‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 19 sur 116 · D'UN PASSAGE AUX INDES · texte numérisé non relu

D'UN PASSAGE AUX INDES

PAR LA RUSSIE

PIBSSNTB i 8. ■. L'niPBliTIIGI CATHIUIIB II.

n n'y a que deux moyens d'attirer les hommes, l'appât des richesses et celui de l'honneur. L'amour des richesses a peuplé l'Amérique d'Européens ; le désir de les conserver, qui en est une suite, a rempli de républicains les marais de la Hollande. L'honneur, qui parait dans le monde sous différens noms , n'est autre chose que l'estime (fue nous faisons de nous-mêmes ; cette estime est proportionnée au sentiment que chaque homme a de la dignité de son être.

Le désir d'acquérir de l'honneur engage des hommes à quitter leur patrie lorsqu'il se présente une occasion d'éclat, un siège fameux, une entreprise hardie, etc. Alors on voit accourir des volontaires de toutes les nations '.

L'amour de l'honneur oblige quelquefois de quitter sa patrie pour le conserver ' : ime injustice, un passe-droit, ont souvent plus de force sur

* Les guerres en Terre-Sainte, le siège de Candie, attirérent une infinité d'étrangers de bonne volonlé. J'ai vu à Malte , lorsque l'Ile fut menacée des Turcs, plusieurs gentilshommes qui n'étaient Tenus que dans l'intention d'accpiérir de l'honneur.

■ Tout le monde sait l'histoire de Camille. Les peuples voisins de la France ont profité souvent de pareilles circonstances. La révocation de l'édit de Nantes répandit les arts et le commerce dans les forêts de la Puisse et dans une grande partit de l'Allemagne.

une ame fière que les liens de l'amitié et du sang. Un état qui a des retraites toutes prises pour de pareils honunes, en tire tôt ou tard de gramls avantages.

Si la Russie veut attirer chez elle des honmies (j'entends des hommes dont le courage n'est poîiil flétri par une excessive pauvreté), il fiiut qu'elle leur offre des biens qu'ils puissent acquérir avec honneur, et dont ils puissent jouir avec sécturîté. Nous examinerons où l'on peut trouver ces biens, après avoir parlé des ol)stacles qui s'opposent id à la tranquillité de la possession.

Le premier de tous vient de la vaste étendue de cet empire, qui oblige le souverain de se reposer entièrement sur un gouverneur. Ce gom'emeary profitant de l'éloignement , peut se rendre despotique : cette raison empêchera toujours un étranger d'exposer sa fortune et la tranquillité de sa vie au caprice d'un homme tout-puissant S'il s'en rencontre quelques-uns, ce ne seront que des malheureux sans ressource, ou des esdaves qui changent de chaînes '.

Le second obstacle vient de la diversité des mœurs, de l'ignorance de la langue , etc. *. Si un homme n'est tout-à-fait hypocondre, il est presque impossible qu'il se résolve à être transplanté seul parmi des gens dont les mœurs et le langage lui sont inconnus , et qui auront pour lui la mauvaise volonté qu'où a naturellement pour ceux qu'oQ trouve plus éclairés que soi.

On ne peut remédier à ces deux obstacles qu'en réunissant , en corps indépendant de tout gouverneur particulier, les étrangers qui chercheraient des établissemens en Russie.

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