NATURE
L'«uteor de la nature a subordonné d'abord les puissances élémentaires à la puissance végétale. Il dit à la terre, revêtue des simples éléoieus : « Pro- » doîsez des plantes avec leurs fniils , chacune » saivanl son genre. » Anssitôt rorganisation se
ŒUVBES POSTHUMILS.
forma de la pensée du Tout-Puissant, et la vie sortit de sa parole. Les plaines se couvrirent de grammées ondoyantes, et les montagnes de majestueuses forêts; les saules argentés et les peupliers pyramidaiLx bordèrent les rivages des fleuves, et ombragèrent jusqu'à leurs embouchui-es. L'Océan même eut ses végétaux ; des algues pourprées furent suspendues en guirlandes aux flancs de ses rochers; et des fucus, semblables à de longs câbles, s'élevèrent du fond de ses abîmes, et se jouèrent dans les flots azurés. Des cèdres et des sapins entourèrent de leur sombre verdui-e la région des neiges, et agitèrent leurs cimes autour des glaciers qui couronnent les pôles du monde. Chaque végétal eut sa tem|)érature , depuis la mousse qui , ne vivant que des reflets de l'astre du jour, tapisse les granits du nord, et ofire, au sein de la zone glaciale, une chaude litière au renne qui voiture et nourrit le Lapon, jusqu'au palmier qui, bravant les ardeurs de la zone torride, donne de l'ombre et des fruits rafralchissans à l'Arabe et à son cliameau : chaque site eut son végétal, chaque animal son aliment , et cliaque homme son empire.
Heureux qui a vu , daas une Ile mhabitée et parée encore de ses grâces vi!'ginales -, quelques-uas «les genres innombrables de plaintes' que la' nature y a déposés, suivant ses plans primitifs î Jamais la main d'une bergère n'assortit avec autant de goât, pour plaire à son amant, les fleurs de sa tête et de son seul , que la nature en a mis à grouper les diverses espèces de végétaux , depuis ses sables marins jusqu'aux sommets de ses montagnes, pour les besoins et les plaisirs des animaux et des hommes qui devaient y aborder.
Quel serait notre ravissement si nous pouvions voir la sphère entière des végétaux qui entourent le globe, avec les harmonies qui circonscrivent chacun de ses climats, et rayonnent sous tous ses méridiens ! Mais si nous ne (jouvons voyager sur la terre, la terre voyage pour nous. Après nous avoir mis sous le ciel de la zone glaciale , elle nous transporte peu à peu sous celui de la torride, et nous offre tour à tour les végétaux de ses hivers et de ses étés. Déjà, dans sa course annuelle, elle tourne vers le soleil son pôle boréal, appesanti par une coupole de glaces de quatre à cinq mille lieues de tour, et, par une nuit et un hiver de six mois, perd sous Téquateur l'équilibre de ses deux hémisphères; elle en éloigne ensuite le pôle opposé, allégé de ses congélations par un jour et im été d'une durée presque égale. Notre hémisphère s'échauffe dans toute sa circonférence. Déjà la zone immea^^ de neige qui couvrait l'Europe, la Sibé-
:jo
TABLEAU DES HARMONIES
rîe^ les vastes plaines de la Tartarîe, les monts es earpés du Kanitschatka, et les sombres forêts de r Amérique septentrionale, s'écoule au sein de l'Océan; le Groenland, le Spitzberg, la Nouvelle- Zemble , voient l'astre de la lumière tourner sans cesse autour de leur horizon. Des torrens larges et profonds comme des mers se dégorgent des détroits de Baffin, de Davis, de Iludson, de Hiscbinbrock, de Waigats, et de celui du Nord, qui sépare l'A* sie de l'Europe; ils entraînent en mugissant , vers l'équateur, des lies flottantes de glaces élevées comme des montagnes et nombi-euses comme des archipels. Souvent elles s'échouent à douze cents pieds de profondeur. Cependant, soit qu'elles voguent avec les oourans , soit qu'elles restent immobiles, elles se fondent et renouvellent les mers. De bruyantes cataractes se précipitent de leurs sommets, et des brumes ténébreuses s'élèvent de leurs flancs; les vents étendent dans l'atmosphère leurs vapeurs à demi glacées, et les attiédissent aux rayons du soleil; ils les voiturent dans le sein des continens, et les roulent comme des voiles antour des pics des montagnes qui les attirent. Les unes remplissent les sources des fleuves; d'autres, suspendues au dessus des vastes campagnes, se saturent des feiix de l'astre du jour, et étincellent d'édairs; le tonnerre se fait entendre, et réjouit le laboureur. Des pluies fines et tièdes pénètrent le sein des guérets; le blé forme son épi; il reçoit du ciel, dans ses feuilles étagées, de longs filets d'eau que , l'hiver , il ne pompait de la terre que par ses racines. Les feuilles naissantes, plissées avec un art céleste, rompent leurs étuis résineux, écailleux, laineux, qui les préservaient du choc des vents et de la morsure des gelées. Le gemma empourpré de la vigne et le bourgeon cotonneux du pommier se gonflent et se crèvent. Les rameaux des arbres, d'un beau rouge, sont parsemés de gouttes de verdure et de boutons de fleurs blanches et cramoisies. La végétation, au berceau , entr'ouvre les bourrelets de sjn enfonce, et montre partout son visage riant. Des bouffées de parfums s'élèvent du sein des prairies et des forêts avec les concerts des oiseaux. La vie végétale est descendue des cieux.
