés, ils ne devenaient incommodes; mais il n'y a pas moyen de modérer là dessus l'activité des dames.

Leurs maris ont des amusemens plus tranquilles ; une pipe , de la bière et une gazette leur suffisent, car ils sont flegmatiques et sérieux dans leurs plaisirs comme dans leurs affoires.

L'architecture de leurs maisons est simple et commode. On y entre par un perroa élevé, à cause de l'humidité des rues. Elles sont de brique, à plusieurs étages : le toit en est fort aigu , et le frontispice est découpé comme les degrés d'un escalier. Souvent une cigogne vient y faire son nid ; ils la respectent, comme le symbole de l'hospitalité. Ils écrivent sur la foçade quelque sentence latine, ou simplement le nom du maître et de la maltresse. C'est le temple de l'hymen; il est bien rare que les lois en soient viol^. En ce pays on ne sait ce ffue c'est que de foire sa cour aux femmes, et l'adultère ne s'y appeUe point galanterie. Leurs mariages sont tranquilles et sqfaris d'une nombreuse postérité. Il est rare de voirliîlleurs de plus beaux enfons; ils les aiment passionnément; le père occnpe de bonne heure les garçons aux objets actifs du commerce. Ils grondent peu leurs enfons et ne

les frappent point. On prétend que cette indulgence est cause de leur grossièreté. La rudesse des manières vient sans doute d'un défaut d'éducation ; mais mille totirmens et des vices sans nombre sont les fruits d'une mauvaise. Quoi qu'il en soit , dans un âge avancé la reconnaissance filiale est égale à la tendresse paternelle ; les enfans écoutent en tout temps les conseils de leurs parens , et soulagent les infirmités de leur vieillesse avec la même amitié que ceux-ci ont supporté la faiblessede leur enfance.

La propreté qui r^e dans leurs maisons n'en exclut pas la magnificence. Souvent les marteaux des portes , les gonds , les serrures , sont de cuivre ; les cuisines incrustées de carreaux de faïence , les appartemens revêtus de marbre blanc, les buffets garnis de porcelaines de la Chine, les meubles de bois des Indes d'une beauté et d'une durée éternelle. Ils joignent à cela de très-beau linge , quelquefois des tableaux précieux , et un jardin où ils cultivent les fleurs les plus rares. Les gens du peuple portent sur leurs habits des boutons d'argent massif, et leurs femmes des chaînes d'or. Ce luxe est sage en ce que ces dépeases vont sans perte à leur postérité.

Leurs viUes se ressemblent, comme leurs maisons. Les rues sont bordées de tilleuls , et le milieu est occupé par un canal où vont et viennent un grand nombre de bateaux: ce sont les chariots du |)ay8. On y voit rarement des carrosses sur des roues ; ceux dont on se sert sont montés sur des traîneaux; le codier est à pied, conduisant d'une main le dieval , et tenant de l'autre une queue de chanvre imbibée d'eau , qu'il oppose de temps en temps au traîneau , afin qu'il glisse avec facilité. Ils mettent des droits considérables sur les voitures roulantes, parce qu'elles détruisent aisément les diemins, qui sont pavés de brique.

De toutes leurs villes, Amsterdam est la plos considérable, et la bourse y offre chaque jour le plus singulier des spectacles : c'est une grande place carrée , entourée d'une colonnade ; cliaque colonne y est le centre du commerce de quelque partie du monde , et y porte les noms de Surinam, de Londres, d'Archangel , de Bordeaux, etc., etc.

Ce sont là véritablement les colonnes de la république , qui appuie son conmierce sur les principales villes de l'univers. A l'heure de midi , une fotile de négocians s'y rassemblent; là , arrivent de toutes parts les avis de ce qui manque ou de ce qui abonde chez les autres nations : tous projettent, tous calculent. Une multitude de vaisseaux sont prêts à partir à tous les vents; ils portent au midi les bois du nord , au nord les vins et les fniits du midi. Ici l'intérêt l'emporte sur les préjugés : on

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voit des juifs converser avec des Espagnols ; des Anglais traitent avec des Français , des Turcs avec des chrétiens. Aucun objet de commerce n'y est exclu. On y trouve des domestiques à louer , des <M)mmis à placer; on y propose des achats de terre €t de maisons, des Qlles à marier, des armées ù approvisionner et des flottes à équiper. Quelquefois on y marchande des villes, des provinces, et même des couronnes.

