DES RUSSES
Ce sont eux dont la main » frappant Rome asservie. Aux fiers enbns du nord a livré l'Italie.
TOLTAIBB.
Le peuple nisse est formé d'un mélange de toutes sortes de nations, depuis l'extrémité de l'Asie jusqu'au golfe de Finlande : c'était autrefois une multitude de petites hordes qui vivaient dans l'indépendance et le brigandage. Il y a à Moscou près de vingt mille familles d'anciens knès, ou che& de ces peuples que la religion chrétienne a rapprochés et subjugués.
Ceux dont je parlerai, parce que je les ai connus, sont les Livoiiiens , les Finlandais , les Cosaques , les Zaporoviens, lesCalmouks, lesTartares Bonkariens , et enfin les Russes proprement dits.
Les Livoniens sont beaux, bien foiU), et ressem-
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Uent aux AUemands donl ils ont les mœore. Ils iMumiasenl à la Russie la plus grande et la meilleure partie de ses officiers; ce sont les pins industrieux des hahitans du nord. Il y a à Riga un pont de baleani fort conunode pour le commerce; il est fonné de radeaux attacbés avec des ancres. Les Taisseaox ont la proue rangée des deux côtés, et serrent à la fois de parapet et de magasin. Ils font UBÊ^ de tialneanx dam la ville, parce que le pavé est j^Biint : on pourrait se servir de ces voitures plus aisément que des diarîots dans des endroits ■aitDCigcnx ou sablonneux. On y trouve de bons ounici» , entre antres Jexceflens annuriets.
Les Fînbnrtati sont maigres, pâles et blonds. Ils sont d'une panvrelé extrême ; ils mangent en endroits du pain Eût de la seconde écorce et d'une radne de marais. Leur seni est de fumer du Utoc qnlb cultivent dans âfnad;3slesaspendcntàla fumée de MT ?jonier à sa sève par ràcreté des église est une pauvre cabane couverte r le haut d'aï rocher. U§ sont fort Chez les gens aisés on mai^ le la impe; mais ife ne toncfaent point à b lêle du sasun, d is dêcnt qne cela porte
le dkn Tkor, dHK iB combat avec la diem , pmiafannedeeepoiaon, fat sais parla
court les villages en jouant du violon , et invite en dansant tout le moule à boire avec lui.
Les Zaporoviens ne vivent que de brigandage. C'est mi amas de ce qu*il y a de plus mcprisaUle chez toutes les nations : on trouve parmi eux des Italiens, des Français, des Anglais, mais pour la plupart ce sont des edaves fugitif. Ils jurent aux Turcs , aux Juifj et aux prêtres une guerre éternelle. Ils regardent leur république comme ausf i distinguée que celle des chevaliers de Malte, et inscrivent inrmi eux les généraux étrangers pour lesquels ils ont de Testime. M. de Lœwaidal , qui avait servi en Russie , était sur leur liste. Ils ôbservent entre eux une égalité parCiite. Ils n'ont point de femmes. Leurs volages sont formés d'une douzaine de maisons semMaUes k des haJes. Là cîtacun expose à l'usage commun ce que le pillage lui a procuré. Il n'est pas permis de rieu réserver pour soi ; on met an milieu de la cabane on tonneau défoncé où cfaacmi puise à son gré. Lorsque Fun d'entre enx a mérité la mort , il esit jugé à la pluralité des voix. On V^Aiaàift à un polean à rentrée dn village , on met près de Ini on bdion et un pot plein d'ean-de-vie ; eenx qui sortent et qui rentrent In présentent k boire, boivent et kû donnent un coup sor la léfe. Ils ainsi par cet mage dliospilafilé ce ^one justiee n^eaoÉre a de trop cmei
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deri:baiBe.Ce j me»; ils sont pctîu et n'ant point de bmbe. Usait
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OMnmeiteae «riaient ^ee «fie e^b «mbii
dire , Us §e mirent à défier la garnison. On tira quelques coups de canon : étonnés du bruit et du sifflement des boulets , ils se retirèrent deux cents pas plus loin , et envoyèrent ensuite prier qu*on ht feu encore ; ce qu'on exécuta pour la seconde fois. Alors ils se reculèrent à une {ilus grande distance, et ûrent signe, pour la troisième fois, qu'on tirât sur eux; mais cette fois, épouvantés de la rapidité des boulets , ils s'enfuirent, persuadés que ces armes terribles pouvaient les atteindre jusqu'au bout du monde.
Il y a, outre cela, un grand nombre d'autres nations en Russie. Il en vint des députés au couronnement de rimpératrice. Il y avait des Ostiaks, qui vivent de poisson desséché sur la mer Glaciale. L'impératiûce, touchée de leur pauvreté, leur flt dire qu'elle leur remettait la moitié de leur tribut; ce sont deux peaux d'hermine par tête. Ces bonnes gens, fort affligés, représentèrent qu'ils ne savaient en quoi \\s avaient pu lui déplaire, puisqu'elle refusait d'accepter cette marque de leur entière affection. Catiierine s'est fait présenter l'eut de tous les étrangers qui sont à son service; il s'en est trouvé de toutes les parties da monde : des Américains, des Chinois, des Nègres; il y a même nn général de cette nation. Il y a encore des peuples dont les noms ne sont point connus. Dernièrement, on lieutenant d'artillerie, avec quarante hommes, a conquis un pays de plus de trente lieues de largeur , dans les montagnes de la mer Caspienne.
Les Russes qui, à proprement parler, peuvent s'appeler tels, sont la nation comprise depuis Pétersbourg jusqu'à Moscou. Communément ils sont de moyenne taille ^ le visage {^ein , coloré et court, les yeux bruns et enfoncés , le nez un peu camard , les épaules larges, et d'une constitntion très-roboste. Quoique situés au nord , les blonds ne sont pas communs chez eux. Il n'y a que deux classes dans cette nation, les paysans et la noblesse.
Les paysans portent tous la barbe ; ils sont vêtus d'une robe courte de peau de mouton, dont la laine est en dedans; cet habit ne vient guère au dessous du genou : ils le ferment d'une ceinture de cuir. Ils sont coiffés d'une toque garnie de pelleterie. Leurs bas sont feits d'une bande d'étoffe qu'ils tournent autour de la jambe. Leur chaus- •ore est un tissu d'éoorce de bouleau.
