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TABLEAU DES HARMONIES
de vitaux ; maïs elles y éprouvent une infinité de modifîcalions qui les dÎTersIiient. Nous tâcherons d'en donner im aperçu aux liarmonîes spécifiantes et g néri(iues. Bornons-nous ici aux liarmonies morales du blé, afin de fixer notre attention sur un seul objet. Elles sont an nombre de six, comme les physiques. Trois sont élémentaires comme elles: la fralernelle, la conjugale, la maternelle; et trois sont sociales ou a^gées: la spécifiante, la générique et la sphérique.
Avant d'en présenter le dé>eloppemcnt , nous nous permettrons quelques réflexions sur la difTérenoe des harmonies physiques aux morales.^ Les physiques appartiennent aux végétaux en particulier, et les morales, à la puissance en général. Les physiques leur sont relatives et nécessaires ; elles varient d'espèce à espèce et de genre à genre; les morales leur sont propres et essenlielles: les physiques diffèrent dans ciiaque puissance, et les morales sont communes à toutes. Par exemple , une plante ne voit, n'entend et ne se meut point comme un anhnal; mais elle a comme lui ses amours, sa postérité, sa tribu. On entrevoit déjà que les lois physiques sont d'un ordre inférieur aux lois morales, puisque celles-ci constituent les puissances, les propagent , les spécifient, les engendrent et les assemblent toutes par des harmonies seuiblables. Les* harmonies physiques semblent appartenir aux élémens, qui ne leur donnent que des développemens passagers , tandis que les morales tirent du ciel leur origine et une constitution permanente en rapport avec celle qui harmonie le soleil avec les corps planétaires. Ces caractères célestes se montrent surtout dans les puissances organisées , qui tirent sans cesse une vie nouvelle du soleil , et qui n'apparaissent sur la terre que pour l'accroître de leurs débris. Le soleil semble être le berceau de toutes leurs vies, tandis que la terre n'est que le tombeau de toutes leurs morts.
Mais laissons là ces harmonies, qui sont au dessus de la conception humaine. Bornons-nous à ceUes du blé. La pi^roière de ses harmonies morales est la fi'atemeUe; c'est celle qui a d'abord assemblé cliaque individu dans les puissances organisées en deux parties égales, afin qu'elles puissent s'entr'aider. Elle se manifeste premièrement dans cette sphère vivante du soleil , divisible en une infinité de moitiés parfaitement égales. On peut l'entrevoir aussi dans l'harmonie de l'astre des jours et de celui des nuits, inégaux sans doute en grandeur et en puissance, mais qui apparaissent sur les horizons de la terre avec des diamètres égaux, et lui distribuent tour à tour des influences fraternelles et sororales. Notre globe même présente
((uelqnes apparences de cette harmonie dans ses deux hémis[)hère8 , oriental et oocîdental ; mais l'ancien monde y est plus étendu que le neaveso, et lenrs projections sont différentes, quoique lenrs parties principales soient semblables. Aucun mkiéral, d'ailleurs, ne présente de pareilles consonnaBces: elles n'appartiennent qu'aux êtres dosés d'une \ie organbiée. Elles sont en évidence dans les feoilles, les fleurs, les antlières, les semenees des Té- ,:;étaux, formés chacun de deux moitiés égales. Cet équilibre de parties doubles est eneore plus général dans les animaux , dont tous les membres se correspondent exactement ; et il y est si nécessaire, que sans lui ils ne pourraient ni voler, ni mardicr, ni manger. L'Iiomme en présente le plus parfiiit modèle dans ses proportions. Imitateur par instinct, c'est-à-dire par sentiment, de tous les oovmges de la nature, U a puisé dans cet équilibre l'idée de la symétrie , qui n'est que la correspondance fhrternelle de deux moitiés égales. Elle apparaît dans les formes qu'il donne à ses meubles, à son hal^lion, à ses monumens. Il trouve partout des images de cette double consonnance répandue parmi les êtres org^misés. La nature a suspendu d'abord la lampe de la vie à deux chaînes pour l'affermir, et ensuite à quatre pour la propager : ainsi elle a fùH précéder l'harmonie conjugale par l'harmonie finaternelle.
Cette première consonnance est si évidentte dans les végétaux mêmes, que Linnée en a fait on des principaux caractères de son système botanique , sous le nom grec (TàZiXftitç^ qui signifie fraiemW.n né la rapporte qu'à l'assemblage des anthères en un même corps; mais il ne lui a pas donné assez d'étendue. Elle établit d'al)ord l'organisation de toute espèce de végétal. Elle existe dans la feotUe, la paille , l'épi, les anthères et les grains du Ué , tous divisibles en deux moitiés consonnantes el égales, suivant leur direction verticale on céleste : ce qui est très-remarquable, car ces parties ne présentent que des moitiés contrastantes, suivant leurs divisions horizontales ou terrestres. L'adelphie se manifeste également dans les rejetons de la touffe du blé , qui poussent des feuiUes , des tiges , des épis semblables, et forment entre eux une flmnile dont les individus s'entre-supportent mutuellement.
Les harmonies conjugales du ble sont renfermées jdans sa fleiu*. La fleur est l'organe de la fe^ condation de la plante en rapport avec le soleil ; elle a souvent une coroUe, ou petite couronne, fermée de feuilles appelées pétales, qui réfléchissent les rayons sur ses parties sexueUes. Elle a souvent aussi un calice , ou enveloppe extérieure , pour la préserver du choc des vents, sprtout dans les végé- '
DE LA NATURE
taox âoQt-ks liges, sont longues et mobiles. Qtiant aux porlies sexuelles , elles sont au centre de la fleur, ooiuiue dans un foyer de réverbère. Elles sont ooioposées d'une [lartie mâle et d'une parlîe femeUç ; la partie mâle s'appelle étamine. Elle est formée de l'anlhère y ainsi nommée du mot grec à»(h^ibçy un des noms de l'Amour. Celte antlière eit un ooq» pour rordiqaire oblong, divisé en deux lobes, et porté en équilibre par un foil fllet , délié à son eaLtrémilé. Lorsque le soleil a exercé sur lui SCO action, ses kbes se remplissent d'une poussière prolifique appelée pollen. Le pollen , dont le nom viept de polUre^ a pouvoir » , féconde le pistil. Le pistil est l'oi^gane femeOe de la fleur qui surmoute ÏVivaire; il se prolonge ordinairement en un ou plusieurs styles ou fileLs termines par mi ou plusieurs stigmates. Le stigmate est une petite ou- Ttr;ttre qui reçoit le pollen, pour féconder l'ovaire, et y former la semence au sein d'un réceptacle appelé aussi placenta. On entrevoit déjà que les parties sexuelles des plantes ont une grande anale^ avec celles des animaux, et que la génération doit s'y opérer par les mômes lois. Ces sexes, qiii sont séparés dans quelques végétaux, coomie dans les animaux, sont réunb dans la plante du Ué. Elle a des caractères qui lui sont commqws avec toutes les graminées, dans ses anthère^, qui soilent de sa fleur et y sont suspendues, afin sans doute qu'elles fussent plus exposées à l'action du soleil; dans son calice, de deux parties; et dans sa corolle, divisée en deux valvules unies, enflées et creusées en courbes, concaves et réveii)érantes; mais elle en a qui lui sont propres, en ce qu'elle a quatre fleurs renfermées dans un calice. Cette configuration en forme d'épi est la plus convenable aux fleurs des plantes des pays froids, pai^oe que leurs pétales, quoique moins apparens, y sont solides et durables: aussi y est-elle la pins commune. Lorsque les blés sont en fleur, c^est alors qu'ils sont revêtus de toute leur magnifioenee. Le coquelicot éblouissant, lebluet azuré, la ni^ pourprée, le liseron couleur de cbair, relèvent de l'éc^t de leurs fleurs l'aimable verdure des guérets. Les perdrix et les cailles y décèlent leius doux asiles pat* leurs cliants amoiureux ; tandis que l'alouette, suspendue au-dessus de sa compagne et de son nid, fait entendre les siens au baot des airs. L'époque de la beauté, dans tous les êtres organisés, est celle de leurs amours.
