DES POLONAIS
Kt quîbiu in nolo vidcndi causa palalo etit.
Juv., sat. XI, V. u.
• Ces gens-ci ne semblent être au monde que pour boire • et manger. >
Les Polonais sont grands et vigoureux. Il n'y a guère de nation dont le sang soit plus beau. C'est de leur pays que viennent ces beaux hommes (|ue le faste des seigneurs enlève aux campagnes. La nature semble se plaire aussi à y faire naître des nains très-bien proportionnés.
L'iiabit des Polonais est une robe de drap à
manches pendantes; ils portent dessous une veste de soie fermée d'une ceinture; un ceinturon d'où pend un long sabre, serre leur liabit. Ils vont toujours bottés, montent à cheval sans grâce conmii* les Tartares, et se servent du fouet au lieu d'éperon. Ils |>ortent tous des moustaches, et la tête rasée , couverte d'un bonnet bordé d'une pellelericî légère. Cette coutume de se raser dans un pays froid, vient, je pense, d'une maladie assez amimune au peuple ; c'est une sueur de sang (|ui découle des cheveux.
Il y a deux nations en Pologne , les paysans et les nobles; on pourrait en ajouter une troisième , les juifs. On en compte près de deux millions , et c'&4 plus du tiers de la population. Ils portent la barbe, et sont vêtus de robes noires toutes déchirées ; ils sont très-pauvres , quoiqu'ils exercent la plupart des métiers et qu'ils tiennent les cabarets. Ils sont souvent injuriés et maltraités du peuple, et font paraître un atUchement admirable pour leur loi, puisqu'un juif qui se fait chrétien est fait gentiiliomme. Us paient par tête quarante sous , et c'est le principal revenu du roi : d'ailleurs , ils font vœu de ne jamais porter les armes et de ne point labourer la terre , peut-être par le malheureux sort de ceux «{ui la cultivent.
En effet , la pauvreté des paysans passe tout ce qu'on peut en dire. Ils couchent sur la paille pêlemêle avec leurs bestiaux. Ils sont si sales que lemmalpropreté a passé en proverbe. Ils n'ont ni linge, ni chaises , ni tables , ni aucun des meubles k^s plus nécessaires. Ils travaillent toute l'année pour des maîtres barbares qui ont sur eux droit de vie et de mort. Ils cultivent pour Ic^iune le pavot , dont ils mangent la graine, pour as oupir, je crois , le sentiment de leur misère. Le sort des pauvres gentilsliommes n'est guère plus heureux. Ils n'ont d'autre ressouix» que de servir les grands, qui les emploient jusqu'aux derniers offices de h maison; il y en a beaucoup de palefreniers et de laquais. Dans ces emplois ils ont à peine de quoi vivre ; ils couchent par terre dans les cuismes el sur l'escalier, car leurs maîtres ne leur donnent ni cliambres ni lits. La marque de leur noblesse consiste à porter le sabre; et lorsqu'on les punit, on étend sous eux un tapis avant de les bastonner. Ce sont là toutes leurs prérogatives et leur unique preuve de noblesse, n'y ayant que très-peu de familles qui puissent la prouver par des titres.
Us ne croient point déroger dans ces fonctions serviles , et j'ai vu deux princesses Yisnioveski descendantes des rois Jagellons, fenmiesde chambre, l'une chez la chambellane de Lithuanie, l'autre chez la femme du grand-général. Cet état ne
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les empêche pas de parvenir souvent à de grands établissemens , et un Polonais ne rongit point dans l'opulence de sa misère passée. L'évè[|ue de Cujavie m'a dit lui-même qu'il avait été tovarisle ou soldat aux gages d'un particulier.
Les Polonais sont Tort assidus dans leurs églises ; ils se prosternent et frappent leur poitrine à grands coups. Ils sont fort dévots. C'est le sort de tout peuple misérable de porter ses espérances dans une autre vie, et une preuve que la religion est le plus ferme lien de la société , puisqu'elle rend les plus grands maux supportables. Ils ont une grande vénération pour saint Jean Népomucène. Il n'y a point de saint plus universellement lionoré en Europe, en Pologne, en Silésie, en Moscovie. En Autriche , en Bohême , en Hongrie, en Saxe même et le long du Rhin , on voit sa statue placée aux carrefours, dans les places publiques, dans les lK)is , sur les montagnes. Il fut le martyr de la discrétion , et les femmes reconnaissantes en ont fait l'objet de leur culte.
