LIVRE HUITIÈME
ÏURMONIES CONJUGALES.
L'amour est un sentiment moral dans les enfans, qui se manifeste en eux bien avant le développe^ ment des sexes. Ils sont d'abord très -sensibles à la beauté, et ils ont , pour la reconnaître , un tact soirvent plus sûr que celui des hommes. Amenez nn petit garçon dans un cercle de femmes : il va H coup sûr porter ses caresses à la plus belle ; et si c'est une petite fille au milieu d'une société d'hommes, elle ira, toute honteuse, se réfugier auprès du plas aimable; mais les gens laids, et surtout les vieillards décrépits , leur répugnent jringulièrement. Jean- Jacques m'a raconté qne les
auteurs de V Encyclopédie ayant donné entre eux un bal où il se trouva, ils imaginèrent d'en ftiire bire l'ouverture par Fontenelle, qui avait alors plus de quatre-ving-dil ans , et une petite fille fort ^mable, qui en avait sept à huit. Mais à peine eut-eUe jeté les yeux sur le front ridé de Fontenelle et sur ses joues pendantes et terretises, qu'elle retira sa main et se mit i pleurer. Le Nestor de la philosophie en fut affecté. Il dut, sans doute, trouver fort étrange, lui qui était si recherché par toutes les classes de la société, de se voir repoussé par un enfimt uniquement sensible à l'instinct de la nature. Il sentit alors, malgré les grâces toujours nouvelles de son esprit, toute la décrépitude de son corps, par l'effroi qu'elle inspirait à l'enfonce, et que les deux extrémités de la carrière humaine ne formaient qu'tm constraste hideux du commencement de la vie et du commencement de la mort.
Mais les enfims recherdient avec ardeur la société des enfims de leur âge , et les plus beaux sont toujours entre etix les plus fêtés; leur affection se détermine souvent en fiiveur d'un de leurs compagnons exclusivement aux autres. La jeime fille , en cherchant à plaire à un garçon, est en garde contre lui; elle veut à la fois lui inspirer de l'amour et du respect, par un instinct combiné de coquetterie et de pudeur. Poiu* lui , il est déjà rempli pour elle d'égards et de soins altentife. Quel est celui qui ne s'est pas amusé cent fois des jeux de ces amans enfons, de leurs promesses de s'aimer toujours, des noms de mari et de femme qu'ils se donnent mutuellement, de letu^ jalousies et de tous les mouvemcns de cette passion inquiète, d'autant plus naturels, qu'ils ne se règlent point sur les préjugés de la société? Il se forme entre eux quelquefois des affections si violentes, qu'on en a vu sécher et mourir de jalousie; et cette maladie morale et physique est assez commune parmi les filles, qui, dans la plus tendre enfonce, en deviennent quelquefois toutes jaunes. De ces affections innées dans les deux sexes se composent des mœurs qui annoncent déjà la différence de leurs caractères. A peine une jeune fille sait -elle marcher, qu'elle aime à se regarder dans un miroir et à s'occuper de sa parure; déjà elle prend des soins maternels de sa poupée. Dès qu'elle sait parler, elle s'exerce à chanter. De toutes les chansons, elle préfère celles d'amour. La plus réservée et la plus silencieuse en recueille de toutes les sortes, pour l'absence , pour la ruptui^, pour la réconciliation, etc. ; elle y renferme toute sa politique et sa morale. Quant au garçon , il sent df ja qn'il doit protéger l'objet ([u'il aimera. Nécrlijré
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dans son oostome, il ne songe qu'aux annes et à leur exercice. Il aime à foire résonner des instrumens bruyans, des trompettes, des tambours; à oourir, à sauter, à grimper, et il est au comble du bonheur quand il a en sa disposition l'apparence d'un fusil ou d'un sabre. Déjà le sentiment de la guerre contraste dans les deux sexes avec celui des amours, et annonce que l'un est fait pour être aimé et protégé, et l'autre pour aimer et pour combattre.
Traçons donc à l'un et à l'autre les devoirs de l'amour, avant que ce sentiment naturel se corrompe en eux par les mceurs àe la société. Moiitrons4eur-en les lois saintes répandues dans tous les ouvrages de la native, en les réunissant les uns aux antres par l'harmonie conjugale. Ouvrons dès sa source un canal à ce torrent, afin que lorsqu'il se précipitera des montagnes, il ne ravage pas les terres qu'il doit féconder.