Les harmonies maternelles du blé consistent dans les précautions avec lesquelles la nature a recouvert son grain, et pourvu au développement de son germe. Tantôt, suivant les espèces, son calice, qui lui tient lieu de placenta, lui est ailhérent, et le
transporte au loin, comme une voile, par l'entremise des vents ; tantôt par la barbe âpre qui termine son calice, il s'accroche aux poils des quadrupèdes et voyage avec eux. Il reste aussi indigestible dans l'estomac de ceux qui ne niminent pas , et se ressème avec leurs excrémens. Enfin, sa forme carénée le rend propre à flotter long-temps sur les eaux, conune il arrive, par les mauvaises administrations, à celui qui est jeté dans les rivières. Sou grain est revêtu d'une peau épaisse, appelée son lorsqu'elle est séparée de la farine. Il renferme, à une de ses extrémités, un germe revêtu d'une petite gaine, qui, en se gonflant par la chaletu* et l'humidité, enlr^ouvre une ouverture ménagée au-dessus d'elle, perce la terre, et devient une feuille séminale, appelée cotylédon. Cette feuille séminale est son unique mamelle, qui s'alimente d'un côté de la farine du grain, et pousse de l'autre une radicule qui doit bientôt trouver des sucs plus abondansdans le sein de la terre. Malgré les attentions maternelles de la natiue poiv le ressemer, au moyen des vents, des eaux et des quadrupèdes, on assure qu'on ne le trouve nulle part indigène. Pour moi, je suis porté à croire que, par toute terre où il tombe, il prend racine; mais que, si elle manque d'engrais, il d^nère en quelque espèce de grarainée, telle que l'ivraie. Ce qui niç fait adopter cette opinion, c'est qu'il ne peut croître plusieurs années de suite dans le même cliamp, si ce champ n'a été bien labouré et bien fumé. Sa dégénération en ivraie est regardée comme certaine par plusieurs cultivateurs, et elle semble confirmée par l'observation du célèbre naturaliste Bonnet. Il rapporte , dans ses Recherches sur les Feuilles , qu'ii trouva un jour une plante de froment d'une seule tige, qui portait à son extrémité un épi médiocre de véritable froment, et sur un de ses nœuds un second tuyau terminé par un bel épi d'ivraie. A la vérité , Duhamel attribua la formation de cette plante, mi-partie de blé et d'ivraie, à la confusion des poussières de leurs étamines ; mais, d'un autre côté, Linnée a confirmé la possibilité de la transformation des parties des végétaux sur le même individu , en parties d'espèces différentes, par l'exemple d'une fleur en gueule de la linaire qui se métamorphose en monopétale. Tout ce que nous pouvons conclure de celle du blé en ivraie, c'est que la natiure a souvent associé la puissance de l'homme à celle des élémens , et que la main du laboiu*eur peut seule conserver au froment ses principaux caractères. C'est à la maturité des blés, et aux approches de la feucille du moissonneur^ qu'on voit émigrer une foule de petits êtres de leurs nids maternels. C'est alors que la
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TABLEAU DES HARMONIES
nombreuse famille de la caille songe à fonder de nouvelles tribus dans des contrées éclairées par de nouveaux soleils , et que , comme le dit le bon La Fontaine, les petits de Taionette ,
Se poussant , se calhotant , Délogent tous sans trompette.
Venons maintenant aux harmonies sociales de la puissance végétale : ce sont celles qui assemblent les fomilles des végétaux en espèces, en genres et en sphères. Nous les distinguerons donc en spécifiante, en générique et en sphérique.
L'harmonie spécifiante est la cause du plaisir que nous donne Tassemblage des végétaux de la même espèce. En voyant, par exemple, un champ de blé s'étendre par longs sillons, comme un beau tapis vert, nous éprouvons une sensation plus agréable que celle que nous donne sa tige ou sa simple toufTe isolée. Ce plaisir s'accroît, si la plaine est couverte d'espèces de blés différens , comme d'épeautres, de Mes barbus et non barbus, de seigles, d'orges. Enfin il augmente encore, s'il s'y joint quelque vallon couvert de diverses espèces de graminées. Le vent vient-il à soufHei', toute la campagne ressemble alors à une mer ondoyante de verdure, dont les flots sont d'une infinité de nuances. Leurs reflets fugitif , leurs murmures lointains, font passer dans nos sens le calme et le doux sommeil, ami du sentiment confus de l'infini. La première cause de ces sensations voluptueuses est l'ordre môme dans lequel ces mêmes graminées croissent. Il est très-remarquable que le plaisir que nous font éprouver les groupes si variés des v^étaux, a lieu principalement lorsqu'ils sont plantés sur le terrain dans le même ordre que leurs semences ont été arrangées dans leur placenta. Ainsi, par exemple, un champ de blé nous plaît, parce que ses plantes y sont rangées par sillons, dans le même ordre que ses grains dans leur épi ; et une prairie, au contraire, parce que ses diverses graminées y sont éparses comme leurs semences dans leurs pauicules dîvergens. C'est par cette même raison que le chêne, qui ne porte que deux ou trois glands réunis ensenû)le , ou même qu'un seul , nous fait plaisir à voir dans ses groupes de deux ou trois arbres, ou même toul-à-foit isolé. Nous avons alors, pour ainsi dire , une sensation de la force de cet arbre vigoureux , auquel la nature a donné de pouvoir résister seul aux tempêtes. Au contraire, nous aimons à voir les sapins pyramidaux et conifères s'appuyer mutuellement, par leurs bases , autour des sommets des hautes montagnes , dans le même ordre que leurs pignons sont disp'^sés dans leurs cônes. Nous voyons de
même avec plaisir les ceps de la vigne entoareréç leurs pampres les flancs d'une colline arrondie, et en former, pour ainsi dire, une seule gnppe comme ses grains. Cette loi harmonique s'étend à tous les groupes des végétaux , dont les uns nom plaisent disposés en rond, d'autres en longues avenues, d'autres épars çàet là. Le plan de leur semis est dans leurs berceaux. Cette loi embrasse aossî les individus de toutes les puissances. Elle est la source , ignorée jusqu'ici , de nos jouissances les plus douces , dans rarchitecture , la musique , b peinture, la poésie, l'éloquence. Il n'y a point de plaisir dans les arts dont la raison ne soit dans b nature. Nous en parierons en détail aux harmonies fraternelles. Linnée, comme nous l'avons dit, les avait entrevues dans l'assemblage des anthères sor un même corps , auquel il a donné, par cette raison , le nom d'adelphie. C'est un des caractères principaux de sou système botanique ; mais il a oublié de l'étendre au végétal entier , à sa famille , à sa tribu, à ses diverses espèces et aux genres même opposés. Quelle harmonie entre eux, et dont b natufe tire de si diarmans accords! Cependant, ce n'est pas seulement pour le plaisir des yeux, ni pour donner aux végétaux des supports mutoeb,qu'elle les diversifie et les groupe fraternellement. Elle a varié les blés suivant les diverses btitudes dé b terre , pour donner partout à l'homme le même aliment fkrinenx. EUe a diversifié leurs espèces par rapport aux élémens , en mettant le froment en Europe, le riz aquatique en Asie, le panis sec en Afrique , le mais en Amérique. EUe a varié de même les espèces si nombreuses de graminées, par rapport aux divers besoins et espèces de quadrupèdes, d'oiseaux, d'insectes , et même de poissons. En effet, les graminées forment le genre de végétaux le plus étendu et le plus varié en espèces qu'il y ait sur la terre. On sent que, pour caractériser chacune d'elles en particulier, il tant la rapporter, d'une part, à une des harmonies de b nature, et de l'autre, à l'être sensible auquel efle est particulièrement destinée. Les botanistes ont fait des graminées plusieurs genres, divisés en espèces et en variété; mais dans notre ordre harmonique, nous n'en formons que des espèces réunies en un seul genre. On en compte dans notre climat plus de trois cents, dont il y en a trente à quarante dans nos prairies. Les principales sont les gazons proprement dits, les phalaris, les qneues-derenard,les queues-de-cliat , les chiendens, les brises ou cheveinres-des-dames , les amourette» tremblantes, les paturins ou poa, les festuca, les bromes, les orges de murailles et de prairies, le» roseaux aux quenouilles garnies de bine, les ey*>
DE LA NATURE
nosures ou queues-de-chien, les curtis odorans ou lierbes du printemps , les cinna , les houques molles, auxquelles se joignent les joncs des marais et les spartes des montagnes, les souchets, les glaïeuls. Mais ce ne sont là que les graminées de nos contrées. On y doit ajouter, sans doute, celles qui s'étaident de la zone torride jusqu'aux pôles: les bananiers y espèces de glaïeuls dont les fruits, les tiges et les feuilles engalnées donnèrent à Thomme ses premiers alimens , des parasols et des ceintures; les cannes à sucre , les bambous de l'Inde orientale , les cannes de Mississipi et ceUes de rAmazone , dont les sommets servent , dans les débordemens, d'asiles aux fourmis; les joncs papyracés des bords du Nil , les gram^ glauques et rampans qui bordent les rivages des lies torridiennes ; et une foule d'autres inconnues, disposées le kmg des fleuves , dans l'intérieur des terres et dans toute l'étendue des conlinens. J'aime à me figura' notre globe couvert des seules graminées, en déployer toutes les espèces sur ses vastes amphitliéâtres. Ici, les vents font ondoyer les poadans les prairies, les amourettes tremblantes sur les flancs des montagnes, et les spartes sur leurs sommets arides. Chaque fleuve a ses roseaux , depuis ceux qui, couverts de neige une partie de l'année, s'élèvent à peine sur les bords silencieux de Tlrtis, jusqu'aux forêts toujours murmurantes des bambous du Gange, dont quelques espèces s'élèvent à plus de cent pieds de hauteur. La terre oppose à l'océan fluide qui l'environne un océan de végétaux mobiles et des flots verts à des flots azurés. Id, les tempêtes ne présentent point de naufrages. Les nids trouvent sous les tiges toujours flexibles de doux asiles et des subsistances assurées. Peutêtre le senl genre des graminées pourrait-il fournir aux besoins de tous les animaux. Mais la nature, dans sa magnificence, en variant à l'infini le pain qu'elle distribue à ses innombrables convives, ne se borne pas à ne servir qu'un seul aliment sur leur table commune. EUe a renfermé la fiuîne dans lesépb'des graminées; mais elle a suspendu aux végétaux des autres genres les huiles , les sucréi , les vins, les épiceries qui en devraient varier lés aasaisonnemens.