Us sont esclaves; mais ils ne sont pas traités si durement qu'en Pologne. Us paient un petit tribut à leur seigneitf, et ils sont libres de disposer du fniit de leurs travaux. Ils ne manquent point d'Industrie; ils font enx-mêmes toutes les choses qui leur sont nécessaires, sans se servir d'autre outil
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que d'une hache qu'ils portent à la cdnture. £ie leur sert à construire des chariots dont les roues sont d'un seul arbre ployé , des traîneaux , des barques , des maisons et tous leurs meubles, sans qu'ils emploient à ces clioses aucun clou ni ferrement. Us n'ont besoin des seooursd'aucun ouvrier; chaciio est cordonnier, tailleur, charpentier et maçoo.
Leurs villages sont assez agréables ; il n'y aqa'one rue : cesontdeux longues filc»de maisonsâévéesqni bordent lé grand chemin. Pour les oonstmire, ili couchent par terre des troncs de sapins dépotiiUés simplement de leur écorce et de leurs brandies :ilB en posent quatre en carré , qui se maintiennent par des mortaises pratiquées aux extrémités : sur oeoxci , ils en placent d'autres dans le même ordre, josqu'à ce que la maison soit sufOsamment élevée ; Us en ajoutent d'autres à côté qui forment autant de chambres; tout l'édifice se termine en pyramides comme nos maisons et forme un avant-toit sur la façade; ensuite ils garnissent de mousse toutes les jointures. Le feu y fait souvent de grands ravages; mais sion peut les brûler dans uneheiu^ , oo peotles rétablir dans un jour. On en vend de tontes finies dans les marchés; et j'ai coimu un négociant anglais qui en avait envoyé une tout entière en Angleterre. Us ont des poêles très-bien constmits : il est défendu de les allumer la nuit, de crainte des incendies; ils sont si bien disposés que la dialeor s'y conserve vingt-quatre heures. Us sont faits de plusieurs rangs de briques et de terre glaise; la flamme y &it plusieurs détours, parce qu'ils sont fort élevés. U est très-dangereux de les fermer lorsque les charbons jettont encore une flamme bleuâtre. U n'y a point d'hiver on des bmiUes entières ne soient victimes de leor imprudence. Lorsque cette vapeur se répand dans les appartemens, on sent une pesanteur de tète, des maux de cœur , un assoupissement , et enfin la mort; le seul remède est d'ensevelir le malade tout nn dans la neige.
Leurs enfons courent tout mis dans l'intérieur des maisons. Les femmes et les filles ne sont couvertes que d'une chemise fermée, qui descend du cou jusqu'auxtalous; les extrémités en sont brodées de fil rouge .-elles n'ont auame chaussure. Les filles se rassemblent dans les longues nuits d'hiver; elles sont assises surdesbancs , autoiu* de la chambre , par rang d'âge. Elles filentau fuseau , endiantant tantôt ensemble , tantôt séparément. Les garçons s'y rassemblent pour danser; leurs danses sont tontes panlomhnes. L'amant poursuit sa maltresse, frais celle-ci, à son tour, poursuit son amant; leors mouvemens sont voluptueux et lascifis.
Ils ne connaissent point la pudeur: les iMumnes,
TOTAGE ES RISSIE.
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croix; ei lorsqu'ils entrent dans les maisons, ils en saluent les tableaux avant de parler au maiti-e. Ils portent le même respect religieux à la personne de leur prince et à tout ce qui l'environne; ils en placent les portraits dans leurs maisons; les femmes, en quelques endroits, portent au cou des monnaies où son image est empreinte ; ils ne souffrent pas qu'on s'en serve pour jouer au palet , c'est une profanation de les jeter à terre. Lorsque les Russes sont en présence de leur souverain, ils se prosternent et frappent la terre de leur front; quelquesuns sont dans l'usage, lorsqu'ils en reçoivent des bienfaits considérables , de donner tout ce qu'ils ont sur eux , jusqu'à leur chemise , à celui qui leur en apporte la nouvelle; enfin ils confondent sa puissance avec celle de Dieu môme : si on les interroge de quekpie chose qu'ils ignorent , « il n'y a que Dieu, répondent-ils, qui le sache, et le czar. » Ils disaient autrefois : « Il n'y a rien au dessusde l'archevêque de Novogorod. » Les souverains ont maintenu long-temps cette opinion , en leur persuadant que leur pouvoir s'étendait jusqu'aux clioses inanimées. Pierre-le-Grand fit battre de vergfs le lac Ladoga , pour avoir renversé les ouvrages qu'il faisait faire an canal qui communique aujourd'hui avec la Neva. An siège d'Azof, il fit briser l'affût d'un canon qui avait manqoé de tirer : il défendit qu'on s'en servit à l'avenir. On le voit encore aujourd'hui dans l'arsenal de Moscou, jeté loin des autres pièces, et couvert de poussière comme une chose honteuse et infâme.
Les Russes ne vont point à la guerre pour acquérii* des richesses on de la gloire; ils n'ont pas même dans leur langue un mot qui signifie honneur. Ils marchent avec ordre et en silence, comme des victimes qui vont à la mort et qni s'attendent à la recevoir; ils pensent qu'une félicité étemelle est le partage de ceux qui meurent pour leur prince: de là vient qu'ils ne se troublent point, ni de Yïgnorance de leurs généraux , ni des manœtrvres inopinées de l'ennemi. Le roi de Pmsse à Zomedorf a dit d'eux qu'il était plus aisé de les tuer que de les vaincre. Ils ne quittent point le poste où on les a placés , même après la fuite de leurs officiers. On fait jurer aux soldats de Tartillerie de ne jamais abandonner leurs canons : on en a vu dont les jambes étaient emportées, charger encore leurs armes; d'autres se coucher sous les affûts et attendre ainsi la mort : voilà ce qu'ils sont dans la décile. Dans la victoire, ils ne font point de quartier, pai-ce qu'ils regardent leurs ennemis comme hais de Dieu et de leur souverain. Aussi leurs batailles sont fort meurtrières, qu'ils soient battus ou qu'ils triomphent. Jl est cependant plus avantageux de lesattaqner en
plaine découverte : car n'eussent-ils derant etu qu'une simple haie, leur résistance augmente conmie s'ils étaient couverts d'un rempart impénétrable.
