COMMERCE DE L'EUROPE AVEC LES INDES PAR LE CAP DE BONNE-ESPÉRANCE
troisième époque.
Ce fut en 1415 que Henri III , prince de Portugal, fit partir plusieurs \^aisseaux pour côtoyer les rivages de l'Afrique. Cette navigation passait piour la plus dangereuse de toutes , et on racontait des dioses effrayantes de l'Afrique et de ses habitaas. Cependant, seize ans auparavant, des hommes hardis avaient osé combattre le préjugé : Gomera et Pahna % lies des Canaries, avaient été découvertes, et cette gloire avait été réservée à un autre Henri III, roi d'Espagne.
Noos suivrons la marclie des aventuriers portugais; rien n'est plus intéressant, et en même temps plus commun, que de grandes choses produites par de petits moyens.
Les praniers vaisseaux s'avancèrent jusqu'au cap Bojador ; mais ils furent étonnés de la force du ooorant, qui s'enfle beaucoup en se brisant contre les sables. Us retournèrent sans aucun succès.
Henri ne fut point découragé. En i418, il fit partir sur un petit vaisseau Jeàn-Gonzalès Zarco et Tristan Vas Taxeira, avec ordre de découvrir r Afrique jusqu'à i'équateur. Us revinrent, après avoir débarqué à Puerto-Santo; ils n'apporUieiit point de richesses, mais ils avaient trouvé dans celte Ile une terre fertile et des habitans sociables.
Les mêmes aventuriers y retournèrent l'année suivante, et découvrirent l'Ile de Madère, près de Puerto-Santo, mais ils ne purent doubler le cap
Gilles Anes fut plus heureux. En U32, il doubla ce terrible cap, et découvrit un rivage d'une étendue immense; il se hâta d'apporter cette heureuse nouvelle au prince de Portugal. Henri se crut, dès ce moment, maître du passage et des richesses de l'Inde, et, pour n'avoir de dispute
> En 1417, Jean de Béthenoonrt, gentilhomme de Normandfe. obtint de Jean II , roi de Casttlle , la permission de conquérir les Ues Canaries. II prit celles de Lancerotte, de Fuer ts-Yentnra et de Ferro. Un autre gentilhomme de Nonnandie entreprit de chasser les Sarrasins de Naples et de Sicile , et fl en vint à bout. C'était Tancrède. U semble que la fortune réienre aux étrangers des succès qu'elle refuse aux nationanx i is y trouvent comme une compensation des douceurs de leur patrie. Au reste, les Normands ont eu de tout temps un goût décidé pour les voyages et les entreprises lointaines. Ce sont eox qui ont Jeté en France les fondemens de la compagnie d'Afrique. U y a en Guinée beaucoup d'endroits aux* quels ils ont donné des noms , comme le Petit-nieppe, noiMn.etc.
avec personne, il demanda au pape Martin Y ime donation perpétuelle de toutes les terres qu'il découvrirait depuis le cap Bojador jusqu'aux Indes orientales inclusivement. Le saint-père la loi accorda ^ , avec une indulgence plénière pour lea âmes de ceux qui périraient dans cette entreprise. Gilles Anes recommença ses découvertes, et s'avança jusqu'à la rivière d'Or. En ^444, il s'associa avec d'autres aventuriers; il s'empara des Iles de Nar et de Tider, où ils firent un grand butin. Leur armement n'était pas considérable, et les obstacles n'étaient pas grands, puisque avec seize soldats Us prirent d'assaut une ville on ils firent cent.cinquante-cimi prisonniers.
On panint successivement jusqu'au cap de Bonne -Espérance, où l'on trouva des difficultés plus grandes que celles du cap Bojador. Mais, en H97, Yasco de Gama doubla le cap avec trois vaisseaux montés de cent soixante bommes. Il jeta, avec ces forces, les fondemens de la puissance que les Portugais ont aujourd'hui dans les Indes. Pacheco , en i 504 , y mit la dernière main ; avec cent trente-cinq hommes, il détruisit une flotte de deux cent quatre-vingts vaisseaux indiens, montés de quatre mille hommes, mit en déroute un corps de quinze mille Indiens qui s'opposaient à sa descente, et finit par brûler Calicut. Nous venons de voir des petites troupes d'aventiuîers pénétrer aux Indes, soumettre des peuples nombreux , et revenir chargés de trésors dans leur patrie ; mais ils avaient des canons , et un courage que la nature a refusé aux peuples de l'Asie.
Les grandes richesses que les Portugais tiraient des Indes engagèrent les Anglais à y faire des établissemens, malgré la donation des papes. Ce fut eni60i que la reine Elisabetii accorda des lettrespatentes qui ouvraient sans exception le commerce des Indes orientales à la compagnie. U s'agissait de s'opposer aux obstacles que les Portugais ne manquèrent pas d'apporter à cette entreprise : les négocians firent donc un fonds de 70,000 liv. sterl., pour Téquipenient des vaisseaux et l'achat des marchandises. La flotte , composée de quatre vaisseaux , fut commandée par Lancasier, dont l'expédition eut le plus grand succès. Nous joignons ici la lettre d'Elisabeth au roi d'Achin , comme un monument précieux de l'esprit et de la pofitique de cette grande reine.
