‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 42 sur 116 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

HARMONIES ANIMALES

Viens me récbauffier de tes feax et m'édairer de ta lainière , cœur du monde, œil de la nature , Tivanle image de la divinité ! viens m'enseigner Tordre où tu développas la matière, quand tu lui oommoniquas les couleurs, les formes, les moovemens et la vie ! Les planètes glacées et ténébreuses étaieul stationnaires au milieu de Tespace et du silence. Si quelque clarté lointaine, écliappée des étoiles , eut perniiâ de les entrevoir , elles eussent paru ensevelies au sein de Tobsoirité et des neiges, comme dévastes tombeaux couverts des sombres crêpes de la nuit et des pflles suaires de la mort. Si par hasard une affreuse avalanche se précipitait de leurs sommets informes dans leurs profonds abîmes , en vain les échos en répétaient au loin les bignbres sons : il n'y avait aucun œil pour les voir , ni aucune oreille pour les entendre ; elles étaient comme ces vaisseaux immolûles surpris par rhiver au sein des glaces boréales , où il n'est resté ancnn voyageur pour en foire l'histoire.

Mais tu parus, brillant soleil, La terre, attirée par tes rayons , i^approcha de Uu ; son orient étinœla des feo|[ de l'aurore, son atmosphère s'alluma, aes vents alizés soufflèrent, les glaces de son équa* teur se fondirent, ses flancs furent allégés, ses mers oireulèrent , et, tournant sur elle-même-, elle s'arrondit en globe. Bientôt elle inclina tour à tour vers toi ses piUes surchargés de glaces, et, circulant autour de ton disqqe, elle le présenta soocessîveinentsesbémisphères verdoyaos. De son mouvement de rotation naquirent les jours et les nuits; dn balancement alternatif de ses pôles, les étés et les hivers , el de son mouvement de circulation, les années et les siècles. Les planètes, ses sœurs , prirent , comme elle , leur place autour de toi. Les plus éloignées furent accompagnées de réverbères; la terre , d'une lune; Jupiter et Herschell , de plusieurs satellites; et Saturne joignit aux siens un double anneau. £lles formèrent toules autour de loi un diœnr de danse , comme des Hlles autour d'un père , comme des épouses entourées de leurs entms autour d'un époux , s'éciairant le jour de tes rayons, et la nuit de leivs reflets.

Gqiendantles eaux de la terre, liquéfiées et fécondées par tes feux, en labourerait la circonférence. L'Océan se creusa des bassins pit>fonds , autour desquels s'élevèrent les Alpes , les Cordillère»»; el toutes les grandes chaînes des liautes montagnes surmontées de neiges et de glaciers. Les fleu-

ves en descendireut en mugissant, et , en parcourant les vastes plaines, portèrent à l'Océan le tribut de leurs eaux , qu'ils devaient à ses évaporalions. Chemin faisant, ils exeavèrent les vallées ondoyantes , et arrondirent les croupes des coteaux le long de leui-s ondes azurées. Cependant les continens, les mers et leurs lies, encore nus, s'imbibaient en vain de ta hunière; mais bientôt les nohrs rochers se tapissèrent de mousses , et les vallons de prairies. Les collines se couronnèrent de veigers, et les monts escarpés virent sortir de leurs flancs les majestueuses forêts. Les algues et les fucus flottèrent sur les écueils au gré des flots marins. Chaque végétal porta sa semence , sa graine ou son frulL La terre, comme une mère, fut couverte de mamelles. Elle n'avait point encore d'enfims doués d'une vie sensible; mais bientôt on en vit éclore en foule sous tes rayons.

Des nuées d'oiseaux volèrent dans les airs , des légions de poissons nagèrent dans les eaux , d'immenses troupeaux de quadrupèdes marchèrent sur la terre. Chacune de tes gerbes lumineuses et fugitives parcourut un cercle de sa circonférence , et en féconda tous les sites ; chaque site nourrit plusieurs végétaux, et chaque végétal alimenta des convives et des orateurs. Le bœuf, taillé comme un rocher, pâtura les prairies, se coucha sur leurs miriles graminées, et fit retentir les vaUées de ses mugissemens. L'oiseau, peint comme une fleur, se percha au sommet des plus grands arbres, pi« eora leurs semences, et, niché dans leurs troncs caverneux, lit entendre les sons édatans de la reconnaissance. Les tumultes de l'allégresse et les doux murmures de l'amour retentirent dans les lieux les plus désoles. Le lourd éléphant poursuivit, en pantelant de désir, sa femelle jusque dans les sables brûlans de l'Afrique. Les nob-es baleines bondirent de joie et de volupté au milieu des glaces flottantes des pôles ; les cétacées prirent naissance où expiraient les végétaux , et ces colosses de la vie s'embrasèrent des feux de l'amour dans les régions de la mort.

O soleil ! est-ce de toi que sont sortis tant d'attractions , de couleurs , de formes , de mouvemens, de passions si diverses en particulier, et si concordantes dans leur ensemble ? Est-ce dans ton sein qu'elles rentrent tour à tour? Es-tu le créateur de ces mondes divers qui tournent autour de toi, que tu meus et que tu réchauffes? Non , tu n'es toimême qu'une petite étoile de la constellatioude la terre , qu'un de ces astres lumineux et innombrables que nous découvrent les nuits, un de ces palais célestes où le Dieu de l'imivers a renfermé les moindres de ses trésors. Ah! si l'homme a Fem-

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[lire de cette terre que tu éclaires , prête-toi à mes désirs. Je ne demande |K>int que tu m'entr'ouvres, comme à Uerschell , ton atmosphère ondoyante, fiour me découvrir tes montages et tes vallons : je n*ai pour télescope que des yeux affaiblis par soixante-quatre hivers. Le plus petit de tes rayons me suflit; laisse-moi suivre tes traces fugitives dans la puissance animale ; permets à mon ame de s'y ranimer elle-même comme nn jet de l'immortalité; qu'elle s'y baigne et s'y plonge, comme l'insecte humide, qui sort de terre, sèche à ta lumière ses ailes irisées. Puisse mon ame y secouer de même toutes les sollicitudes de cette mort vivante que nous appelons la vie , jusqu'à ce qu'elle s'élève dans l'océan inmiense de ta hnnière, et se réunisse à tes heureux habitans !

Pourquoi , me dlra-t-on, étendez-vous vos idées vers un passé et un avenir qui vous sont également inconnus? Contentez- voils du présent, que vous connaissez à peine. Oui , si je pouvais m'en contenter. Mais qui peut avoir des pensées bornées dans un monde aussi vaste, un cœur insensible au milieu des maux de la terre et des bienfaits du ciel, et le sentiment du néant dans une ame immortelle? L'insecte même porte ses inquiétudes au-delà de son horizon et de sa vie. Au pruitem^is il bourdonne de reconnaissance au sein des fleurs ; il dépose ses œufs dans leur ovaire, et donne à ses petits un fruit pour berceau. Il étend sa prévoyance paternelle à un liiver qu'il n'a pas vu , et qu'il ne doit point voir. Son instinct passe de génération en génération dans sa postérité , et se perpétue d'avenir en avenir; ainsi il renferme en lui-même le sentiment de l'immortalité. Et moi , qui suis un homme, pourquoi ne déposerais-je pas, dans les fniits de mon expérience et de celle de mes semblables le bonheur de mes enfkns? Ces feuilles, aussi légères que celles des végétaux, fonneront peut-être un jour leur seul patrimoine; heureux encore s'ils n'en sont pas privés, comme leur père, par les insectes dévorans de la cupidité et de l'envie.

Le présent atteste ce qui a été et ce qui sera. La terre se présente encore à notis comme elle parut aux premiers temps du monde , montrant sur un de ses hémisphères les sombres tableaux de la nuit, de l'hiver et de la mort; tandis que l'hémisplière o|>posé développe toutes les liarmonics du jour, du printemps et de Is^ vie. Le pôle austral , eu s'éloignant du soleil , se surcharge de glaces de nuit en nuit ; son atmosphère, remplie des vapeurs de l'Océan qui l'environne, se décharge en neiges épaisses sur sa vaste coupole glaciale , dont le centre s'élève à une hauteur que l'œil de l'iiomme n'a jamais vue. Les bords on sont encore si cxliaussés , même

au milieu de l'été austral , que Cook , qui les vit alors à près de cinq cents lieues de distance da pôle, les compare aux plus hauts pitmiODloira. Ces glaces s'élèvent au-dessus des mies , comme des monts de cristal entassés les uns sur les aotres. Dans leur hiver , elles s'étendent à plusîeure centaines de lieues au-delà ; ei , dans leur été , lem dûbris, semblables à de grandes lies flottaolo, descendent jusqu'au quarante-deuxième d^gré de latitude , en conservant encore plus de .cent pieds d'élévation au-dessus de la mer. Mais, dans lev hiver , elles sont immobiles. L'Océan 9e copgèie tout autour en vastes plaines, d'où sortent d'épais tourbillons de fumée. Des neiges immenses onivrent au loin les terres qu'il baignait de ses flots, les lies désolées de la Chandeleur, les écoeils de la Terre-de-feu , les roches du cap Honi. Elles s'étendent en longues zones sur les crêtes pyramidales des Cordillères, jusqu'au sein de F Amérique méridionale, où elles résistent à toutes les ardeun du tropique. Quel être sensible pourrait habiter, dans l'absence du soleil , ces terres polaires amtiales, où l'été même glace les dure Enropëeni, comme l'éprouvèrent, par leur mort, deux infirtunés de l'équipage du voyageur Banks? Les pétrels et les mandiots doivent fuir maintenant œi mers concrètes et ces terres pétrifiées. Aucim vaisseau n'a osé, jusqu'à présent, voguer dans leur hiver sous un ciel voilé d'une nuit profbode, et éclairé seulement de la pâle lueur des étoiles, de la lune , et de la flamme cérulée des aurores boréales. Peut-être la bonne nature a-t-dle employé quelques autres oompensalMxis dans ces aRreox climats. Les ooorans attiédis de l'océan torridicn, qui se portent à présent vere le pdie austral , doivent tempérer son atmosphère. L'artee de Wîdster , avec tous les parfums des aromates, et revêtit d'un feuillage toujours vert , ombiage les vaUons ducapHom. L'hiverdoit être doux pour celnià qm l'été est rude; ainsi, sans doute, la morta desdouceurs pour celui qui fut accablé des rigueursde la vie. Mais si le pôle sud est , dans notre mois de mai, le tombeau de la nature , le pôle nord en est le berceau. Le soleil , au milieu de sa courae torridienne, vogue jour et nuit autour de la coupole de glaee qui couronne notre hémisphère; il en couvre les sommets de ses teintes d'or et de pourpre. Les vents du midi accourent du sein brûlant du Zara, et viennent en démolir les énormes voussoirs. Les flots attiédis et agités des mers septentrionales en battent les contours , et y creusent de toutes parts des voûtes profondes. D'hnmenses rodiere de glaces , supportés par de trop faibles piâiestaux , se détachent tout à coup de ses flancs, mille Ibis plus

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volumineux que ces avalaiiclies qui se précipitent des glaciers des Alpes dans leurs vallées profondes, en renversant les villages et les forêts. Ils roulent dans l'Océan avec les bruits des tonnerres et des volcans; ils entraînent avec eux les niasses de granit y les bases des montagnes qui leur servaient d'appui, et en dispersent les débris sur les rivages des mers. Emportés par les courans du pôle, ils vont achever de se fondre dans les latitudes plus tempérées. Quelques-uns, comme ceux que rencontra le navigateur Ellis, ont trois cents toises d'âévation au-dessus des flots, et plus d'une lieue de ciroonlërenoe. Des fleuves tombent en cataractes de leurs sommets. U est tel de ces réservoirs IloCtans de l'Océan , qui j verse plus d'eaux que le Rhin et le Danube à la /ois n'en apportent dans son sein ; ils sont entourés d'un champ mobile de glaces brisées , de plus de deux cents lieues de longoeur et de cinquante de largeur, comme celui qui s'oppoaa aux dernières tentatives de l'intrépide Gook. Quelquefois ces glaces se resserrent , se congèlent y et servent de pont au détroit du nord qui sépare l'Asie de L'Amérique. Quelquefois elles s'entassent en glissant les unes sur les autres; elles fMinent alors de leurs cristaux mille édiflces fantastiques, des obélisques, des arcades, des temples gothiques, des palais chinois , tout éclatans du Uea du saphir et du vert de l'émeraude. Cependant rOoéan , comme un fleuve immense qui coule en mille torrens des sources du nord , les entraine vers le midi ; il circule autour du globe , et va porter la fraîcheur de la zone boréale aux zones torridiennes, et la chaleur des torridiennes aux extrémitéa de la zone australe. Les dernières lies du nord apparaissent au sein des mers septentrionales. Vogekang , Gloven , Clif , Hackluyt , lèvent leurs tètes noires et humides du milieu des flots mugisams. La terre présente au soleil toutes les mamelles et tous les enfens de notre hémisphère. Le père dn jour, pour les réchauffer, se reflète dans leurs brunies en arc-en-eiel, en anneaux lummeux , en ébioaissantes parélies. Les écueils azurés se tapissent , sous les flots , d'algues brunes ; et les rouges granits, dans les airs , de mousses et de lichens vérdoyans. Des troupeaux de rennes accourent en bramant de joie dans ces prairies nouvelles; les booleanx au feuiOaged'un vert tendre , et les sombres sapins, tout jaunes d'étamines, entourent les grands lacs de la Laponie. Des nuées d'oiseaux aquatiques viennent du midi faire leurs nids dans les roseaux. D'un autre côté , des légions de poissons descendent du nord, côtoient nos rivages , et vont frayer dans les fleuves du midi, ombragés de forêts. I^ vie animale, diversiflée sous mille.for-

mes , est répandue dans tout notre hémisphère , depuis les sables du brûlant Zara, on l'affreux céraste se lève avec sa hideuse femelle, et où la panthère fait entendre la nuit ses amoureux nigissemens jusqu'aux éclioueries du Spitzberg, où les chevaux marins , aux longs crocs , rangés au soleil par bataillons avec leurs petits, et les ours blancs acharnés, au milieu des glaces flottantes, sur les cadavres des balemes , disputent , la gueule béante, à l'audacieux Européen les dernières limites du jour, de la terre et des mers.

Mais c'est surtout dans nos climats tempérés que le mois de mai présente les plus douces harmonies de la vie animale. L'aurore, couronnée de roses, entr'ouvre dans les deux les portes de Torient , et annonce aux êtres sensibles le matin du jour et de l'année. Le zéphyr se lève au sein des mers, fait ondoyer leurs flots azurés, les myrtes de leurs rivages, les fleurs des prairies et les primeurs étincelantes de rosée. Des légions d'insectes, revêtus de robes brillantes, soulèvent les mottes de leurs souterrains, et, réjouis de voir la lumière , se répandent, en bourdonnant de joie , sur les plantes qui leur sont destinées. Les collhies retentissent du bêlement des brebis, et les vallées profondes du mugissement des bœufe. Sur les lisières des bois, le bouvreuil, cadié dans l'épine blanche, charme, par son doux ramage, sa compagne dans son nid , tandis que l'alouette matinale, contemplant la sienne du haut des airs, fait retentir les bocages de ses chants d'allégresse. Le soleil parait dans toute sa splendeur,, et chaque degré de l'arc qu'il parcourt dans les cieux voit édore de nouvelles vies et de nouvelles amours. On entend dans l'atmosphère, sur les eaux, au sein des rochers , des voix qui appeUent, et des voix qui leur répondent. La nuit même a ses concerts. Le rossignol, ami de la solitude et du silence, module , à la clarté de la lune, ses chants mélodieux. En vain le jaloux coucou leiu- oppose son cri monotone; il ne foit que redoubler, par ce triste contraste , leur harmonie ravissante : le héraut du printemps fait répéter aux échos lointains ses joies, ses peines et ses amours. Tout est animé , le jour et la nuit , à la lumière et dans l'ombre. Des chants mélodieux, des bruits confus, de doux murmures , font retentir les mousses, les roseaux, les herbes , les vergers et les forêts.

