‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 40 sur 116 · DES MONTAGNES · texte numérisé non relu

DES MONTAGNES

Il but d'abord nous &ire une idée des formes rxtérîeiires de la terre qui constituent les montagnes et les vallées. Il s'en (aut bien qu'elles doivent leurs configurations au simple cours des eaux, et qu'elles aient toutes lein^ angles rentrans et sailbns en correspondance , comme Buflbn l'a prétendu. Pour se convaincre du contraire , il suffit de jeter les yeux sur luie carte détaillée des mon* taignesdu Dauphinè, ou seulement de quelquesunes de nos lies de l'Américiue : on y en verra un très-grand nombre qui n'ont point d'angles alternatif. Il ne fout pas croire, d'un autre côté, qu'elles tirent toutes leur origine du feu, parce

qu'on en trouve qnelqucs4mesde nricanisées. Cest mie méthode dai^ernise, qœ réduction nous rend fonûlière, d'assigner à h nature des lois prises de la Cûblesse de nos arts, et d*en généraliser les effets particnlieis : cette méthode noos aurait empêchés de nous former une juste idée de la terre , quand notre géographie, qui la divise en tant de compartimens politiques, n'aurait pas achevé d'en obscurcir l'im^e. Nous nfiponenQas donc les montagnes, comme leui^ fossies, aux puissances île la nature et à leurs harmonies physiques et sociales, et nous en trouverons ao moins seize espèces différentes. H y a des montagnes solaires et lunaires, dont les imes sont disposées en Céverbere , comme celles de la Finlande, d'aiitres en parasol , comme celles de l'Ethiopie. H y en a d'Iiyémales, que je iKMnme ainsi , parce qu'elles portent im hiver étemel sur leurs sommets; d'autres sont volcaniques , et vomissent des feux de leurs flancs. Parmi les hyémales , les unes ont les lits de leurs sommets obliques et relevés vers le ciel, en feuilles d'artichaut, afin d'en retenir les glaciers au sein des oontineus qu'elles rafraîchissent : telles sont les Alpes et les Gordifières. D'autres, au contraire, sont évidées en gouttière, et inclinées vers rOcéan , afin d'y laisser couler leurs glaces , qui vont ensuite rafralehir les mers torridiennes : telles sont celles du Groenland et du Spitdierg , ou montagnes pointues. Toutes les montagnes de ces divers genres sont ordonnées à Faction positive ou négative du soleil. J'y comprends aussi les volcaiiiqoes, quoiqu'elles appartieiment aux eaux qu'elles épurent ; mais elles doivent , dans l'origine , leur combustion au soleil qui est la source de tous les feux. Il y a des montagnes aériemies , dont les imés, que j'appelle éolieimes, souffleut les vents; d'autres, anti^-éolieniies, leur servent de barrières. 0 y en a d'aquatiques. Les imes , que je nomme hydrauliques , sont à la source des fleuves, et y attirent sans cesse les ^-apeurs de l'atmosphère par leurs pics ; d'autres sont littorales , et repoussent les eaux par leius bases. Parmi celles-ci , j'en distingue deux espèces, les littorales maritimes et les littorales fluviatiles. C'est dans ces dernières que se trouvent les nioutagnes ou plutôt les collines à angles saillans et rentrans en correspondance. Il y a des montagnes terrestres proprement dites, qui forment en quelque sorte la charpente du globe : telles sont les plateaux de granit qui apparaissent dans les régions polaires , au niveau des mers , et les files de même natiu% qui , comme ceux des Alpes et des Pyrénées , s'élèvent par chaînes dans Tintêrieur des conlineas, à deux ou trois mille toises de hau-

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teur, et semblent être au niveau des pôles. Les plaines mêmes du globe sont inégales : les unes sont en pentes douces et insensibles , où serpentent les ruisseaux; d'autres sont disposées en amphithéâtres et par gradins, d'où les fleuves se précipitent en cataractes.

HARMONIES TERRESTRES

DD SOLEIL ET DE LA LUNE

Les montagnes coordonnées avec le soleil ont des effets négatifs ou positifs , passifs ou acl ifs. J 'appelle montagne à parasol celles qui sont destinées ù garantir les végétaux et les animaux de l'action trop ardente du 'soleil , et à leur procurer des ombres d'iuie grande étendue. Elles sont pour l'ordinaire de roc vif, formées de plateaux très-élevés , et escarpées de tous côtés , de sorte qu'on y trouve à peine quelque pente pour y monter. Leurs vallées ressemblent à des précipices d'une profondeur effrayante. Cette configuration permet aux végétaux de nos climats tempérés de croître même sous la Ligne, et dans les contrées de l'intérieur des continens qui ne sont pas rafraîchies, comme les lies de la zone torride , par des vents maritimes. Les plantes croissent sur la surface de ces plateaux si exhaussés, y jouissent de la fraîcheur de l'atmosphère supérieure, et n'éprouvent aucune réflexion de chaleur par des coteaux voisins, comme les campagnes de nos climats tempérés. D'un autre côté, les plantes qui viennent dans ces vallées profondes y sont couvertes d'ombre une grande partie du jour. La couleur de leurs rochers latéraux est pour l'ordinaire brune ou noire , et elle contribue sans doute à y affaiblir la réflexion des rayons du soleil.

Ces montagnes à parasol se multiplient à mesure qu'on approche des contrées méridionales. Ou en voit quelques-unes en Italie, plusieurs dans les lies de la Gr(^, et un plus grand nombre dans la Judée. C'est peut-être à cause des montagnes escarpées de ces pays qu'on avait imaginé d'y précipiter les criminels , supplice qui ne pouvait avoir lieu dans la Pologne et la Hollande , à moins d'y creuser des puit<. Ces montagnes à escarpemens sont communes entre les tropiques , aux Antilles , aux Moluques, au Japon, et dans les parties méridionales de la Chine , où eUes produisent des effets très-agréables dans le paysage. J'en ai vu plusieurs à l'Ile de Fraiice. Il y en a une entre autres, qu'on appelle la montagne du Corps-de-garde, de la- (|ueile le botaniste Commerson pensa un jour ne jamais redescendre; car s'y étant fait conduire un

matin |)ar un habitant du voisinage, pour y herboriser, son guide voulut lui tenir compagnie , afin de le ramener avec lui; mais Commerson le pria instamment de s'en retourner , l'assurant qu*il retrouverait bien son chemin tout seul. Quand son herborisation fut achevée , il voulut redescendre; mais quoique ce plateau n'ait pas une demie-Iîeue de longueur, il ne put jamais reconnaître rendroit par où il y était monté ; il n'y découvrit aucune antre issue. Contraint d'y passer la nuit , il y soupa avec une espèce de pois comestible qu'il y trouva en fort petite quantité. Le lendemain , ses tentatives pour redescendre du plateau furent aussi vaines (pie la veille , et il y serait mort de iaim , si l'halûtant qui l'y avait amené, inquiet de son absence, ne fût venu l'y chercher. Cet événement arriva pendant mon séjour à l'Ile de France. Cest sur cette même montagne du Corps-de-garde, que, quelques amiées auparavant, nn officier de la compagnie des Indes, suivi de quelques mécontens, arbora l'étendard de la révolte. Il avait bien pensé qu'on ne pourrait pas l'y forcer , mais il n'avait pas prévu que lui-même n'en pourrait pas sortir. Il fut bientôt obligé de se rendre à discrétion; et comme il était bien protégé, sa démarche criminelle passa pour un trait de jeunesse.

Plus on approdie de la Ligne, plus les montagnes à parasol sont fréquentes. Il y en a beaucoup dans une partie de l'Arabie , qui en porte le surnom de Pétrée; mais l'Ethiopie en est, pour ainsi dire, couverte. Francisque Alvarès , chapelain des Portugais qui y furent envoyés en ambassade en i 520, nous a donné la première et la meilleure description de ce pays que je connaisse , quoique Ludolf et les autres historiens de l'Ethiopie parlent peu de cet écrivain, suivant l'usage des compilateurs. Alvarès dit donc quel'Ethiopie est remplie de montagnes escarpées presque de tous côtés , et d'une hauteur effroyable; qu'il approcha d'une, entre autres, qui s'étend presque jusqu'au Nil, et dont un homme à pied pourrait à peine faire le tour en quinze jours. Il ne pouvait trop admirer ses flancs escarpés comme des remparts, où l'on ne pouvait monter que par trois avenues. Sur ce|te montagne , il y en a d'autres de la même forme , avec des vallées semblables à des fondrières. C'est laque le roi d'Ethiopie tient prisonniers ses enfans et sa postérité. U ajoute que les bords et les flancs de ces grands plateaux sont couverts de nuages ; que les rivières qui en descendent se remplissent au moinr dre orage , et que leurs eaux s'écoulent dans la vallée avec la rapidité d'un torrent, en emportant tout ce qu'elles rencontrent dans leur chemin ; ce cpii est quelquefois fatal aux voyageurs «jui clier-

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âUô

cheiit le repos et la fratdieur dans leurs lits souvent desséchés.

La formation de ces énormes plateaux de roc Tif , d*ane seule pièce , dans les bases desquels les Ethiopiens creusent des Eglises-entières, et dont les flancs perpendiculaires ont cependant deux ou trob pentes pour y monter , ne peut s'attribuer aux dégradations occasionées par le cours des eaux, et encore moins aux tremblemens de (erre. Ils sont séparés, pour l'ordinaire , les uns des autres, par des vallées aussi larges par en haut que par en bas. Ily a de ces montagnes entièrement isolées au mrlien des campagnes, conime celle qui sert de prison aux enfans du roi d'Ethiopie, ou telles que le Thabor, en Judée. Quelle que soit leur origine , elles sont très-utUes à l'agriculture. Nous observe^ rons de plus que leurs vallées sont couvertes de roches et de pierres détachées , qui , pour le dire en passant , ont introduit dans les mêmes pays où Ton avait l'usage de précipiter les criminelSf celui de les lapider. C'est aussi dans les contrées pierreuses que Ton a inventé les frondes. Ainsi , l'homme emploie pour foire du mal à l'homme, les moyens dont la nature se sert pour faire du bien à tous. Les pierres à fleur de terre protègent très-puissamment, dans les pays chauds , la germination des plantes, en procurant à leurs semences de l'ombre et de la fraidieur. Pline raconte qu'un laboureur d'un canton d'Italie , situé, je crois, dans une des gorges de l'Apennin, ayant fait épierrer son champ, il n'y pouvait rien croître, et qu'il fut obligé d'y faire rapporter des pierres, afin de lui rendre sa fécondité. J'ai vu la même chose arriver dans une habitation de l'Ile de France. Les pierres disséminées à la surface de la terre ne sont pas moins communes et moins utiles dans les pays froids que dans les pays chauds , en y produisant des effets contraires, c'est-à-dire en formant des réverbères au midi, et des abris au nord. J'ai vu la Finlande aussi couverte de roches que Malte y la Martini- (fue et nie de France. Elles sont assez rares dans le milieu des zones tempérées; mais elles sont très-conununes dans les zones glaciales et torridiennes. Nous avons attribué les fragmens innombrables des rochers à d'anciens dégels; mais la natnreen fait ressortir de grandes utilités pour les êtres organisés. Les élémens aveugles sont employés par une intelligence très-clairvoyante. L'attraction qui les meut est une lyre harmonieuse qui résonne sous les doigts divins.

Les montagnes à parasol renferment dans leur sein tous les métaux. On y trouve du fer, du cuivre, du plomb, mais surtout de l'or, qui semble tirer son migine de la zone torride. Elle doit réu-

nir, sans doute, dans ses diverses élévations, qui sont les plus grandes de la teire , tous les minéraux ,ies végétaux et les animaux disséminés dans le reste du globe; elle doit aussi en avoir qui loi sont propres, à'Cause de rinfluence perpétuelle du soleil. Il est certain qu'on ne trouve point de diamans hors de cette zone. Il semble que la sphère vivante de l'astre du jour fixe sa lumière et ses attractions dans une multitude de cristallisations magnifiques. J'appelle cristallisation cette tendance que certains minéraux ont à se réunir à un centre commun , suivant des directions qui semblent caractériser leur nature particulière. Les unes se réunissent en deux pyramides à quatre faces, comme les diamans et les rubis; en six, comme les topazes d'Orient et le cristal de roche; à huit faces » comme les topazes d'Europe et les scliorls; en neuf faces, comme la tourmaline; à dix laces, comme le feldspatli; en douze, vingt-quatre et trente-six faces, comme les grenats ; en sphères rayonnantes, comme les pyrites. Toutes les cristallisations de ce genre ne sont nulle part aussi belles que dans les montagnes de la zone torride. C'est aussi dans ses vallées et sur ses rivages , que l'on trouve les plus riches productions des puissances végétale et animale, en épiceries, en parfums, en arbres, en oiseaux, en quadrupèdes, en poissons. Cette zone en possède un grand nombre qui n'appartiennent qu'à elle.

Quoique les flancs des montagnes à parasol soient escarpés et sans terre, la nature trouve difTérens nooyens de les couvrir de verdure. Tantôt elle fait croître à leur pied des lianes grimpantes , qui les tapissent à une grande hauteur, où ne saïu-aient atteindre les plus grands arbres; tantôt elle fait sortir des fentes de leurs sommets des végétaux tout • opposés, qui pendent la tête en bas, et flottent au gré des vents : teUe est une espèce tout-à-fait dépourvue de feuilles, qui lui seraient d'ailleurs inutiles, que j'ai trouvée une fois suspendue aux flancs des rochers de l'Ile de France, qu'on appelle le Pouce, au haut des montagnes qui environnent le Champ-de-Mars. Elle était composée d'une multitude de rameaux semblables au jasmin , menus et souples comme des licelles ; ils sortaient les uns des autres, et portaient dans leurs aisselles de petites fleurs en rose, presque adhérentes , grosses comme des têtes d'épingles el jaunes comme l'or. Elles jetèrent dans le papier où j'en avais renfermé quelques rameaux une poussière séminale , semblable à la fleur de soufre, et très-abondante. J'ignore d'ailleui's le nom de cette plante. Ce sont ces montagnes à parasol , avec leurs végétaux naturels, qui donnent tant

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iragrément aux paysages d^ la Chine. Elles s*élèvent quelquefois, avec des cimes pendantes et des draperies flottantes de verdure, sur le bord des fleuves, qui en reflètent les images. On pense bien que quelque escarpés que soient leurs flancs , il y a des oiseaux qui les fréquentent ; quelques-uns y vont picorer le nitre qui s'y rassemble. C'est à un semblable rocher, nu, stérile, inhabité, situé au milieu de la mer, et qui ne parait susceptible d'aucun éloge, qu'Homère, qui embellissait tons les «objets , comme la nature même , donne i'épithète agréable et vraie d'aimé des colombes. Les montagnes rembrimies de l'Ile de France sont fré- ({uentées par les oiseaux blancs du tropique, qui y font leurs nids , et peut-être aussi par ces oiseaux bleus de passage qu'on y appelle pigeons hollandais ; mais ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'il y a des quadrupèdes destinés à vivre sur ces plateaux si escarpés. Alvarès dit que ceux d'Ethiopie sont remplis d'escadrons de singes , qui jetaient des cris affreux en voyant passer les Portugais; il donne même à l'un d'eux le nom de Montagne aux singes, à cause de la quantité prodigiense de ces animaux qui l'habitaient. J'en ai vu à l'Ile de France fller par longues bandes sur les flancs des rochers les plus escarpés et les plus élevés, le long de corniches si étroites, qu'on ne voyait pas où ils posaient leurs pieds; ils paraissaient sculptés en relief sur les flancs de la montagne. Si on considère bien l'ensemble et le caractère du singe , ses flancs étroits, son corps alongé, ses jamb^ de derrière plus élevées que celles de devant, et plemes de ressort pour franchir d'un saut les précipices; sa queue qui s^ reploie comme un serpent, si propre à l'attacher aux buissons et à l'élancer ; ses mains, dont les doigts articulés saisissent fortement les plus légères aspérités des rochers; la couleur verdâtre de son poil, qui le détache de leur fond sombre ; l'épaisseur de sa fourrure dans les latitudes chaudes ; l'instinct qu'il a de lever toutes les pierres qu'il rencontre , et même de les lancer à la tête de ses ennemis ; les cris perçans qu'il foit entendre de fort loin, et qu'il semble prendre plaisir à faire répéter aux échos : on jugera, par toutes ces consonnances, qu'il est moins formé pour les forêts de la zone torride, que pour ces rocs escarpés dont les sommets s'élèvent dani$ une atmosphère froide. Ainsi, les montagnes à parasol entrent dans les plans de la terre , puisque la nature a fait des plantes pour les décorer, et des animaux pour les habiter.

La nature tire du même moyen des effets différens; elle fait d'un rocher un parasol au midi , et un réverbère au nonl. J'appelle montagnes à ré-

verbère , celles qui réfléchissent les rayons du soleil. Quoiqu'elles soient fonnéesde pierres, comme les montagnes à parasol , eUes en diffèrent essentiellement par leurs couleurs , leurs formes, leurs agrégations et leurs minéraux. Loin d'être rembrunies, eUes sont pour l'ordinaire decoolearsten* dres, remplies de particules brillantes, de mica, comme celles de la Finlande ; on revêtues de mousse blanche , comme celles de la Laponie; on reluisantes comme de la mine d'argent, telles que celles du Spitz1)erg , décrites par Martens. Loin d'avoir leurs sommets aplatis comme les montagnes à parasol, elles les ont an'ondis en forme de calottes pyramidales, ou de dos d'âne, toat nns , afin que les neiges ne puissent s'y arrêter longtemps. Elles ont aussi à leurs bases quantité de rochers brisés , qui donnent aux végkaox naissans des abiîs contre le vent du nord , et réfléchissent sur eux les rayons du soleil. On troarera en général des montagnes de cette confignratioa dans toutes les contrées qui avoisinent les deux mnes glaciales, et surtout dans la nôtre, en Finlande, en Suède, dans la Laponie, tant suédoise que russe , et dans les îles septentrionales de la mer Baltique. Au contraire, toute la partie do continent qui est au nord de cette mer est cooverte de montagnes de roc jusqu'aux rivages de la mer Gla^ ciale. Les teri'es qui sont au midi de la mer Baltique ne présentent que des plaines en grande partie sablonneuses, telles que les steps fm déserts de l'Ukraine, et plus à l'orient, ceux de la Tartarie. On trouve des territoires couverts de rochers dans le nord de la Sibérie et de la Chine, jusqu'au. Kamtschatka. Ils ne sont pas moins communs aux mêmes latitudes du côté de l'ouest, dans l'Islande, décrite par Anderson; dans le nord de l'Ecosse , les Orcades et les lies Schetland, dont James Béeverell a donné la description; en Amérique, dans les Iles et les côtes de la baie d'Hodson, côtoyées en partie par EUis; et dans l'hémisphère méridional , sur la Terre-de-Fen , les Iles de Kerguelai , et jusque dans la Tholé australe , découverte par Cook. Aiasi on ne peut s'empêcher de reconnaître, dans cette consonnance de montagnes de roc des latitudes fkDides, l'intention de la natufe , qui a voulu y placer des réverbères pour y accélérer la fusion des glaces, et en échauffer les vallées. Cette vérité deviràdra ^ encore plus sensible , si on les compare avec les montagnes à parasol du midi , qui portent la fécondité sur le sommet de leurs plateaux élevés , tan- . dis que ceUes-ci renferment la leur au fond de leurs vallées. On serait tenté de croire qoe les montagnes à parasol du midi sont élevées au -des-

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aos

m de h cranférave do gfabe, Undis qw les vdMfsi à icvtibèi'C do oonl , amâ qw leon moo- Ugnes, aoal atiufas da» TqiaîiKar oiéme du noyoo do çnnil de h tore^qui a|iponll de unies paoto vcn les pâles, d'où Ton peulooiidxireciinire qœ les pâles aoal aBoogés. Od sera penoidé des ctradères qoe fatlrfluie aox manuçues à T&^er" bère dei régnas glaciiles, 9 on les oomittre à onix des mnniagnfs hféouies, qoe la nalnre a proyelées ai ioogoes dialiies daos le Toîsiiia^, d surloot dans^ le sein de la zone lomde^ poor la n> firalehir. GeUes^i pottcnt leurs glaciers snr des snminets ttès-exhaossés d taiDés en firailles d'arfichant, de manière qoe les glaces y sont retenues en partie tonte Tannée, se fondent pra à peu, et ne peuvent s'ëeonler en masse dans les fallées inférienres. Ao eoniraire, les oMintagnes à réverbère, do nord, sont soorent détachées les imes des antres, feposees en cercles, aTec des sommets gfiasans, arrondis oo pointas, sur lesqoelsles gfanes et les neiges ne peovent s'arrHer kmg-lemps. D*nn antre côté, les TaHées qol les séparent sont fidtes en éeope , de sorte qoe lorsqoe la terre vient à s^attSéA* Ters les pôles, par la dialeor des eaox souterraines, combinée avee celle do printemps, ces glaces énormes, accnmolées par dès hivers de âx mois, se détachent do sol qoi les foiMi par leor base; et tonte leorciroonfiérenoe portant en rair,iJ s'en rompt des fngmens semMaUes à des montagnes et à des lies, qoi, comme des vaisseaox lancés à Tcao, glissent sor leors charniers ao sein des mers, dont les coorans les entraînent josqoe dans le voisinage de la zone lorride. Il résulte de ces diflérentes dispositions , qœ les glaces du nord s'écoulent en grande partie dans la mer, et qu*il en sort, non des rivières, mais des lorrens passagers, comme Fa remarqué Martens au Spitzberg. n en résulte encore que les glaces du midi se fondent peu à peu, et entretiemieia oonstanunent la fhddiear de Fatmosphère, et les sources des fleuves anxqudles elles étaient destinées. Sans ces admirables prévoyances, les glaces se seraient accumulées inutilement, d'année en année, sur les pâles, si elles n'aOaieitt chercher des étés chauds , à Faide des monts à réverbère et des courans des mers; et elles ne seraient jamais restées sor les hauteurs de la zone torride, si elles n'avaient été fixées dans la couche glaciale de son atmosphère par des montagnes à crans.

Les montagnes à réverbère de f intérieur de la Finlande ne sont pas aussi étendues que celles des Oes et des cdtes de la mer Glaciale , mais elles ont les mêmes proportions. Elles sont en harmonie avec des lacs ou avec la mer Balticpie, comme les

aotres le son! arec FOoéaB. Tai damé

des premières dans le coon de mes onrnfes. J*ai parlé pins d*one fois de Icnn collines et de leors vallées de roc vif, d'âne seule pièce, et taillées en forme de chatons, qui rmmnnniquent les ones avec les antres, et vota se délKNicber dans les lacs. J'ai Ciit cnoorp dms ce pays quelques autres ittmarqoesqoi pourront me serrir en temps et Ben ; mais je n*y ai voyagé qo'ao mifiea de Fêté; d'ailleurs j'av^ trop de distractions personnelles et d'inexpérience des ouvrages de la nature pour les bien observer. Je considérais ce pays comme un lieu d'exil. Le cœtir rempli de deârs qui me rappelaient sans cesse vers ma patrie .je le paroonrais en poste, et arec les préjc^de mon état d'ingéniem-, qoi ne m'y taisait apercevoir que des plans d'attaqoe et de défense; et avec les préjugés encore plus droonscrits de notre physique , qui regarde comme Foovrage do désordre loot ce qo'eHe ne comprend pas, oo loot ce qoi s'écarte de ses systèmes. A mon défiiot , je présenterai id qndqoes caractères lopographiques des contrées septentrionales, les unes obsenées en Laponie par Maupertuis, les autres au Spitzberg par Frédéric Martens. On pourra y prendre à la fois une idée ^des montagnes à réverbère du nord , et des édttses septentrionales de FOcéan, et, ce qui n'est peutêtre guère moins intéressant, de la manière de voir d'un académicien d'une part, H de Fautrv, de celle d'un homme sans prétentions.

Voici ce qo'on trouve dans k relation de Maupenub, intitulée Im Figure de la Terre : « Pdlo » est un village habité par quelques Finnois, au- » près duquel est Kittis, la moins élevée de lootes » nos moiitagnes : c'était là qo'était notre signal. » En y montant , on troove one source de Feao la » plos pore, qui sort d'un sable très-fin, et qui, » pendant les plu< grands froids de Fhiver, con- » serve sa liqmdilé. Lorsqoe noos retoomâmes à » Pello sor la fin de Fhiver, pendant qoe la mer » do fond do golfe et toos ks fleoves étaient anssi » dors qœ le marbre, cette eao coubùt comme » pendant Fêté. »

Naopertnis ne dit rien de la forme de la montagne Kittis ; il observe seolement qo'eOe est située par les soixante-sixième degrés quarante-huit minutes de latitude, et qu'elle est k moins élevée des environs. Ainsi , noos poovons k considérer conune étant au foyer d'un réverbère, dont les reflets entretiennent k fluidité de son ruisseau. Il semble indiquer cette même forme de réverbère dans les montagnes du voisinage ; c'est à celle de Noénû , sitoée au milieu des eaux. « Cette monla- » gne, dit-il, que les lacs qui Fenvironnent et

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» toutes les diffienttés qu'il fallut vaincre pour y i> parvenir faisaient ressembler aux lieux en- » chantés des fables^ serait charmante partout ail- » leurs qu'en Laponie. On trouve d'un côté un » bols clair, dont le terrain est aussi uni que les » allées d'un jardin. Les arbres n'empêchent point » de se promener, ni de voir un beau lac qui bai- » gne le pied de la montagne. D'un autre côté , on » trouve des salles et des cabinets qui paraissent » plutôt des murs commencés pour des palais, que » l'ouvrage de la nature. »

Je ne sais si le géomètre Maupertuis, chargé de mesurer en Laponie un degré du méridien , pour en conclure l'aplatissement de la terre sur ses pôles , a mis beaucoup de précision dans ses opérations; mais il n'en met guère dans ses raisonnemens et dans son style. Ce ne sont pas les difficultés que présentent le$ environs d'une montagne qui la font ressembler à des lieux enchantés, plus fréquens, après tout, dans la nature que dans les fables. Je vois encore moins pourquoi la montagne Noémi serait charmante partout ailleurs qu'en Laponie. Plus ses environs sont tristes, plus sa beauté particulière doit y être intéressante par le contraste. Elle ne l'est guère sous la plume aride de cet écrivain inconséquent. Il aurait dt^ au moins, comme géomètre, sentir que l'épithète de perpendiculaires, qu'il donne à ses rochers, n'est susceptible ni d'accroissement ni de diminution. Il ne fallait donc pas dire qu'ils étaient perpendiculaires à l'horizon , comme il dit qu'ils étaient si élevés , parce que la perpendicularité est une ligne immuable , tandis que l'élévation est variable à l'infini. Quelle idée nous donne-t-il, après tout, de l'élévation de ces rochers , si grande , selon lui , qu'ils paraissent plutôt les murs d'un palais commencé , que l'ouvrage de la nature ? Ne voilà-t-il pas la montagne qui accouche d'une souris? On sent que ce philosophe courtisan, en mettant la fondation d'une montagne |iu-dessons de celle d'un palais, était plus occupé de la puissance des rois qui l'avaient envoyé en mission, que de celle de la nature, comme il le dit lui-même. La montagne Noénii lui aurait paru charmante partout ailleurs qu'en Laponie, c'est-à-dire dans le parc de Versailles, ou dans celui de Postdam. Il n'aurait guère fait plus de cas du système de l'aplatissement des pôles , si on n'en avait parlé que sur la montagne de Noémi.

Au reste, on peut se former une idée de la nature et de la couleur de ces rochers perpendiculaires , taillés en réverbère dans les bases de cette montagne, par ce qu'il nous dit de celle de Kakama.

« Tout le sommet , dit-il , de Kakama est d'une » pierre blanche, feuilletée, et séparée par des «> plans verticaux qui coupent fort perpendiculai- » rement le méridien. Celle d'Horrîlaxera» ajoute- » t-il ailleurs, est d'une pierre ronge, parsemée » d'une espèce de cristaux blancs, longs et assez » parallèles les uns aux autres. » Il éprouva sur celle-ci une chaleur très-grande au mois de juillet. Il y a apparence que ces rochers, mal décrits, sont de granit , et de la même nature que ceux qui couvrent la Finlande. Les couleurs et les formes réfléchissantes de ces montagnes concourent sans doute à en former des réverbèi'es. Pour s'en convaincre , nous observerons que tonte» celles de ce pays, où les astronomes assirent leurs triangles, avaient les mêmes escarpemens que Maupertuis appelle salles et cabinets, et toutes un lac à leur base ou dans leur voisinage. Telles sont Kakama , Niwa, Cuitaperi, Avaraxa, Horrilaxera, Noémi, Pnllingi, Kittis, ainsi que beaucoup d'autres; de sorte que, dans toutes ces contrées septentrionales , il n'y a point de montagne qui n'ait sou lac, ni de lac qui n'ait sa montagne.

Nous observerons de plus que les vallées de la Laponie sont couvertes de débris de rochers, ainsi que celles de la Finlande; ce qui contribue encore à réfléchir les rayons du soleil. On ne peut donc douter que les montagnes de la Laponie ne soient des réverbères en rapport avec des lacs. Nous allons maintenant en examiner d'autres , formées sur de plus grandes proportions , en rapport avec la iner Glaciale.

Frédéric Martens , Hamboui^eois, ne se proposant d'autre objet que des observations sur l'histoire natiu-elle, s'embarqua, en ^671, sur un vaisseau qui allait à la pêche de la baleme sur les côtes du Spitzberg. Sa curieuse relation est insérée dans le Recueil des voyages des Hollandais au nord. Je n'en citerai ici que ce qui a rap[iort à mon sujet. Il dit d'abord que le Spttsber^ s'appelle ainsi du mot spitz, qui signifie pointe, et de celui de herg ou bergen, montagne, à cause des collines et des montagnes droites et aiguës dont il est rempli. Ses côtes les plus méridionales sont vers les soixante -seizième degré trente minutes du nord; Martens les côtoya jusqu'au quatrevingt-unième degré. Il commença ses observations le 18 juin, et il les finit le 2i juillet de la même année.

