‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 17 sur 116 · DU ROI DE POLOGNE · texte numérisé non relu

DU ROI DE POLOGNE

CeA m poidi bien pesant qn'oi nooi trop UM Cmirat.

VOLTAIU.

Le roi Stanislas Pôualowski est d'une ficaire noble, le visage pâle . le nez aquiltn , de grands traitait , les yeux bruns , bien lenius, mais un peu lou'^lies ; ses portraiu passeront à la postérité, car il se fiût peindre souvent, en lool» aortes dlnbits et d'attitudes. H est d'une belle tadfe, danse à ravir, dédame à merveille et parle soovent sans préparation. Il est aflèdé dav s

ŒUYRIS IQSTUMES.

et sa démardie; mais le personnage d'un roi est, comme on sait , une représentation continuelle.

Il aime toutes les femmes et leur partage ses soins assez également. Son amitié est moins répandue; en cda il se pique de constance. Il a consené sur le trône les liaisons d'un particulier. Ses favoris ne sont point de ces gens qui fatiguent les princes d'objets sérieux; ce sont : un peintre italien qui le dessine du malin au soir, tm abbé français qui feit des vers à sa louange, un officier piémontais qui arrange ses plaisirs. Ce prince s'est appliqué toute sa \ie à la philosophie, .et il a tiré de cette étude les plus grands fruits. Il a (ait sa fortune à force de parier du bien public , s'est élevé sur le trône en reconunandant l'amour de la patrie, et s'est assiijéti ses dtoyens par les armes russes, en leur prêchant la concorde. U s'occupe actuellement du projet de bannir de la Pologne l'indigence et l'oppression , en rassemblant dans son palab tons les arts du luxe.

VOYAGE EN RUSSIE

DE LA RUSSIE

La natnre marilre . en c«!s affinem dimats, » produit pour tréton qne do ier . des soldats.

Cûmxoiv.

Il serait impossible de donner une description exacte de la Russie; la géographie y est trop négligée. Il n'y a pas deux ans qu'on a reconnu que le fleuve qui se décharge à Riga est navigable pour les petites barques, et ne forme point un marais impraticable près de sa source, comme on Favait pensé. J'ai vu en Finlande des lies marquées sur les cartes comme des portions de continent; on imprime tous les jours que le diemin de Moscou à Pétensbourg est une allée droite : il en est ainsi d'une infinité d'autres erreurs, qui s'accréditent même dans les lieux où Ton cultive les arts.

Ici il ne sera donc question que de quelques observations sur les objets que j'ai vus; je parlerai de la mer Baltique, de la Livfjnie, de la Finlamie et des productions singulières qui croissent dans les autres parties.

On a blâmé Pierre-le-Orand d'avoir (ïxé le centre de son empire dans les marais de la Neva; mais pour ouvrir une route aux arts de l'Europe , il ne pouvait choisir d'autre positi^m que le fomi du golfe de Cromtadt , piiMqu'alors la IJvonie et la Fadande ne lui appartenaient pas.

Cest à la mer Battiifue qne la Russie doit m

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puissanoe; cette mer, peu si^re aux vaisseaux, est, près de la moitié de Paraiée , glacée à plus de vingt lieues de ses rivages. Des vents du nord y soufflent violemment dès la un de septembre ; c'est le temps de l'arrivée des vaisseaux ; les naufrages y sont fréquens alors. J*ai vu périr quatre navires ancrés près de nous, à l'entrée de Cronstadt.

C'est une grande singularité de voir que tout le rivage méridional de cette mer, depuis Pétersbourg jusqu'au-delà de Komisberg, ne soit qu'une plage unie et sablonneuse , tandis que le côté septentrional est bordé de rochers élevés et découverts. Il semblerait que les eaux auraient lavé et emporté le terrain inunense de la Finlande et de la Suède , pour en former l'Ingrie , la Livonie et la Prusse. Cette disposition des rivages , qui n'offre dans toute cette étendue aucun abri aux grands vaisseaux, rend la navigation dangereuse et les peuples excdlens marins. J'en ai vu im exemple frappant en passant près de l'Ile de Bomholm. Un pécheur, seul dans sa barque, vint nous offrir du poisson; c'était à l'entrée de la nuit et au milieu d'un coup de vent affreux. Quand on l'eut payé, il demanda à boire. Le capitaine lui donna un gros flacon plein d'eau-de-vie. Il le saisit d'une main, et de l'autre tenait une corde que nous lui jetâmes. Il était en équilibre sur le bord de sa nacelle , un pied en l'air, posé contre les flancs de notre bâtiment; les vagues rélevaient quelquefois tout près de le jeter sur notre pont : il buvait d'un air aussi tranquille que s'il eût été à terre. Des passagers anglais convinrent qu'ils n'avaient encore rien vu de si hardi.