Les femmes russes sont très-belles. Un de lears poètes a eu raison de dire : a La nature a mis les pierreries et les richesses à l'orient , les fruits délicieux au midi, l'industrie et les arts à l'occident; mais elle a fait davantage pour le nord , puisqu'elle nous a donné les plus belles femmes du monde. »
Elles sont généralement p'us bnines que blondes, un peu chargées d'embonpoint, d'une fraîcheur éblouissante; elles mettent toutes du ronge, jusqu'aux femmes du peuple, ce qui les gâte ; elles ont tant de passion pour cette couleur , que , poiv dire à une fille qu'elle est belle, on lui dit qu'elle est rouge. J'en ai vu quelquee-imes de trèsjolies se noircir les dents et les ongles.
Elles se servent fréquemment dans leurs amitiés des termes de a mon ame, mon pigeon », doucin ka maia , golohausha màia. Leur langue est fort douce , et , dans leur bouclie , elle a toute la volupté de la langue italienne. Elles saluent en portant la main droite sur le cœur, et s'inclinent comme des religieuses. Un homme salue une femme en kii baisant la main ; la femme rend le salut en baisant le cavalier au front. Elles sont superstitieuses, et passent tout le jour à jeter les sorts avec du marc de café , de l'étain fondu , des cartes. Chez le maréchal Boutariin, ses filles me présentèrent un jeu de cartes pour leur dire la bonne aventure; et comme je m'en défendais , elles trouvèrent étrange que, sachant les mathématiques, je ne susse pas jouer des gobelets. La plupart des Français qui sont dans ce pays les amusent de ces jeux. Il y a nne infinité de précepteurs de cette nation, dont beaucoup ont été laquais et garçons perruquiers.
Il y a à Moscou des femmes qui portent des listes de filles à marier; on y lit leur âge, leur furtune , leur caractère , leur teqipérament ; ces listes ne sont pas toujours fidèles. Les femmes sont fort soumises à leurs maris. Chez le peuple , il est d'usage, le jour des noces, de mettre dans Tune des bottes du mari une pièce d'argent , et un fouet dans l'autre; celle que la mariée tire d'abord est un présage du traitement qu'elle doit éprouver un jour.
Le pouvoir des mères sur leurs enfhns est trèsgrand. Une femme peut rédamer l'autorité de la justice pour punir son fils corporellement ; ces exemples sont rares ; mais, dans des temps de famine, on vend des enfans au marché; un enfant d'un an vaut quarante sous , une fille de quatorae ans cinquante livres ; il n'est pas permis aux étrangers d'en aolieter. Le nom de père et de mère est à la fois uu
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titre d'amitié et de respect : ils donnent ce noin à leur souverain et aux personnes qu'ils veulent lionorer. Les enfouis ne quittent jamais le nom de fomille ; ils se distinguent entre eux par le nom de baptême, qu'ils joignent à celui de leur père, comme Pierre y 61s de Jean,
Les Russes sont inconstans, j.?Ioux, fourbes, grossiers , ne respectent que ce qu'ils craignent. Il ne feut jamais se familiariser avec eux, car ils vous mépriseraient bientôt. Ifs s'enivrent Tréquemment , et boivent avec excès nos vins , que leurs marchands n'oseraient mélanger sans impiété, parce qu'on s'en sert aux autels. Ils sont sujets à des vapeurs mélancoliques qui font«ouventsur les étrangers des effets terribles; plusieurs deviennent fous; d'autres s'ôtent eux-mêmes la vie. Il se commet quelquefois dans ces contrées des crimes dont les circonstances sont atroces. J'en ai vu un exemple affreux. Des jeunes gens entrèrent la nuit chez une femme et l'étranglèrent; il y avait une demoiselle, à qui ils promirent la vie au prix.de son honneur : ils assouvirent leur passion et la massacrèrent; ensuite ils volèrent la maison et y mirent le feu. Ce crime , où se trouvent à la fois le viol , le larcin , le meurtre et l'incendie , ne fut pas puni de mort : les coupables furent envoyés aax galères.
D'antres vices rendent la société désagréable : lorsque j'allais chez le grand-mallre de l'ailillerie , les dOdersde mon corps s'y rencontraient sans se &ire aucune honnêteté , et même sans se parier. Je me gardais bien de les saluer le premier ; car ils prennent les égards de notre politesse pour des ténïoignages de faiblesse et du besoin qu'on a d'eux.
On trouve cependant des vertus chez eux, mais sauvages et feroudies. Lorsqu'on prend une nouvelle maison , les amis donnent quelques meubles; cenx qui visitent une femme en couche lui font un présent. Quand une famille est dans la pauvreté , les enlkns vont offrir un pain dans les maisons voisines : on prend le pain et on leur donne une pièce de monnaie. Lorsqu'on les visite, ils vous présentent un verre de liqueur , du pain et du sel : c'est ainsi qu'ils exercent l'hospitalité. Souvent, sans aimer la société ni les étrangers, ils leur offrent leur table, leur maison; ils les accueillent avec avidité et les éblouissent de promesses; mais bientôt leurs actions et leurs discours les outragent. Us les interrogent sur quelque superstition inconnue , ou sur quelque lubricité de leur invention. Us engageront un honnête homme à contredire l'ivrogne et l'msensé, à leur raconter des contes frivoles. Ils cherchent à l'euivrer, et s'ils y réussissent, les maîtres
et les esdaves l'entourent et l'Uisaltent avec des clameurs bariiares. Ce n'est que par ces lâches complaisances qu'on mérite leur amitié. Chaque maison opulente a pour son amusement un Français, un Italien, ou un nain. Celles qui ne jouissent que d'une fortune médiocre ont un estropié ou un fou. S'ils agissent ainsi par un vice de leur nation , ou par mépris pour des étrangers corrompus, c'est ce que je ne sais pas : quoi qu'il ensuit, leurs tables sont odieuses, et leurs bienfaits insupportables, même aux plus malheureux. Il faut cependant excepter ceux que Tcducation , un natuturel heureux, ou l'adversité, ont rendus bons; car les voyages ne font qu'ajouter à leur corruption. Les Woronzof, par exemple, les Dolgorouki, si chers aux Français et aux infortimés, et quelques autres qui vivent dans la retraite, sont des modèles de vertu.