« Le Spitzberg, dit-il , est environné de mon- «> tagnes fort liantes, qui semblent en défendre » l'approche. Leurs pieds paraissaient tout en » feu ; leurs sommets étaient couverts de brouil - ». lards , sur les(]uels on apercevait de temps à au-

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Ire des pMâKi, cl h Mçe qai s*âeiaii do fond deleoR nlié CT qi hantes monugnts nêlIérliK»ait one hmière amâ "me que lorsque le soM écliirc ea tqnp»»crein.OD tnwwlirmiemniqit des bues le lonpde h e6le. LepaTscst piarrax dans les TiDées cl sor les base» des iDoaUinie^ . qm aoal poimiies et dTane haniciir prodlsiense. La piopart sont d^one senle pièce de roc Tîf , pirioes de aciages cl de fiêliiics. A feors pîeds^, et dans leon nBécr^ on en voyait d'antres de glace , si élevées, qifcfles smpassaîcnt celles de rocher. D j en avail sept principales, Umlcs dans one même fiçne. Elfes étaient pjrTaniîdales ce estimées les plos haoles do pars. Une partie de leur hanleor s'élerail ao-desBos des nuages. Elles paiaigaient d*oo beau bien, et la neige, qoi coonail leursonunct, y était plus lominense qoe le soleil même. La glace , aa> desBonsdecesnoages, était ofascore. pleine de fientes et de Irons, qœles neiges fondues et les pluies y occasionenL Cependant cette obscurité et les fientes bleues de glace t fiûsaient une diversité très-agréabfe à k me. Cet effet pittoresque recevait un nourd agrément des montagnes de rocher , dont les bases paraissaient tout en feu. »

Ces montagnes de rocher rendent une odeur fort agréaUe, telle que ceDe de nos prairies, au printenqis, lorsqn*fl a plu. Leurs bases sont coorertes de monceaux de roches de couleur grise , arec des veines noires qui reluisent comme de la mine d'argenL II croll sur ces roches brisées toutes sortes dliertKs, surtout aux endroits abrités des vents de nord et d'est. Quand on jette des pierres le long de ces montagnes , elles retentissent dans la vallée comme le bruit du tonnerre. Au havre appelé la Madeleine . elles sont disposées en rond ou en demiœvde, et à chaque côté 11 y a deux hautes montagnes creuses en dedais , cmnme si on en eût tiré la pierre. Dans leur creux U se trouvait d'autres montagnes de neige, qui s^élevaient jusqn*au sommet des rochers voisins, en forme d'ariires avec leurs brandiagps. Martens éprouva sur la mer, à plusieurs milles de distance de ces côtes réverbérantes, nne chaleur qui Causait fondre le goudron de son vaisseau, n n'aperçut aucun canal de rivière dans les baies qo'U parcourut. Dans un lieu fréquenté des pèdieurs de baleines, appelé la Cuisine de Harlem, il trouva quatre maisons, une enclume , des tenailles, et quelques autres ustensiles qui tenaient forlement au sol par la glace. Il y avait un tombeau smnonté d'une croix, avec un corps qui y était enterré depuis dix ans, suivant F inscription de la croix, n y fut trouvé sans altération avec ses ha-

léts . cependant la ne» était aiots fiondue daK petites valires. entre Irs roches.

nore etemiait cncwr ^ïin empire daiis ces Ken\ «fewles. Martens y cueillii une espère d*akiès «hi deliaN»aiaM BMirififliaai. à fleurs couleur de chair, ine petite joubarbe . quatre espèces de renixirnirs , du cnchkearia . si utile aux srorbotkpM^ de rtv^tUe rwige; pliisîenrs pbntesqni r^eosemhbient à Pherhe anx perles, à la piloselle, à la peirenriie, au fiaisien plusieurs sorte» de moieses H de pamis bbnni en fleurs, dont il orna »n chapeau ainsi qœ ses compagnons. Il y a dans les mers du Spitzher|r ties focns et des alsnes d'une kmcnenr ccnsklefaUe. quantité de pois»ns des plus erandes espèces, et surtout «le baleines dont la pèdie attire claque année un grand nombre de ^ai^ss^eaux. Oa trouve sur ses côtes une multitmle pitM%ieuse d*t«jieau\ tie marine de toute es^ièoe . des chenaux et des %-eaux marins , des ours blancs très-ferttces. Tous ces amphibies fout rrtentir de leurs cris et de leurs mugissemens les rochers réverhérans de ses rivaurs. : Ce qu*a y a de surprenant, ce sont des troupeaux I de rennes qui y passent tout rhiver, et qui finé^iuen- \ tent particulièrement une des baies du Spitzbeiir, : quienportelenom. Lereimea étécfééévideni* j ment pour ces territoires raboteux et glacés. Son I pied,i la fioîs large et fourchu, est propre ipar- I courir les neiges et les rochers; sa peau, épaû^ j et velue, le garantit du hoid; sa légèreté et son bois palmé, des bétes féroces; et les quatre mamelles que la fiemeUe porte, ainsi que la \ache, quoiqu'elle ne nourrisse , conmie cdie-cl, qu'mi petit, semblent réserrées pour Thomme, dont la naliuv a étendu Teinpire à tons les diinats.

Examinez bien maintenant toutes les ctrronstanees de la description du Spitzberg, ses grands rochers de couleur réverbérante, dont les flancs sont perpendiculaires, et quelques-uns évidés, la chaleur qui s'en exhale; ses hautes montagnes de glaces, I dont les sommets doivent être de niveau , et qui n'affectent la forme pyramidale que par Faction des foyers de leurs rochers collatéraux. Mettez à la place de ces grands rochers disposés en rond des plaines ou de simples collines, comme dans ntv climats : la neige , entassée à des centaines de tisses de hauteur par un hiver de neuf mois, n'en laissera jauMÙs apercevoir le sol ; U n'y aura ni plantes, ni oiseaux, ni quadrupèdes, ni hommes qui puissent y vivre. Les glaces s'y accumuleront de siècle en siècle; les mers se fixeront tout entières sur les pôles; et le globe ayant perdu ses mobiles contre-poids, ne présentera plus au soleil que sa zone torride desséchée. Mab supposez dans les zones glaciales des monts à réverfoiTCs. et les antres

HARMONIES TERRESTRES

agens de la chaleur employés par la nature : dès que le soleil apparaît sur Thorizon , ses rayons se reflètent en teintes de rose sur leurs vastes neiges. Leurs montagnes de glace, écliaulTêes par des foyers de' roche , fument de toutes {larts , elles se fondent , prennent la forme pyramidale à leurs sommets, et se déUichent de leurs bases; elles glissent dans leurs entonnoirs déclives , se précipitent avec des bruits épouvantables au sein de FOcéan , et , entourées de bruifies de parélies et d'arcs-en-ciel, elles voguent vers les régions solaires , an sein des ondes azurées , comme les comètes nébuleuses que l'on voit au milieu des nuits sereines traverser les deux.

Les navigateurs du nord trouveraient peut-être en hiver quelques asiles tempérés dans les foyers de ces montagnes à réverbère maritime. Il est remarquable que les Hollandais qui {tassèrent, avec le pilote Barents, l'hiver à la NduveUc-Zemble, vers le soixante-onzième degré de latitude, pensèrent y mourir de froid , et que la cabane qu'ils y bAtîrent n'était pas encore dégagée des glaces au mois de juin , tandis qu'à la même époque il n'y en avait plus au Spitzberg , dans le fond de la baie appelée la Cuisine de Harlem, située par le soixante-dixseptième degré et demi , où les pécheurs de baleines ont bâti des maisons. C'est sans doute dans de semblables sites que les Finnois et les Lapons placent le^urs villages, à en juger par celui de Pello, situé vers le soixante-septième degré nord, dont les habitans doivent à la température de leur site le ruisseau de la montagne Kittis, qui coule pendant tout l'hiver. Enfin, il est possible que la nature ait disséminé les monts à réverbère à travers les zones glaciales jusque sons le pôle , comme elle a projeté les montagnes hyémales à travers les zdnes torrides jusque sous Téquateur.

Ces deux genres de montagnes , dont les dispositions sont très -différentes, présentent quelques usages qui leur sont oommans : toutes deux tempèrent la chaleur du soleil dans les contrées méridionales; les premières, par leurs glaciers flottans; les secondes, par leurs glaciers pemianens.

J'appelle montagnes hyémales celles qui , étant couvertes de glace toute l'année , ont an hiver éternel sur leurs sommets. Elles diffèrent entièrement des montagnes à réverbère du nord par leurs construction. Celles-ci portent leurs glaces entourées de rochers perpendiculaires on taillés en creux , au fond de leurs vallées en pente; celles-là sur des sommets très-élevés , dont les lits sont disposés autour d'tm pic comme des feuilles d'artichaut, afin qu'elles ne glissent pas. Les premières semblent taillées dans le noyau graniteux de la terre, les

secondes , de même matière , sont saillantes^ élevées au dessus de sa circonférence : il est remarquable cependant ({ue les montagnes à réverbère sont remplies de parties spcculaires, et que c'est dans leur sein qu*on trouve le talc , si commun an nord , qu'on appelle Verre de Moscovie. Elles sont agrégées en rond , et les hyémales sont projetées par longues chaînes. On peut voir d'un coup d'on'l les différences essentielles de leurs formes et de leurs glaciers dans les estampes du Voyage de Mariem au Spiizherg , et dans celles des différens voyages des Alpes, mais surtout dans les rbser%'alions savantes et pittoresques dont Ramond a enrichi le mauvais ouvrage de Coxe.

Les montagnes hyémales réunissent une partie des caractères que nous attribuons aux autres montagnes , en prenant ]K)ur exemple les Cordillères. EUes sont quelquefois volcaniques , malgré les glaces qui les couvrent assez souvent ; elles sont édiennes et anti-éoliennes , car il en sort des vents réguliers , et elles servent aussi de remparts aux vents généraux de la zone torride ; mais elles sont essentiellement aquatiques , car elles attirent les vapeurs de l'atmosphère, qu'elles fixent en glaces sur leurs crêtes : eUes sont pour cet effet ordonnées aux mers , dont elles reçoivent les émanations. Ainsi la chahie des Cordillères, qui va dn nord au sud , est en liarmonie avec l'océan Atlantique ; et celle de l'Atlas et du Taunis, qui va iniquement de l'ouest à Test, avec les mers des Indes. Elles projettent, de plus, de longs bras en correspondance avec les grands golfes et les méditerranées. Nous remarquerons, à ce sujet, qu'elles attirent chaque jour autant d'eau qu'il en font pour l'entretien journalier des fleuves qui en découlent; et qu'elles en ont en réserve au moins une fois autant en glaces et en neiges sur leurs crêtes; car, lorsqu'une partie seulement vient à fondre par le voisinage du soleU , les fleuves qui en descendent débordent de toutes parts et inondent le terrain qu'ils arrosent : c'est ce qui amve à l'Amazone et à l'Orénoque , en Amérique; au Nil en Afrique, et à plusieurs autres fleuves en Asie. Il est donc à presiuner que si les glaciers de tontes les montagnes hyémales fondaient entièrement, les fleuves qui en descendent submergeraient tout-à-fait les contrées qu'ils arrosent, les montagnes exceptées. J'en tûre cette conséquence importante, que chaque hémisphère n'étant pour ainsi dire qu'une grande montagne hyémale, son pôle, qui en est le glacier, attire chaque jour de l'atmosphère précisément autant d'eau qu'il en feut pour la circulation journalière de l'Océan qui en découle en été , c'est-àdire pour l'entretien de ses marées; que lorsque

DU SOLEIL Eï DE LA LUNE.

la fonte du glader polaire augmente avec la clialear du soleil et même de la lune, l'Océan déborde en quelque sorte , car on voit ses marées s'accroître sensiblement : et si cet accroissement n'est pas aussi considérable à proportion que celui de r Amazone , par exemple , c'est que le pôle opposé , qui est dans son hiver, repompe à son tour les eaux de TOcéan , et les rétablit en congélation ; mais il y a grande apparence que, si les glaciers des deux pôles fondaient à la fols, le globe entier serait submergé.

£n6n les montagnes n'appartiennent guère moins aux antres puissances de la nature, car elles offrent , pour ainsi dire , lorsqu'elles sont sous la ligne, une éclielle de minéraux, de végétaux, d'animaux et d'hommes, depuis les bords de l'Océan juscfo'aux sommets de leurs glaciers, laquelle correspond à la distance qu'il peut y avoir depuis la li^e jusqu'au pôle même. En effet, cliaqne trente toises d'élévation dans ces montagnes équatonales équivaut à vingt-cinif lienes ou à un degré de latitude; de sorte que le terme de la glace y est permanent à une lieue de hauteur, comme il l'est, sur le gk^, au quatre-vingtième degré nord, et au soixante-quinzième degré sud. On en peut conclure que ces montagnes sont les lieux du monde les plus favorables pour étudier la nature. Tous les fossiles de la terre doivent s'y montrer à découvert , ainsi que toutes ses plantes, et on n'aurait point besoin d'y creuser des puits profonds pour y diercfaer des connaissances minérales; car leurs pieds sont, selon moi, dans la partie la plus basse dn globe, les pôles en formant la plus élevée. Ce sont de petits hémisphères qui out Tété à leurs pieds, Tautomne et le printemps sur leurs flancs, H l*hiver sur leurs sommets. C'est à cause de ces caractères généraux que je les range au nombre des montagnes solaires ^ étant à la fois, comme le globe, en harmonie positive et négative avec l'astre du jour.

Cependant , quoique les montagnes liyémales paissent réunir toutes les productions -de la terre, elles en ont qui leur sont propres : celles de la zone torride renferment les pierres précieuses, telles que lesdiamans et les rubis, qu'on ne trouve point ailleurs. C'est aussi autour de leurs sommets que voie le condor, le plus grand des oiseaux. Mais, sans sortir de nos climats, nous trouvons dans les Alpes une foule de plantes qui leur appartiennent en propre, et auxquelles on a donné le surnom d'alpines. Quoique leurs glaciers, souvent sillonnés par les feux des orages, semblent inliabitables, le cèdre en ombrage les neiges de sa sombre verdure, le bouquetin en franchit les précipices, et l'aigle

ŒUVBES POSTHUMES.

plane en silence autour de leurs mers immobiles, qui retentissent des bruits du tonnerre. Ainsi la nature, qui a placé dans ces liants donjons de la terre les foyers de ses liarmonies élémentaires, y amène aussi les symboles de sa puissance dans les êtres organisés, l'arbre, rot des forêts, et l'oiseau de la fondre, souverain des airs. C'est aussi dans le vobinage de ces mêmes lieux que l'homme libre cherche des asiles : le sage Ilelvétien, au sommet des Alpes; le Sauvage indompté du Chili , sur celui des Cordillères; et l'innocent Samoîède, dans les contrées voisines du pôle. C'est là que l'homme a brisé « non-seulement les liens de la politique, mais ceux des superstitions, de la cupidité et de toutes les passions qui torturent la vie. C'est là que le soleil , dégagé des vapeurs de la terre, apparaît dans tout son éclat, et que l'ame, secouant toutes ses chaînes, semble recouvrer sa liberté primitive.

Si les montagnes hyémales ou à glace se rapportent particulièrement à l'harmonie négative du soleil, les montagnes volcaniques ou à feu peuvent se rapportera son harmonie positive, parce que tout feu émane de lui , dans son origine. Cependant les unes et les autres sont coordonnées aux eaux; les premières, pour les attirer à leurs sommets; les secondes, pour les épurer à leurs foyers. Chaque puissance de la nature est une roue à plusieurs crans, et elles s'engrènent les unes dans les autres.

Les montagnes volcaniques sont destinées , comme nous l'avons vu dans nos Études, à consumer les soufres et les bitumes des végétaux et des animaux qui nagent dans la mer, et que les fleuves y cliarrient sans cesse du sein des terres. On trouve des amas inépuisables de bitume marin tout formé, à l'embouchure de l'Orénoque, sur les rivages de l'ile de la Trinité, suivant le témoignage du P. Joseph de Gumilla; ils y. sont connus sous le nom de fontaines de goudron. Il y en a aussi en plusieurs endroits sur les côtes de la mer du Sud. Les marins s'en servent pour espalmer leurs vaisseaux. On en trouve des sources bouillantes à la Solfatara, près de Naples. Je suis porté à croire que ce bitume, dans l'état de fluidité, s'introduit avec l'eau de la mer même à travers les * couches de sable des rivages, à une certaine distance dans les terres, et que lorsqu'il vient à s'enflammer par la fermentation des parties ferrugineuses que les vases marines y déposent, par celle des huiles et des soufres qui y pénètrent également , par les pluies qui tombent sur les grèves après une saison sèche, on eufln par d'autres moyens, il devient ki cause première des tremble-»

HARMONIES TERRESTRES

mens (le (erre, qui, ainsi ({ne les volcans, n'ont leur foyer que daas le voisinage de la nier ou des «grands lacs.

Les montagnes volcaniques sont toutes coniques, ou en forme de pain de sucre. Leur sonnnet est tron(|ué, et on y trouve une gi*ande cavité, de fiç^nre parabolique, que Ton nomme cratère, d'un mot grec qui signifie coupe. Cest du fond de ce cratère, formé par leui*s explosions, (piVlles exlialenl leurs feux. Cependant leurs laves , ou pierres liqurfiées, sortent souvent par leurs flancs, d*où elles vont se rendre à la mer. Leurs cratères sont tous à des élévations considérables dans Tatmosphère. Si les volcans brûlaient à fleur de len-e, les vents en rabattraient les fumées sur les campagnes, qui en seraient infeclées à de grandes distances, et rendues tout-à-fait stériles; tandis qu'au contraire les {xlaines (|ui en sont voisines , comme celles de Naples, sont i-emarcpiables par leur graixle fécondité. Les lx)rds île leurs cratères contribuent aussi ù Tasceiision de leurs feux et de leurs fumées dans Tatmosplière, en empêchant les vents de s'opposer à leur sortie. On réussirait peut-être , par le même moyen, à empêcher nos cheminées de fumer, en les couronnant de cratères, auxquels on peut donner à l'extérieur les formes de vases les plus agréables. J'ai vu, à la campagne, un pavillon proiluire un effet charmant par une semblable décoration. Le haut des cheminées qui entouraient son dôme était masqué |)ar des groupes de génies, qui tenaient daas leurs mains des vases dont les couvercles étaient percés de trous. La fumée , qui passait à travers ces trous , semblait sortir d'un encensoir, et s'élevait vers un Apollon qui coui*onnait le haut du dôme. On me dit que ce pavillon avait été constnût sur les dessins de rarchilecte de VVailly. Je m'étonne que quelque artiste ingénieux, à son exemple, n'ait pas tiré parti de nos gouttières , qui inondent les (^ssans dans nos villes. On pourrait faire jaillir les eaux de pluie en gerbes et en jets d'eau autour des toits de nos édifices et de nos temples, et lorsque les fumées de leurs clieminées s'élèveraient en. même temps du fond de leurs cratères vers le ciel , il en résulterait des effets cliarmans. L'agrément s'y trouverait réuni avee l'utilité, comme dans les ouvrages de la nature.

Je n'ai jamais vu de volcans , (pioique j'aie cherché plusieurs fois à satisfaire , à ce sujet, ma curiosité; mais quand j'en aurais vu, il me serait impossible d'en faire une description comparable à celle que Virgile nous a donnée de celui de l'Elna ' :

'éiiéfDi. liv.ui, vers 969^577.

Intprea fessos ventm ciim sole reliqoU ; Igiiarique vis , Cyclopuni allabimar arte. Portas ah accessu veiitorum immutus , et in^eiis Ipso; sed horrïfîcisjuxta toiiat ^Etna niinis, Iiiterdiimquo alram prorumpit ad xlbera nabeni Tarl)iiie funianteni piceo, et candente bvOli; Atlullilcpie globos flanunarum , et sidéra lamhii: Iiitcrdiiin scopulos aviilsaque viACera montis Krigit oructans . liquctactaquc saia sub auras Cuin gontilii glumerat , fundwiuc exsstuat imo.

« Cri)eqdaiit le vent tombe au coucher du soleil, et now » laUse accablé» de fatiguo. lucertains de notre route, ooui » r(>l:)cbous sur les rivages des Cyclopes. Nous y trouvons on » IHH't immense, tranquille, inaccessihte aux vents; maii > près de là PKtna , entouré de ruines horribles , lait gronder » sou toimcrre. TaultM il lance d'affreux nuages, comme des 9 tourbillons de fumt'o liittimiueuse et de cendre toiitétince- » lante , suivis de longues flammes qui semblent lécher les » deux; tantôt il vomit, avec im bruit épouvantable, des » roches arrachées de ses entrailles; il roule en gémisiaiit «leurs lav(>s liquéfiées dans son sehi, etlesfaitooiiier, tout » enflammées , de ses flaucs entr'ouverts. »

Nous avons vu , aux liarraonies aquatiques de la terre, que les volcans étaient les dépuratenrs des eaux , et (pi'ils étaient situés non-seulement dam le voisinage des mers et des grands lacs, mais à l'extrémité de leurs courans et dans les foyers de leurs remous. Par exemple, le mont Etna, en Sicile, est au débouché de l'ancien détroit de Cbarybde et de Scylla, ainsi que le décrit Virgile dans les vers qui précèdent ceux que nous venons de citer. Le V^ésuve est au fond de la baie de Naples, c'est-à-dire dans im lieu favorable aux alluyîons, comme le sont la plupart des baies. Le mont Hécla, en Islande, est au confluent du courant général de l'Atlantique, qui descend du pôle nord en été et y remonte en hiver , et des contre^ooaFans ou marées qui y déposent les bitumes et les hniks (|ui proviennent des fleuves du nord de l'Earope et de l'Amérique. Ces dépôU sont si constans et si réguliers , qu'on y trouve chaque année des amas considérables de bois, qui servent au dianffiige des habitans de cette lie, dépouillée de ses anciennes forêts. On trouve aussi snr ses rivages quantité de terres à tourlies qui sont formées, comme l'on sait, de débris de plantes déposées par les eaux. Les dix-huit volcans qui sont rangés à la suite les uns des autres sur les rivages occidentaux de l'Amérique méridionale sont pareillement dans les remous de la mer Pacifîque. Lescontre-couram des pôles qui en baignent les pieds , et le vent du sud qui y souffle toute l'année, y ramènent tons les coq» qui nagent en dissolution dans cette vasle mer. Il en résulte que ses côtes ne sont abordables que derrière des lies, et qu'elles sont sujettes à de frécpiens tremblemens. Les volcans des autres parties du monde offrent des positions semblables ,

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teis sont ceux des tles de Sumatra, des Philippines, de la Noorelle-Guinée. La plupart sont situés dans la zone loiTide, et surtout vers son milieu , non à cause du renflement prétendu de la terre sous Téqiuteur, mais plutôt à cause de sa dépression dans ceilezone, où l'Océan s*étend sur un plus grand diamètre, comme dans le lien le plus bas du globe. Les oourans généraux des pôles y déposent, d'aillairs, la plupart de leurs alluvions, comme on peut le voir aux sab'es et aux hauts- fonds (jni entourent au loin la Nouvelle-Hollande, et en rendent les rivages inaccessibles aux grands vaisseaux. C'est aussi dans cette zone que la mer du Sud se rouronne d*iles naissantes, fondées, non sur des sables, nuiis à Textrémilé de cônes d'une profondeur încominensurable , élevés par des insectes invisiUeSy qui const misent des roches énormes de madrépores avec les tritus lapidifîques des eaux. Enfin le nombre considérable de volcans situés au sein des mers torridiennes prouve que la nature ne les y a multipliés que pour accélérer leur dépuration.

n est très-remarquable qu'il y a eu autrefois plus de volcans allumés qu'à présent. On en trouve [>!asieun» éteints dans les Iles de la mer du Sud et sur les côtes du Pérou. Le pic de TénérifTe et le mont Etna, dont Virgile et Pline le naturaliste ih^us ont fait des descriptions effrayantes, ne bnV lent presque plus. Je présume que la diminution de leurs feux provient de la diminution des forêts dont l'Europe inhabitée était autrefois couverte , et peut-être de celle de l'Océan lui-même. Quant aux montagnes vulcanisées qui sont au sein des oonlineos, comme celles du Vivarais, du Bas-Languedoc et de l'Auvergne, je fiense, si j'ose le dire, qu'elles ont été autrefois au milieu des mers torridiennes, lorsque les pôles se trouvaient vers f isthme de Panama et le détroit de Java. Les débris afTiieux de leurs hautes montagnes et de leurs Iles escarpées, placées aux extrémités du même dtamèCre, semblent être les antiques essieux du giobe, brisés par les glaces et les torrens des hivers. Si vftis tracez entre ces deux pôles anciens une zone qui en soit à égaie dislance , vous la ferez passer par les pôles actuels, et elle sera toute parsemée de monuraens lorridiens. La Sibérie vous montrera des mines d'or et des squelettes d'éléplians ensevelis sur les bords de Tlrtis; la Hollande, des débris de [jalniîers près d'Amsterdam , ei des mâchoires de crocodiles dans les carrières de Maesfricbt; FAnglelerre, des dépouilles de rhilioeéros; la Normandie, la tuilée, cette grande roqniile des Moluqu&s ; les collines de Montmartre, des «squelettes sans nombre d*nn animal de l'es-

pèce du tapir, mais dont le pied est trifoui-chu ; la Bourgogne, des os d'éléphant, au point le plus élevé du canal que vient d'y construire le sav;int ingénieur Gauthey; enfin l'Auvergne, le Vivarais, le Bas-Languedoc, élèvent vers les cieux leui-s monts volcanisés, (fui ont dû nécessairement se trouver jadis aux bords des mers. Je ne présente ici qu'un arc de cette ancienne route du soleil allant du nord au sud , avant celle qu'il parcourt aujourd'hui de l'est à l'ouest. Peut-être trouverait -on autour du détroit de Java et de l'isthme de Sue/ , des monumens, des végétaux et des animaux des anciennes zones glaciales; des débris de sapins et des os d'ours blancs sous les racines des girofliers ; des mousses et des squelettes de rennes dans les flancs des montagnes couronnées de cacaotiers. Les pierres brisées dont toutes ces terres sont couvertes semblent y indiquer l'action prolongée des plus nides hivers.

Si la retraite subite du feu dans un corps solide peut en opérer la fracture, comme nous en avons l'expérience, la même cause peut o|)érer la réunion des coq» fluides, comme nous le voyons dans la congélation et lacristaflisalion, qui l'une et l'autre affectent des formes régulières convergentes à un même centre. Si une goutte d'eau évaporée est frappée du froid , elle se change en étoile de neige à six rayons, en hiver, et en polyèdre de grêle à six pans , en été. Une goutte de verre liquéfié par le feu , frappée par l'eau , produit un phénomène plus étonnant : c'est celui de la larme batavique , dont l'épaisseur résiste au marteau , et se laisse entamer par la lime sans se détruire , et qui se réduit sur-le-champ en poudre si on en rompt le petit bout. II semble que ce soit une cristallisation dont le foyer est , non au centre de la roue , mais dans la queue, qui est sensiblement plus raide qu'un fil de verre du même diamètre. Ce phénomène si commun m'a toujours paru inexplicable, malgré les explications des physiciens. Tout ce que j'en veux conclure ici , c'est que les colonnes de basalte à cinq, six , sept pans, que l'on trouve si fréquemment en Auvergne , dans Tile de Staffa , et à la chaussée des Céans en Ecosse , ne sont peut-être , dans l'origine , que des masses d'une matière terrestre vitrifiée par les volcans , refroidies et cristaUisées tout à coup par l'eau de la mer « où eUes se sont écoulées. Il est possible encore que des masses semblables, liquéfiées par le feu en se plongeant dans l'eau , se soient cristallisées à la manière des larmes bataviques, et produisent dans le sein de la terre , en venant à se rompre , ces affreux tremblemens et ces explosions subites , dont les commotions se font sentir à des centaines de

IIAUMONIES TERRESTRES

lieues de disUnce. Je sais bien que j*ai présenté ailleurs d'autres explications de ces phénomènes ; mais on ne peut Irop les varier. Nous sommes des aveugles (pii lirons à un bul : plus on lance de flèches, plus il y a de prol>abilités de l*alteindre. D'ailleurs , tout ce que nos arts découvrent en petît existe en grand dans la nature.

Les montagnes volcaniques ont , comme les autres montagnes , des minéraux qui leur sont propres et ({ui les caractérisent comme leurs formes. 0|)endant , (pioiciue leiu*s feux et leurs cendres hnllantes frappent autour d'elles la terre de stérilité, leurs bases et une partie de leurs flancs se recouvrent promptement d'un humus très-fécond : en épurant les eaux, elles volatilisent dans les airs les sels, les huiles, les esprits et tous les élémens du système végétal, dont elles sont a la fois le tombeau sur le bord de la mer, et le berceau dans l'atmosphère. On connaît la fécondité et l'heureuse température des vallées du Pérou, couronnées à la fois de montagnes à glaces et de montagnes à feu. C'est sur les lianes du Vésuve que se recueille la délicieuse grappe du lacryma-christi; c'est sur les bords de son golfe que les plus voluptueux habilans de Rome plantaient leurs jardins. Ce fut aussi dans les plaines de la Sicile, au- pied des croupes «le FEtiia , surmontées de vignes , d'oliviers et d'énormes chAlaîgniers , que l'Europe (•leva, au milieu des moissons, les premiers autels à Cérès; je dis l'Europe, car on y envoyait des offrandes du tond du nord , du pays des IlyperlK)i<''ens , ainsi (jue le rapporte Plutarquc.

J'ignore si ces montagnes volcaniennes ont quel- <|ues végét^tux (\u\ leur soient propres , mais elles ont des animaux (|u'on ne trouve point ailleurs. Le père Dutertre, dans la description qu'il nous a donnée de la Guadeloupe, Ile à volcan , qu'il appelle la plus ])elle et la meilleure des Antilles, [larle d'un oiseau fort extraordûiaire (|ui liabite la montagne de son volcan , appelée la Soufrière. Cet oiseau , que les habitans nomment diable à cause de sa laideur, est à la fois un oiseau de nuit et de mer. Pendant le jour il n'y voit point; il se réfugie alors an liaut de la montagne , où il a son nid dans la terre, et où il pond ses œnfs. Il vole et va à la pêche pendant la unît, a Sa chair est si délicate , » ajoute le père Dutertre, qu'il ne retourne point » de chasseur de la Soufrière , qui ne souhaite de » bon cœur d'avoir une douzaine de ces diables » pendus à son cou. » La description de ce voyal^ur est confirmée et amplifiée par son confrère Labat. Celui-ci dit que <cle diable de la Soufrièi*e » a des membranes aux pâtes conmie un canaitl , I* ec des griffes comme un oiseau de proie , un bec

» [N)intn et courbé , de grands yeux qui ne peamt » supporter la lumière du jour ni discerner In ob- » jets : de sorte que, quand il est surpris le joor » hors de sa retraite, il heurte contre toutœqD'B » rencontre et tombe à terre ; mais la nuit, Û n » pécher sur la mer. » Il ajoute que c'est on oiseau de passage. On croit que c'est une espèce de pétrel. Je me suis quelquefois amusé à Toir de» pécheurs prendre du fioisson la nuit à la cbité d'une torche de fiaille; mais voilà on oiseau de marine plus ingénieux , qui pèche à la lueur da volcans , et couve ses œufs à la clialeur de leur nufrière. Ainsi la nature a destiné des habitans «a sites les pins épouvantables. Elle a tiré du sein de» eaux un oiseau pour le faire vivre au miKen da feux ; et si le pétrel ordinaire a mérité par sa bar ilicsse le nom d'oiseau de la tempête , Toîseau unrin et nocturne de la Soufrière , qui est de la même famille , doit s'appeler le pélrd des volcans.

Les divers sites de la ten-e ont chacun leur «pèce d'animal , mais l'iiomme seul étend sur toos son empire. Le Lapon habite, comme le renne, les monts à réverbères du nord; T Abyssin, comme le singe, les monts à parasol de l'Ethiopie; le Chilien , comme le lama , les glaciers des Cordilièra; et les Siciliens ont vu le philosoplie Empédode s*établir sur le sommet de l'Etna , où ils vont cocore visiter sa petite tour.

La terre a sans d(Hite encore d'antres hannoniei avec le soleil , dont la plupart nous sont inconnues; mais nous terminei'ons celle -ci en jetant un OMp d'œil sur les harmonies qu'elle a avec la lune. 11 n'y a pas de doute (]u'elle ne lui renvoie nne partie de kl lumière solaire, mais beaucoup moins vive (]ue c^lle qu'elle en reçoit , quoique quatre fris plus étendue. Comme je Tai déjà observé, la lainière des satellites est plus forte que celle qui rejaillit de leur planète , parce qu'ils sont disposés en révert)ères, et qu'ils lui présentent toujours h même face; cependant la planète, à son tour, étant plus grande et tournant sur elle-même, leur renvoie une lumière plus spacieuse , mais plus divergente : ce qui forme compensation.

J'ai lieu de présumer que la plupart des effets de la hme sur la terre sont environ douze fois moins grands que ceux du soleil sous Téquatenr, et environ seize fois moins vers les cercles polaires. Il est singulier que les métaux synonymiques de ces deux astres, tels que l'or et l'argent, aient à peu près les mêmes proportions de valeur panra les hommes ,'dans ces différens climats. En pariant des liarmonies lunaires de la terre , j'ai refiité Houguer , qui affirme que la lumière de la loue est trois cent mille fois moindre que cefle du soleîL

DU SOLEIL ET DE LA LUNE

En effet, cet académicien s'est prodigieusement trompé dans rexpérience et les calculs dont il s'appoie. Si , au lieu de verres superposés pour réduire k lumière du soleU à celle d*un clair de lune , il avait employé simplement les couches de l'atmosphère , il aurait recoimu bientôt son énorme erreur. Selon lui , il s'ensuivrait qu'une cerise , visi- \Àe à une toise de distance , au clair de la lune , le serait encore à trois cent mille toises, ou à cent quarante lieues, à la lumière du soleil, trois cent mille fois plus forte. Je crois, an contraire, avoir observé qu'un objet éclairé du soleil, à l'horizon, s'apercevait aussi distinctement éclairé parla pleine lune , lorsqu'il était , en été douze fois, et en hiver seize fuis plus près de nous. Ces dislances varient alors dans les mêmes proportions que des objets placés sous la ligne et sous les cercles polaires. On vint y à la Inmièiip de la pleine lune , une montagne, à an quart de lieue, aussi distinctement qu'à trois ou quatre lieues , à la lumière du soleil.