La nature a donc formé plusieurs sortes de farines dans les grains de blé et des autres graminées , depuis ceux du froment jusqu'à ceux des amourettes, destinés aux [Jus petits oiseaux. L'homme aussi, à sou imitation, manipule, avec la seule farine de froment , une multitude de pâtisseries, de vermicelles et de gimblettes. Mais toutes ces modifications ne sont (|ue des espèces d'un seul genre dans la puissance végétale.
Passons maintenant à ses genres proprement dits.
Les botanistes emploient le mot de genre d'une manière très-vague et souvent contradictoire. Ils l'attribuent à une bmille, à une classe , à une seclion , à une espèce même, et lui donnent bien rarement sa signification propre. Tâchons d'être plus exacts. Le mot de genre vient d'engendrer :'or, engendrer, dans un ordre de choses , signifie créer. Le genre est donc un ordre nouveau, qui a des caractères essentiellement distincts des autres ordres dans la même puissance. Le genre , selon nous , se rapporte, d'une part, à une des harmonies principales de la nature, et de l'autre, à un des premiers besoins de l'homme. L'espèce n'est qu'une modification du genre , et se rapporte aux besoins d'un animal. Comme les harmonies générales de la nature sont à la fois posRives et négatives, ou actives et passives, et qu'il en est de même des besoins de l'homme, il en résulte que les genres contrastent deux à deux dans la même puissance , et que les espèces consonnent dans le même genre. On en peut conclure aussi qu'il y a vingt-six genres généraux, puisqu'il y a treize harmonies générales. Les espèces sont donc des consonnances, et les genres des contrastes. De la réunion de ces contrastes deuxàdeuxrésultela plus agréable des harmonies. Par exemple, legenrequi contraste le plus avec celui des graminées est celui des légumineuses. En considérant celui des graminées sous ses rapports principaux avec l'harmonie aérienne, à laquelle il parait appartenu:, nous lui en trouvons de positifs avec elle par ses feuilles en linéaires ou nibans qui échappent aux vents; par ses fleurs peu apparentes , adossées à des épis ; par ses tiges perpendiculaires, creuses, fortifiées de nœuds et élastiques qui se redressent sans cesse, malgré les tempêtes qui les agitent et le poids des quadrupèdes qui les foulait. Le genre des légumineuses, au contraire, a des harmonies négatives avec les vents. Il rampe à terre , ou il s'accroche par des vrilles aux graminées elles-mêmes. Ses feuilles larges sont pour l'ordinaire agiégées au nombre de trois par des espèces de queues souples. Ses tiges brandiues sont pleines de moelle, ses fleurs sont apparentes et papilionacées; mais les parties sexuelles y sont abritées par une carène. Elles sont supportées par des queues recourbées et élastiques comme des ressorts; de manière qu'au moindre vent elles se tournent comme des girouettes , et lui opposent leur calice. Elles sont groupées en forme de grappes , et donnent, dans des capsules qui les abritent , des semences en forme de reins ou arrondies, telles que les haricots et les pois. Le port
TABLEAU DES HARMONIES
des graminées est perpendiculaire , celai des légumineuses est horizonlal ; de manièi-e que les premières passent aisément à iraTcrs les antres, ou les supportent, si ces dernières sont pourvues de mains. Pour nous former une idée de leurs harmonies, commençons par celle des hlés. Les mêmes campagnes qui sont couvertes de moissons le sont aussi de haricols et de pois, qui, par leur feuillage, leur verdure et leurs fleurs, forment avec elles les plus agréables contrastes. L'harmonie de ces deux genres est encore plus sensible dans les cultures des sauvages de l'Amérique septentrionale. Us sèment leur maïs en rond sur de petites mottes de terre, au nombre de neuf grains. Ils y joignent autant de haricots, dont les tiges viennent s'attadier à celles du mais , et forment toutes ensemble un charmant bouquet, par les oppositions de toutes leurs' parties. Nous observerons ici que les haricots entrent, comme alimens, en liarmonie avec les blés chez tous les peuples. Ils forment avec le pam la principale noarriture du nôtre. Les Chinois en tirent une liqueur appelée soui, qu'ils emploient comme assaisonnement dans la plupart de leurs mets. Il semble que le goût des animaux se rapproche en cela de celui des hommes, à en juger par les cultui^ destinées à nos animaux domestiques. Si les prés se cou virent pour eux de graminées, les champs voisins produisent pour eux des vesces , des luzernes , des sainfoins. Celle des prahîes artificielles qui leur plaît le plus est celle qu'on nomme dragée, mélangée de pois et d'avoine ; que dis-je ! nos prés sont semés à la fob par la nature de graminées et de trèfles, et leurs douces harmonies s'étendent jusque dans les clairières de rUe de Tinian , au sein de la vaste mer du Sud. L'amiral Anson s'y crut transporté daiA une ferme de l'Angleterre, à la vue des pâturages semés de ces deux végétaux , on paissaient de magnifiques et nombreux taureaux blancs, et qiâ retentissaient du chant des coqs. Si les Espagnols en avaient transporté les bestiaux, il est certain que les prairies n'avaient été entourées de bois et ensemencées que par la nature. Pour moi , qui n'ai en que ^ et là des aperçus de ses harmonies innombrables, dans des contrées souvent dégradées par la roain de l'homme , j'ai vu à l'Ile-de-France des àgatis, petits arbres à fleurs légumineuses de couleurs lilâs, former par leurs contrastes des bouquets charmans avec les bambous, qui sont les plus grandes des graminées. C'est ainsi que, dans les Alpes, les ébéniers aux fletu^ jaunes forment des berceaux ravissans autour des sapins conifères.
Maintenant, pournous former une idée des genres de la puissance végétale , nous en choisirons les
prototypes ou premiers modèles sous l'éqnateor : nous les rapporterons aux premiers bcâom de l'homme, et nous en déterminerons les gem^, en les rapportant successivement aux tfeize barmouies actives et passives.
Les premières de ces harmonies sont les quatre élémentaires, la solaire, l'aérienne, l'aquatique et la terrestre. Elles se manifestent dans la division générale des végétaux, en arbres, en herbes, en algues ou plantes aquatiques^ et en mousses. Quoique cette division ne soit pas adoptée par les natnralistes, c'est elle qui nous présente la pnisMiioe végétale au premier coup d'œil , et elle est saisie par tous les peuples. Elle s'étend aux deux antres puissances organisées; dans l'animale, aux quadrupèdes, aux oiseaux, aux (loissons et aux insectes ; et dans l'homme , à ses quatre tempéramens, 1(B bilieux, le sanguin, le flegmatique et le miâancolique. Ces quatre harmonies se Correspondent dans les trois puissances organisées. Le wteil, comme nous Talions voir, influe particniièremeot sur les arbres, les quadrupèdes et les tempéramens bilieux; l'air sur les herbes, les oiseanx et les sanguins; l'eau, sur les algneis^ tes poissuns et les flegmatiques ; la terre, sur les mousses qui la tapissent, les insectes innombrables qni s'f creusent des retraites, et les mélancoliques qui y cherchent aussi des asiles. On peut étendre cette division élémentaire au genre humain < n entier, qui, comme un simple individu , nous firésente quatre tempérameiis différens dans ses peuples méridionaux, montagnards ou septentrionaux^ maritimes, et cultivateurs ou terrestres. Enfin, le globe lui - même est divisé en quatre parties firmcipales, dont chacune est en rapport particulier avec un des élémens : l'AMque brûlante, avec le soleil ; l'Europe , toujours mobile et inquiète, avec l'air tempéteux qui l'environne ; l'Amérique flegmatique, arrosée par les pliis grands fleuves, avec les eaux ; l'Asie, grave et mélancolique, avec la terre, dont elle renferme la plus grande étendue dans sa circonférence.