Il semble que les Hollandais sont les propriétaires de toute la terre, dont les autres peuples ne sont que les fermiers. En Russie et en Suède sont leurs cliantiers pour les> mâtures, leurs magasins de dmnvre, de cuirs, de salpêtre et de goudron; leurs mines de cuivre et de fer, enfin leurs arsenaux de marine et de guerre. Leurs greniers sont à Daotzick, où la Pologne leur envoie chaque année ses blés et ses bestiaux. Leur garde-robe est r Allemagne, qui leur fournit à Leipsick et à Francfort les toiles et les laines de Saxe et de Silésie. Leurs haras sont dans le Holstein et en Danemarck. Leurs vignobles en France, et leur cave à Bordeaux. Les Provençaux et les Italiens cultivent pour eux leurs jardins; c*est pour eux qu'ils cueillent Torange et le citron, d'un usage si universel dans le nord; pour eux qu'ils dessèclient le raisin et la figue et marinent l'olive. L'Asie et ses Ues leor fournissent le thé , le girofle, les épiceries, les soieries et les perles. Pour eux le Chinois pétrit la porcelaine, et l'Indienne file la mousseline. C'est pour eux que l'Afrique brûlée étale sur ses rivages le poivre et les gommes ; c'est pour eux qu'elle envoie ses noirs enfans fouiller l'or au Pérou et les diamans au Brésil , et planter en Amérique le cacao , le sucre, le café, l'indigo , le coton et le tabac. Les Hollandais vivent an milieu de ces richesses, comme s'ils n'en étaient que les dépositaires. Leurs alimens sont le beurre , le fromage et quelques légumes. Ils mangent cru et sans apprêt le poisson sec, le saumon fumé et le hareng salé , qu'ils regardent comme un remède souverain contre les fièvres bilieuses. Leurs habiUemens sont simples et d'une couleur modeste ; quand ils sortent de leur pays, ils ne changent en rien leurs anciennes coutumes; on ne volt sur eux ni dentelles ni galons. Quelque quantité qu'ils trouvent de vivres et d'étoffes , ils n'emploient à leur usage que les provisions qu'ils ont tirées de leur patrie. Ainsi, conservant leur économie dans le sein de l'abondance , et des mœurs parmi là dissolution des étrangers , ils retrouvent partout la Hollande qu'ils portent avec eux.

Outre les soins du commerce, l'agriculture et les arts utiles les occupent tour à tour. Beaucoup de

Hollandais sont à la fois laboureurs, fobricans, marchands, et même mariniers. Plus la terre est ingrate, plus ils la cultivent. Ils sont parvejius , à Sclieveling, à foire croître des chênes dans le sable tout pur. Tel arbre y a élé planté plus de vingt fois. Peu avares de leurs peines , ils n'économisent que sur les moyens. Leurs grains ne sont point serrés dans des granges ; les gerbes sont disposées en cercle autour d'un mât planté au milieu d'un champ, les épis en dedans Quand la meule est suffisamment élevée , ils la couvrent d'un toit de cliaume qui glisse le long du mât. C'est dans les prairies et dans les l)estiaux que consisteleur plus grand revenu ; ils en tirent une quantité prodigieuse de fromage, qu'ils ont le secret de préparer et de conserver en le trempant dans des lies de vin. On peut connaître coml)ien l'agriculture et le commerce se prêtent mutuellement de forces, puisqu'à Sanlam, village près d'Amsterdam, il y a des paysans si riches, qu'un seul entreprend la construction d'un vaisseau de guerre, et assure en même temps un vaisseau de la compagnie des Indes.