J'ignore si la dialeur de la lune est dans les mêmes rapports; mais il est certain qu'elle influe sur toutes les puissances de la nature. Un capitaine anglais y dont la relation est insérée dans l'Histoire générale des Voyages , affirme , de la manière la plus positive , que la dialeur de la lune est trèssen^ble en Guinée. Pline, que j'ai cité, assure qu'elle résout les neiges et les glaces. C'est sans doute à la chaleur des rayons solaires qu*elle reflète sar les glaces des pôles , surtout lorsqu'elle est nouvelle et pleine, qu'il fiaiut attribuer l'accrois- 5iemeni des marées à ces deux époques , conune je l'ai dit ailleni's. EnGn tous nos laboureurs savent combien ces mêmes phases accélèrent la germination des plantes et les générations des animaux.

Les m<mt6 à réverbère , à parasol , à glace et à feu en reçoivent aussi de nouveaux effets. Ils prennent sous ses rayons des teintes et des formes magiques; le soleil en peint les paysages avec des couleurs, la lune avec du noir et du blanc : le premier en Élit des tableaux , et la seconde des estampes. Cependant chacun de ces monts en reçoit qudque harmonie nouvelle. Ceux à réverbère jetlent sur les rochers et les arbres voisins , intermédiaires entre la lune et eux , des gerbes de lumière qui en dissipent les ombres et les font paraître lumineux ilans toute leur circonférence; les monts à parasol, au contraire, éclairés seulement sur les plateaux, étalent sur leurs flancs et à leurs pieds des ombres plus obscures qui , contrastant fortement avec leur lumière, les font paraître plus près la unit que le jour. C'est un effet bien connu des f^ns de mer , et que nous éprouvâmes en appro-

chant, la nuit, des montagnes de la Corse. Nous nous en crûmes si près , dans l'obscurité , que nous nous liàtâmes de nous en éloigner , en revirant de bord ; mais une heure après , au lever de l'aurore, nous les vîmes bien loin derrière nous, et elles semblaient fuir à mesure que le jour s'élevait. Les monts à glace paraissent couleur de rose au couelier du soleil, et argentés au lever de la lune.

Les monts volcaniques ne laissent apercevoir au soleil que leurs épaisses fumées; mais an clair de la lune , on voit briller leurs feux , qui rougissent les vastes horizons. La nature semble ne les avoir placés sur les rivages des mers que pour servir de phares aux navigateurs sur la terre , comme la lune leur en sert dans les cieiuc.

HARMONIES TERRESTRES

DE L'AIR

Nous avons montré, aux harmonies aériemies de la terre , comment les montagnes se réparent par la médiation des vents; nous allons indiquer ici comment l'air se renouvelle par la médiation des montagnes. Jusqu'ici la terre nue ne nous a offert que des couleurs et des formes diverses, ou des bruits épouvantables, tels que ceux de ses volcans; elle va parler à notre ouïe par des sons enchanteurs, de doux murmures et des échos , prodïûts par les rochers et les vents.

Je distingue deux espèces de montagnes qui ont des harmonies avec l'air : l'une en a de négatives et l'autre de positives.

Je donne aux premières le nom d'anli-éoliennes, parce qu'elles mettent les végétaux et les animaux à l'abri des vents. On conçoit fadlement que les montagnes doivent être communes dans les pays où des vents réguliers soufQent pendant l'année entière : toute élévation qui n'est pas dans la direction de ces vents doit avoir un côté exposé à leur influence, et un autre qui en soit à l'abri. C'est par rapport à ces harmonies terrestres de l'air , que la plupart des lies dans la zone torride se distinguent en deux parties principales , l'une appelée au vent y et l'autre sous le vent. La partie qui est auvent s'élève pour l'ordinaire en pente douce, depuis les bords de la mer jusqu'aux sommets des montagnes , situées presque toujours vers la partie qui est sous le vent; c'est sur la partie qui est au vent que coulent la plupart des rivières, parce que c'est de ce côté que les vents chairient les vapeurs et les nuages qu'ils puisent au sein des mers. La partie cpii est sous le vent, au contraire , est très-

HARMONIES TERRESTRES

élevée , et inaiH|ue ordinairement d'eau ; mais elle offre des abris aux vaisseaux, et quelquefois des {)orlsque la nature y a prati(|ués. On peut se former en grand une image de ces dispositions topographiques, avec une carie de rAmérique méridionale : on V verra, du côté où soufilent les vents réguliers de Test , tout le continent s'élever depuis les bords de l'océan Atlantiipie jusqu'aux sommets des Cordilières , rangées sur les bords de la mer du Sud. Ce vaste amphitliéâlre , qui a plus de seize cents lieues de développement, est arrosé par une nuiltitude de rivières et de lleuves, dont quelquesuas, comme l'Amazone, ont plus de cent vingt lieues d'embouchure. Au contraire, il ne descend des Cordilières à la mer du Sud que quelques ruisse<iux qui , après avoir rafralclii les vallées étroites du Péiou, vont se perdre pour la plupait dans des sables.

Il y a des montagnes anti-éoliennes qui ont des caractères encore plus déterminés. Je les appelle collines à ondes, à cause de leur peu d'élévation, et de la régularité de leurs fonnes. Elles n'ont point d'angles saillans et rentrans en correspondance, comme celles qui servent de digues naturelles à nos rivières ; mais elles sont parallèles entre elles : telles sont celles qui sillonnent les plaines du Thibet , et qui , dans cette partie de la terre, une des plus élevées de l'Asie, présentent l'aspect des flots d'une mer agitée; on en trouve aussi de semblables dans plusieurs endroits delà Tartarie. Elles paraissent destinées à abriter, dans leurs vallées petites et rré(|uentcs , leurs végétaux du souflle des vents, qui sont violens dans ces contrées élevées. C'est sur leurs ados et au fond de leurs fossés, que se plaisent la rhubarbe au large feuillage , et le ginseng si vanté des Chinois pour le rétablissement des forces épuisées. Elles sont pour l'ordinaire habitées par des troupeaux de moutons sauvages , qui y sont de la plus belle et de la plus vigoureuse espèce qu'il y ait au monde. Ils surpassent les chevaux et les cliiens à la course. Quelques naturalistes même croient que le mouton est originaire de ces contrées, comme le chameau de l'Arabie , et le chameau-léopard ou girafe de l'Afrique méridionale. Cet animal , si utile , qui se plait sur nos collines aérées bien plus que dans nos plaines , est encore plus protégé des vents que du froid par sa toison fiisée. Les animaux qui habitent les pays froids , comme les lou|)s , les martres, les renards, ont les poils de leur fourrure longs , touffus et Foyeux ; mais ils ne les ont pas crépus conmie les |)oils de la laine , dont les entrelacs forment une toison d'une seule pièce , impénétrable aux vents : d'ailleur.7 le mouton n'est point un aniimd du nord,

car il y dégénère. Enfin les Tents soQfflem plus violemment dans les pays tempérés et dans les méridionaux , que dans les pays froids , oonime nui» allons le voir.

Il y a des montagnes qui , au lieu de protéger les terres contre les vents, produisent au contrairt des vents dans le temps le plus calme. Telles sont Celles ({u'on appelle, en Italie, monts éoiiens, qui sont situés près de la ville de Caesium. Ces nioots sont remplis de cavernes. Quand le soleil édianflfe et raréfie l'air des environs , celui qui est dans les cavernes se dilate, et sort avec violence par des soupiraux , et surtout par ime porte que les habitans de Oesium y ont pratiquée.

Les montagnes des lies Antilles prodniseDt des effets semblables, et encore plus grands; car il en sort régulièrement toutes les nuits des vents appelés vents de terre , qui soufflent en divergeant du centre de chaque île à fihisieurs lienesen mer. D'un autre côté , le vent de mer y soaffle tout le jour. Le marin Dampier cite, dans son Traité des yenis, beaucoup d'endroits semblables , sitaés dans la zone torride, où ces vents de mer et de terre ont lien alternativement le jour et la nuit: tels sont, en Améri(pie, l'istlime de Darien, où la nuttle vent de terre vient de l'intérieur même du continent, la baie de Panama , Guayaquil , Paîta , la baie de Campêebe, deux petits archi[)els d'Iles au midi de Cuba, la Jamaïque, etc.; et en Asie, Bantam dans File de Java , Achen dans l'ile de Sumatra , la oôle de Goromandel dans le continent de l'Inde , etc. , etc. J'y dois joindre sans doute les plages torridiennes de l'Afrique, et surtout celles de la Guinée, que le vent de mer vient rafraîchir régulièrement tous les jours , depuis les huit heures du matin jusque vers le coucher du soleil ; vent qui est suivi d'on calme, aprèsi lequel le vent de tore souffle toute la nuit jusqu'au point du jour. '

Quelques naturalistes célèbres ont expliqué œ flux et reflux des vents de terre et de mer, ooonos des marins sous le nom de brises de terre et de brises du large , en supposant que les montagnes d'où ils sortent sont caverneuses, comme les monts éoiiens de Cœsium. Ils disent donc qu'elles se rem|dissent pendant le jour du vent de mer qui y souffle; et qu'elles le dégorgent ensuite pendant la nuit. Je n'adopte pas du tout leur explication. Elle suppose, dans des effets si conminns, deux causes, dont l'une, à mon avis, est fort rare, et l'autre est tout-à-fait inconcevable. La première, c'est que ces montagnes à vent sont caverneuses. Je crois les cavernes naturelles fort rares et fort petites par tout pays , quoi qu*cn disent les poètes et les philosophes , <j(d expliquent pur leur moyen

DE L'AIR

2ir>

une multitiide d'efleU physiques , et qui y logent même les premiers hommes de toutes les nations. J'ai nn peo voyagé, et je n'ai jamais vu qu'une seule caverne naturelle, si toutefois on peut appeler ainsi le canal d'un fleuve souterrain, rempli d'eau dans la saison des pluies. C'était à l'Ile de France. Ce canal vient de l'intérieur de l'Ile, et se rend à la mer à un endroit de la côte appelé la Pointe des caves. J'y descendis, à une lieue environ da rivage, par un tixHi extérieur qui s'était iMrmé dans sa voûte ; j'en parcourus environ cent cinquante tmses à la lueur des flambeaux, car il ne reçoit la lumière du jour que par son éboulement. Il est donc inhabitable aux hommes, et même aux animaux, attendu qu'il est plein d'eau dans la saison des pluies, où ils auraient le plus besoin d'abri, ta seconde cause, que je ne saurais concevoir dans rhypothèse des cavernes éoliennes des Iles à vent, c'est qu'U faut supposer qu'elles sont d'une grandeur prodigieuse, et que les vents de mer, qui y soufQent pendant le jour, s'y entassent et s'y compriment d'eux-mêmes, pour souffler ensuite toute la nuit à plusieurs lieues de distance en mer, avec des rafales capables souvent de démâter les vaisseaux. C'est sans doute à cause de leur violence, que les marins leur donnent le nom de brises, et de brises carabinées quand elles sont très-fortes. Il feut ensuite supposer qu'il y a dans les flancs de ces montagnes caverneuses des soupiraux très-nombreux, pour que ces vents soufflent dans toute l'étendue d'une côte ; et de plus, qu'il y a dans ces terres bnllêes du soleil pendant tout le jour, des glacières qui rafralcliisseul ces vents nocturnes ; car il sont si froids , que ceux qui couchent à l'air, sans se couvrir au moins la poitrine, deviennent quelquefois perclus de tous leurs membres. Il est bien certain qu'on ne trouve aucun de ces accessoires mécaniques dans les montagnes que j'appelle éoliennes. Les physiciens expliquent le jeu de leurs machines par les lois de la nature, et ils ont sans doute raison ; mais ils expliquent aussi les phénomènes de la nature par le jeu de leurs machines , et c'est en quoi ils se trompent souvent. Quoiqu'il n'entre pas dans mon plan de rediercher les causes de tous les phénomènes , lorsque je rejette quelqu'une de celles dont nos cabinelsde physique nous amusent, je tâche de la remplacer par quelque autre qui soit dans la nature même, et dont nous puissions nous assurer par Texpérience. Je hasarderai donc ici une courte explication de la cause des vents diurnes de mer, et nocturnes de terre, dans les lies des pays chauds. Elle nous convaincra des harmonies qui régnent entre toutes les parties du globe, et de la nécessité d'étudier la

géographie , comme une science qui a des principes certahis.

Nous poserons d'abord comme un fait évident , que pailout où l'air est dilaté, l'air environnant y flue, et y produit un courant qu'on appelle vent. I^ soleil à l'horizon, édiauffont donc, je suppose, la partie du continent de l'Amérique comprise dans la zone torride, en dilate Tatmosplière ; ce qui détermine Tatmosplière voisine de la mer Atlantique à y fluer, et à y produire le vent d'est ou d'orient. Ce vent se détermine à souffler du côté de rorient onde la mer Atlantique, plutôt que du côté du couchant ou de la mer du Sud , par deux raisons: la première, à cause de l'élévation des Cordillères, qui sont à l'extrémité occidentale de l'Amérique , et servent en quelque soile (le barrières à Tatmasphère du côté du coucliant ; la seconde, (|ui est la principale, à cause de la rotation de la terre, qui porte l'Amérique du côté de Torient vers le soleil , et lui présente peu à peu son hémisphère occidental, dont il dilate l'air de proche en proche; ce qui oblige l'atmosphère à y fluer de l'hémisphère oriental, que la terre soustrait peu à peu à la chaleur de l'astre du jour. Les parties de l'atmosphère qui ont le plus de densité , de poids et de ressort doivent s'y porter avec le plus de force. Voilà pourquoi l'air froid et condensé des pôles se joint au vent d'orient des deux côtés de l'équateur, et produit dans les deux zones torrides les vents frais et réguliers de nord-est et de sud-est. Si la terre était immobile, il est probable que les vents de ses zones torrides seraient toujours polaires, c'est-à-dire nord et sud. Ainsi les vents réguliers ou alués qui régnent des deux côtés de l'équateur ne sont pas produits par la force centrifuge de la terre en rotation , comme l'ont dit de fameux astronomes, entre autres le docteur Halley. Ils représentent l'atmosphère autour de l'équateur du globe, comme la chevelure d'Atalante en course. Pour que cette hypothèse eût quelque vraisemblance, il faudrait supposer que l'air éprouvât lui-même quelque résistance en sens contraire; car la force centrifuge de la terre, combinée avec son mouvement de rotation, ne le ferait point rétrograder. Il tournerait avec elle d'une vitesse égale, comme il arriverait au duvet d'un cocon de ver à soie qu'on mettrait en mouvement dans le vide , et à la clievelure même d'Atalante, qui accompagnerait son visage, si elle traversait les simples diamps de la lumière. Enfln, si cette prétendue force centrifuge rétrograde fait fluer les vents sous la ligne de l'est à l'ouest , pourquoi y sont-ils nord-est et sud-est ? pourquoi y sont-ils variables, surtout dans la mer du Sud ?

âi6

HARMONIES TERRESTRES

Ou peut faire mille objections au système de liailey, mais je n'en opposerai ici ([u'une seule : c'est que si une force centrifuge rétrograde faisait circuler les vents d'orient en occident, sous la ligne, elle y ferait aussi circuler les mers ; le courant de la mer des Indes irait toujours d'orient en occident, et ne rétrograderait pas, à récjuinoxe de septembre, d'occident en orient , pour couler six mois dans cette nouvelle direction. Enfin , depuis que le gIot)e tourne sur ses pôles , le bassin de ses mers ne formerait plus qu'un canal circulaire sous la zone torride, où se rassemble toute la force centrifuge.

II faut l'avouer, les astronomes raisonnent bien à leur aise. Tantôt ils soumettent l'atmosphère à la force de rotation de la terre, et ils en soustraient les mers, comme dans leur théorie des vents; tantôt ils soumettent les mers à la force de gravitation de la lune, et ils en soustraient l'atmosphère, comme dans leur théorie des marées. Ils ne craignent point d'être accusés de contradiction : ils sont à l'abri, au moyen de leurs obscures hypothèses et de leurs savans calculs. Pour nous,, qui cherchons à mettre la vérité en éridence, nous pourrons bien éprouver l'indifférence du vulgaire des hommes, qui ne l'admirent qu'entourée de mystères.

Il me parait hors de doute que la dilatation de l'air par la clialeur de la terre , et la déclivité du sol , sor.t les causes premières des vents et de leurs directions. Ces causes physiques et locales ont tant d'influence, que, dans la partie de l'Afrique comprise même sous les vents alizés de l'est, il y souffle tous les jours un vent particulier de l'ouest, vers les huit ou neuf heures du matin , lorsque le soleil commence à l'échaufler ; il en est de même des vents de mer qui soufflent tout le jour sur les rivages des continens et des lies de la zone torride , soit qu'ils soient généraux ou particuliers. Mais , au coucher du soleil , ces vents maritimes se ralentissent aux environs des terres, parce que l'atmosphère de la mer se trouve alors trop dilatée par la chaleur, ou plutôt parce que l'atmosphère de ces terres commence alors à se refroidir et à se condenser, comme nous allons le voir. Dans le temps où ces deux atmosphères se mettent en équÛibre, on éprouve environ une heure de calme, et une forte chaleur qui deviendrait bientôt trèsincommode, si les montagnes des lies qui en stmt pénétrées ne dilataient alors l'air supérieur qui les couronne, et n'eu déterminaient les couches (qui , comme on sait, sont glaciales à deux ou trois mille toises de hauteur) à descendre et fluer vers leurs sommets , et de là à diverger par leurs gorges et

leurs vallées sur tonte TUe et aux environs. Voilà, à mon avis, la cause de la durée , de Fétendae, de la violence et de la fraîcheur des vents de terre aux lies torridiennes pendant la nuit.

C'est la dilatation de l'air par le soleil qni est la cause de tous les vents, et de leur fraîcheur même dans les pays chauds. C'est sa chaleur, pendant le jour, qui détermhie les vents des pôles à souffler en harmonie avec le vent d'est sur le continent de l'Amérique; comme c'est la chaleur, acquise pendant le jour , des lies méridionales, qui détermine leui' atmosphère supérieure et g^ciale à y souffler pendant la nuit. Amsi, quand noas voyons dans nos climats les nuages pluvieux de l'ouest s'avancer vers l'orient pendant des semaines entières, nous pouvons en conclure que Tatmosphère est dilatée dans quelque contrée de l'Ukraine ou de la Tailarie. La cause des vents, comme je l'ai dit aiUeurs, n'est point aux lieux d'où ils partent, mais à ceux où ils arrivent.

Qu'il est diflicile aux honunes d'apercevoir la vérité ! Elle se repose souvent sur des sites en sens contraire de nos aperçus; nous la cherchons devant nous , et elle est derrière nous. Nous croyons que les vents poussent, et ce sont eux qui sont poussés et attirés. Le soleil nous parait tourner antour de la terre, et c'est la terre qui tonme sur elle-même autour de lui. Le jour lumineux semble destiné à nous faire voir la nature dans tout son éclat, et c'est la nuit obscure qui nous la montre dans les deux. Il en est des vérités morales comme des physiques. Nous cherchons souvent dans les jouissances un bonheur que nous ne trouvons que dans les privations ; et cette vie fugitive, à laquelle nous sommes si attachés, ne nous mène qu'à la mort; tandis que la mort, qui nous épouvante, nous mène à une vie immorteUe.

Pour revenir aux vents alternatifs de terre et de mer, le célèbre marin Dampier, qui les considère en navigateur, fait cette réflexion sensée dans son Traité des Vents :

« Il faut avouer, dit-il, que ces vents de terre et » de mer sont un effet particylier de la Providence r> dans cette partie du monde, où les vents gêné-. » raux de mer régnent d'une manière que, sans le » secours des vents de terre, on n'y pourrait na- T» viguer; au lieu que, par leur moyen, on feil » jusqu'à deux ou trois cents lieues contre le vent » général ».

On en fait quelquefois bien davantage : la nature a mille moyens de parvenir à la même fin. Pour faciliter la navigation, elle distribue lesvenfs à certaines lies par cliaque nuit , à d'autres par chaque lune, à d'autres par diaque saison, comme

DE LAIR

à cefles qui sont dans les moussons de l'Inde. Elle a formé, en Italie, des montagnes éollennes caverneuses; elle en produit , dans les lies torridiennés, d'une structure différente et d'un plus grand effet. Celles-ci sont, pour l'ordinaire, surmontées de pics, qui peuvent très-bien attirer l'air comme ils attirent les nuages qui les environnent sans cesse. Je suis même porté à croire que les montagnes volcaniques sont en partie éoliennes en dilatant l'air par leurs feux. Le vent du sud qui soofQe presque toute l'année le long des côtes de la mer du sud, n'est peut-être déterminé à prendre cette direction que parla dilatation atmosphérique, opérée par un grand nombre de volcans rangés en ligne droite le long des montagnes du Pérou.

n est très-remarquable que la force des vents de terre se fait sentir principalement sur les rivages des mers chaudes. Dampier observe qu'ils sont bien plus violens aux débouchés des baies et des golfes qu'à l'extrémité des caps, où on ne les sent quelquefois point du tout. Il dit qu'il y a eu des marins assez slupides pour tirer du canon sur ces caps, afin d'y tuer, disaient- ils, le dragon qui empêchait la navigation. Pour moi , je pense que tous les lieux maritimes fameux par leurs coups de vents, ont des monts éoliens, ou des baies et des golfes qui les produisent : tels sont le golfe de Lyon dans la Méditerranée, et Tile de Tristan-da-Cunha , dont j'ai éprouvé les violentes tempêtes. D'un autre côté, je crois que les caps sont des monts auliéoliens, sur un des côtés desquels les vaisseaux peuvent toujours trouver des abris contre le vent ; et, si quelques-uns sont fameux par leurs ouragans, tels que le cap Finistère à l'extrémité de l'Espagne, et le cap de Bonne-Espérance à celle de l'Afrique, c'est qu'ils sont au débouché d'un golfe ou d'un détroit, comme le premier, à la sortie de la Manche, et le second, à celle du canal Mozambique. En effet , c'est au débouché de ce canal , et non par le travers du cap de Bonne-Espérance , qu'on est assailli de ces terribles tempêtes qui lui firent d'abord donner le nom de tempétueux. Ce sont des faits que je puis attester par les journaux des marins et par ma propre expérience.

Au reste , les vents frais et nocturnes de terre dans les lies et sur les côtes lorridiennes , se font sentir surtout sur les rivages et dans le fond de leurs baies , où les remous de la mer , aidés des brises du large, portent pendant le jour les dissolutions et les débris d'une infinité de corps qui finiraient bientôt par s'y entasser , et par y former des émanations dangereuses, sans les ventes de terre qui les rejettent la nuit en pleine mer. C'est par cette raison que les vents soufflent de haut en bas,

comme nous l'avons remarqué ailleurs , et qu'ils sont toujours violens au haut des montagnes et sur les bords des eaux. Le bon La Fontaine a fort bien senti ces convenances naturelles , et ne les a pas moins agréablement exprimées, lorsqu'il feit dire au chêne parlant au roseau :

Tout voua est aquilon , tout rae semble zépbir. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage,

Vous n'auriez pas tant à souffrir,

Je vous défendrais de l'orage;

Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent.

Le poète s'est exprimé en naturaliste en donnant au vent plusieurs royaumes ; et il n'y a pas de doute qu'il ne plante .son humble roseau dans un marais, et son chêne orgueilleux sur une hauteur. Nous observerons ici, comme nous l'avons déjà fait dans nos Études, que les végétaux de montagnes et de rivages ont pour l'ordinaire des feuilles menues, capillacées, sessiles, ligneuses, et capables ainsi de résister aux vents. Celles des chênes sont corticées et attachées à des queues fort dures; d'ailleurs leurs tronc est noueux et plein de force. Il y a de ces vieux chênes dans les montagnes, qui ont, avec leurs grosses branches coudées , l'attitude d'un athlète qui combat contre les tempêtes. Les végétaux aquatiques, au contraire, ont des tiges souples et des feuilles sessiles, comme les osiers, les saules, les joncs et les roseaux. Ceux ({ui ont un large feuillage, comme les nymphasa , le portent couché sur l'eau , de sorte qu'il ne donne pas de prise aux vents.

Dans les monts éoliens et sur les rivages de la zone lorride, les végétaux ont des tiges souples, dés feuilles branchues , allongées et tout-à-fait ligneuses: tels sont d'abord les palmistes qui couronnent les montagnes. Leur tige, qui a souvent plus de cent pieds de hauteur, porte ses palmes au-dessus des forêts; elle est si élastique, que, dans les tempêtes, elle ploie comme un arc , et son écorce est si dure , qu'elle fait rebrousser le fer des haches; l'intérieur de son tronc n'est formé que d'un faisceau de fibres. C'est sur les mêmes hauteurs que croissent la plupart des lianes, qui, semblables à des câbles, s'attachent aux arbres, et les fortifient contre les ouragans. L' écorce de ces lianes est si forte, que leurs lanières sont préférées aux meilleures cordes. On retrouve à peu près les mêmes qualités de souplesse et d'élasticité dans les tiges et les feuilles des graminées , des bambous , des lataniers et des cocotiers, qui croissent sur les bords de la mer. En général, les feuilles de toutes les espèces de palmiers sont si ligneuses , que les In-

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diens s'en servent comme de petites tablettes, sur lesquelles ils écrivent ou plutôt ils gravent avec un poinçon de fer.

Non-seulement les monts éoliens ont leurs végétaux particuliers, mais aussi leurs animaux. Je ne parlerai pas des oiseaux de terre et de mer qui vont y faire leurs nids, et élèvent ainsi leurs petits au foyer des tempêtes. Il y a de ces oiseaux, comme les orfraies, les foulques et les aigles, qui, exercés contre les vents dès leur naissance , volent à Topposite des plus violens orages. Mais il y a des quadrupèdes qui leur semblent particulièrement destinés: tel est entre autres le lama du Pérou. Cet animal convient encore mieux aux monts éoliens des Cordilières qu'à leurs glaciers. Il porte une toison épaisse et frisée comme celle du mouton ; ses pieds sont armés d'ergots , qui lui servent à gravir avec vitesse les rochers. Il a le cou long , la tête petite, et des naseaux forts ouverts, pour respirer aisément. Tous ces caractères , qui lui sont communs avec le chameau , exposé aux tempêtes sablonneuses de l'Afrique, conviennent parfôitement à un habitant des monts éoliens. La nature fait croître en abondance dans ceux de l'Amérique une espèce de jong appelé ycho , qui est la nourriture favorite de cet animal. Les vents sont si violens dans ces hautes contrées, que Thomas Gage raconte qu'il fut forcé, par leur impétuosité, de s'arrêter deux jours et une nuit près du sommet d'une montagne de la Nouvelle-Espagne, appelée Maquilapa, ou tête sans poil; et il eu aurait été précipité dans la mer du Sud (|u'il voyait à ses pieds, s'il ne s'était enfin résolu à marcher à quatre pâtes comme un lama. La nature a mis dans les monts éoliens des Antilles un quadrupède qui n'a |N)iut du tout de poil. C'est l'armadille , couverte d'écaillés, qui roule sur ses talons , eu se mettant en l)oule comme un cloporte.

Les monts éoliens ont non-seulement des plantes et des animaux, mais aussi des hommes propres à les habiter, du moins aux débouchés de leurs entonnoirs. Nous pouvons ranger parmi. ces hommes éoliens les Tartares et les Chinois septentrionaux. Les pays qu'ils habitent sont situés au pied de ces vastes montagnes en amphithéâtre, du nord de l'Asie , d'où , suivant Isbrand-Ides et les missionnaires jésuites , il sort régulièrement cliaque jour des vents qui élèvent une si grande quantité de sable, que les habitans de Pékin ne peuvent aller dans les rues sans porter un crêpe sur leur visage. J'attribue les petits yeux en coulisse qui caractérisent les Tartares et les Chinois septentrionaux, à CCS vents violens et sablonneux , qui les obligent sans cesse de cligner les paupières.

Les monts éoliens ont cependant aussi des harmonies très-agréables avec les hommes. Ils reçoivent pendant le jour les vents de la mer dans leurs gorges acoustiques, et font entendre les bruissemens des flots au sein des forêts. D'un antre côté, pendant la nuit , ils cluissentles parfums des végétaux bien avant en pleine mer : on sent quelquefois une Ile avant de l'apercevoir. En approdiant de œlle de France , j'ai vu nos malades scorbutiques se trouver mal tous à la fois, sans qu'on vit aucune terre. J'attribuais ces faiblesses subites et universelles à quelque influence végétale lointaine. J'avais un petit chien scorbutique aussi , qui , en se tournant le nez au vent, aspirait de toutes ses forces les émanations de ces terres invisibles.

Les monts éoliens ne sont donc pas l'ouvrage du hasard. Leurs formes mériteraient d'être étudiées, pour l'utilité même de notre arcbitectore , qui cherche à donner en été des courans d'air frais aux appartemens. On pourrait produire, ce me semble, les mêmes effets avec des courbes, qui multiplie^ raient en été, au haut de nos cheminées, l'ardeur du soleil. Si un foyer de clialeur, placé au bas. d'une cheminée, fait sortir par le haut un vent capable de faire tourner une machine , une semblable dialeur, agissant au haut d'une cheminée, pro^ duirait peut-être par en bas un effet contraire. C'est ce qui arrive en partie à certaines dieminées,. lorsque le soleil échauffe leurs sommets et en dilate l'aûr ; car alors la fumée en descend et rentra dans la chambre. Les Persans coustniîsent dans leurs maisons des cheminées à vent, qui servent uniquement à les rafraîchir. Je ne sais conunent elles sont construites au dedans : Cliardin en a donné les vues.

A u reste , je le répète , notre archilect ure devrait étudier la construction de notre globe, en appa^ rence si irrégulier; elle Im doit déjà ses cimens^ ses mortiers et ses assises horizontales. Certains philosophes l'ont regardé comme un corps organisé, qui ne cache \mn{ le jeu de ses organes ni le cours de ses fluides , parce qu'il les porte au dehors. Il a sa chaleur dans le soleil , sa respiration dans son atmosphère, ses poumons dans les monts éoliens , sa voix dans ses échos , ses veines dans ses fleuves, ses organes sécrétoires dans les volcans, ses os et sa cliarpente dans ses rochers et dans les montagnes saillantes ù sa surface.

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DE L'EAU

Conmie dans le corps des animaux il y a des o& de différentes formes et espèces , de durs et de

DE LTAC

qo^ls mt

et love, ma/L le?

Il stfane ; c^cfll «v«c Icfi bçonne le globe. Leii de la rvpoBdes BBiç», les M&TMlBcisilcs de Inn Ihocs, ksafaÉBesdeleflnpieds^la dans elles

SKSOBStractian. Lesêcroolra f«ftfilé. D T a pefll-éifv pÉBs de plantes ctd'jnnnBx créés pnr ses sables^ «s grafiers, tes Tases , ses rMÉMR fafiscs cl ses monls e«vpéSv <l"^ P*""* *cs fasies pèaines el les beBes coorties de ses eafioes.

Noos TeaoBsde voir dans les banoonies terrestres do solel et de Tair posithies et néçatires, qa^il y arait <|aaCre çeores de monuçues solaîres^ et deux <f aérieoBes. Noos en allons tronur deux autres semblables dans les bannonies terrestres de Teao : oe sont les montagnes brdraiiKqoes et bttorales ; les premièx«s attirent les eaux y et lesseooocies KS renonssent*

Noos pourrions langer sans doute dans les montagnes hydiaoliques les hyénules, qui attirent les eaux de Fatmo^ibère et les fixent en glaoe sur leurs sommets, ainsi qu*on pourrait ranger parmi les montagnes littorales les volcaoiemies. qui sont sor les rirages des mers, dont leurs feox épurent les eaox. Mais nous les arons dassées dans les mont^nes solaires, parce que les byémales doÎTent leurs glaces à Tabsenoe do soleil , et les volcaniennes a la présence du feu qui, dans son principe, émane de Tastre du jour. Par leurs effets, les premières appartiennent aux harmonies négatives du soleil, et les secondes à ses positives. Mais, pouleur construction et leur position , les premières se rapportent aux hydrauliques, et les secondes aux littorales. Chaque ou\Tage de la nature sert à la fois à plusieurs usages. Dans Fimmensilé des conceptions du Créateur, diaque [loint de 1* univers est le centre d*une sphère inconnue; mais , dans la fail)les8e de notre esprit , nous u*apercevons dans ces sphères même apparentes que des points : lieureux quand nous en pouvons saisir queK]ii€s rayons!