La puissance végétale ne fut créée que pour la ptu'ssance animale. En effet, si la terre ne produisait que des végétaux, ce serait en vain que les fleurs orneraient les prairies de leurs diverses couleurs, et que les fniits suspendus aux vergers exlialeraient au loin leurs parfums. Il n'y aurait

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point d'yenx pour les voir, d'odorat pour les sentir, de goût pour les savourer; bientôt le globe entier ne serait couvert que d'herbes flétries et de fruits en dissolution. Les forêts , renversées par la vieillesse , n'offriraient que des végétaux parasites croissant sur les débris de leurs troncs. En vain quelques arbres, sortant du milieu de leurs mines, s'élèveraient vers les cieux, et brilleraient le matin des feux et des larmes de l'aurore; en vain les vents en balanceraient les' cimes décorées de toute la pompe de la végétation : leurs sombres murmures n'annonceraient point , dans le silence des bois, une Providence qui n'aurait fait lever le soleil que sur des êtres insensibles , et (pii n'aurait fait résulter du luxe de la vie végétale que l'inertie de la mort. Que dis-je ! les boulevei-semens mêmes du globe, ses rochers brisas, ses monts entr'ou verts, les plus affreuses secousses des tremblemens de terre , ne présenteraient que les mines de la matière ; mais l'ordre dans toutes les parties de la végétation et le désordre dans son ensemble, ses plans à la fois ébauchés et imparfaits, montreraient son organisation comme l'ouvrage d'un être doué à la fois d'un pouvoir immense et d'une intelligence bornée.

Sans donte lliomme, frappé de ces inconséquences , pourrait craindre que cet être ne vint à confondre lui-même les lois primitives des élémens ; et, tremblant pour sa propre existence , il aimerait mieux admettre pour premier principe nn mouvement aveugle et constant dans l'univers, qu'un dieu capricieux dans la natnre.

Mais les puissances de la terre ne sont abandonnées ni aux jeux du hasard ni aux lois monotones du mouvement : une sagesse infinie harmonie leurs destins; elle ne créa les végétaux que ponr les besoins des animaux ; elle lit voler les oiseaux dans les airs, nager les poissons dans les eaux, mardier les quadmpèdes sur la terre; et distribuant leurs trilNis innombrables dans tous les sites de la végétation, elle en fit résulter une infinité d'iiarmonies nouvelles. Les prairies furent pâturées par les quadmpèdes , les algues par les poissons , les fraits des aiiires par les oiseaux ; la fourmi cssémhui les graines des liants cyprès, et le ver, avec sa tarière, réduisit en poudre les troncs noueux des chênes renversés par les vents.

La puissance animale est d'un ordre bien supérieur à la végétale. Le papillon est plus lx»u et mieux organisé que la rose. Voyez la reine des fleurs, formée de portions s|»hériqnes, teinte de la plus riche des couleurs, contrastée par un feuillage du plus beau vert , et iNilancée par le zéphyr ; le paillon la surpasse en harmonies de couleurs, de

ormes et de moavemens. Considérez anec quel «t sont composées les quatre ailes dont ii vole, h régularité des écailles qui les recouvrent comme da plumes , la variété de lenrs teintes briUanles, In six pâtes , armées de griffes , avec lesquelles 3 résiste aux vents dans son repos, la trompe roolée dont il pompe sa nourriture an sein des flears; ks antennes , organes exquis du toucher, qui cooniinent sa tête; et le réseau admirable d*yeiix dont elle est entourée au nombre de plus de dooze miOe. Mais ce qui le rend bien supérieur à la rase, fl a, outre la l)eauté des formes, les bcoltés de voir, d'ouïr, d'odorer, de savourer, de sentir, de se mouvoir, de vouloir, enfin une ame dooée de passions et d'intelligence. Cest ponr le noorrir qoe la rose entr'ouvre les glandes nedarécs de son sein; c'est pour en protéger les oni6 , collés oonune un bracelet autour de ses Inranches , qu'elle est entourée d'épines. La rose ne voit ni n'entend renftuit qui accourt pour la cueillir; mais le pspiBon, posé sur elle , échappe à la main.préCe à le saisir, s'élève dans les airs, s'abaisse, s'éloigne, se rapproche, et, après s'être joué dadiasseor, il prend sa volée , et va chercher sur d'antres fleurs ane retraite plus tranquille.

Ici le philosoplie m -arrête : FÉtre toot pulssaiH, dit-il , est sans doute inflninient inteiligeDt ; toA il n'est pas bon , puisqu'il a Hvré à Finqaiéliide et à la mort un être innocent et sensible.

La mort est une suite nécessaire des génétalisni de la vie. Si le papilkm ne moorait pas, ifll vivait seulement la vie d'un homme, la terre ne soffiiilt pas â sa postérité; mais ii vit sans craindre la moity et il meurt sans regretter la vie ; il voltige çA et là sans se méfier de l'embuscade perfide de Faraignée, ni du vol infatigable de rhirondelle, qui Tengioiitit quelquefois toot entier. Pea loi importe pour lui-même l'avenir avec ses perspectives de lerreor ou de gkiire. Il ne s'inquiète pobit si un naturaliste barliare le clouera tout vivant avec une épingle, sous un cristal où il sera lyngé des mites, ou si la bonne nature , attendant la fin de sa curlèrey destinera son brillant scpielette à rimmottallté, es versant sur lui une larme d'ambre jaune. Quand les Uyades pluvieuses ramènent les frimas et ki autans, il ne s'afflige point de la rapidité de sei jours ; il confie à la nature le soin de ses edbns, (|u'il ne doit jamais voir. Content d'avoir prém leurs premiers liesoins et d'y avoir pourvu, s'emliarrasser de leur reconnaissance , il meurt tis^kit de sa propre destinée. Que pourrait-il rer désonnais sur la terre ? Il a vécn sur les flenn, il a vu le soleil près d'entrer dans la région des tendres; il dierdie nn peu d'oudire au pied de h

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plante qu'il a aimée, et, oomme cet empereur qui ?oulut mourir debout, en empereur, se ressouvenant de sa beauté, il se pose sur ses pales, et , les ailes étendues, il expire en papillon. Oh ! que le philosophe lui-même serait sage, si, comme le papîUon , il rivait et mourait sans autre 'souci que de parcourir avec la vertu la carrière que la nature lui a tracée !

Nous allons jeter d'abord un coup d'œil sur les Êtcultés de la puissance animale. Des savans trop accrédités ont pris plaisir à les confondre avec celles des puiasancei précédentes. A les entendre , il n'existe que des passages et des nuances entre les trois régies, le minéral, le végétal et l'animal; sdoo eux, une huître ne diffère de sa coquille que par des modifications; et l'homme, qu'ils rangent parmi les animaux, n'est lui-même qu'une matière organisée, soumise aux simples lois de la physique, dont l'attraction est encore, suivant leur opinion, le seul mobile. Quant aux puissances élémentaires , ils ont omis de les comprendre dans leur système; de sorte que le temple qu'ils ont prétendu élever à la nature manque à la fois de comble et de fbndemens. Où placeront-ils donc les lois de la morale, qui doivent régir les sociétés humaines, s*ils n'aperçoivent dans l'univers que quel(|ues lois phvsiques? Nous verrons , dans le cours de cet ouvrage , les harmonies morales régir les harmonies physiques ellesmêmes, et les réunir dans une vaste splière autour de l'homme, qui en est le centre et l'objet principal. En attendant , nous commencerons à lever un coin du voile dont le matérialisme a couvert les destinées sublimes du genre humain.

Tontes les puissances de la nature ont un caractère qui leur est propre : leurs facultés, même physiques, vont toiijours en croissant et en se multipliant de l'une à l'autre. Je n'entreprendrai point d'analyser leurs principes ; leur nature m'est inconnue : pour les connaître et les distinguer les unes des autres relativement à nos besoins, il suffit de les comparer à leurs effets.

La puissance solaire est sans contredit la première de toutes ; peut-être les a-t-elle renfermées dans son sein ; peutj-être ne sert-elle qu'à leur donner les couleurs, les formes, les mouvemens et la vie. Elle me paraît exister par elle-même; c'est une puissance céleste qui n'a pas besoin de celles de la terre , comme celles-ci ont besoin d'elle. Je conçois aisément un soleil sans terre, mais non une terre sans soleil. Je ne puis même me fonner une idée des propriétés de l'astre du jour , qu'en les rapportant à celles qu'elles communiquent aux autres pnissances ; et celles ci ne peuvent être caractérisées

qu'en les coiiihinant avec l'action du soleil. C'est par leur harmonie avec lui que je vois chacun d'elles se distinguer des autres , et croître en facultés , depuis la puissance aérienne jusqu'à la puissance humaine. C'est aussi par les sens en rapport avec les qualités , queriionime en assigne les difTt renées. L'air parait le plus simple des démens de notre globe. Si nous étions ensevelis dans une nuit profonde, nous le respirerions sans comialtre aucune de ses qualités : maùt le soleil vient-il à se lever, l'atmosphère se dilate , le vent souffle, et je juge par l'action de l'astre du jour que l'air est transparent, fluide, et susceptible de compression et de dilatation. Cest à peu près tout ce que j'en sais. Quelques naturalistes ajoutent qu'il est composé de parties branchues et rameuses ; je serais plutôt porté à croire que ses parties intrinsèques sont rayonnantes autour du centre, à en juger par la figure de la neige et de l'eau qui se gèle, exposée à son action, si toutefois les formes rayonnantes n'appartiennent pas aux principes de l'eau.

L'eau a des qualités plus étendues que l'air. Sa nature est d'être solide ou glacée. C'est le soleil qui la rend fluide. L'absence du soleil n'a jamais changé l'air en rocher, en le rendant à ses principes. Le soleil , en échauffant l'eau , non-seulement la fait fondre , mais il la réduit en vapeurs par la médiation de l'air. Il décompose ses rayons en mille couleurs sur cette eau évaporée, comme on le voit dans l'arc-en-ciel qui apparaît dansles nuages pluvieux, et dans ceux de l'aurore et du couchant. La terre réunit en elle les qualités de Pair et de l'eau , et elle y en joint d'autres qui lui sont propres. Réduite en poussière , elle se volatilise et devient susceptible de dilatation et de compression. Elle est transparente comme la glace dans ses cristaux ; elle décompose , dans cet état, les rayons du soleil, et se liquéfie comme l'eau par la réunion des feux de cet astre dans le miroir ardent. Elle renferme dans son sein une multitude de fossiles opaques , dont les couleurs et les formes sont d'une variété infinie. On y distingue surtout les métaux, remarquables par leur pesanteur, leur électricité, leurs attractions , leur dureté , leur ductUité et leur éclat. Quelques-uns , comme l'or et l'argent , ont un peu de l'éclat du soleil et de la lune, dont Us portent les noms ; ils semblent devoir leur origine à ces deux astres. L'or, surtout , parait aussi ductile que la lumière, comme on le voit par les feuilles et les fils qu'on en tire à l'infini ; il est inaltérable comme elle. Hannonié, dans l'expérience du galvanisme , avec l'argent ou d'autres métaux, il pixxluit dans les nerfs des animaux, même après leur mort, des effets électriques comme en pro<

IIARMONIKS ANIMALES.

ihiîscnt sur eux , |)ondanl leur vie , les rayons combines du soleil el de la lune, ou des autres planètes. On ne le trouve ^uèrc que dans la zone torride , que le soleil pénètre de sa plus grande influence ; enfin, par sa pesanteur, qui surpasse de beaucoup celle de tous les autres métaux , il présente sur la terre une nouvelle analogie avec l'astre qui occupe dans les cieux le centre du système planétaire.

I^ puissance végétale , comme nous l'avons vu , reçoit toutes les qualités des puissances précédentes, |)ar Tair et Teau qu'elle s'approprie, par les couleurs et les formes de ses fleurs et de ses fruits, par des minéralisations même , dont ((uelques-unes sont connues , comme celle du fer, (|u'on trouve dans toutes les cendres des végétaux. A ces (|ualilés, elle en ajoute un grand nombre d'autres, qu'elle doit principalement au soleil, telles que ses parfums et ses saveurs ; mais elle diffère essentiellement des minéraux par les cinq facultés de la vie, qui sont l'organisation , la nutrition, Famoar, la génération el la mort. Les puissances élémentaires n'ont en partage qu'une existence permanente, différemment modifiée; mais la puissance végétale a une propre vie , dont le principal caractère est de pouvoir renaître et se propager. Cep(^udant la vie végétale diffore essentiellement delà vie animale, conune nous le verrons.

Nous ferons d'abortl ici, sur leur différence, quelques remarques que nous ne croyons |ias qu'on ait encore faites. Le végétal le plus simple me parait composé d'un grand nombre de végétaux semblables, réunis sous une même écorce. Une plante est organisée comme un poly^ie; chacune de ses Gbres ligneuses ou nerveuses parait un végétal, (fui correspond depuis la racine jusqu'à la feuille qu'il nourrit. La preuve en est dans ses racines : si vous en retranchez une , vous voyez languir les branches qui y correspondent. Si vous coupez une branche d'arbre , el si vous la replantez avec soin el dans une saison convenable , il en renaît un autre arbre; vous pouvez même le reproduire en la fendant en deux , conmic on le voit dans celles du saule. La vie parait disséminée égalemeiil dans toutes les parties du végétal ; on peut détruire impunément les unes, même dans son intérieur, tandis que les autres fructifient , comme il arrive aux arbres caverneux , qui n'en sont pas moins couverts de leurs feuillages. Un végétal est semblable au polype animal.

Il n*en est ainsi d'aucun animal proprement dit. Quoique ses muscles soient composés de fibres el de nerfs qui conservent des mou vemens particuliers après la mort , ils ne fonnent tous ensemble qa*un seul auimal individuel et indivisible. J^'animal est

seul daas sa |)eau , el le végétal est multiple dans sm vcorce. Vous pouvez, des tronçons d'un saule, planter un lK)cage; mais avec les quartiers d'un mouton vous ne ferez jamais naître un troiipeio.

Une autre preuve que le végétal renferme du» cliacune de ses fibres un végétal parfait , c'est qn il produit indistinctement, dans toutes ses brancbei, un graïKl nombre de fleurs, qui ne paraissent être que les parties sexuelles des Gbres, parvenues SIl^ cessivement à un Âge adulte. Dans une plante annuelle, les fleurs paraissent après un certain nombre de lunaisons; mais, dans un arbre, le boi* nouveau ne donne point de fleurs, et les fleurs de son vieux bois cliangent de place d'une année i l'autre. C'est encore par la même raison que, (fuand l'arbre produit beaucoup de fleurs, il ne pousse point de bois , el que , quand il pousse beaucoup de bois, il ne produit point de fleurs. On en peut conclure que l'Iiarmonie soli-lunaire, qoi produit en lui des cercles annuels, sert d'abord à former au dedans des fibres mâles el femdks, dont les fleurs deviennent ensuite le développement. Ces fleurs ne peuvent reparaître rannée suivante au même endroit , parce que les fibres qui les ont produites s'allongent par la couche annuelle et l'accroissement du bois, et viennent se terminer à d'autres \mnis de l'écorce. Enfin ces fleurs ne peuvent se montrer sur le bois noiireau de l'année , parce qu'il n'est pas encore adulte. On peut conclure de tout ceci , que c'est souvent  tort (fue les jardhiiers. taillent les pousses aunuelles des jeunes arbres. Il en résulte qu'ils ne portent ni fleurs , ni fiuils, parce que ce nouveau bois A'a pas le temps d'atteindre au terme de sa fécondité. Le plus simple est de le laisser croître : alors fl fructifiera; c'est ce que j'ai éprouvé moi-même par ma propre expérience. J'ai eu des poîrien très-vigoureux, âgés de plus de vingt ans, qui n'avaient jamais fleuri , parce que le jardinier, fidèle à ses règles, ne manquait pas de retrancher en automne la plus grande partie des brandies qui avaient poussé au printemps. Je parvins enfin une année à empêcher cette fatale amputation; mes arbres se couvrirent à l'ordinaire de rejetons pleins de suc. Après avoir jeté leur premier feu , ces rgetons s'arrêtèrent à la seconde année : ils produisirent alors des branches à fruits , couvertes de gitM bourgeons, qui donnèrent des fleurs et des fruits dans la troisième.

Je ne connais point de végétal vivace qui ne produise qu'une seule fleur : l'animal , au contraire , n'a qu'un seul sexe. Quand il en réunit deux, comme les lûnaçons,ces sexes sont situés dans un lieu invariable. Les nerfs et les fibres des

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niosdes de raninul conconrenl tousù la fois à une | seule action, comme tous ses organes, tandis que les fibres des végétaux ont des actions particulières it i^lées : elles n'agissent en commun que par leur agrégation. Un végétal , blessé dans une de ses parties, prospèi-e dans toutes les autres; et Tanimal, dans la même circonstance, languit dans tout son corps. On |X)urrait dire peut-être que les fibres nerveuses , dans lUi animal , sont autant d'animaux distincts, réunis sous la même peau, parce qu'il éprouTe plusieurs passions, quelquefois oppasées les unes aux autres, surtout dans Tliomme; mais il existera toujours une grande difTérence dans la composition du végétal et de ranimai. Le végétal est si bien composé d*un assemblage de végétaux , qu'il en renferme à la fois de jeunes et de vieux , dont quelques-uns n'ont quelquefois qu'une hmaisoo, et d'autres ont plus d'un siècle. Un rameau d'un arbre est moins âgé que sa tige, et son aubier qœ >on tronc. L'arbre le plus caduc porte à la fois la. vieillesse dans son cœur et la jeunesse sur sa téie : l'une et l'autre se manifestent encore dans a racine et dans sou écorce. L'accroissement de SCS parties dépend évidemment des Imrmonies wH-lonaires , puist|ue ses cercles annuels , subdivisés en cercles lunaires , en sont la preuve , comme nous l'avons déjà démontré , et comme nous le verrons encore ailleurs. L'animal n'est point formé d'un assemblage d'animaux. Le renouvellement périodique des couches qui composent ses os, prouvé par les os des poulets qui mangent de la garance, le soumet sans doute aux mêmes périodes planétaires que le végétal; mais la dégénération de ses parties se fait tout à la fois, de sorte qu'il n'en a ni de plus vieilles ni de plus jeunes les unes «joe les autres.