Le faste et la bonne dière sont les passions dominantes de ceux qui ont un peu d'aisance. Un bon gentilhomme donne sans façon le nom de palais à sa petite maison ; et on appelle la cour de monseigneur quatre ou cinq valets mal vêtus qui l'environnent. Leur luxe, et quelquefois tout leur bien, consiste dans une ceinture d'étoffe de Perse d'or ou d'argent , dans leur dieval et son harnais brodé <ror. Avec cela ils font leur cour aux grands, qu'ils accompagnent partout , et dont ils reçoivent des ^^ages. J'ai vu un gentilhomme riche de plus de dix mille livres de rente proposer à sa parente , la palatine de Volhinie , de prendre sa fîlle unique comme femme dediambre, pour lui donner l'usage du monde.
Les grands traitent les gentilshonmies de leurs palatinats avec la plus grande magnificence. On ne iein- épargne point les vins de Hongrie , qu'ils aiment passionnément. Plus leur table est bien servie , plus ils ont de créatures. Pour les persuader on les enivre , et ils boivent sans honte le prix de leur liberté. Dans un diner que donnait le princediancelier, les convives rassemblés pour nommer le roi voulaient, à la fin du repas, l'élire lui-même. Ils ne voulaient point d'autre Ampliitryon.
Il règne bien du désordre dans ces tables, où J'on se garde d'exposer aucun objet précieux; plusieurs ne se font pas scrupule de mettre dans leur poche un couvert, en disant au maître de la mai- >son : Monseigneur, c'est pour me ressouvenir de vous. Cet étrange usage s'obser\'e chez les Cosaques. J'en ai vu d'autres se mettre aux genoux d'une princesse , la dédiausser, plonger l'extrémité
de son pied dam leur vin, et le boire ensuite à sa santé. Ils sont pleins de démonstrations dans leurs actioas. Ils saluent en s'indinant profondément, et saisissent de la main le bas de la jambe de la personne qu'ils veulent honorer, homme ou femme. Ils sont outrés dans leurs éloges et enflés dans leurs compiimens. J'ai vu des vers latias (uis en l'iiouneur du roi : on lui disait que comme il poitait nn veau dans ses armes, il ne fallait pas douter qu'il ne défendlirétal avec le génie et les comesd'un taureau. Les grands seigneurs vivent avec le faste des rois. Il n'y a point ailleurs de noblesse plus magnifique , ni de pires citoyens. Ils dépensent leurs revenus à entretenir autour d'eux une grande suite de cavaliers , luxe ruineux pour l'état, qu'il prive d'hommes, et inutile à leur postérité, qui ne profite point de ces dépenses. Ils aiment à |)araltre an milieu d'un cortège nombreux de soldats liabillés en janissaires, spaliis, tolpacs, uhians : troupes serviles propres à nuire à la liberté publicpie , et incapables de la défendre. On voit au milieu de ces habits orientaux des seigneurs décorés d'un cordon bleu ou rouge, très- souvent étranger. Ces ordres, qui sont des marques de distinction pour le» sujets naturels d'un prince, ne font pas lieauooup d'iionneur à des républicains. Cet empressement à rediercher la protection des puissances voisines vient de leur goût pour le faste et de leur pauvreté. Il y a en Pologne quantité de petits princes saas argent et sans train. Pour illustrer leur cortège , qu'ils ne peuvent augmenter, ils le composent de capitaines et de colonels. Quand ils viennent en visite , ces armées où il y a plus d'officiers que de soldats restent dans les antichambres , et quelquefois viennent servir leur maître à table. Leurs plaisirs ne sont pas plus raisonnables que leur vanité ; ne sachant s'occuper d'aucun objet utile , ni du spectacle des arts , ils achèvent d'obscurdr |iar l'ivresse une raison mal cultivée : car dans ce pays, conune dans beaucoup d'autres, on confie l'éducation des seigneurs à des valets français qui les corrompent par leurs flatteries. On leur dit en mauvais vers que monseigneur sera un jour Tespoir de sa patrie et la gloire de sa maison , et tout le monde trouve que monsieur le gouverneur est un homme de beaucoup de mérite. \je dernier gouvernement a ajouté à cette corruption : il hitroduisit les festins dans les plus petits événemens domestiques : on célèbre dans chaque famille les fêtes des patrons, l'anniversaire des naissances et des mariages du père , de la mère , des enfans , des oncles , des neveux et des amis , aiasi que des têtes couronnées : rann(H3 chez eux est un cercle perjiétuel de fêtes bachiques. Aussi la cour était remplie
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iTuiie multitade de musiciens, de peintres, de danseuses, de comédiens, de perraquiers, de cuisiniers ; et comme si ces gens efféminés n'eussent pas suffi pour éteindre l'espiit de vigueur dans la nation, on avilissait les titres raililaires en les prodiguant : les valets de chambre du premier ministre étaient capitaines, tous les précepteurs étaient cokmels, la plupart des généraux n'avaient pas vu la guerre.