O toi qui d'un sourire fis naître le printemps, douce Aphrodite, belle Vénus, sois-moi liavorable! Tu sors du sein des flots, entourée de Zéphirs et d'Amours. Fille du Soleil et de la Mer, brillante Aurore de l'année, viens me ranimer avec toute la nature! Les poètes et les peintres te représentent, sur notre horizon, devançant le char de ton père, attelé de chevaux fongueux conduits par les Heures; mais lorsque tu te montres à l'équateur, sur
l'horizon de notre pôle , tu es la mère de toutes les aurores qui doivent y apparaître. Elles sortent de dessous ton manteau de pourpre, couvertes de perles orientales , et vêtues de robes de mille couleurs; les jours et les nuits les dispersent sur tous les sites du globe, au sonmiet des rodiers, sur la surfoce des lacs, parmi les roseaux des fleuves, dans les clairières des forêts. Pour tot^ suivie des Saisons, tu couvres d'un seul jet les flancs cristallisés du pôle et ses vastes campagnes de neige, de ton voile de safran et de vermillon. Mère du prin^ temps, couronne de tes roses naissantes ma tête, couverte de soixante-trois hivers; oonsole-moi des ressouvenirs du passé , du malaise du présent, et des inquiétudes de l'avenir : ramène ma vidUc»e à ces momens heureux de mon adolescence, lorsque , levé à tes premières clartés pour étudier de tristes leçons, l'ame flétrie par des maîtres Imbéciles et cruels, à la vue de tes rayons je sentais encore que j'avais un cœur. Apparais-moi comme In apparus à la création, lorsque notre globe terrestre, à ton premier aspect, tourna sur ses pôles et se couvrit de verdure; montre-toi à moi conmie tu t'y montreras lorsque, dégagée du poids de mou argile , mon ame , s'élevant de la terre vers le soleU, abordera aux rivages d'un orient éteruel !
Viens me guider dans ces vallées de ténèbres et sur ces champs de boue que toi seul vivIGes. Je désire rappeler à des hommes ingrats la route du bonheur qu'ils ont perdue , et la tracer à leurs enfans innocens. Je vais, à ta lumière, leur montrer sur la terre une divhiité bieiiÊûsante. Ma théologie n'aura rien de triste et d'obscur : mon école est au sein des prairies , des bois et des vergers; mes livres sont des fleurs et des fruits, et mes argiunens des jouissances. •
Je me suis étonné bien des fois de l'indifTéreiiee avec laquelle nous considérions le ciel , source de toutes nos richesses actuelles et de nos espérances futures. Nous serions ravis de joie si nous voyions la sphère des végétaux qui couvrent la terre passer sous nos pieds; et nous regardons de sang-froid celle des astres rouler sur nos têtes ! Une fleur nous intéresse plus qu'une étoile, et le plus petit jardin que tout le firmament. Tous les arts nous développent dans les plantes une foule de propriétés et de formes charmantes; et nos sciences ne nous montrent dans les corps célestes que des globes aiTondis par les lois uniformes de l'attraction. Faibles et vahis , nous circonscrivons dans une seule idée ce que nous voyons d'un seul coup d'œil : nous établissons le système de l'univers sur un aperçu. La plus petite mousse, par ses liarmonies, élève notre intelligence jusqu'à l'Intelligence qui veille aux
DE LA NATURE
destins de toute la terre, et rastronomie-faît descendre le matérialisme des aslres jusque dans notre botanique , et l'apatliie qu>Ue leur suppose jii^iie dans notre morale.
Cependant ce n'est que pour recueillir les diverses influences du soleil fixées dans les végétaux, ti en alimenter notre vie, que nous labourons la terre, que nous bâtissons des magasins, que nos inannflMtures travaillent , et que nos vaisseaux traversent les mers. Mais, malgré tant de correspondances entre toutes les nations, tant d'oliser- Tatioos mises bout à bout, tant*de besoins qui devraient étendre nos limiières, les plantes ne sont gdère mienx connues que les étoiles. La botanique, avec ses systèmes, ne nous présente, comme Fastronomie, qu'une triste et sècbe nomenclature, et que des divisions sans intentions et sans but.
Sans doute il ne nous est pas domié de connaître sur la terre les harmonies des puissances sidérales. GeBes qui ont des rapports avec nous par leur lever , lenr coucher , leurs apparitions et leurs Mipses, et que nous prédisons des siècles à l'avance, sont an fond si superficielles, qu'elles ne méritent d'être mises en ligne de compte qu'à cause de notre extrême ignorance et de nos misères. Fussions-nous des Copernic, des Newton, des Ifersdiel], nous ne pouvons pas plus nous vanter de lesconnaltre que de pauvres mendians les grands seigneurs qui , en passant à des jours réglés sur lemr chemin, leur jettent de loin quelques aumônes, sans qu'ils sachent les noms, les caractères et les occupations de leurs bienfaiteurs : encore saventils que ce sont des hommes comme eux. Mais comment pourrions-nous connaître la nature du soleil, quand nous ignorons celle d'un grain de sable? Cependant, puisque la puissance végétale est à notre égard la médiatrice de ses bienfaits, et que c'est sur die qu'est greffée la vie des animaux et la nôtre, servons-nous-en pour nous élever jusqu'à lai. Nous essaierons de connaître la nature de l'astre du jour par l'examen de tant de fleurs et de findls qu'U fait édore pour nos besoins, et qu'il met en évidence dans toute la circonférence du globe. La cause qui les développe pounn nous servir à les étudier eux-mêmes.