Il y a deux villes célèbres en Russie, Moscou ei Pétersbourg.
Moscou est la plus grande ville de l'Europe : son diamètre est d'environ trois de nos lieues ; cependant on n'y compte guère plus de cinquante mille habitans. Cette grande étendue vient de la disposition des maisons. La plupart n'ont qu'un rez-de-chausée , et sont séparées les; unes des autres par de grandes cours, des jardms, des étangs, et même par des bois et des terres labourées. Rien n'est si magnifique que l'aspect de cette ville, où s'élèvent près de douze cents clochers, dont quelques-uns sont dorés; les flèches sont terminées par un croissant surmonté d'une croix. Au centre de la ville est le Kremlin , ancienne demeure des souverains. Il est entouré d'une triple enceinte de murs crénelés et flanques de tours. Le trésor renferme les anciennes panires des czars : ce sont des vêtemens si ricliement brodés de peries et de pierreries qu'on en voit à peine l'étoffe. Les Russes sont fort avides de diamans, et ils y emploient la plus grande partie de leur bien, par la focilité de les soustraire dans une révolution. On voit près du Kremlin une cloche fameuse qui tomba dans un incendie; elle dispanit à moitié dans un trou qu'elle creusa par son propre poids. Il y a dans le métal de cette cloche plus de cinq cent mille livres en argent que la dévotion des Russes y jeta pendant sa fonte. Vers cet endroit senties boutiques , distribuées par quartier pour chaque espèce de marchandise. On y fait un grand commerce d'étoffes, de porcelaine et de thé de la Chine : on prétend que ce thé, lorsqu'il arrive par les caravanes , conser>'e toute sa qualité.
Les maisons de Moscou sont bâties en partie à la chinoise ; elles ont des balustrades raccourcies avec
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des degrés qui montent de la nie. J'en ai vu qd étaient toutes couvertes de fer. On voit dans les places les pauvres assis sur leurs talons : ils balancent leur tête rasée et meuvent leurs mains ta éventail à côté des oreilles. Tout annonce dans cette ville le voisinage de l'Asie.
Pétersbourg , à huit lieues de la mer Baltique , n'a d'avantageux que sa situation. Il est bâti sur les lies de la Né\'a, dans un terrain marécageux dont les environs sont sablonneux et stériles. Le commerce augmente tous les jours cette ville, où l'on compte cent cinquante mille habilans. Le plan en est euspose comme celui des villes de Hollande. Les rues sont coupées de canaux et d'avenues d'arbres.
Son aspect, en venant de la mer par la Neva, est d'une magniGcence éblouissante. A droite et à gauche du fleuve sont une foule de palais décorés de colonnes, de guirlandes, de trophées, de groupes d'amouri qui couronnent les toits. Elle est traversée d'un pont de bateaux. Au loin s'élèvent des clochers dorés , un observatoire , trois palais impériaux , les bâtimens immenses de la douane, du collège, des affaires de l'amirauté, etc.; mais cette splendeur s'évanouit en approdiant, comme l'effet d'une décoration théâtrale. Tonte cette architecture est de chaux , de bois et de briques; tous ces omemens sont mal exécutés. Dans l'intérieur des palais c'est encore pis; la plupart des meubles nécessaires y manquent.
On reconnaît dans cette ville un dessein trop rapidement exécuté; c'est l'ouvrage de Piare-le- Grand, ainsi que le gouvernement actuel.
DU GOUVERPŒMENT.
La mémoire de Pierre-le-Grand est en Russie dans la plus grande vénération. Lorsqu'on vent dire qu'une clmse est impossible, on dit qu'une loi de ce prince la défend : on fait l'éloge d'un vieil ofGcier , en disant que c'est un élève de Pierre P'. Son portrait est dans tous les tribunaux et dans la plupart des maisons : on conserve à l'Académie le cliapeau et l'habit percé de plusieurs coups qu'il portait à la bataille de Pullava.
En effet, c'est PieiTC-le-Grand qui a fondé cet empire , avant lui si méprisé , aujourd'hui si redoutable. Il l'a établi sur le gouvernement militaire. Les Russes , que la religion rend presque invincibles , sont devenus indomptables par leur discipline. Ils ont pris toute l'oitlonnance des Allemands , qu'ils surpassent par la bonté de leur artillerie et dans l'art de fortifier les places. Dès qu'il parait une nouveauté utile chez leurs voisins , ils l'adoptent et usurpent quelquefois l'iionnenr de
l'invention. Leurs armées ne sont point exposées à se détruire comme les autres par la déseîrtîoD , et il n'y en a point qui résistent mieux aux fatigues de la guerre. Voici comme se font leura recrues : on prend ordinairement un jeune homme sur deux cents dans la campagne; on donne ces jeimes gens pendant six ans pour domestiques anx officiers; si on en est content , ils sont fait soldats par récompense. Lorsqu'ils sont vieux , on les distribue dans les abbayes pour y être nourris. Ils ne reçoivent dans leurs troupes réglées aucun étranger : ainsi ils ne doivent point leurs soldats à la misère ou au libertinage. Ils ne les engagent point par de fausses promesses, et ne les retiennent point par la crainte.
Chaque soldat reçoit une portion de forine, dont il fait lui-même son pain dans des trous qn'il creuse en terre. Ils sont habillés de vert avec un parement rouge ; ils ont des manteaux. En marche, ils les roulent et les portent en bandoulière. Leurs fusils sont pesans, mais bien faits; leur poudre excellente. Leur sabre est court, épais et large comme la main : ils s'en servent au lieu de hadie. La poignée est im aigle. Leurs grenadiers ont des casques de cuir noir surmontés d'aigrettes blanches , noires et rouges, semblables à des plumets; c'est de la laine frisée montée sur des fils de fer. Cette parure leur donne un air très-guerrier. On ré^ compense les belles actions par une médaille attachée d'un ruban bleu ; les fautes sont punies par le patoki, les coups de bâton et les baguettes.