Il est arrivé de là que le service militaire est fort méprisé. J'en ai vu un exemple chez le prince Sangosko.Deux officiers entrèrent pendant qu'on était è table, et se tinrent respectueusement debout. Le prince dit à l'ambassadeur de Prusse : a Voici deux « de mes colonels. — Ce sont de beaux hommes , » dît l'ambassadeur. — Je leur trouve un défaut, « repart le prince; ils sont trop gras. » Ensuite on les congédia. L'après-midi , il me fit voir sa compagnie , et m'assura que le capitaine était un homme d'un mérite rare ; je lui répondis que je le plaignais d'être en Pologne.
n s'en fiiut bien qu'ils portent le même jugement des officiers éti-angers. Le génér.l Poniatowski, frère du roi, a passé par tous les grades au service d'Âolrlcbe. Son frère le chambellan était capitaine , pendant cette guerre, au service de Hanovre. Le prince palatin de Russie, oncle du roi , a servi dans le même grade fort long-temps : c'est , de tous les étrangers, l'homme auquel j'ai connu le plus de mérite. Il a un goût exquis pour les arts, et des connaissances universelles et profondes. Les qualités de son cœur remportent encore sor les autres : il a ouvert sa bourse à quantité d'officiers que le roi de Prusse avait réformés ; U les a pit^venus par ses bienfaits , et n'a exigé de leur reconnaissance que de les cacher à tout le monde.
En général , les Polonais sont très-hospitaliers ; 8b accueillent les étrangers , qu'ils invitent tour à low. La noblesse allemande trouve celle-ci fière. Us le sont avec leurs égaux et avec ceux qui ont besoin d'eux ; mais ils reçoivent fort bien les gens qui ont des Ulens agréables, et ceux qui ont beaucoup de dépense à faire.
L'Iiabitude de se transporter souvent à leui-s assemblées leur donne le goût des voyages ; ils portent tout avec eux , sur des chariots de cuir où ils donnent la nuit. Celte facilité d'aller et de venir répand sur leurs actions une inconstance en quoi consiste prescjue toute leur liberté. Il n'y a pas de nation qui oublie plus facilement et les bienfaits et les injures. Ils se déterminent par le moment pre- »nt , sans prévoir l'avenir et sans s'instruire par le passé. L'hymen n'a point de chaînes qu'ils ne paissent rompre , et le divorce est fréquent diez
eux. Leurs femmes communément ne sont pas belles; mais elles ont une beauté particulière, c'est la petitesse de leurs pieds. EUes l'emportent de beaucoup sur les hommes par la beauté et les grâces de leur caractère et les agrémens de la conversation : la plupart parlent l'allemand et le français avec une pureté bien rare, même aux nationaux ; elles sont instniites des intérêts de leur pays, et souvent conduisent les affaires avec plus de fermeté que les honunes. Quelques-unes joignent des agrémens infinis à ces qualités sofides, et occupent leurs loisirs de la littérature, de la musique et des arts agréables : en cela d'autant plus estimables , qu'elles ne doivent cette éducation qu'à ellesmêmes. Il est probable que , sans elles , ce pays retomberait dans la bai barie. En effet , tout y manque; point de conuneroe, point de police; les bourgeois , les marchands , et même les gens de loi , sont fort peu considérés ; la plupart sont des domestiques de grands seigneurs, à qui l'on donne ces emplois.
Leurs villes ou villages renferment une place carrée , entourée de porches ; l'église est au milieu; mais la place et les rues qui y aboutissent sont de profonds bourbiers où les dievaux enfoncent jusqu'aux sangles. Varsovie , leur capitale , n'est guère plus propre. Les faubourgs ne sont ni pavés ni éclairés. On y voit cependant quelques beaux palais , beaucoup d'églises , et conséquemment une multitude de misérables maisons.