Le nombre prodigieux des végétaux jetés comme au hasard dans les prairies et dans les forêts nous IN-ésente un spectacle très-agréable. Je ne doute pas qu'il n'y ait entre les fleurs un véritable ordre au milieu même de lenr confusion apparente; mais je ne sais pas par où je dois commencer à le développer.
Cherchons d'abonl les deux bouts du fil qui doit nous guider dans ce labyrinthe.
Il est évident que le soleil est la première cause de la végétation, et (|ue l'homme en est la dernière fin. L'Iiomme seul, des êtres vivans, ramène à son usage toutes les latitudes, tous les sites, tous les végétaux, tous les animaux : telles sont les deux extrémités de la chaîne des puissances, (|ui forme, par sa révolution , la sphère des harmonies. LesoleH en est la cii*couférence, et fltomme le centre : c*e$t à riiouime qu'en aboutissent tous les rayons. Ceci posé, je considère Tliomme sous l'influence directe du soleil, au mlKen de la zone torride, où il a dû d'abord piendre naissance, parce que là seulement se troirvent tous les végétaux néce^ires à ses premiers besoins, et qu'il ne lui faut aucune industrie pour en faire usage. En observant donc sa constitution, je le trouve composé de plusieurs substances et humeurs qui doivent sans cesse se renouveler comme sa vie : tels sont les nerfs, les os, les chaii*s, la peau, les vemes, la lymphe, le sang, la bile, le chyle, et plusieurs autres fluides dont les rapports sont aussi peu connus que les vaisseaux mêmes où ils circulent. Pour foumh^ à leur réparation journalière , la nature a créé d'abord des alimens qui leur étaient analogues, tels que les Êirineux, les rafratchissans, les sucrés, les vineux, les huileux, les aromatisés, etc. Elle les a renfermés tout préparés dans les fruits du bananier, de l'oranger, dans la canne à sucre, dans ceux du manguier, du cocotier, des arbres à épiées, etc. Elle y a joint, pour ses besoins extérieurs, d'autres arbres, pour lui fournir des toits, des vêtemens et des meubles : tels s :)nt les palmiers de tant d'espèces si variées; le cotonnier, dont la bourre est si propre à lui fournir des étoffes légères ; le bambou , dont les scions sont si flexibles ; et le calebassier,dont le fruit est susceptible de prendre la forme de toutes sortes de vases. Mais !e bananier aurait pu sufflre seul à toutes les nécessités du premier homme. Il produit le plus salutaire des alimens dans ses fruits farineux, succulens, sucrés, onctueux et aromatiques, du diamètre de la bouche, et groupés comme les doigts d'une main. Une seule de ses grappes fdit la charge d'un homme. Il présente un magnifique parasol dans sa cime étendue et peu élevée, et d'agréables ceintures dans ses feuilles d'un beau vert, longues, larges et satinées : aussi ce végétal, le plus utile de tous l&s végétaux , porte-t-il le nom de figuier d'Adam. C'est sous son délicieux ouihrage, et au moyen de ses fruits qu'il renouvelle sans cesse par ses rejetons, que le braniine prolonge souvent audelà d'un siècle le cours d'une vie sans inquiétude. Un bananier, sur le Iwnl d'un ruisseau , pourvoit à tous ses l>es(iins.
Si
TABLEAU Di:S HARMONIES
Mais, soit que le bananier n'ait été créé qne pour le sage qui aime la vie sédentaire et méditative; soit qu'il ne puisse pas croître, même daas Kon climat, lorsqu'il n'a pas d'eau en abondance; soit plutôt que la nature ait voulu servir sur la table de l'homme des alimens d'une variété de saveur égale à la variété de son goât, il est certain que les arbres de la zone tonidc portent des fruils délicieux de divers genres, dont les espèces sont innombrables.
Il est digne d'observer qne la substance farineuse ftiit la base de la plupart de ces fruits, tels que ceux ûe l'arbre à pain ; même dans les huileux , comme-ceux du cocotier; qu'elle est renfermée en masse dans un grand nombre de racines, comme lescambas, les ignames, les maniocs, les patates; et dans les troncs même de quelques arbres, comme dans celui du palmier-sagou ; dans les graines d'une infinité de plantes, telles que les légumineuses, et surtout dans celles des graminées, comme les riz, les maïs, les blés, etc. Elle y est assaisonnée, tantôt avec le sucre, tantôt avec le vin, tantôt avec l'huile; et elle y est relevée, dans diaque espèce de fruit , par un aromate qui lui est propre, et qui en détermine le goAt. Il y a plus : c'est que , de la substance fiirineuse toute pure, l'art peut extraire, par la fermentation, ime partie des saveurs primitives qu'y a déposées la nature, telles que les sucrées, les vineuses, les acides, les huileuses même, comme le prouvent les divers états par où passe ki bière, qui, comme on sait, se fabrique avec l'orge. Il n'est pas douteux que notre estomac ne décompose cette substance encore mieux que les roeîlleiirs alambics. Je pensedoncqu'elle a des analogies particulières avec nos solides >t nos fluides ,. puisqu'elle est si répandue dans la puissance végétale.