En vain la sagesse divine avait harmonie entre elles les couleurs et les formes des êtres : tout était sans mouvement et sans vie, parce que tout était sans amour. Ainsi, le plus beau tableau n'offre que des surfaces, et le groupe de sculpture le plus parfidt que l'immobilité, parce qu'ils sont sans vie, étant l'ouvrage des hommes. Quand de nouveaux Vaucansons tenteraient de leur donner quelques mouvemens par le feu, par les aimans, par l'oi^nisation la plus savante, Us ne pourraient les animer, parce que la vie est un élément du ciel. Il n'appartient qu'à Dieu de la donner; et ce fnt l'amour que l'Éternel doua de cette puissance. Il secoua son flambeau sur l'univers : aussitôt les astres s'embrasèrent d'un feu étemel. La terre, glacée et ténébreuse, fut attirée par le soleil, et, roulant sur elle-même , lui présenta tour à tour ses pôles. Son océan drcula autour d'elle, son atmosphère fnt ébranlée, des vents opposés soufflèrent sur ses divers horizons. Des nuages s'élevèrent de dessus ses mers, firent et inceler les airs d'or et de vermillon, et retomliant en pluies fécondantes , coulèrent en ruisseaux sur les flancs des montagnes , fertilisèrent les plaines et tinrent se réunir aux mers. Les végétaux se couvrirent dé fleurs et de fruits. Les animaux formèrent leurs nids sous leurs ombrages et y firent entendre mille et mille concerts. L'homme , ravi de tant de Iteautés, ne savait où porter ses pas incertains, lorsqu'il se sentit attiré par un être qui lui parut une autre mohié de lui-même; elle était semblable à lui et différente de lui. Ce qu'il avait en force, elle l'avait en grâces ; elle réunissait tout ce que les objets de la nature ont de plus doux en couleurs , en fonnes , en mouvemens. Il lui adressa
ses premières paroles et ses plus vives afièetkns : elle lui répondit par des paroles plus toocbmlei et des affections plus tendres : ainsi la lune réflécUt les rayons du soleil par une lueur plus amie da yeux. Il s'avança vers elle, elle s'arrêta. H loi présenta la main, elle lui offrit la sienne; elle se troubla, il fut troublé à son tour. L'aniven loi avait donné la connaissance d'nn Dieu, Famoar lui en donna le sentiment
Dans l'origine du monde, toutes les harmonia de la création durent paraître avec le soleil; fl dot y avoir à la fois une nuit et un jour, on hiver et un été , nn printemps et un anlomne , des flenviei et des glaciers , des sables et des rocfaers; il y ent i la fois des herbes naissantes propres à servir de pâture aux animaux , et des arbres caverneux pour leur donner des asiles; des animaux enCms qui tétaient leurs mères, et d'autres caducs poor fomnir de la proie aux carnivores. Dans la suite, les périsdes de la vie furent réglées sur celles de l'astre de la lumière , cliaque être les paroonrat tour i tour; mais il y en ent dont la durée resta fixée ik ttecnne de ces harmonies : il y en eut qui ne vécorent qu'on jour, d'autres un mois lonaire, d'antres one saison , d'antres une année solaire , d'autres des cydes planétaires.
La lune surtout parait présider aux * amours; et ce n'était pas sans raison que , chez les andens, les uns la regardaient comme Vénus, d'antres la priaient de rendre les accoucheniens heorenx. Chaque 'mois lunaire, aux Indes, le bambon prodoit une tige nouvelle, et le cocotier une nouvelle grappe de fruits ; l'oranger donne les siens aux deux cquinoxes, d'autres végétaux aux soIsUocs; un grand nombre une fois par an, et quelques-uns tons les deux ans; la plupart ont leurs iiousses réglées aux é(|uinoxes et aux mois lunaires. Ces lois s'étendent sans doute aux'végétaux de nos climats; mais eQes se manifestent partout dans les amours des animaux : celles des poissons sont réglées, pour la plupart, sur les pliases principales delà lune et du soleil, qui en est le premier mobile. Cependant, quoiqu'il y ait des amours et des générations dans les temps intermédiaires, il n'en faut pas oondurs cpi'ils ne soient pas en rapport avec ces astres : tous les êtres sublunaires sont ordonnés au soleil , comme les corps planétaires eux-mêmes; et quoique les révolutions de ceux-ci ne se rencontrent pas pré* ciséroent avec celles de la terre autour de cet astre, il n'en est pas moins \ rai qu'il est le mobile de tous leurs mouvemens comme de celui de notre globe. Il est, dans cette vaste machine de l'univers, comme une grande roue <iui communique le mouvement à une infinité de petites b<d)èdies, non à tontes à
