DU PAYS
Régie sub Iioc Pomona fuit , qua nulla laliiia» Inter Hamadryadas coluit sotertius Iiortos, Nec fuit arborei studioMor altéra fétus
OviD., I. iiv. Met.
« Sou» le régne de ce prince on s'applUiua à la culture des • Jardins; Jamais en Italie on ne prit tant de soin des vergers, » et on ne rendit tant d'honneurs à Pomonc. •
La géographie de la Prusse offre plus de singularités en politique qu'en physique. La Marche de Brandebourg fait le centre de ce royaume , d'où partent trois bras qui semblent saisir l'Allemagne et la Pologne. Cette disposition le met dans des oix^sions prodiaines de guerre , jusqu'à ce qu'il achève de s'arrondir ou de se détniire par de nouvelles conquêtes.
Le premier de ces bras s'étend au sud-ouest, entre les Pays-Bas et l'Allemagne : il comprend une portion de la Lusaoe; en Saxe, le territoire de Hall , une partie du comté de Mansfeld , le dudié de Magdebourg, la principauté d'Halberstadt; en Westphalie, la principauté de Minden, le comté de Ravensberg, celui de la Mards et le duché de Clèves ; dans les Pays-Bas, une partie de la Gueldre ; phis loin , la principauté de Neufchâtel. Tous ces terrains sont isolés et comme autant de pierres d'attente.
Le second va au sud-est, entre l'AIlemangne et la Pologne. C'est cette belle province de.Silésie, regardée par les Allemands comme leurs champs clysées, dont on veut qu'elle tire son nom. EJle resseml)le beaucoup à la Normandie : pâturages excellens, terre fertile, habitans laborieux, laines fines, tout est dans ce pays une source de richesses ; c'est, sans contredit, la plus belle portion de l'Allemagne, sans en excepter la Saxe, qui ne l'emporte que par son industrie. Entre autres curiosités, on y a découvert depuis peu h chrysopale, pierre précieuse, verte et demi-transparente. Le général Fouquet, qui découvrit ces pierres dans les montagnes de Glatz, en trouva d'assez grandes pour en envoyer une tabatière à la cour. Le roi lui manda d'en faire tailler une colonnade. On trouve dans les prairies les œufis d'une sorte de bécasse qui passent pour un mets déli(!ieux : en les conservant quelques années, le blanc devient si dur qu'on le taille comme une agate ; on en montre des anneaux. Celte propriété de se durcir n'est pas réservée à cette seule matière animale, et peut
fournir des expériences à la physique et aux arisi.
Le troisième bras est formé de la Poméranie et du royaume de Pnisse. Il passe le long de la Pologne et de la mer Balli({ue. Le terrain est sablonneux , produit peu de blé , et n'offi-e d'antres singularités que l'ambre jaune, production incertaine de la mer, de la terre, des insectes, ou des végétaux. On ne sait encore si c'est une écume , un fossile, ime cire, ou une gomme. J'en ai vu en Russie un cabinet entier, donné par le père du roi. Il est estimé (|iiatre-vingt mille écus. Il y a des morceaux qui ont plus d'un pied et demi en carré, sculptés en bas-reliefs. On dit que c'est un phénomène de la nature, mais certainement ce n'est pas un chef-d'œuvre de l'ail , à niohis que ce n'en soit un fort grand d'en fondre ensemble plasieurs morceaux pour en composer une seule masse. Quoi qu'il en soit , ce qui n'est pas d'un usage universel doit être abandonné aux disputes des savans , et confmé pour toujours dans les académies.
Ces rivages, où viennent se dccliarger de grands fleuves , ou de longs promontoires forment des ports pour de petits vaisseaux , étaient autrefois très-peuplés : on y remarque des coutumes anciennes , des restes de grandeur, d'aisance et de police dans les villes. Des guerres sans nombre ont tout ravagé. La grande Kœnigsberg s'élève encore au milieu de ces ruines , mais Dantzick seule a conservé sa liberté et son commerce.
I^ Marche de Brandebourg, où est Berlin, est la partie la plus stérile. I^s cultivateurs y emploient toutes les ressources de l'agriculture. J'y ai vu des diamps de sable pur ensemencés de blé; on est content quand la récolte est triple de la semence. Les moineaux y sont proscrits, chaque paysan est obligé par an d'en apporter douze têtes; on en fait du salpêtre. Dans les montagnes, ils plantent des pommes de terre, et se félicitent de n'avoir point de vœux à faire pour leur moisson; près de la mer, on cultive des pommiers et des poiriers , dont ils portent les fruits en Russie ; les mâriers y viennent bien , mais les fraîcheurs des nuits tuent les vers à soie; enfin, ils sont parvenus à planter un vignoble auprès de PosUlam. Ils entretiennent à Berlin un grand nombre de jardins. La terre végétale n'a pas quatre pouces d'épaisseur ; sous cette couche est un lit de sable, profond de six pieds; ils défoncent ce terrain et l'enlèvent avec de grands travaux. Ils y font croître la plupart des bons fruits de notre climat. Les melons y sont délicieux. Mais à peine le soleil est-il parvenu à l'équinoxe de septembre , que l'air s'obscurcit de brouillards froids et épais ; les vents du nord agitent les vergers, les feuilles jaunies avant le temps tombent avec les
VOYAGE EN PRUSSE
fhrîts à moitié mûrs. Alors on se hâte de préserver les arbres des rigueurs de l'hiver ; ils creusent des fosses profondes où ils enterrent les figuiers et les pêchers.
Celte terre désolée par un climat si dur Ta été long-temps par la guerre. Partout on en voit des traoe'i : point de défilé où ne soit quelque retranchement y dehanteur où Ton ne voie les fossés d'un camp, de ville dont les murailles ne soient éom*nées do boulet. On montrait à des voyageurs anglais ces campagnes fameuses par tant de combats : a Nons n'avons, dirent-ils, rien oui dire de tont cela en Angleterre. » Le roi les reçut fort mal : c'était en effet bien peu de renommée pour tant de saog répanda.