RÉCAPITULATION
Si Sa Majesté Impériale approuve ce mémoire, que nous soumettons entièremoit à la sagesse et à la profondeur de ses lumières, et que Dieu daigne bénir dans cette entreprise notre conduite et nos armes, nous osons assurer que le succès en sera très-glorieux au règue de Sa Majesté, frès-profitableà l'empire, et très-utile à beaucoup d'étrangers auxquels il serait difficile de procurer des élablissemens convenables. I^s moyens que nous demandons, pour l'exéculiou de ce projet, ne coûtent presque rien à accorder à l'empire de Russie; les 'l 50,000 roubles d'emprunt, loin d'être une charge pour la couronne, sont plutôt le fondement d'un commerce immense; et on peut s'en convaincre en laissant la fiberté aux étrangers de fournir les fonds de la compagnie.
Les terres nécessaires à notre étabUssement n'appartiennent point à l'empire de Russie; par conquent l'accroissement et l'activité d'un petit nombre d'Européens établis sur le lac Aral ne doivent causer aucun sujet de jalousie pour l'avenir, puisque l'ambition de cette répubUque ne peut jamais agir que contre les Tartares, ennemis naturels de l'état, qui ont fait échouer jusqu'à présent les entreprises des Russes.
D'un autre côté, l'intérêt du commerce, l'attente des secours de toute espèce, les liaisons particulières et publiques , attachent tous les membres de cette répubUque à la cour de Russie, bien plus fortement que ceux des propres sujets de sa majesté qui habitent sur la frontière, et qui pour la plupart sont des nations conquises , dont les mœui> diffèrent autant de celles des Russes que leurs visages.
Le peu de patriotisme qu'on remarque dans les grands états, chez les peuples des frontières, parait évidemment en Russie, où il se feit un commerce assez considérable avec la Chine et l'Inde , sans que l'état en profite; ce commerce étant renfermé entre quelques Tartares et quelques habitans d' Astracan , qui en gardent le secret.
Puisque les choses de ce monde sont teUement
VOYAGE EN RUSSIE
disposéesTque rautorité perd de sa force à proportion de son éloignement, il est plus avantageux à l*enipire de Russie d'imiter la conduite des RoinainSy qui mettaient des garnisons chez les peuples voisins de l'Italie , mais qui feisaient des alliances et des confédérations avec les nations éloignées, et favorisaient de tout leur pouvoir l'établissement 4ies colonies de ces nations étrangères, de l'attachement descfuelles ils se tenaient plus certains que de la bonne volonté de leurs propres sujets j qu'ils ne devaient qu'à la terreur de leurs armes.
D'ailleurs, si cette entreprise réussit, elle peut servir d'exemple et d'encouragement pour en for-
mer une semblable sur les fhmtières de la Chine et sur celles de Perse, où on trouverait pareillement de grands avantages. Si elle ne réussit pas, tout le malheur et le danger tombent sur quelques étrangers , qui acquerront au prix de leur sang un honneur qu'on va chercher avec moins d'éclat dans des occasions plus périlleuses, et ils laisseront à sa majesté le renom immortel d'atoir tenté une entreprise glorieuse à son règne , iufiidmeiit pro6table à l'empire, et utile à l'humanité, puisqu'elle adoucirait les mœurs d'un grand nombre d'iKunmes, qui ne connaissent ni les fruits de l'agriciil' ture , ni les douceurs du commerce.
FlIS DES VOYAGES.
HARMONIES DE LA NATURE