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la fois, mais SQOoessÎTeiiient etsaivant les rapports que ces êtres ont avec lui , et peut-être suivant les latitudes on ils ont d'abord été placés. Cette loi peut servir à connaître les vé^taux et les animaux qui sont indigènes à chaque climat. Le sapin et le oëdre fleurissent au mois de juin ; le noyer , au contraire, originaire des Indes, donne ses fleurs avant ses feuilles en avril , ainsi que le coudrier. Le renne do nord cherdie sa femelle à l'équinoxe de septembre, parce que c'est à cette époque que les neiges sont tout-à-fiiit fondues dans les régions boréales, et qu'ayant d'abondantes pâtures, il acquiert une surabondance de vie. Gomme il est fidt pour vivre aux dernières limites de notre globe habitable, il entre en amour à la fin de notre année hémisphérique. Cependant la vie des animaux carnivores étant en quelque sorte grefTée sur celle des frugivores, elle s'étend plus loin et remplit la sphère entière de l'année, comme celle de notre gk^ : les régions de l'hiver et de la mort sont les berceaux de ces destructeurs de la vie. Ils s'unissent dans la saison qui leur offre d'abondantes proies , et qui Eut périr par sa rigueur un grand nombre d'êtres dont la vie même n'est qu'annuelle. Ainsi le renard oonnalt l'amour en hiver et met bas ses petits en avril, lorsque les espèces frugivores ne font que commencer à concevoir dans nos climats. Cet animal, que la nature a revêtu de la plus chaude des fourrures , est aussi le quadrupède qui vit dans les pays les plus reculés du nord. Il s'avance , à la clarté de la lune et des aurores boréales, dans les nuits de la zone glaciale, qui effraient l'ours blanc et le forcent de se rapprocher des contrées éclairées du soleil qu'il ne perd jamais de vue. On voit donc que la lune influe encore , en hiver et au pôle , sur les amours du renard comme sur celles des animaux de nuit dans nos climats. Ainsi la Providence, qui la fait lever en l'absence du soleil sur ces régions désertes et glacées on elle ne disparait jamais de dessus lliorizon lorsqu'elle est pleine, a voulu qu'il y eât aussi des animaux pour en jouir habituellement.
L'homme parvient, dit-on , à la puberté à douze ans dans la zone torride, et à seize dans la zone glaciale. On assure aussi que la femme, dans certaines parties de l'Afrique et des Indes, devient capable d'être mère à l'âge de dix ans , et qu'elle ne peut plus le devenir après trente ans. Si cela est, il n'est donc pas vrai que les développemens de la vie soient proportionnés à sa durée , comme le prétendent quelques naturalistes, entre autres Btthbn. Car , si l'enfance de l'homme est plus courte dans les contrées chaudes du globe que dans les froides, il s'ensuit que sa vieillesse doit y être aussi
plus précoce, et par conséquent qu'il doit y vivre moins long-temps. Or , c'est ce qui n'est pas. Les^ brames des Indes vivent souvent au-delà de cent ans, et les vieillards ne sont pas plus communs en Russie que dans les pays chauds. Il y a plus; j'ai observé à l'Ile de France que les enAins de dix à douze ans dans les deux sexes, parmi les Nègres mêmes, n'étaient ni plus forts ni plus formés que ceux de Pétersbourg du même âge , et que ce n'était que vers dix-huit et vingt ans que les uns et les autres acquéraient la taille et les forces d'unhonmie. La femme seule, dans tous les climats, parvient avant l'homme à l'âge adulte, et cesse d'être féconde bien avant lui. EUe trouve dans ses enfons , devenus des hommes , des protecteurs , lorsque son époux n'y voit souvent que des rivaux. D'ailleurs cette Providence , qui lie entre elles toutes les gé- • nérations, a peut-être voulu que les soins d'une mère s'étendissent encore à ses petits-enfhns, qu'elle aidât sa fille de son expérience et de ses soins dans leur longue et pénible éducation, comme elle avait été aidée elle-même de sa propre mère dans des circonstances semblables : ce qui ne serait pas arrivé, si elle avait pu engendrer, comme l'homme , jusque dans la vieillesse. Quoi qu'il en soit, l'un et l'autre ont des enfens dans toutes les saisons et dans toutes les latitudes de la terre , en quoi ils sont exceptés seuls de tous le» animaux, dont chaque espèce a des temps, des âges et des climats déterminés pour les amours.