La monnaie du pays est celle de Prusse , qui est du plus mauvais aloi.
Tous ces désordres viennent du gouvernement, qui est , à mon avis , la chose la plus injuste qu'il y ait au monde.
DU GOUVERNEMENT
Neu patrijB validas in viscera vertile vires.
ViRG., iEneid., lib. vi, v. SS3.
< N'emptoyez pas vo6 forces à déchirer le sein de voire » malheureuse patrie. *
Le gouvernement de Pologne tend à l'aristocratie. Vingt familles, dont les principales sont les Lubomirski, les Jablonowski , les Radziwil Gnolinski et les CzartoriiLski , se disputent les charges de l'état. Elles se confédèrent et s'emparent des affaires , jusqu'à ce qu'un parti plus puissant leur enlève l'autorité : alors tous les biens royaux, toutes les dignités, passent dans d'autres mains. Cette confusion, ce choc perpétuel d'intérêts produit une vraie anarchie. Pour empêcher leurs voisins d'en profiter, ils ont une loi qui exclut les étrangers des chaiîges et de la possession des terres.
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I.a discorde des grands fait le malhenr de la république : mais cette loi y met le comble en ôtant toute espérance de ^lérison.
Qu'on examine les Polonais avant Sobieski et de son temps : ils faisaient des conquêtes; la Livonie leur ap[iartenait ; ils possédaient l' Ukraine ; la Courlande et la Prusse étaient leurs tributaires ; ils faisaient des courses jusqu'à Moscou. Aujourd'hui, ils ont tout perdu. Leur valeur, dans ces temps, élait exercée par les Tartares, les Turcs et les Russes ; leur discipline convenait alors à leur esprit indépendant et au \^u d'habileté de leurs voisins; chaque noble s'armait, conmie aujourd'hui, à sa fantaisie ; ceux-ci du sabre , d'autres d'une lance ornée d'une banderole ; quelques-uns faisaient porter leurs carabines par leurs valets; ceuxlà s'ajustaient de grandes ailes qui épouvantaient les chevaux. Dans des coml)atâ d'homme à homme, dans le choc de petites troupes, la valeur d'un républicain l'emportait sur celle des esclaves qui n'avaient rien à conquérir ou à défendre. L'ambition des grands , favorisée de ces succès , et animée de Tespoir du butin , se portait an dehors et ne s'appesantissait point sur la république.
Depuis im siècle tout a cliangé autour d'eux : leurs voisins ont perfectionné Tart de foire la guerre; des fantassins ont appris à soutenir, sans s'effrayer, le choc irrégulier de la cavalerie; l'artillerie s'est multipliée, des forteresses se sont élevées sur les frontières. Bonneval portait chez les Turcs une partie de ces connaissances; Pierrele-Grand les transplantait en Russie; Frédéric- Guillaume les naturalisait en Prusse. Les Polonais n'ont rien adopté. £n excluant les étrangers , ils ont encore banni de chez eux l'industrie, le commerce, l'agriculture, et l'émulation qui produit tout. Quel artiste s'établirait où les arts ne |)euvent avoir d'asile? Quel négociant porterait ses richesses où il ne lui est pas permis d'acheter une portion de terre ? Quel laboureur voudrait cultiver un cliamp où sa postérité serait toujours étrangère, où les compagnons de ses travaux sèment dans les larmes et recueillent pour autrui? Quel oflicier porterait son ambition où tous les emplois sont irrévocablement le partage d'un certain nombre de familles, où les exceptions à la loi ne sont qu'en faveur de quelques courtisans, de tous les hommes, peut-être, ceux dont l'esprit est le plus éloigné de l'esprit militaire?
Cependant, on sait que les empires ont dû souvent leur grandeur à des étrangers. Eugène n'at-il pas fait la gloire de l' Autriche? Maurice, celle de la France ? Et de nos jours, ne connalt-on pas Mimich en Russie, Fompiel en Prusvse? Il semble
même qu'il y ait des succès réservés à des mains étrangères , comme si l'ambition se portait avec plus de force vers un seul objet , lorsqu'elle est sevrée des douceurs de la patrie.
