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snnnes que j'ai ai i nées , et rinounstauœ d'une d*elles me . remplit de tristesse. £h bien , que ¥0s afTections se tournent Tcrs le ciel ! est-il un amour plus touchant et plus durable que le mien? Ceux qui se donnent à moi n*ont à craindre ni Tinconstance ni la perte de robjet aimé.
Os méditations le conduisaient insensiblement à l'étude de la nature, qui de?int enfln Tunique occupation de sa yie. Il l'étudiait en amant passionné, coiume s'il n'avait jamais aimé qu'elle, et bientôt il eut rassemblé les matériaux de ce bel ouvrage où il consolait son siècle, en lui montrant partout la main de laProTidence: pensée touchante qui fut Torigine de ses découvertes , de son âoquence , de son génie, et qui lui épargna les erreurs de tant de vains systèmes que les savans substituent à la vérité, sans jamais pouvoir ia remplacer !
Cette époque de la vie de M% de Saint- Pierre est surtout remarquable par sa liaison avec Rousseau^ Le dégoût du monde les réunit ; leur penchant pour la natui'e fit le charme de leur amitié, ^ous avons parlé ailleurs de ces promenades solitaires, dans lesquelles ils traitaient les plus hautes questions de la morale, c Souvent ils se dirigeaient vers la campagne, dînant assis au pied d'un arbre, et ne reprenant que le soir le chemin de la ville. La nature , la religion , l'immortalilé , étaient les objets habituels de leurs méditations. A ces idées d'une philosophie profonde ils mêlaient quelquefois les peintures vives et animées de leurs sentiroens, les an^xlotes de leur enfance, les souvenirs de leurs beaux jours , et des réflexions touchantes sur la recherche du bonheur , le mépris de la mort et la eoostance dans Tadversité : questions qui ont si souvent occupé les anciens et qui donnent tant d'intérêt d leurs ouTrages. On aime à Toir les deux amis s'adresser ces questions avec l'innocence de cœur d'un enfont , et y répondre avec la puissance de raisonnement du génie. Il n'y avait entre eux ni prétention de bien parler, ni prétention de bien écrire , ni désir d'être applaudi ; le désir de s'éclairer, l'amour de la vérité, restaient seuls. Leurs doutes, leurs espérances, leurs découvertes, ils ne dissimulaient rien : et qui pourrait exprimer leur ravissement, lorsqu'ils arrivaient à la démonstration d'une des vérités si consolantes de la religion ? car ils ne voulaient que Li vérité ; mais ils la foulaient sublime, parce que celle-là seule les pénétrait d'une joie inefTable, et que c'était ainsi qu'ils sentaient que c'était la vérité ' . > Ces entretiens n'ont besoin , pour devenir célèbres , que de recevoir la sanction des siècles : alors on en parlera comme de ceux de Platon et de Socrate.
Un malheur inattendu interrompit ces délicieuses promenades, et rejeta dans le mondé notre heureux solitaire. Kous avons dit qu'il avait deux frères, Dutailly et Dominique. Ce dernier, après un voyage de long cours, s'âait retiré dans un petit village au-delà duquel son ambition ne voyait rien. Quand à Dutailly , il était allé
* Voyez la préhcedeV Essai sur Jean'Jacqws Rousseau, On trouve aussi quelques détails sur la liaison de Bernardin de Saint-Pierre et de Jean-Jacques , à la fin des Etudes, et dan» le préambule de VArcadie et les notes de ce préambule.
à la cour , 66 totat semblait lui promettre une fortune brillante. M. de Saint-Pierre n'avait point oublié qu'à diverses époques il ayait entendu blâmer Dominique comme un homme inutile, acagnardé au coin de son feu , tandis qu'on ne parlait du second qu'avec oonsidé^ ration , et en s'extasiant sur les emplois importans qu'il ne pouvait manquer d'obtenir; les gens instruits citaient même un passage où Molière tourne en ridicule la vie des gens de campagne ; et leurs jngemens avaient exercé une asseï triste influence sur l'esprit ambitieux de M. de Saint-Pierre. Ne voulant point ressembler à un homme qu'on mépri.«iait, il s'était misa courir les aventures avec assez peu de.succès pour son bonheur. Mais à une autre époque il avait trouvé les choses bien changées. Dominique venait de s'imir à mademoiselle de Grainville, et il jouissait, dans sa retraite^ des biens véritables que la fortune ne peut donner. Cependant le frère tant loué , tant admiré, après avoir épuisé son patrimoine, était revenu au Havre où il gémissait de son malheur. Alors on louait beaucoup le premier ; il était fêté , considéré , recherché, et l'on ne parlait plus du second que comme d'un homme qui ne s'était jamais appliqué à rien d*utile , et que de ridicules prétentions avaient jeté hors de sa sphère. Les gens instruits cette fois ne citaient plus Molière ; mais ils rapportaient ce propos de Louis XI dans Comines sur un seigneur de la cour, qu'il s'était mis sur le corps ses terres , ses moulins et ses fhtaies. Ainsi la multitude aime ce qui réussit ; l«| gens heureux sont pour elle les honnêtei gens»
C'est alorsquc Dutailly, ne pouvant supporter sa mauvaise fortune , alUi se jeter dans la guerre d'Amérique. L'espoir de conclure un riche mariage à Saint-Domingue , s'il pouvait obtenir un grade élevé dans le génie , lui fit accepter une mission en Géorgie ', où il se signala contre les Anglais. Devenu ingénieur en chef. Il ne put résister à l'amour qui le rappelait à Saint-Domingue, et il partit en laissant dans la caisse militaire une somme de 3,000 francs qui composait toute sa fortune.
L'indifférence du congrès américain pour les ofllders français qui venaient à tomber au pouvoir des ennemis, inspira à celui-ci un statagème dangereux pour échapper aux Anglais. Il fit une lettre au gouvernement de la Jamaïque , dans laquelle il se plaignait des Américains , et proposait à la cour de Londres des plans qui devaient favoriser l'attaque de la Géorgie. Pour donner plus de vraisemblance à ce projet , il le comnmniqua à un tory, nommé Porteous, qui lui donna une lettre pour ses amis de Saint-Augustin, dans le cas où il y serait conduit par la fortune. Ces deux sauvegardes ne tardèrent paa à hii être utiles. Parti de Chariestown sur un bateau de transport , le 28 avril i778, il est pris aux attérages de Saint- Domingue par un corsaire de l'ile de Tortola. Dans ce danger pressant, il fait usage de sa recommandation. Le corsaire donne dans le piège et le descend à l'Ile de Porio-Rico , d'où , par les colonies espa^oles , le voyageur se rend au Cap-Français de Saint-Domingue. L*a-
' L'établissement de la Géorgie américaine date de Tan 1732; cette province fait partie des états-Unis, elle est séparée de la Louisiane par le Missiwpi.
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