Les peuples de ces quatre parties du monde oitt des caractères analogues aux quatre divisions de la puissance animale. Les noirs de l'Afrique sont ro^ bustes comme les quadrupèdes; les Européens actifs sont devenus les plus liardis des navigateurs, en tirant, comme l'oiseau, parti des vents; les Américains voguent et nagent conune les poissons; les Asiatiques, populeux comme les insectes , labourent la terre avec la même patience , et offrent dans les Indiens et les Chinois les plus habiles des cultivateurs. Mais ne sortons point id des divisions de la puissance végétale.
DE LA NATUIIE.
En commençant par son hannonie sobnre, nous verrons que les ailNTS sont en rapport immédiat avec le soleil, par les cercles concentriques de leurs troncs. Ces cercles sont toujours eu nombre égal à celui des années dont les arbres ont vécu , c'est-Â-dire à celui des révolutions annuelles de l'astre du jour J Ils sont vivaces, c'est-à-dire qu'ils vivent depuis une année jusqu'à plusieurs siècles. Enfin leurs genres sont beaucoup plus nombreux dans Ja zone torride que dans les zones tempérées. J'ai rapporté qnarante-deux échantillons différens de ceux des forêts de l'île de France , qui n'a gqerre plus de douze lieues de diamètre, tandis qu'on n'en compte que seize ou dix-sept genres dans toutes les forêts de la France.
Les genres des herbes, au contraire , sont plus nombreux dans les zones tempérées, et ceux des mousses dans les glaciales. La nature , qui met les fruits rafratchissans , vineux , aromatiques , sur des arbres dans la zone torride, tels que les calebasses, les melons du papayer, les épiceries, les fait croître souvent sur des tiges humbles et rampantes dans nos dimats : tels sont ceux des cucurfoitées , des sarriettes , des thyms, des basilics, et elle en répand les saveurs et les parfums jusque dans les moasses du nord. Les herbes mêmes de nos contrées produisent des espèces qui atteignent à la grandeur des arbres au sein de la zone torride : tels sont le bambou de l'Inde , dans le genre des graminées; la mauve d'Afrique, dans celui des malvacées; et le bananier, dans celui des glaïeuls, n est possible que quelque espèce de mousse parvienne à une grandeur arborescente dans quelques parties de lia zone torride, et qu'on l'y ait confondue avec celles des fougères qui y sont si . communes et si élevées ; mais les mousses n'en appartiennent pas moins aux climats du nord. J'en ai vu des variétés innombrables dans la Finlande, quoique je n'y aie pénétré tout an plus qu'au soixante-deuxième degré de latitude.
Si le soleil donne tant d'activité à la végétation dans la zone torride, et s'il imprime les cercles annuels de son cours dans le tronc de tous les arbres par toute la terre ; la lune , de son côté , parait étendre son influence sur les herbes. J'ai remarqué dans les racines de celles de nos jardins des iXNicbes concentriques en nombre toujours égal à celui des mois lunaires qu'elles avaient mis à croître : c'est ce qu'on peot voir surtout dans celles des carottes, des betteraves, et dans les bull)es des ognons. Peut-être ^it-ce à cause de ces rapports lunaires que les Egyptiens avaient consacré l'ognon à Isis, ou à la lune, qu'Us adoraient sous le nom de cette iléesse. Ce qu'il y a de certain , c'est que
ces racines ont pour Fordinaire sept cercles coocentriques, c'est-à-dire autant qu'ils ont été de mois à croître , depuis le commencement de mars où on les sème , jusqu'à la fin de sepiendire où on les recueille. Dans les pays où la végétation des herbes dure plus de sept mois, je suis porté à croire que leurs racines ont plus de coudies , et que leur nombre égale celui des mois de l'année. C'^ sans doute par cette raison que les ognons de l'Egypte sont remarquables par leur grosseur, ainsi que les racines de toutes les plantes bulbeuses de l'Afrique et des pays torridiens. Ces périodes lunaires sont remarquables aussi dans les noeuds des tiges de la plupart des graminées. Elles sont si sensiUes dans les pousses de toutes les herbes en général, que je crois y trouver un caractère invariable pour les distin^er des arbres proprement dits, quoiqu'elles parviennent quelquefois à leur hauteur dans les pays chauds. Le bambou des Indes pousse un rejeton tous les mois, suivant Rumphius. François Pyrard assure qu'aux Maldives le cocotier produit régulièrement chaque mois une grappe de cocos , de manière qu'il en porte douze à la fois , dont la première commence à poindre , la deuxième sort de son étui , la troisième bourgeonne , la qoatriènae fleurit, la cinquième noue, et la dernière est en maturité. Le latanier ou palmier à éventail, qui croit aussi sur les bords de la mer, donne cbaqne mois une feuille nouveUe. Les palmiers, en effet ^ comme le savent les naturalistes , n'ont point de couches annuelles concentriques. Leur tronc n'est point de vrai bois; ce n'est qu'une colonne de fibres, dont le milieu ne renlerme qn'une espèce de moelle. A la différence de celui des arbres proprement dits, il sort de terre avec toute la grosseur qu'il doit avoir ; ils n'ont de plus qu'un cotylédon, et ce caractère leur est commun avec les seules graminées. Les palmiers ne sont donc que de grandes herbes , en rapport comme elles par leurs poudres avec le cours de la lune ; tandis que les arbres , même les plus petits, le sont avec celui du soleil , comme on le voit à leurs cercles annuels.. On doit ranger aussi parmi les végétaux soumis immédiatement aux influences de l'astre des nuits les mousses , dont la plupart ne végètent , ne fleurissent et ne grènent qu'en hiver, lorsque la lime est dans notre hémisphère. Pentpêtre en est-il de même des algues. Les naturalistes , qui attribuent un si grand empire à la lune sur l'Océan , ne peuvent lui refuser quelque action sur les végétaux, et même sur les poissons qu'il nourrit. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'elle agit sensiblement sur les quatre ordres de la puissance animale , et même sur l'humaine. Les quadrupèdes entrent en amour
es
TABLEAU DES HARMONIES
et mettent bfts lears petits à certaines périodes lunaires ; il en est de même des pontes des oiseaux , dont les 08, de plus, se renonvellent jiériodiquement , comme le prouvent les couches intermittentes de rouge et de blanc de ceux des poulets qui mangent par intervalles de la garance. Des couches semblables se trouvent en rapport avec les mois lunaires dans plusieurs coquillages , entre autres dans récaille de Thuitre : de manière que leur nombre marque celui des mois qu'elle a vécu. Ces mêmes rapports lunaires existent dans les grnéralioiis des insectes , et enfin dans les mois des fUles nubiles; mais nous en parlerons plus au long aux puissances animale et humaine.
Quoique les arbres soient en harmonie immédiate avec le soleil par les anneaux concentriques de leurs troncs , ils le sont aussi avec la lune par les feuillets de leur écorce et par ceux de leurs fruits. J'ai remarqué sept de ces feuillets dans Técoree du bouleau , et même je crois les avoir entrevus dans ehaeun des cercles amiuels des arbres. Je croîs aussi les avoir distingués dans quelcpies fniits , surtout dans la pomme de reinette. Ils apparaissent lorsqu'on ouvre ce fruit obliquement, et plutôt quajid on le mord que quand on le coupe. Vottà donc de nouveaux rapports lunaires dans les arbres mêmes ; car on sait que le temps de leur végétation et de la maturité de leurs fruits ne dure que sept mois dans nos climats.