Nous venons de voir les causes de leur faiblesse; et en voilà les suites : il y a en Polugne autant d'intérêts différens que l'on y compte de grandes maisons, et qu'il y a de puissances en Europe qui ont de l'argent à perdre. Les grandes maisons qui sont sous l'influence des femmes (iennent pour la France, à cause des modes et des bijoux ; d'autres sont pour les l)elles porcelaines de Saxe; quelques-unes pour l'Autriche, à cause des bons vins de Hongrie; mais les puissances qui ont des soldats l'emportent toujours. La Russie vient de donner trois rois consécutifs à la Pologne. Le roi de Prusse se contente d'envoyer de temps en temps des patrouilles de hussards , qui enlèvent des chevaux , des bestiaux , des paysans, sous prétexte que ce sont les desoendans de ses anciens sujets. Il fait aussi circuler le long des frontières de Pologne les bornes de son pays de quelques lieues , sans que personne ose s'y opposer. En effet, que ferait-on avec des soldats sans discipline, des officiers sans distinction, des généraux sans expérience et des grands sans nnion ? Il n'y a point d'argent dans les coffres , et je n'ai vu que douze canons dans l'arsenal de Varsovie.
Dantzick même, ime ville marchande, brave leur pouvoir ! Elle s'est emparée du commerce ; elle met le prix à leur blé qu'elle achète à bon marché, et leur vend fort cher les marchandises de luxe. Si le sénat veut y mettre ordre, elle achète les voix de quelques sénateurs , et rend inutiles des projets dont l'exécution serait d'ailleurs impossible.
La Pologne tire encore quelque force de sa faiblesse; les ennemis ne peuvent s'y établir, et les vobins se contiennent par leur jalousie, ce pays étant une carrière ouverte à tout le moïKie; mais il y a apparence qu'insensiblement la Russie et la Prusse en démembreront toutes les parties'. La Pologne a encore un ennemi d'autant plus à craindre qu'il est caché; c'est l'Autriche. Lorsque le moment fatal de décider de sa chute entière sera aiTivé, il n'est pas douteux qu'il lui sera préférable de se livrer au Turc, qui se contenterait de lui donner un hospodar, et d'en tirer un bon tribut; car le patelinage de tant de pays aristocratiques est plus insupportable que le plus dur esclavage : ce sont des gens froids qui vous égorgent paisiblement.
D'abord, le prince prend sa portion. Après, viennent ceux qui recueillent ses droits : les uns entourent la frontière; œux-ci bordent les rivages de la mer, le cours des rivières. Ils vous atten-
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cleni aa passage des mootagiies et à l'entrée des villes : œ que l'on boit , œ que Ton mange, ce que Ton resçire , ce qui sert de vêtement , de coifTure , cle chaassuie; ce qui croit dans la terre , dans les forêts ; œ qui nage dans les eaux , ce qui vole dans les airs, tout est gâté, entamé ou dévoré par ces oiseaux de proie.
Ensuite TÎennenl les seigneurs ; il leur faut des gouveraeinens , des droits, des préséances, des homieon. Ils partagent entre eux les emplois miilaires, les bénéâoes ecclésiastiques et ce qu'il y a de pins distingué dans les emplois civils. Ce qui n'est pas moisaonné par eux est glané par leurs valets, qui se réservent les emplois subalternes, les projeCs de fabriques, les places aux académies, enfin tons les fruits et toutes les récompenses de rindnstrie. Ils asservissent les âmes libres d'une natkm, en lui inspirant le goût de la domesticité, pin méprisable que l'esclavage, puisque l'un est reffelde la volonté, et l'antre de la destinée. Je ne pvlepas des valets de leurs valets, qui vendent les andicnoes, les entrées delà maison, et insulicot à llioonéleté lorsqu'elle est pauvre.
Aprts œ cortège arrivent les gens d'Église, un ail an ciel, Pantre en terre. U leur but des palais, des équipages, des dîmes, des droits pour nallre, pour se marier, pour mourir; mais ce qu'il y a de pins dur, ils portent la tyrannie dans les pensées. H fimt s'expliquer sur des matières où se eonfond Fesprit bomain; fl fiint courir les risques d'être eilédiisé, béni, blâmé, admonesté, excommunié, quelquefois brâlé oonmie de viles ouailles sans inicffîgenoe. Voilà les chaînons de l'aristocnlie qui s'aecrodient mutuellement, et se reslaraqu'on les agite; voilà la conduite des aux Piqrs-Bas et aux Indes, des Autrià Gênes, des Romains lorsqu'ils devinrent imapporlabies par toute la terre; voilà le gouvernement ariJUûcratiqne, pins cruel mille fois que le