La noblesse est obligée de servir et de passer par tous les grades de l'armée. Il ne sert à rien d'être né prince; il faut d'abord être soldat, sergent , enseigne, sous-lieutenant, lieutenant , capitaine^ major, lieutenant colonel, colonel, brigadier, général-major, lieutenant-général, général en chef, etenfm feld-maréchal. C'est là la division de l'état mi* litaire, qui sert aussi pour le -civil; car les Russes ne connaissent aucune distinction hors de là. C'est pourquoi ils donnent des grades militaires anx magistrats, aux ambassadeurs, aux évèques, et même aux médecins. Ils observent cet ordre , non seulement à la cour dans les cérémonies , mais à table même, où chacun se place suivant son grade, sans que la naissance , l'âge ou la ricliesse y puissent rien clianger. Les femmes aussi sont assujetties à ces lois austères ; elles portent les mêmes titres que leurs maris, et n'oseraient parler devant leurs supérieures.
Les récompenses pour les officiers sont les cordons de Sainte-Anne, de Saint- Alexandre et de Saint-André. La cour donne cinq cents roubles à ceux qui font (|uelc|ue découverte utile : un donne
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aoasi des terres avec des esclaves. Les veuves des officiers reçoivent la moitié des gages de leurs ma* ris : les officiers réformés ont œtle même pen* sion. L€ur {Hniitioo est d'être laits soldats on envoyés en Sibérie ; on enlève le <»npable sans Ini donner la consdation de dire adieu à ses amis , à sa femme , à ses enfans, qui retiennent lenrs larmes, car rafdiction serait regardée comme une désobossance.
Poar éviter les doels , Pierre I^' ordonna qae dans le cas oti un officier recevrait nne insulte personnelle , l'agresseur serait amené en présence de TofTensé , tout le régiment sons les armes ; que là le boorreau répéterait sur lui deux fois la même injure; qu'ensuite il paierait à l'offensé luie aimée de ses gages, et serait fait soldat pour toute sa vie. En entrant au service, chaque oflicier paie un mois de ses gages. Lorsqu'il monte d'un grade, il paie un autre mois , et chaque année deux pour cent des appointemens. Par ce moyen il est traité avec sa femme , ses enfons et ses domestiques, pour quelque maladie que cesoît, sansqn'ilen coâte rien en frais de médicamens, de chirurgien et de médecin. L'apothicairerie appartient au souverain, qui fomnil tous ses sujets de remèdes toujours renouvelés. Cet arrangement est très-utile aux sujets et très-locratif pour le prince.
Les autres revenus de la cour consistent dans les douanes, où l'on paie quarante pour cent d'entrée poor tous les ouvrages de luxe ; dans les cabarets , dont tontes les boissons lui appartiennent. Le prince reçoit en outre la capitation des esclaves, le produit des mines de Sibérie , du commerce de la rhubarbe et des pelleteries. On évalue ces dif- Jërens objets à cent millions de nos livres ; mais les provinces fournissent en nature quantité de choses pour l'année : l'une des forines , l'autre des laines, oelle-d les chevaux, cette autre du salpêtre, quelques autres des transports; en sorte qo'îl en coûte peu pour entretenir les soldats , qui ont de paie environ cinquante fkancs par an.
Les troupes réglées montent à cinq cent mille honunes, dont un quart, en garnison dans les viUes, ne reçoit que demi-paie; le reste est partagé en cinq divisions qui forment autant d'armées toajonrs campées, et toutes prêtes à entrer en campagne. La première est en Finlande, et borde les frontières de la Suède; la seconde, en Livonie , s'oppose à l'Allemagne ; la troisième est en Ukraine, et regarde la Pologne; la quatrième, vers Astracan , protège la mer Caspienne contre les Tnrcs et les Persans ; la cinquième , qui est cdle de Sibérie , opposée aux Chinois et aux Tartares, s'étend jusqu'au Kamtschatka, et semble
défendre les extrén^ités du monde. Douze mille hommes de garde , six mille hommes d'artillerie, et les troupes delà marine, forment à Pétersbonrg on corps de réserve. En outre, nne multitude innombrable de Cosaques, de Calmouks et de Tartanes, sont toujours prêts à marcher, sans recevoir d'autre solde que la permission de piller.
La marine est composée de quatre-vingts gros vaisseaux de guerre et de plus de cent galères distribuées sur les trois mers. Les Russes ont une grande aversion pour la mer à laquelle rien ne peut les accoutumer; à cet égard, ils sont inférieurs à leurs vob^ins. Leur cavalerie est mauvaise.
L'artillerie, peut-être la meilleure du nord, est composée de quatorze mille hommes. On compte dans les arsenaux six mille pièces de bronze et plus de douze mille de fer. Le corps des ingénieurs est composé de deux cent soixante officiers et d'un régiment de quatorze cents hommes.
Le commerce augmente tous les jours à Pétersbonrg. Il parait avantageux à la nation , en ce que tons les vaisseaux qui partent sont diargés, etqne la plupart de ceux qui arrivent sont vides. Les Anglais font tout le négoce; ils profitent habilement de l'amour des grands pour le luxe : ils leur avancent, en diamans on en argent, plusieurs années de lenrs revenus, dont ils assurent les produits par de bons contrats ; en sorte que les récoltes des lins, des chanvres, des blés, leur sont vendues bien à l'avance , et les fers encore dans les mines , long-temps avant d'être exploités. Pierre-le-Grand a exdu les Juifs de ses états , sous peine de la vie, afin de ne pas abandonner à leur avidité les prémices du commerce qu'il établissait pour le bien de ses sujets. Cet arrôt de proscription étend encore la même peine aux jésuites, dont il craignait l'ambition dans une cour sujette aux révolutions.
On favorise Iç plus qu'on peut l'agriculture et les faibriques; on accorde pour ces difTérens objets des privilèges, des maisons, des terres ; on prête de l'argent et des esclaves ; niais ces efforts du gouvernement ne produisent guère d'effet. Les nationaux ne s'y portent pas volontiers, et les étrangers n'osent entrer dans ce pays, parla difficulté d'en sortir. On exige des droits considérables de ceux qui se retirent après s'être enrichia. Les officiers étrangers qui demandent leur congé sont obligés de s'engager par serment à ne jamais servir contre eux. J'eus bien de la peine à m'en dispenser , et ce fut une faveur de l'impératrice, à laquelle je représentai que c'était m'ôter les moyens de trouver du service dans ma patrie.