Voilà donc des différences très-marquées dans la constitution du végétal et de l'animal. Elles ne sont pas moins sensibles dans l'ensemble et la disposition de leurs organes. Tous les animaux se divisent en deux moitiés égales, comme il convenait à des corps destinés à changer de lieu ; mais cet équilibre parfait ne se manifeste que dans les finiilles, les fleurs et les semences des végétaux. On le retrouve, à la vérité , dans les tiges des graminées; mais la plupart des buissons et des arbres ne le présentent que d'une manière fort singulière. La différence est encore plus sensible dans les organes de la nutrition et de la génération qui leur sont commitns. Les végétaux ont leurs bouches ou leurs racines en bas, et leurs parties sexuelles ou fleurs en haut. Les animaux au contraire ont leur bouche â la partie supérieure ou antérieure de leur corps, et leurs parties sexuelles à la partie infé-

rieure ou postérieure. Les premiei*s portent leurs fruits au delio» , les seconds engendrent au dedans. Cependant les végétaux ne sont pas des animaux renversés, comme on l'a prétendu; car ils n'ont point les facultés ni les organes qui constituent l'animalité. Ils n'ont pomt de cerveau qui est le siège de l'intelligence, ni de cœur, qui est celui des passions. Les animaux diffèrent essentiellement des végétaux par ces viscères et par d'autres organes et qualités que nous allons développer.

Nous avons vu que la puissance végétale réunissait en elle les facultés des trois puissances élémentaires, qui sont, en autres, l'élasticité et les couleurs aériennes, les mouvemens ou les circulations a(|uatiques, et les formes terrestres, dont nous avons indiqué les progressions harmoniques ascendantes et descendantes. Nous avons démontré ensuite qu'elle avait, de plus, la vie végétale ou végétabiUté, puissance dont les harmonies, soumises aux mêmes lois , sont l'oi^anisation , la nutrition ou dévelopiiement, l'amour, la génération et la mort. La puissance aninuile réimit toutes les harmonies précédentes , et elle y joint, de plus , la vie animale ou animalité, puissance qui se divise en facultés sensitive, intellectuelle et morale. Chacune de ces facultés a ses harmonies, dont nous allons donner un aperçu.

La foculté sensitive est douée de cinq oignes principaux, qui sont ceux de la vue, de la respiration, de la soif, du toucher et du goût. Ils sont répartis aux cinq puissances primitives et précédentes , au soleil , à l'air, à l'eau , à la terre et atix végétaux. Chacun de ces organes a des effets harmoniques, c'est-à-dire actié et passifs, on positifs et négatifs. Ainsi de la vue s'engendrent la veille et le sommeil ; de la respiration , la voix et l'ouïe; de la soif, la polation et la méation ; du toucher , le mouvement et le repos; du goiH , le manger et les sécrétions. Les végétaux ne présentent rien do semblable, ni dans leurs organes, ni dans leurs fonctions. Ils n'ont point d'yeux pour voir, ni dv. paupières pour les voiler. Quoique quelques-uns , comme le tamarin , ferment leurs feuilles on leurs fleurs dans les ténèbres , c'est pour les abriter la nuit de l'humidité , ou quelquefois le jour de l'action du soleil ; car il y en a qui les ferment en plein nûdi, comme le pissenlit. C'est abuser des ternes que de dire qu'ils dorment la nuit. Leurs facultés, loin d'être suspendues , sont dans leur plus grande activité. C'est alors qu'ils végètent le plus. On peut dire aussi que les animaux jouissent , dans leur ' -sommeil, de leur faculté végétale dans toute »i plénitude; car c'est à cette époque que leur san<r, qui est leur sève , circule avec la plus grande foci-

IIAUMONIKS ANIMALKS.

lite, et ((u' ils profilent le plus, ccmime les yégéiniix. Le sommeil appiirtienl dono , non aux foiic- I ions (le la vé^^labilitê , mais à celles de rniiimalilé, dont il est le ro[N)s. Il ne suspend (pie les lhcull('>s inlellecluelle el morale, cl leurs oiis:anes. Si les v('*£^iMaux sont [»rivéR de rorjs^anc de la vue , ils ne le sont pas moins de celui de la respiration. Ils aspirent sans doute l'air el Texpirent ; mais ils n'ont point de larynx [H)ur en produire des sons , ni d'(H reilles pour les recevoir : encore (pie quelques-uns en^eiMlrenl des bruits, c'est par l'action du vent ou par (|uel(iue cause èlran^re ; ils n'en ont point le sentiment , ils ne les entendent point. Il en est (ie même de leurs rap|ior1s avec l'eau : ils la poin- |)ent comme l'air , mais ils ne la diji^èrent [)as. Ils n'ont point de tact; et, (pioique la seasilive ft*rme ses feuilles (piand on la touche , elle doit son mouvement lassif à une action extérieure, et non à un acte de sa volonté. Il y a grande apparence que riiedysarum gyraiLs du Ilengale doit le mouvement d'oscillation ou de l)alancenient de ses folioles à Tact ion combinée de l'air et de la chaleur, ainsi (pie d'autres végétaux lui doivent celui de leur sève , el les animaux celui de leur sang. Mais ceux-ci ont le princifie du mouvement en euxmêmes et dans leurs facultés intellectuelles. L'insecte, dont le corps est revêtu d'écailles insensibles, a des antennes où réside l'organe du touclier, ou |ieut-être de l'odorat, ({ui dirige ses monvemens de progression. Ses antennes sont sa boussole. lieau(NHip de poissons écailleux ont des barl)illoiis (pii leur s(Tvent aux mêmes usages. L'huître , que des naturalistes regardent comme un lissage de la plante à l'animai , et comme un être mitoyen (^utre ces deux règnes , jouit du mouvement de ses lèvres. EWe entr'ouvre et ferme ses écailles à volonté. Elle jouit aussi du mouvement local; car elle tnxive le moyen de se transporter où elle veut : les espèces d'huîtres même qui adhèrent aux rochers nagent (piand elles viennent de naître. Elles se choisissent des anfractiiosités , et y construisent leurs cix|uilles irrégulières , avec autant de géométrie au sein des tempêtes , que les abeilles leurs alvéoles hexagonales dans le séjour tranquille des forêts. I^ maçonnerie de cette espèce d'huître est si bonne (prou ne \ïeui la détacher qu'avec un morceau de rocher. Enfin les végétaux tirent leur nourriture des élémens , mais ils n'ont point d'organes du goût et des excrt'aions.

I^a faculté intellectuelle est d'un ordre supérieur a la faculté sensitive. Elle réunit trois qualités dont les végétaux sont totalement privés : ce sont l'imagination, le jugement et la nK'moire. Ces qualités [irésident aux sens. L'imagii^ition reçoit l'image^

* des objets (»ar la vue et l'ouïe; le jugement oom- |)are leurs rapports intimes |iar le tooclier et le goût ; la mémoire consene les résultais «le riiuiginalion et du jugement, pour en former Fexpérience. 1^ mémoire embrasse le passé , le jugement le pn-sent, et l'imagination l'avenir. Ainsi, ces qualités s'étendent aux rapport.^ des choses. des temps et des lieux, suivant certains rayons assigiK's 'à chaque genre d'animal; Thomme seul en embrasse la sphère. Cependant, qooiqiie letm fonctions semblent séparées, elles agissent aussi de concert. Le plus petit insecte fait nsage de tontesà la fois ou en iiarticiilier, comme de ses yeux, de ses ailes et de ses pales, l^ur siège est dam la tèle de l'animal , ainsi que l'orighie des nerh , de h faculté sensitive qu'elles font mouvoir, et dont le sensorium est dans le c(nir.

Le végétal n'a donc rien qui soit compaiable aux facultés sensitive et intellectuelle de l'amnial; il n'a |HMnt , comme celiii-<;i , le sentiment et Tinlèlligence de ses convenances naturelles. Gependint qu(>l(pies philosoplies , entre autres Descartaef ÎVIalebnincJie, ont voulu rabattre la puissance»maie au-dessous de la végétale. Ils ont préicndii (pie les animaux n'étaient (pie de simples michines impassibles , ce qu'il serait absurde de dire même des simples végétaux , (pii sont doués d'ane Téritahle vie, puiscpi'ils se propagent par desamoun. (^)iiand on objectait à Malebranche les cm douloureux d'un chien frappé , il les comparait au soa d'une cloche dans la même circonstance. Pour le prouver, un jour, dans la fureur de la dispoie, il tua d'un coup de [lied Sii pnipre chienne qui naît des petits. 1^ bon Jean-Jac((ue8 me dit à celte occasion : « Quand on coinmeiire à raijMwuier , on » cesse de sentir. » Je répète ici ce mol que j'ai cilé ailleurs, parce qu'il jette une grande lonûère sur la nature de Tame des l)êtes et sur la nôtre , en c« qu'elles ont de commun. Il prouve que Famé a deux facultés très-distinctes, l'intelligence et le sentiment. La première provient en partie de fex- |MTience, el la seconde des loi» fomlamentales de la nature. L'une et l'autre sont en harmonie diei les animaux, et les dirigent toujours vers une boime fin. Mats lorsque riiitelllgence 8*appuie en nous sur des systèmes humains, et se séfiire du sentiment , qui est l'expression des lois naturelles, alors elle peut précipiter les génies les plus éfevés et les plus doux dans les férocités les plus absurdes. Certes , Descartes et Malebranche sont tombés bien volontairement dans l'erreur , de prétendre que les bêtes n'étaient animées que par de simples attractioa<i ; la pliLs petite expérience sufflsail pnor les désalniser. Mettez une feuille de papier entre

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un aîmanl et une aiguille de fer , Tai^ille ne se iléiouniera point pour aller cherclier raimant, mais elle se portera vers lui par la ligne la plus droite. Mettez le même obstacle entre un chat et une souris , le chat ira cliercher la souris derrière la feuille de papier; le chat raisonne donc, et son intelligence n*est point TefTel d'une simple attraction ou d'un tourbillon magnétique.

Mais l'ame des animaux est douée d'une faculté iNen plus puissante que bi sensitive et l'intellectoelle; elle a une faculté morale. Sans celle-ci , elle n'aurait ni dessein ni volonté; elle éprouverait en vain les sensations de la première et les sentlmens de la seconde; niais par sa faculté morale elle les dirige y parce qu'elle en a, si je puis dire, des présensations et des pré-sentimens.

J'appelle feculté morale celle qui constitue les mœurs dé l'animal , et qui fait qu'un chat n'a pas le canMTtère d'iuie souris , et un loup celui d'un mouton. Elle est différente dans chaque genre d'anônaux, eHe varie dans leurs espèces , qui d'ailleon ont en commun les facidtés sensitive et inteBedneUe , seulement dans des proportions partîeniières. La faculté morale réunit trois qualités , nnstinct, la passion et l'action.

L'instinct renferme les pré-sensations de l'animal d le pré-sentiment de ses convenances ; c'est par des pré-sensations que des animaux encore dans le nid maternel s'efTraient d'un bniit ou de la menace d'un coup dont ils n'ont encore aucune expérience. Cest par des pré-sensations qu'ils tettent , qo'ib marchent, qu'ils sautent, qu'ils grimpent , qu'ils appellent à leur secours. Ils leur doivent la conscience des organes et des membres dont ils fait usage. Combien d'années ne feudrait-il pas à ranatomiste le plus habile pour en acquérir la sdenee ! Les Duvemey et les Winslow ont avoué, À la fin de la vie la plus studieuse, n'en avoir que de bibles aperçus. Pour moi, je liens l'homme, qnoiqoe tr^vain dans nos écoles, si borné dans sa nature, qu'il ne se serait jamais douté que les ailes des oiseaux pussent leur servir à traverser les ain, s'il ne les avait pas vus voler. Cependant ils s'en servent au sortir de leurs nids , sans en étudier la mécanique et sans la comprendre, non plus que nos docteurs qui en ont lait des traités; mais roiseau a la pré-sensation de ses ailes , et il s'en sert; U en tire des efiëts aussi admirables que la machine même.

Les animaux doivent aussi à l'instinct le présentiment ou la pré-vision de leurs fonctions inteOectoelles, c'est-à-dire de leurs convenances naturelles. C'e&t par pré-sentiment que l'araignée sortant de sonoraf, et sans avoir vu aucun modèle

de filet, tisse sa toile transparente, en croise les fils, les contrîMïte pour en éprouver la force, et les double on il est nécessaire, pré-sentant que les mouches, qu'elle n'a pas encore vues, sont sa proie, qu'elles viendront s'y prendre, et qu'elles s'y débattront. EnOn , il n'y a point d'animal qui n'ait des pré-sensations et des pré-sentimens de sa manière de vivre et de l'industrie qu'il doit exercer , avec toutes les idées qui y sont accessoires.

C'est donc une grande erreur que cet axiome de l'école : jy'èhil fsi in iniellectu quod non fuerit prius in sensu, a II n'y a rien dans l'intelligence, qui n'ait été premièrement dans les sens. » Nous voyons , au contraire , que l'instinct enseigne aux animaux les premiers usages de leurs sens, et leur donne des idées qu'ils n'ont point accpiises par l'expérience. I.ocke a donc erré beaucoup quand il a prétendu , toutefois d'après l'école , qu'il n'y avait point d'idées innées : l'étude d'un insecte lui ei^t prouvé le contraire. Son traducteur français lui en fit un jour l'objection : elle le mit de fort mauvaise humeur , car il sentit sans doute (|u'il renversait de fond en comble son système : il aurait mieux fait de le réformer. Il ne l'eût pas édifié sur une pareille base , s'il eût éclairé la morale de l'homme de celles des animaux. Il ne se doutait pas qu'en refusant à l'homme des idées innées , il fournissait des argumens à l'anarchie et au matérialisme. Il devait sentir cependant que l'on conclurait un jour , non-seulement d'après ses raisonnemens , mais d'après son principe et son autorité, que, puisque l'homme n'avait pas d'idées innées , toutes celles qu'il acquérait étaient de convention ; que celles de la morale étaient arbitraires , et que par conséquent il n'y avait pas de carrière tracée pour lui par la nature. S'il eût été attentif aux principes et aux conséquences de son système, il n'aurait pas ouvert à la fois deux principes à l'esprit humain; car, parmi ceux qui raisonnent d'après lui , les uns concluent qu'ils n'obéissent qu'aux lois physiques , et tombent ahisi dans le matérialisme ; les autres se méfient d'une nature indifférente à leur bonheur moral , et se laissent subjuguer par la superstition, c'est-à-dire par des religions litigieuses, inconstantes, ari)itraires, sans songer que cette même nature qui a pourvu à leurs besoins physiques, a dû pourvoir aussi à leurs besoins moraux.

Si Locke eût réfléchi un moment aux idées innées des animaux, il les eût reconnues par toute la terre ; il se fût convaincu que c'est par elles qu'une chenille , sortant de son ceuf , quitte la branche sur laquelle elle est éclose , et va pâturer la feuille naissante qui croit comme elle dans son

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voisinage; qu'ensuite, ayaiil acquis toule sa grandeur, elle se clioisil une retraite sous une branche, à l'abri des vents et de la pluie; qu'elle s'y file une co(|ue avec un art admirable, [X)ur s'y renfermer dans l'état de chrysalide, et qu'elle s'y ménage une ouverture pour en sortir dans celui de papillon, quoiqu'elle n'ait aucune expérience de ces deux métamorphoses. I^cke , qui a égaré son génie systématique sur les destinées de l'honmie, qu'il rend si variables, eûl adnu'ré la constance de de celles de la chenille devenue papillon; il eilt vu celui-ci, au moyen des idées innées , cliangtr plusieui^ fois de genre de vie. A[)rès avoir raujpc long-temps con^me un ver , il est tout à coup pourvu de (juatre ailes biillantes ; plus habile que Icare , il traverse les airs en se jouant avec les vents, sans apprentissage et sans aucune connaissance de l'aérostatique; il vole sur les fleurs, y |)ompe le miel de leurs glandes nectarées, si longtemps ignorées de nos botanistes ; il poursuit dans les airs une femelle inconnue , souvent d'une livrée diflerente de la sienne , mais invariablement de son espèce; enfin cette femelle fécondée dépose ses œufs , et les colle , non sur la feuille passagère où elle a vécu , mais sur une branche permanente, où ils doivent braver les inj tires d'un hiver qu'elle n'a jamais éprouvé.