^ons ne consi<léron$ ici que les mmitagnes hy-

tirent les lafitMii de raopwfb^re par Irars s«i- ;, et le» Tcraent en raisoeaax et en rîri^ves iancs. Eks MBi ordonnées aax mers et

et eHes en eBDrftsMnt les HMVMeiTaaiees et les gottes par des cbabies et des «ns-cbalnes^ poorenrerneiKr les évaporatîoBs parle miyym des vents qui les lenr afyortct. Eles sont sitoêes, poor oet eOet^ à rextrânité des oantineiis et des les vnts T sonflkiit d^on senl oMé^ odksdn Féroaddes Antiles. opposées au \fwâ, régoier de Test qui règne sur Tocvan Alhntiqne. Eles soin, an contraire, an miien des «minens cl des Oes , dans les brtîmdes oà les vents smflknt tantôt d^nn cdté et tantôt de Taotre. Telles sont œDes do Taoras cl de ITmaôs en Asie, celles des Iles et presqu^s situées an miKen des monssons ahematives de rocéan Indien. On pent reoomaitre aiséfncnt leurs chaînes sor les cailrs, en suivant rinterralle qui sV tnwive entre les sources des fleuves. Cet intefralie, que les géographes laissent en blanc pour y mettre des écritures, ou qui est figuré hérissé de petites mottes isolées, est en longues crêtes parallèles à des mers qui en sont souvent fort éloignées. Les fleuves qui en descendent , annoncent par leur étendue Télévation de leur siil; et les angles plus ou moins aigus des rivières confliientes peuvent servir, comme je Tai dit ailleurs, à déterminer la rapidité ou la lenteur de ces fleu\^, et par conséquent les différentes liauteurs d'où ils prennent leurs sources. Ainsi mie fontaine annonce à sa source un tertre ; un ruisseau, une colline; une rivière, une montagne; un fleuve, comme le Rhin, les Alpes, F Amazone , de quinze cents lieues ile cours , les Cordilières; et TOcéan, qui circule bien au delà de h zone torride , les pôles.

Toutes ces élévations ont îles rodiers électn ques de difTérentes formes, qui attirent les va peurs et les fixent en nuages autour d*etix. Il y a de ces rochers en pyramiiles droites ou inclinées, en pyramides à c! npiteau, en cônes, en niches , en laMes, en (étos de clianipignon , comme ceux

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de la Finlande, et en mamelles surmontées d'un piton. Cette forme de mamelles est une des plus communes , et le nom en a été donné , dans toutes les langues , au sonmiet de beaucoup de montagnes. Les dénominations des peuples renferment toujours un grand sens lorsqu'elles sont universelles. Les noms de mamelles conviennent très-bien à ces hautes croupes couronnées d'un pic , qui sont les mères nourrices de chaque contrée , el les sources de leur abondance et de leur fertilité , par les eaux qui en découlent. Il y a de ces pics ou pyramides qui ne sont point apparens, mais qui sont ensevelis dans les flancs mêmes des montagnes , ce qui ne les empêche pas d'exercer leur attraction au dehors , comme j'en poun-ais citer beaucoup d'exemples. Vous reconnaîtrez leur existence dans nos coU'nes, aux brouillards qui se rassemblent au-dessus. En effet , si vous y faites fouiller, vous y trouverez, pour l'ordinaire, de la mine de fer et une source : il est remarquable que ce sont ces brouillards perinanens qae les minéralogistes donnent pour indices des mines métalliques. J'appelle ces pics ou pyramides hydro-électriques, parce qu'ils attirent à la fois le feu et l'eau. Partout où j'en ai observ'é, j'ai vu les nuages se déloumer de leur chemin , et s'abaisser pour circuler autour d'eux. Ces nuages accumulés se résolvent alors en pluie, et descendent le long des forêts qui couvrent les croupes des montagnes; ils présentent les couleurs de l'arc-en-ciel au milieu de la verdure. Ces effets sont journaliers à l'Ile de France , sur les pics du Pouce , de Pieter-Booth , des Trois-MameUes, et sur d'autres montagnes de cette île, dont les sommets sont cependant bien au-dessous de la région des nuages. J'ai monté, sur celle du Pouce , au pied de l'aiguille inclinée qui lui en donne le nom , et qui n'a pas trente toises de hauteur. Cette aiguille, tl'un roc cuivreux, était entourée de brouillards qui la couvraient en grande partie, et, s'écoulant sur ses flancs humides , produisaient à sa base deux ruisseaux, dont l'un va se rendre au port , el l'autre se précipite par le revers escarpé de la montagne , où des mineurs traçaient alors un chemin. Les nuages qui traversaient le ciel aux environs, me parurent à la même élévation que si je les avais considérés du fond de la vallée. J'ai vu de semblables effets au cap de Bonne-Espérance, sur la montagne de la Table , où les nuages s'entassent fréquemment , de manière que son plateau paraît couvert d'une draperie blanche qui circule autour de lui. Les Hollandais disent alors que la nappe est mise sur la table. C'est sans doute pour les tempêtes ; car il en part alors des cou{)s de veut très-violens qui soufflent cette nappe sur

la ville et sur la rade, en flocons semblables à oenx de la neige. Ils ne s'arrêtent ffoint sur la terreei n'y produisent nulle pluie; ce ne sont que des lanières d'un brouillard épais , qui restent condensées malgré les rayons du soleil qui passent à travers , et y produisent des effets dignes d'être rendus par la peinture et expliqués par la physique , ainsi que leur cause.

Quant aux pics hydix)-électriques, ils sont agrégés de bien des manières. Il y en a de solitaires , comme celui de Pieler-Boothàl'île de France, et du Mont-Rouge à l'Ascension; d'accouplés denx à deux , comme ceux du Parnasse , femeux par sa double cime, et du mont Sinaî; d'autres, trois à trois , tels que ceux de la montagne des Trois-Mamelles, à l'île de France ; d'autres, disposés comme les dents d'un peigne , tels que ceux qui sont vers les sources du Syriani ; d'autres sont groupés en rond comme les colonnes d'un labyrinthe , tels que ceux qui couronnent le sommet de l'île RoiniMHi, et du centre desquels s'élèvent les Trois-Salases dans la région glacée de l'atmosphère. J'en ai rapporté la description dans mes Études, Il n'y a aucun de ces pics qui n'attire les nuages autour de lui , et qui ne soit à la source de quelque rivière. Ainsi, quand vous voyez une rivière, vous pouvez être assuré quelle a à sa source un -hydro-électrique métallique intérieur ou extérieur; si vous rencontrez un rocher en pic dans les lieux les plus arides , il est plus que probable qu*il y a une source souterraine apparente aux environs. Je ne veux pas dire que chaque pic ne fournisse de l'eau qu'à une source, ou que chaque source ait son pic particulier ; je serais cependant tenté de le croire ; car les colonnes de la plaine des Trois-Salases, à Bourbon, si multi[)liées et si couvertes de brouillards, qu'elles forment un labyrintlie où l'on s'égare, sont dressées précisément dans la partie la plus élevée de cette île qui domine sur la mer , en forme d'hémisphère, et sont à la source delà plupart des rivières qui l'arrosent.

Ce qu'il y a encore de très-remarquable dans ces colonnes de l'île Bourbon , c'est que , quoique de roc et très-escarpées , elles sont enduites de tous côtés d'une terre très-fine. Un des académiciens voyageurs au Pérou , je crois que c'est Bouguer, observa un pic semblable dans une de nos Iles Antilles. Je suis donc persuadé que ces pics hydroélectriques ont encore une attraction fossile , qui peut-être résulte de la même attraction. En effet, ce n'est que par ce moyen qu'on peut expliquer la réparation des montagnes , qui vont toujours se dégradant; et, comme nous l'avoas obsen'é ailleurs, il y a des pluies de sable et de terre volatile,.

DE L'EAU

qni ne sont pas moins fréquentes en été que les pluies d'eau en hiver.

On peut voir par ces simples aperçus , combien se sont trompés ceux qui ont pris les pyramides qui couronnent la plupart des montagnes, pour les ruines d'une ancienne terre dégradée par les eaux. Où en seraient les autres débris ? On ne peut placer les ruines de la terre hors de son globe.

Les montagnes hydrauliques ont à la base de leurs |HCS, des réservoirs ou châteaux d'eau qui distribuent sans cesse et peu à peu les eaux aux fleuves qui en découlent. Sans ces précautions, ces fleuves resteraient souvent à sec en été, et déborderaient en hiver. Leurs réservoirs sont apparens ou cachés. Quand ils sont apparens, on leur donne le nom de lacs. Les lacs sont fréquens dans les montagnes hydrauliques qui portent des neiges et des glaciers sur leurs plateaux : telles sont les hyémales du midi, et les monts à réverbère du nord. On peut voir dans les cartes de la Suisse, de la Norwége, de la Laponie, du Canada, combien les lacs y sont fréquens. Il était nécessaire que les bassins de ces réservoirs fussent profonds, larges et à ciel ouvert , pour recevoir au printemps des fontes abondantes et subites de neiges et de glaces, dont des masses énormes viennent se précipiter quelquefois dans leurs eaux. A mesure qu'on s'approche du pôle du nord , et de l'immense coupole de glace qui le couronne, les réservoirs qui sont autour d'elle se changent en méditerranées, telles, en Europe, que la mer Baltique, le golfe d'Archangel , la mer Glaciale ; et en Amérique , la baie d'IIudson, celle de BafQn, etc. Ces dernières sont remplies de glaces flottantes, grosses comme des montagnes, qu'elles dégorgent sans cesse pendant tout le printemps et une grande partie de l'élc.

Lorsque les montagnes hydrauliques n'ont point de glaciers, elles ont des réservoirs cachés dans l'intérieur de leurs flancs. Ce sont, pour l'ordinaire, de grandes couches de sable fort épaisses , où leurs eaux s'imbibent comme dans des éponges. Ëfles posent sur des lits de roche , ou plus souvent de glaise , afin que leurs eaux ne descendent pas trop bas. Nous avons remarqué cette même disposition jusque dans les plaines où nous perçons des puits, et c'est de ces eaux infiltrées dans des sables et retenues par des lits de roche ou de glaise, que résulte l'océan souterrain dont nous avons démontré ailleurs l'existence.

Non-seulement la nature creuse au pied des pics hydro- électriques, des réservoirs au-dessus de l'horizon pour l'écoulement des fleuves, mais elle a percé souvent des aqueducs, pour leur ouvrir des issues à travers les flancs des rochers. Quel-

ques-uns de ces aqueducs sont à del ouvert , d'antres sont sous terre. Je comprends dans les pre-* miers, par exemple, ceux qu'on appelle les Portes Caspiennes , qui ouvrent un passage à plusieurs fleuves de l' Arménie et de la Perse, lesquels se jettent dans la mer Caspienne. C'est par de semblables routes que le Tigre descend des monts Gordiens, fend le mont Nîpliate en allant se rendre dans le golfe Persique. Ces aqueducs sont , pour l'ordinaire, des détroits de roc vif, qui ont doiixe à quinze cents pieds de hauteur perpendiculaire, et si peu de largeur, qu'une poignée d'hommes peut en fermer le passage à toute une armée. C'est pour celte raison que, dans toutes les langues, on leur a donné le nom de portes. On les rencontre, pour l'ordinaire, dans la circonférence d'un bassin formé par des montagnes hydrauliques, aux environs de leurs méditerranées ou lacs, et au débouché des rivières qni y entrent ou qui en sortent. Certainement ils ne peuvent avoir été creusés par les rivières qui y passent, puisqu'ils sont de roc vif, que leurs escarpemens sont pour la plupart à plomb , et que qnelque»-ims sont encore plus élevés que je ne l'ai dit. D'ailleurs les aqueducs souterrains des rivières, qui passent souvent au travers des montagnes de plusieurs lieues d'étendue , prouvent que la nature en a percé les canaux , et dirigé les niveaux et les pentes. Tels sont les cinq aqueducs souterrains, de cliacim dix milles de longueur, qui traversent la montagne de roc vif qui sépare le lac de Livadiè du détroit de TEuripe, et y produisent ces marées intermittentes dont les sources sont dans les neiges des montagnes hyémales de la Thessalie. On peut metlro encore au nombre des aqueducs souterrains le canal par lequel le Rhin s'engoufTre aux environs de sa source, ainsi qu'un grand nombre d'autres. La nature a pei'cé plusieurs rociiers du globe , pour y faire passer des veines d'eau et des filons de métal , comme elle a percé plusieurs ossemens dans les animaux , pour y fiiire passer des veines de sang et des nerfs.

Pour donner une idée de ces aqueducs souterrains, je dirai ici deux mots de celui que j'ai vu à l'Ile de France. Un conseiller de ce pays, appelé M. de Chazal , et un capitaine de sa légion , nommé le marc|uis d'Albergali, tous deux fort curieux d'histoire naturelle , m'ayant proposé d'aller voir une caverne extraordinaire qu'on attribuait à d'anciens volcans, nous partîmes du Port-Louis, et, après une heure et demie de marche dans les bois, vers les plaines de Saint>Pierre , nous trouvâmes à nos pieds une ouverture semblable à l'écroulement d'une voûte. Un arbre, qui croissait au-dessus, avait projeté cinq ou six de ses racines tout au tra-

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vers, et lui donnait assez de ressemblance à l'entrée d'une prison avec ses barreaux. Nous y descendîmes au moyen de quelcfues roches éboulées , et précédés de noirs qui portaient des flambeaux ; nous en parconràmes au moins la longueur de cent cinquante toises. Ce souterrain avait environ quatre loises de largeur, et tantôt sept à huit pieds de hauteur au milieu , tantôt quatre à cinq seulement. En quelques endroits môme, il fallait se traîner sur le ventre pour avancer. Cetle hauteur inégale n'était pas sa vraie hauleur. Il était rempli en partie d'une terre rouge, très-fine, et ferrugineuse , telle que l'est en général celle de cette île. Dans les lieux où ses dimensions naturelles paraissaient à découvert, sa voûte en anse de panier, ses côtes et son sol , ne formaient qu'une seule pièce de roc, enduit d'un vernis de pierre, brillant, sec, et hérissé de stalactites ferrugineuses, qui se brisaient sous nos pieds comme des glaçons. Ce vernis pierreux me parut être une véritable sève lapidifique , dont la nature se sert pour former et réparer les minéraux, comme elle forme et répare les écorces et les bois des arbres avec leur sève végétale , et la chair et les os des animaux avec leur sang. Ce souterrain n'était point percé à travers on rocher, mais dans le sein des terres et des roches détachées, qui composaient une vraie maçonnerie, au moyen du gluten pierreux dont elles étaient enduites. Il serait bien à souhaiter que l'art pût imiter ce gluten de la nature; car il n'y a ni mortier, ni ciment , ni vernis, qui lui soient comparables pour l'éclat , la solidité^ et la dureté, surtout dans les lieux humides. Ce canal était parfaitement sec : à la vérité , nous étions dans la saison sèche ; mais je jugeai que les eaux y coulaient dans la saison pluvieuse, par ses stalactites même, qui sont l'ouvrage des eaux filtrantes , et non celui du feu ; par cette terre rouge et fine , d'autant plus alK>ndante , que nous remontions vers sa source ; par plusieurs co(iuilles de limaçons terrestres; par des feuilles que j'y ramassai, et surtout parce qu'il y avait sur ses deux côtés , à hauteur d'appui , des espèces de moulures horizontales et parallèles, qui provenaient évidemment des difTérens niveaux où l'eau avait coulé. Elles formaient un hydromètre qui marquait les années plus ou moins pluvieuses. C'est donc un véritable aqueduc naturel d'une rivière souterraine, et non l'ancien lit d'une lave , comme le prétendent quelques liabitans de cette île , qui parait en effet avoir été Tolcanisée.

Après avoir parlé des puits , des réservoirs et des aqueducs des montagnes hydrauliques, il me reste à donner une idée des canaux des rivières qui en

découlent et de leurs embouchures, soit à leur confluent, soit dans la mer.

Les canaux fluviatiles sont enduits d'une vase ou glaise que déposent à la longue les eaux les plus pures : cet enduit empêche les eaux de filtrer dans les terres et de s'y perdre. C'est pour éviter cet inconvénient que nous entourons de glaise nos bassins qui renferment des eaux stagnantes. Les eaux courantes ne sont pas exposées à cet accident, parce qu'elles renouvellent sans cesse leur ciment. Elles traverseraient les sables les plus arides, qu'à la longue elles y dépareraient un enduit qui étancherait leurs canaux. La nature les fait serpenter sur les flancs des montagnes et dans les plaines, afin de les fertiliser. J'ai remarqué qu'en général la vitesse des rivières était égale à celle d'un homme qui se promène; cependant elles desceu> dent de hauteurs bien différentes les unes des autres. La nature, pour leur donner à peu près le même cours, l'accélère et le retarde en les liarmoniant ensemble. Si une rivière a une pente trop rapide, elle retarde son cours par une autre rivière, souvent aussi rapide, qui la traverse en y tombant à angle droit. Si au contraire il est trop lent, la confluente lui communique sa vitesse, en formant avec elle un angle aigu : douce image de l'harmonie fraternelle et sororale, dont les lois, comme nous le verrons, s'étendent à toutes les puissances de la nature!

Ces lois harmoniques n'existent pas moins dans la disposition de l'embouchure des fleuves. Souvait on y trouve une ou plusieurs lies qui leur permettent de verser leurs eaux, tantôt à droite, tantôt à gauche , ik l'abri des vents qui s'opposent à leur cours. Ainsi , au moyen de cette double harmonie, elles sont protégées contre les tempêtes.

Chaque partie des montagnes hydrauliques en pente douce a des végétaux et des animaux qni lui sont propres , et qui sont varies dans toutes les latitudes. C'est sur les flancs perpendiculaires des montagnes de l'Ile de France , ainsi que dans ses monts éoliens, que j'ai trouvé cette plante sans feuille, en forme de discipline, dont les racines sont en haut et la tête en bas , jouet perpétuel des vents et des pluies.

C'est dans les fentes de ces mêmes rochers que se réfugient plusieurs oiseaux de marine, entre autres le paille-en-queue. Dans nos climats, c'est sur les rocliers toujours humides qui attirent les vapeurs, que croissent le chelidonium, la pariétaire et le capillaire qui rayonne avec ses feuilles divergentes. Dans les classes nombreuses d'êtres qui fixent leur habitation autour d'eux , on distingue le pivert de murailles. Ce bel oiseau , dont le

DE UEAC.

Ige «t shoé d*«BV, Tii dn ■won ^ se : dbss leors feates. Il a des iprifies poor y er, et me télé dooi les os souples fC H»tic ivflail ans efforts qa'il CMt pooralleÎDdrr raie, entre les pirais des pierres, i rèserrars des «nnHignes knlnab(|Des ^ ^-dire les hcs^ oopiTiMKiit «ne infinilê de s, de poîwis et d'otsenix, qa^on ne troaiv «lears. Chaque lac, oomme me petite lies siens, qui Un sont paràcafiers: tel est KOfle, parmi les poiasoDS da lac de Ge-

aqnedncs souterrains mètoe ont leurs v^^^ !t leivs anbnanx. Je trooTii dans celui de e France me plame de sept à hait pieds de grosse comme le petit àcisx^ cntooiêe de ns qm Fatladiaient à la Toôle. Elle n'avait nciies ni feuilles, et ressemblait exactement racine , si ce n'est qn'dle finissait en pointe I deux boots. C'est dans de semblables lieux m voit qoelqoelois des animaux d'une fonne le. Suivant le témoignage de Chanlin, ou des.poissons d'une espèce paiticiilière, d'une et d'une couleur déplaisantes, dans les son> Ds que les Persans ont pratiqués an sein des Ignés pour en conduire les eaux dans les plaifous savons que des crapauds et d'autres replideox se plaisent dans les cavernes ténés, et qu'ils s'y engagent qudquefob de Te qu'ik s'y trouvent enveloppés dans les dont se forment les stalactites. Us ne font tlors qu'un seul corps avec le rocher, et ils tent pendant des siècles, vivant d'une vie fos- [>es mémoires authentiques attestent qu'on rouvé plusieurs fois dans des blocs de pierre Ue et de marbre.

st très-remarquable que tous les êtres qui vioin des douces influences de la lumière , rémt aux regards de l'iiomme ; cependant me habite les mêmes lieux. Ce n'est point oent pour y diercher l'or qu'il s'enfonce tout t dans les entrailles de la terre : la dure nc- $ le ftirce souvent d'y descendre pour satises besoins les plus communs. A la triste lueur lampe, il use ses jours à excaver des cary à creuser des mamières , à percer des puits, uefois, la tête et les épaules couvertes d'un H le reste du corps nu , il va à tâtons chera molle argile jusque sous le lit des rivières, a vanité lui fait entreprendre des choses enlus hasardeuses que ne le fait le besoin. Nous lions pour les plombiers et les couvreurs qid réparer nos toits et nos clochers; mais un i, à l'ile de France , a osé monter jusque sur

le cspe tSÊk flHhe ^n MwranBe le pie w^ ivMi^ Booth. A r«ide de <pMi^aes ftiroams <|«^ enfnncnit d«B les fnaiesde li pmmdde,! fHnM jasqa^àsMchapiK««;ft là, j» renwffsant e> t> rière,lec8fpssK|iewkidaiis lesaiis, awwym deswêMKsftnemcns^ il mit enfin lepieds«r ce «de oè ne s'étaieM jaMMis itfmiés qne des «M^ et pwMaaxmixdetoalerile«ffra5Te,snriHipii^ de^ dont le sommet se peid dans les niMM^es. Son nom cât BMrité d> être inscnl « sila méinoiredes actions téméraires tmit-i-CMt OMMUesanx hommes n^était digne de lenroohli. La haidiesse les étonne, mais eBe ne les intéresse que quand efle se joint à nnbienfiiL

Noos afons doméon aperc» des montagnes hydranhqnes à pente douce : nous allons jeter un coup d'oeil sur celles qui «mt en amphithéâtre. J'en dislingue de deux espèces. Les unes, comme les précédentes, s'élèvent en pyramides, divisées par étages comme un rot d'échecs « sous hi surAMse du globe; les autres sont en quelque sorte coup<^ par plateaux , dans leurdrconGnrence; comme les marches d'un esoJier.

Les montagnes pyramidales en amphithéâtre sont fkéquentes dans les Iles de peu d'élôidue : on peut en remarquer ungraiMl nombre sur les cartes détaillées des Iles lorridieimes, telles que celles des voyages de Cook; on en voit qui ont jusqu'à cinq et six étages. C'e$t une preuve de U sagesse de la nature ; car si une rivière qui descend du haut dos montagnes se rendait à la mer par une pente douce, ses eaux s'écouleraient comme celles d'une écluse; il n'en resterait plus dans son canal : mais lorsqu'elle tombe d'un terrain en ampliithéitre , ses chutes perpendiculaires absorbent une partie «le sa rapidité, et elle flue ensuite a>*ec lenteur sur un niveau presque iHirizontal. L'effet de sa diute est si propre à lui 6ter une partie de sa vitesse, que , quoique son cours soit rapide au-ilessus, il est presque insensible aunlessous.

Les montagnes hydratiliques en amplulliéAlre sont communes dans les pays élevOs , comme la Suisse ; et partout où il y en a , il y a des cataractes. Souvent ces montagnes sont en pente douce d'un côté , et en aniphilhéâUT de l'autre. C'est par leur moyen que la nature fait partir deux fleuves du même pic, pour se rendre dans deux mers situi4*8 à des dislances fort différentes , et y fhit arriver leurs eaux avec la même vitesse : celui ((ul a le plus de chemin à foire coule par des terres en pente, et celui qui en a le moins par des terrt^s en amphlUiéàtre. Ce double effet se reman|ue fréiiuemmeiit dans les Alpes, les Conlllièivs, et dans toutes les montagnes siltiées enlre dcttx

HARMONIES TERRESTRES

mers, à rextrémité d'nne lie et d'un continent.

I! y a encore ceci de très-remarquable , c*est que tontes les cataractes sont fortifiées et remparéesde grands rochers. Je ne sais pas si le pays qui les avolsine en a également dans le pourtour du même étage; mais on voit qu'ils sont absolument nécessaires à l'endroit où le fleuve se précipite , afin d'empêcher ses eaux de dégrader le terrain. Sans cette fortification , dont la durée est sans doute digne d'étonnement , il se fraierait une pente oblique , et il s'écoulerait avec la rapidité d'un torrent. Aia^i , les cataractes d'un fleuve ne sont pas des preuves que le pays qu'il arrose est sorti depuis peu du fond de la mer, comme l'ont avancé de célèbres écrivains en parlant des fleuves du Nouveau- Monde ; car elles sont fort communes dans les montagnes de l'ancien, qui, d'après leur système, doivent être sorties les premières du sein de l'Océan. Il y a plus, c'est qu'on voit beaucoup de cataractes dans les plaines mêmes de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe. î-e Rhin, le Danube, le Volga, le Sénégal, le Nil si ancien,et bien d'autres fleuves , dont les bords sont habités depuis longtemps, se précipitent dans leur cours, comme ceux des contrées solitaires de l'Amérique. Ainsi les cataractes ne sont point des monumens des désordres delà nature, que la main des hommes n'a pas encore réparés; mais elles sont des preuves de la sagesse de ses plans dans les harmonies du globe.

Nous achèverons de nous en convaincre, si nous observons les masses hydrauUqnes en plateaux; elles n'ont point d'élévation par elles-mêmes ; elles n'ont que des hauteurs relatives; elles ne sont montagnes que par leurs flancs; elles sont plaines à leurs sommets et à leurs bases, et elles prouvent la fausseté de cet ancien axiome , qu'il n'y a point de montagne saas vallée; elles sont les différentes coupes du même terrain , qui s'élève par degrés comme ceux d'un amphithéâtre. Sans doute la nature a voulu , par cette disposition, racheter la pente de plusieurs parties du continent vers la mer, les préserver des dégradations des iiluies, et y faire séjourner les eaux, en divisant leur sol par étages , comme les Indiens et les Chinois le pratiquent dans les pentes de leurs montagnes , sans doute à son exemple et dans la même fin. Conunent ose-t-on lui refuser une intelligence que nous accordons aux hommes qui n'ont jamais rien imaginé et ordonné de sage qu'à son imitation ?

J'ai remarqué , en France même, cette configuration graduelle de terrain depuis Paris jusqu'aux rivages de Nonnandie. En passant par Evreux , vous parcourez sur cette route de grandes plaines, au bout desquels vous trouvez une descente; après

cette descente , d'autres plaines s'étendent , el suecessivement jusqu'aux prairies de la Basse-Normandie. Ces terres en ampliithédtre sont fréquentes en Afrique, en Amérique, et surtout an nord de l'Europe. L'astronome Chappe, que je n'ai va qu'un instant, et que j'ai regretté toute ma vie, pour rendre ses voyages plus utiles , traça im profil des diverses hauteurs de la terre , depois Puis jusqu'en Sibérie , au moyen d'un baroinètre qo'îl portail dans sa chaise de poste. Mais il n'est besoin d'aucun instrument pour coiuialtre les différens niveaux : vous en apercevrez les pentes sur les cartes , par les directioas des fleuves; et les ooapes en amphithéâtre , par leurs cataractes : c'est œ que n'apprend point un baromètre. J'ai troavé la plupart des rivières de la Finlande russe remplies de cataractes , les mies obliques , les antres perpendiculaires : les lacs y sont rangés, du nord «a midi, en forme de Cordillères; ils se dégorgent les uns dans les autres , en descendant la plupart vers la Baltique; quelques-uns se déchargent dans la mer Glaciale , mais ils sont en petit nombre. Le sol où ils coulent de ce côté parait presque de niveau avec celte mer qui n'a point de montagnes sur ses rivages : j'en tire une nouvelle conséquence que la terre s'allonge vers ce pôle.

Les montagnes hydrauliques en plateaux offrent, comme on peut bien le croire , de vastes amphitliéâtres à la végétation , en lui présentant des ados, des abris et des arrosages ; elles nourrissent dans leurs rivières des poissons qui ont l'étrange faculté d'en remonter les cataractes. Les sommets les plus âpres de ces montagnes ont des végétaux et des animaux qui leur sont propres. C'est sur leurs crêtes raboteuses, qui aliondent pour l'ordinaire en fer, que s'élève le mélèze aimé des forges, dont il aecélère les fontes avec son tronc et ses rameaux couvert d'agarics et de mousses inflammables.C'est dans les rivières qui y prennent leurs sources ,>que le saumon se plaît à remonter, et à franchir d'un coup de queue leurs chutes bruyantes : je crois qu'il est attiré par des mélèzes et des sapins qui sont à la cime des monts ; peut-être cet appât engage ce poisson à remonter les fleuves du nord, et l'éloigné de ceux de la Méditerranée , où il y a fort peu de ces arbres. Le bouquetin ne se trouve que dans les sommets escarpés des Alpes; c'est là qu'il broute des plantes inconnues aux laboureurs. Ce n'est point pour ce quadrupède l^r et indocile, que la nature a arrondi les croupes des collines et aplani les campagnes de l'Elide ; pour mériter le prix de la course sur tous les animaux , il n'a pas besoin d'être excité par les vains applaudissemens de l'homme et par ses cruels éperons : nul obstade

DE i;eau.

ne l'aonète quand l'amour l'appelle. Les vents lui apportent-ils Todeur de sa femelle au-delà d'une fondrière profonde? en vain les torrens mugissent à ses pieds : la nature lui refusa des ailes , mais r Amour lui prête son arc ; il se suspend aux branches d'un buisson par ses cornes recourbées , et d'un coup de tète il fi^anchit l'affreux précipice.

ToDies les montagnes que j'ai décrites jusqu'ici seraient bientôt dégradées par les pluies , les neiges, les torrens et les siècles, si la nature n'avait pas pourvu à leur réparation. Ce sont des grains de sable , sortis de la mer, qui réparent les Alpes , comme ce sont ses vapeurs qui en entretiennent Ifô fleuves et les glaciers. C'est du mouvement perpétuel des flots de l'Océan, qui, nuit et jour, roule, broie , pile et triture les rodiers et les galets de ses rivages, que se forme cette longue zone sablonneuse qui les couvre ; c'est de cette zone , qui eniGore tontes les lies et tous les continens , que les venta enlèvent sans cesse des nuages d'une poussière si subtile et si l^i-e , qu'Us s'envolent jusque dans les parties de la terre les plus reculées. Chemin fiiisant , ils déposent de distance en di»tance des réservoirs , des arènes et de grandes zones sablonneuses; comme les nuages aquatiques, partis des mêmes lieux , forment , par leurs pluies, des marais, des lacs, des méditerranées. Ceite poussière est si volatile qu'elle s'élève aux sommets des plus hautes montagnes , et s'attache à leurs pics hydro-électriques, qu'elle rend terreux , comme nous en avons cité des exemples; de là, elle suinte dans toutes leurs parties caverneuses, qu'elle remplit de stalactites, et comble leurs fentes extérieures ; elle y nourrit les grands arbres qui souvent les couronnent ; broyée par la mer, édiauffée par le soleil , et voitnrée par les vents, elle renferme les premiers élémens de la végétation; les sables marins qui la produisent sont remi^ de particules métalliques de fer, et même d'or. Elle est si subtile qu'elle voltige sans cesse <lans nos appartemens , et surtout dans ceux qui sont inhabités ; c'est elle qui couvre les meubles. Elle dépose des couches de terre végétale sur le faite de nos murs, et jusque sur les corniches des tours qui , par son moyen , se couronnait de plantes de toutes couleurs, d'arbrisseaux, et même d'arbres de liante futaie. Le sable marin qui l'engendre est lui-même si subtil , et s'élève en si grande abondance sur les bords de la mer, qu'il les rend quelquefois inhabitables , au moins quand les vents y soufflent: c'est une des grandes incommodités de la ville du cap de Bonne-Espérance , entourée de montagnes de grès et de plages sablonneuses. Quand le sable volatile qui les couvre

est agité par le vent, non-seulement il empêche les habitans de sortir dans les rues , mais il pénètre dans leurs maisons , quoiqu'il y ait de doubles châssis aux fenêtres , et que les portes soient soigneusement fermé<^; il entre par les trous des semires et par les plus petites fentes en si grande abondance , qu'on le sent craquer sous la dent dans tous les alimens, ainsi que je l'ai éprouvé moimême. Corneille Le Bruyn en dit autant des orages de sable des bords de la mer Caspienne. Richard Poooke rapporte qu'on en est fort incommodé en Egypte. « Ils obscurcissent , dit-il, le so- » leil , et ils sont si épais, qu'on ne peut voir à la » distance d'un quart de mille. La poussière pé- » nètre dans les chambres les mieux fermées , dans » les lits , dans les armoires. Enfin les Turcs , pour » exprimer la subtilité de ce sable, disent qu'il pé- I» nètre à travers la coque d'un œuf. »On retrouve de pareilles tempêtes sablonneuses dans l'intérieur des continens; j'ai cité celles de Pékin, où l'on est obligé d'aller toute l'année à cheval avec un voile sur les yeux , et on doit se ressouvenir de celles qui ensevelirent l'armée de Cambyse.