Les besoins de l'homme varient avec les latitudes. Est-il dans les zones tempérées, je vois s'élever pour lui des blés et des plantes légumineuses de diverses espèces; des diâtaigniers, des vignes, des pommiers, des oliviers, des noyers, etc. ; et dans les végétaux qui doivent le mettre à l'abri des élémens, des lins et des chanvres pour le vêtir, ei des chênes et des hêtres qui lui présentent des toits inébranlables. Porte-t-il ses pas jusque dans les zones glaciales , on semble expirer la végétation ? je vois la folle avoine border les fleuves du nord de l'Amérique , et les champignons et les mousses, dont quelques espèces sont comestibles , tapisser les rochers de la Finlande et de la Lapo- Dîe. Des forêts de sapins résineux et pyramidaux, et de bouleaux inflammables , lui donnent des abris contre les neiges et fournissent des alimens à son foyer. La nature vient encore à son secours
-en liri présentant des chasses abondantes d'aoimox revêtus d'épaisses fourrures , et des pèches de poissons innombrables dont les saveurs sont souvent préférées à celles des meilleurs fhnts. Mais son plus riche présent est sans doute le reaaey qui lui fournit son bit comme la vache , son poil laineux comme la brebis , et sa forée ei sa vitesse comme le dieval.
Ce que la nature a fait en général poiv llioiime , elle Ta fait en particulier pour les aiiimaux. Chacun de leur genre, dans les quadrupèdes, oiseaux, reptiles, insectes ^t poissons , a une espèce de végétal réservée à ses besoins: de manière, toutefois, que l'homme a au moins dans diaque ^enre une espèce qui lui est assignée, et qui^ lepixMotype de oc genre : tels sont le blé (uns les graminées, le dattier dans les palmiers, et les antres végétaux qu'il cultive, et que, pour cette raisoq, on peut appeler domestiques. Il en est de même des animaux qui en portant le nom , et qui , par la supériorité de leurs qualités, paraissent être amai les prototypes de leur gem-e : tels sont la poule dans les gallinacées, la vache dans les herbivores, Je renne dans les cer&, le chien dans les carnivores, etc. Mais ne sortons point ici des tioiiles de l'harmonie végétale.
On lient condure de tout ce que nous yeooos de dire, qu'il y a encore beaucoup de végélanx utiles qui nous sont inconnus; car il s'en fiiui bien que chaque genre de végétaux nous fournisse par tonte la terre une espèce en rapport immédiat avec nos besoins. En Europe, chaque génération .semble en apporter quelques-uns de nouveaux, nuâs dont plusieurs n'ont que des usages relatif. Nous usons depuis trois siècles du thé de la Chine , du café de l'Arabie, des sels de la canne à sucre de l'Inde , du cacao et de la vanille du Mexique^ du tabac et de la pomme de terre ^e l'Amérique septentrionale, que nous avons naturalisés; mais fl en est d'autres , sans doute , à découvrir dans notre propre dimat. Pourquoi, par exemple, les peuples du nord de l'Europe ne trouveraient- Us pas dans le genre si varié des pins qui couvrent * leurs terres, une espèce dont les pignons fussent comestibles, ou qu'après jdiverses préparations ils pourraient appliquer à leur usage? C'est ainsi que les Orientaux ont tiré parti de la graine coriace et acerbe du café par la torréfoction, et les peuples méridionaux de l'Europe, du fruit amer de l'olivier par des lessives.