Non-seulement tous les végétaux ont des harmonies soli-lunaires dans leurs racines, leurs tiges, leurs éoorces et l'hitérieur de leurs fruits, mais ils en ont d'apparentes dans leurs pétales on les feuilles de leurs fleurs. Ce sont ces pétales qui, comme des miroirs, réfléchissent les rayons du soleil et ceux de la lune sur les parties sexuelles de la fleur. Nous remarquerons d'abord que le plan de la plupart des fleurs est circulaire , et que leurs parties sexuelles sont au centre. Quelquefois leur disque est relevé en hémîsplière; et quand il est entouré de pétales plans et divergens, comme dans les radiées, il ne représente pas mal la forme d'un astre. Cette configuration sidérale est si marquée dans quelques espèces, que les botanistes les ont classées sous le nom d'aster ; mais elle est répandue dans la plupart des fleurs apparentes , qui toutes, comme nous l'avons dit, affectent dans leurs plans la forme circulaire , quoique leurs tiges et leurs feuilles en aient de très-différentes. Il ne faut pas douter que celte forme ne soit la plus favorable pour réverbérer les rayons du soleil vers un centre commun , et que la même mahi qni a façonné en lunes, en anneaux, et en d'autres coilrbes qui nous sont inconnues, les réverbères
des planètes pour réfléchir sur elles les rayons du soleil , n'ait varié pour une fin semblable les pétales des fleurs. Il est certain que c'est à cette réverbération que les fleurs doivent l'cdat ()ni les Élit paraître en quelque sorte lumineuses. Pour moi , quand je vois celles qni émaillent une prairie, et dont les formes et les couleurs sont si variées, je suis tenté de croire qu'elles ont quelque ressemblance avec les astres qui nous sont inconnus. Pourquoi la natnre n'auiioit-elle pas mis sur la terre, dans des fleurs, les imagies des objets qu'elle a placés en réalité dans les deux, puisqu'elle a mis dans l'homme, aussi passager qu'elles, le sentiment de r intelligence qui gouverne runiver^
Mais combien de vérités ne I6ule-t-il pas aux pieds comme les fleurs ! Il a marché sur celles-ci, depuis un grand nombre de siècles , sans les connaître. Pres(]ue tous les cultivateurs ignorent encore qu'elles ont des sexes. Que dis-je ? lorsque le botaniste Vaillant en introduisit la théorie dans l'école du Jardin des Plantes, le célèbre Tournefort l'obligea de la supprimer, et ne voulut jamais la reconnaître , sans doute parce que le premier il n'en avait pa fait la découverte. Les botanistes modernes rejettent , peut-être par les mêmes raisons, les harmonies des pétales avec le soleil, dont j'ai apporté tant de preuves dans mesÉfndês de la JVaiure, Ils les reconnaissent toutefois comme les caractères les plus apparens des fleurs, qnlls classent en monopétales, en polypétales , et cellesci en radiées , en liliacées , en rosacées , en papilionacées, etc. , mais sans intention et sans but. Cependant tout leur démontre que la nature n'a rien fait en vain.
Pour éviter l'obscurité de leurs systèmes , nons nous guiderons sur le flambeau du jour. Les pétales des fleurs sont disposés en épis perpendiculaires, tels que celui du blé; en radiées on miroirs plans, comme dans la marguerite; en portions spliériques, comme dans la rose; en elliptiques, comme dans le lis, ou paraboliques, comme dans la capucine : ce sont là leurs formes principales. D'autres , en grand nombre , appartiennent à des courbes inconnues et non encore calculées; mais toutes sont engendrées de la splière. Il est remarquable que lorsque les pétales sont radiés et en miroirs plans , le disque de la fleur est en hémisplière pour recevoir leurs réverbéi^ations : tels sont ceux de la marguerite et de la camomille. Ils se renversent ou tombent quand la fécondation est achevée. Ce disque est un peu concave dans le tournesol ; aussi arrïve-t-il souvent que les fleurons de son centre avortent et ne donnent point de graine. Sa concavité vient peut-être du cliange*
DE LA NATURE
ment de dimaty car cette plante est originaire de rAniériqiie. Les réverbères des rosacées ont on foyer commun , les liliacées en ont deux , les paraboliques renvoient les rayons parallèlement , conmie la vigne. Il y a des fleurs en grappes , en ombellifères , telles que celles de la carotte; en hémisphères^ encercles et en demi-cercles, comme celles de plusieurs sortes de trèfles; en rayons divergens , telles que celles des choux et de la plupart des cruciées. Si les fleurs ont des rapports positib avec le soleil , elles en ont aussi de négatif, n y en a de labiées , qui ne montrent que l'extrémité de leurs anthères; et de papilionacées, qui les cachent au moyen d'une cai-ène; d'autres même ne fleurissent que la nuit : telle est celle du jalap du Pérou , ou belle-de-nuil ; celle de l'arbre triste de l'Inde , qui s'ouvre dans les ténèbres et tombe au point du jour; du convolvulus nocturne, également originaire de l'Inde. D'autres fleurissent renversées et à l'ombre de leurs feuilles, telles que cdles de l'impériale et de beaucoup de fleurs torridiennes. Linnée avait déjà entrevu les rapports des pétales avec la présence et l'absence du soleil. Il avait observé que pliisieui's d'entre elles s'ouvraient et se fermaient à différentes heures du jour , telles que celles du pissenlit, de la chicorée sauvage , et que la plupart se fermaient à l'entrée de la nuit : il en avait formé une horloge botanique. Il n'avait qu'un pas de plus à faire pour voir que leurs pétales étaient de véritables réverbères eu harmonie avec le soleil, et dont la durée était eu raison inverse de leur action sur leurs parties sexuelles. Les rosacées qui sont celles qui ont le plus d'activité , parce qu'eUes renvoient tous les rayons solaires vers un centre commun, sont aussi celles qui durent le moins. La rose ne dure qu'un jour, et sert souvent d'image aux philosophes pour exprimer la rapidité de nos plaisirs et de notre existence.
On voit donc qu'on peut diviser la puissance végétale, par rapport au soleil , en végétaux des zones torrides, tempérées et glaciales, d'été et d'hiver, de jour et de nuit. Il en résulte un grand nombre de genres positifs et négatifs, dans les aiiires, les herbes, les algues et les mousses.
J'ai déjà montré quelques-uns des rapports que le bananier avait avec tous les besoins et les divers tempéramens de l'homme. Ces rapports semblent se multiplier sous les yeux de l'observateur ; et ce végétal offre un exemple si merveilleux de la prévoyance de la nature , qu'il serait inutile d'en présenter un autre. Sa tige peut avoir neuf à dix pieds d'élévation; elle est formée d'un paquet de feuilles tournées en cornets, qui sortent les unes
des autres, et, en s'étendant au sommet du bananier, y forment un magniOque parasol. Ces feuilles, d'un beau vert satiné, ont environ un pied de large et six pieds de long ; elles s'abaissent par leurs extrémités , et forment par leurs courbures un berceau charmant , impénétrable au soleil et à la pluie. Comme elles sont fort souples dans leur fraîcheur , les Indiens en font toutes sortes de vases pour mettre de l'eau et des alimens; ils en couvrent leurs cases, et ils tirent un paquet de fil de la tige, en la faisant sécher. Une seule de ces feuilles donne à un homme une ample ceinture ; mais deux peuvent le couvrir de la tête aux pieds, par devant et par derrière. Un jour que je me promenais à l'Ile de France , près de la mer , parmi des rochers marqués de caractères rouges et noirs , je vis deux n^res tenant à la main , l'un une pioche , Fautre une bêche , qui portaient sur leurs épaules un bambou auquel était attaché un long paquet enveloppé de deux feuilles de bananier. Je ciiis d'abord que c'était un grand poisson qu'ils venaient de pêcher; mais c'était le corps d'un de leurs infortunés compagnons d'esclavage, auquel ils aUaient rendre les derniers devoirs dans ces lieux écartés. Ainsi le bananier seul donne à l'homme de quoi le nourrir, le loger, le meid)ler, l'habiller et l'ensevelir.
Ce n'est pas tout. Cette belle plante, qui ne produit son fruit dans nos serres qu'au bout de trois ans , comme je l'ai vu dans celles du Jardin des Plantes de Paris , le donne sous la ligne ôans le cours d'un an, après lequel la tige qui l'a porté se flétrit; mais elle e^ entourée d'une douzaine de rejetons de diverses grandeurs, qui en portent successivement : de sorte qu'il y en a en tout temps, et qu'il en parait un nouveau tous les mois, comme les grappes lunaires du cocotier. Je parle ici des bananiers qui criassent sous la ligne et sur le bord des ruisseaux , leur élément naturel. Il y a plus , il y a une multitude d'espèces de bananiers de différentes grandeurs, depuis celle d'un enfant jusqu'au double de celle d'un homme; et de bananes , depuis la longueur du pouce jusqu'à celle du bras ; de sorte qu'il y en a pour tous les âges. J'ai vu à r Ile-de-France des bananiers nains , et d'autres gigantesc^ues, originaires de Madagascar, dont les fruits longs et courbés s'appellent cornes de bœuf. Un homme peut les cueiUir aisément en grimpant le long de leur tige, où les queues de ses anciennes feuilles forment des saillies, ou en faisant monter sa femme sur ses épaules. Une seule de leurs bananes peut le nourrir un repas , et une de leurs pâtes tout un jour. Il y a des bananes de saveurs ti"ès-variées. Quoique je n'en aie mangé
TABLEAU DES HARMONIES
qu^à rne-de-France y qni y comme od sait, est à rextrémilé de la zone torride australe, j*y en ai goûté de l'espèce naine, qui avaient de plus que les autres un goût très-agréable de safvan. L'espèce commune, appelée figue banane, est onctueuse, sucrée, farineuse, et offre une saveur mélangée de celles de la poire de bon-cbrétien et de la pomme de reinette. Elle est de la consistance du beuire frais en hiver, de sorte qu'il n'est pas besoin de dents pour y mordre , et qu'elle convient également aux enfants du premier âge et aux vieillards édentés. Elle ne porte point de semences apparentes ni de placenta : comme si la nature avait voulu en ôter tout ce qui pouvait apporter le plus léger obstacle à l'aliment de l'homme. C'est de toutes les fructifications la seule que je connaisse qui jouisse de cette prérogative. Elle en a encore quelques-imes non moins rares, c'est que quoiqu'elle ne soit revêtue que d'une peau , elle n'est jamais attaquée avant sa maturité parfaite par les insectes et par les oiseaux, et qu'en cueillant son régime un peu auparavant , il mûrit parfsiitemenl dans la maison^ et se coiiser>'e un mois dans toute Sa bonté.