Ces sables volatiles entrent tellement dans les plans de la nature, qu'elle a, pour ainsi dire, palissade les yeux des quadrupèdes et des hommes pour les en garantir. Mais si ces poussières sont incommodes, elles sont très-utiles à la végétation, et surtout aux réparations des montagnes. Elles forment , sur les bonis de la mer, des dunes qui en sont les digues naturelles. Ce sont là les premières montagnes littorales, dont je distingue deux genres , les unes maritimes , les autres fluviatiles.

Les montagnes littorales maritimes présentent deux espèces principales , les sablonneuses et les lapideuses ; toutes deux se subdivisent en concaves et en convexes. Les concaves sont celles qui sont creusées dans le bassin même de l'Océan ; les convexes sont celles qui s'élèvent au-dessus de la surfiace de la terre.

Les littorales maritimes sablonneuses concaves comprennent les baqcs de sables sous-marins , et les convexes les dunes.

Les dunes sont de petites montagnes de sable qui tirent leur origine du fond de la mer. Elles commencent par des bancs de sable que les courans déposent d'abord sousles eaux, lis se forment, pour l'ordinaire, par le concours de deux courans opposés : voilà poui-quoi ils sont très-lréqnens aux embouchures, c'est-à-dire aux confluensdes fleuves et de la mer. Ils sont très-étendus vers la ligne, au confluent des deux hémisplières nord et sud , où aboutissent les deux courans généraux del'O-

ââG

HARMONIES TERRESTRES

céaii , qui descendent alleraativemenl tous les six mois. C'est des débris de ces deux hémisphères, et particulièrement du nôtre, que se sont formés les hauts fonds sablonneux delà Nouvelle-liollande, qui en rendent l'aborda^ difficile aux vaisseaux. On peut y ajouter les dissolutions pierreuses invisibles , dont tant de races de poissons forment leurs coquilles , etdontles madrépores entourent, comme d'un rempart , la plupart des îles des mers torridienues. Ces fortifîcalions marines vont toujours en croissant , et des tles entières de la mer du Sud leur doivent leur origine, suivant le témoignage de Cook. Ainsi, un grain de sable, placé par la nature, peut être un jour la base d'un nouvel hémisphère. La mer, qui ronge sans cesse les [ilus durs rochers marins, ne fait qu'accroître les bancs de sable qui en sont les débris. Ce sont des digues mobiles qui résistent en cédant; elles augmentent les grèves des rivages dans les hautes marées, et surtout dans les tem()êtes, qui les portent jus(iue dans l'intérieur du continent. C'est ce que j'ai vu dans beaucoup d'endroits, et surtout à l'île de l'Ascension, dans l'anse aux Tortues, où le sable se trouve à un quart de lieue de la mer, et est placé à plus de vingt pieds au-ilessus de son niveau. Cet exhaussement n'est pas l'ouvrage des marées, qui ne s'élèvent point à cette hauteur dans la zone torride; mais il est celui des ouragans dont la violence est telle , qu'ils jettent des bancs de galets énormes à plus de cent pas du rivage , comme je l'ai vu dans les ouragans des îles de France et de Bourbon : ils portent le sable beaucoup plus loin. Lorsque le sable marin est à une certaine distance de la mer, il n'y retourne plus; les vents s'en em[iarent, et en forment de petites montagnes, connues sous le nom de dunes : c'est de ce mot celtique dun , qui signifie sable , que s'est formé le nom de Dunkerque, comme qui dirait église des sables , parce que le premier monument de cette ville fut une église qui s'élevait au milieu des dunes. La forme de ces petites montagnes sablonneuses prouve que les vents soufflent de haut en bas, comme je l'ai dit ailleurs; et comme ils viennent fréquemment de la mer, ils font voyager quelquefois les dunes dans les terres, au point d'ensevelir des villages entiers , comme il arrive sur les plages de la Saintonge : d'un autre côté, la mer ronge quelquefois ces mêmes dunes, et les reporte ailleurs. La ville des Sables-d'Olonne fut , il y a une vingtaine d'années , sur le point d'éti-e détruite par des couraas marins qui avaient enlevé sa plage , ses jardins et une de ses rues. En vain on avait essayé de la défendre par des digues, des pieux, des murs : la ville voyait sa ruine s'avancer

de jour en jour. Un liabile ingénieur des pooU d chaussées , limande , trouva enfin ie moyen de faire rendre à la mer ce qu'elle avait pris à b terre. Après avoir observé que ie courant destmcteur venait frapper une partie de la oôle , d'où 3 se réfléchissait directement sur la ville, fl eonstruisit , à l'angle de réflexion , une digue qui détournait obliquement le courant de sa direction : de sorte que , loin de dégrader désormais la viUe, il lui rendit , en moins d'une année, plus de grèie qu'elle n'en avait perdu. Ainsi la scienoe d'un homme attentif aux lois de la nature saura une ville florissante des fureurs de la mer, et força les flots de réparer leurs propres dommages, non en s'opposant directement à leur violence, mais en la détournant vers un autre objet. On ne peut opposer à la nature que la nature même; c'est une maxime vraie en politique et en morale, comme en f)hysique. Les habitans des Sables-d'Olonne regardent cet ingénieur comme leur sauveur ; et Tun d'entre eux qui n'avait point d'enfiins, et qui avait pour héritiers des collatéraux riches, lui a légué, par son testament, 40,000 livres, pour récompenser un service rendu à son pays. J'ai cru devoir rapporter cet acte rare de générosité d'un particulier envers un de mes anciens camarades aux ponts et chaussées , qui était digne à tous égards de la reconnaissance publique.

Pour revenir aux dunes de saMe, on doit les regarder comme les meilleures digues que l'on puisse opposer aux fureurs de l'Océan. Il n'y trouve que de longs talus où ses flots s'étalent sans résistance; souvent il les augmente par ses tempêtes , qui détruisent les jetées les mieux construites. La nature les fortifie encore avec divers végétaux , suivant les climats. Elle a planté dans les sables marins de la zone torride les souples mangliers comme de» digues flottantes, et les cocotiers qui oitrelaocnt tellement leurs racines chevelues qu'ils eu font des masses solides. Elle y a disséminé une ninhitude d'animaux , tels que les crabes, les bemardsl'ennite, les tortues , ainsi qu'ime foule d'oiseaux de marine qui ne peuvent vivre que dans des sob sablonneux. C'est là aussi que vivent beaucoup de hordes errantes de Sauvages , qui y trouvent det chasses et des pêclies abondantes. Les dunes de nos rivages ont aussi leurs végétaux et leurs animaux. C'est là que croissent le gramen arenosnm, les squilles, la criste-marine, le thym et le serpolet les plus parfumés. Les lapins , si bien peints par I^ Fontaine , et dont le sort a été envié par l'infuituné Jean-Jacques, se plaisent à y constmin leurs longs et tranquilles soiUerrains. A l'insllnct de ces paisibles animaux pour creuser la terre, on

DE L'EAU

prai reconnaître qirUs sont les liabitans naturels des dones. Cetix de Caboufg y snr les odies de la Baase-Nomiandie , sont ft tous égards les pli» estimés dans nos dimats. Les Hollandais regardent leun dunes comme leurs meilleures digues. Ils ont grand soin de les entretenir et de les réparer à chaque marée avec des bottes de jonc, qu'ils enfoncent, d'étage en étage, dans leurs flancs battus fie b mer. Ils sèment aussi sur leurs crêtes le gramen arenosum , et ils y plantent , avec une oonslanee Inalténble, des chênes , qu'ils renouvellent sans cesse. Enfin , ils n'opposent souvent aux furetin de FOoéan et à celles de leurs ennemis que de simples bancs de sable.

Ijes montagnes littorales maritimes saxatiles sont de deux sortes, comme les sablonneuses. Les un» sont concaves , les antres sont convexes. Les concaves sont creusées dans le bassin des mers. I^nni eefles-d , les unes sont sous Tean , comme les rochers sous-marins ; les autres sont hors de Teaa , comme les falaises. Les littorales convexes sont des montagnes qui s'élèvent au-dessus de la surface de la terre.

Il y a d'abofd des rochers sous-marins, soit que la mer les forme actuellement en pétrifiant des vases, on en coi^fcwnérant des sables en grès; soit (]a'dle les ait construits autrefois , comme les biaises qu'elle détruit aujourd'hui, et que ces rochers en soient des débris. Nous rangerons parmi les rochers soos-marins le banc de Terre-Neuve , qui est de roche vive , comme on l'a reconnu par les sondes, et autour duquel on ne trouve point du lont de fond; le grand banc qui borde la côte occidentale de l'Afrique; et peut-être le fond même de la mer, qui, en beaucoup d'endroits, ne présente aux sondes qu'un lit de roches, couvert çà et là de vases, de sables, de coquilles brisées. Quoi qn'H en soit, one grande quantité de rodiers sons-marins montent du fond de la mer jusqu'audessus de sa snrtee , et prot^ent ses rivages contre la furenr des flots, qui s'y brisent sans cesse. Telles sont les colonnes de pierre qui s'élèvent devant la cdte de Norwége, dms une étendue de trois cents lienes , et la crête de rochen qui borde celle du Brénl, dans une longueur de mille lieues. Quoique ees digues maritimes soient peu devées audessus de l'eau, eOes ont an moins deux à trois cents brasses de profondeur. Telles sont encore les chaînes de pierre qui environnent les attoUons des Maldives, et les ceintores de madrépores qui entourent un giand nombre d'Iles entre les tropiques. Tontes ees digues naturelles sont faites avec im art admirable ; car, quelque dur que soit le rocher dont elles sont construites, elles sont oover-

tes à l'embouchure des fleuves , non pas toujours vis-à-vis , mais de la manière la plus convenable aux débouchés deleurs eaux, par rapport aux courans de la mer^ Comme c'est là qu'abonlent les alluvions de l'Océan et de la terre, c'est aussi là que vivent des variétés prodigieuses de fucus, <ralgties , de varechs , de coralloldes , d'épongés , de vermisseaux, de crustacés, de coquillages, de pois-' sons, d'amphibies, d'oiseaux, dont la plupart n'ont pas même encore de nom dans les langues européennes. Je ne balance pas à dire que l'iiistoire naturelle d'un rocher sous-marin , situé entre les tropiques , ne serait pas contenue dans un cabinet de la même élendne , quand on n'y mettrait que deux individus, mâle et femelle, de chaque espèce d'êtres qui l'habitent dans le cours de Tannée. J'ai vogué en pirogue sur les hauts-fonds de l'Ile de France, et je les ai vus pavés de madrépores aussi variés que les herbes le sont dans nos prairies. Ces madrépores sont remplis de zoophytes , de crabes et de coquillages de toute espèce; et il y en a de si grands, qu'un seul ferait la charge d'un che\'al. Le sol qui les porte est lui-même un madrépore formé de couches dont on fait de la chaux en abondance. Lorsque la mer découvre, dans ses basses marées , une partie des fondemens de cette architecture hydraulique, c'est alors qu'on peut se convaincre qu'un rocher n'est pas Fouvrage du hasard, puisque de son existence dépend celle d'une multitude d'êtres végétans et vivans , wg»nisés exprès pour ne végéler et ne vivre que là. Le lépas , par exemple, est un coquillage pyramidal , collé à un rocher qu'il suce ; et son existence en dépend tellement, qu'il meurt dès qu'il en est détad^. L'hnIIre de l'Ile de France se coDe aux anfractuosités des rochers, de manière que son écaille en suit les plis, et qu'on ne peut l'en détacher qu'en emportant une pièce du roc. La première fois que le vis à l'Ile de France un panier d'huîtres, je crus que c'était un panier de pierres. On ne les' pêche et on ne les ouvre qu'avec un marteau et un ciseau. Elles sont d'aiDeurs excellentes. J'ai vu à Malte et à Toulon une espèce de moule appelée dail , qui se loge et vit dans l'intérieur des blocs de pierre calcaire qui sont an fond de la mer, sans qu'on la trouve nulle part ailleuni. Il n'est pas aisé de dire comment ce dail y pénètre, car on ne voit point d'ouvertures à ces rochers que Ton brise à coups de masse pour en tirer ce coquillage, qui est très-bon à manger. Ce n'est pas à moi à dire snr ce sujet ce que j'ai vu , mais aux Patagons, aux babitans des Orcades ongeoses, des Iles Kuriles, du détroit de Jeso, découvert par rôifortuné La Pevrouse, et à cette foule de familles

tn.

HAKiMOiMES TERRESTRES

errantes y libres et heureuses , qui, sans aucune culture, trouvent dans les productions si variées des rivages de TOcéan des moissons plus abondanles et plus gratuites que celles de la terre.

L*Océan est , conune je Tai dit ailleurs , le berceau et le tombeau de la terre. Il est le grand réceptacle de ses dépouilles, et c'est sans doute à leurs dissolutions quUl doit le bitume et les sels dont ses eaux sont imprégnées. Quoiqu'elles paraissent limpides sur ses rivages, elles se troublent, dans les grandes tempêtes , dans tous les endroits où la sonde peut atteindre. Si on en met alors dans un verre , on y voit des grains de sable se déposer au fond : j'en ai vu Taire Texpérience à l'embouchure de la Manche, à plus de soixante lieues au large. C'est un des moyens dont les marins se servent dans les brames et dans les gros temps , lorsqu'ils ne peuvent sonder, afin de connaître s'ils approchent dé terre. Quant à leur sonde, c'est une quille de plomb, quelquefois du poids de soixante à quatre-vingts livres. On l'attache à une corde de cent cinquante à deux cents brasses , et on la laisse aller an fond de l'eau pour en connaître la profondeur. Sous la base de cette quille il y a une cavité ronde, de la capacité d'une salière. Elle est remplie d'une pelotte de suif en saillie; cette pelotte s'écrase par le poids de la quille , et s'amalgame avec le sable et la vase du fond où elle s'arrête. Au moyen de ce sable et de cette vase , dont les débris et les couleurs varient suivant les côtes , on juge de leur éloignement. On a poi'té l'art de sonder jusqu'à faire des cartes fort exactes des Imncs et des écueils que l'on ne peut voir. Les marins , ce me 8end)le , l'emportent en ce point sur les astronomes. Ceuxd mesurent des distances inaccessibles dans les cieux ; mais ceux-là en mesurent d'invisibles au fiond de la mer. C'est par la sonde que l'on a le contour et la hauteur des bancs sous-marins de nos côtes, et même du banc de Terre-Neuve, qui a plus de deux cent trente lieues de longueur.

Quant aux montagnes littorales. maritimes concaves (]ui s'élèvent hors de l'eau , on les appelle felaises. Les falaises ne sont pour l'ordinaire que des rivages très-escarpés, taillés dans le sol des terres et à leur niveau. Il y en a de toutes sortes de minéraux. Les unes sont de pierre de taille , comme les collines de l'Ile de Malte, escarpées parla mer; d'autres sont de lave, comme celles de l'Ile de l'Ascension. Celles-ci avancent leurs plateaux poreux au-dessus de la mer qui, les frappant en dessous par ses houles, fait jaUlir à travers leurs trous une multitude de ^rbes et de jets d'ean : j'en ai vu la côte de cette Ile bordée quelquefois

dans l'étendue de plus d'un quart de lieue. Cest sans doute à quelque longue caverne oà la mer s'engouffre, qu'il faut attribuer un jet inCerimttent d'eau salée qui s'élève dans l'Ile de Malte, m milieu des terres , à une grande distance do rivage. Il y a plusieurs jets semblables d'eau bouillante , aux environs du volcan du mont Héda co Islande.

Les falaises de la Normandie sont des ooucbes alternatives de marne blandie et de caiUonx noin, posées par assises horizontales conune les pierres d'un monument : elles ont de quatre-vingts à cent pieds de liauteur. Elles sont évidemment founige de l'Océan, car elles sont remplies de ooquillagfs marins ; mais ce qu'il y a de fort singulier y c'est qu'on y trouve les plus grandes coquilles des Indes, telles que la tuilée ou le bénitier. L'océan Indien les a formées dans son sdn, et l'Atlantique les détrait aujourd'hui. Il est prouvé par les observations les plus exactes , qu'il en ronge une toise tous les ans. On pourrait, ce me semble, remédier à cette dégradation, en coupant ces Mais» en longs talus depuis le haut jusqu'en bas. Les marées s'y étaleraient, et n'en battraient plus le pied en raines. Il suffirait même d'en couper en pente douce la partie inférieure , jusqu'à l'endroit où s'élèvent les plus liantes marées. On kdsBerail la partie supérieure perpendiculaire , et on. y ménagerait de diaraiantes habitations , qui auraient commmiication à la fois avec la mer et arec ks campagnes. On pourrait y tailler d'une seule pièce des chantiers pour de petits vaisseaux , des maisons de plaisance , des bains où l'on recevrait des douches marines. Lorsque la mer roulerait sur leurs talus, ses flots, y glissant sans résistance, n'y causeraient plus de dommages. Leurs galets dégradés n'iraient fdus encombrer à vingt lieues de là le port du Havre , conune ils font aujonrdluii.

Au reste , l'idée de ces talus littoraux n'est pas de moi ; elle appartient à la nature. Elle en a ménagé de semblables dans la fdupart de ses montagnes littorales, tant pour leur conservation que pour l'usage des amphibies qui y abordent. Us sont très-fréquens sur les rivages du nord , parmi les roches qui bordent le Groenland , le Spitzbeiig, la haïe d'IIudson : ils y sont connus sous le nom d'édioueries. C'est là que rampent les veaux nuirins, les morses, les phoques,- les dievaux marins, pour gagner la terre ; et c'est de là aussi qu'ils glissent et se lancent à la mer, à la vue des diasseurs. Ces échoueries sont de roc vif, en pente douce et très-glissantes , parce qu'dles sont sans cesse lubrifiées par un gluten dont la peau de ces animaux est toujours enduite. Ils n'y pourraient pas grim-

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ément si la nature ne lear avait donné à la . de grosses dents recourbées , qui leur seri^aocrodier. Ces talus servent aussi de clian- IX grandes glaces du nord, pour s'écouler (tièresde leurs glaciers à la mer. LesSauf mettent leurs bateaux en sûreté, à Texenila nature et des amphibies. Leurs ports sont leils.

montagnes littorales maritimes élevées aude la surfoce de la terre , sont pour l'ordie roc vif ; elles se rencontrent fréquemment droits où les mers sont tempétueuses. Telles nr exemple, les Orcades, où battent saas s flots de l'océan Calédonien. Ces lies, pla- IX eonfluens et dans les remous du courant 1 de FAllantiqne , qui descend du pôle , et de ttreconrans latéraux qui y remontent, sont ( plupart formées de hauts rochers pyramieoapés en précipices. Les tempêtes de l'air lent à leurs sommets, et celles de la mer à ieds; mais ils renferment daas leurs vallons is fiivorables aux plantes, aux animaux, et aox hommes. Si ces lies septentrionales et ses n'avaient été composées que de simples IX escarpés en folaises , aucun végétal n'auy croître.

e finirais pas si je voulais parler ici des piaules animaux saxatiles ({ui peuplent les mon- KUorales. Les mousses et les oiseaux de ! ne sont pas en moindre nombre dans les et les ouvertures des flancs de ceux qui sont i Feau, que les fucus et les coquillages dans liés des rochers sous-marins. Sauvages y trouvent en abondance non-seules alimens de leur vie , mais des objets de «r les femmes de l'Europe. L'Indien plonge d des mers pour y chercher des perles; le pMrd écossais, suspendu dans les airs par rde au haut d'im rocher des Orcades , dé- Feider l'édredon de son nid.

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erre parait avoir des montagnes qui lui sont I, et qui composent en quelque sorte les mas. vonssoirs de sa circonférence : ce sont oCagnes de granit. Il y en a deux longues f SOT le ^obe. L'une va du nord au sud , t Nouveau-Monde, et s*étend depuis la baie in jusqu'au cap Hom. Elle s'élève dans la irride, où elle forme les hautes Cordillères^ V couvertes de glace; elle projette, dans sa or, de longs bras vers Torient , avec lescfuels

elle entoure les baies, les méditerranées et les golfes de l'océan Atlantique ; elle en reçoit les vapeurs , qui lui servent à entretenir les fleuves qu'elle verse sur les deux Amériques. L'autre chaîne de montagnes de granit, au contraire, parcourt l'ancien monde d'occident en orient. Elle commence au mont Atlas, sur les bords de l'océan Atlantique, et , s'avançant jusqu'au Kamtschatka, elle se compose des monts Caucase , de l'Imaûs, du Taunis, de l'Ararath ^ des montagnes du Thibet , etc. Elle étend ensuite au nord et au sud des chaînes secondaires qui embrassent au nord la Méditerranée et la mer Caspiemie , et au sud la mer Rouge et les golfes de l'Arabie, de la Perse, du Bengale, de la Cochinchine, en recevant sur ces deux foces les brumes et les vapeurs de la mer Glaciale et de l'océan Indien , qui foumi&iefit les eaux aux fleuves dont eUe arrose FAfrique et l'Asie. Une voûte entière de granit couronne ensuite les régions polaires du nord; die s'y manifeste en mamelons dans la Finlande , la Suède , la Laponie ; elle s'élève en forme de môle à la hauteur des Alpes, dans les montagnes littorales de Norwége, et en pyramide dansceUes du Spitzberg; elle parait former sous les eaux mêmes un bassin peu profond des mers glaciales. Cest là en effet que le globe , plus élevé , et dégradé par les glaces et les courans qui en descendent, montre à découvert son noyau graniteux , comme les hautes montagnes laissent apercevoir des rochers de la même nature à leurs sommets dégradés par des causes semblables. Il y a plus : une ligne horizontale, qui part de la base des régions toujours glacées du pôle, passe à une demi lieue de hauteur par la base des giaders des Alpes, et à une lieue, par celle des glaciers des Cordillères , et atteste que ces bases sont au même niveau, et que le pôle est élevé au-dessus des., mers.

Ces montagnes réunissent en elles les liarmpiiterii de toutes les autres , dont dles sont en quelque sorte les noyaux. Voilà pourquoi eUes apparaissent tantôt à leurs bases, tantôt à leurs sonunets, contre le système des naturalistes qui, divisant dans les Alpes les montagnes en primitives graniteuses , et en secondaires calcaires, sont fort surpris de trouver quelquefois des blocs de granit sous des couches de pierres calcaires. On voit , dans les cartes des victoires de l'empereur de la Cliine sur les Tartares, des montagnes à mamelons , surmontées de roches à couches horizontales. La clialne des Cordilières renferme des montagnes de tous les genres. Il y en a de solaires à réverbère et à parasol , de voicaniennes par leurs feux , d'Iiyémales par leurs giaees, d*hydrauliqaes par leurs som-

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mets, d^éoliennes par leurs flancs, de liltorales par leurs bases.

Quant aux formes de ces montagnes et de toutes les autres en général, elles sont infiniment variées. Indépendanmient de leur utilité , elles embellissent les paysages par leurs formes. Rien ne serait plus monotone que le globe de la terre parfaitement rond ; il n'y aurait ni fleuves , ni niis^ seaux , ou , pour mieux dire, il serait entièrement couvert par les eaux , parce qu'elles se mettraient de niveau dans toute sa circonférence : il y fallait donc des montagnes pour y former des harmonies. Par elle <, les vents soufQeut, les eaux circulent^ les plantent végètent , les animaux se meuvent, elles sont les claviers de ce grand orgue de la vie, i|ue touchent successivement les rayons du soleil. On vante beaucoup de vues prises du sommet des montagnes; mais je trouve encore plus belles celles du fond des vallées : ce jsont celles-là que peignent les peintres , et avec raison. Du haut des montagnes, on ne voit que le fond des vall.'es couvertes de brouillards; du fond des vallées, on voit les montagnes couronnées de nuages colorés par le soleil. Les premières vues nous montrent la terre, les secondes le ciel : les plus belles perspectives de la nature sont tirées du parterre , et à notre portée.

A vaut d'entrer dans quelques détails sur un si riche sujet , nous allons donner une idée de la manière dont nous concevons que les montagnes ont été formées. Il n'y a pas de doute que les volcauiennes vitrifiées ne doivent leur origine au feu ; les dunes saUonneuses , aux vents ; les liltorales calcaires, aux eaux. Les eaux de l'Océan surtout paraissent avoir déposé toutes les couches concentriques du globe ; mais il est clair qu'elles l'auraient rendu parfaitement rond , s'il n'y avait pas eu des causes primordiales qui en eussent interrompu l'uniformité. Qui aurait creusé ces belles vallées qui le sillonnent ? Mais les eaux courantes ont nécessairement leurs sources daas les hauteurs. Dire que les hauteurs doivent aussi leur origine aux eaux , c'est une pétition de principe. Les montagnes ont donc établi la première organisation du globe d'après des plans que Dieu a conçus dans sa sagesse. Il les a élevées, non à la manière des hommes, avec des machines, mais avec les élémens, et par les lois générales de la nature, qui sont ses mains et ses instrumens. S'il est permis à un faible mortel de suivre les traces de l'intelligence céleste, J'ose dire que l'attraction seule a sufli pour organiser la terre dans l'état où nous la voyons. Je reconnais d'abord une attraction centrale au milieu de la terre , qui est la cause de la pesanteur de toiLs les corps qui sont à sa surface, et de la rondeur de

son globe. J'admets ensuite des atlncUons putid» les , qui ne sont peut-être que des rayons de la première, et qui se manifestent au pôle nord parle magnétisme , et aux sommets des hautes montagiiei par différens degrés de magnétisme et d'électriGÎté. Ces attractions partielles paraissent avoir leur siège dans des noyaux graniteux , et leur foyer dans les métaux qui s'y rencontrent originairement, leb que le fer, le cuivre, etc. Je suppose maintenaot que la terre, étant dans un état de mollesse tel que semblent l'indiquer les différentes matières qui com|)osent le granit , elle a subi à la fois l'influence deson attraction centrale, qui raarrondie ensphère, et l'influence de l'attraction solaire, qui Inî a communiqué d'abord un mouvement drcnlaire autour du soleil et un de rotation sur dte-méme. Dans ce mouvement de rotation , l'attraction solaire aura agi sur les attractions partieUes de la terre , et aora^ élevé , en montagnes , diverses parties de sa circonférence , à différentes liauteurs , suivant lenrs différens degrés d'attraction.

Pour vous former nne idée des ooorbes ruiées^ que ces montagnes auront subies par ces attractions^ partielles du soleil , suspendez un fil aux deux monfans parallèles qui supportent un carreau de Tltre^ de manière que ce fil ait de longueur ime fols etdemie la distance comprise entre les denx mewtans r il formera une courbe à peu près hémisphérique. Si vous descendez ensuite un de ses bouts le longr d'un des montans , jusciu'à ce qu'il soil en lign& droite, il tracera successivement sur la vitre nn^ multitude de courbes renversées , qui figureront. celles des montagnes, depuis les hénûsi^iériqiie» jusqu'à celles qui sont formées par une légère portion elliptique. Dans cette hypothèse, la terre, qui attire le fil , agit sur toutes ses parties. Mab je suppose que l'attraction terrestre n'ait lien que dans un seul point du fil ; au milieu , par exanfde , en y mettant un grain de plomb : alors le fil , an lieu de décrire une courbe, tracera les deux côtés d'un triangle, dont le sommet renversé sera au point d'attFMïlion. Le sommet de ce triangle deviendra plus aigu à mesure que sa base se raccourcira , et plus obtus à mesure qu'elle s'alongera. L'attraction de la terre sur le fil représente celle du soleil sur les attractions partielles de la circonférence de la terre dans un état de mollesse. Là où il n'y a eu qu'un point d'attraction , il s'est formé ime montagne à profil triangulaire , en pyramide , et même en pic , comme les liltorales maritimes en général , amsi qu'on le voit dans les vues marines de la plupart des Iles. Le foyer de leur attraction se manifeste surtout à leurs sommets, dont il a été rapproché; il est sans cesse environné de nuages. Ces montagnes marines ont

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ua aspeci anguleux ei rude, comine Télément iem- I et oeux qu'elles avoisueut . Mais, lorsque les attractions partielies ont agi sur tonte retendue de la monla^pie , alors elles forment des courbes très^gréables et très>variées : telles sont en général celles des coHines, des coteaux et des vallées qui sont clam rintérienr des Iles et des continens.

Je donne celte explication pour ce qu'elle vaut , c'est-à-dire pour peu de chose. Cependant je trouve qu'elle peut servir à nous donner une idée assez naiureUe de la formation des montagnes de la terre, imisqu'elle résulte aussi de TattriiCtion solaire; loi , qui sert à eipUquer le mouvement de son globe. Je trouve encore que cette même cause peut ren* dre raison des fleurs, des fhiits, des muscles des aniinaux , et surtout des formes du corps humain , si Tariées, si nombreuses, et où se trouvent réunies les plus belles cnorlies de la terre. Je suppose doDC que c'est un foyer d'attraction solaire, qui s'étend en forme de coquiUes hémisphériques dans les cinq pétales de la rose , en ovoïde dans la tulipe , en sphéroïde dans la pomme. Chaque germe a ses fbrmes déterminées, que le soleil développe tour d tour. Le fœtus humain a aussi les siennes, également soumises aux influences de l'astre du jour et de celui des nuits. Tons ses muscles et ses os sont eu harmonie avec les diverses périodes des mois, des années et des cycles, et en reçoivent successivement leurs développemens aux époques de Fenfantemept , de racooncliement , de la dentition , de la puberté et de la virilité. Mais , comme les mon lagnes sont plus élevées au milieu de la terre, et !»ous la plus graqde influence du soleil , de même les muscles sont plus renflés au milieu du corps liomain et de sa plus grande chaleur. On trouve réunis, dans la zone torride du corps humain, comme dans les Cordillères et les nupts de la Lune, des caractères électriques , volcaniens, éoliens, hydrauliques , pélagiens , littoraux , à ne les considérer qu'en physicien. Mais qui oserait ici prendre le pinceau pour en peindre les formes ? C'est par oelles-d i]ne Vénus est Vénus. Voilà les ondes d'où elle est sortie. Mais jetons simplement un coup d'œU sur les autres muscles, soit simples, soit combinés, nous verrons une attraction expansive les étendre et les renfler aux endroits du corps qui avaient le plus besom de grâce et de force. Dans la tête, par eiLcmple, joues elliptiques, mobiles charmans des ris et de la pudeur dans les jeunes filles ; sur le sein maternel, les mamelles hémisphériques qui devaient nourrir des en&ns; dans le corps de l'homme ixrfniste qui devait les élever et les protéger, les iiuisdes herculéens des jambes, des bras, des reins et des épaules, combines sous une multitude

de formes. Vous diriez que ce flls de la terre et du ciel est formé , comme sa mère, de mqntagnes et de collines.