Si Locke eût été attentif à ces levons données dan< tous les animaux par la nature , il eût soup- ^nné que l'homme, malgré les pn^jugés qui entourent son berceau , a aussi des idées innées. En effet , l'enfant nouveau-né a des pré-sensations lorsffu'il suce la mamelle de sa mère et (|u'il en fait jaillir le lait , sans connaître la pression de l'atmosphère , ignorée de tous les philosophes de l'antiquité. 11 manifeste bient<H des pré-sentimens de la lionté ou de la malice des hommes sans en avoir l'expérience , lorsqu'à leur seul aspect il va se ranger auprès de ceux dont les [physionomies sont du nombre de celles qu'on appelle heureuses, parce ({u'elles annoncent en caractères ineflables la bienfaisance ; tandis qu'il s'éloigne de ceux qui, même avec des traits régidiers, portent je ne saLs quelle expression de malveillance , plus aisée à sentir qu'à décrire. C'est ainsi que l'agneau , mu par ses pré-sentimens à la vue d'un loup, se réfugie auprès du chien, quoique ces deux animaux soient du même genre et aient des figures a peu près semblables. L'enfant a l'instinct de la sociabilité, lorsque, ignorant les sujets de joie et de douleur de ses semblables, il rit en les voyant rire, on pleure en les voyant pleurer.

On pourrait embarrasser bien davantage les partisans de Locke ; car, après leur avoir prouvé

que les aniniiiux et l'iiouime ont des idées innées* on peut renverser leur système des idées acquise», où ils renfennent tout être peasant, en leur faisuit voir que celle-ci ne sont que des conséquences ei des dévelopi^emens des premières. C'est de Tinstinct inné de clia(|ue esfièce que dépendent le caractère, l'industrie, les mœurs, et peut-être la forme, ou du moins la physionomie de l'animal. Le perro(|uet nucivore n'a point les goûts d'un oiseau de proie, quoiqu'il ait, comme lui, des serres et un i>ec tranchant. Il aime à s'approcher de l'iiabitation des honnnes, et, pour en être bien venu , la nature l'a revêtu des [ilus rîdies couleurs et doué du talent d'imiter la parole. L'iustiiKt est permanent dans chaque espèce d'animal , comme le germe dans chaque espèce de végéfaJ; l'im et l'autre ne font que se développer dans le cours ih. leur vie. 1^ chêne, avec ses i-obusles rameaux, est renfenné dans un gland , et le rossignol , avec son chant et ses amours , <ians un œuf.

Mais les instincts si variés des animaux semhlenl répartis à cliaque homme en particidicr en affisetions secrètes et innées , qui influent sur toute sa vie : notre vie entière n'en est pour diacun de nous (\ne le développement. Ce sont ces affiBCCJoiis qui , lorsque notre état leur est contraire , nom inspirent des constances inébranlables et nous livitint, au milieu de la foule, des loties perpétuelles et malheureuses contre les antres et oontrc nous-mêmes. Mais lorsqu'elles vienneni à se développer dans des circonstances heureuses , alom elles font éclore des arts inconnus et des talens extraordinaires. C'est ainsi qu'tm voit apparaître quelquefois au sein des forêts une liane fleurie ou un cèdre majestueux, dont les semences ont été jetées par les vents sur tin sol (fui leur a été favorable. Ainsi la nature avait mis le génie de la poésie dans l'anie d'Homère, celui de la peiotun* ilans celle de Raphaël , la passion d'aborder à de nouvelles terres dans l'infortuné Colomb, et celle de découvrir de nouveaux astres dans l'heo" reux Ilerschell. (^es grands liommes et beaucoup d'autres ont réussi malgré les perséctilionsdeleun contemporains ; mais il y en aurait san$ doute nn bien plus grand nombre , si leur génie n'eût éekv dans des patries ingrates, et ne se ftkt dessédié comme des semences toml)ées sur des rodient. Au reste , tous les instincts des animaux n'approcheront jamais de ceux qui sont propres à rbuiimir« tels que de faire usage du feu , d'exercer l'agriculture, d'imiter enfin tous les ouvrages de la nature par l'invention des sciences et des arts. Que dis-je? il est le seul des animaux qui ait une idée innée de la Divinité , car elle se trouve chez tons les peuples

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«le la terre : elle ne peiil être une simple conséquence du spectacle de Tonivers, puisque les aniluanx , qui en jouissent comme lui, ne manifestent aucun sentiment religieux. Cependant ils raisonnent et agissent comme lui dans leurs passions. Pourquoi a-t-il été donné à cliacime de leurs espèces de parcourir un des rayons de la sphère d'intelligence , tandis que l'homme seul en occupe le centre et en entreroit l'ensemble et l'Auteur? Le sentiment religieux est donc dans F homme un sentiment inné, aiasi que les instincts particuliers sont innés dans chaque espèce d'animaux. Nous verrons ailleurs que c'est de ce sentiment primordial que dérivent dans Fhonmie les idées de vertu, ile mépris de la mort , de gloire, d'infini, d'iminoiialité , qui sont les mobiles de toutes les sociétés humaines , même les plus sauvages.

Loc^e ne se serait pas égaré sur la nature de l'homme s'il avait observé d'abord celle des aninaax , des végétaux et même des élémens. Pour étudier ce grand édifice du monde , il faut commenoer par ses premiers étages.

Après avoir donné un aperçu de l'instinct des animaux , nous allons parler de la passion qui en résulte. I^ ])assion n'est dans eux que l'amour de leurs convenances et la haine de leurs disconve-f nances. L'instinct semble avoir son foyer dans leur tête, et la pxssion dans leur cœur. Leur intelligence voit d'aborri ce qui leur est utile ou nniâUe , et leur cœur le désire ou le craint : la passion est donc à la fois positive et négative. On peut y rapporter toutes les modifications auxquelles les philosophes ont donné , tant4)t le nom de facultés, tantôt celui de. passions, dont ils ont fait de longues énnmérations sans aucun plan. Quant au root de passioas, quelques-uns le dérivent du mol latin patij qui signifie souffrir ; mais cette étymologle ne me semble pas bien juste ; car la passion ne souffre pas quand elle jouit. Quoi qu'il en soit , nous adoptons ce mot dans le sens le plus usité , comme signifiant luie affection vive de l'ame , soit pénible, soit agréable. Les anciens philosophes, en analysant l'ame humaine , y admettaient trois facoUés, la concupiscible, l'irascible et la raisonnable. Descartes rejeta cette division , quoique assez na- Uirelle, parce que, dit- il , l'ame n'a point de parties; mais par une espèce de contradiction, il substitue à ces trois facultés six passions primitives, qui sont l'admiration, l'amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse. Il y en ajoute ensuite beaucoup d'autres , telles que Testime , le mépris , le 4XMirage, la honte, l'espérance et la crainte, comme des dérivés des six premiers genres. Ainsi il ne fait qu'attgmenter la confusion qu'il reproche aux

anciens. Il y a plus : c'est que, comme il s^NXupe fort peu de la faculté raisonnable de l'homme , et qu'il lire les fonctions de son ame des esprits animaux , par une pliysique inintelligible , il s'ensuit qu'il ne donne à l'homme que les passions qui lui sont communes avec les animaux , qu'il ne regardait que comme des machines. D'ailleurs, l'acbniration est-elle une passion comme l'amour? Y. a-t-il en nous un penchant liabiluel à admirer comme à aimer ? L'admiration n'est , ce me semble, qu'un étonnement accidentel de notre înlelligenoe à l'occasion d'une surprise agréable. Descartes ne parle point, dans ses passions primordiales, de l'effroi, qui provient d'un éblouissement de notre esprit au sujet d'un objet épouvantable; il n'oppose point la répugnance au désir. Il ignorait que les facultés de l'ame sont doubles, comme nos membres et nos organes; que nous en avons en contraste, comme l'amour et la haine ; et d'autres en oonsonuance, comme l'intelligence et la réflexion. Notre ame parait soumise aux mêmes liarmonies que notre corps, où les parties inférieures contrastent avec les supérieures, et les parties latérales consonnent et se balancent entre elles ; d'ailleurs , la joie et la tristesse , l'estime et le mépris, l'espérance et la cramte , sont plutôt des effets d'une passion que des passions elles-mêmes. Le désordre de tous les systèmes de l'ame humaine vient, en grande partie , de ce que leurs auteurs n'ont pas étudié les animaux avant l'homme, ainsi que nous l'avons déjà dit. Il faut commencer par le plus simple avant de venir au plus composé. Il n'y a, selon nous, qu'une passion dans l'animal, qui résulte de son instinct; c'est l'amour de ses convenances et la liaine de ses disconvenanoes , De là dérivent toutes les sympathies et les antipathies innées dans les animaux, comme l'instinct qui les feit naître. Les facultés de leur intelligence y ajoutent diverses modifications. Quand leur imagination combine cet amour ou cette haine , elle les porte vers l'avenir , et produit en eux l'espérance ou la crainte. Quand leur jugement s'ea. saisit et les applique à un objet présent , il en fieiit résulter l'estime ou le mépris, la joie et la tristesse, le désir ou le dégoât, et par suite, la jouissance ou la privation. Quand leur mémoire s'en empare, elle les ramène vers le passé; elle fait naître le regret , qui s'étend aux plaisirs évanouis , et la réjouissance , qui se rapporte presque toujours aux maux évités ou passés. Ainsi la nature, harmoniant les affectioas de l'ame, tire souvent la peine du plaisir, et le plaisir de I4 peine , en opposant les effets de la mémoire à cçui^ de l'imagination.

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Oii voit |)ar cet aperçu que la plupart des passions prétendues primitives de Descartes et de nos moralistes en général ne sont que des modifications de rinstinct même de la puissance animale combiné avec ses facultés intellectuelles. Si donc on voulait avoir une échelle des passions bien plus régulière et beaucoup plus étendue que celle que le père de la philosopliie, en France, avait dressée pourThomme, il sufliralt d'en rapporter les échelons aux instincts des animaux , en leur donnant pour termes extrêmes Tamour et la liaine, (fui forment la passion proprement dite. En prenant seulement pour exemple ceux qui n'ont d'antre but que de peupler, et qui ont l'amour pour harmonie princi(iale, on aurait toutes les nuances de cette passion dans les modilications de leurs instincts. Ainsi , en les rapportant à la splière de nos liarmonies généi-ales, et en nous bornant ici aux élémentaires, nous aurions d'aboni dans celle du soleil tous ceux qui brillent des plus riches reflets de sa lumière et de ses couleurs, tels que les papillons, les colibris, les faisans, les demoiselles de Nubie, les paons, qui offrent sur leurs robes les plus brillantes parures , et dans leurs mœurs toutes les allures de la coquetterie. Ils ne dierclient dans tous leurs mouvemens qu'à plaire aux yeux. I^ paon, quoi qu'on en dise, se pavane, non d'orgueil , mais d'amour. Il ne cherche à subjuguer aucun oiseau, même dans son espèce; il n'est |M)int intolérant comme le coq ; il ne vetit plaire qu'à sa femelle : c'est pour l'éblouir qu'il fait la roue; il n'a que la conscience de sa beauté. Les volatiles de cette classe si bien parée ne sont sensibles qu'au plaisir des yeux , ils ne le sont point à ceux de l'ouie; car ils n'ont pas de vou, ou ils n'en ont que de discordantes. On peut les comparer à nos riches petits-maîtres qui, uniquement occupés de leur parure, ne jouissent de l'amour qu'en surface. Il n'en est pas de même de ceux dont l'instinct amoureux se combine avec les harmonies de l'air : ceux-là ne s'en tiemient pas, pour plaire, aux avantages extérieurs que la nature leur a donnés; ils y mettent des sentimens tendres, des expressions ravissantes. A la vérité , leur plumage n'a rien d'éclatant ; mais ils charment les oreilles par des sons qui pénètrent jusqu'au coeur : tels sont les fauvettes, les linottes, les rossignols. On peut rapporter à cette classe les amans auxquels l'amour inspire des talens : tels sont, en général, les musicieas, les peintres, les poètes, revêtus souvent, comme ces oiseaux , des livrées rembrunies d'une humble fortune. Quelques-uns de ces animaux, qui vivent dans les eatix, expriment leurs amours I)ar les mouvemens les plus voluptueux. Une des

grandes jouissances des épicuriens de rOneol est d'avoir, dans leurs jardins, des basons où nagent des poissons pourprés, dorés, argentés, coonoi maintenant en Europe sous le nom de poissons de la Chine. Rien n'est plus agréable qœ les ondulations perpétuelles de ces êtres sensibles et nmcls, qui donnent à leurs corps. des expressions ana amoureuses que les oiseaux en donnent à lear mix, et redoublent l'édat de leurs oooknrs par les reflets des eaux. Mais je préfère enoore à la grAoede leurs mouvemens celle d'one petite sareeOe de la Chine, qu'on peut voir an Jardin des Plantes. Ces channans oiseaux, dont le mâle ressemble exactement à la femelle pour le plumage, ainsi qne les pigeons et les tourterelles, n'ont qne des bandei ou fascioles blanches, bleues et pourpres, à la télé et sur les ailes, avec une espèce d'aigrette oonchée, comme celle de l'alouette. L'étang où ils vifcnt est fort petit , car ce n'est qu'un tonneau plein d'eau, enfoncé en terre; mais on peut dire qn'ilsnese soucient guère de l'espace qui les enrironne, ev ils y passent leur vie à se caresser. Us nagent sm cesse autour l'un de l'autre, entrelaçant leurs coai, leurs becs, et se donnant les plus tendres baisai. Dans ces toumoiemens perpétuels, ils font contraster leurs bandes de couleurs avec tant de iipidite, que les yeux sont éblouis de la variété des nouvelles formes qui en résultent. Cest une flamme au sein des eaux. Ils méritait, encore mieux que les tourterelles, le nom d'oiseaux de Vénus. Ils sortirent de l'onde avec cette déesse, et se sèrent autour d'elle en silence , tandis que les tereUes gémissaient sur le rivage. Le Tasse, le poète des amours, a fort bien senti la grâce et tes effets de ces mouyemensau milieu des eaux, kmqu'il offre aux yeux de Renaud, dans le janUn d'Armide , deux nymphes séduisantes qui , en chantant, se disputent un prix à la nage. Le paladin est bientôt captivé. Homère, avant le Tasse, avait employé les jeux et les chants des Sirènes pour séduire le sage Ulysse. Mais le fiivori de Minerve échappe à leurs attraits et au naufrage, en bouchant les oreUles de ses compagnons, et en se faisant attacher au mât de son vaisseau. On peat rapporter aux amours de ces dangereuses Sirènes ceux de nos filles de théâtre, dont la danse fait la principale séduction. Les animaux de la terre pn>premait dits, tels que les quadrupèdes, offrent, dans la beauté et la grandeur de leurs formes, de nouvelles harmonies en amours. Qui pourrait décrire celles des taureaux mugissans, des coursien iudom|)tables, des caméléopards des déserts, dci éléplians colossaux et des rhinocéros, que l'Amour attelle à son cliar? Mais qu'est-il beK^ de porter

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1106 recherches jusque dans la zoiie torride? Ce dieu, celte passion, cette flamme créatrice, celte harmonie , a varié ses lois à riiifinl dans cette foule d'insectes qui pullulent au sein de la terre , des forêts, des eaux et des airs. Quand je représenterais ici les amours des divers animaux que j'ai vus peints sur les quati*e iÎEices d'un cabinet du palais de rélecteur de Saxe, à Varsovie, je n'offrirais qu'un bien petit nombre des nuances innombrables de cette passion dans les animaux, depuis ceux qui s'abandonnent aux seules impressions de la hibriciié, comme les porcs et les crapauds, jusqu'à ceux qui semblent s'élever à des affections platoniques, comme les tourterelles et les rossignols. L'homme, dans ses égaremens , réunit toutes les nuances de cette passion, depuis les amours do sultan qui vit dans un nombreux sérail , jusqu'aux amours si Gdèles et si malheureuses d'Abeilard et d'Héloise.

