‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 20 sur 116 · DU LIEU LE PLUS FAVORABLE A UN ÉTABLIS- SEMENT · texte numérisé non relu

DU LIEU LE PLUS FAVORABLE A UN ÉTABLIS- SEMENT

S'il y avait quelque endroit sur la terre, sitné sous un beau ciel, où l'on trouvât à la fois de l'honneur, des richesses et de la société, suite de la sûreté de la possession, ce lieu-là serait bieniôC rempli d'habitans '.

Cette heureuse contrée se trouve, sur le bord oriental de la mer Caspienne ; mais les Tartares , qui l'habitent, n'en ont fait qu'un désert. Tel est

* Conmic il arrive sur les frontières de Russie et de Pologne. De pareilles transmigrations ne pnxlulsent aucun bien.

' L'habitude est une seconde nature. On r(»narque à Motcou que les Allemands vivent rassemblés dans le schiabot; et c'est en eflet la nation la plus propre à vivre en société.

' Les Anglais ont peuplé la Pensylvanie avec cette seule invitation : c Celui qui y plantera un arbre en recueillera le fruit. » C'est là tout l'esprit de la loi qui iiemiettait aux si^lels de la Grande-Bretagne de former en Amérique on gourerncment pailiculier.

VOYAGE EN RUSSIE

tammir exeessir qn^iU ont pour la liberté , qu'ils ne regardent les villes que comme des espèces de prisons, on les souverains renferment leurs esclaves.

Cette terre, on règne une liberté effrénée, parait propre à l'ambition et à la fortune d'une petite répiÂliqne d'Eurofiéens, et mérite l'attention du gouvernement, par les avantages immenses que Tempire retirerait d'un pareil établissement.

Cette colonie d'hommes choisis assurerait de ce côté-là la tranquillité de la frontière, et engagerait, par son exemple ou par ses armes, ces peuples vagabonds à cultiver les champs qu'ils ravagent '. Mais, ce qui est bien plus intéressant, cette société deviéiMlrait bientôt l'entrepôt dn commerce des Indes, et ferait circuler les richesses du midi par la Russie, qui les distribuerait, comme autrefois, à toute FEnrope.

I»B LA POSSIBIUré d'un PASSAGB aux INDES

PAR LA RUSSIE

Je suis étonné que des vaisseaux partent tous les ans des ports de l'Europe , traversent une étendue immense de mers, et pénètrent aux Indes à travers mille dangers, tandis qu'une chaloupe partie de Péterdiourg peut foire, dans la moitié moins de temps , le même voyage sur les plus belles rivières du monde. C'est la première idée qui vous vient, lorsque vous jetez les yeux sur les cartes.

En partant de Pétersbourg, vous remontez le canal et le lac Ladoga et la rivière d'Urioa ; vous eûtes on portage jusqu'à la source de la rivière Maloga, vous la descendez, ainsi que le Volga, qui se dédiai^ & Astràcan dans la mer Caspienne; vous parvenez, après avoir traversé cette mer, à rembouduire d'un fleuve qui sort du lac Aral ; vous naviguez sur ce lac , et jusqu'à la source de rOxus ou de f Amu qui ^y jette ; il vous reste un partage à faire jusqu'à la rivière Semil , qui se décharge dans f Indus, cpie vous pouvez descendre jnaqu'an golfe persique. Nous verrons que le commeroe des Indes s'est autrefois frayé une route à peu près semblable. Biais 11 est bon de rassembler sur cette ridie matière tout ce qui peut servir à l'histoire de ce eommeree. On peut la réduire à trois époques.

A5CISN COUMBRCE DES INDES AVEC l'eUROPE

PAR LA RUSSIE

Les Russes ont porté autrefois leur commerce ,

■ Let comptoirs dfs Knropéens inx Indes et en AfHqne ont ensilé one mnltiliide de fimiHles k s'établir auprès d'eux, par la nrison qjn'Jls n'y éproaraient pas une vicissitude de farinne ordinaire dies les polMances de l'Asie.

Œuvres posniniES.

par le Pont-Euxin, jusqu'à Constantinople ' et en Syrie; dans ce temps-là leurs vaisseaux pénétraient, parla mer Baltique et l'Océan, jusque dans la Grande-Bretagne*. Il est à présumer qu'ils allaient encore aux Indes, par la raison que les Indiens venaient trafiquer chez eux jusque sur les bords de la mer Glaciale.