Quoique toutes les formes des corps soient renfermées dans la sphère, cependant la nature ne les engendre point, à la manière des hommes, avec un compas; mais die se sert, pour les former, des qualités positives et négatives de ses attractions , qu'elle attache à chaque corps, suivant une infinité de modifications subordonnées à la loi universelle de leurs convenances. Le cône , dont on déduit les principales courbes, connues sous le nom de sériions coniques , est lui-même engendré dans la sphère par la révolution circulaire de Textrémité d'un de ses rayons autour d'un autre rayon qui hii sert d'axe. Si on voulait produire un grand nombre de courbes nouvelles , il ne s'agirait que d'avoir des vases de fonnes sphériques, coniques, elliptiques, paraboliques, hyperboliques, etc. En les remplissant d'eau à moitié et en les inclinant, on verrait le contour de l'eau présenter une multitude de courbes difTérentes, dont la splière est génératrice, et dont l'attraction de la terre est le mobile en mettant l'eau de niveau. C'est par le moyen de l'eau, et par Tentrecoupure de sesdiffé* rens niveaux, que tant de figures, régulièrement irrégulières, se sont formées dans Tintérieur des marbres. Mais, si l'on veut voir les plus belles courbes, dont la sf^ère est la génératrioe, rassemblées et harmoniées à l'infini dans un concert parfait, il faut les considérer dans le corps humain. Pour en bien saisir les contours, il faut employer le même moyen dont se sont senis , suivant Winokelmann, de célèbres artistes italiens, pour copier les plus belles figures de l'antiquité. Ils les mettaient dans l'eau , dont les différentes hauteurs en saisissaient et dessinaient toutes les coupes avec la plus grande précision. U n'y a pas de doute que, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y ait une infinité de coupes dont aucune ne se ressemble. Elles varieront toutes, si on incline la figure seulement d'un degré; et, si on augmente cette inclinaison de degré en degré, jusqu'à ce qu'elle soit horizontale, on trouvera pour ainsi dire, de minute en minute , autant de profils difiërens. Ces profils seront au nombre de cinq mille quatre cents pour la figure inclinée; et, si vous les joignez à ceux que donne la figure perpendiculaire , et a ceux que produh^it l'horizontale , vous veiTez qu'il n'y a point de paysage qui produise des aspects aussi variés que la figure humaine. Ajoutez-y maintenant les difTérences que les divers tempéramens, les âges et les sexes y ap- I portent, vous connaîtrez que les beautés dont la

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nature a revélu riiomme sont inépuisables. Que serait-ce si vous en formiez, comme elle, des groupes de familles, de tribus, de nations! Que de courbes simples, à réflexion, à rebroussement , inconnues à notre géométrie ! Pour moi, la mienne est si bornée , que je ne puis expliquer comment se forme la réflexion lumineuse des deux por* tions circulaires , en forme de cœur, qui apparaît au fond d'une tasse à café cylindrique , lorsqu'on rincline. Je vois bien que cette réflexion vient de la partie concave qui est éclairée; mais comment se décompose-t-elie sur le fond en deux portions de cercle, qui sont tangentes? J'en laisse chercber la raison à de plus habiles.

Tels sont les caractères principaux que j'ai recueillis sur les divers genres de montagnes élémentaires qui me sont connus. Avec plus de lumières j'en aurais pu rassembler davantage; mais lorsque je voyageais je ne soupçonnais pas qu'il y eût de l'ordre dans des sables et dans des rochers. Je croyais, d'après les livres, qu'il n'y avait sur la terre d'autre architecte que l'homme , et pas plus deemq ordres d'architecture. Je m'imaginais que celui qui avait ordonné le monde avait réservé son intelligence pour les sphères célestes, et qu'il vvait abandonné notre globe terrestre aux éiémens, ainsi que ses productions à nos disputes. Mais j'ai entrevu depuis que les montagnes avaient des formes en rapport par leurs latitudes, nonseulement avec les élémens , mais avec des genres particuliers de végétaux et d'animaux , dont on ne trouve que là les espèces primordiales. Elle a donné au site le plus escarpé un quadrupède , et même un poisson; elle a planté un végétal qui les y attire par ses fruits ou ses insectes. Elle a mis le sapin sur les monts en amphithéâtre de l'Ecosse et de la Finlande, et elle a fait grimper vers lui la marmotte, habitante de leurs rochers, et bondir le saumon dans leurs rivières en cataractes. Pour varier ses plans, die a couronné du même arbre les monts à plateau de la Nouvelle-Espagne , et elle a lancé vers lut, dans les airs, l'écureuil volant; elle a tapissé de pelouses quelques pentes des monts éoliens dans les Antilles , et die y a roulé l'armadille entourée de brassarts. Elle a suspendu le singe à la liane flottante , qui pend des flancs des monts à parasol de la zone torride , et elle a accroché le bouquetin au buisson vertical au sommet des Alpes. Chaque rocher a son végétal , et chaque prédpice son sauteur. Le saumon franchit le sien avec les reins, la marmotte avec les pieds, l'écureuil volant avec les bras, Farmadille avec le dos, le singe avec la queue, et le bouquetin avec les conies.

Les montagnes élémentaires présentoil encore d'autres caractères en harmonie avec les hommes. Il y en a d'hydrauliques, qui annoncent , sous une flgure humaine , la vue des Iles maritimes aux navigateurs. Tel est, à l'Ile de France, le pic de Pieter-Booth qui, par sa pyramide surmontée d'un chapiteau et entourée de nuages, ne ressonble pas mal à une flgure de femme revêtue d'une robe flottante. Tel est encore, dans cette Ile, le sommet de la noontagne du Ponce , qui représente le profll d'une tête d'Encelade regardant vers le dd. Ce furent, je pense, de semblables aspects qm donnèrent à Homère l'idée de feindre qae le vaisseau d'Ulysse avait été changé en rodier eii arrivant au port d'Itliaque , parce qu'à l'entrée de ce port s'élève un rocher qui ressemble de loin à on vaisseau à la voile. Celui-ci sert d'enseigne aux mariniers, pour leur indiquer leur roule; mais d'autres, au contraire, les doignent des parages dangereux par des formes et des bruits lugubres, comme le rocher de Scylla , noir, couTert de flots écumeux et glapissans, qui fournit encore à Homère la fiction d'une fenune entourée d'une meute de chiens dévorans. L'Etna, avec ses feux, ses fumées, ses laves, ses mugissemens, ses agitations, donna autrefois à Virgile la terrible image du géant Encdade , foudroyé par Jupiter, et fidsant trembler toute la Sidle. D'autres nxmtagnes, placées au sein des terres, par leurs croupes majestueuses, leurs formes pyramidales et 1^ ridies accidens de lumière que le soleil répand sur les nuages qui s'y rassemblent, présentèrent à l'antiquité ingénieuse une image du palais des Muses ou du séjour des dieux. Tds furent le Parnasse en Phocide , et l'Olympe en Thessalîe. Ces sensations intdlectuefles sont sans doute destinées à élever l'homme vers les cieux. Elles ont captivé en tout temps et par tout pays l'imagination des peuples. C'est leur influence qui inspire aux Sauvages d'offrir des présens aux montagnes qu'ils croient liabitées par les esprits, et qui engage une multitude de nations dvilisées à bâtir des temples et des chapelles sur leurs sommets. C'est elle qui portait les Hébreux à sacrifier dans les lieux hauts, malgré les vives représentations de leurs prophètes , qui leur rappelaient que ce n était pas là que l'Etemel avait dioisi sa demeure, et que la terre entière, avec toutes se& liarmonies, était à pdne digne d'être l'escabeau de ses pieds. Mais ces spéculations sont ici d'un ordre tropsublime. Quittons les hautes montagnes , descendons dans les humbles vallées , au seui des prairies , ou à l'ombre des forêts. Occupons-nous des harmonies de la terre avec les plantes.

DES VÉGÉTAUX

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DES VÉGÉTAUX

Nous avons entrevu quelques-uns des minéraux qui composent le globe , les longues chaînes de granit dans les montagnes terrestres proprement dites, les lits de maii)res, de pierres calcaires et d'argiles au fond des bassins et sur les rivages de rOoéan , le fèr et le cuivre aux sommets aériens des montagnes hydrauliques, et à ceux des monts lonaires et solaires Taiigent et Tor; mais de toutes les ooadies fossiles dont la terre est composée, la plus utile , la plus riche et la plus féconde en merveilles, est celle que nous foulons aux pieds; c'est elle qui produit nos moissons. On lui donne le nom d'humus, soit à cause qu'elle est le soutien de la vie humaine , soit parce qu'elle en reçoit les dépouilles. En effet, le mot inhumer veut dire déposer on corps dans l'humus. Cette couche superficielle , qui n'a guère dans nos contrées plus d'un pied de profondeur, est formée des débris de fossiles, et surtout de végétaux, dont elle est à la fois le tombeau et le berceau. Quoiqu'un grand nombre d'arbres tirent leur nourriture de l'intérieur de la terre par leurs racines , ou de l'atmosphère par leurs feuilles, ce n'est cependant qu'au sein de l'humus que leurs semences développent leurs germes.

La ODodie végétale de la terre est formée principalement de débris de végétaux ; cependant on y trouve ceux des rochers les plus durs réduits en sable ou en gravier. Nous avons démontré ailleurs que ces fragmens si nombreux résultaient de l'action des dégels, ou du tritus de l'Océan; Newton , de son côté, prétend que la solidité d'une pierre ne vient que de l'attraction de toutes ses parties. Il s'ensuivrait de là que la répulsion mutuelle entraînerait la pulvérisation de cette même pierre. C'est, ce me semble , étendre un peu loin l'attraction des parties intégrantes d'un corps , que d'en faire résulter sa solidité et sa dureté. Ne pourraiton pas même tirer de ce raisonnement une forte objection contre l'attraction des planètes , qui aurait dâ réunir en un seul bloc tout notre système planétaire, malgré leur force de projection? Quoi * qu'il en soit, si, malgré l'attraction centrale de la terre, tous les grains de sable qui coniposent une montagne de grès, telle que celle de la Table, se «mt alliés et ont apposé leurs faces assez juste pour n'en former qu'une masse très-dure et trèsélevée, comment se fait-il que dans tous ceux que renferment tant de sablonnières , il n'y ail pas deux grains d'adliérens ? Si cette double merveille ré-

sulte de l'attraction et de la répulsion des grains de sable , elle n'est pas moindre que celle qui résulterait d'une double projection de caractères de l'alpliabet en nombre infini , dont l'une produirait l'Iliade , et l'autre ne formerait fias une syllabe. Voulez-vous une comparaison plus rapprochée? Supposez, au lieu de caractères alphabétiques, de [letits cubes en nombre infini , dont tous , d'une part , riennent à se réunir à leurs voisins par leurs six faces, et tous, d'une autre part , s'en tiennent séparés, quoique posés les uns sur les autres. Cependant Û s'en fout bien que des grains de sable soient des cubes réguliers : leurs faces, vues au microscope, sont aussi inégales que celles des plus âpres rochers. Comment donc ont-elles pu toutes se rencontrer juste , et adhérer les unes aux autres par l'attraction , au point de former des Pyrénées et des Alpes?

O vanité et faiblesse de l'entendement humain ! Il veut remonter jusqu'à l'origine des choses , et il ne peut savoir lequel a été le premier du rocher ou du grain de sable , et si celui-ci est le fondement ou le débris de l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est que tous les deux entrent nécessairement dans la construction de la terre sous leur forme individuelle. Ses harmonies ne pourraient pas plus subsister sur un globe d'un seul bloc, que réduit en poudre. Pour moi , je suis |dus frappé de ses parties solides que des pulvérisées , quoique également étonnantes. Je ressemble à ce bon nègre, qui, voyant déboucher une bouteille de vin mousseux de Champagne, s'étonnait, non de ce que le vin sortait de la bouteille , mais de ce qu'on avait pu l'y faire entrer. L'agrégation me parait plus surprenante que la dissolution , et la construction plus que la destruction. Quoiqu'il en soit, la nature emploie les unes et les autres aux harmonies de ses ouvrages ; elle ne foit subsister la vie que des ruines de la mort. Les fossiles mêmes, qui paraissent purs et que l'on trouve par couches au dessous de la terre végétale , tels que le sable, l'argile, la marne, les granits, les bancs de coquilles, les débris de pierres, produisent, chacun à part, un petit nombre de végétaux qui leur sont propres : mais si on les mêle ensemble dans certaines proportions , toutes ces matières hétérogènes composent un sol ti*èsfertile ; tant il est vrai que tout est harmonie . j usque dans les débris des êtres inanimés. La terre végétale n'est qu'une matrice qui pom|iesans cesse les rayons du soleil , l'air vivifiant de l'atmosplière et l'eau féconde des pluies. C'est pour y introduire l'harmonie des élémens, que la nature y dissémina tant d'insectes et d'animaux, qui la criblent de trous, et que l'homme, à leur exemple, la laboure

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avec le fer de la bêche et de la cliamie. Mais la nature , qni prend soin des végétaux qu'elle sème elle-mèine, leur a donné de profondes racines, qui font pénétrer la chaleur , Tair et les eaux jusque dans le sein des roches.

Voyons maintenant comment ces racines s'accrochent aux différens sols auxquels la nature les a destinées.

A commencer par les montagnes solaires ou à feu, nous trouverons que les volcaniennes, comme nous l'avons observé , sont les plus fertiles du globe par leurs bases, mais en même temps les plus arides par leurs sonunets. Cependant, comme elles ont des oiseaux qui leur sont propres, et que ceux appelés diables y habitent , comme dans le volcan de la Guadeloupe, je ne doute pas qu'elles n'aient aussi leurs plantes. Les naturalistes y ont observé une espèce de lichen qui est particulière aux laves. Les lichen ont en général pour racines des griffes imperceptibles qui s'accrochent aux rochers les plus durs et les plus polis; ces racines dégradent à la longue la surface de ces rochers, et la cliangent en terre végétale : elles sont les premiers avantcoureurs de la végétation. Mais comme rien n'est monotone dans les paysages que dessine la nature, elle revêt la bouche même enflammée d'un volcan du plus vif éclat des minéraux. Souvent son cône noir s'élève du sein verdoyant des forêts , et son cratère, tout jaune des couleurs de ses soufres, vomit un long tourbillon de fumée étincelaute au mUieu d'un ciel azuré.

Les montagnes hyémales, les plus hautes du globe, sont couvertes de mousses d'une multitude d'espèces. Ces mousses végètent en quelque sorte pai* la simple émanation des vapeurs qui s'élèvent du sol, car si on en expose de sèches à l'humidité long-temps après qu'elles ont été cueillies , même après des siècles, on les voit reverdir et croître. Cependant elles s'accrochent par des filamens à la surface de la terre, aux rochers et aux troncs des arbres, où elles sont suspendues ou rampantes. Il semble que la nature en ait revêtu , comme d'une laine, les roches et les arbres des pays élevés et des contrées polaires , par la même raison qu'elle a couvert leurs animaux d'épaisses fourrures. Les mousses sont si abondantes dans les forêts de la Russie, qu'il m'est arrivé plusieurs fois, en voulant en traverser quelque partie hors des chemins frayés, d'y enfoncer jusqu'aux genoux , et d'en voir sortir aussitôt des légions de mouches. C'est sans doute à cause de ce végétal , ou de l'insecte dont il est le berceau et l'asile, que la Russie portait autrefois le nom de Moscovie, ou à cause de ses mouches, pjropier mtiscas, suivant d'anciens géographes, ou

parce qu'elle est couverte de mouches, museosa. C'est ainsi que la Saxe tire son nom de ses rochers, appelés en latin saxa. D'autres végétaux non moîos variés que les mousses, quoique moins nombreux, sont répandus dans les contrées les plus élevées et les plus septentrionales : ce sont les champigiioiis. Ils ont avec elles des consonnances par leurs proportions , et parce qu'ils végètent conune elles; ils en ont d'autres par les vapeiu^ du sol , qu'ils reçoivent dans les nombreux feuillets de leurs parapluies ; maks ils contrastent avec elles de la manière la plus frappante par leurs formes, leurs cooleony et surtout leur durée ; car si les mousses oonservent la vie végétale pendant des sièdes, les champignons ne la gardent qu'un jour. Les premières, destinées à donner des abris aux semences des végétaux et aux insectes pendant l'hiver , devaient durer toute l'année ; il suffisait aux seconds de n'exister que le cours d'un été, poiu* nomrir des Iiahitaas éphémères comme eux. Du sein de ces humbles végétations s'élèvent des arbres de la plus haute stature , qui forment entre eux de semblables contrastes. Les bouleaux , comme de hantes pyramides renversées , supportés par des troncs blancs^ laissent flotter dans les airs leurs scions pendaos , garnis de feuilles que moissonnent les hivers : ils sont disséminés parmi les sapins pyramidaux, dont les troncs noirs élèvent vers les cieux leurs rameaux toujours verts , symbole de l'immortalité diez les Orientaux. Leurs longues racines, surtout celles du sapin , sont semblables à de fortes ficelles, et en tiennent lieu aux Lapons et aux Samolèdes, qui en fou t les cordes de leurs arcs ; elles serpentent dans l'hinnus des vallées , et entourent de leur plexus les blocs de granit qu'elles ne peuvent percer. ElUes contribuent, avec celles des mousses, à fixer les couches végétales du sol sur les flancs déclives des montagnes hyémales. L'œil n'est pas moins surpris de voir des monts de neige et des rochers de glace s'élever du sein des tapis et des bocages toujours verts, que de voir les cônes noirs des montagnes volcaniennes vomissant le feu au milieu des forêts.

On peut compter les végétaux précédens parmi ceux qui croissent dans les monts éoliens , parce qu'ils ont, d'une part , de longues racines capables d'une forte résistance, et de l'autre, des feuilles très-menues, qui ne donnent point de prise aux vents : tels sont les pins, les sapins , les genévriers» les genêts, les joncs. Quoique les sommets de ces monts dépouillés de terre se montrent à nu , la nature les revêt de plantes microscopiques, dont les racines armées de griffes imperceptible, ou de ventouses, se collent aux surfaces des rodiers les

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ploidiin, lesdéeoreDl depfaqoesTtttei, noires, hlinche«,«qrores, et les fool pmilre oomme de grands moles de maîtres de tootes les ooolemii. Soureol des lianes , telles qoe DOS lierres , prement radiie à lews pieds, el tapissent leurs flancs oà elles ^attacbenl avec des racines semblables à des suçoirs, tandis que d*aatres, ponsant des racines dans lenrs fentes, sont sospendoes la tète en bas, et joœnt, comme des draperies de yerdnre, an gré des venta. Dans les vallées anti-éoliennes , comme qoelqoes-anes do Mexique, renfiermées dans des bassfais de montagnes où r^neunkmg cdme, les cactus, les nopak, les cierges, s'élèvent presque sans racines, en ^appuyant contre les flancs des rochers. On voit à Paris, au Jardin des Fiantes, un ôerge de plus de soixante-dix pieds de haut, qui jette de longs bras à droite et à gaucbe; il n*a pas un pied de radne en terre : il est renfermé dans une espèce de tour vitrée qui le soutient de tootes parts. Il y a apparence que ce grand végétal est destiné à ramper.

Dans les monts bydrauliqnes, on trouve des arbres qui paraissent concourir avec les rochers h ydro^ttractife à attirer les vapeurs de l'air et à les résoudre en pluies : tel est celui que Fou appelle Samctus dans une des Iles des Canaries. Ilest tonte la nuit enUmré. d'un brouillard qui se résout le jour en pluie dans une telle abondance qu'il fournit de l'eau à la phipart des insulaires. J'en ai parlé dans mes ÉÈudet de la Nature , en observant que beaucoup d'artNnes avaient la propriété d'attirer les vapeurs de l'air et même les tonnerres. Je crois qu'on peut ranger au nombre des arbres liydnHit(racti& celui dont le tronc est entouré d'ailerons en forme de larges planches qui lui servent d'arcs-bootans contre les vents au milieu des rochers où il aime à croître, et où il ne trouve guèreà étendre ses racines.

Les vitaux qui croissent dans les montagnes littorales, tant fluviatiles que maritimes, ont des radnes qui en fortifient les rivages : celles des joncs , des roseaux , des glaïeuls , des aunes , s'entrelacent comme des cordes dans les berges de nos rivières et les défendent contre les courans. Plusieurs graminées , conune le chiendent et le gramen arenosum, lient les sables arides de leurs longues racines articulées, et protègent même les digues de la Hollande contre les fureurs de l'Océan. Mais c'est surtout dans la zone torride , on les tempêtes sont d'autant plus violentes que les calmes y sont plus profonds , que la nature a pris les plus graudes précautions pour fortifier les rivages de la mer par les racines des végétaux. Les grèves arides sont couveites de> rameaux de la

païaie. espèce de fiane f«B|Hnie qoi détend comme on filet dont les cordons sont si longs et si forts, que les noirs s'en servent poor prendre des poissons. Les cocotiers s'y enracinent par one mnltîtadedefilamens,qui font du sable une masse solide comme un rocher; fl n'y a point de colonnes plos fermes sur leurs piédestaux. La nature élève non-seulement des colonnades dans ces sables marins, mais des palais entiers de verdure. L'aiiire des banians jette de Fextrémité de ses branches des radnes qui s'enfoncent dans les sables et forment autour de son tronc une multitude d'arcades et de voûtes dont les pieds droits deviennent bientôt de nouveaux troncs. Un seul arbre produit au milieu de ces sables marins brâlans une forêt dont les racines sont inaccessibles aux flots, et dont le feuillage est impénétrable à la pluie et au soleil.

Les montagnes littorales, tant fluviatiles que maritimes, nourrissent sous les eaux des végétaux dont les racines les fortifient contre les dégradations et contre les tempêtes. Cest sur les bords des rivières et au fond de leurs canaux , que croissent les racines des joncs, des roseaux, des nympha» , de l'iris fetida, de la sagittaire. Elle s'entrelacent au point que, si on ne les feuchait tous les ans, elles en obstrueraient le cours. Ce sont elles qui , en arrêtant les vases et les sables, élèvent à la longue les bords et les canaux des rivières au-dessus du sol des vallées. Souvent il s'y joint des saules et des aunes, dont les radnes traçantes sont semblables à des cordes. Si un de ces arbres vient à être renversé par qudque inondation fortuite, il pousse des rejetons de chacmi de ses rameaux, et reproduit à lui seul une forêt. Ainsi la nature tire le remède du mal même , et en harmoniant la puissance végétale à l'aquatique , donne un lit aux fleuves et des canaux aux forêts. C'est ainsi que coule le Mississipi et plusieurs fleuves de l'Amérique dont les bords, couverts de cannes et d'une multitude d'autres végétaux , forment à droite et à gauche des digues latérales entre lesquelles circulent leurs eaux , au-dessus du niveau des plahies. Les montagnes littorales maritimes ont aussi leurs végétaux sous-marins qui les fortifient. On peut regarder en gén(^ral les plantes marines comme de simples racines qui , plongées au sein des eaux, en tirent leur nourriture par tous lenrs pores. Elles sont attachées à leur extrémité inférieure par une espèce de gluten insoluble à l'eau, au moyen duquel elles se collent aux rochers ; elles sont dures comme du cuir, souples et aUongées comme des cordes , et il y en a de plus de trois cents brasses de longueur, comme le fucus giganleus dont nous avons déjà parlé. Elles sont

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pour l'ordinaire terminées par un bouquet de feuilles qui apparaît à la surface de Teau, saris doute pour y recevoir les influences immédiates de l'air et du soleil. Celles qui croissent sur les bords de la mer, dans nos climats , et qui sont découvertes deux fois par jour par les marées , sont plus feuillues que celles qui croissent à de grandes profondeurs. J'ai vu souvent avec intérêt, sur les côtes de Normandie, des masses de marne blanche entremêlées de lits de galets noirs , détachées des falaises dont la mer s'était emparée et qu'elle avait couvertes de fucus, d'algues et de varechs. Ils suspendaient aux flancs des rochers leurs houppes et leurs guirlandes brunes, vertes, pourprées,'cramoisies, au-dessus et au-dessous des flots azurés, s'élevant et s' abaissant avec eux comme des ondes de diverses couleurs. C'est dans le lit de l'Océan que naissent une multitude de plantes inconnues à nos botanistes; c'est là qu'elles forment mille harmonies étrangères à leurs systèmes. Non-seulement elles fournissent des abris et des pâtures à un grand nombre de coquillages , de testacés, de poissons, d'oiseaux de marine, d'amphibies ; mais elles protègent encore les rivages de l'Océan : c'est ce que prouvent les dégradations de ces rivages dans les lieux où l'agriculture par ses engrais, et le commerce par ses manufactures, les ont dépouillés de leurs végétaux pélagiens. Mais c'est surtout sur la terre proprement dite, sur les flancs de ses collines , au fond de ses vallées et dans ses plaines , que les racines sont aussi variées que les végétaux mêmes qui les tapissent et les couronnent. Il y en a de chevelues, de cordonnées, de capillacées, de pivotantes , qui s'harmonient avec les sables , les rochers , les cailloux, les argiles; cliacune conserve sa forme toujours en rapport avec le terrain que lui a destiné la nature. J'ai vu dans les carrières de pierres à chaux, des racines de vignes pousser leurs longs (ilamens à travers les rochers, à plus de (]uinze pieds de profondeur. Le diiendent entrelace les siennes dans les sables dont il arrête la mobilité ; celles de l'anémone nemorosa s'étendent comme un réseau à la surfece de la terre, dans les bois, et y fixent l'humus. L'orme prolonge les siennes autant que son ombrage sur la pente des collines; le cliêne y enfonce son long pivot autant qu'il élève sa cime dans la région des tempêtes.

Nous contemplons avec plaisir une belle forêt. Les troncs de ses arbres , comme ceux des hêtres et des sapins , surpassent en beauté et en hauteur les plus magnifiques colonnes; ses voûtes de verdure l'emportent en grâce et en hanliesse sur celles de nos monumens. I^ jour, je vois les rayons du

soleil pénétrer son épais feuillage, et à travers mille teintes de verdure, peindre sur la terre des ombres mêlées de lumière; la nuit, j'aperçois les astres se lever çà et là sur ses cimes, oonune si elles portaient des étoiles dans leurs rameaux : c'est un temple auguste qui a ses oolomies, ses portiques, ses sanctuaires et ses lampes; mais les fondemens de son architecture sont encore plus admirables que son élévation et que ses déoorations. Cet immense édifice est molnle; le vent souffle, les feuilles sont agitées et paraissent de deux couleurs; les troncs s'ébranlent avec leurs rameaux et font entendre au loin de religieux murmures. Qui peut maintenir debout ces colonnes colossales mouvantes ? Leurs racines. Ce sont elles qui , avec les siècles, ont élevé sur one plage aride une couclie végétale qui , par l'influence du soleil, a changé l'air et l'eau en sève, la sève en feuilles et en bois; ce sont elles qui sont les cordages, les leviers et les pompes aspirantes de cette grande mécanique de la nature ; c'est par elles qu'elle supporte l'impétuosité des vents , capable^ de renverser des tours. La vue d'une forél me fiiit naître les plus douces méditations; je me dis, comme à l'aspect d'un de nos plus magnifiques spectacles : Le machiniste, le décorateur et le poète sont sous le théâtre et derrière la toile: oe sont eux qui ont préparé toute la scène et qui la font mouvoir avec ses acteurs; de même les agens des forêts sont sous la terre , et ce que je ne vois pas à sa surface est encore plus digne de mon admiration que ce que j'y vois.

Quoique toutes les montagnes et même les rochers soient susceptibles, comme nous l'avons vu , de nourrir des végétaux , il y a cependant des parties de la terre qui leur sont plus particulièrement destinées par des ados et des abris : telles sont en général le8 vallées. C'est là que les pluies rassemblent l'humus, l'un des moteurs de la végétation. Son exposition la plus favorable est à l'orient et au midi dans nos climats. Nous y distinguons en général les plantes en septentrionales et en méridionales ; nous pouvons les subdiviser encore en orientales et en occidentales ; mais nous parierons de ces classifications aux harmonies végétales de la terre : il nous suffit d'avoir donné ici une idée des harmonies terrestres des végétaux.

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Quelque intéressantes et nombreuses que soient les harmonies que les végétaux ont avec la terre , elles n'égalent \mni celles (]ue les animaux ont

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avec elle e( avec les autres élémens. Un arbre n'affaisse point par sa pesanteur le sol qui le supporte; il s*y soutient par ses longs pivots, par les différens étages de ses racines, et même par les divers plans de ses feuilles. Il n*en serait pas ainsi d'un quadrupède du même poids : comme il ne pèse qu'à la surface de la terre, il y enfoncerait par la base étroite de ses pieds. C'est sans doute pour cette raison que la nature a Êiit les animaux terrestres beaucoup moins pesans que les arbres , et même que les animaux aquatiques, qui sont supportés par l'eau dans toute leur longueur : l'éléphant, le plus lourd des quadrupèdes, pèse beaucoup moins qu'un cèdre et qu'une baleine. Il y a aussi cette différence très-remarquable entre le centre de gravité de l'arbre et celui du quadrupède, que le premier a le sien en bas, parce qu'il devait être en repos , et que le second l'a en haut , parce qu'il devait être susceptible d'un mouvement de progression, qui n'a lieu que lorsqu'il porte son corps et sa tête en avant. En considérant les arbres de nos parcs et de nos vergers, dont le tronc est nu , et dont la tête est surchargée d'une masse de branches et de feuilles, on serait tenté de croire que leur partie supérieure est la plus pesante; mais ils ne sont figurés ainsi que parce qu'on a soin d'élaguer, dès leur jeunesse , les branches de leur tronc. Si on les abandonnait à la nature, ils en produiraient dès leurs racines, et affecteraient bientôt la forme pyramidale. C'est ce que j'ai vu arriver à des ormes négligés , qui avaient poussé de leur partie inférieure des rameaux si étendus, qu'on ne pouvait plus passer dans leurs intervalles, ni même dans l'avenue qu'ils formaient. Ainsi la nature a donné aux arbres des forêts des espèces d'échelles propres à les escalader. Je ne connais guère que les palmiers dont la tête seule soit chargée de palmes. Quoique la tête des palmiers soit assez large , le poids en est léger par comparaison à celui de la partie inférieure de leur tronc , et surtout de leurs racines, composées d'une multitude de filamens qui forment une masse solide avec le sable , dont elles tirent leur nourriture. Cependant, en considérant en général les arbres comme de grands leviers, garnis du haut en bas de plusieurs étages de verdure, agités par les vents qui leur font décrire des arcs de cercle , j'admire la force prodigieuse de leurs racines , qui souvent n'ont d'autre tenue que du sable ou des terres marécageuses , où nous n'oserions asseoir le plus petit édifice; mais je suis bien plus surpris encore en voyant des animaux fort pesans avoir en euxmêmes une force motrice, qui les pousse, suivant leur volonté , en avant et en arrière , à droite et à

gauche, en haut et en bas, suivant les diverses configurations du sol qu'ils parcourent.

Quoique tous les animaux soieiU assujétis à la force centripète de la terre, ils ont une force de progression qui leur est propre, et au moyen de laquelle ils surmontent cette force générale d'attraction, soit en volant dans les airs, ou en nageant dans les eaux , ou en marchant sur la terre. Nous avons entrevu combien leur vol et leur nager sont variés : maintenant nous allons jeter un coopd'œil sur leur marclier, qui présente encore plus de combinaisons. En effet, les animaux terrestres, proprement dits , n'étant soutenus par aucun fluide, ont des organes et des moyens de progression bien plus variés que les oiseaux et les poussons. Parmi eux on en trouve qui glissent, rampent, marchent, sautent, roulent, dansent, etc. , avec des membranes , des anneaux, des ressorts et des pieds, dont la configuration est en rapport avec le sol qu'ils habitenl et leurs besoins divers. La nature a fait la surface de la terre assez compacte pour résister au poids des plus lourds animaux, et en même temps assez légère pour que les insectes et les vé^tanx pussent la pénétrer. Ainsi elle se trouve à la fois, par sa densité et sa ténuité, en rapport avec la mousse et la fourmi, et elle supporte à la fois le cèdre et l'éléphant. Cette observation est, je crois, de Fénelon, et je saisis cette occasion de lui en rendre hommage.