Entre antres poissons de la mer Baltique, on distingue la doche, sorte de merlan qui surpasse le nôtre par sa délicatesse et sa grosseur. On y pèche quantité de veaux marins dont on feit de l'huile. Pierre-le-Grand, qui a tont tenté pour le bien de son pays, y a ftdt jeter des huîtres; mais eUes n'ont pu y vivre, les eaux étant trop peu sa-

lees.

L'océan septentrional est plus remarquable par la quantité et la singularité de ses poissons. On y trouve le cheval marin, animal monstrueux, dont la gueule est armée de dents iongnes et tranchantes; sa peau, de plus d'un pouce d'épaisseur, est à l'épreuve du iusil : l'ours blanc , sorte d'amphibie qu'il ne feut pas confondre avec l'ours des forêts; il ressemble au gros chien danois ; il a les yeux petits et rouges , le poil ras , les pattes grosses , courtes et armées de griffes; il est dans une agitation et une fureur perpétuelles; il vit de poissons qu'il cherche en plongeant dans la mer. On y pèche des poissons dont on fait , à Archangel, de la colle des-

tinée au diargement d'un grand nombre de vaisseaux. Des glaces de cet océan sortent chaque année une multitude prodigieuse de harengs dont les longues colonnes côtoient les rivages de l'Europe , et achèvent de se perdre sur la côte d'Afrique, après qu'une partie a servi de pâture anx hommes, aux poissons et aux oiseaux.

Dans la mer Caspienne, on trouve une sorte de maquereau que les paysans appellent $hee$ para, ou favori du roi; ils ont le secret de le fumer. On y prend des esturgeons dont on sale les œnb, qui alors sont délicieux ; c'est ce qu'on nomme caviar. Ces inventions paraissent de la plus hante antiquité et peuvent être imitées chez nous avec snooèi.

On trouve dans les lacs et les rivières de Rnsôe des saumons, des truites; le strelet, sorte d'estnr* geon , le plus délicat des poissons du nord ; des anguilles monstraeuses , dés écrevisses, si commnnes sur le Bor)'sthène , que les Cosaques chaiigeot des bateaux des seules pierres qui se trouvent dans leur tète; on les emploie dans la médecine. Oo pèche des perles dans les rivières de Finlande.

La Livonie est la province de Russie la mienx cultivée et la plus fertile; elle donne en abondance des Ués , des chanvres et des lins dont la graine est fort estimée. Les chemins sont bordés de jonci qui produisent une espèce de coton dont on pourrait taire usage. On y trouve quantité de moocbet à miel, qu'on élève dans de* troncs d'arbres.

C'est là que le nord conunence véritablement. Les chênes ne viennent point au-dessus de Riga ; on ne trouve plus au-delà aucune espèce d'arfarei fruitiers, excepté des cerisiers et une sorte de pomme transparente vers Moscou. La rigneor dn dimat y est telle, qu'il ne croit dans les cbampi ni épines, ni ronces, ni haies , ni buissons. Les i^ rets ne sont remplies que de sapins et de boolenn d'une grosseur prodigieuse. Là nature est encore plus sauvage en Finlande; c'est ime suite continuelle de rocliers. Ils i:e sont point disposés par couches, escarpés, ou amoncelés; ce sont des collines d'un roc vif et noirâtre , dont ks sommets arrondis sont dépouillés de terre. EUes forment des chaînes irrégulières qui interrompent partout le cours des eaux ; on y voit des cataractes surprenantes. Celle d'Imatra est fonnée par la chute dn fleuve Yosca, plus lai^ que la Sdne à Paris. Ce fleuve se précipite d'un rocher de pins de trob cents toises de liauteur dans un canaîl qui n'a pas quatre-vingts pieds de large. La vue de ces eaox noires qui bondissent et écument en roulant . kmr bruit épouvantable , semblable aux huriemens confus des bètes féroces, les sapins noirs qui croiaseni en amphithéâtre le long de ces bords, ce cid ton-

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joancoarot de fiprars, eette tene sembiafale ao fer, loat inspire dans ees déserts rhormir el la né- QadqaefMs m oon, pourHiiii psor des U lombe aive cm dans œ torrent, les rhes en pente aool toojoon honikies ; fls aool caqnrléseoBme one flècbe, a» roocn lonC Mns an girédeces Taienes faneuses ,

i, et leurs os brisés i tnde loues poils : les eafl*

Cepais çnee les Tartarei à le serrlr dn bit de

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penl b vie lonqu'îl prend Fair; on les troore, dit-on , qoeiqueCdis sanglantes.