De tous les arts , l'ardiitecture hydraulique est celui qu'ils ont porté à une plus grande perfection. Leurs digues sont construites avec le plus grand soin. Ils en lient les terres en y plantant des arbres, et y mêlant des radies de chiendent. Les eaux qui filtrent sont pompées pai' des moulia<i, et rendues à la mer. Chaque ville communique de l'une à l'autre par des canaux. En quelques endroits, ces canaux passent sur des aqueducs ; c'est ainsi qu'ils se traversent sans confondre leurs eaux. Ailleurs ils se conununiquent par des sas ; ce sont des réservoirs renfermés entre deux écluses où l'on fait monter et descendre les barques sur des terrains de niveaux difforens. Si les eaux leur ouvrent des routes pour le commerce, elles servent en même temps à la défense des places par la facilité qu'ils ont de les répandre aux environs. D'ailleurs, leurs fortifications rasantes ne donnent aucune prise à l'ennemi; les feux y sont multipliés par im grand nombre de demi-lunes et des galeries trèsmeurtrières; joignez à cela la difficulté de faire des circonvallations dans un pays coupé de canaux , d'ouvrir des tranchées dans une terre marécageuse, de trouver des fascines dans de» prairies, de faire agir des mines dans le sable, vous aurez une idée de la difliculté d'y faire des sièges. L'architecture (|ui règne dans leurs villes a quelque singularité : ils inclinent le liant de la foçade de leurs maisons du côté de la rue , sok pour donner plus de largeur aux apparlemens supérieurs, soit par quelque curiosité recherchée. Leurs jardins sont découpés en formes bizarres et décorés de petites pyramides »

de glorioles et de grotles fomiées de c<Kiiiinages. Ils montrent dans ces petils ouvrages plus de patience que de goiit , mais ils aiment à surmonter des obstacles par Thabitude d'exécuter des choses difficiles. Ils ont perfectionné un grand nombre d'inventions utiles , entre autres rimprimerie, Fart de construire des vaisseaux, de fabriquer le papier, le verre et la faïence ; celui de manufacturer le tabac, le sucre, le savon, d'ourdir des toiles ouvragées et de les blanchir, de conserver le poisson i^ar le sel et la fumée, de décomposer par la chimie le girofle et les épiceries, de préparer les vins, et même, dit-on , le secret d'en faire.

Tant d'arts, qui en exigent une infinité d'auti-es, occupent tout le monde. On ne souffre point de mendians en Hollande; on emploie dans les manufactures les enfans orphelins, les vieillards et jusqu'aux estropiés. On y voit des aveugles faire mouvoir des roues; ceux qui n'ont pas de pieds filent le lin et le chanvre, les manchots portent des fardeaux. Ceux (lui troublent la société sont condanmés à des travaux publics. Mais il est rare qu'on entende parler de vol ou de meurtre. Les crimes ne naissent point où l'on a bamii l'oisiveté et la

misère.

Il n'y a pas d'endroit en Hollande d'où l'on n'aperçoive à la fois (|uelques villes, plusieurs \illages et une multitude de moulins à vent. Les uns scient le bois , d'autres moulent les blés ; ceux-ci forent des canons, ceux-là broient la poudre à canon. Quantité de chaloupes traversent les campagnes ; de grosses fiaysannes , la rame à la main, viennent en chantant apporter leurs denrées an port. C'est une ville flottante, composée de plusieurs milliers de barques et de vaisseaux. La plupart des habitans y vivent avec leurs familles. Les femmes s'y occupent des soms du ménage comme à terre. Lorsqu'on est en pleine mer, elles aident leurs maris, et prennent en main le gouvernail ; leurs en fans, nés sur les flots, s'accoutument de bonne heiu-e à braver les tempêtes. En^ffet, il n'y a pas de nation plus intrépide sur cet élément; on a vu des flottes marcliandes résister à des escadres , et leur écliapper par une défense opiniâtre. Les Hollandais sont lents dans leurs manœuvres , parce qu'ils emploient peu de matelots par économie , et que leurs vaisseaux sont d'une forme arrondie , maïs d'ailleurs excellens pour porter de grands fardeaux sur des mers peu profondes. Ce pays a produit des marins excelleas, d'habiles ingénieurs, et Boerhaave, peut-être le premier des médecins modernes; dans les arts agréables, quelques poètes pastoraux , des peintres plus célèbres par leur coloris que par leur composition; dans les sciences.