L'auteur qui a le mieux écrit de la Russie, le baron de Stahremberg, apporte des preuves si convaincantes de celle communication , qu'il n'est pas possible d'en douter; il avait fait un long séjour en Sibérie, et c'est comme témoin oculaire qu'il raconte ce que nous allons rapporter.

Les anciens prenaient, dit-il, pour limites de l'Europe et de l'Asie, le Don ou Tanaîs. Depuis le Don, traversant jusqu'au Volga; ensuite remontant, au 55' degré de latitude, la Kama ; passant plus loin, le long du fleuve Kotva, la Wiserka , et remontant la Wagulka jusqu'à une petite langue de terre d'une demi-lieue , qui la sépare du fleuve Petzora ; de là descendant ce fleuve jusqu'à son embouchure dans la mer Glaciale. La raison qui avait déterminé les anciens à préférer ces limites aux chaînes de montagnes qui se trouvent plus à Test, c'est que c'était la route que tenaient les peuples qui foisaienl le commerce des Indes et du nord ; route aisée à atteindre par les Asiatiques et les Européens, puisqu'elle les conduisait, par eau % de la mer Caspienne dans la mer Septentrionale.

Il y avait, pour ce commerce, deux entrepôts , l'un auprès de l'ancienne ville de Ladoga; d'où ce commerce était continué par le lac Ladoga, le golfe de Finlande, la mer Baltique, et de là à la ville de Wisby dans l'Ile de Gothland, où l'on a trouvé quantité de médailles syriaques, arabes, grecques et romaines.

Le second entrepôt du commerce était dans la Grande-Permie, proche de la ville de Fzerdyn ou de Vdikl-Perma. Les marchandises, venues des Indes, descendaient le Petzora, côtoyaient les bords de la mer jusqu'en Norwége, et peut-être venaient jusque dans la mer du Nord.

Au reste, ajoute Stahremberg, ce passage a été praticable, et l'est encore. Cette route, depuis Astràcan , n'a que ti'ois cents milles de longueur ;

* Constantin Porpbyrogénète.

'LoBscher.

' Les bâtimen§ dont ils se sen-aient étaient fort pn^res à de pareiHes navigations; c'étaient des bateaux de cuir qu'ils portaient sur leurs épaules dans les endroits où les rivières cessaient d'être navigables. Stahremberg en a vu où quatorze personnes pouvaient s'asseoir. On les ploie lorsqu'on ne s'en sert plus.

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et ce chemin , par eau , était aussi aisé à faire que celui (le cinq à six cents milles, que suivent les Russes aujourd'hui poiu* aller à la Chine^ et où ils passent d'une rivière à l'autre avec beaucoup plus d'incommodité, puisc|ue les rivières sont remplies de cascades périlleuses. Outre cela , il faut faire par terre deux trajets ' dangereux : inconvéniens qui ne sont pas dans l'autre roule, on le transport par terre des marchandises n'est que d'une demi-lieue '. H a vu, le long du Petzora, des ({uanlités prodigieuses de tombeaux, où se trouvent des médailles des anciens califes arabes ; les rochei-s sont empreinls, en quelques endroits, de caractères extraordinaires, peints d'un rouge inaltérable; enfin, toute la Permie est remplie de mines d'anciennes forteresses , preuves d'une grande opulence et d'une immense population. Tout cela confirme ce que nous lisons dans Cornélius Nepos, que le roi des Snèves envoya à Metellus Celer quelques Indiens que la tempête avait jetés sur les côtes voisines de l'Elbe.

Cette conununication des Indes et de la Russie paraît avoir été coupée, lorsque les Scytheà, remontant au nord , étendirent leurs conquêtes jus- ({ue dans le Danemarck:

COMMUNICATION DE l'ECROPE AVEC LES INDES PAR LA MER ROUGE.

Deuxième époque,

La guerre détmit jusqu'aux monnmens de la guerre. II ne nous reste point d'époque certaine de l'arrivée des Scythes dans le septentrion. Nous savons seulement qu'ils étaient commandés par Odin ^ , qui devint bientôt le dieu du pays qu'il avait conquis. Ces nouveaux hôtes ne connaissaient d^autre gloire que celle des armes , et d'autre moyen d'amasser des richesses que la piraterie.

