‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 39 sur 116 · TERRESTRES · texte numérisé non relu

TERRESTRES

sein, les formes ravissantes de les vallées, et tes monts inaccessibles d'où s'écoulent les fleuves et lesmers, jusqu'à ce que mon ame, dégagée du poids de son corps , s'envole vers ce soleil où tu puises toi-même une vie immortelle !

Notre vie artificielle n'est fondée que sur les lois naturelles; c'est à celle de l'atti'action même qui meut les astres, <iue nos fleuves doivent les pentes qui les font circuler autour de la terre; nos mers, leur niveau ; nos rochers , uo& édifices et nos propres corps, leurs aplombs. N'esl-ce pas déjà une jouissance pour l'iiomme de trouver, au seki des déserts et des ténèbres, les lois de la nature toa* j(Hirs actives? Mais qui ne voit que l'attractioa dans l'univers ne voit dans un palais que l'équerre et le niveau qui en ont élevé les ordres. Les lois mécaniques de la nature sont dirigées par une puissanœ intelligente. Par exemple, l'encre qui coule de ma plume sur le papier, pour tracer ces réflexions , obéit aveuglément à l'attraction centrale de la terre; la plume, d'on l'encre s'écoule, cède également à la direction horizontale que ma main lui domie de gauche à droite; ma main, quoique vivante et organisée, ignore ce qu'elle écrit, ainsi que l'encre , la plume et le papier : mais ma tête qui en dirige les lettres eu a l'intelligence, et le cœur qui en reçoit l'impression en a le sentiment. Ainsi , si l'on peut comparer les dioses célestes aux terrestres , la divinité se sert du soleil comme d'une main, et de ses rayons comme de plumes et de pinceaux , pour tracer sur la terre, avec les élémens aveugles et insensibles, des caractères intellectuels, dont les pensées se font sentir à l'homme qui est en quelque sorte le cœur de la nature.

Mais riiomme, quoique ému à la vue du grand livre de la nature, ne peut y lire qu'à l'aide de ses semblables. Supposons une fourmi sur le Panthéon de l'ancienne Rome : elle doit prendre ses inscriptions taillées en creux pour des vallées, et les ba»reliefs de ses figures pour des montagnes; tout occupée des besoins de son petit gouvernement , elle ignore qu'elle liabite im des plus grands monumens de la république romaine , destiné, par une autre sorte de fourmis, à loger tous les dieux. Ces idées n'ont point d'analogie avec les siennes : elle ne regarde ce vaste édifice, avec sa belle coupole, que comme un ouvrage du hasard; cependant, si elle pouvait communiquer avec les autres founnilières qui sont dispersées autour , elle apprendrait qu'il est rond, qu'il en paît des avenues correspondantes avec une grande cité, et peut-être elle soupçonnerait qu'il est construit avec autant d'industrie que sa founnilière. Mais la nature a donné aux républiques mêmes des insectes un patriotisme

HARMONIES TERRESTRES

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imoléraot, qui dmoscriC leur ioldfigfnce à cliacane de l»rs tribos, de peur qa*fn se rnmisnnl tantes matnMt cOes ne vinasenl à détruire celles do genre famnaio .

Les sociécés des hoamies ne seraient guère plus savinles que ceOesdes tennis, si elles étaient isolées comme eles. Un homme seul sortoot ne Terrait snr le gjMie que des précipices dans ses Tallées et des aspérités dans ses moolagnes. L'insulaire dtiirait, comme aitfiefoîs, que le soleil se ièTc et se condie dans la mer; le géomètre hn-mênie ne Kopporenôt dans cet astre qu'un loyer d'attraction qui attire tooles les pbnètess vers lui, et qui « se répandant dans tons les corps à proportion de leur masse, les poosse les uns tcts les autres sans jamais les réimû-. H sentirait bien que les fleuves (loirent leur coors à une attraction centrale qui bit couler leiDS eaux Ters les paaties les plus basses de laterre; mais fl ne pounait concevoir kor écouleiBent intarissable , si le physicien ne lui apprenait qœ le soleil hn-mfime élève les vapeurs des mers aux sommets des montagnes , et qu'il £iut ajouter aux kMs de Fattiaction centrale de la terre celles de réraporalion aérienne de l'Océan, pour expliquer le cours permanent des fleuves.

Pour moi, jene sms qu'im atome que les vents de fadvenité ont jeté çà et là sur la terre parnit (tirerses tribus de mes semblables. J'ai rapproché les ones «des autres leurs idées isolées, et j'en ai condn que la terre était im monument de Fintelligcnoe SQprâne ; que toutes ses parties se correspondaient; que ses vallées et ses montagnes étaient des caractères et des figures qui exprimaient des pensées; que son globe entier était un panthéon, non bAti par les hommes pour y loger la Divinité, mais créé par la Divinité même pour servir de théâtre à la vertn des hommes. Leur science et leur bonheur dépendent de leur union.

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