Ce n'est pas tout. La nature a mis les animaux les plus lourds en harmonie avec cette même terre, afin qu'ils ne pussent s'y enfoncer par leurs mouvemens accélérés, qui doublent et triplent leur poids. Elle les a d'abord posés sur quatre appuis , que nous appelons jambes, et ces jambes sont terminées par des pieds d'autant plus larges, que le quadrupède est plus pesant. Les os de leurs jambes ne sont point en ligne droite et perpendiculaire, mais un peu arqués en dehors et même en arrière, comme des voussoirs, pour mieux supporter la charfiente de leur squelette et le poids des muscles qui y sont attachés. Elle a divisé ces jambes en plusieurs articulations, fortifiées de nerfs au pied , au jarret, à la cuisse, afin que ranimai ne tombât pas de tout son poids ; ce qui serait arrivé si ses jambes avaient été d'une seule pièce. Elle a ensuite fortifié le pied d'un cuir trèsépais et d'une corne à la fois dure et élastique. Il s'ensuit de toutes ces précautions, dont je donne ici nue bien faible idée , que les quadrupèdes les plus pesans sont, en quelque sorte, ceux qui marchent le plus légèrement.

L'éléphant a quatre jambes formées en colonnes articulées , terminées par des pieds un peu conca-

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ves en dessous, avec cinq ergots plais, qui lui servent à gravir les montagnes où il se plait. Son pas est très-sûr. Le philosophé Chardin, qui en avait vu beaucoup en Perse et aux Indes, dit qu'en marchant il ne fait pas plus de bruit qu'une souris, qu'il va fort vite, et que s'il vient derrière vous, il est sur vos talons avant que vous vous en aperceviez. On en peut inférer qu'il ne galope point; car, s'il galopait, son poids, accéléré par la chute de toute la partie antérieure de son corps , l'enfoncerait en terre. Que serait-ce, s'il s'élançait en l'air comme un chevreuil ? Il écraserait le sol comme un rocher , et s'y briserait lui-même.

Ainsi la nature a proportionné le poids des animaux à leur mardie et à la densité de la terre, conune celui des oiseaux à la résistance de l'atmosphère, et celui des cétacés à l'équilibre de l'air qui les fait flotter, et des eaux qui les supportent. Si une baleine marcliait , ou même rampait sur la terre, elle y creuserait des vallées par sa pesanteur , et en détruirait tous les végétaux.

La terre, comme une bonne mère, non-seulement supporte les animaux qu'elle nourrit et qui la parcourent, mais elle leur offre de toutes parts des asiles et des lieux de repos. C'est en partie pour cette fm que ses rochers sont remplis de fentes et de crevasses, que ses sables sont si mobiles, depuis les rocliers caverneux de l'Afrique qui offrent des antres aux lions , jusqu'aux dunes où les lapins creusent leurs terriers. D'un autre côté , tous les animaux ont reçu des organes , des mu»des, des peaux revêtues de poil et d'autres compensations en rapport avec les diverses densités de la terre, tant pour en parcourir les sites variés, que pour y trouver des -asiles et même des tombeaux.

Pour nous donner une idée de lears harmonies terrestres , nous les considérerons sous les doubles rapports de leur mouvement et de leur repos. Afin de mettre de la clarté dans nos recherches , nous les disposerons dans l'ordre même où nous avons considéré les harmonies de la terre proprement dites. Nous allons donc commencer par celles des animaux qui habitent les montagnes solaires et hyémales.

Ijcs animaux de la zone torride et des contrées chaudes des zones tempérées ont, pour la plupart , les jambes et le cou fort allongés. C'est là qu'on trouve les gazelles si sveltes, les chameaux , les dromadaires, les girafes ou caméléopards qui ont jusqu'à dix-huit pieds de hauteur, l'autruche, appelée par les Arabes l'oiseau-chameau ; le cazoar , l'aigrette, l'ibis, et plusieurs quadrupèdes grimpans, tels que le singe , le rat palmiste , le mus jaculus on

rat sautenr , qui frandiit le sable de i* Egypte; enfin beaucoup de reptiles qui s'élancent comme des dards* Je pense que la plupart de ces quadrupèdes et de ces oiseaux ont les organes de la progrcflBÎon plus allongés , afin d'avoir ceux de la respiration élevés au-dessus des réverbérations brûlantes du sol. En effet, il est remarquable que les lions, les chameaux et les singes, ont les narines plus ooverles que les animaux des pays froids oo desmoDtagnes à glace : on retrouve des diflëreooes semblables dans la configuration des honraies qui les liabitent. Le Nègre a les jambes et les coisBes plus allongées et le nez plus épaté que le Samoiède elle Lapon, qui sont plus raccourcis dans leon proportions que les habitans des dimats ph» teuhpères.

Au contraire, les animaux qui vivent dans les zones glaciales, ou dans les montagnes hyémales, ont les jambes et le cou plus courts, afin de les avoir plus rapprochés de leur corps , c'est-4Nlire du centre de leur chaleur; il les ont, pour cet effet , souvent garnis de poils ou de plumes jusqu'aux extrémités des pieds ; les organes de leur respiration sont aussi plus étroits, afin que l'air froid qu'ils respirent n'entre pas dans leurs poumons en trop grand volume à la fois. C'est sans doote poor cette raison que les renards et les ours blancs du nord ont le museau allongé et pointu , à Topposile des tigres et des lions du midi, qui l'ont raooonrri avec des narines évasées ; l'élan du nord de FAmérique a des tubérosités qui semblent protéger l'ouverture des siennes; les Tartares des contrées septentrionales sont même obligés de fbndre les naseaux à leurs chevaux , pour leur fecilîter la respiration dans les courses rapides qu'ils le«r (Imt fkire. Si les pieds des animaux des pays fkx)ids se ressemblent en ce qu'ils sont plus rapprochés de leur corps, ils diffèrent les uns des autres par leurs formes, en rapport avec le sol qu'ils habitent. Ceux du renne sont très-fendus , et s'écartent en marchant , afin de l'empêdier de s'enfoncer sur les neiges, où il cherdie sa pâture. D'autres, comme les oiseaux de marine , tels que les lorolu de Norwége , ont des plumes jusqu'au bout des doigts; il en est, comme les ours blancs , qui ont des griffes pour gravir sur les glaces flottanles; quelques-uns , comme les lions marins, ces lourds amphibies semblables à des tonnes d'huile, ont deux fbrtes dents recourbées , avec lesquelles ik se traînent sur les échoueries du Groenland el du Spitzbei^.

Parmi les animaux qui habitent les nnonts éoliens, on peut compter sans doute les volatiles, soit oiseaux , sdt insectes, qui sont répandus d'ail-

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leura dans tous les sites. Nous avons donné une idée du vol de ceux-ci , aux harmonies aériennes; lous y avons aussi parlé du vol de quelques qua- ImpèdeSy tels que la chauve-souris et l'écureil voanty et de celui de quelques poissons : nous dirons d on mot du marcher des volatiles. Les oiseaux mtdeax pâtes, divisées pour l'ordinaire en quatre loigts, dont trois en avant et un en arrière, pour HÛsir les branches des arbres. Ils s'y attadient lYec tant de force, qu'ils résistent pend^pt leur repos aux plus violentes tempêtes , et que quelquefois ils /estent accrochés même après leur mort. Ils ont plusieurs 'feçons de marcher sur la terre. Les uns vont en santfllant , comme les moineaux et les pies; d'autres en dansant , comme les demoiselles de Nidne; d'auti-es, en se balançant à droite et à gauche , comme les canards et les perroquets ; d'autres marchent avec gravité , comme les paons et les coqs. Quant aux insectes , la plupart ont leurs pieds arméis de griffes , dont ils s'accroclient aux corps lisses et polis. J'observerai , à ce sujet , que les griffes ou ongles crochus n'ont pas été donnés aux bétes de proie parce qu'elles sont carnivores , mais parce qu'elles sont grimpantes. Le chat a des grifTes crochues , parce qu'il est destiné à grimper dans les arbres et sur les toits pour y diercher sa proie; le chien, destiné comme lui à vivre de chair, mais sur la terre, n'a que des ongles droits, n en est de même des griffes du tigre , du lion, de l'ours blanc, habitans grimpans des rochera et des glaces , comparées à celles du re^ nard, du loup, de l'hyène, qui ne sont pas moins carnassiers, mais qui habitent les plaines. Quant aux animaux qui pâturent dans les montagnes escarpées, comme la chèvre, le chevreuil , le daim, le chamois, le paco des Cordillères, etc. , ils ont les pieds fourchus en deux parties terminées par deux ei^ots pointus , dont ils se cramponnent sur les rochers les plus durs , où ils trouvent ainsi huit pilants d'appui. Mais c'est dans les insectes particulièrement que l'on reman|ue les attentions de la nature pour empêcher ces petits corps si légers de devenir le jouet des vents. Non-seulement ils ont, pour la plupart , des griffes très-aigués à leurs pieds, pour s'attacher à des corps aussi polis que le verre , mais ils ont des espèces de molettes , entre lesquelles ils font rentrer leurs griffes , comme les chats, afîn de ne pas les user lorsqu'ils marchent sur un terrain hoiizontal. C'est ce qu'un peut voir aux mouches de nos appartemens , qui montent et descendent sur nos glaces perpendiculaires. Quek|ues chenilles , comme celle qui vit sur la feuille toujours tremblante du peuplier, ont, indépendamment des griffes ordinaires atlachres

à leurs anneaux , des espèces de sabots drculaires, formés de crochets, qui les cramponnent aux feuilles de cet arbre toujours agitées des vents.

Les animaux qui n'habitent que les sonunets des montagnes hydrauliques, ou les bases des littorales , ont des moyens différens de progression. Les liabitans des premières, dans les contrées méridionales , tels que les singes, sont revêtus d'un poil touffu qui, les met à l'abri de l'humidité; -ils ont cinq doigts à chaque pied et à chaque main , et des .queues souples dont ils s'attachent aux branches élastiques des buissons pour s'élancer au-delà des prédpices. J'en ai vu courir, à l'Ile de France, le long des plus petites corniches de rochers à pîc et très-élevés , sur les flancs desquels ils paraissaient comme s'ils avaient été sculpta en relief. Les écureuils qui vivent dans les montagnes neigeuses , ont des fourrures encore plus garnies; quelques espèces du nord de l'Américiue ont des queues en panache, dont ils se couvrent la tête, et qui leur servent en quelque sorte de para-neige. On en trouve une autre espèce qui a une peau membraneuse adhérente à ses quatre pâtes , et an moyen de laquelle l'animal s'élance d'un rocher à un autre; tel est celui des montagnes marécageuses de Labrador. Les oiseaux des sites élevés et pluvieux, tels que la plupart des oiseaux de proie et de marine et même les pigeons, ont la partie supérieure de leur plumage fort serrée , de manière que les pluies y glissent , et quelquefois même le plomb deschassein^. Beaucoup d'insectes sont formés de la manière la plus propre pour grimper sur les parois humides de ces sites. C'est là que l'araignée et plusieurs autres insectes fragiles furent pourvus de l'instinct de prévoir la pluie, si contraire à leurs travaux; mais le limaçon , à l'abri sous son toit , se plaît à parcourir les murailles humides , au moyen de sa membrane musculeuse et gluante.

Les êtres organisés ont différens moyens de marcher sur les bases des montagnes littorales. Le limaçon de mer se promène , comme cdui de terre, au moyen d*une membrane musculeuse. Il est remarquable que celle-ci n'a point de glu qui l'aide à glisser, pan-ce que le sol qu'il parcourt au fond des eaux est toujours humide. Les univalves sont les seuls coquillages qui vivent à sec, parce que leur coquille porte tout entière sur l'organe de leur progression. Cette coquille est très-mince dans les limaçons de terre, qui ne sont exposés qu'aux vents; tandis qu'elle est épaisse dans les limaçons de mer, exposés sur les rivages au roulement des cailloux , et toutefois celle-ci est légère . par sa pesanteur relative avec l'eau marine qui la soulève. Il résulte de là que les coquilles nàarines sont avec

DES ANIMAUX

les coquilles flu>îatiles el les terrestres ou aériennes dans un rapport d'épaisseur égal à celui de pesanteur où l'eau de mer, imprégnée de sel, est avec l'eau des rivières et avec l'air : ainsi la nature a établi les plus parfaites harmonies entre les élémens et les animaux de la même espèce qui les habitent. Un gros buccin n'est pas plus chargé de son poids au fond de la mer, qui Faide à surnager, qu'un limaçon terrestre à coque mince, sur la branche où il rampe. Les lourds nautiles, ainsi que les papyracés , s'élèvent à la surface de la mer en formant le vide dans leurs nombreuses cellules. Ils dressent alors une espèce de voile en l'air, et parviennent où la nature les guide, à la faveur des vents et des courans. Il n'y a point de coquillages bivalves sur teiTe, parce que leurs deux coquilles à charnière ont besoin d'être soulevées latéralement par les eaux , pour s'appuyer sur l'espèce de langue qui leur sert de jambe. C'est par ce moyen de progression que marchent, ou plutôt que se traînent les pétoncles, les pinnes marines, les dails, les moules, etc. Les crustacés, comme l'oursin avec ses longues baguettes, se roulent sur les sables; d'autres, armés de huit pâtes divisées en trois articulations, comme le homard, l'écrevisse et la langouste, marchent à reculons parmi les rochers, ou de côté, comme les cancres proprement dits; ils présentent de plus deux énormes pâtes armées de tenailles, dont ils écrasent les coquilles qui leur servent de proie. C'est dans les mêmes lieux que se réfugie le congre , qui glisse comme un serpent. C'est sur les rivages de la mer que l'on trouve une multitude d'insectes amphibies ou aquatiques; c'est là que vit sur les grèves à sec le bemard -l'ermite, dont la nature n'a point revêtu la pariie postérieure, afin qu'il la logeât dans une univalve abandonnée. Ainsi rien n'est perdu : le toit d'un limaçon sert à une langouste , l'industrie d'un animal mort sert aux besoins de celui qui est en vie. Les êtres qui habitent les bords des eaux semblent réunir tous les oi^anes et tous les instincts de ceux qui vivent dans les trois élémens dont ils peuplent les limites. Qui pourrait nombrer les moyens de progression des oiseaux de mer et des amphibies? Les premiers ont un réservoir d'huile au croupion, et ils s'en servent pour lustrer leurs plumes et les préseiTcr de l'humidité au sein des eaux. Us forment entre eux les plus intéressans contrastes , depuis le veau marin , qui expose ses petits au soleil, sur les bancs de sable, où il se traîne avec ses pieds courts et membraneux, jusqu'au flamant au long cou el aux longues jambes, qui reste debout, les pieds dans l'eau, le croupion posé sur le sommet du cOne de vase où

il couve ses œufs. L'un , marbré et d'une couleur tannée, ressemble à un rocher; l'autre, de couleur de feu , apparaît comme une flamme qui sort du sein des eaux.

Les rapports de progression des animaux avec la terre proprement dite sont encore plus nombreux que les précédens. Leurs pieds ne sont pas terminés par des os, mais par une matière à la fois dure et élastique , appelée corne. Cette matière cornée résiste , par son élasticité,. bien mieux que les os , qui se seraient usés par le frottement. Elle revêt en entier le corps de quelques ampliibies, tels que les tortues, qu'elle défend contre les abordages des rochers et le frottement des sables. Elle paratl formée, dans ceux-ci, d'un amalgame d'écaiiles dont elle porte le nom , et de poils dans les quadrupèdes. La coupe de ces poils apparaît bien distinctement dans la corne du nez du rhinocéros , comme je l'ai vu dans celui de la Ménagerie , qui avait usé la ^sienne jusqu'à la racine, à force de la frotter contre les pieux de son enceinte. Ces poils étaient gros et droits dans la corne de ce rhinocéros, dont on peut voir la dépouille au Muséum d'histoire naturelle; mais ils sont fins et entrelacés dans la corne du pied du cheval, exposé à de plus grandes fatigues. Les cornes des animaux , supportées par des os intérieurs , comme celles de la tête des bœufs, des chèvres, et les ergots de leurs pieds, paraissent être par écailles. Celles des pieds des animaux recroissent sans cesse , quoique usées sans cesse par le frottement, et comprimées par leur poids. Dans le cheval, elle est d'une seule pièce, circiilaire par son plan, et un peu creusée en dessoiis, pour enfoncer moins dans le sol; mais elle est taillée en biseau sur son bord antérieur, pour prendre un point d'appui dans les pentes des montagnes. Il est d'usage, dans presque toute l'Europe, d'en revêtir le contour intérieur d'une bande de fer demi-circulaire, attachée avec des dons à grosse tête. On prétend que cette espèce de semelle empêche la corne du cheval de s'user, et rend son pied plus sûr. Il n'est pas étonnant que que dans les pays où les hommes sont chausses, quelques animaux le soient aussi; cependant je doute que le marcher des uns et des autres en tire un grand avantage. On ne ferre point les chevaux à l'Ile de Bourbon; je les ai vus courir comme des chèvres dans les rochers dont cette lie est couveite : leur corne v devient d'une dureté extrême. Les Nègres, qui y vont nu-pieds comme eux, ont bien de la peine à les attraper lorsqu'ils veulent les brider ou les seller; cependant ils gravissent mieux dans les montagnes qu'aucun Européen.

Les quadrupèdes destinés à parcourir les terres

DE LA TERRE

uu aspect anguleux et rude , comme rétément tem- |iétueux qu'elles avoUiiieot. Mais, lorsque les attracikns partielles opt agi sur toute l'étendue de la nfiontague f alors elles forment des courbes très-agréables et trè»-variées : telles sont en général celles des colliiieSy des coteaux et des vallées qui sont dans riotérieur des lies et des oontineas.

Je donne celte explication pour ce qu'elle vaut , c'est-à-dire pour peu de cliose. Cependant je trouve qu'elle peut servir à nous donner une idée assez naturelle de la formation des montagnes de la terre, puisqu'elle réaulte aussi de l'attrciction solaire; loi qui sert à eipUquer le mouvement de son globe. Je trouve encore que cette même cause peut rendre raison des fleurs, des fhiits, des muscles des animaux , et surtout des formes du corps bumain , si variées, si nombreuses, et où se trouvent réu- QÎes les plus belles courl)es de la terre. Je suppose donc que c'est un foyer d'attraction solaire, qui s'étend en kmae de coquilles bémisphériques dans les cinq pétales de la rose , en ovoïde dans la tulipe , en apbérolde dans la pomme. Chaque germe a ses fiNmes déterminées, que le soleil développe tour à toor. Le (œtxa bumain a aussi les siennes , également soumises aux influences de l'astre du jour et de œlni des nuits. Tous ses muscles et ses os sont eu bamoonie avec les diverses périodes des mois, des années et des cycles, et en reçoivent successivement leurs développemens aux époques de Fenfimtemept, de l'accouchement, de la dentition, de ia puberté et de la virilité. Mais, comme les monlagnes sont plus élevées au milieu de la terre, et «oug la plus graqde influence du soleil , de même les muscles sont plus renflés au milieu du corps Imaudn et de sa plus grande chaleur. On trouve réunis, dans la zone torride du corps bumain, 4Ximnie dans les Cordillères et les monts de la Lune, ^es caractères électriques , volcaniens, éoliens, hydrauliques , pélagiens , littoraux , à ne les considérer qu'en physicien. Mais qui oserait ici prendre le pinceau pour en peindre les formes ? C'est par celles-ci qœ Vénus est Vénus. Voilà les ondes d'où elle est sortie. Mais jetons simplement un coup d'œil sur les autres muscles, soit simples, soit combinés, nous verrons une attraction expansive les étendre et les renfler aux endroits du corps qui avaient le plus besoin de grâce et de force. Dans la tête, par exemple, joues elliptiques, mobiles charmans des ris et de la pudeur dans les jeunes filles ; sur le sein maternel, les mamelles hémisphériques qui devaient nourrir des en&ns ; dans le corps de l'homme itdiuste qui devait les élever et les protéger, les auisdes lierculéeiis des jambes, des bras, des reins et des épaules , combines sous une multitude

de formes. Vous diriez que ce fils de la terr^et du ciel est formé , comme sa mère , de montagnes et de collines.

Quoique toutes les formes des corps soient renfermées dans la sphère, cependant la nature ne les engendre point, à la manière des honunes, avec un compas; mais elle se sert, pour les former, des qualités positives et négatives de ses attractions , qu'elle attache à chaque corps, suivant une infinité de modifications subordormées à la loi universelle de leurs convenances. Le cône , dont on déduit les principales courbes, connues sous le nom de sections coniques , est lui-même engendré daas la sphère parla révolution circulaire de l'extrémité d'un de ses rayons autour d'un autre rayon qui lui sert d'axe. Si on voulait produire un grand nombre de courbes nouvelles , il ne s'agirait que d'avoir des vases de formes sphériques, coniques, elliptiques, paraboliques, hyperboliques, etc. En les remplissant d'eau à moitié et en les inclinant, on verrait le contour de l'eau présenter une multitude de courbes différentes, dont la splière est génératrice, et dont l'attraction de la terre est le mobile en mettant l'eau de niveau. C'est par le moyen de l'eau , et par l'entrecoupure de sesdifTérens niveaux, que tant de figures, régulièrement irrégulières, se sont formées dans l'intérieur des marbres. Mais, si l'on veut voir les plus belles courbes, dont la sphère est la génératrioe , rassemblées et liarmoniées à l'infini dans un concert parfait, il faut les considérer dans le corps humain. Pour en bien saisir les contours, il fout employer le même moyen dont se sont serais, suivant Wino* kelmann, de célèbres artistes italiens, pour copier les plus belles figures de l'antiquité. Ils les mettaient dans l'eau , dont les difTérentes hauteurs en saisissaient et dessinaient toutes les coupes avec la plus grande précision. Il n'y a pas de doute que, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y ait une infinité de coupes dont aucune ne se ressemble. Elles varieront toutes, si on incline la figure seulement d'un degré; et, si on augmente cette inclinaison de degré en degré, jusqu'à ce qu'elle soit horizontale, on trouvera |)Our ainsi dire, de minute en minute , autant de profils différens. Ces profils seront au nombre de cinq mille quatre cents pour la figure inclinée ; et, si vous les joignez à ceux que donne la figure perpendiculaire , et à ceux que produirait l'horizontale , vous veirez qu'il n'y a point de paysage qui proiluise des aspects aussi variés que la figure humaine. Ajoutez-y maintenant les différences que les divers tempéramens, les âges et les sexes y apportent, vous connaîtrez (pie les beautés dont la

HARMONIES TERRESTRES

point à la mullîtude de ses Êiibles pales pour leur échapper : nouveau Protée , il se mélamorphose tout à coup , et d'un insecte rampant il devient une boule roulante.

Que dire des moyens de progression des animaux qui vivent aux dépens des autres ? L'araignée, forcée d'abandonner son embuscade, ne pouvant trouver de chemin sur terre, s'en fait un en l'air : elle y lâche un fil , et lorsque le vent en a attaché l'extrémité à un point fixe , elle court tout du long comme im danseur de corde. Son pont aérien sert quelquefois à des êtres innocens, tant la nature sait allier les contraires et mettre tout à profit. C'est sur le fil de l'araignée que la feible cochenille passe de la feuille épaisse du cactus où elle est née, au lien on , à l'abri des épines, elle doit fixer sa trompe fragile. D'autres insectes, comme les poux paresseux, se glissent avec des crochets sous les poils des animaux, on , comme les puces , sautent à plus de cent fois leur hauteur.

Qui pourrait décrire les différens organes du mouvement dans les animaux de la terre ? Ils sont aussi nombreux que les obstacles qu'ils renconti^nt. Le marcher des terrestres est plus varié que le nager des aquatiques et le vol des aériens : les pieds des premiers sont en plus grand nombre et de formes plus diverses que les nageoires et les ailes des derniers. Très-peu de quadrapèdes ont des nageoires et des ailes ; mais la plupart des amphibies, tous les oiseaux, tons les insectes volatiles et même presque tous les quadrupèdes ont des pieds.

En effet, c'est à la terre que les êtres vivans attachent leur destin : le volatile vient y ûiire son nid , et le nageur vient frayer sur ses rivages ; tous, après en avoir bit l'objet de leurs courses, en font celui de leur repos. Ceux des zones glaciales et des montagnes hyémales ont été habillés de pelisses touffues, de peaux emplumées, de duvets qui leur servent de litière au sein des glaces et des neiges. Ceux qui nagent dans les mers boréales et australes, comme les baleines, ont , sous des cuirs élastiques, d^s couches de laixl épaisses de plusieurs pieds pour conserver leur chaleur naturelle et les préserver du choc des glaçons floltans. D'antres, comme leslions marins, qui se traînent sur les écueils , sont revêtus d'une graisse molle et d'une pean flattante. Semblables à des outres dliuile , ils glissent sans effort et sans danger sur les âpres rocbere, et s'y livrent à de profonds sommeils au bruit des flots mugissans. D'autres, au fbnddes eaux , se i^fugtent dans les antres des rochers. C'est là qu'une âmile de poiMons engourdis vien-

nent chercher des asiles contre les hivers el contre la vieillesse, ce long hiver de la vie. Cest là que les plus faibles ont été mis par la nature à l'abri des tempêtes.

Les coquillages portent avec eux leurs toits el leurs rochers protecteurs. Il n'y a point de duvet qui en tapisse l'intérieur; mais un vernis briUant des plus riches couleurs de l'Orient repose leiHV tendres chairs et enduit leurs maisons ea dedans et souvent au dehors. La moule taillée en batean s'ancre aux graviers avec des cables plus sArs que ceux de nos vaisseaux. Le limaçon de mer s'attache aux rochers par sa membrane; le lépas en y Kirmant le vide avec son entonnoir ; l'huître, les vermiculaires, Jes coraux, les madrépores s'y collent avec un ciment insoluble aux eaux; d'antres, comme les daîls , s'enfoncent dans le flanc même des rocliera calcaires au moyen de leurs coquilles, nides comme des râpes. Quelques-uns savent prévoir les tempêtes et se mettre à l'abri de leors f^ireurs. Ils s'enfoncent tout entière dans les sadiles , comme les coquillages à robe lisse. Les vermisseaux sans toit et plusieure petits poissons, les énormes tuilées , restent immc^iles sur les redis , à l'abri sous leurs épaisses voAtes ; mais les cmslacés, comme les homards et les crabes, se réfugient entre les cailloux roulans; et comme ils sont exposés à avoir les pâtes rompues , la nature leur a donné la faculté de les repi^oduire, conmne elle a donné aux arbres celle de reproduire les branches qui ont été fracassées par les vents.

Mais qu'est-il besoin de pénétrer an fond des mère pour observer les moyens de repos que la nature a préparés aux êtres vivans et mobiles ? Ceux de la terre les présentent dans leur propre structure. Nous avons remarqué que les jambes de derrière des quadrapèdes forment un arc-boutant en avant; nous observerons ici que celles de devant sont perpendiculaires : les premières sont les agens de la progression, les secondes sont ceux de la station. En effet, c'est sur celles-ci qu'ils reposent même leur tête lorsqu'ils sont couchés. La nature, de plus, leur a donné un ventre sans os, sur lequel ils appuient mollement tout leur corps, surtout dans les fotigues extrêmes. Mais, afin qu'ils passent varier leure attitudes stationnaires ainsi que leur marche , elle a revêtu les cuisses et les épairies des plus pesans , comme des chevaux et des boeutls , de muscles charnus et saillans en dehore , qui leur servent à se reposer tour à tour sur les deux odiés De {dus , elle les a faits pour vivre au sein des prairies, où les graminées leur offrent encore d'épatsses litières. D'antres trouvent des retraites tout arrangées dans les mousses qui tapissent les cavités

DE LIIOMME.

des aiiMres on celles des rochers : tels sont les écureuils, les marmottes, les porcs-épics. D'autres s'enlbncent dans le sein de la (erre , oonnne les malots , les rats , les lapins . les tanpes , les abeilles maçonnes , les guêpes , les hannetons , les grillons , les fourmis , les vers de terre , et une foule d'insectes qui y dierchent le repos. Ils y déposent les bareeaux de leurs petits , et y font pénétrer le soleil el l'air, ces deax premiers élémens de la vie et de la végétation. Quelques uns s'y multiplient en nombre prodigienx. J'ai vu une prairie voisine de mon habitaUon , sur les bords de la rivière d'Essonne y toute criblée de trous de scarabée ; il n'y avait pas nn pied d'intervalle de l'un à l'antre. Cliaque scarabée se tenait au soleil à l'entrée de son souterrain ; et lorsque je venais à passer par un sentier qni traversait la prairie , à chaque pas que je fidsais, des milliers de ces insectes se retiraient en même temps à droite et à gaudie ; ce qui produisait une évolution assez singulière. Je tentai vainement d'en attraper quelqu'un; mais, à la fin de Taotomne , il y vint une multitude de corbeaux qui y furent en station pendant tout l'hiver. Ils res< talent immobiles , et lorsqu'un scarabée se montrait à l'entrée de son trou , ils le gobaient sur-lediamp. Us en débarrassèrent entièrement la prairie , dont les herlies oommençaientdéja à se détruire par tes travaux de ces insectes.

Cest sans doute pour pénétrer dans le sein de la terre qœ la plupart des scarabées ont leurs ailes revêtues d'étuis polis , et souvent huilés, ^afin que l'hnniidité ne les gâte pas.

Dès que le soleil , ce premier mobile de tous les moovemens des animaux , vient à disparaître , chacun d'eux se réfugie dans son site natiunel. L'insecte doré va se blottir au sein d'une fleur ; le papillon , les ailes reployées » s'endort sitr ses pétales. L'oiseau se perdie sur une branche , à Tabri des feuilles ; mais oonmie sa tète , sur son long cou , le ferait tomber en avant , et de plus serait exposée au froid de la nuit , Il la cache sons une de ses ailes et la réchauffe du feu de sa poitrine; le qnadmpède vient se coucher au pied de l'arbre , en reployant ses jambes sous fou corps. Qui contemplerait alors on paysage, en verrait tous les liabitaiis immobiles et dans des attitudes nouvelles. Les harmonies des animaux do jour cessent au coucher du soleil ; mais celles des animaux de la nuit commencent an lever de la Inné, afin qu'il y ait toujours desyetix ouverts aux plus petits teflets de la lumière , et attentifs au spectade de l'univers.

Lorsque l'hiver, cette nuit de Tannée, s'approche , que le soleil passe dans l'autre hémisphère , et qne f aquilon , agitant les forêts , les défXNiUle

de leur verdure, la plupart des insectes cherchent des retraites dans le sdn des fruits , sous l'écoroe des arbres et dans l'épaisseur de teurs troncs; d'antres, changés en nymphes, et jouets des vents, suspendus à des fils , trouvent leur repos dans une agitation perpétuelle; un grand nombre d'oiseaux se réfugient dans les troncs caverneux et sous les feuillages toujours verts des sapms et des lierres : la marmotte s'endort dans les creux des rochers.

Mais quand un certain nombre de révolutions de la lune et du soleil leur annonce la nuit qui doit être étemelle, chacun d'eux cherche à finir ses jours auprès de son site accoutumé. La mouche des maisons , amie de la lumière , vient expirer auprès des vitres ; et le papillon , les ailes étendues, an pied de sa fleur favorite. Le chien fidèle quitte sa litière et cherche à rendre les derniers soupirs près du lien qu'il a défendu , ou aux pieds de son maître qu'il regarde en gémissant ; les éléphans sociables se retirent, pour mourir sur les bords des eaux , au fond des vaUées ombragées des forêts. C'est ce que témoignent les chasseurs de P Afrique, cités par le voyageur Bosman qui en rapporte un exemple. Peut-être doit-on attribuer à cet instinct les nombreux squelettes de ces grands quadrupèdes qu'on trouve aujourd'hui rassemblés sur les bords de quelques fleuves de la Sibérie.

Quoi qu'il en soit , l'homme , fidèle , conmie tous les animaux, à ses habitudes naturelles, cherche aussi à mourir dans sa patrie. En expirant , il jette ses derniers regards vers le ciel, et il désire une main amie pour lui fermer les yeux et pour lui élever un tombeau. Ce double instinct de rhnmorta* lité vers le ciel et vers la terre , est commun aux peuples les plus sauvages, et ne se trouve dans aucim animal.

HARMOlflBS TBRRESTHBS

DE L'HOMME

Inspire-moi, céleste harmonie du mouvement et du repos ! Tu n'es point dans l'homme cette aveugle attraction qui te Rxe à la surfice de la terre , comme tous tes corps pesans. Tu n'es point en lui cette loi qui feit décrire aux planètes une ellipse autour du soteil par deux mouvemens combinés; mais tu es une émanation de cette amt unlversdte du monde, qui organise chaque objet pour sa fin , et à laquelte tous les mouvemens et tous les repos sont subordonnés.