« Elisabeth, par la grâce de Dieu reine
* Cette donation lut confirmée par ses successeurs Eugène et Nicolas, suivant l'usage de ces temps-là, où les papes croyaient avoir reçu de Dieu le pouvoir de distribuer les couronnes à qui bon leur semblait. Nous allons voir le tort que leur fit cette donation dans l'esprit dn roi d*Achln.
VOYAGE EN RUSSIE
d'Angleterre, d'Irlande, de France \ etc., protectrice de la foi et de la religion chrétienne : an grand et puissant roi d'Achin , dans Tile de Sumatra.
» Notre frère bien-airaé , salut et prospérité.
» Le Dieu étemel et tout-puissant, par sa sagesse et sa providence divine, a tel.'ement disposé ses bénédictions , et les bons ouvrages de sa création pour Tusage et la nouriiture du genre humain , que, malgré la diversité et Féloignement des lieux où les hommes prennent naissance , Tin- ^ration de ce créateur bienfaisant les disperse dans toutes les parties de l'univers, afin que nonseulement ils reconnaissent la multitude infinie de ses merveilleuses productions, qui se trouvent réfiandues de telle manière qu'un pays abonde souvent de ce qui manque à l'autre . mais encore afin qu'ils puissent former ensemble le lien de l'amitié qui est une chose toute divine.
» Cest par ces considérations, noble et puissant roi , et tout à la fois par la haute idée 4|ue nous avons de votre générosité et de voire justice à l'égard des étrangers qui vont commercer dans vos états, en satisfaisant aux justes droits de votre couronne, que nous nous sommes portée à nous rendre aux désirs de plusieurs de nos sujets, qui se firoposent de visiter votre royaume dans de bonnes et louables intentions , malgré les fatigues et les dangers indûq)ensables d'un voyage qui est le plus long qu'on puisse entreprendre au monde. Si l'exécution de leur dessein est approuvée de votre hautesse , avec autant de bonté et de Aivenr que nous le desiitms, et qu'il convient à un si puissant prince, nous vous promettons que, loin d'avoir jamais sujet de vous en repentir, vous en aurez un très-réel et très-juste de vous en réjouir. Nos promesses seront fidèles , parce que leur conduite sera prudente et sincère ; et nous espérons , qu'étant satisfait d'eux, vous souhaiterez vous-même que leur entreprise devienne le fondement d'une amitié constante entre nous, et d'un commerce avantageux entre nos sujets.
» Votre hautesse peut s'assurer d'être bien fournie de marcliandises , et mieux qu'elle ne l'a jamais été par les Espagnols et les Portugais , nos ennemis, qui sont, jusqu'à présent, les seuls peuples de l'Europe qui aient fréquenté les royaumes de l'Orient, sans vouloir souffrir que les autres fissent le même voyage, se qualifiant, dans leurs écrits, de seigneurs et Aïonarques absolus des états et des provinces qui vous appartiennent. Car
* Titre que prend la couronne d'Angleterre, à cause dei ducs de NonDindie qui ont régné dam ces deux royaumes.
nous avons reconnu, par le témoignage de plusieurs de nos sujets, et par d'autres preuves incontestables , que vous êtes légitime possesseur et héritier d'un grand royaume qui vous est venu de votre père et de vos ancêtres; et que non -seulement vous avez défendu glorieusement vos possessions contre ces avides usuqiateurs, mais que vous leur avez porté justement la guerre dans les pays dont ils se sont rendus les maîtres. C'est ainsi qu'à leur honte extrême, et à la gloire de vos invincibles armes, vos soldats les ont attaqués à Malaca, l'an i575 de la rédemption humaine, sous la conduite du vaillant Raganie-Koten , votre général.
» S'il plaît donc à votre hautesse d'honorer de sa faveur, et de recevoir sous sa protection royale ceux d'entre nos sujets qui partent chargés de cette lettre, dans une si douce espérance, le chef de cette flotte de quatre vaisseaux a reçu onlrc de nous, sous la permission de votre hautesse , de laisser dans vos états un certain nombre de hcleurs, et de leur procurer une maison de comptoir où ils puissent demeurer dans l'exercice de commerce, jusqu'à l'arrivée d'une autre de nos flottes, qui fera le même voyage après le retour de celle-Gt. Ces facteurs ont ordre aussi d'apprendre le langage et les coutumes de vos sujets , afin qu'ils paissent vivre et converser plus doucement avec eux. Enfin pour confirmer notre amitié et notre alliance, nous consentons , sous le bon plaisir de votre hautesse , qu'il se fasse une capitulation , que nous aatorisons le chef de cette flotte à signer en notre nom; donnant notre parole royale de l'exécuter entièrement , aussi bien que tous les autres articles qu'il est chargé de communiquer à votre hautesse. Nous desiixms donc qu'on l'écoute avec confiance, et que votre hautesse accorde à lui et à nos autres sujets qui l'accompagnent, toutes les fiiveai^ qu'ils peuvent attendre de sa bonté et de sa justice. Nous répondrons dans le même degré à tous ses désirs dans l'étoidiie de nos états et de notre puissance ; et nous demandons, pour témoignage de son consentement royal , qu'il lui plaise de nous &ire une réponse par le porteur de cette lettre , n'ayant rien plus à cœur que de voir commencer notiv alliafioe et de la voir durer pendant un grand nombre d'années. »