HARMONIES TEKRESTUES DES ENFANS
pÎDÎon drs autres ! Ce qui est vertu dans une maison est souvent un vice dans la maison voisine. La patience du philosophe est une lâcheté aux yeux du soldat.
Sous le même toit, le nionarcliiste et le républicain se regardent avec horreur. Si donc un enfant n'est élevé que pour la société, à qui aura-t-il recours lorsiiu'elle se divisera d'opinions -et qu'elle lui deviendra contraire? Où se réfujjiera-l-il , s'il n'a appris à rentrer en lui-même? Je regarde donc les principes de l'éducation solitaire de l'Emile de Jean-Jacques comme devant être les bases préliminaires de l'éducation publique. Enveloppons notre élève , dans le malheur, du manteau de la philosophie; il Tétendra, dans le bonheur, sur ses semblables.
Au reste, toute cette éducation privée consiste imiquement à le bien pénétrer de l'existence de Dieu : les preuves en sont répandues dans toule la nature. Mais dussent les sophismes et les cadiots des tyrans en voiler les bienfaits à ses yeux, il en retrouvera le sentiment dans son propre cœur. C'est ce sentiment qui fait de la conscience un asile imperturbable , et du monde un s(your enchanté. Sans lui , les élrimens inconstans, et les astres qui traversent l'inmiensilé des cieux, ne paraîtraient k l'homme que des masses énormes, mues au hasard par des puissances aveugles , toujours prêtes à l'anéantir. Mais le sentiment d'une Providence le rassure, et tient son cœur en repos, tandis que tout l'univers est en mouvement. C'est lui qui , dans l'excès de la douleur , élève les yeux et les mains de l'infortuné vers le ciel , et lui fait s'écrier : Ah! mon Dieu! il esl le mobile de l'éloquence. C'est par lui que le sage |»ersuade , que le législateur commande, et ()ue le faible supplie. Il est nécessaire ù toutes les conditions de la vie pour les rendre supportables , et à tous les peuples de la terre pour les lier entre eux. C'est lui qiû soutint Scipion dans la solitude; Epamiuondas, à la tête des armées; Socrate, dans une république inconstante éternelle; Epictète, dans l'esclavage; Marc-Aurèle sur le tn^ne le plus élevé du monde. L'amour des liommes n'est qu'une consonnance de l'amour de Dieu , et tous deux sont les pôles de la vie physique et morale.
Je crois l'avoir dit ailleurs , mais je le répète ici , afin d'en iuiprimer [)lus profoiulément l'image : la sphère de notre vie est comme celle du monde , et sa révolution comme celle de l'année. Les élémens du globe reposent d'abord sur le pôle terrestre de notre hémisplière , comme dans leur berceau. L'atuiosplière et l'Océan y sont dans un état de stagnation , et leurs brunies y laissent à peine apercevoir
une ten-e mforme ; mais à peine le soleil , k l'équiteur, y fait-il sentir ses influences, que les ventsct les torreiis qui en descendent entraînent de longua cliaines de glaces flottantes , qui vont renoureler ki mers et revivifier les fleuves et les ooaUneiis. Un grand nombre de ces glaces échouent dans lizooe glaciale même ; d'autres s'évaporent dans ta nat tempérée ; d'autres , totalement foncliies , roulent leurs eaux ù lia vers la zone torride, d'où elles se dissipent en orages; d'autres, après un long coan, viemient de nouveau se fixer eu glace sur le pdk opposé , couvert des ombres de la nuit. Ainsi Foa*au de la vie entraîne, diaque année, du pdie de l'enfance une longue génération de morieli, comme des glaces flottantes et fragiles. Les nos échouent sur les écueils du premier âge, les autres circulent et s'évanouissent dans la zone de Padolescence ; d'autres s'évaporent en méléores biillans et orageux dans celle de la jeunesse ardeole; un petit nombre, après avoir traversé Yàgt wil, vient se fixer sur le pôle de la vieillesse par les glaces de la mort.
Combien d'enfons sont descendus du pôle de ta vie sans avoir feit le tour de ta sphère ! Ils n'apparaissent sur notre horizon que comme des aurores boréales , qui n'annoncent aucun jour et qui n'éclairent qu'uue nuit. Ils sont dans le drame du monde conune ces personnages qui ne paraissent point sur ta scène, et qui cependant font ooukr les tarmes; ils ne sont connus que par les regrets et le désespoir de leurs mères. Mais pourquoi les plaindre ? On devrait bien plutôt les féliciler d'être panenus au port en quittant le rivage.
La mort n'est p /int un inaL La vie d'un entant est comme le cours d'un ruisseau , qui, après avoir arrosé une prairie, s'épuise avec la neige qui ta produit. Qui sait si les élémens évaporés de cette vie ne vont pas, comme ceux du ruisseau, ranimer d'autres objets, comme le prétendait ta sage Pytliagore, d'après les philosophes tas plus anciens de la terre? Qui sait si ta mort du vidltard n^est pomt un retour à une nouvelle entance, comme ta glacier polaire de notre hiver rede\'ient à son tour la source de nos eaux pendant l'été ? Pourquoi donc craindrions-nous la mort, si nous avons vécu dans la justice ou dans le repentir? Les enfens innooens n'en ont |)oint de peur; les superstitions seules peuvent les troubler. Ces oiseaux de ténèbres voltigent en foule autour des berceaux et des torabeanx des lionimes, cherdunt luie proie facile dans ta faiblesse des naissans et des mourans : il ne tant que la lumière du jour pour les dissiper.
HARMONIES ANIMALES