Si on opposait à ce tableau celui des animaux qâ tout créés pour la destruction , tels que les carnmnSy on trouverait en eux toutes les gradations de la haine réparties à chacun de leurs instincts. Parmi les beaux animaux que j'ai appelés solaires, parce qu'ils vivent à la lumière du soleil , et surtout au sein de la zone torride , il n'y en a point de cmels. Au contraire, les animaux de nuit ont tous des couleurs ternes, et en général sont malfaisans. Un papillon de ce genre nocturne, appelé haïe , à cause de son cri, porte sur son corselet la figure d^ooe tête de mort; le duvet qui s'écliappe de ses ailes en volant fait beaucoup de mal aux yeux. Tous les oiseaux de nuit sont oiseaux de proie, teb que la chauve-souris , le hibou , le grandduc, etc. Us ont des figures et des plumages lugubres; les oiseaux de proie même sont pour la plupart oiseaux de nuit; ils ne volent guère que le matin et le soir, ou au clair de la lune. On dit que Faigle contemple le soleil ; j'en doute. Mais il ne voit pomt les lielles contrées qu'éclaire l'astre du jour; il n'habite que les ruines des monumens, les rochers et les sommets arides des hautes montagnes. Les poètes en ont fait l'oiseau de Jupiter et son porte-foudre, parce qu'il vit aux lieux où se forment les orages ; mais il est certain qu'il voyage la Bxàij témoin celui qu'un astronome de Paris aperçut tout à coup au bout de son télescope, en observant les étoiles. Les hommes bibles ont toujours attribué des idées honorables à tout ce qui leur fiûsait peur : c'est sans doute par cette raison que les bêtes de proie sont devenues, eu Europe , les principales pièces des armoiries des nobles. Les voix des animaux carnaciers sont aussi désagréables que leur figure et leur plumage; ils ne font re-

tentir les airs que de sons aigus ou glapissans. Les poissons carnivores n'ont que des couleurs livides et des formes hideuses, tels que les cliiens de mer et les raies. Quant aux quadrupèdes camassiei-s, comme les loups, les renards, les martres, etc., la plupart ne sortent que la nuit; et leur |ieau, quoique variée de quelques couleurs tranciiantes , comme les bandes du tigre et les anneaux de la panthère, ne présente que le dur contraste du fauve et du noir; on retrouve ce$ couleurs dans les guêpes et quelques hisectes carnivores *. d'ailleurs, toute cetle.classe d'animaux a non-seulement des couleurs contrastantes qui l'annoncent au loin pendant le jour, mais elle exhale des odeurs fortes qui la décèlent au sem des uuits les plus obscures.

Je l'ai déjà dit, qui pourrait observer tous les instincts malfaisans des bêtes de proie y trouverait toutes les nuances et les expressions de la liaine : le lâche appétit des cadavres dans le vautour, la ruse taciturne dans le renard, la trahison dans l'araignée, les cris alarmans de la terreur dans l'orfraie, la soif du sang dans la fouine, la férocité dans le tigre, la cruauté dans le loup, le desfM)tisme furieux dans le lion. On verrait dans les serpens, les requins, les polypes marins aux longs bras armés de ventouses, et dans d'autres tribus, des animaux qui pâlissent à la vue de tout être vivant, qui se glissent pour piquer, qui rampent pour mordre, qui Hattent pour déchirer, qui embrassent pour étouffer; enfin , des êtres animés de colères silencieuses, de haines caressantes, d'affections meurtrières, qui n'ont point de noms dans les langues des hommes, quoiqu'ils n'en offrent que trop d'exemples dans leurs mœurs.

De la passion des animaux résulte l'action, qui est la jouissance de l'instinct combiné avec l'intelligence. Leurs actions sont raisonnées par eux , comme le prouve l'expérience; leur instinct seul n'est pas le fruit de leur raisonnemerit, mais il est celui de la nature; il est, ainsi que nous l'avonis dit, le pré-sentiment de leurs convenances. Voici comme nous supposons le mécanisme de ces trois facultés morales, l'instinct, la passion et l'action. L'instinct est dans la tête avec l'intelligence , la passion dans le cœur, l'action dans l'organe. L'instinct donne l'idée, l'hitelligence l'éprouve, le cœur la sent, l'organe l'exécute, et produit une action sur un objet extérieur. D'un autre côté, un objet extérieur produit sur l'organe une action , l'action un sentiment sur le cœur, le cœur une idée dans rmtelligence.

L'instinct nous semble être à l'ame ce que la forme est au corps. C'est lui qui la constitue douce ou méclianle, industrieuse ou stupide. Il y a plus.

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nous soiiiines [K»rlês à croii'e {\ue c'est lui (fui or- ^iiise le corps , parce que lui seul a la conscience de ses organes, et qu'il en donne Tusage à ranimai , sans que celui-ci ait la moindre idée de leur construction. L'instinct a des facultés quicorres- INindent aux organes : celle de voir , à la vue ; celle d'aimer, au cœur; celle de haïr, qui est en rapport avec les armes dont l'animal est pourvu. Ou en peut conclure qu'il a, comme le corps, des qualités qui contrastent, et d'autres qui consonnent entre elles. En effet, il a en opposition l'amour et la haine , et en consonnance l'intelligence et la réflexion, Timagination et la mémoire. Il y a donc toute apparence que Tinstinct a existé avant le coips de l'animal, qu'il l'a organisé dans le sein maternel , que lui seul a le secret de sa construction, de l'usage de ses organes, de leur entretien, et ({uelquefois de leur réparation; que c'est lui, enfin, qui a le plan de la vie entière de l'animal, qu'il dirige dans son ensemble ainsi que dans tous ses détails. Une autre preuve (pi' il est antérieur à l'animal, et qu'il a organisé ses parties, c'est qu'il ne se détruit jamais, ni par l'éducation, ni par les habitudes, ni par le retranchement des organes. En vain on arracherait au loup ses dents, on ne lui ôlerait point son naturel carnassier. Ceux-là sont donc, pour le dire en passant, dans une erreur bien cruelle, t|ui nmtilent des enfans mâles, croyant les délivrer pour l'avenir de la passion de l'amour. La suppression des parties de leur sexe ne fait que redoubler dans la jeunesse les ardeurs d'un feu qui ne peut plus s'exhaler par les jouissances. Les eunu(iues de l'Orient ont des sérails : ils étaient hommes par l'ame avant de l'être par le corps. L'instinct donc caractérise l'animal encore plus que ses organes, puisqu'il subsiste lorscpi'ils sont détruits, et qu'il ne faKque s'accroître par leur privation.

Les iastincts des animaux n'ôtent rien à l'action de la divinité : c'est sans doute sa sagesse qui les a créés, puisqu'elle les a balancés les uns par les autres, par toute la terre. Si elle n'avait établi entre eux le plus parfait équilibre, par la diversité même de leurs qualités, les carnivores auraient bientôt détruit tous les autres. Pour moi , j'aime à concevoir l'ame d'un animal renfermée dans son corps avec sou instinct, comme un passager dans un vaisseau avec un pilote chargé seul du soin de la manœuvre , sans ({ue le premier y connaisse rien. Un corps peut renfermer plusieurs âmes, comme un arbre renferme plusieurs végétaux , ainsi que nous l'avons démontré. Un arbre greffé en porte de plusieurs espèces. Mon hypotlièse'est peut-être J<'i seule qui puisse expliquer , du moins dans

l'homme, les combats de ses diverses ptmoos, ainsi que nous le verrons aux hannonies hamainn. Nous en avons dit assez sur les anniiaux pour faire voir qu'ils ne sont pas de simples madiiney passives, comme le prétendait Descartes. Selon lui , ils ne devaient leurs actions qu'à nmpreflston des objets extérieurs : autant valait dire qaH» lui devaient aussi leurs formes et leurs organes. Aa reste , ce grand homme n'en est pa» moins diez nous le père de la philosophie. Cest lui qui a appris à notre raison à secouer le joug- de rautoritê. Mais, comme a dit Voltaire, il nous a â bien enseigné à douter de la philosopliie des anciens, qu'il nous a appris à douter de la sienne. Après tout, rien n'est plus difficile que de tracer des méthode» dans l'étude de la nature , et surtout dans celle de la morale. D'abord notre langue manqœ soovenl d'expressions justes : elles sont ou trop flUllIes, ou trop fortes ; quelquefois elle n'en fournit point da tout. Nos mots dérivés et composés n'ont plos la même signification que les mots simples qui les ont produits; ils sont comme œilains yégétnx, dont les tiges ont d'autres vertiù qne leuis nés. Par exemple, j'ai défini l'instinct le ment des convenances de l'animal. Pour conserver au mot pré-sentiment la signification que je hn donne, je suis obligé de séparer la particule jnré, (|ui signifie avant , du mot sentiment : alors il signifie avant-sentiment, qui dit plus, ce me semble, que pressentiment, qui ne signifie guère ({u'un sentiment douteux et confus de ce qui doit aiTiver ; tandis que l'avant-sentiment de l'instinct dans l'animal est sûr, décidé et clairvoyant.

Il en est de même des mots i-e-gret et ré-jouissance , (fue j'ai employés au même lieu , conune des effets de l'instinct combiné avec la mémoire. La particule re parait ime abréviation du mot latin iierwn, ou de son vieux synonyme' français, derechef. Ainsi, re-gret et re-grettal)le Yiennent de iterum grains , deredief agréaUe , et ré-jooissant de iterum gaudens, derechef jouissant. Gelui-ct signifie, dans l'origine, jouissant une seconde Ibis, si on en sépare la particule re ; car, en le joignant immédiatement avet; elle, il ne comporte qn'une idée unique de joie. Ce qu'il y a de singulier, c'est que ces deux mots composés, ayant deux racines (lu même sens à peu près et la même préposition , ils aient un sens tout-à-fkit opposé; car le regret apporte de la peine , et la réjouissance du plaisir : c'est que le regret se porte sur les plaisirs perdus , et la réjouissance sur les plaisirs retrouvés.

En général, les mots composés ont beaucoup plus de force que leurs racines; mais ils présentent souvent un tout autre sens. Tels sont ceux où entre

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la particule tu , négative lorsqu'elle est synonyme de non. In fans, enfant, dit plus que non fans , qui ne parle pas; insolent, que non solens, qui u'a pas coutume ; injurieux , que non habens jus y qui n'a pas droit; impertinent, que rut non periinety à qui il n'appartient pas; infidèle, que non fidèle; impiété, qui suppose une injure à r^ard de la Divinité, que la non piété, qui n'affirme que de rindifférence; incrédulité, refus de citnre par orgueil , vice du cœur, que la non crédulité, qualité du jugement; car la crédulité est dle-méme un défaut de l'esprit : d'où l'on voit i|a'eu séparant, simplement d'un trait, des mots composés, on leur donne quelquefois un sens différent de celui qu'ils avaient dans leur composition. Souvent ce nouveau sens est plus faible : Fts uniia major, les forces augmentent par leur union.

Ce qu'il y a de pins embarrassant, c'est que ces pvticnles adjectives ont souvent des significations opposées. Ainsi , in , privatif et expnlsif dans les exemples ci-dessus, est positif et collectif dans incorporé, incarcéré; mais, ce qu'il y a de plus singalier, c'est qu'il signifie à la fob dedans et dehors dans les mêmes dérivés. Incorporé veut dire entré dans un corps, et incorporahle , qui n'y est pas encore entré. H en est de même d'incarcéré et d'incarcérable. Au reste , j'aurai attention de séparer par on simple trdit les mots composés de leurs prépositions, lorsque j'aurai besoiç de les ramener à leur signification primitive ; ce qui sera pins expédient qu'une périphrase, et plus usité cfii'un mot nouveau.

Quant aux mots collectifs de règne, de classe, d'ordre , de famille, de genre, d'espèce et de variété, dont se servent les naturalistes, ils ont sans doute beaucoup d'insignifiance , d'arbitraire et de eonfbsion. Le règne ne convient qu'à Dieu, comme nous l'avons dit dès le commencement de ces harmonies. La classe ne signifie qu'une agrégation , qui se rapporte autant aux genres qu'aux ordres mêmes. L'ordre s'applique à tout ce qui est or donné. La fomille cosiporte l'idée de parenté, et convient encore mieux aux individus de la même variété, aux variétés de la même espèce, et aux espèces du même genre, qu'à des genres rapprochés, auxquels on l'applique, parce que ceux-ci ont entre eux moins de ressemblance. Celui de genre a une signification plus déterminée, parce c{a'il engendre en effet les espèces. Noos avons suppléé à la plupart de ces noms en y substituant ceux de puissance, d'harmonie, de genre et d'espece.

Malgré les embarras, rinsuflisance de notre

langue et les préjugés qui enveloppent notre raison , nous allons tâcher de doimer une idée de la puissance animale et de ses développemens. Comme les premiers navigateurs, qui se hasardèrent en pleine mer sans octant et sans boussole , vinrent cependant à découvrir les principales parties du globe , en lâchant de temps en temps dans les airs un oiseau de terre, afin de découvrir par son vol et son instinct les lies qu'ils n'apercevaient ^ pas sur leur horizon : ainsi , en consultant l'instinct des animaux comme le vol de leur ame, nous pourrons faire quelque découverte daas la sphère immense de la vie , et en déterminer au moins les principaux cercles. C'est ainsi que Noé , sous un ciel nébuleux , jugea , par le vol du corbeau et celui de la colombe, de l'état de la terre inondée par l'Océan. Ce fut surtout l'oiseau des amours qui , en lui rapportant un rameau vert d'olivier, lui fit juger que les montagnes apparaissaient au dessus des eaux et devenaient habitables. Pour connaître donc les premières bases de la puissance animale , et même de la puissance humaine , nous nous guiderons aussi par leurs amours.

Les animaux doivent leur nom, comme nous l'avons déjà dit, au mot anima, ame, parce qu'ils sont animés. Du mot ame nous avons dérivé celui d'aimer, parce que la nature de l'ame est d'aimer. En effet, toutes ses affections ne sont que des amours, tels que l'amour de soi, l'amour de ses convenances, l'amour fraternel, conjugal , maternel. La cruauté même des bêtes féroces, ce principe de haine qui les anime contre d'autres espèces , n'est qu'un amour du sang et du carnage.

Les âmes sont pré-existantes au corps des animaux ; ce sont elles qui le forment dans le sein maternel par la médiation même des amours. Le soleil et la lune ea sont les premiers moteurs ; car leur gestation, leur naissance, leurs développemens, leurs amours et leur mort, sont réglés dans chaque espèce , d'après les diverses phases et périodes de ces astres. L'ame d'un animal n'est pas simple ; elle a deux facultés en consonnance , l'intelligence et la réflexion. Il ne suffirait pas à un animal d'avoir les idées de ses besoins par l'instinct ou l'intelligence; s'il ne les rapportait à soimême par la réflexion, elles ne se présenteraient à son ame que comme des images dans un miroir, il ne les verrait que comme des idées qui lui seraient étrangères ; mais c'est en se les appliquant par la réflexion , qu'il procède à l'action qui les suit. C'est ainsi que si son corps n'était formé que de sa moitié droite , encore que cette moitié renfermât tous ses organes, il resterait sans action , ne pouvant ni marcher, ni manger, ni se reproduire.

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Son anie est donc composée de deux moitiés en œnsomiance avec les mêmes facultés , comme son corps est formé de deux moitiés en coasonnance avec les mêmes organes. Or, comme c'est Tame qui développe le corps dans le sein maternel , on en I)eut conclure que les harmonies morales précèdent et ordonnent les physiques , et que la fraternelle est la première de toutes. C'est cette même harmonie fraternelle qui assemble, non-seulement les deux moitiés de la même ame et du même corps , en les rendant semblables, mais les âmes des âmes, et en forme des familles et des tribus. L'ame a deux moitiés en consonnance, elle en a aussi deux en contraste comme le corps; elle a ses inimitiés comme ses amitiés au dc^lans d'ellemême et au dehors : c'est ce que nous verrons aux harmonies fraternelles, positives et négatives. Non-seulement l'ame d'un animal n'est pas simple, mais elle n'est pas unique; elle semble composée de plusieurs âmes qui agissent toutefois de concert , comme le corps lui-même est formé de plusieurs matières différentes, telles que les nerfs, la chair, les os , qui sont en harmonie. Au reste, il ne doit pas nous paraître plus étrange de concevoir plusieurs âmes renfermées dans la ))eau d'un seul animal, que plusieurs vitaux sous l'éoorce du même végétal , et d'y en voir même de greffés d'espèces ' différentes. La lumière du soleil, si pure, ne renferme-t-elle pas toutes les couleurs?

Depuis le lombric ou ver de terre, tout nu , qui n'a pas l'industrie de se revêtir d'un fourreau , jusqu'à Newton, qui forma un système du monde, nous distinguons cinq genres d'ames : l'élémentaire, la végétale, l'animale, l'intelligente et la céleste. Les quatre premières appartiennent au plus petit insecte, et la cinquième à l'iiomme seul.