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de grands philosophes, des jurisconsultes qu'on citera toujours, et tles théologiens dont on ne |kirle plus.

DU GOUVERNEMENT

Conconiia rcs parvae cresciint.

t NoliT grandeur viciil de notre union. •

L'industrie des HoUandais vient de leurs besoins, et leur économie de leur pauvreté : c'est h cette vertu qu'ils doivent leurs richesses.

On représente le commerce entre deux peuples par les fléaux d'une balance que chacun d'eux cherche à faire pencher de son côté. Les choses étant égales , le poids le plus léger décide cette inclinaison , et ime fois décidée , c'est une source perpétuelle de gain pour un parti, et de perte pour l'autre. Si, par exemple, les Anglais achètent cha> que année pour dix millions de nos vins , et qu'ils nous fournissent en échange pour neuf millions de blé , il est clair qu'au bout de dix ans ils auront perdu dix millions. Ainsi, plus le commerce de ces deux nations augmentera , plus la peite des Anglais croîtra. Mais comme les hommes sont les premières richesses d'Un état , celui de ces deux gouveniemens qui aura le moins dépensé en hommes restera le plus riche. Or, on sait que si un laboureur tire de la teri*e pour la valeur de mille livres en blé, cinq vignerons recueilleront à peine pour mille livres de vin. Il s'ensuit donc que cinquante mille hommes seront occupés en France à balancer le travail que dbc mille hommes feront en Angleterre. Les Anglais seront donc plus riches que nous de quarante mille honmies , qu'ils emploieront à d'autres branches de commerce.

Tel est l'état des Hollandais par rapport aux antres nations. Leur économie embrasse tout : ils emploient un grand nombre de machines pour leurs fabriques; ils mettent très-peu d'hommes sur leurs vaisseaux ; leurs vivres sont du poisson sec , qui ne leur coûte rien. Un marchand se contente du plus petit gain , parce qu'il vit sans faste , et que l'argent" n'étant qu'à trois pour cent, les entreprises ne sont pas onéreuses.

Le gouvernement se conduit par le même principe. Sa monnaie est la plus pure; ainsi le droit qu'il en tire étant moindre que celui d'aucun prince , toutes les nations la recherchent. Le ducat de Hollande est la monnaie de tous les pays. Pierrele-Grand, par la même confiance, ordonna que les droits de douane s'acquitteraient en Russie en écus de Hollande.

Souvent les Hollandais profitent sur cet objet de l'avidité des princes. Dès qu'une monnaie bausst', ils en frappent chez eux des quantités , et la trans-

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ptn'leut dans le pays avant (fiie les denrées se mettent au niveau de l'argent, en sorte ifu'ils funt des içains considérables.

Ils ont des lois admirables pour favoriser le commerce , la pôclie , et maintenir la police ; mais toutes ces choses demanderaient des volumes. L'Hôlel-de- Ville prête des secours aux négocians dont la fortune a été renversée par des pertes imprévues. Il propose des prix pour la pèche. La première barque de retour de la pèche du liareng eu donne un baril au gouvernement, qui paie une pislole chaque poisson. On dit que cette compagnie est aussi puissante que celle des Indes. On donne, dans les incendies, cent francs à la première pompe qui airive au feu ; l'incendie fait rarement des progrès, parce qu'on couvre les maisons voisines d'étoffes de laine mouillées.