Quoique l'harmonie conjugale existe toujours pour la nature, ainsi que pour l'homme, dans quelque partie de la terre, c'est au mois de mai que tous les êtres entrent, pour ainsi dire, en amour dans nos climats. Le soleil, qui en est le premier mobile, est, vers le milieu de ce mois, à douze degrés de l'équateur et à trente-six degrés environ de nous , et la lune à douze degrés sud ; ce qui met entre ces deux astres une distance égale à la moitié de la zone torride. Nous recevons alors une partie de son influence , conune nous la recevons tout entière lorsque, vers la fin de juin, le soleil , au solstice d'été , et la lune , au solstice d'hiy&r, embrassent tout l'espace renfermé entre les tropiques.
Non-seulement le soleil, en été, dilate notre atmosphère, mais il doit exercer la même puissance sur la mer. Si l'air échauffé monte dans ua thermomètre, l'Océan doit monter dans son bassin et augmenter sa pente; si une verge de fer s'allonge échauffée, ainsi l'iiémisphère terrestre, rempli de minéraux, doit se dilater, et la pente des eaux doit être plus forte vers rbémisphère oppose.
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Jetons un coup d*œil sur les liarnionies des puissances de la nature au mois de inai, nous les veri-ons se conjuguer comme celles de ces deux astres. Le soleil , qui est le premier mobile de toute harmonie, en produit d'abord une princi|iale avec lui-même par sa présence et son absence. De ces «leux contrastes naissent la lumière et Tombre, le cliaud et le froid, Taurore et le coucliant, le jour et la nuit , Tété et l'hiver. Ses rayons se conjuguent, ensuite avec notre atmosphère; comme ils la dilatent à mesure (pi'ils s'élèvent sur notre horizon , ils la forcent de tluer du nord vers le midi, où elle est le plus raréfiée : c'est par cette raison que le mois de mai n'est jamais cliaud dans notre climat. Souvent ce mois et une partie de celui d'avril y sont d'une grande sécheresse , et les plantes , qui ont alors le plus grand besoin d'eau , puisqu'elles sont dans toute l'activité de la végétation, languiraient, si la nature ne sup[>léalt aux plmes du ciel par les rosées abondantes de la terre. Ces rosées sont dues, d'une part, à la transpiration de la terre, pénétrée de pluies pendant l'hiver, et écliauffée actuellement par le soleil ; et de l'autre , à la fraîcheur de l'atmosphère qui en condense la nuit les vapeurs sur les plantes , sous la forme de rosée, au point de l'y réduire quekiuefois en gelée blanche. Ce contraste du chaud et du froid parait au reste plus favorable à la végétation des plantes indigènes à nos climats qu'une atmosphère chaude; car elles croissent avec plus de vigueur dans ces mois ({ue dans ceux qui sont les plus cliauds de l'année; et la violette croit sur les lisières des neiges des Alpes, plus vive en couleurs et plus odorante que dans les plaines du Roussillon : tant il est vrai que les contrastes font partie de l'Iiarmonie conjugale. Ceux de. la lumière et de l'air se font sentir, surtout dans cette saison, sur les nuages , condensés à la fbis par le froid de l'atmosphère supérieure et |)ar celui du vent du nord; car c'est alors qu'ils brillent des plus riches couleiu^ au lever et au couclier du soleil.
L'Océan et la terre sont conjugués entre eux comme l'air et la lumière, mais dans une autre proportion. La lumière ne part que d*un point du ciel , et l'air forme autour de la terre une sphère entière qui la rassemble et la modifie, comme un verre convexe ou comme le cristallin de, VœU : mais l'Océan et la terre ont cliacuii leur hémisphère. Le premier, dans la partie du sud , est inélé de terre; et la seconde, dans la partie du nord, est mêlée d'eau.