Les espèces de bananes sont très- variées en saveurs. Elles sont d'autant meilleures qu'elles croissent plus près de l'équateur, sous l'influence directe du soleil. Il y en a de délicieuses aux Moluques, dont les unes sont aromatisées d'ambre et de cannelle , d'autres de fleurs d'orange.' On trouve des bananiers dans tonte la zone torride, en Afrique , en Asie et dans les deux Amériques , dans les îles de leurs mers, et jusque dans les plus reculées de la mer du Sud. Le rima , qui porte le fruit à pain dans l'Ile de Talti , ne lui est pas comparable , quoique quelques philosophes modernes nous présentent cet arbre comme nouvellement découvert , et conmie le don le pins précieux qne la nature ait fiait aux hommes. Il y a long-temps qu'il croM aux Moluques , et que d'anciens voyageiuis en ont parlé. D'ailleurs , ses usages relativement à l'homme sont bien plus circonscrits. Il ne lui fournit ni logement, ni véteroens, ni meubles. II lui fliut d'abord six ou sept ans pour produire ses fruits, qu'il ne donne ensuite que huit mois chaque année. Et s'il a présenté l^pren&ièr modèle du pain dans sa pâte, qui, cuite au four , se change en mie et en croûte , le bananier donne la sienne toute assaisonnée de beurre, de sucre et d'aromates. Le rima porte des petits pains, et le banàdier de la pâtisserie.
C'est donc avec raison que le voyageur Dampier, qui a fait le tour du monde avec tant d'Intelligence, appelle le bananier le roi des végétaux , à Pexclu-
sion du cocotier, que les marins honorenl de ée titre , parce qu'ils ne jugent que de ce qui est à leur portée. Il observe qu'une infinité de fiimîlles, entre les deux tropiques, ne vivent que- de bananes. Cet utile et agréable végétal a tant de rapports avec les premiers besoins de l'bonune dans l'état d'innocence et d'inexpérience , qne j*ai d^ fait remarquer <iu'on l'appelle aux Indes le ligater d'Adam. Les Portugais superstitieux qui y abordèrent les premiers crarent apercevoir , en coupant son fruit transversalement , le signe de la rédemption dans nne croix que je n'y ai janurfs vue. A la vérité, cette plante présente, dans ses feuiHes larges et longues, les ceintures du premier homme, et figtu*e assez bien, dans son r^me hériasé de fruits, et teiminé par un gros cûne violet qui renferme les corolles de ses CJ^urs, le corps et la tête du serpent qui le tenta. Les bramines, an moyen de ses fruits sahibrcs et de son délicieux ombrage, vivent au delà d'un siècle. Elle croit non-seolement dans toute la zone torride, mais pins de six degrés au deliors. Les Arabes lui donnent le nom de musa , que nos naturalistes ont adopté; et oomme ces peuples ont répandu en Europe les premiers éléniens des sciences et des arts après les Romains, je suis tenté de croire que la déclinaison du nom de musa, qui commence le rudiment très-rude de nos enfans , a dû signifier , non une muse dont ils ne peuvent avoir l'idée, mais le bananier, dont les fruits leur seraient si agréables. Pour moi , en le considérant pour la première (bis avec tontes ses convenances, je me dis : Voilà le vrai végétal de l'homme.
La nature ne s'est pas boméeà enrichir nne seule plante de tout ce qui pouvait convenir à nos besoins dans la zone torride. En réunissant dans un seul fruit le beurre , le sucre, le vin, la fhrine, die a voulu nous engager à en faire nous-mêmes les combinaisons , en mettant ces substances séparées et pures dans des végétaux d'un autre genre. Elle a créé pour cet effet le palmier, avec ses espèces isi diverses en productions. Le bananier , que je regarde comme du genre des glaïeuls , ne rénssit bien qu'au fond des vallées, sur le bord des rafsseaux , à Fabri des grands vents , qui déchirent eu lanières transversales ses tendres feuiOes. Le palmier, ^VL contraire, avec ses feuilles lignées, ôtMt dans les lieux les plus exposés aux tempêtes , depuis le sommet des montagnes jusque snr le bord desmers. Lebananiern'a que des variétés qni, par la ressemblance de leurs fruits, ne conviennent qu'aux besoins d'ime seule fkmille. Le palmier a des espèces qui, parla diversité de leurs productions, peuvent satisfoire à tous ceux d'une tribu.
DE LA NATURE
Il est TTii qQ*en considérant le banaaier oomme une «pèce de gbleol , on peut y joindre » dans le même cUmal, les baliaiers, qai portent différentes sortes de grains , et dont les feuilles larges y tournées en cornets , sont engagées les unes dans les antres ; mais ils ne se développent point en parasol y et Ils ne présentent point à Thomme des rapports immédiats avec ses besoins.
Tons les végétaux que je viens de nommer, sans en excepter les palmiers y malgré la magnificence «le leur port y paraissent du genre des graminées , parce que leur semence , ou première pousse , n'a qu*un cotylédon; que leurs feuilles sont renfermées les ânes dans les autres, et n'éprouvenf, en croissant, qn'un simple développement ; d*oà il résulte que leur tige, à sa naissance, a le même diamètre à sa base que lorsqu'elle a atteint toute sa hauteur. lyaillenrs elle est sans écorce, et ne contient point de Yérltable bois. Les troncs des pabniers ne sont qoe des paquets de fibres sans cercles concentriques , et dont le centre est plus tendre que la circoofi^ienee. Cest tout le contraire dans les arbres proprement dits. Leurs troncs augmentent de diamètre chaque année, et leurs accroissemens y sont marqués intérieurement par des cercles ; iLs sont revétns d'écoroe ; l'aubier de leur bois est à leor circonférence, et la partie la plus dure au contre. Les palmiers ne paraissent donc être que de grandes plantes du genre des graminées, et sonnrises comme elles aux influences de la lune dans la pousse de leurs feuilles et de leurs fruits. Mais, si les arbres portent an dedans des anneaux en rapport avec les périodes annuelles du soleil , les palmiers en montrent de semblables au dehors. Les premiers se composent, chaque araufe, de colonnes concentriques ; les seconds , de tambours poaés les nos sur les autres. Les arbres cachent les datea de lenr âge, les palmiers les mettent en évidence. Chaque mois lunaire ceux-ci poussent une Eenille, comme le latanier, ou un régime de fruits, comme le cocotier, et leur tête entière s'élève d'un cran. Lorsque les nouvelles palmes se développent, les inlërieures, qui sont les plus anciennes, tombent, et laissent sur le tronc des espèces de hoches raboteuses et annulaires , qui servent à la fbis de marques dironologiques, et de degrés pour monter à son sommet. Le palmier est par excellence le végétal du soleil ; c'est un gnomon qui marque les heures par son ombre, les mois lunaires par ses feuilles nouvelles , les années par les vieux cercles de sa tige. Ses espèces, dont les botanistes connaissent au moins quatre-vingts, qui ont chacune plusieurs variétés très-distinctes, sont répandues autour du globe dans toute la zone torride, et même Œuvres posthumes.
quelques-unes plus de six d^rés au-delà. Il y en a sans doute encore beaucoup d'inconnues. Enfin il n'est aucun végétal qui manifeste autant que lui les harmonies soli-lunaires.
Celles qu'il a avec l'homme ne sont pas moins nombreuses et remarquables. La circonférence des plus gros n'a pas plus d'amplitude que celle de ses l)ras. Lorsqu'il veut y grimper, il se fkit, avec une des palmes tombées, une ceinture dont il s'entoure avec le tronc, et, en s'aidant des pieds et des mains, au moyen des anneaux qui lui servent d'appui , il s'élève jusqu'au sommet pour en tirer du vin , ou pour en cueillir les fruits. C'est ainsi qu'à l'Ile de France j'ai vu les noirs monter au sommet des cocotiers avec la plus gi*ande focilité.