Si , d'un côté , les divers genres de végétaux et leurs espèces ont des rapports déterminés avec l'homme et les animaux , de l'auti^ ils en ont avec le soleil , suivant les latitudes où ils croissent. Un
DE LA NATURE
SS
de Iran Aran. Les flean ont des refcibftrcs oa des pêUles pour réléchir In njoat de Fatlre dm jour mw leon parties sexueBet, afin d*cn accfiâti b fécoodalkio. Ed géoéni, cdkjcî, dans les Booes froides, sont «doiBées à des épif oa àdn odnes peqKndiealairei, solides et caiefneux , qoi w^vent 1rs ra joos da solea, depuis PinsUnl oà fl panU sur l'honioo jusqu'à eehd où il seeoudie, d penlant tout TeCé s'iaUbent de sa chaleur qo*iB râllédiiffieot sur les anllièresy In si^males et les oraires de la fleur. Dans les aoues tempérées, les réverbères ou pétales sont en général horizontaux et pa^^agen : de sorte qu'Us ne réfléchissent la hunière du soleil que lorsqu'il est éle^'é sur l*horizoa, et aeuleuient un petit nombre de jours; mab leurs reflets sont pliis on moins eoneentrés, sinvant les sites qu*ils doi- Tcnt œeuper : tek sont ceux des radiées qui sont en miroirs plans; des rosacées, en portions sphériipws; des liliaoées, en eUipses. L'ordonnance de leiîrs fleurs suit les mêmes dispositions; car il y en a d'agrégées en ombelles, en grappes, en spb^es, en hémisphères et encorymbes. Dans la zone torlide, les fleurs à grands pétales sont en moindre noudire et n'édosent guère qu'à rombre même des rameaux qui les portent , ou bien elles ont des courbes paraboliques et diveigentes comme celles de b capucine du Pérou , ou elles sont papîlionaeées, et leurs parties sexuelles sont recouvertes par une carène : ce genre produit les grains léguminenx et présente des espèces très-nombreuses. Les épb fies graminées se subdivisent en une mullimde ^épiUelsdivefgens, de sorte qu'ils ont peu de réflexion : tel est celui du riz. Celui do mais, an conirûre, y est revêtu de plusieurs pellicules. Enfin le port même des arbres les plas communs dans b xone gbciale et dans b zone torride parait aux mêmes harmonies: caries sapins de b sont perpendiculaires et pyramidain comme letns cènes qu'ils exposent par étages à ions les aspects do soleil , tandis que les palmiers deb seconde ont des cimes étendues qui en tempèrent les ardeurs et ombragent leurs fruits en -grappes pendantes. La nature emploie aussi les dUR^enles nuances des couleurs pour accroître ou aflUbUr les réverbérations des pétales , suivant les sites, les climats et les saisons ; de manière que ptamenrs végétaux naturels an nord el au midi peuvent croître dans les climats tempérés , et réciproquement. Mais nous avons parié safHsarament de ces rapports sobires et de leurs compensations dans nos Études de la /Vahire.
Puisque les ftNrmes et les couleurs des fleurs des végétaux sont en harmonie avec le soleil et lui
I doivent leuRdé%*eloppenHns,jeanbpartiéà< ; <|ne Iran fruits, et même lenn tiges entières ^ tai : mnt redevables de bore vertns hamoniécs avec les diven besoins des lèmpéramens de rhonune et lies animaux. Puisque b cours annuel du soleil Ajoute chaque année un cercb au tronc des arbres, ; elcpiesesrayonscolorentde bbnc, de jaune, d V rangé , de rouge, «le pourpre et de bleu b san de leurs fleure , suivant leun genres , pourquoi ne transmennûent-lb pas les savenn acides, sucrées, ' vineuses, huibases, aromatisées, dans b sein des : fruits dont les fleurs ne sont que les berceaux ? Tous ks végétaux ont sans doute, dans chaque genre , des caractères déterminés qui se reprodui* sent par des sexes et qui sont fixés d^ime manière invariabb par TAuleur de b nature ; mab bun sexes mêmes pourraient fort bien n'être que des asens des influences du soleil, qui s'Iiarmonient en saveur dans bur ovaire, comme sa lumière s'harmoitié en couleur dans bure pétales. En eflet , les qualités des plantes paraissent plutôt sobires que terrestres. On n'ra doutera pas si on se souvient que bure saveure aont bien plus développées dans b zone torride que dans les autres zones. C'est b que se trouvent par excellence et en plus graml nombre celles qui ronbrment des acides, du sucre, des huiles, des épiceries, des parfums, comme nous b verrons ailleurs. Il y a plus: c'est que toutes les qualités des pbntes en général sont si passagères, qu'elles s'évanouissent entièrement par leur décomposition. Leur analyse dtiiuique ne lirésente que des empui morhmm et des résultats sembbbles, soit qu'elles soient alimentaires on vénéneuses. Le savant chimiste Homberg a prouvé (*ette vérité par des expériences réitérées qu'il a faites sur un millbr de nos végétaux. J'en condua donc que bure vertus , si variées et si actives tandis qu'elles exutent, ne sont que des émanations dusobil, fugitives comme b vie qu'il biur prête. Cependant b puissance végétab se condiine aussi avec les autres puissances. Pour nous former une idée de letn^ divere rapports , nous en allons présenter i'easemble ; nous entrerons ensuite clans (b plus grands détails, et nous finirons, suivant notre plan général, par appliquer toutes ces puissances aux besoins des hommes , objets principaux de nos études.
La puissance végétab présente, commechaciuif des autres puissances, treize luurmonies. La pr<;mière est céleste ou soli-lunaire ; six sont physiques, et six sont morales. J'appelle b première ^i-lunaire, parce que b lune influe sur elle conjointement avec le soleil. Dans les six physiques , trois sont élémentaires, l'aérienne, l'aqtmtique , la
TABLEAU Di:S HARMONIES
Mais, 8oit que le bananier n'ait été créé qne potir le sage qui aime la vie sédentaire et méditative; soit qu'il ne puisse |>as croilre, même daas Kon climat, lorsqu'il n'a pas d'eau en abondance; soit plutôt que la nature ait voulu servir sur la table de l'honune des alimens d'une variété de saveur égale à la variété de son goût, il est certain que les arbres de la zone tonidc portent des fruits délicieux de divers genres, dont les espèces sont innombrables.