Avant de sortir de ce pays, il faut passer par une infinité de bureaux. Les uns écrivent votre
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passe-port, d^aatresTenregistrent, ceux ci le signent, ceux-là le datent, d'autres le contraient; ensuite il faut y apposer le cachet. Après toutes ces façons , qui durent des mois entiers , il fout se faire inscrire trois fois dans la gazette du pays à huit jours d'intervalle , afin que tous vos créanciers soient instruits de votre départ. Quand on ne forme aucune opposition, on vous donne un passe-port qui n'est bon que pour l'intérieur de l'empire et pour huit jours seulement. Il faut on autre passe-port pour sortir de la frontière; et puis un ordre de la cour pour obtenir des chevaux en route. Toutes ces cérémonies désespèrent un étranger, qui est souvent obligé, pour faire expédier ses affoires , de répandre beaucoup d'argent, quoique ces sortes de vexations soient très-défendues.
Nous avons vu quelles sont les forces de cet empire qui parait avoir peu de chose à redouter au dehors. La Pologne et la Suède sont divisées par des factions ; l'Autriche et la Prusse s'observent mutuellement; la Turquie est dans le même cas par rapport à toute l'Europe. En Asie, la Perse est déchirée par les guerres civiles; l'Inde est faible; la Chine peu guerrière, quoique mécontente; les Tartares ne font que des courses qu'il est aisé de réprimer. Ainsi l'alliance des Russes est plus avantageuse aux autres nations qu'à elle-même, par les diversions qu'elle peut occasioner, surtout en Allemagne. Mais ils portent bien de la lenteur à servir leurs alliés. Elisabeth avait donné ordre qu'on prit Colberg sans exposer la vie d'aucun soldat : aussi avait-on oonmiencé les tranchées à plus de nenf cents toises de la contrescarpe ; on les avait feites si profondes et si remplies de traverses, qu'on y était en toute sûreté. Le ministère de Russie n'est pas scrupuleux à tenter tous les moyens de connaître les desseins des alliés; on ouvre toutes les lettres , même les paquets des ministres. L'ambassadeur de Vienne avait reçu des dépêches de sa cour, qu'on avait refermées si imprudemment, qu'elles se trouvaient cachetées des armes de Russie. Il fut sur-le-champ trouver le chancelier Woronzof , et lui dit : « Vous conviendrez , monsieur , de l'infidélité de vos bui-eaux ; mes lettres ont été ouvertes et recachetées chez vous : reconnaissez votre sceau, d Woronzof , sans s'étonner, regarde la lettre et répond froidement : a Cela confirme ce que je soupçonnais depuis long-temps, que vous avez contrefait nos armoiries à Vienne : c'est mie méprise de vos bureaux qui ont pris nos armes pour les vôtres, d Le gouvernement parait avoir plus à craindre au dedans qu'au dehors. Ils ont pour ennemis intérieurs deux nations qu'ils ont subju-
guées, les Livoniens qu'ils craignent et les Gusaques qu'ils méprisent. Les premiers leur ont fourni le plus grand nombre de leurs officiers , qu'on tâche aujourd'hui de remplacer par des Russes. Ils ont interdit aux autres les connaissances militaires et toute distinction. Un général de Cosaques n'a qoe le rang de capitaine. Au reste, les révolutions, qui détruisent les autres empires , semblent afTerniir celui-ci. Chaque nation reste attachée au gouvernement, dans l'espoir de recouvrer sa liberté ou ses privilèges sous le successeur. Plus les changemens sont fréquens, pins les espérances sont moltipliées. Depuis Pierre-le-Grand, il y a eu huit souverains : Pierre I"^** ; Catherine I<*, sa femme; Pierre II , l'impératrice Anne , Ivan sous Anne la régente, Elisabetli, PieiTC III et Catherine II. H y a eu sous ces règnes un nombre considérable de coijjuralions éteintes. Cependant ils ont conqnis la Livonie, l'Ukraine, une pailie de la Finlande, quelques montagnes au delà de la mer Caspienne, une province sur les Chinois, où se trouve une mine d'or très-riche; ils ont subjugué le duché de Courlande, et donné successivement trois rois à la Pologne.
La cour donne tous les hivers des fêtes au peuple. On construit des montagnes de glace : c'est un éilifice de charpente , à plusieurs étages , situé an sommet d'une colline; du haut de ce château d^cend un glacis de charpente bien avant dans la plaine; un homme assis dans im traîneau loole avec la rapidité et le bruit du tonnerre. Autour de cet édifice sont des escarpolettes, des roues de fortune , des mâts de cinquante pieds de haut, dont l'exti-émiié est garnie de bottes, de pelisses, de gants. Il arrive souvent que ceux qui y grimpent se tuent en tombant , ce qui fait rire la multitude. Quelquefois on personnifie les vices par des mascarades pubUques; ce sont des chars ornés de clinquant , où sont assis différens acteurs : on y voit l'Avarice comptant des sacs , l'Ivrognerie qui chancelle. On y promène des montagnes traînées par une trentaine de bœufs. Le people voit sans gaieté ces fêtes dont la cour s'applaudit. Quelquefois l'amour se mêle au milieu de ces jeux l)arbares. Cette passion, chez les Russes, a presque toujours des effets funestes : souvent l'amour est cause de quelque disgrâce éclatante ou de quelque révolution extraordmaire. Il plaça près du trône Biren, sorti de rol)scurité ; Munich, plus heureux et plus capable, gouverna sous Ivan. Elisabetli renversa le nouveau monarque et le nouveau ministre ; Rasiimowski , son favori , devint vice-roi après avoir été berger.