Ils n'ont pas ime grande est une pour l'état mi- Utaire : un matelot hollandais regarde un soldat comme un homme qui est à ses gages. Leur cavalerie est recrutée dans les nationaux : elle est bonne, quoique pesante. L'infanterie est composée de Suisses et de Flamands. Ces troupes étrangères et mercenaires paraissent bien faibles; mais nous ne sommes plus au temps des Komains. Chaque état couGe aujourd'hui la défense de sou pays à la portion d'hommes qui y prend le moins d'intérêt; et comme les Hollandais domient une paie double à leiu-s soldats , il est vraisemblable que s'ils étaient campés tranquillement devant une armée ennemie, au bout de htdt jours il ne resterait dans celle-ci (|ue les officiers. D'ailleurs ils sont braves, et tout le monde sait qu'ils ne doivent leur liberté qu'à leurs victoires. Au reste, ils croient que la gloire d'tuie nation consiste dans ses richesses. Ils gardent sans som et laissent voir sans ostentation les drapeaux qu'ils ont enlevés à leurs ennemis. Ils supportent avec patience les dépi'édations de leurs rivaux, et les calculent d'avance avec les frais d'une guerre , comptant pour peu les insultes , et toujours prêts à les sacrifier à leur intérêt.

L'intérêt de la Hollande , comme celui de toute société moderne, consiste dans le malheur de ses voisins ; on dît que l'inclination de ce peuple s'accorde là-dessus avec sa politique. La simplicité d'im marchand ne s'accommode pas de l'astuce autrichienne , de la fierté anglaise et des airs français; mais s'il fallait se décider entre l'Angleterre et la France , il y a apparence qu'au commencement d'une gueiTC les Hollandais embrasseraient le parti le plus fiaible, afin de tenir la balance égale; mais à la fin d'une guerre malheureuse , ils se ran< géraient du côté le plus fort , parce qu'U est dangereux de défendre un parti tout-à-fait opprimé.

Leur ennemi naturel est la maison d'Autriche , dont ils ont détruit le commerce dans les Pays- Bas; et la France, dont l'ambition a presque causé leur perte. Ils ont donc pour alliés nécessaires la Pnisse, qui partage l'Allemagne en deux puissances, les villes Aaséatlques et tous les ennemis de leurs voisins.

Par rapport à nous , les clioses ont bien changé depuis Louis XIV, qui pénétra daas leur pays, et à qui dans la suite ils firent accepter la paix. La modération de notre gouvernement actuel ne leur laisse rien à redouter de nos entreprises, et ils ont plus à craindre notre luxe que nos armes.

Leur gouveniement est républicain, quoiqu'il y ait un stathouder héréditaire : c'est le chef de la milice. Quelques-uns regardent ce pouvoir comme dangei*eux pour la liberté publique. Un souverain (jui commande des troupes étrangères au milieu d'un peuple paisible de marchands parait superilu : cela serait vrai si le peuple était pauvre; mais il faut que des gens riches aient quelque chose à craindre. Il y a en Hollande des citoyens si opulens, qu'ils ne tarderaient pas à être ambitieux; mais tant qu'ils craindront d'être subjugués , ils ne chercheront pas à établir leur propre autorité. Pressés par le pouvoir souverain , et occupés sans cesse à le repousser, il en naît pour l'état un mouvement salutaire ; les cliargespubhques sortent des familles, et n'étant point héréditaires, sont remplies avec plus.de zèle : l'incapacité craint malgi'é son opulence , et le mérite espère malgré son obscurité. Un gouverneur des Indes qui abuse de s)n pouvoir ne se flatte pas d'acheter, à sou retour, toutes les voix du conseil. Dans un état républicain, plus le sujet est. riche, plus le prince est en garde.

Tel est en Hollande le contre-poids des lois et de l'autorité. Les six provinces, craignant la puissance d'Amsterdam, cherchèrent un tuteur à la Uberlé publique. EUes le choisirent dans la maison de Nassau. C'étaient deà cadettes jalouses des richesses de leur ainée. Elles suspendirent cette épée sur sa tête, mais elles en rompirent la pointe. Le prince ne peut décider ni de la paix ni de la guerre, ni du mouvement des troupes , ni de l'emfiloi des finances : les Etats font les lois, le prince les exécute.

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