Il est digne d'observer que la substance farineuse ftiit la base de la plupart de ces fruits, tels que ceux ûe l'arbre à pain; même dans les huileux , comme-œux dnooootier; qu'elle est renfermée en masse dans un grand nombre de racines, comme lescambas, les ignames, les maniocs, les patates; et dans les troncs même de quelques arbres, comme dans celui du palmier-sagou ; dans les graines d'une infinité de plantes, telles que les légumineuses, et surtout dans celles des graminées , coimne les riz, les maïs, les blés, etc. Elle y est assaisonnée, tantôt avec le sucre, tantôt avec le vin, tantôt avec l'huile; et elle y est relevée, dans chaque espèce de fruit , par un aromate qui lui est propre , et qui en détermine le goAt. Il y a plus : c'est que , de la substance fiirineuse toute pure. Fart peut extraire, par la fermentation , ime partie des saveurs primitives qu'y a déposées la nature , telles que les sucrées, les vineuses, les acides, les huileuses même, comme le prouvent les divers états par où passe ki bière, qui, comme on sait, se fabrique avec l'orge. Il n'est |)as douteux qne notre estomac ne décompose cette substance encore mieux que les roeîlleiirs alambics. Je pensedonc qu'elle a des anaU^es particulières avec nos solides >t nos fluides , puisqu'elle est si répandue dans la puissance végétale.
Les besoins de rboaune varient avec les latitudes. Est-il dans les zones tempérées, je vois s'élever pour lui des blés et des plantes légumineuses de diverses espèces; des châtaigniers, des vignes, des pommiers, des oliviers, des noyers, etc. ; et dans les végétaux qui doivent le mettre à l'abri des élémens, des lins et des chanvres pour le vêtir, et des chênes et des hêtres qui lui présentent des toits inébranlables. Porte-t-il ses pas jusque dans les zones glaciales , où semble expirer la v^étation ? je vois la folle avoine border les fleuves du nord de l'Amérique, et les champignons et les mousses, dont quelques espèces sont comestibles , tapisser les rochers de la Finlande et de la Lapooie. Des forêts de sapins résineux et pyramidaux, et de bouleaux inflammables , lui donnent des abris contre les neiges et fournissent des alimens à son foyer. La nature vient encore à son secours
-en lui présentant des chasses abondantes d^i revêtus d'épaisses fourrures , et des pèches de poissons innombrables dont les saveurs sont sonvent préférées à celles des meilleurs fruits. Biais son plus riche présent est sans doute le renne, qui lui fournit son bit comme la vache , son poH laineux comme la brebis , et sa forée et sa vitesse comme le dieval.
Ce que la nature a fait en général pov llioaune, elle l'a fait en particulier pour les animaux. Chacun de leur genre, dans les quadrupèdes, oiseinx, reptiles, insectes ^l poissons , a une espèce de végétal réservée à ses besoins: de manière, tontefois, que l'homme a au moins dans diaqœ genre une espèce qui lui est assignée, et qui^ lepnMo- ,type de oc genre : tels sont le blé clans les gnuninées, le dattier dans les palmiers, et les antres végétaux qu'il cultive, et que, pour cette raison, on peut appeler domestiques. Il en est de même des animaux qui en portant le nom , et qui , par la supériorité de leurs qualités, paraissent être anasi les prototypes de leur genre : tels sont la ponfe dans les gallinacées, la vache dans les heriiivores, le renne dans les cer&, le chien dans les camivores, etc. Mais ne sortons point ici des limites de l'harmonie végétale.
On lient conclure de tout ce que nous venons de dire, qu'il y a encore beaucoup de végélanx utiles qui nous sont inconnus; car il s'en fiini bien que chaque genre de végétaux nous fournisse par tonte la terre une espèce en rapport immédiat avec nos besoins. En Europe, chaque génération ble en apporter quelques-uns de nouveaux, dont plusieurs n'ont que des usages relatif. Nous usons depuis trois siècles du thé de la Chine , du café de l'Arabie , des sels de la canne à sncre de l'Inde , du cacao et de la vanille du Mexiquev du tabac et de la pomme de terre ^e l'Amérique septentrionale, que nous avons naturalisés; mais il en estd'autres, sans doute, à découvrir dans notre propre dimat. Pourquoi, par exemple y les peuples du nord de l'Europe ne trouveraient-ib pas dans le genre si varié des pins qui couvrent t leurs terres, une espèce dont les pignons fussent comestibles, ou qu'après jdiverses préparations ils pourraient appliquer à leur usage? Cest ainsi que les Orientaux ont tiré parti de la graine coriace et acerbe du café par la torréfoction, et les peuples méridionaux de l'Europe, du fruit amer de l'olivier par des lessives.