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RÉVOLUTIONS SOUS PIERRE IH. TcBoi: coi pboeC inpares
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les jeux publics, Oiiof leur parle des faTCitrs dont Pierre III comblait les officiers allemamls qu'il ailineltait à toates ses parties ^ du mépris qu'il faisait de ses propres sujets, de la résolution prise d'en- Toyer les gardes en Allemagne , sous prétexte d'une guerre étrangère, mais sans doute pour les détruire, n leiur représente ce prince souirent chancelant d'ineMC an milieu des mes, entouré de booflbns et d'Italiens; il les oieoiffage par la Imélité d'arrêter Unt de désordre...... Ff'étaient^b pas
les principales forces de fempire ? Le sooflHraient^ ils en proie à des étrangers sortis do Holstein, à quelques Tagabonds incapables de résistance, à des Allemands dont Finsolenee seariilait crcHre arec la OBiière publique ?fl déplore le sort de ksm souTcraine : anère étun pnaet q» devait être lew' caonereor. acwléf aar son afianee à w/her ane cooroone qu'cfle méi itaii par ses Tertos, d^pne de
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et celles da temple se trouvaient fermées. Au travers des grilles on apercevait des images renversées et jetées çà et là. Il s'était assemblé nne grande foale de peuple consterné de ee spectacle où la re* ligion paraissait si hardiment insultée. L'impératrice , après avoir donné long-temps des marques publiques de sa douleur , retourna à son palais. Plusieurs gens du peuple la suivaient en se demandant : « Qu'a donc foit notre souveraine pour être privée de la communion des fidèles? Sans doute on veut détruire notre religion; voyez comme on a maltraité nos saints ! »
D'un autre côté , les conjurés s'assemblaient souvent chez la princesse Daschkof. JA se préparaient les avis propres à ameuter le peuple, à mécontenter les soldats , à enflammer les prêtres. On y concertait tout ce qui pouvait gagner les généraux et les courtisans : on cherchait à se les rendre ^vorables par des insinuations artificieuses , des promesses équivoques, de fkusses confidences, enfin par toutes les illusions de cour. Le Piémontais Odard les distribuait avec tout le manège de son pays.
Cependant l'empereur recevait de plusieurs endroits des nouveDes de la conjuration. On venait même d'arrêter un des eheb ; il ne voulut pas différer plus long-temps de remonter à la source.
L'impératrice était à Pétershof, et lui , plusloin, à Oranienbaum. Ce sont deux châteaux à deux lieues Tun de Pautre , dans le voisinage de Pétersboorg. Pierre III envoya des gardes saisir les avenues de Pétershof, et fit dire à son épouse qu'il irait le lendemain l'interroger lui-même. Il y vint en effet à huit heures du matin ; mais les appartemens étaient fermés. Il attendit son lever jusqu'à onze heures. Alors il fit enfoncer les portes; mais il ne trouva personne. Il apprit, sans pouvoir le croire, que l'impératrice marchait à lui , à la tête des gardes et de l'artillerie. Pendant la nuit elle s'était écliappée du château par les fenêtres; elle avait couru à Pétersbourg , où , dès le point du jour, elle avait rassemblé les troupes. Le corps d'artillerie refusait de prendre les armes sans les ordres du grand-maitre Yillebois; sur-le-champ elle lui envoie dire de venir au palais, a Si Votre Majesté , lui dit Viilebois, m'eût prévenu , j'aurais pris des arrangemens. — Je ne vous ai pas fait venir , lui répondit-elle , pour m'apprendre ce que nous devions prévoir, mais ce que vous voulez faire. — Vous obéir, reprit le grand-mattre. «> Aussitôt l'ar* tillerie marclia. Alors Catlierine II , habillée de r uniforme des gardes , montée sur un superbe cheval , sortit de Pétersbourg suivie de quinze mille liommes : la princesse Daschkof était à ses côtés.
Cependant tout était en confusion dans la ville.
I^ peuple , plein de fureur, se précipitait dans les places publiques. Les gardes à cheval couraient, le sabre à la main, menaçant d'exterminer tous les Allemands. Des trains d'artillerie remplissaient les rues. Les marchands, saisis de frayeur ^ fermaient leurs maisons. Un spectacle touchant viol suspendre le tumulte : tout à coup on aperçoit sur le balcon du palais un enfant de douze ans , les yeux baignés de larmes, la démarche égarée; c'était le jeune prince. « Qu'avez-vons foit de mon père? leur cria-t-il : 'qu'est devenue ma mère? Voulez-vous aussi me foire mourir comme eux? Je ne vous ai point fait de mal. » Puis , en leur tendant les bras, il implore leur compassion. L'helman des Cosaques monte au palais, le rassm^, l'embrasse, le ramène dans ses appartemens, et après lui avoir juré de lui être fidèle, il part pour détrôner son père. Cet événement laissa à cet enfant une terreur qui ne se dissipa que plnsiema mois après.
Cependant Pierre III était retourné à OranieiH baum. Inquiet de la conduite de son épouse, il envoya vers elle qudques-uns des seigneurs de sa cour, qui ne revinrent point. Les antres se retirèrent successivement. Le maréchal Mnnidi ne IV bandonna pas, et lui conseilla de se mettre à la tête du régiment de Holstdn , de donner les armes du château aux paysans des environs qui s*oflraieol d'eux-mêmes pour le défendre , ou de partir 8or4ecliamp pour joindre son armée d'Allemagne. Ce prince irrésolu laissa passer inutilement la plus grande partie du jour. Ses gardes , postés aux environs, observaient les approches de rennemi; mais ils mirent honteusement bas les armes à la vue de quelques hussards. Alors l'empereur s'embarqua pour Cronstadt. Il avait avec lui les femmes des seigneurs qui l'avaient abandonné; le vieux Munich le suivait toujours.
Ils arrivèrent à l'entrée de la nuit sous les batteries du port. La sentinelle ayant crié : « Qui vive ? — C'est l'empereur, répondit-on. — Nous ne reconnaissons, reprit le soldat, d'autre souverain que Catherine; éloignez-vous. » Et comme on le menaça de tirer sur lui , la barque revint à Oranienbaum. Les femmes jetaient de grands cris; PieiTC fondait en larmes. « Que n'ai-je suivi vos conseils! disait-il à Munich. Quel parti dois-je prendre ? — Je n'en connais plus , » dit Munich.
Dès que Pierre III fut de retour à Oranienbaum, on se saisit de lui , et on l'enferma seul. Il rendit son épée , en s'avouant indigne de régner. Il demanda qu'on lui conservât la vie. On le lui promit. Ensuite il pria qu'on ne le laissât pas manquer de vin de Champagne et de bière d'Angleterre. Le
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troisième joar de sa détention, il sentit on feu dévorant dans ses entrailles. On Tentendit pousser des cris horribles. On dit que , pour mettre fin à ses tourmens, deux princes, sergens aux gardes, entrèrent dans sa chambre et l'étranglèrent avec un mouchoir.