Il y a un grand nombre de ra^^rts très-marqués entre les fruits du |Hilmier et plusieurs parties du corps humam. Le coco simple , dépouillé de son Caire , offre , avec ses trois trous , une parfoiie ressemblance avec une tète de nègre» 4Celui des Maldives, qui est double, a une 4taiiMMancc -encore plus frappante avec les partiM antérieure et postérieure du corps d'une négresse à sa bifurcation. Comme les cocotiers sont assez connus, je chercherai quelques-uns de ces rapports humains dans le dattier. Ce magnifique végétal réunit en lui la plupart des avantages des autres palmiers, dont son espèce semble le prototype $ il porte dans ses fruits un aliment délicieux , et qui exhale les plus doux parfums. Sa tige toujours droite, eu contraste avec celle du cocotier souvent courbée par les vents, s'élève au moins à quarante |>iecls de hauteur. Son sommet, ou chapiteau, a environ six pieds, et est revêtu de longues branches fouillées, appelées palmes : eUes ont plus de quinze pieds de long. Les feuilles qui les garnissent sont placées obliquement et alternativement , à peu près comme les barbes d'une plume. Elles ont une coudée de longueur et deux pouces de largeur ; eUes sont pointues, Ugneuses, et ressemblent à la lame^d'un poignai-d, ou à la feuille d'un roseau. Les palmes qui les portent sont pour l'ordinaire au nombre de cent vingt, dont quatrevingts sont inclinées et horizontales, et quarante perpendiculaires : de manière quelles forment, au sommet du palm'er , une tête circulaire par son plan et conique par son élévation. Des aisselles des palmes supérieures naissent de grosses enveloppes ou gaines, appelées élatés, au nombre de huit ou neuf, très-fermes au dehors, et très-polies au dedans. Ces élatés s'entr'ouvrent , et il sort de chacun d'eux une grappe, ou régime de flein^ qui se changent en fruits lorsqu'elles ont été fécondées par les fleurs du (lalmier mâle. Ces fruits, appelée
TABLEAU DES HARMONIES
dalles, .sont de la forme de la boiiclie, di!^postHî deux à <1ei]x sur des coitloiis en zigzag; cliaqiie grappe en porte près de deux cents, qui sont verts dans leur croissance , et dorés dans leur malunt(>. Ils sont d'un goût délicieux dans leur fraîcheur, et ils se coiiservenl un an dans leur sécheresse ; mais (|noique très-nourrissans alors et pectoraux , leur goût diffère autant des premiers , que le goût des ligues sèches diffère de celui des figues fraidies. Toutes ces grappes, de la grandeur d'un homme, chargées de leurs beaux fniils couleur d*or , pendent comme des lustres autour de la cime du palmier , surmontées de ses belles palmes verdoyantes, qui forment au-dessus d'elles un dais niagnifique. Enfin la nature prévoyante a fortifié les bases des f&uilles et des grappes du palmier, souvent agité des vents, par trois ou quatre espèces d'envelo|ipe$ à réseaux , fortes comme des brins de clianvre, et semblables à de grosses étoupes jaunes. Souvent des tourterelles font leurs nids dans les replis de ces envelop[ies , comme dans ceux d'une ilraperic.
Je ne m'arrêterai pas Ici aux productions du palmier , qui servent aux besoins journaliers d'une midlitude de peuples. Les Arabes et les Indiens s'alimentent de ses fruits , emploient ses durs noyaux, après les avoir fait bouillir, à la nourriture de leurs cliameaux; font des vases avec ses élatés, des toiles avec sa bourre , la diarpente de leurs maison avec son tronc , et leurs toits avec ses feuilles. On peut lire les détails de ses usages , et de ceux dii cocotier, dans les voyageurs,, entre autres dans Fi-ançois Pyrard , qui n'a rien omis sur le lialmier maritime; mais je parierai des proportions du datiier , dont personne n'a rien dit, que je saclie. Si le cocotier a servi de modèle à l'architecture navale , par la forme carénée de ses fruits, le dattier en a servi à son tour à l'arcliitecture terrestre.
J'observerai d'abord que la largeur de la tèle du dattier est égale à la hauteur de ^ tige sous les feuilles. La diose est évidente, car si vous prenez la largeur de sa tête de l'extrémité d'une des palmes horizontales à celle qui lui est diamétralement opposée , vous aurez seize pieds |)our cliacune d'elles, et deux pieds pour l'épaisseur du tronc qui les porte ; ce qui fait en tout un diamètre de trenle-4{uatre pieds, égal à la hauteur de la tige sous les feuilles. Le couroimement de cette tige , formé par les palmes, a en élévation la moitié de son diamètre, c'est-à-dire environ dix-sept pieds ; car les palmes eh ont seize, et le cliapiteau qui les porte en a six ; ce qui fera vingt-deux. Mais comme les palmes y sont rangées par étages , les
inférieures , qui ont tout leur développement, ont seules seize pieds; tandis que celles du somBiel, (fui ne font que de se développer, eu ont luul au plus onze, qui, avec les six du diapileau qu'elles terminent , font , en tout , dix-sept pieds d'élévation. Cette proportion est à peu près la même dans le bananier, dont les feuilles, de six pieds de longueur , couix>mient une lige de douze pieds de hauteur. Mais , comme elles parient du même centre ) elles ont un peu moins d'élévation à lenr sommet.
Ils ont , l'un et Tautre, une hauteur qui est one fois et <Iemie leur largeur.
J'ai remarque que cette proportion du palmier était la plus agréable de toutes, soit dans les berceaux et les avenues formés par des arbres , soil dans les salons. Elle produit^ par son élévation, le sentiment de l'infini. C'est celle qu'alTectait l'architecture gothique de nos temples , dont les voûtes élevées , supportées par des colonnes sveltes, présentaient , comme la cime des palmiers ^ une perspective aérienne et céleste qui nous remplit d'un sentiment rdigieux. L'architecture grecque, au contraire, malgré la régularité de ses ordres et la beauté de ses colonnes, offre souvent dans ses voiries un aspect Imird et terrestre, parce qu'elles ne sont pas assez élevées par rapport à leur largeur.
Enfin, les proportions du pabiiier se retrouvent dans l'homme môme , qui réiuiit en lui les plus belles de la natui-e; car ses liras étendus ont une longueur égale à sa hauteur , et sa tête ombragée d'une chevelure flottante imite en quelque sorte la cime ondoyante de ce bel arbre.
Si le palmier, dans son ensemble, -présente la plus belle des proportions pour l'élévation et la largeur des voûtes , il offre également dans sa tige le plus beau modèle des colonnes qui doivent les supporter. Les Grecs , qui ont voulu s'approprier l'invention de tous les arts libéraux , ont prétendu qu'ils avaient imaginé les ordres toscan , doriqne , ionique et corintiden ; qu'ils avaient pris les proportions de la colonne ionique et des volutes de son chapiteau d'après la taille et la coiffure d'une fille ionienne, et le chapiteau corinthien, d'après une plante d'acanUie sur laquelle on avait posé par hasard un panier. Mais , bien long-temps avant eux , la nature en avait offert les divers modèles , dans le palmier-dattier, aux peuples de l'Asie, comme on le voit encore dans les ndnes de Persépolis à Chelmina , dont les colonnes ont des diapiteaux à feuilles de palmier. Quant aux volutes et proportions de la colonne ionique, il est certain qu'elles n'ont auam rapport à la coiffure d'ime
DE LA NATURE
fille , ni à sa taUle , qui n'a jamais été tout cFane Ternie.
Je ne rejette point les harmonies des végétaux avec rbcMnme, et celles de l'homme avec les végftiiax : an contraire , j'en recueille autant que je puis; je sois même persuadé qu'il en existe un irès-grand nombre que je ne connais pas; mais je n'en veux admettre aucune qui soit douteuse. Il est possible qu'en comparant la hauteur d'une jeune fille avec la largeur de son visage , on trouve qne dans renfonce elle ait sept fois ce diamètre, hmt fois dans l'adolescence , neuf fois dans la jeunesw et dit fois l'âge mûr. Il est possible e«icore qu'on ait repporté ces proportions à celles des diflerens ordres; car ^ comme on sait, c'est le rapport de la hauteur de la colonne à sa largeur qui les constitue. Mais 11 est sans vraisemblance que (les Grecs , nés au sein de la liberté et du goût , aient donné à une pontre verticale destinée à porter des brdcanx , les proportions d'une jeune illle; qa'ilsaient cm imiter sa taiDe en formant un cylindre, les plis de ses vélemens par des cannelures, et les contours de sa coiffure par des volutes. Il est é\iilent , au contraire , que la tige du pahnier a donné le premier modèle de la colonne, par son attitude perpendiculaire et Fégalité de ses diamètre^ celui des tambours cylindriques, dans l'ordre toscan rustique , par ses anneaux circulaires et annuels; des cannelures du fût, par les crevasses vertieiles de son écorce , qui portent à sa racine l'eau des pkiies qui tombent sur ses feuilles; des volutes dn chapàeau ionique , par les premières splières <1e ses élatés ; dn chapiteau corinthien , par le feuillage dé ses palmes; des proportions des divers ordres, par la hauteur de son tronc à différens âges; enfin , de l'accouplement même des colonnes, par la manière dont les palmiers se grouppent natarellement.