Si , d'un côté , les divers genres de végétaux et leurs espèces ont des rapports déterminés avec l'honune et les animaux , de l'auti-e ils en ont avec le soleil , suivant les latitudes où ils croissent. Un
DE LA NATURE
des ploB apuTeoi eA odoi de kan Oeon. Les lleim ont des réverbères ou des pétales pour ré- IléeUr les nyons de l'astre du jour sur leurs parties semelles, afln d'en accélérer la fécondation. En général, eelles-d, dans les zones froides, sont adossées à des épisou à des cônes perpendiculaires, solides et caremeux , qui reçoivent les rayons du soleil, depuis l'instant où il parait sur l'horizon jusqu'à celui où il se couche , et pendant tout Tété s'imbibent de sa dialeur qu'ils réfléchissent sur les anthères, les stigmates et les ovaires de la fleur. Dus les «Mies tempérées , les réverbères ou pétales sont en général liorizonlaux et p&>sagers : de sorte qu'Us ne réfléchissent la lumière du soleil que lorsqu'il est élevé sur riiorizon , et seulement un pelU nombre de jours ; mais leurs reflets sont plus oo mohis concentrés, suivant les sites qu'ils doivent occuper : tels sont ceux des radiée >, qui sont ea miroirs plans; des rosacées, en portions sphériqnes; des liliaoées, en ellipses. L'ordonnance de lears fleurs suit les mêmes dispositions ; car il y en a d'agrégées en ombelles, en grappes, en sphères, en hémisphères et encorymbes. Dans la zone torride, les fleurs à grands pétales sont en moindre nombre et n'éclosent guère qu'à l'ombre même des rameaux qui les portent , ou bien elles ont des courbes paôrabolîques et divergentes comme celles de la capodue du Pérou , ou elles sont papilionaeées , et leurs parties sexuelles sont recouvertes par one carène : ce genre produit les grains léguniRieax et présente des espèces très-nombreuses. Les épis des graminées se subdivisent en une mullUnde tf épîUels diveigens, de sorte qu'ils ont peu de réflexion : tel est celui du riz. Celui du mate, «a eonlFBffe, y esl revêtu de plusieurs pellicules. Enfin le port même des arbres les plus communs dans la mne glaciale et dans la zone torride parait sotmis aux mêmes harmonies : car les sapins de la .première sont perpendiculaires et pyramidaux oomme leors cônes qu'ils exposent par étages à Ions les aspects du soleil , tandis que les palmiers de la seconde ont des cûnes étendues qui en tempèrenl les ardeurs et ombragent leurs fruits en *gnp|ies pendantes. La nature emploie aussi les dIfMrentes nuances des couleurs pour accrottre ou aflUblir les réferbérations des pétales , suivant les sites , les climats et les saisons ; de manière que plusieurs végétaux naturels au nord et au midi peuvent croître dans les climats tempérés , et réciproquement. Mais nous avons parlé suffisamment de ces rapports solaires et de leurs compensations dans nos Études de la Ifaîure,
Puisque les formes et les couleurs des fleurs des végétaux sont en harmonie avec le soleil et lui
doivent leurs développemens, jesots porté à croire <)ue leurs fruits, et même lemv liges entières , lui sont redevables de leurs vertus liarmonlées avec les divers besoms des témpéramens de l'honmie et (les animaux. Puisque le cours annuel du soleil ajoute chaque année un cercle au tronc des arbres, et (|ue ses rayons colorent de blanc , de jaune , d'orangé , de rouge, de pourpre et de bleu le sein de leurs fleurs , suivant leurs genres , pourquoi ne transmettraient-ils pas les saveurs acides, sucrées, vineuses , huileuses , aromatisées , dans le sein des fruits dont les fleurs ne sont que les berceaux ? l'ous les végétaux ont sans doute, dans chaque genre , des caractères déterminés qui se reproduisent par des sexes et qui sont fixés d'une manière invariable par l'Auteur de la nature ; mais leurs sexes mêmes pourraient fort bien n'être que des âgens des influences du soleil, quis'liarmonient en saveur dans leur ovaire, comme sa lumière s'haruKMiie en couleur dans leurs pétales. En effet , les qtiaUtés des plantes paraissent plutôt solaires que ti^rrestres. On n'en doutera pas si on se souvient que leurs saveurs sont bien plus développées dans la zone torride que dans les autres zones. C'est là que se trouvent par excellence et en plus grand nombre celles qui renferment dès acides, du sucre, des huiles, des épiceries, des parfums, comme nous le verrons ailleurs. Il y a plus : c'est que toutes les qualités des plantes en général sont si passagères, qu'elles s'évanouissent entièrement par leur décomposition. Leur analyse cldraique ne présente que des caput moriuum et des résultats semblables, soit qu'elles soient alimentaires ou vénéneuses. Le savant chimisle Ilomberg a prouvé cette vérité par des expériences réitérées qu'il a faites sur un miUier de nos végétaux. J'en conclus donc que leurs vertus , si variées et si actives tandis qu'elles existent, ne sont que des émanations du soleil, fugitives conune la vie qu'il leur prête.
Cependant la puissance végétale se combine aussi avec les autres puissances. Pour nous former une idée de leurs divers rapports, nous en allons présenter l'ensemble ; nous entrerons ensuite dans de plus grands détails, et nous finirons, suivant notre plan général, par appliquer toutes ces puissances aux besoms des hommes , objets principaux de nos études.
La puissance végétale présente , comme chacune des autres puissances, treize harmonies. La pr<;mière est céleste ou soli-lunaire ; six sont physiques, et six sont morales. J'appelle la première soli-lunaire, parce que la lune influe sur elle conjointement avec le soleil. Dans les six physiques , trois sont élémentaues, l'aérienne, l'aquatique , la
TABLEAU DES HARMONIES
terrestre; trois sont organisées, la végétale, Tanimaie et rhumaine. Dans les morales , il y en a pareillement trois élémenlaires , la fraternelle , la conjugale , la maternelle ; et trois organisées on sociales, la spécifiante, la généricfiieel la spliérique. Ces liarmonies vont en progression de puissance, de manière que la seconde réiuiit en elle et accroît les facultés de la première; la troisième, celles de la seconde ; ainsi de suite jusqu'à la spliérique , qui non-seulement se compose de celles des espèces et des genres, mais , par ses révolutions, tend sans cesse vers l'infini.