L'ame élémentaire des animaux est ce premier principe de l'existence qui. loor est commun avec tous les corps, c'est l'atti-action. L'attraction parait adhérente à la matière; elle agit sur le rayon de lumière qu'elle détourne vers l'angle d'uncorps qu'on en approclie; elle arrondit en gouttes de pluie la vapeur qui nage en l'air, et la cristallise en étoiles de neige à six rayons, lorsqu'elle s'en écliappe. Elle agrège dans le sein de la terre les grains de sable en cristaux , et les métaux en pyrites ; elle fait monter la sève dans les vaisseaux capillaires des végétaux, et circuler le sang dans les veines des animaux; elle agit surtout sur leurs nerfs, dont elle paraît être le premier mobile; elle semble se décomposer et se composer en magnétisme, en électricité , en feu et en lumière. Le grand foyer de l'attraction est le soleil ,qui l'exerce sur tous les corps planétaires qu il fait tourner au- .

tour de lui. Ceux-ci en sont pénétrés , d l'exercent à leur trmr sur les satellites qui toumeoi antour d'eux , et tous ensemble sur les ooqw qui sont fixés à leur circonférence par la pesanteur, ou qui se meuvent sur elle, parce qu'ite paraisseot avoir en eux un principe isolé d'attraction : tels aontin animaux. Les réservoirs et les conducteurs deTattracUon sont principalement les corps plaoéuires dans les cieux , et les métaux sur la terre. Les ubs et les autres paraissent être en harmonie. Leor analogie se manifeste d'abord par rkleolité de leurs noms dans l'ancienne chimie , eosiiîle par leur éclat , leur pesanteur et leurs influeœes. L'or, par exemple, le plus pesant des métaux, a des rapports frappans avec le soleil par son poids, son incorruptibilité, sa couleur jaune, son éekt, m ductilité, qui approche de celle de la lumièreyet parce qu'il est le premier mobile des sociétés bomaines, comme le soleil l'est du système plaiiétalre. La lune, après le soleil, a le plus d'intonoR sur la terre, dans un rapport égal à œlai qœl'argent , qui lui est analogue par sa blaudieor, a avec l'or : c'est-à-dire que l'argent, à son tour analog«e à la lune par son éclat et son nom, ne vini sons k ligue ((u'un peu plus de la douzième partie de l'or. Amsi sa valeur est avec celle de l'or dansk même proportion que la lumière de La lune avec celle du soleil, puisqu'il fout environ dooae m/m et demi lunaires pour composer une année loWre, ou, si l'on veut, parce que la lumière de li loue est douze fois et demie pïus foible, comme jecrois m'en être assuré. Ou pourra voir, aux harmonies solaires , les liarmonies des autres métaux avec les autres planètes ; mate ce que je ne me rappelle pis y avoir dit, c'est que le platine, qui n'est, pour amsi dire , pour nous, qu'un métal de pilre curiosité, a éié découvert à peu près en niême temps que la planète si éloignée d'Herschell. D en est de même de plusieurs métaux, trouvés de nos jours aux mêmes époques que plusieurs satellites.

On me dira peut-être que je renoinreUe d'anciennes erreiu^ par des rapprodiemens fort éloignés ; mais je ne finis que suivre les rumes de l'ancien temple de la science, qui a été âevé bien pins haut que nous ne croyons. D'ailleurs tout est lié dans la nature. Les couches concentriques d'an ogiion sont en harmonie avec les mois de la lune, et celles d'un arbre avec les années du soleil : pourquoi l'argent et l'or n'y seraient-ils pas avec ees deux astres? Plusieurs métaux ont, comme les planètes , des principes connus d'attraction. L'or attire le mercure que le soleil volatilise , et l'aimant le fer.

Il parait donc constant que les métaux ont des

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analogies avec les planètes par leur pesanteur, leur éciaty leurs attractions; ils en ont encore par leur électricité, dont le soleil est la source. Non-seulement ils en sont les conducteurs, mais les foyers permanens : c'est ce que prouvent les expériences du galvanisme, dont nous parlerons bientôt. En attendant nous observerons que rélectricité est un fluide de feu, souvent non apparent, qui circule dans tons les corps, et passe de ceux qui en ont plus dans ceux qui en ont moins. Elle est divisée par ses effets en électricité positive et en électricité négative, et peut-être le serait-^lle même en active et en passive.

Elle parait un des premiers mobiles de la végétalioo et de l'animation. C'est après les orages les ploB Adminans que les plantes végètent , fleurissent et fructifient avec le plus de vigueur; c'est encore alors que les générations des insectes se moltiplient avec tant de rapidité, que le vulgaire les croit quelquefois tombés du cid. L'électricité seoible être le flambeau des amours; elle en allume les feux dans l'âge adulte. De ces feux électriques , les uns sont soli-lunaires et les autres luniaolaires. Les soli-lunaires se manifestent dans la vie des animaux mâles, dans les parures de leurs ooq», qu'ils revêtent de couleurs plus vives , surtout ceux des mâles; dans les oiseaux, et même dans les quadrupèdes carnassiers, dont les yeux brillent dans l'obscurité, et dont les poils se hérissent et jettent des étincelles.

Noos sommes tentés de croire que l'électricité se communique aux plantes par l'entremise des métaux. Sans rapporter ici des exemples extraorcfinaires consigna dans des recueils savans, tels qœ celui d'un cep de vigne de Tokai en Hongrie, qui avait crû sur une mine d'or, et dans les ièoiUes duquel on trouva des filets d'or, nous citerais les expériences faites par un grand nombre de naturalistes, entre autres par le célèbre Geoffroy : elles prouvent qu'il n'y a pas un seul végétal dans les cendres duquel on ne trouve du fer. On peut aisément concevoir que ce métal , qui est dissous en particules invisibles dans les eaux fierrogineuses, se mêle à la sève des végétaux; mais comme nous savons , d'un autre côté , qu'il est un des plus puissans conducteurs de l'électricité , nous ne nous éloignerons pas de la vraisemblance , en le regardant comme la cause de ses phénomènes dans la végétation. II se manifeste surtout dans les fleurs rouges; car c'est lui qui leur donne cette couleur, comme j'en ai vu l'expérience sur une rose.

Le fer existe pareillement dans les animaux. Il donne à leur sang la couleur rouge; il s'y fait sen-

tir au goût même par une saveur femiginense. C'est par le fer que le sang de bœuf contient , que, lorsqu'il est brûlé, il prend une couleur bleue et devient ce qu'on appelle bleu de Prusse. U est donc certain que le fer donne aux végétaux et aux animaux les couleurs rouge et bleue, et toutes les harmonies qui en dépendent, comme l'orangée , la pourprée, la violette. On poun-ait y joindre encore la couleur noire , comme le prouve la teinture qui résulte de la combinaison de la noix de galle et du fer.

Si nous avons découvert que le fer entre dans la composition des végétaux et des animaux , c'est par le moyen de leur dnération et de l'aimant. Si on eût fait les mêmes expériences sur les oeiMlres avec le mercure, qui est l'aimant de l'or, peut-être y aurait-on trouvé des parcelles de ce métal. Je suis porté à croire que les végétaux et les animaux qui ont des couleurs jaunes les doivent à une teinture d'or. J'ai ouï dire au savant cliinûste Sage, auquel j'ai vu faire les expériences sur le rouge des fleurs, du vin et du sang, que la couleur jaune annonçait dans les cailloux la présence de l'or. Pourquoi n'indiquerait-elle pas aussi ce riche métal dans les végétaux et les animaux ? C'est la couleur du soleil , ou du moins la première décomposition de ses rayons qui paraissent un or volatilisé. J'ai avancé quelque part que le diamant était une concrétion de sa lumière. Je liasardais cette opinion sur ce qu'en brillant le diamant dans un creuset, il ne restait auaine matière. Une expérience du diimiste Morveau vient d'y trouver pour résidu un acide carbonique, au moyen duquel il a fait de l'acier. U en conclut que le diamant est un charbon. Il reste à savoir si c'est le feu de l'expérience, ou le soleil, qui en a £ait un charbon. Ce serait, dans cette dernière supposi^ tion, celui de la lumière, dont l'or, d'un autre côté, semUe être une concrétion. Ce qu'il y a de certain, c'est que le soleil ne forme l'un et l'autre que dans la zone torride , comme on le voit parles latitudes des mines d'or et de diamans. S'il se trouve de l'or hors des tropiques , c'est que la mine qui le fournit y a été renfermée autrefois , comme je l'ai prouvé , d'un autre côté, par les fossiles des végétait^ et des animaux torridiens qui sont dans leur voisinage. U y a des mines d'or en Sibérie; mais il y a aussi beaucoup de débris de palmiers , . de squelettes et de dents d'éléphans. Quant aux diamans, je n'ai pas ou! dire qu'on en eût encore trouvé dans les zones tempérées ou glaciales , peutêtre &ute de les y avoir cherchés. Un diamant brut ne se découvre pas comme l'or par son éclat, car il ne ressemble qu'à un grain de sel ; mais il a ceci

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(le commun avec Tor, qu'il est le plus pesant de tous les cailloux non métallisés, comme l'or est le l>lus lourd des mélau\.

Si donc la terre, sous l'influence la plus active du soleil, sert de matrice à l'or, pourquoi les vé- ^taux et les animaux qui pompent ses rayons et combinent en leur propre substance leurs particules ignées ne renfermeraient -ils pas aussi des fkarcelles d'or, comme ils en contiennent de fer ? Il ost très-i-emarquable que la couleur jaune , indicatrice de l'or dans les pierres, se manifeste dans la |)lupart des germes des semences, et surtout dans celte poussière jaune des antlières qui féconde leurs fleurs. Pres((ue toutes les anthères des fleurs sont jaunes , et elles sont placées au foyer d'un réverbère formé par des pétales, dont les courbes rcflcctdssent sur ces partie-s masculines toutes les influences des rayons du soleil. Au contraire , les stigmates ou ouvertures du pistil qui en sont les parties féminines sont blancs , et semblent établir par leurs couleurs d'autres rapports avec les influences des rayons de la lune. Les fleurs de quel- (pies [)lantes paraissent phosplioriques la nuit, entre autre la capucine. Enfln, lorsque les végétaux viennent à se décomposer, les feux dont ils s'étaient imbilx's semblent s'en dégager en partie et apparaissent en lueurs bleuâtres : telles sont celles des bois pourris.

Les mômes effets de la lumière et de l'électricité peuvent se reconnaître dans les animaux. Leur cerveau et leurs nerfe, qui sont en quelque sorte leurs premiers germes, sont d'un blanc mêlé de jaune. Leurs nerfs sont, comme les fils d'or et d'argent, de puissans conducteurs de l'électricité, (^elui qui alwutit à leurs yeux les rend quelquefois <'tincelans dans les transix)rts de l'amour ou de la (*olère. Enfin, dans la dissolution des animaux, les particules de la lumière qui entraient dans leur composition se manifestent souvent en lueurs phosphori(|ues , surtout dans les poissons marins , jMirce (pie la mer est le grand réceptacle des éléniens. Elle est si impr^née de celui du feu entre les tropiques, qu'elle en parait la nuit toute lumineuse ; mais lorsqu'elle flue de la zone torride vers notre pôle pendant notre hiver, non-seulement elle en adoucit la rigueur sur nos <^tes, en attiédissant leur atmosphère par sa chaleur, mais elle est peutrtre, par ses émanations phosplioriques et ses ondulations, la cause de ces aurores boréales ondoyantes qui , l'hiver, éclairent les nuits des contrées septentrionales, et qui n'y apparaissent qu'après l'i^iuinoxe «l'automne, épocjue de sa révolution du midi au iionl. Non-seulement l'cittraction, le magnétisme, rélectricité et la lumière sont dans

les métaux, les végétaux et les amoiaiis; maûsle feu lui-même qui les produit y est en natnre et dans un état de repos que le mouvement maiiilesle. Les physiciens suédois viemient de produire ^ pir le simple frottement-de denx plaques de fèr, une chaleur qui fait bouillir de Peau dans un vase ^ sans que ces deux pla(iues s'usent sensiblement. C'est un nouveau moyen de se chaufter. Noos ne pouvons pas douter que le bois ne contienne beaucoup de feu , puisqu'il eu fournit sans ceaae i nos foyers.

Quant aux animaux, leur chaleur manifinte assez le feu qui les anime. L'homme en est le mieux pounu ; sa chaleur naturelle est la même que celle qui fait éclore les œufs des oiseaux; il pent Tang-^ menter par le simple frottement de ses membres : ils produisent alors de la chaleur, comme les deux plaque de fer de l'expérience suédoise; c'est une preuve de plus des rapports des nerfe avec leinié taux. Les uns et les autres sont atissi des oondueteurs et des foyers de l'électricité, comme nous le verrons par l'expérience du galvanisme.

Un animal a, avec son ame élémentaire, vm ame végétale qui en est très-distincte. S'il n'avait qu'une ame élémentaire, elle mettrait son corps en l)oule par son attraction , ou en aigrette par son électricité , ou en telle antre forme analogue à celle des cristaux ou des pyrites. Mais l'ame végétale a, si j'ose dire, sous ses ordres la première avec toutes ses facultés mécaniques. Je la compare 4 on. maçon servi (lar un apprenti qui lui apporte tous les matériaux dont il a besoin , tandis qu'il les dislK)se par assises et par chaînes pour élever son édifice. T/aine végétale organise le corps d'un animal ainsi que celui d'un végétal , mais d'une manière plus régulière, et sans contredit beaucoup plus compliquée. Elle le symétrise d'abord dans le sein maternel en deux moitiés parfiiîtement semblables , et en deux moitiés opposées toot-4-feit différentes. A près avoir établi ces consonnanceset ces contrastes , eUe développe et fiaiçonne son cerveau, ses nerfs, son cœur, ses veines, ses cbain, ses os, ses entrailles, saas qu'il en sente riai.Yenu à la lumière, elle entretient la respiration de son poumon et la circulation de son sang, même pendant son sommeil , sans qu'il s'en mêle en aucune manière. Elle lait de même toutes les fonctions de sa digestion et de sa nourriture , au moyen de ses intestins, qui sont comme autant de racines. S'il vient à être blessé, elle répare ses plaies et les cicatrise en les recouvrant d'une^ nouvelle peau. Quelquefois elle lui engendre des membres tout entiers quand il les a perdus, comme on le voit dans lescralies, dont les pâtes repoussent toutes

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fiiçonnéeSy avec leors articnlations et leurs pinces. BUe fti)riqae de nonveaux bras à ces crustacés , comme aux arbres de nouvelles brandies. Que dis-je? elle produit sur les corps des animaux plusieurs espèces de végétaux qui, toutefois, ne fleurissent et ne fructifient point , quoique bien enraaiaées : tels sont les poils, les plumes, les écailles, les ongles, lescorAes: Chacune de ces végétations va ses lois particulières : les cornes lisses des bœufs sont permanentes, et les bois fourchus des cerfii tombent tous les ans. Elle varie à l'infini les formes des animaux ; cependant elle ne s'écarte jamais des lois des consonnances et des contrastes , qai composent cliacun d'eux de deqx moitiés éga- • les et de deux moitiés opposées. II est bien certain que chaque animal a en lui une ame végétale <fvâ s'occupe de tous ces soins. Mais ce qui parait 4e .plus étonnant, c'est que, pendant qu'elle développe en lui , je suppose , les parties du sexe mâle , me antre ame, souvent fort loin de là, fiibrique i on animal de la même espèce les parties du sexe femelle; et, comme si elles pouvaient s'entendre, elles leur donnent un instinct commun pour se rapprocher, et des formes ou des couleurs différentes pour se reconnaître. Les amours des animaux , comme ceux des végétaux, sont réglés sur •les diverses périodes du soleil et de la lune. Lorsque la femelle est fécondée, elle reproduit de nouvelles âmes. L'amour est une flamme qui , comme HxUe du feu , se communique et se multiplie sans s'afTaibhr. Ce sont les astres des jours et des nuits •qui en sont les premiers mobiles. ÏJk terre , dans sa course journalière et amiuelle , déploie en spirale la circonférence de ses deux hémisphères ; le soleil l'entoure de ses rayons, comme de (ils d'or -tendus sur un métier; la lune, semblable à une navette céleste , les croise et les entrelace de se4$ -rayons d'argent. Les végétaux et les animaux -éclosent, se développent et se perpétuent par ces hannonies soli-lunaire et luni-solaires : ^n ne peut ^n douter; mais comment celles-ci auraient-elles le pouvoir de créer des aines végétales si intelligentes , et de les mettre en rapport entre elles et -avec lesélémens? Comment, d'un autre coté, ces *ames, séparées de ces rayons et renfermées dans des corps isolés, auraient-elles le pouvoir de les réparer et de l&s reproduire ? Il faut doue admettre -nécessairement une ame universelle souverainement puissante et intelligente , qui a créé d'aboni et organisé des germes divers pour en composer l'ensemble du monde, et a donné à l'astre du jour et à celui des nuits le pouvoir de les développer par des âmes mécaniques ; ou , ce qui revient au même, qui a créé des âmes végétales pour orga-

niser la matière, et donné au soleil et à la lune de les mettre en activité. Si on peut comparer la faible industrie de l'homme à celle de l'Être suprême , ces âmes mécaniques ou végétales ressemblent à ces macliines conçues par un savant artiste , et dont les forces mises en mouvement par l'action du feu, ou par le cours des vents et des ruisseaux , expriment des liqueurs, pulvérisent des grains en farine, scient des planches, frappent même des monnaies avec leurs légendes, sans que ces moteurs si ingénieux aient le sentiment et la connaissance de leurs opérations.