• Voyage d'Ysbrand-Ides par rapport à la rivière d*Aiigera.

* Les Russes Uennent eocore ai^rdlioi des cbevaax en cet endroit pour transporter les bateaux par terre, de la Wakulka dans le fleuve Petzora.

' MÉMOIRES SUR LBDANBXARCE.par Mallet Cet ouvrage m'a paru très-estimable et fort curieux à beaucoup d'égards. Je ne puis m'empécher de Joindre ici une observation que J'ai faite en Finlande, sur Fancicnne population du Nord. J'ai vu au cbâteau de Nislot une grande pierre sur laquelle sont gravés des caractères runiquesà moitié effacés. J'en pris occasion de laire quelques recberches sur Pantiquité de ce château, mais l'ignorance des pasteurs ne leur permit pas de me satisfaire. Sur la route de ce chAteau à Kekolm, on traverse le lac Saimen sur une digue de plus de six wersts de longueur ( environ une lieue et demie de France ) , formée avec un art auquel la nature ne s'assuJeUit point. Si c'est Fouvrage de« SeyÛu» , il est étonnant qu'mi peuple, sans les secours de la mécanique, ait p« rouler et ti'ansporter dans toute oetfe étendue des rochers d'une grosseur prodigieuse.

Les richesses de l'Asie prirent alors un autre cours.

Les peuples du midi profitèrent des malheurs du nonl. Le girofle des Moluques, la muscade de Banda, le sandal de Timur, le camphre de Bornéo, l'or et l'argent de Luzon , avec les gommes , les parfums et toutes les marchandises précieuses de la Chine, du Japon, de Siam et d'autres royaumes, étaient apportés au marché général de Malaca, ville située dans la péninsule du ménie nom, qu'on prend pour l'ancienne Chenonèse d'Or; de là, tous ces objets venaient dans les ports de la mer Rouge, jusqu'où les nations de l'Occident allaient les chercher. Ce commerce se faisait par échange, car les peuples de l'Asie avaient moins besoin d'or et d'argent que des commodités étrangères. Ces sources de oonuneree avaient enriclii Calicut , Cambaye , Ormus et Aden.

Ces villes joignaient encore, à ce qu'elles tiraient de Malaca , les rubis du Pégu , les étoffes de Bengale, les peries deKalckare, les diamans de Narsingue, la cannelle et les nd)is de Ceylan, le poivre , le gmgembre et les autres épices de la côte de Malabar.

D'Ormus ', les biens de l'Inde se transportaient, par le golfe Persique, jusqu'à Basrah, pour être transportés par les caravanes en Arménie, à Trebisonde, Alep, Damas, etc. Les Vénitiens , les Génois et les Catalans venaient les prendre à Baruth, port de Syrie. Ce qui s'apportait par la mer Rouge était débarqué à Tor ou Suez , ville située au fond du golfe du même nom, d'où les caravanes les transportaient jusqu'au Caire; et de là, par la voie du Nil, le reste de la route était aisé jusqu'au port d'Alexandrie , où rembarquement se faisait sur les vaisseaux de l'Europe.

Gènes et Venise devinrent bientôt les deux plus puissantes républiques de l'Italie; les richesses qu'elles tiraient de ce commerce les mirent eu état de résister avec avantage aux entreprises des Turcs. La sagesse de leur gouvernement, leur expérience dans la navigation, les trésors qu'elles possédaient, enfin tout ce qui donne à un état la supériorité sur ses voisins, les aurait, malgré leur rivalité , rendues les maltresses de l'Europe; mais il était réservé à un homme d'ouvrir un nouveau canal aux richesses de l'Inde. Toutes les nations partagèrent l'avantage de cette nouvelle découverte, et il n'est resté à Venise et à Gènes que le

' lliSTomE GBfiÉRÀLE DBS vovÀGBS de l'ablié Prévott. Cette route , comme on lu voit , était bien plus pénible que la précédente. Aussi lui préféra-t-on celle du cap de Bonne-Eipéranoe , malgré son extrême longueur.

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^afane d'un gouvernement sage et le souvenir de leur ancienne opulence.

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