C'est toi qui , renfermée par les amours dans le sein maternel , y traças les premiers linéamens du corps humain. Tu disposas ses os comme tme char-

HARMONIES TERRESTRES

pente, tn les lias |>ar des cartilages, tu les revêtis de muscles Gbreux, tu lui donnas des organes en rapport avec toutes les puissances de la nature; et siégeant dans le cerveau comme une souveraine , tu lis mouvoir ses membres par des nerfe, et son cœur par des ruisseaux de pourpre , comme le soleil , ton père, fait circuler les mondes par les traits de sa lumière et de sa chaleur.

Fille du soleil et de la terre , c'est toi qui ouvres et fermes les yeux de tout ce qui respire. Lorscpie ton père apparaît sur l'horizon, tu fais lever l'homme à ses premiers rayons; tu l'invites à parcourir le sein de ta mère , couvert des bienfaits de l'astre du jour. C'est par toi que , mis en équilibre sur deux pieds, il franchit les montagnes et les vallons, il secoue l'arbre chargé de fruits , et il diarge les gerl)es pesantes sur ses larges épaules. C'est toi qui , te combinant avec sa raison, lui appris à employer à son usage tout ce qui se meut autour de lui. C'est par toi que, disposant du feu , le premier des mobiles , il forgea le fer, et de\'enu le maître des élémens et des animaux , il attela les vents à son bateau , le ruisseau à son moulin et le coursier à son cliar. .

C'est toi qui , formant la jeune fille sur un plus doux modèle, lui fis exercer des travaux plus tranquilles. Assise à l'ombre d'un arbre, elle fait pirouetter le fuseau sous ses doigts et glisser la navette sur sa toile; mais lorsque l'astre de la nuit répand ses premières clartés sur les prairies, elle se plaît à y former avec ses compagnes des chœurs de danse aussi gracieux que les courbes de son corps. A sa vue , l'homme fatigué des travaux du jour se ranime ; sa force se réunit aux gi'âces d'une compagne; et de leurs contrastes naît l'harmonie des amours qui doit les reperpétuer. Mais lorsque la nuit de la mort les couvre l'un et l'autre de son ombre étemelle , lorsque les organes de leurs corps sont usés, les âmes qui les faisaient mouvoir abandonnent leurs élémens terrestres^ et, dégagées de leurs poids, elles retournent sans doute dans ce soleil, source de leurs forces, renouvelées sans cesse par sa présence étemelle. ^

Cependant cette ame , motrice et ordonnatrice des corps , renfermée dans chacun de nous, parait nous être étrangère ; elle agit sans nous commimiquer ses moyens. C'est à notre insu qn'eUe fait circuler notre sang , répare nos blessures , fomie et développe Tenfont dans le sein de sa mère. Une merveille non moins grande , c'est qu'avec toute sa puissance, cette ame si savante est subordonnée en nous à ane ame très-ignorante, et qui toutefois parait d'un ordre sopérienr. Celle-ci , que j'appelle l'ame raisonnable, commande cette antre ame que

j'appelle l'ame corporelle. Elle veut , et le onrfM est en mouvement ; elle ne veut plus , et le oorpR se repose : elle le fait mardier, sauter, conrirsans connaître les lois de l'équilibre. Elle ignore elle^ même le lieu qu'elle occupe dans le corps humam, si elle siège dans son cerveau ou dans mo conir, ou dans ces deux viscères à la fois. Elle vent mouvoir un de ses doigts sans remuer le bras, et, par un seul acte de sa volonté , le bras reste immobile et le doigt se remue ; il semble qu'elle soit venue se loger dans le seul muscle motear do métacarpe : elle peut remuer de même à la fois plusieurs membres, ou seulement leors extrémités. A-t-elle à sa disposition des nerlk qui oorrespoudent à chacun d'eux? conunent peut-elle en ounnaltre l'usage ? Est-ce l'ame corporelle qoi loi ol)éit et la sert de ses lumières? Poor elle, dans l'ignorance la plus profonde de l'organisatîon du corps , elle n'a la science d'aucun de ses mcoTemens; mais, ce qu'il y a de fort étrange , c'est qu'elle en a la conscience : elle les dirige tous par un seul acte de sa volonté. Elle resKmble en quelque sorte à ces monarques de l'Orient, qui ne connaissent point leurs sujets , mais qol, d'an seul signe transmis par des muets à des visîrs habiles , font mouvoir tout leur empire.

Cependant cette ame souveraine qui s'ignore elle -même veut tout connaître. Peu contente d'un présent obscur, elle cherche à s'étendre dans im passé et un avenir encore plus ténébreux. De celte terre où elle rampe , elle s'élance vers le ciel ; elle est ravie par des sentimens mnés d'infini , d'éternité, de gloire et d'immortalité. Elle semble dirigée par une conscience céleste, comme eDe l'est par une conscience corporelle. Elle parait une émanation de cette ame divine qui gouverne le monde, comme celle qui lui est subordonnée parait en être une du soleil , et son corps un des élémens.

Notre ame raisonnable , dit Marc-Aurèle, est un dieu exilé. En vain , entraînée par son instinct céleste , aidée du secours de ses semblables «t de celui des siècles, cherche-t-elle à pénétrer cette nature qui l'environne; elle n'en saisit que les dehors. Elle est dans un corps et dans la Tie, comme un navigateur dans une faible naoeDe ao sein d'une mer orageuse, qui cherche à aborder à des lies dont il aperçoit les rivages. Il en trace bien quelques contours incertains, et il leor donna des noms ; mais l'inténeur du pays et les nueors des habîtans lui restent inconnus. Ainsi nos artf et nos sciences, malgré leurs noms pompeux, ne sont que des apparences lointames et illusoires des ouvrages de la nature. La peinture ne nous présente que des images snperficidles delà terre et i

il n'y a réellement dans ses tableaux ni lumière , ni air, ni eau , ni sol , ni végétaux. La sculpture ne noos offre de même que de vains simulacres. Ses statues n'ont ni os , ni chair , ni sang ; elles ne peuvent ni se mouvoir , ni sentir , ni parler. L'histoire est aussi trompeuse. Ses personnages n'existent plus pour noos; ils ne sont plus que des fantômes de notre imagination , que Tl^torien fait penser et agir à son gré. Ceux de la poésie sont encore plus mensongers ; l'imagination fit des dieux de tout ce qui n'était que l'ouvrage d'un Dieu. Nos sciences, soi-disant exactes, ne saisissent que des notions souvent incertaines. La géométrie admet des points sans smrface et des lignes formées de points qui ont de la longueur sans largeur, ce qui est une double contradiction. Elle ignore jusqu'à présent le rapport précis de la circonférence du cercle au rayon qui Tengendre. Ses théorèmes ne sont qne des aperçus de quelques propriétés de la qihère morte on métaphysique ; mais celles de la sphère vivante, virtuelle et actuelle du soleil lui sont totalement inconnues. L'astronomie n'est qu'ime sience bien superficielle de quelques monveniens apparens d' s planètes. Comment pourrions-nous les connaître, puisque nous ne comiaissons pas encore la surface de cette terre que nous habitons?

Cependant, pour connaître les rapports de riiomine, n'hésitons pas à suivre la route qne les astres , premiers moteurs de nos élémens , semblent nous tracer. Si nous nous égarons , ce sera sur les pas de la raison universelle , et non sur ceux de la nôtre, si faible et si versatile. Nous allons rapporter l'homme aux harmonies terrestres, comme nous Pavons fait aux aquatiques , aux aériennes et aox solaires. Nons avons vu qu'il était en consonnanoe avec la chaleur du soleil par son cœur , et avec la présence et Fabsence de la lumière de cet astre par son cerveau ; par ses yeux , avec la veille et le sommeil; avec l'air, par ses poumons; avec feau, par sa bouche, ses viscères et les méplats même de ses muscles. Nous allons voir que son corps tout entier est en harmonie avec la terre , qui est, pour ainsi dire , sa mère comme le soleil est son père.

La terre est composée de rochers qui en sont comme les os ; de métaux , qui les lient comme des nerfk ; de montagnes , qui les couvrent comme des musdes ; et de vallons , qui servent d'aqueducs aux rivières. Le corps humain est soutenu de même par une charpente osseuse , cette charpente est liée par des nerfs, sur lesquels l'électricité agit comme sur les métaux , ainsi que le prouvent les expériences du galvanisme. Elle est recouverte par des mus-

DE L'HOMME. «45

clés en saillie , qui en sont comme les montagnes , et qui sont séparés par des méplats ei aqueducs qui y forment des espèces de vallons.

La terre est arrosée de fleuves, tant extérieurs qu'intérieurs, qui transpirent à travers sa surface, et qui viennent tous se rendre à la mer : le corps 4iumain est arrosé de même de vaisseaux lymphatiques et sanguins, qui transpirent à travers la peau.

La terre est entourée d'un océan salé et ferrugineux, lecfuel a un courant semi-annuel d'un pôle à l'autre, et un reflux semi-journalier en sens contraire, dont le soleil et la lune sont les premiers mobiles : le corps humain est baigné de tontes parts par un sang salé et ferrugineux, qui a un flux par les artères et un reflux par les veines, tous deux coordonnés an cour du soleil et à celui de la lune , surtout dans les femmes. Nons avons vu , aux harmonies aquatiques de Thomme . que le nombre des révolutions totales de son sang, dans un jour , était à peu près égal à celui des marées dans tm an , c'està-dire de sept cent quarante environ. Peut-être ce nombre de révolutions sanguines varie-t-il avec celui des marées dans plusieurs parties du globe , où celles-ci durent douze heures, et n'arrivent qu'une fois en vingt-quatre heures; ce qui ne donne ((ue trois cent soixante-cinq flux et reflux dans Tannée. Il est certain du moins que la circulation du sang étant plus rapide dans les enf^ns et plus lente dans les vieillards , il doit y avoir plus de feu dans les premiers, et plus de flegme dans les seconds. Peut-être expliquerait-on par la variation des marées celle des caractères, qui sont évidemment plus actife et phis inconstans.chez les peuples de l'hémisphère noid, et notamment les Européens, qui ont sept cent quarante marées par an , qne chez les habitans de l'hémisphère sud , qui n'eu ont à peu près que la moitié.

La terre parait avoir son principe de rotation sur elle-même dans les fluides , dontle sdeil changesans cesse l'éqnilibre par la dilatation , Tévaporation et la condensation : le vaste Océan méridional est donc la cause principale de son mouvement journalier. Le corps humain , ainsi que le corps des animaux, est aussi en activité par son sang , et il a aussi l'organe de son mouvement de progression dans sa partie inférieure.

Enfin la terre est couverte de végétaux dans tout son hémisphère septentrional, et surtout vers son pôle ; de même le corps humain a des poils qui croissent sur sa partie supérieure, et printipalement siu* la tête.

Ces analogies sont oonmitmeaà tous leaanimaux ^ comme si tons les enfiu» de la terre partieipûent eu

HARMONIES TERRESTRES

quelque sorte du tempérameut et de la conslitution de leur mère conimune; mais elles se trouvent dans un rapport plus parfait dans le corps de riionime. £n effet, ses muscles sont plus saillans, et ressemblent mieux à des collines que ceux des quadrupèdes et des oiseaux , revélus de poils et de plumage, et que ceux des poissons qui n'ont point du tout de relief. Il semble que les harmonies terrestres de l'homme, aiasi que toutes les autres, doivent se juger de l'équateur , où il a pris d'abord naissance; et que celles de la plupart des autres animaux ne soient en rapport qu'avec des latitudes particulières du globe.

Le corps humain offre mille liarmonies avec toutes les puissances de la nature, mais surtout avec celles de la terre. Le paysage le plus varié n'a rien d'aussi ravissant dans ses ibréts aériennes , les croupes de ses nM)ntagnes , les sinuosités de ses vallons , les projections lointaines de ses plaines. Décrivez OD cercle en marcliant autour d'une beUe statue, vous y verrez autant de points de vue différens que vous âerez de pas; considérez l'homme assis, couché , debout , dans un fond , sur une hauteur , vous découvrirez dans toutes ses attitudes et ses positions de nouvelles beautés. Les artistes qui le dessinent depuis tant de siècles , trouvent ses formes aussi inépuisables, que les moralistes qui l'étudient, ses passions ; il semble que son cœur ait autant d'instincts différens , que son corps a de muscles. C'est avoir atteint le comble de l'art en tous genres, de savoir rendre ses grâces, ses proportions , les affections variées qui l'animent, et tout son ensemble. Les animaux n'offrent rien de semblable; leurs focultés, bornées à une seule industrie, sont enehainées par la nécessité; leurs formes sont offusquées de poils , de plumes , d'écaillés; vous apercevez en eux , non une raison libre , mais dés instincts circonscrits ; non un corps, mais un vêtement. L'iiomme seul étend son intelligence à toute la nature , lui seul montre sa beauté personnelle à découvert ; il est nu, non pour être exposé aux injures de l'air, comme le disent les calomniateurs de la Providence , mais pour qu'il apparaisse avec toutes ses beautés , et qu'il puisse les accroître encore de toutes celles des animaux , comme il se sert de tous letu^ alimens et de toutes leurs industries. Ainsi les dépouilles de tous servent à sa parure, depuis la peau du lion qui couvre les épaules d'Hercule, jusqu'aux fils transparens du ver à soie dont se voile Déjanire. Ah ! sans doute ce fut sa robe, bien plus que le sang du centaure . qui consuma des feux de l'amour son vainqueur.

Considérez la femme dans im jardin , cueillant des fleurs ou des fruits, ou folâtrant dans les prai-

ries avec ses jeunes compagnes , et (bniunt avec elles des chœurs de danse : des grâces iueffoUes sont répandues dans les mouvemens de sa t£le, de ses bras, de ses mains, de son corps, de tes pieds. Mais voyez-la plus majestueuse, entouree de sa famille , accompagner son époux avec toale la dignité maternelle, en portant uq nourrisioo dans ses bras; ce ne sont là cependant que les attitudes de son corps. Les affections de sod ame 8i»t encore plus aimables et plus variées : voyei-les te peindre tour à tour sur son visage; les muscles en devraient porter , non les noms analomiquei d'eir tenseurs, de supinateurs, d'addocteorsy etc, mais ceux des vertus qui les meuvent el les animent. La candeur est sur son front, l'amour ooiyngal dansses yeux , la pudeur sur ses joues, et le sourûre maternel sur ses lèvres. EUe parle, roreille est enchantée des doux sons de sa voiK; Tame en est émue ; la consolation , respéranee, le cootenlement, les sentimens célestes, oouknt de sa bouche dans les cœurs de ses chers enfiins et de sou heureux époux. Ah ! si vous la voyiez et si vous l'entendiez, vous dûiez sans doute : Un dieu a formé ce beau corps, afinqu'un autre dieu ThabiCàL Viens donc , belle figure humaine, soit que tu revêtes im homme, une femme, un enfimt; viens donc , et reçois mes hommages; que la terre re« connaisse eu toi son maître; parcours-en les monts les plus escarpés et les vallées les plus profondes; traverses-en les différentes zones : toi seule, de tous les êtres animés , en as le pouvoir. Que Fargile, les rocliers, les métaux obéissent à tes lois, et qu'ils entrent dans la construction de ton habitation passagère; qu'ils figurent ta propre image sous tes mains; mais que la beauté de cette image disparaisse devant la tienne. O homme ! n'admirs point les chefs-d'œuvre des Grecs : FApolkm du Belvédère n'est que le chef-d'œuvre de Phidias, et toi tu es celui de la nature; il est le fruit de la guerre , et toi celui des anMftirs ; fusses-tu contredit comme Esope, toi seul es digne de ton admiration. Jamais le mariire n'a palpité sous le ciseau du sculpteur : il reçoit au dehors la forme humaine ; mais il reste toiqours au dedans sans vie et sans reconnaissance. Pour toi, tu es sensibie aux bienfaits de ton Auteur, tu es à toi-mtae la preuve la plus touchante de sa providenoe. En couvrant la terre de biens, il donna le mouvement de progression à tes muscles pour la parQonrîr; mais il t'éleva au-dessus de ta sphère, en te donnant l'idée de lui-même : il a bit servii: ses ouvrages de modèle à ton intelligenee, afin de t'approclier de lui , et de te faire connaître que tu étais réservé à de célestes desthiées.

DE L'IIOMMË.

La nature y après ^ avoir offert à rhomme les moyens d'escalader les lieux les plus escarpes, par les lianes et les buissons qu'elle y ùliI croître, a préparé pour son repos de molles litières dans les graminées qui couvrent la terre, et dans les mousses même qui tapissent les rochers. C'est là que , dans félat saqvage , il passe souvent la nuit sur le sein maternel, sans aucun inconvénient. Pour noos, accoutumés à une vie casanière , il nous est difficile de reposer , même le jour, sur une terre humide, sans courir les risques d'être rhumalisés. Cependant l'exerdce peut nons rendre encore notre tempérament naturel. Nos armées ont fait tontes leurs campagnes sans tentes, et couchant toutes les nuits à la belle étoile. Les soldats cliantaîent de joie le matin , quand on leur annonçait qu'ils coucheraient le soir dans des vignobles; des sittoos leur semblaient de bons lits. Avec ces mœurs, ils ont fortifié leur corps et remporté de nombreuses victoires sur des ennemis qui se reposaient à l'abri de leurs tentes.

Les vapeurs de la terre , loUi d'être nuisibles an corps humain, hii sont souvent très-salutaires. J'ai vu des scorbutiques guérir en mettant leurs jambes nues dans le sable pur; j'en ai fait moi-même Fexpérience dans le sable calcaire de l'île de l'Asoensîon. Si on se trouve surpris de la boulimie, ou par nne simple faiblesse, on reprend des forces en se ooudiant à terre, et en en respirant les vapeurs. Semblables à Anthée , nous reprenons des forces en touchant le sein de notre mère.

En effet , c'est là que nous allons chercher machinalement des asiles contre les chagrins. Nous aimons alors à errer solitairement dans les vallons déloomés ; entre des montagnes escarpées, connue si les rochers étaient des remparts contre T infortune. C'est parmi ceux des bords de la mer, retentissans du mugissement des flots, qu'Homère représente Chrysès se plaignant au soleil, dont il était le prêtre, de l'injustice d'Agamemnon qui lui ivaU enlevé sa fille. C'est dans une grotte profonde que Sabinus échappa, pendant plusieurs années, à la vengeance de Yespasien , et fut comblé des plus Lendres faveurs de l'amour conjugal. C'est en sor- Lanl de là pour aller à la mort qne sa fidèle compagne , qui lui avait donné deux eofans dans sa retrake , amenée devant l'empereur , lui dit ces paroles à jamais mémorables : « J'ai passé des » jours plus heureux avec Sabinus dans un sou- » lerraîn, que toi sur ton trône, à la lumière du » soleil. »

EnOn, c'est dans le sein de la terre que nous alloqs diercher un étemel repos , ou plutôt c'est là qne nous allons déposer les élémens que nous lui

avons empruntées. Il n'est pas douteux que nous n'en augmentions tous les ans la niasse par notre destruction, ainsi que font tous les corps organisés. Je ferai à ce sujet quelques réflexions qui donneront à penser. Les géographes politi(|ues évaluent les honunes vivant actuellement sur la terre à mille millions. Selon quelque»-uns, les mourans sont aux naissans comme deux cent soixante est à deux cent qualre-vingt-quhize ; selon d'autres , comme cinquante-cinq est à soixante-sept : d'où il résulte d'abord que le nombre des hommes va en croissant toutes les années. Mais comme , par un autre calcul, les générations se snccèdent environ tous les trente ans, il s'ensuit qu'il meurt à peu près trois mille six cents hommes par heure , soixante par minute, et un par seconde. Or, comme le pouls bien réglé dans l'iiomme bat les secondes, il s'ensuit qu'à chaque battement du pouls d'un homme, U en sort un du monde et il y en rentre un.

Nous savons que le soleil est le premier mobile de tous les monvemens des corps organisés sur la terre : or , en considérant les scintillations de sa lumière, trè^-sensibles au loin sur les vitres lonh qu'il se lève ou qu'il se couche, on pourrait les considérer comme les premiers élémens du temps; elles sont aussi rapides que les dins d'œU , et il y en a plusieurs dans une seconde : on pourrait donc les regarder conune des révolutions solaires instantanées, premier mobile des générations, qui, comme elles, naîtraient à chaque clin d'ceil, et seraient en liarmonie avec les différentes périodes solaires et limaires, qui produisent les tierces, les secondes, les mmutes . les heures, les jours, les semaines , les mois, les années, les cycles, etc.

Quoi qu'il en soit de l'origine de notre aroe, nous devons les dépouilles de notre corps à la terre. Cependant , quoique la même fin soit commune à tous, les hommes ont adopté différentes manières de rendre les derniers devoirs à leurs morts. Les peuples , à cet égard , paraissent avoir suivi le sentiment des dlffôrentes puissances de la nature avec lesquelles ils étaient le plus en harmonie : les uns les jetaient dans le feu des bàchers , comme les Romains. Plutarque remarque, à cette occasion, que les brûleurs de corps en mettaient un de femme sur huit ou dix honunes , pour les faire flamber davantage, comme si les feux de l'amour subsistaient encore en nous après la mort. Les Taltiens dessèchent leurs morts en l'air, sur des estrades , à l'ombre des arbres. Les Indiens des bords du Gange les abandonnent au cours de ce fleuve , qu'ils regardent comme sacré. Les anciens Egyptiens^ av contraire , les enduisaient des résines aromatiques des arbres , les entouraient de biinde

HARMONIES TERRESTRES

Jettes de lin, et les conservaieul dans des troncs de sycomores. Les Gnèhres les niellent debout dans une enceinte entoure^ de murs, et les abandoiuient aux oiseaux de proie. D'autres leur ont donné pour sépulture leurs propres estomacs, comme ces anciens peuples de la Scytliie, dont parle Hérodote. Pline observe qu'aucun animal ne prend soin des funérailles de ses semblables, excepté riioinme. C'est donc ' là encore un trait qui le caractérise. Mais quelque variété qu'il mette à remplir ces derniers devoirs iaspirés |iar la nature , notre cendre vient toujours se réunir à la terre. Son globe n*est qu'un vaste tomlieau, formé , joscpie dans ses rochers , de débrisde corps qui jadis ont été vivans. Je le dis avec douleur : Paris , où l'on vient apprendre la décence et l'urbanité, est le lieu du monde où l'on a le moins de respect pour les restes des objets qui nous ont été chers. L'honune , livré, dans celle vaste capitale, à une infmité de goùls frivoles, ne coaserve aucun souvenir de ses semblables dès qu'ils sont morts. Ils n'ont d'autres lieux de sépulture que des fosses profondes , où l'on précipite cliaque jour , sans aucune distinction de sexe ni d'Age, les femmes, les enfans, les vieillards, jusqu'à ce qu'elles soient remplies. L'ami ne i)eut plus reconnaître les cendres de son ami dans ces voiries humaines; il craint même de s'approcher de ces gouffres de la mort , d'où s'exhalent sans cesse des vaf)eurs funestes aux vivans.

11 n'en est pas ainsi cliez les Chinois, ce peuple le plus ancien de la tene , parce que son gouvernement est fondé sur les lois de la nature. Leurs tombeaux font un des principaux ornemens des envûnons de leurs villes. Chaque famille a en propriété une petite portion de terre dans les collines du voisinage. Elle y fait creuser une grotte , où elle dépose avec un respect religieux les corps de ses parens; l'entrée de la grotte est décorée de quekfues arbres, à l'ombre desquels se reposent souvent les voyageurs. Lorsqu'un corps est consommé par le temps et par la chaux , on l'ensevelit. Le plus proche parent , vêtu d'une grosse étoffe de chanvre, et ceùit d'une corde, vient, à la télé de sa famille , en recueillir les ossemens ; il les dépose dans luie urne de poroelame, qu'il place avec celles de ses ancêtres, dans une cliambre [larticaiière de sa maison. C'est là qu'il retrouve des urnes pleines de pleurs , suivant l'expression de Juvénal. Il y voit aussi d'un coup d'œil ses ntunbreux aieux, qui se sont succédé pendant pluitieurs siècles. Le sentiment d'une longue antiquité est dans sa famille, comme il est dans l'empire. Elle voit, à la suite les uns des antres, les auteurs auxquels elle doit le jour , et plusieurs fois par an

elle invoque, par des sacrifices H des lifantionif leurs esprits, qu'elle croit retournés dans le» deux ; elle les prie ce lui inspirer de bons eonseib et de présider à ses destinées. Ce»! sans doute à des rites aussi toudians, et à ces sentimens religieux envers leurs parens morts, que les Chinois doivent l'amour qu'ils portent à leors parens tîvans et à letir patrie. Leurs tombeaux soni les fndémens de leur empire , qui dure depuis plw de quatre mille ans.

HARMONIES TBaJIESTHES

DES ENFANS

Présidez aux exercices et aux jeux de nos enfans, esprits invisibles qui animex toute la nalore. Zéphyrs, Aures, Génies, Amours! Les poètes, les peintres vous représentent sous les formes d'enfans ailés, comme les papillons et les oiseaux; mais vous n'avez pas besom d'ailes pour parcourir la terre. Plus transparens qne l'air, plus actifi que l'électricité, plus rapides que la pensée, ¥0us vous jouez dans la lumière, sur les flots, panni ks fleurs et les brillans fbssiles. Habitana du cid, doués d'une enfance immortelle el divine, vous vous amusez chaque joiu* è bâtir de nouveaux palais à l'aurore , avec des nuages d'or et de pourpre; à faire tourner notre globe sur ses pdles glacés , à l'entourer des rayons du soleil , de couronnes de fruits et de verdure. Soyez fiivorables à vos frères, les enfans de la terre. Us aiment eomme vous à se jouer avec les démens; ils élèvent dam les airs des boules d'eau resplendissantes de mille couleurs ; ils arrondissent Tai^ile dans leurs mains , ils y plantent des végétaux. Us entrent dans la carrière de la vie avec les ris et les jeux; environnezles de tous les prestiges de l'amitié et de l'amour; jusqu'à ce que leurs âmes mnooentes , d^$agées du poids de leur corps, sejoignentà vousdansleseienx.

Nous avons vu que l'homme et la femme réunissaient en eux les plus belles courbes que pnisK engendrer la sphère, mais elles ne sont point encore développées dans l'enfimoe. Elles y sont renfermées comme les pétales d'tme fleur dans son bouton. Ce sont les facultés de l'amequi »^mli|fyt leur domier leurs grâces et la perfection de leur forme ; c'est l'affection envers sa mère qui donne à la bouche de l'enfant son premier sourire; c'est la curiosité qui meut ses yeux dans leuroriale, et renfle |»ar l'exerdce les musdes de ses bras et de ses jambes. L'amour ensuite développe soo sexe , tandis (lue l'mnooeiice goAfle et colore ses joues de pudeur. La joie trace des rides légères aux angles de ses yeux, mais le chagrin eu creuse

DES ENFANS

bîentdt de |iliis profonde^ sur son front. Ce n'esl donc point le' corps qui donne à Tame son caractère y c'est rame qui le donne au corps. D'un autre côHé j l'ame ne développe ses facultés et ses passions qu'après plusieurs révolutions du soleil , comme si elle tirait de lui son origine, sa nourriture et ses aocroissemens.

Considérons donc l'enfent lorsqu'il vient au monde. Les groupes de ses muscles sont comme des boutons de fleurs dans leur bourre. Il ncisem- Ue d'abord formé que de portions sphériques; tous ses membres sont arrondis, et ce n'est que lorsque sesrpremières passions commencent à poindre, que ses os s'allongent, et<iue les groupes musculaires affectent les courbes les plus convenables au service de chaque organe en particulier, et à celui de tout son corps en générâd. De dire si une vie intérieure et expansive , inhérente à Tame , pousse les muscles du dedans du corps , ou si le soleil les attire aa dehors, comme chez les noirs, qui ont les mollets plus élevés , et dont le corps est plus allongé que celui des peuples du nord , c'est ce que je ne sais pas. Il est bien certain (oulefois que tout ce qui est organisé pour la vie se dirige dans ses accroissemens vers le soleil et la lumière, comme le prouvent les végétaux , même plantés à l'ombre. Quoi qu'il en soit, je crois que ces deux forces agissent à la fois dans le développement des corps organisés, d'autant plus que la première est sans cesse en harmonie avec la seconde , comme le démontrent la veille et le sommeil, qui résultent de la présence et de l'absence du soleil dans les végétaux et les animaux. Cependant , en regardant cet astre comme le premier mobile de tout ce qui est vivant sur la terre , je ne veux pas dire qu'il soit l'auteur de la vie , car alors elle n'aurait point cTaatre lenne que la durée de l'astre du jour, et les corps qu'elle anime iraient toujours en croissant Mais celui qui donne les lois au soleil, dont il a rempli l'univers, a réglé les proportions des (»rps8ur la terre; il leur a distribué à tous une portion de vie, et lorsqu'elle est dans sa plénitude pour chacun d'eux . il la fait circuler et passer à d'antres générations par la médiation des amours.

L'enfent, qui en est le fruit, en venant à la lumière, semble d'abord foil pour le repos. Tons ses muscles arrondis sont des coussins, et le sein maternel qui le reçoit est composé de coussins hémi* sphériques, élastiques et chauds. Quoi(iu*il ne puisse se soutenir sur ses jambes, il invoque par ses cris celles de sa mère, pour aller respirer au grand air et voir les rayons du soleil (pii le réjouissent cl le fortifient. Vers l'Age de six mois , il essaie de se le\*er tout droit : on peul alors , s'il est fort , Texer-

cer à marcher avec des chaises autour d'une chambra. Quelquefois une nourrice mercenaire pose son nourrisson debout dans un trou en terre, sous prétexte de l'accoutumer a se tenir droit sur ses jambes , mai^ en effet pour n'être pas obhgée de le porter elle-même. Dans cette altitude perpendiculaire , le poids de l'enfant affaisse les os encore tendres du tibia et du péroné, qui en deviennent cambrés.

II est donc dangereux de faire marcher les enfans de trop bonne heure. Ne précipitons jamais rien : un fniit précoce n'est souvent qu'un fruit avorté. A la vérité, j'ai vu souvent à l'Ile de France de petits nègres de sept ou huit mois mardier tout seuls; mais c'est l'influence du soleil qui en est la cause : c'est elle qui développe rapidement l'activité des puissances de la nature dans toute l'étendue de la zone torride; c'est eUe qui y fait porter deux fois par an des fruits à l'oranger, et qui y rend les fiUes nubiles avant l'âge de douze ans. Mais dans nos climats froids, un enfant ne peut marcher avant un an.

Quand on veut apprendre à marcher aux enfans , il ne faut se servir ni de chariots , ni de lisières qui , en les soutenant par les épaules, les rendent hautes, et les accoutumant à être toujours soutenus, les empêchent de se soutenir eux-mêmes. Un moyen plus simple , que j'ai vu pratiquer par une paysanne, est d'attacher à deux chaises deux longs bâtons parallèles , et de mettre l'enEsiiit entre deux. Alors il pose ses mains à droite et à gaudie sur les bâtons; Q se promène entre eux comme dans une galerie, et il apprend à la fois à se soutenir et u marcher. C'est ainsi que ma fllle marchait à dix mois ; mais un de ses supports s'étant un jour détaché, elle tomba avec lui, et depuis ne voulut plus se fier au mur le plus solide : elle ne marclia qu'à l'âge de quatorze mois. C'est ainsi que ceux qui débutent dans le monde, venant à trouver un ami infidèle , s'éloignent de tous les hommes et ne veulent plus se fier même aux sages.

Je regarde comme indispensable d'élever chaque enfont pour lui-même en même temps qu'on l'élève pour les autres : il faut le former pour la solitude avant de le dresser pour la société. A la vérité , la nature nous donne les élémens en commun , mais nous en usons tous en particulier. Chacun de nous doit voir , respirer , boire , manger , marcher , se reposer, dormir et mourir pour lui seul. Si nous ne pouvions jouir de ces biens physiques que dans la société de nos semblables et avec leur secours , combien de fois serions-nous obligés de nous en passer ! Il en est de même des jouissances morales : combien ne sont- elles pas troublées par l'o-

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