L'ame végétale de l'homme réunit et développe dans son corps les plus belles formes, qui ne sont que réparties dans le corps des animaux; eUe (ixe sa taille et ses forces avec une proportion admirable. Ainsi, en lui faisant occuper le centre de la splière de leur puissance, elle lui en assure l'empire. C'est ce que nous verrons plus en détail , lorsque nous nous occuperons de l'ensemble du corps de l'homme, aux hannonies humaines

Après les âmes élémentaires et végétales des animaux, qui ne sont que des espèces d'aimans insensibles, nous en distinguons une troisième, qui est l'ame animale : c'est l'ame proprement dite. Elle donne son nom à l'animal, parce qu'elle l'anime ; elle seule a le senthnent de son existence et de celle du corps ; elle a la conscience de se:; organes, dont elle fait usage sans rien comprendre à sa construction; elle est occupée principalement du soin de lui fournir des alimens, dont le premier est encore le feu solaire fixe , et combiné , comme nous l'avons vu , avec la substance des végétaux : il passe de là dans la cliair des animaux , dont il entretient la vie. Ce feu nourricier s'y fixe encore pour servir, après leur mort, de pâture aux bêtes carnassières. Il ne s' harmonie point ainsi avec la terre, car les animaux n'en font point leur nourriture. Les substances végétales et animales sont les seules qui s'imbibent, comme des éponges, de ce feu alimentaire , auquel l'homme ajoute encore, pour ses besoins, le secours du feu terrestre.

L'ame animale est la seule qui soit susceptible de douleur et de plaisir, [lar l'entremise des nerfs répandus dans toutes les habitudes du corps , et surtout à la peau. Ce sont eux qui l'avertissent des dangers du corps par le tact; elle ne sent plus rien s'ils viennent à être paralysés. Le foyer de ses sensations est au cœur ; c'est encore là que réside l'instinct avec ses passions , dont la principale est l'amour de soi, qui se décompose dans cliaque animal en amour de ses convenances et en haine de ses disconvenances, mobiles de toutesses actions.

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Les aines élémentaires et végétales agissent toutes par des lois commanes à tous les animaux; elles sont si semblables dans chacun d'eux, ((u'on est tenté de croire que c'est une ame universelle qui forme leur corps, l'entretient et le répare. Ces âmes assemblent de la même manière le fœtus du loup et celui de l'agneau dans le sein maternel; elles opèrent aussi également dans leur estomac la circulation du sang, la digestion, la nutrition, quoi- ((ue l'un soit Carnivore et l'autre herbivore ; mais l'anie animale est particulière à chactm d'eux, chacune a son instinct qui lui est propre. Celle du loup lui inspire, dès la naissance, le goût de la cliair et du sang ; et celle de l'agneau , celui des herbes tendres et des ruisseaux limpides. Celle du loup diffère même de celle du chien, quoique leurs corps aient tant de ressemblance. L'instinct du loup l'éloigné de l'homme, et celui dti diien l'en rapproche , saas que l'éducation et les liabitndes puissent altérer ces différences. Chacun d'eux apporte en naissant son caractère paternel, dont l'empreinte est ineffaçable ; leur ame a préexisté à leur corps. Je suis très-porté à croire que c'est elle qui le façonne et lui donne sa physionomie; elle imprime à celle du loup des traits féroces , que Tœil attentif de Phomme confond avec ceux du chien de berger, souvent aussi hérissé que le loup; mais l'agneau ne s'y méprend jamais : il distmgue, au premier aperçu, au simple flairer, son tyran de son défenseur.

D'où viemient ces liâmes et ces affections innées? Je n'en sais rien ; je vois bien que les résultats en sont bons, et qu'ils sont relatifs à l'homme. Il est certain que les animaux frugivores et heii)ivores auraient bientôt dépouillé la terre de tous ses végétaux , si les bétes de proie n'en arrêtaient la population : d'un autre côté, celles-ci, en se multipliant, détruiraient bientôt toutes les espèces animées , si l'homme, à son tour , ne leur servait d'obstacle. Au fond , dans cette lutte meurtrière , on ne peut accuser la nature d'injustice et de cruauté. Quand elle fait manger un animal , elle n'enlève pas, comme un brigand a l'égard d'un autre homme, une vie qui ne lui appartient pas. C'est elle qui a tout donné à tous, elle peut donc tout leur reprendre; elle a tiré du fleuve de la vie une inflnité de ruisseaux qu'elle fait circuler sur la terre, elle peut les faire passer les uns dans les autres à son gré, La mort n'est pour chaque animal qn'mie modiflcation de son existence, sa vie est transportée de son corps dans celui qui l'a dé\'oré; cependant l'ame qui l'animait a une autre destinée. L'ame de l'agneau ne passe point dans celle du loup : son sang si doux ne (ait qu'accroître la soif

cruel de son tyran. Que deviemient donc à la fin l'ame innocente de l'un , et l'ame féroce de Ymtre ? Je l'avoue, je ne sais pas plus où elles vont que d'où elles viennent. Cependanl, s'il m'est per mis, dans un sujet » obscur, de hasarder qadqnes conjectures, je serais porté à croire à la métempsycose , comme les Indiens. Ces peuples, les pins anciens de la terre , pensent , d'après les tndUkiis de la plus profonde antiquité, que les asies des hommes passent , après la mort, dans le corps des animaux, suivant les passions qui les ont dominrs pendant leur vie : celles des cruels, dans les tigres et les lions; des politiques perfides , dans les renards et les serpens; des gourmands, dans les porcs, etc. Il est certain que l'homme réonll en loi les passions de tous les animaux , et qne oeflequi y devient dominante ou par la nature on par rbabitude , se manifeste dans sa physionomie par les traits de l'animal qui en est le type. On prétend qu'on peut en reconnaître l'expression en mettant sa main sur sa boudie, et ne laissant apparattre qne le front , les yeux et le nez. Jean-Baptiste Portai tracé des visages qui ont des traits sensibles de bœuf, de tigre, de porc, etc. Mirabean, un des premiers moteurs de notre révolution, avait dam sa large tête , ses petits yeux et ses mdclioires proéminentes , je ne sais quoi de la hure d'an saqglier. J 'ai vu telle femme à grand nez recourbé et à petite bouche vermeille , qui ressemblait fort bien à one perruche. Enfln , l'homme et la fenune sont sosceptibles de toutes les passions des animanx , de leurs jouissances et de leurs maladies; le soleil et li lune en développent les diverses périodes.

Enfln , une quatrième ame se manifeste dam les animaux, c'est Fintelligente : c'est celle qoi gouverne l'ame animale; elle a en partage l'imagmation, le jugement et la mémoire; comme Fantre, l'instinct , la passion et l'action. L'ame intelligente réside dans le èerveau , et l'animale dam le cœur; chaque espèce d'animal a une portion de l'une et de l'autre , qui lui est particnÛère et qui la caractérise. La fourmi républicaine, comme l'abeille, aime aussi le miel; mais elle ne s'avÎK point de le recueillir sur les fleurs et d'en faire des rudies dans ses souterrains ; elle ne s'occupe qn'à y ramasser les débris des végétaux et des animan», pour lesquels la nature l'a destinée. L'ame intdli-' gente de chaque espèce d'animal n'est qn'nn rayon particulier de la sphère de l'intelligenoe commune à tous les animaux, comme son ame animale n'est qu'un rayon de la sphère de leurs passions.

L'Iumune seul réunit en lui la plénitude de ces deux sphères; il est susceptible de tontes les indus-

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tries comme de tontes les jouissances : on l'appelle par excellence Fanimal raisonnable , parce que son esprit est susceptible de concevoir toutes les raisons ou les rapports des êtres; on pourrait le nom- , mer encoi^ par excellence l'animal animé , parce que son cœur est susceptible de toutes les passions des animaux.

Mais il a une ame bien supérieure aux deux précédentes, c'est une ame céleste. Il est le seul des animanx qui ait le sentiment de la Divinité; c'est là son instinct proprement dit. Celui de diaqoe être sensible l'attache à un site , à une plante, et celui de l'homme à Dieu. Ce sentiment naît avec loi et étend ses désirs au-delà de son horizon et de sa vie; il est commun aux peuples sauvages, conmie aux peuples civilisés. C'est an sentiment de l'existence d'un Dieu que l'homme doit celui de l'infini , de l'universalité, de la gloire, de l'immortalité, kqnel venant à sliarmonier avec son intelligence , lui a foit faire tant de progrès dans les sciences et dans les arts, et donne tant d'étendue à ses passions lorsqu'il se combine avec elles. C'est à cet instinct de la Divinité qu'il doit celui de la vertu , <|ai règle ses innombrables désirs vers le bonheur de ses semblables, dans la crainte on l'espérance «|ue lui inspire le sentiment d'un Etre suprême , vengeur et rémunérateur. Cet instinct céleste est le fondement naturel de tonte société humaine. Il a aussi des instincts animaux: tels sont les sympathies et les antipathies^ les goûts et les répu- {^nces pour certains états, qui produisent ou de grands taleas ou des non-succès. Ces sentimens sont innés, et l'éducation ne peut les surmonter; mais celui qui domine tout homme au sein de la nature est le sentiment de son Auteur, et c'est peutêtre à ce sentiment qu'il doit celui de cette sphère universelle d'intelligence qui le rend si supérieur aux autres animaux. Ce qu'il y a de certain, c'est que les plus savans des hommes , les Socrate , lés Platon, les Newton, ont été aussi les plus religieux. Nous développerons les effets de l'ame céleste aux harmonies humaines.

Résumons ce que nous venons de dire sur les diverses âmes et leurs focultés principales. L'ame élémentaire, qui ne parait être que le feu solaire, produit l'attraction , l'électricité , le magnétisme ; rame végétale , les formes, les amours, les générations; l'animale, l'instinct , la passion, l'action; l'intellectuelle, l'imagination, le jugement , la mémoire; la céleste, le sentiment de la vertu, de la gloire, de l'immortalité. Tontes ces âmes ont des harmonies avec le soleil.

Mais, me dira-t-on , peut-on supposer ainsi plusieurs âmes renfermées dans un seul corps? Sans

doute, comme j'ai supposé et démontré plusieurs couleurs renfermées dans un même rayon de lumière , plusieurs qualités dans le feu , telles que l'attraction, Télectricité; plusieurs airs dans l'atmosphère , plusieurs eaux dans l'Océan, plusieurs matières de différente nature dans le même minéral, plusieurs végétaux, et, qui plus est, de diverses espèces, dans le même végétal, comme dans un arbre greffé. Mais comment des âmes si différentes entre elles peuvent-elles agir de concert dans une même action ? Ce qui prouve 'leur différence, c'est qu'elles ne sont pas toujoiu^ d'accord. Je vais lâcher de foire comprendre leurs actions et leurs réactions par une comparaison bien simple.

En prenant pour l'un des termes extrêmes de la vie animale le ver de terre tout nu , qui, moins industrieux que l'huître , n'a pas l'intelligence de se revêtir d'une coquille , et en suivant jusqu'à l'homme qui a invité tant de sciences et d'arts, nous comparerons tous les degrés d'Intelligence des animaux destinés à voguer sur l'océan de la vie, aux diveraes embarcations que l'homme a imaginées pour naviguer sur les eaux , depuis le tronc flottant d'un arbre qui sert au Sauvage à traverser une rivière, jusqu'au vaisseau équipé de tous les arts et sciences nautiques , construit pour faire le tour du monde. Nous trouverons dans les intermédiaires la baise, la pirogue, la yole , le canot , la chaloupe , la goélette , le brigantin , la frégate , et nous arriverons à nos gros vaL<iseaux do guerre, armés de cent canons et au-delà. Voilà pour les formes des corps des animaux. Quant aux âmes et aux facultés qui les animent , nons comparons l'élémentaire aux mineurs, bâcherons, tisserands et cordiers, qui fournissent les premiers matériaux du navire , sans connaître l'usage qu'on en doit faire; l'ame végétale, aux forgerons, charpentiers et calfats, qui les emploient d'après les plans et proportions que leur donne la nature , ce savant ingénieur. Ils sont aussi chargés des réparations, et pour cela ils sont répandus dans tout le corps. L'ame animale, avec ses passions, ressemble à l'équipage, composé de matelots placés chacun à leur poste, et toujours prêts à obéir au maître et au oontre-maltre qni résident au cœur. L'ame raisonnable, -avec ses facultés intellectuelles, placée dans le cerveau étroit des animaux, est comme le pilote et ses aides, dont la cabane est située près du gouvernail et de la boussole. Il dirige la route du vaisseau et commande la manœuvre à l'équipage. L'ame céleste de l'homme , avec ses instincts divers, est dans un cervean plus spacieux , comme un capitaine daas une chambre

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de conseil. On peul la comparer ù un lionime de qualité qui ne connaît rien an vaisseau ni à sa conslruction ; mais il a seul le secret du voyage : son instinct en est la carte. Il donne chatiue jour la route au pilote , (|ui , d'après ses ordres, commande la manœuvre à Téquipage. Veut-il marcher? les cuisses, les jambes, les pieds et leurs doigts sont en mouvement. Ne veut-il mouvoir que quelques-unes de ces parties ? elles se remuent et les autres s'arrêtent. Il semble qu'à chaque articulation de la bouche, du genou, du métacarpe, des orteils , il y ait des postes de matelots (pii agissent seuls ou tous ensemble , suivant la volonté du capitaine. Celui-ci ignore, au reste, tout ce qui se passe au dedaas ; il ne s'occupe que du dehors ; il a som seulement que le vaisseau évite les ccueils , ' et qu^il soit d'ailleurs bien approvisionné. Un lieau jour il s'avise de faire domier à cet éipiipage si docile une plus grande «(uantité de ce feu élémentaire qui les anime; il l'enivre de liqueurs spiritucuses : aussitôt le voilà tout en activité et dans un mouvement extraordinaire. Les matelots circulent avec rapidité d'un bout du vaisseau à l'autre, n'obéissant plus à la voix de leur [tilote. L'ame raisonnable n'a plus d'empire, le vaisseau va tout de travers. Mais c'est bien pis (fuand l'ame céleste appelle tout son équipage à son conseil ; toutes les passions y entrent en foule et s'emparent de ses facultés divines. La cupidité lui dit : C'est à moi qu'appartiennent les jouissances infinies; la haine, à moi les ressentimens immortels; l'ambition, la gloire est mon partage. L'orgueil dit à l'humble vertu : Tu n'es qu'une illusion; et, jetant ses yeux égarés vers les cieux : Il n'y a d'autre Dieu que moi dans l'univers. Souvent l'ame raisonnable , séduite par eux , leur applaudit. La mémoire leur cherche des exemples dans le passé, et l'imagination leur trace des plans pour l'avenir; le jugement les sanctionne. C'est ainsi que, dans la révolte d'un équipage , le pilote , le maître et le contre-maître se joignent aux matelots , et renferment le capitaine dans sa chambre ; ils laissent aller ensuite le vaisseau au gré des vents. Ils ont bien la route de chaque jour, mais ils n'ont plus celle de tout le voyage ; ils finissent par embrasser la piraterie. Tel est l'état d'un homme livré à ses passions. La discorde se met bientôt entiti! elles : quelquefois l'imagination enlève le timon au jugemen; alors l'honune devient fou. QueUinefois l'ame animale et la raisonnable sont p<iralysées; alors il tombe dans l'état d'imbécillité. Mais, dans ces deux états, l'ame élémentaire et la végétale font toujours bien leurs fonctions; souvent les fous et les imlx'ciles jouissent d'une santé robuste.

Quelquefois celles-ci tombent dans le déwrdre, comme dans l'état de maladie ; cependant les passions} consenent leur activité, mais l'ame intellectuelle jouit de toutes ses facultés ; telle était celle de Pascal , dont les idées étaient profondes, quoi' que son corps fût cacochyme. Quelquefois l'ame céleste est la seule qui leur survive : telle est souvent celle des mourans , qui étonne par des pressentimens et des prédictions. L'ame céleste, prête à quitter la terre, est siiscepUbie des plus sublimes conceptions, comme le soleil qui , à son OMiclumt, brille de tout l'éclat de ses feux, l'outes ces âmes peuvent agir ensemble ou séparément : nous en pouvons donc conclure qu'elles sont distineto les unes des autres.