Ainsi mourut ce malheureux prince. Il soutint RI di^râce avec aussi peu de fermeté que son élévation, n fut Êiible , sans méchanceté. L'histoire ne pourra ni justifier sa punition, ni regretter sa mémoire.
Cependant Catherine II rentra, le soir, triomphante dans Pétersbourg : elle était excédée des fatigues du jour. On lui apporta des rafralchissemens; comme il se trouvait là quelques jeunes officiers, elle les obligea d'en prendre avec elle, en leur disant : a Je ne veux rien avoir que pour le partager avec vous. » Le peuple entourait le palais en jetant de grands cris de joie; mais conune ces transports pouvaient dégénérer en fureur, et expaser la fortune de quantité d'étrangers, on lui ouvrit tous les cabarets de la ville, qu'on abandonna à sa discrétion jusqu'au lendemain. On donna une pistole à chaque soldat des gardes , cinquante mille francs aux principaux conjurés. Le trône ne coûta guère plus d'un million.
On s'attendait à voir le jeune prince déclaré empereur, et Catherine nommée régente, avec un conseil ; car c'étaient là les conditions qu'elle avait proposées aux principaux de la cour; mais elle profita de l'enthousiasme du peuple qui la proclamait impératrice. Elle commença par éloigner des affiiires la princesse Dasdikof , dont elle craignait l'ambition , et tous ceux qui comptaient partager l'autorité avec elle; et elle se liâta de se faire couronner à Moscou. Cette cérémonie se fit avec une pompe éclatante. La couronne seule , toute couverte de diamans , était d'une pesanteur extrême.
J'ai oui dire à l'ambassadeur de Pologne , le prince Lubomirski , que, se trouvant auprès de fimpératrioe, il lut dit : a Votre Majesté doit être » bien fatiguée de porler un poids si considérable. » — Non, répondit-elle, ime couronne ne pèse » point. »
Peu de temps après , le comte de Bestuchef lui donna une re(|uête signée de quelques seigneurs : on lui représentait que la santé du grand-duc , son fils , était très-faible ; on la suppliait de pourvoir à la tranquillité de l'empire par une alliance qui lui assurât des héritiers; on ajoutait que personne ne paraissait à cet égard plus propre à remplir les tœux de la nation que le comte Orlof. Catherine envoya cette pièce au sénat , pour en délibérer. Tous les sénateurs repondirent unanimement
qu'un pareil mariage était contraire aux lois de l'empire (preuve qu'il y a des lois dans un pays despotique ) ; que si l'héritier actuel venait à manquer, il restait Ivan; enfin, qu'ils ne reconnaîtraient jamais Orlof pour leur empereur. C'était au mois de mars 1763. J'étais alors à Moscou, et je fus témoin de la fermentation où cette requête et cette réponse jetaient les esprits ; elle était si grande, que je m'attendais à voir une nouvelle révolution. Le soir de ce jour-là, on doubla les gardes du palais. Le grand-maitre de l'artillerie prit un prétexte pour s'éloigner quelques jours de Moscou. La cour envoya ordre à l'hetman de se retirer dans son gouvernement.
Le lendemain, l'impératrice se rendit au sénat. « Je vous ai consultés, leur dit-elle, comme une » mère consulte ses enfans, pour le bien de la fa- » mille. Je ne veux rien faire contre les lois de » l'empire; Bestuchef m'a trompée. » Et en se retirant, elle leur laissa une lettre. On y lisait : « Je vous défends de parler de moi , sous des » peines plus grandes que l'exil. Qu'aucun soldat » ne paraisse dans les rues , de vingt-quatre heu- » res. » Les sénateurs lui envoyèrent demander si cette lettre serait communiquée : « Non-seulement » au sénat, répondit-elle, mais qu'on Taffidie. » Peu à peu les esprits se sont calmés. Elle a mis dans son gouvernement une modération inconnue avant elle. Elle fait voyager les mécontens, qu'auparavant on exilait en Sibérie. Elle a introduit le goût des spectacles, de la littérature et des arts, pour adoucir ces esprits farouches. Elle a défendu le luxe dans les habits , et les jeux de hasard, dont les Russes sont passionnés.
Afin qu'ils ne se portassent point à entreprendre quelque révolution pour établir leur fortune , elle tâcha d'engager les grands, par son exemple, à employer leurs revenus à des projets de fabrique , de commerce ou d'agriculture. Enfin elle a osé réformer les biens du clergé. Pour en venir à bout, elle a mis dans ses intérêts les évéques de Pétersbourg et de Novogorod. Elle a augmenté leurs revenus sous prétexte qu'ils avalent plus de dépenses à faire, et a réduit tous les autres à quinze mille livres de rente.
Catherine II est d'une taille au-dessus de la médiocre ; sa démarche est pleine de noblesse et de majesté. Elle a le visage un peu long; le front grand et peu saillant, les yeux bleus, la bouche très-belle, et les cheveux châtains. Elle monte très-bien à cheval. Elle parle parfaitement bien le français, l'allemand et le russe. J'ai vu les deux premiers volumes du Dictionnaire encyclopédique ^ dont les marges étaient remplies de notes
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écrites de sa main, sur les sujets les plus abstraits. Cette princesse se lève tous les jours à cinq heures; elle travaille seule jusqu'à neuf. Ses femmes alors rapprochent, et pendant qu'elles l'ajustent, elle se fait rendre compte de tout ce qui s'est passé de nouveau. A dix heures et demie, les généraux viennent prendre ses ordres , et tenir le conseil diez elle jusqu'à onze heures et demie. Alors elle va à la messe; puis elle se renferme jusqu'à sept heures du soir, qui est l'heure de la cour ou des spectacles.
Depuis Pierre-le-Grand, aucun souverain n'a enlrepris un si grand nombre de projets utiles à la Russie. La postérité décidera de sa gloire ; mais celle de Sémiramis, si célèbre en Orient, ne fut ni plus pare, ni plus méritée.