La Tartane russe noorrit des tronpeanx de montom et de cheraux sauraiçes. Ceux-d sont inbtigaUcs : on ticiie d'en prendre de jeunes pour les appriroiser; mais quand on les mène en earapoiçne et quib apercoiTent leurs anciens camarades, Ib s'eflbreent de lecuufiei leur fflierté, et fcnt ib T réumissent : on les reconnaît tre les autres i b selle et an bamab qolb portent jasqn^i ce que b temps ait détruit ees inaiipies de esdavajBe. On recuedb dans celte partie b rlmbarbe et b buKns fpnscnir, dont les itron, sont menrcilcusescB anmr. Cette ' édianflè les tcmpéfamens froids, et ralentie qm ont trop de cfaaienr. Le bit de facbe cette partie est si miiye, qu'on n^cn peut du beurre : c^est peutéùe b

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Les onrs sont sujets dans le nord à une espèce de peste qui se communique aux lK)mmes. Un paysan de Finlande, en U63, trouva un ours mort dans les bois; il en prit la peau qu'il emporta chez lui; le lendemain on le trouva mort dans sa maison avec sa femme et ses enfans; des voisins qui étaient venus les visiter eurent le même sort en aussi pea de temps. L'impératrice envoya promptement des médecins : on brûla la peau , les meubles et les maisons.

Le froid empêche d'élever des ânes et des lapins; les chevaux étrangers y dégénèrent; ceux du pays , sans être beaux , sont trèsrvigoureux.

On ne connaît en Russie que deux saisons, Tété et rhiver. L'été commence au mois de juin, et finit au mois de septembre : ce temps suffit pour labourer , semer et recueillir. Le milieu de cette saison est d'ime chaleur brûlante ; l'air est rempli de mouches de différentes grosseurs : on prétend que c'est de ces insectes que la Moscovie tire son nom. Vers le milieu d'octobre l'air se charge de vapeurs, le soleil n'y parait qu'à travers des nuages sombres; même dans les plus beaux jours, son lever et son coucher n'offrent jamais de couleurs brillantes, les nuages sont toujours gris et plombés. On voit une multitude de cygnes, de bécasses, de canards et d'oiseaux de toute espèce s'envoler vers le midi ; les corbeaux seuls se réfugient dans les villes, et remplissent les rues et les places publiques. Des tempêtes furieuses agitent les forêts; une neige épaisse couvre les villes , les champs et les lacs : alors on se hâte de calfeutrer les maisons, on double les châssis , on abandonne les étages supérieurs qui deviennent insupportables. Bientôt la rigueur du froid produit partout des effets surprenans. Les lièvres , les loups et les renards deviennent blancs, les écureuils petit-gris, et la belette hermine; le poil des dievanx se change en une espèce de laine frisée. Les personnes qui sortent dans des carrosses bien fermés sont exposées à avoir le nez ou les joues gelées ; le seul remède est de frotter ces parties avec de la neige jusqu'à ce qu'elles rougissent : si on entrait sans cette précaution dans un appartement cliaud , elles tomberaient sur-le-champ en corruption. Dans les maisons les vitres se couvrent d'un pouce de glace. Lorsqu^n ouvre les portes, les vapeurs du dedans, frappées de l'air extérieur, se changent tout à coup en flocons de neige. Les solives se fendent avec un bruit terrible; le fer , exposé à l'air, devient aussi brûlant que le feu : la peau des mains s'y attache , et on ne peut l'en arracher qu'avec la plus vive douleur ; un verre d'eau , jeté par la fenêtre , n'arrive point liquide à terre , l'esprit-de-

vin gèle , et quelquefois le mercure se fixe comme le métal.

C'est alors que commence pour les Rosses h saison de l'abondance. On apporte les denrées de plus de trois cents lieues: du gibier, des moatODS, des poissons de la mer glaciale , des esturgeons da Borystliène, tout aussi durs que le marbre : oo les met tremper dans l'eau froide, qui les dégèle sans en altérer le goût ni la forme. Bientôt le cîd , dégagé de vapeurs, devient serein. La neige brille comme un sable de diamans; l'air est rempli d'ane poussière étincelante que le soleil tient dans un mouvement continuel; c'est peut-être la cause des aurores boréales. Ce sont des rayons lumineux qui s'élancent du nonl après le soleil coaché, et qol vacillent dans les airs comme des traînées de poudre qui s'enflammeraient par intervalles. L'éclat de ces feux, joint à la lumière tremblante de la lune, rend les nuits d'une magnificence singulier^ le paysage est éclairé d^un jour sombre et doux. Les sapuis en pyramides à différens étages , les bouleaux en masse plus étendue, les villagesy semblables à des terrasses , sont couverts de neige qui réfléchit la lumière , et présentent aux yém mille objets fantastiques. On croirait voir des forêts, des colonnes, de vastes portiques, des spliinx, des avenues entières d'obélisques et de majestnenx palais d'albâtre. Si l'on marehe, la scène s'anime : ce sont des centaures , des harpies , des monstres hideux ; puis des tours crénelées , une forteresse inexpugnable, le dieu Thor et sa massue, enfin toute la mythologie du nord et du midi. On n'est point le maître de son imagination, et ces jeux de la vision sont quelquefois aussi frappans que si ces objets étaient véritables.

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