Ces harmonies sont si vieilles et si constantes, que les différens systèmes de botanistes reposent tous sur qiielque»-unes d'entre elles, comme nous le verrons; et s'ils sont restés imparfaits, c'est qu'ils ne les ont pas embrassées en entier.
Quelque étendu f jue soît Tonlre liannonique ^ nous espérons en donner une idée précise en fixant d'abord l'attention de nos lecteurs sur la plante qui produit le blé : eHe est la plus facile à saisir par la simplicité de ses formes. Nous la regardons conmie le |>rototype du genre des graminées dont les espèces sont si nombreuses, et, sans contredit, de toutes les plantes, c'est celle qui nous intéresse davantage. Pourquoi, d'ailleurs, irion»-nou8Cherdier des preuves d'une Providence dans les cèdres du nord ou dans les palmiers de la zone torride , quand l'ordre général de l'univers est à nos pieds, et peut se démontrer dans une paille?
Le blé a des harmonies avec le soleil par le peu d'élévation de sa plante, qiii en est édiaufSee dans toute sa circonférence par ses feuilles linéaires et un peu concaves qui en réfléchissent les rayons à son centre , par les reflets de la terre qui l'enviixmne et qui renvoie sur Jui la chaleur dont elle se pénètre. C'est un des avantages des sites humbles sur ceux qui sont élevés , de jouir des plus petites Êiveurs des elémens et d'être à l'abri de leurs révolutions. Aussi les herbes poussent-elles plus tôt et plus vite que les arbres. Le blé a encore d'autres rapports avec l'astre du jour par l'élévation de sa tige couronnée d'un épi mobile, caverneux et à plusieurs fiices, qu'il présente dans une attitude perpendiculaire aux rayons du soleil, afin qu'ils le réchaufTent depuis l'aurore jusqu'au couchant. Les reflets de la chaleur y sont si sensibles , que, lorsqu'on observe une moisson en plein midi, il semble qu'il en sorte une flamme et que les épis soient lumineux. On peut trouver aussi des harmonies lunaires dans le nombre des nœuds qui divisent la paille du blé. Ils sont en nombre égal à celui des mois lunaires pendant lesquels elle a poussé jusqu'à la formation de son épi. Mais nous parlerons à
l'Iiarraonie des genres de celle des Tégétaux aiee l'astre des nuits.
Le blé a des harmonies aériennes par ses tndiées qui, comme nous l'avonsdil ailleoni, les poumons des plantes; par ses feuilles lii et horizontales qui 'ne donnent point de prise aux vents; par sa tige coni(|ue, élastique et crense, fortifiée de nœuds phis fréquens vers sa racine , oà elle avait plus besoin de force que vers soo ép. Cliacun de ces ncnids est encore lurtifié par mie feuille, dont la partie inférieure lui sert da gaine. Au moyen de ces dis|iositions , elle jone sans eemc avec les zépiiyrs qui lui font dérire les eouibes les plus agréables , et elle résiste acix tempêtes qtâ renversent les chênes.
Les liarmonies aquatiques du Mésemanifesleiil dans ses feuilles creusées en éeope qui coodniienl l'eau des pluies vers ses racines, qui , de le«r cété, pompent l'eau souterraine dont les vapeura iirment les rosées. Ce dernier moyen sofQt à la mtrition. On en voit la preuve en Egypte, qai produit de si belles moissons et où il ne pleat presifiie jamais; mais la terre est abreuvée par lesdâranl»mens du Nil. J'ai tu moi-même des exemples remarquables de l'action des seules rosées dans le sol toujours altéré des environs de Paris. J'y ai va un été si sec, qu'il ne tomba pas une gonltede pluie dans les mois de mars , d'avril et de mai ; cependant kl récolte du blé fut encore assez bonne. Sa paille était courte, mais son grain était btea nourri. Il a aussi des harmonies négatives aree l'eau par les balles de son épi. Ces balles sont ce que les botanistes appellent calices dans les antres fleurs. Ce sont des espèces d'étuis polb , minces el élastiques qui paraissent destinés à pinsieara usages. Elles sont disposées par sillons droits ou en spirales, qui réverbèrent les rayons da soleil aor les fleurs. Elles enveloppent les grains, et les empêchent d'être endommagés, dans leur croissance, par le choc mutuel de leurs étuis agités par les vents. Enfln, chacune d'elles est surmontée sonvent par une longue aiguille molle, appelée barbe, qui parait destinée, non à éloigner tes oiseaux, comme dit Cioéron, mais à diviser les gouttes de pluie qui feraient couler les fleurs , conmie il arrive presque toujours à celles du sonunet qui en sont les moins abritées. Ces balles, avee lenrs barbes, sont des espèces d'aiguilles anti-hydrauliques. En effet, on les emploie dans les emballages pour préserver les corps secs de l'humidilé. Mais, lorsqu'elles s'entr'ouvrent dans la maturité du grain , et que des pluies trop abondantes, réonies à de grands vents, comme celles des orages en été , viennent à tomber sur les campagnes, alors