La tige du dattier d'abord semble faite pour porter un grand ferdeau, à cause de sa torge dme, sinon pesante par elle-même, qui le devient au moins par les secousses des vents auxquelles elle est exposée. Elle ne se plaît que le long des ruisseaux , dans les déserts orageux de l'Arabie , oà les vents élèvent des tempêtes de sable qui ensevelissent quelquefois des caravanes entières. Il en est de même des autres espèces de palmiers , qui aiment tous les climats exposés au vent : tels qne le corotier qui croit sur les écueils de la mer, le latanier snr ses rivages, et le palmiste au sommet des montagnes^ C'est sans doute par cette raison que les tiges de toutes ces espèces, si différentes en productions, sont composées d'un paquet de fibres plus Ibrtes à leur extérieur qne dans
leur intéiieur, et que les feuilles dont elles sont couronnées, sont, non- seulement ligneuses , mais élastiques ei filamenteuses comme des cordes. Le dattier, ainsi que les autres espèces de palmiers , a, dès sa naissance, un diamètre qui ne change point , à quelque liauteur que sa tige s'élève; tandis que celui des troncsdes arbres croltavec eux.Ce diamètre, invariable dans le dattier, adoncdéjà un rapport très-marqué avec le diamètre ou module de la colonne, qui ne varie jamais, et qui sert à fixer les proportions de sa hauteur. La colonne a sept fois son diamètre dans l'ordre toscan , huit dans le dorique, neuf dans l'ionique , dix dans le corinthien. Ce sont , je le répète , les seuls rapports de sa hauteur à sa largeur qui constituent les différens ordres. C'est par cette raison que les habiles architectes les réduisent à quatre , et rejettent le composite , parce que ses proportions sont les mêmes que celles du corinthien. Quant à ce nombre ih quatre , auxquel ils fixent leurs ordres , ils disent que la colonne parait trop grosse au-dessous de sept modules , et trop menue au-dessus de dix ; mais ils n'en donnent pas la raison. Pour moi , je sens bien comme eux, par rapport aux colonnes isolées ; mais , comme je suis persuadé que la raison de nos sentimens est toujours dans la nature , je crois avoir indiqué celle des différentes proportions de la hauteur de la colonne à sa largeur dans les quatre ordres, en les rapportant à celles de la hauteur de l'homme à la largeur de sa tête dans les quatre périodes de son accroissement.
An reste , nous les trouverons bien marquées dans les développemens même du dattier. En le supposant filante de semence dans le terrain et le climat qui lui sont le plus favorables, il n'a guère moins de deux pieds de diamètre à sa naissance au sortir de la terre. Il est d'abord près de sept ans à se former dans le sein de sa mère, et à acquérir deux à trois pieds de hauteur. Son tronc alors parait à peme; et ne porte guère qu'une grosse touffe ; mais il croit ensuite avec plus de rapidité. A huit ans il sort, pour ainsi dire, de l'enfiuioe : il peut avoir six pieds de haut , ou la hauteur d'un homme. Il prend successivement huit pieds à neuf ans , dix pieds à dix ans , douze pieds à onze ans , quatorze pieds à douze» seize pieds à treize, dixhuit pieds à quatorze , époque à laquelle il laisse paraître ses premiers régimes , et où une jeune fille commence à être nubile; vingt pieds à quinze ans , âge on il porte des fruits fécondés par le dattier mâle , et où une jeune fille a acqois ses plus belles proportions et est propre an mariage. Homère a bien senti ces convenances virginales et conjugales, lorsqu'il bit dire par Ulysse à la prin-
TABLEAU DES HARMONIES
cesse Naasicaa qu'il aperçoit an boni de la mor : ft L'endianlement que j'éprouve à voire aspect n'es! comparable qu'à celui que je ressentis en voyant, à Délos , ce jeune et magnifique palmier qui s'était élevé tout à coup aupW^ de l'autel d'Apollon. »
C'est à l'âge où le palmier se trouve dans la fleur de sa jeunesse qu'il offre le plus beau noodèle de la colonne. Alors ses belles palmes, toujours vertes, prennent cliacpie jour de l'accroissement ; et s'élevant vers les cieux , malgré les tempêtes , elles deviennent les symboles de la gloire et de l'immortalité. C'est à cette élévation que les tourterelles, rassurées, viennent déposer leurs nids dans ses draperies , et que les architectes corintliiens fixèrent les hauteurs des colonnes dont ils décorèrent les temples des dieux et de la déesse des amours.
Des Italiens , en voyant une vigne chargée de pampres et de raisiiis, fonuer d'agréaMes spirales autour du tronc nu du palmier, crurent imiter ses grâces en tordant la a)lonne elle-même; mais ils ne produisirent qu'un monstre sur le premier des autels de Rome : on corrompit la nature en s'écartant de ses lois.
Le dattier continue d'élever sa tige, dans sa simplicité majestueuse , jusqu'au-delà de quarante pieds. Celte proportion svelte présente dans ses accouplemens de nouvelles beautés à l'architectui*e gothique. Perrault en avait entrevu les efTets, lorsqu'en accouplant deux à deux les colonnes du péristyle du Louvre , il leur donna un demi-module de plus. Il sentit que diaque couple ne faisant, pour ainsi dire, qu'un seul corps, il fallait ajouter à sa hauteur une partie de ce qu'il acquérait en largeur.
Quant à l'ordre le plus agréable dans lequel on doit grouper les colonnes , il est le même que celui dans lequel les dattiers croissent naturellement. En effet , les palmiers ont beaucoup d'agrément lorsqu'ils forment une longue perspective sur les bords d'un ruisseau sinueux comme leur régime , rangés deux à deux, l'un rentrant , l'autre saillant : il semble alors qu'on en voie une forêt. C'est le même point de vue que présente une double colonnade circulaire ou un péristyle dans sa longueur. Cette série d'acoouplemens fraternels est un des grands charmes de celui du Louvre. Il a encore quelques rapports qui ajoutent à sa beauté : nous en parierons aux harmonies fraternelles et conjugales.
Si le dattier donne à l'iiomme en société des fruits sucrés ,. onctueux et farineux , réunis à toutes les commodités et à la magnificence de Tameulilement et dn logement , les autres espèces de pal-
miers les lui présentent en détail. Dans lonin les parties de la zone torride, le cocotier, qui croit sur tous les rivages de cette zone, renferme du lait et de l'huile dans ses groi; ooo«; el le palmiste , liabitarit des montagnes, nn choa exceUnt dans son somnia. Le latanier lui présente do éventails sur ses rodiers marins. Il a cela de particulier en Afrique, dont le dattier parait originaire , qu'il donne aux noirs du vin, da vinaigre et du sucre dans sa sève. Dans les lies de l'Asie, le sagou contient dans son tronc épais une forine abondante, et l'arec un aromate dans ses noix. En Amérique, le pahnier marécageux de l'Orénoqne, pendant les débordemens périodiques^ œ grand fleuve , offre à ses habitans des fruits suceulenB et des asiles dans son feuillage. Tons ensemble fournissent à des tribus entières des subsistances, des vêlemens, des toits, des meubles , des oolils de toutes les sortes , des tablettes pour éerire , des câbles , des voiles , des mâts , des bateaux ponr voguer d'Ile en lie. Il y a plus de soixante-dix «pièces connues de palmiers , mais un grand nombre ne le sont pas. Quoique tontes ensemble elles ne forment , par des caractères qui lenr sont communs , qu'un genre primitif qui appartient à b zone torride , elles diffèrent tellement par lenrs fleurs et lenrs fruits, qu'on peut les regarder comme des genres secondaires , tiarmoniés, d'une part , avec les différens besoins de l'homme en aodété dans les divers sites torridiens, et, de Fantre , répartis par leurs variétés aux diverses Iribns d'anhnaux qui y sont répoMlnes. En effet , il y a des palmiers que j'appellerai solaires, paroe qn'îls croissent sous l'influence la plus active dn si^eil , au sdn des sables brûlans de l'Afrique, tels qat les dattiers. Il y a des palmiers de montagnes , et en quelque sorte aériens par la longueur de lem^ flèches qui s'élèvent bien au-dessus des forêts , tels que les palmistes, qui ont qudquefbis plus de cent pieds de liauteur. Il y en a d'aquatiqoes, qni croissent dans les marais d'eau douce, comme ceux de rOrénoque; ou dans ceux de la mer, comme les cocotiers ; ou sur les rivages et jusque dans les rochers, comme les lataniers et les vocoa.. Entre les tropiques , partout où il y a de l'eau , soit douce ou 4alée, soit apparente ou souterraine , soit stagnante ou courante, il y croit une espèce particulière de palmier assortie à quelque besoin de l'iiomme pour ce site-là, et qui , dans duicime de ses variétés , nourrit au moins une espèce particulière de quadrupède, d'oLseau et d'insecte. Cest par celle raison que la nature a donné aux animaux qui en sont les liabitans naturels , tels que les singes, de fortes dents cartines, et aux perro-
DE LA >ATIRE-
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