Ces âmes ont précédé les corps. Ce sont elles qui , dam le sehi maternel , assemblent leurs parties organi(|ues, leur donnent les formes, les dévelopiiemens et les proportions assignés à diaque espère par l'Auteur de la nature , et {jar rapport à l'honmne, comme nous le verroiLs bientôt.

Non-seulement les harmonies physiques appar.< tiennent aux âmes qui eu ont seules le seulimenlt mais c'est en elles seules que résident les lianno* nies inorales qui assemblent les Iiarnionies physiques. Je n'en citerai ici pour exemple que la première de toutes, l'harmonie fraternelle. C'est eOe qui compose les corps des animaux de deux moitiés égales ; c'est dans la ligne qui les réunit que se trouve le profil qui caractérise chaque espècâe. Le végétal n'a point de profil déterminé ni de (aœ proprement dite ; mais l'animal a l'un et Tautre : l'expression de son ame se trouve daiLs son profil. C'est lui qui lui donne sa physionomie; c'est l.i ligne qui le divise en deux moitiés égales et sem-> blables, qui exprime dans l'attitude basse du porc la gourmandise, dans le lion la férocité, dans la tour^ terelle les grâces et les amours. Ce profil a la même expression dans cliaque genre d'animal; ma» il varie à l'infini dans chaque homme , suÎTant la passion qui le domine.

C'est dans le profil, tant intérieur qu'extérieur, que se trouvent les sensorium de tous les organes de l'animal, d'abord ceux de la glande ptnéale, on réside, dit-on, l'ame inteUectuelle; du nerf optique, des nerfs olfactiques, de la respiration^ de l'ouïe, de la potation, de la nutrition; du cœur, siège de l'ame animale; des sexes, de la génération et des sécrétions. Si vous coupez un animal « tel qu'un insecte , dans sa largeur , vous verrez le» deux nH)itiés se mouvoir encore. La tète d'une mouche, séparée de son corps , donne long-tempsi des signes de vie , tandis que son corps voltige rà et là ; mais si vous fendez cet insecte dans sa Ion*

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gueoren deux moitiés égales, il pcrit à rinstanl. L'ame qui Tanime ressemble à la flamme qui naît de deux tisons rapprochés , et qui s'évanouit si on les sépare Ton de Tantre. Elle est donc une liarmonie fraternelle des deux moitiés de son corps , ou plutôt c'est elle qui, dans l'origine, le forme de deux moitiés dans le sein maternel.

Nou-seulement Famé (j'entends la végétale) compose le corps d'un animal de deux moitiés en oonsonnanee, mais elle en feiçonne toutes les parties, et les répare lorsqu'elles sont blessées. Elle* développe , dans les espèces innombrables des animaux y toutes les formes imaginables , depuis les plus gracieuses jusqu'aux plus déplaisantes. Il est digne de remarque que les plus laides ont été donoées aux animaux nuisibles ou incommodes à rhomme, et les plus belles à ceux qui doivent vifre dans son voisinage ou sous son empire. L'ame végétale donne au loup un poil hérissé et des yeux étincelans ; à l'agneau de douces toisons; au cheval une croupe arrondie, une encolure fière et des crias floltans; au pigeon, au coq, les plus charmans contours; au chien , fait pour être caressé , ou poil soyeux. Les plus belles formes des animaux sont réunies dans l'homme et dans la femme, auxquels sont encore ordonnées leurs proportions (f après des plans arrêtés par l'Auteur de la nature. Leurs développemens viennent du soleil , cette sphère de feu mouvante et vivante, qui renferme dans son sein toutes les attractions, les répulsions , les électiîdtés , toutes les températures dans ses rayons, toutes les couleurs dans sa lumière , toutes les courbes dans son globe , tous les mouvemens dans soD mouvement , et bien d'autres qualités eoonaes et à connaître.

De dire maintenant où vont les âmes élémentaires, végétales, animales, intellectuelles et célestes, lorsqu'elles sont séparées de leurs corps , c'est ce que je ne sais pas. Cependant , puisque j'ai osé parler de leurs différences et de leur origine , je hasarderai de parier aussi de leur fin. Ce sont des opinions que je présente , non comme des vérités, mais comme des vraisemblances.

Les âmes élémentaires passent évidemment d'un élément à un autre. Quoiqu'elles viennent dans leur principe du soleil, elles passent fixées à la terre, qui en est un des réservoirs. La flamme qui oonsome une bougie , en s'éteignant va se rejoindre à la masse de feu répandue dans l'atmosphère. La pesanteur d'un corps ne s'évanouit fioink lorsqu'il est mis en pondre ; elle reste divisée entre chacune de ses paroell&i, et se réunit à la pesanteur totale du ^obe. Il en est de même de l'électricité ; elle circule d'un corps à l'autre , où elle est

tantôt positive , tantôt négative , suivant qu'elle s' y trouve en plus ou en moins. Elle se fixe dans les métaux , qui non -seulement en sont de puissans conducteurs, mais des réservoirs constans; elle s'attache ausA aux nerfe des animaux , et y séjourne encore quelque temps après leur mort. Il y a donc, à cet égard, identité entre l'électricité , les métaux et les nerfs ; c'est ce que prouve une expérience fort curieuse , dont j'ai promis de parler. C'est un médecin italien, appelé Galvani , mort depuis quelques années , qui a découvert l'influence directe'de l'électricité des métaux sur les nerfs des am'maux après leur mort ; l'expérience , qu'on en répète tous les jours, s'appelle de son nom galvanisme : je l'ai vu faire sur une grenouille moite depuis vingt-quatre heures. Ou la coupa en deux transversalement; les intestins furent ôtés, et on détacha du dos l'extrémité du nerf des cuisses ; la circonférence du nerf découvert fut ensuite enveloppée avec une petite feuille d'argent. Dans toutes ces opérations , aucun signe de mouvement ne se manifesta dans la grenouille, quoiqu'on se fût servi d'un couteau de fer ; mais le professeur ayant pris une petite plaque d'étain et l'appuyant d'un bout sur la lame d'argent, et touchant avec le milieu de cette plaque le bout du nerf découvert, dans l'instant le tronçon de la grenouille s'élança sur la table à plusieurs reprises, comme si elle eût été vivante. Il réitéra ces mouvemens en levant d'une main l'animal en l'air par le bout d'une de ses pâtes, et lui appliquant son appareil de l'autre main, le tronçon ne cessa de se mouvoir très- vivement, tant qu'il éprouva le contact de la plaque d'étain en harmonie avec la lame d'argent et le bout du nerf.

Le professeur nous fit voir ensuite que deux morceaux du même métal en contact, par exemple l'argent sur l'argent , ne produisaient aucun effet sur les uer6 de la grenouille. Il nous fit sentir sur nous-mêmes un autre effet de l'harmonie de deux métaux différens. En mettant sur le bout de la langue une pièce d'argent ou une pièce d'étain, on n'en éprouve aucune sensation ; mais, en posant ces deux pièces l'une sur l'autre , de manière que la langue touche à leur point de contact, alors on y sent une saveur très-marquée. Il y a plus, en mettant dessus et dessous la langue l'argent et l'étaiu , de manière qu'ils se touchent par un bout, on voit dans l'instant briller un éclair : c'est le coup électrique. Tous les métaux en eontact pntduisent ces effets, pourvu qu'ils soient différens, tels que le cuivre et le fer , mais surtout For et l'argent.

Ces expériences ne paraissent être que de sim-

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pleso1)jets de curiosité , mais je les regarde comme de petites portes qui ouvrent une grande entrée dans le champ de la nature. Nous en concluons (|ue les harmonies soli-iunaires et hmi-solaires , dont nous avons parlé jus(]u'ici, sont non-seulement répandues dans les [luissaiices élémentaires de la nature, comme nous l'avons démontré, mais que leui-s attractions et leurs électricités , ainsi (|ue celles des autres planètes , sont concentrées et dé- |K)sées dans les métaux qui leur sont analogues, et qui en sont non-seulement des conducteurs , mais des réservoirs; que les liarmonies métalliques, ainsi que les planétaires , manifestent leurs nifluences sur nos nerfs lorsque ces métaux y sont harmonies deux à deux , et que nos nerfs sont les conducteurs et les résen'oirs de ces influences, soit par eux-mêmes, soit par les mitaux qu'ils renferment. Puiscpie les nerfs des animaux sont sen<ihlcs , après la mort , aux harmonies métalli ques de Tétain et de l'argent, du cuivre et du fer du plomb et du cuivre , de l'or et de l'argent , com ment douter qu'ils n'éprouvent, pendant la vie les harmonies planétaires analogues à ces métaux telles que les soli-satumales, les satumi-lunaires les vénéri-martiales, et toutes les influences de lenrs diverses combinaisons, comme l'a prétendu la plus haute anti(piité ? Il est certain que ces liarmonies fraternelles existent dans les soli-lunaires et les luni-solaires, ainsi que nous l'avons démontré, surtout dans les développemens de la puissance végétale.

Les feux électriques soli-lunaires et luni-solaires se manifestent non-seulement dans la vie des végétaux et des animaux, dans leurs amours, dans les I>arures de lenrs corps qu'ils revotent des plus belles couleurs, comme dans les oiseaux , ou par des flux périodiques , comme dans la femme ; mais ils se font voir encore après la mort dans leur décompasilion. C'est à ces feux électriques qu'il faut rapporter les lumières phosphoriques et bleuâtres qu'on remarque la nuit dans les bois pourris et dans les cadavres en dissolution ; mais c'est surtout dans la mer, où viennent se rendre les dissolutions de tous les corps, qu'on obsen^e, princifialement dans les saisons chaudes et entre les tropiques, ou dans tous les lieux les plus bas de TOo^an, un nombre infini de corpuscules phosphoriques, qui rendent, pendant la nuit, les flots tout étincelans de lumière. Ces corpuscules lumineux paraissent, dans un temps calme , agités de mouvemens en tous sens. Ne seraient-ils \ias des molécules organicpies, ré- IMindues partout, suivant Huffon? Seraient-ce les âmes élémentaires des animaux, ou leurs âmes animales mêmes?

Les âmes végétales paraissent , de fear côté, se réunir à la puissance végétale. Les végétaux s'engraissent de leurs propres débris. Ces âmes paniisent être, dans chaque espèce, en nombre déterminé. Celles qui organisent le Ué , par exemple, ne subsistent qu'en certaine quantité dans le mine champ. Si on y en sème plusieurs années de suite, il dégénère, et à la longue la terre lui refuse loute nourritiu*e. I^es laboureurs disent alors qu'il n'y trouve i)as les sucs qui lui sont propres : n'eM-ee pas plutôt parce que les âmes végétales du blé n'y sont plus? Cependant le champ épuisé n*eit pn stérile; il reste toujoiurs fécond pour d'autres phntes : il en est de même des aines végétales des animaux, lorsqu'une année a produit beaucoup de chenilles , Tannée suivante il y en a Ibrt peu, quoiqu'on dût s'attendre à en retrouver beaucoup pir la multiplication rapide de ces insectes; mais, ce qu'il y a de très-remarquable , c'est que ces amei v(>gétales créent cliaque année une matière nouvelle. Ce sont celles des plantes qui angmoitfiiit tous les ans la couche d'humus qui recoone k terre; et ce sont aussi les végétales des qui ont formé tous nos rochers de pierre Chaque année les animalcules des madrépORS, d ceux qui animent les poissons à coquille, élèvenl, au fond des eaux de l'Océan, de nouveaux lits de marbre, de pierre, de plâtre, des débris el des tritus de leurs travaux. Leurs âmes végétales semblent avoir des analogies avec cette ame umferseiie qui va toujours créant; elles ftmt végéter le ^obe lui-même, qui, par leur moyen , croit dampe aimée en circonférence. Il semble qu'il y ait quel* que chose de créateur dans les rayons du sdril, qui en est le mobile. Ils forment d'abord les dnmans et For pur dans les matrices des minénuix; puis, se combinant avec les anies végétales des plantes et des animaux , ils créent de la tene et des pierres.

Quant aux âmes animales ou passionnéei, ela paraissent circuler de génération en génération dans chaque espèce d'animal. Serait-œ de transmigrations que viendraient les prévoy; innées des animaux pour une vie qu'ils n sent pas encore? Lenr instinct de l'avenir ne serait-il qu'une expérience acquise dans une vie piécédente? Pour nous, nous sommes portés à le croire. Ce n'est que par ces transmigrations que nous pouvons expliquer nous-mêmes les syDi|Mtiiies et les antipatliies que nous apportons en MÎIsant. Au reste, le nombre des âmes animalei, comme celui des végétales dans diaque espèce , psralt en rapport avec le nombre même des honmiei.

Quoique nous ayons supposé que les âmes inicl-

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ligenles oa raisonnables étaient des âmes particulières, elles ne sont peut-être au fond que des facultés semblables et communes , inhérentes à des instincts différens. L'intelligence des animaux est le ^*entilnent de leurs convenances ; elle est à leur ame-oe qu'un rayon du soleil est à leurs yeux : Tun el l'autre sont les mêmes pour tous. L'intelligence d'un animal ne diffère de celle de l'homme qu'en ce qu'elle n'est qu'un point ou qu'un rayon de cette sphère universelle, dont l'homme occupe le centre et Dieu la circonférence. Un petit reflet de la lamière du jour suffît aux travaux de l'abeille dans sa ruche obscure; l'homme éclaire les siens la nnit par la clarté de la flanmie du feu, dont il dispose; mais l'Auteur de la nature illumine les siècles et les mondes par des soleils. Une abeille folt son alvéole hexagonale avec autant de géométrie que Newton, mais elle ne fera jamais d'autres figures géométriques; elle n'imaginera jamais la Hi où se renferme le coquillage, ni même la coupe concave où la rose lui présente ses glandes nedarées : elle n'en a que foire. Des alvéoles à six pans loi suffîsent pour déposer son miel. Mais rame de Newton a de plus grands besoins : elle traoe sur la terre les courbes que parcourent les astres dans les cieux ; elle s'étend avec eux dans rinfinl , et s'anéantit par le sentiment de celui qui les a créés.

Les intelligences des animaux sont donc inhéraoles à leors âmes, et paraissent les accompagner dans leurs transmigrations. Quelles doivent donc èlre, après la mort, les intelligences de l'iionmie, qm a pendant sa vie de si sublimes instincts !

Quant à l'ame céleste, je l'ai déjà dit , elle n'appartient qu'à l'homme. C'est elle qui répand dans ses traits, non encore défigurés par les passions animales, les charmes ineffables de l'innocence, de la bonté, de la bienfoisance, de la justice, de rbérolsme. Elle imprime sur sa physionomie un caractère qui soumet à la houlette même de ses cnfims les fiers taureaux, les chevaux indomptés, et joaqa'à l'éléphant colossal. Harmoniée dans son corps avec les passions animales qui doivent lui être soumises , conrnie les âmes des autres animaux sor la terre, si elle s'en laisse subjuguer, elle leur transmet le sentiment de l'infini , de Fimiversalité, de Fimmortalité, qui n'appartiennent qu'à elle; mais si elle les tient sous son empire , elle se dirige vers les cieux, d'où elle tire son origine et où elle espère son retour, par un instinct qui lui est natnrel. C'est cette lutte, soutenue par de si soblimes espérances , qui constitue la vertu, dont l'homme seul est capable. Les passions peuvent Tarier à l'infini le visage de l'homme, parce qu'el-

les sont toutes renfermées dans son cœur; une seule étend son uniformité sur tous les animaux de la même espèce. Dans une assemblée d'hommes , vous en trouverez qui ont des physionomies de renard, de loup, de cliat, de sanglier, de bœuf; mais, dans un troupeau de moutons, tous se res> semblent si parfaitement , que le berger même est obligé de marquer ceux qu'il veut reconnaître. Voyez même comme les traits du même homme varient dans la joie, la tristesse, le ris, les larmes , res|>érance , le désespoir, et dans les divers âges de la vie : vous diriez de plusieurs êtres différens. C'est par les âmes animales que les hommes sont en gueire les uns avec les autres, et avec eux-mêmes; c'est par leurs âmes célestes qu'ils sont en paix , qu'ils communiquent entre eux et se rapprochent de leur centre commun , qui est le sentiment de la Divinité. Mats où vont ces âmes célestes lorsqu'elles sont séparées du corps ? Les Indiens croient que celles qui ont été subjuguées par leurs passions vont dans le corps des animaux qui en sont les types : celles des gourmands dans les porcs, etc. Quanta celles qui ont aaïuis quelque degré de perfection par la vertu , elles passent dans un des sept paradis ou mondes, dont ils font diverses descriptions , et qui paraissent être les pla nètes. Pour nous , nous sommes portés à croire que les plus parfaites vont dans le soleil , astre éclatant, d'où émane tout ce qu'il y a de plus beau sur la terre.

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