Quoique l'Océan soit plus étendu que la terre , les mers et les continens du globe sont entrelacés , de manière rpie (piand notre héniis[)hère lerrçstix'
a l'hiver, il est réchauffé par rhémbplière aqmtique, (pli, étant dans son été, envoie les glaoes polaires vers lui de la zone torride; et quand oelai-d est dans son hiver, il est attiédi i son tour par les foules de notre pôle , qui viennent aussi à lai i travers la zone torride. C'est ainsi que les hivers dn détroit de Magellan sont lieaucoap plus lempérn que ses étés, comme l'a observé Forster par la végétation de ces contrées ; et cela vient sans doute de ce que ce détroit reçoit directement, dans son été, les courans de la zone glaciale, et dans soo hiver ceux de la zone torride. C'est par une nison semblable qne les hivers des côtes de Norwége, de rAngleteiTC) de la Normandie et de la Bretagne sont bien moins froids que ceux de Timerieur de ces mêmes contrées, et que leurs étés le sont beaucoup plus. Le myrte croit natnrellenient sur les côtes de Normandie , et le figuier n*y gèle point en hiver ; mais la vigne peut à peine y mûrir ses fruits en été. On ne peut expliquer que par l'influence des courans de l'Océan qui viennent directement des pôles ou de l'équateur, les tempénh tures si différentes des lies même de la zone torride , quoique situées dans les mêmes latilodes, et ayant la même élévation dans fatmosphère. Les Iles Moluques sont beaucoup plus chaudes que les Iles Antilles, parce que la projection de l'Asie vers l'orient les met à l'abri des courans fktiîdSyqai émanent directement du pôle nord en été.
Les fleuves sont conjugués avec leurs lleseomme l'Océan avec les continens ; ils leur portent la fécondité en variant leur température. Il y a encore d'autres conjugaisons entre l'élément liquide et le solide : l'eau, par ses reflets, répète les formes de la terre, et la terre, par ses échos , les mouvemens de l'eau. Ces consonnances et ces contrastes sont la source d'une multitude d'harmonies ravissantes et du plaiifir que nous éprouvons à fiiire des voyages de terre le long de Teau , et des voyages sur l'eau le long de la terre. Il est certain qu'elles augmentent notre existence. Pendant le mois de mai , ce serait une question de savoir si la suFabondance de vie , qui est alors répandue dans noire hémisphère et qui se manifeste dans les couleurs du flrinament, dans les parfums de l'atmosphère exhalés de végétaux , dans les courans des eaux plus limpides, dans la floraison des végétaux, dans les amours des animaux , ne se fiût pas sentir même aux fossiles, et si l'aimant, par exemple, n'a pas alors plus d'activité. Cette question pourra paraître oisease à des physiciens qui ne sont pas naturalistes; mais lorsque Cliristoplie Colomb allait à la découverte du Nouveau-Monde, il s^aperçulqne la lioussole , nord-ouest pendant ki nuit , se rap^
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prodiait le matin de l'étoile polaire. Je crois même que ce grand homme est le premier qui ail observé sa variation. Si donc l'aimant éprouve des changemens réguliers à certaines heures du jour, comme d'autres physiciens Font confirmé, pourquoi n'en éprouverait-il pas de semblables à certaines saisons de l'année?
Quoi qu'il en soit, l'harmonie conjugale, dans nos climats , se fait sentir dans tous les êtres organisés, particulièrement au mois de mai : elle commence d'abord par les végétaux. Lorsqu'ils ont acquis , après une certaine révolution de jours, de mois ou d'années , la propriété admirable de se reproduire, ils deviennent adultes, ils manifestent au dehors les organes de l'amour renfermés daas leurs fleurs; on y distingue les parties sexuelles du mâleet de la femelle. Celles du mâle sont formées pour l'ordinaire de petits corps ovoïdes, ou lobes appelés anthères, suspendus en équilibre à des filets nommés étamines; ils sont jaunes dans la fleur du lis, et noirs dans celle de la tulipe. On les nonmie anthères . du grec av(hipbç , fleuri , agréable, forméde ôt*$oi, fleur, et peut-êtrede i/»av aimer. Si ce nom leur a été donné par les Grecs , auxquels nous devons, dans l'origine, les noms de notre botanique, ainsi que ceux de presque toutes nos sciences , cela prouve qu'ils avaient reconnu le sexe masculin dans les plantes, puisque celte partie renferme une poussière qui en féconde la sève femelle. Nous observerons aussi que cette organisation , qui résulte d'une des lois fondamentales de la nature, a été tellement méconnue de Toumefort, le grand restaurateur de notre botanique , qu'il n'a jamais considéré le pollen ou poussière fécondante de l'anthère que comme un excrément qui n'était d'aucune utilité. On en doit eonclure que les anciens avaient fait. bien des découvertes dont les modernes se sont fait honneur, et que ceux-ci ne doivent jamais y opposer, comme une autorité, l'ignorance ou l'erreur d'un savant, quelque éclairé qu'il soit ; car oji ne peut disconvenir que Toumefort n'ait d'ailleurs autant de connaissances en botanique que Newton pouvait en avoir en astronomie. Au centre des anthères est, pour l'ordinaire, l'utérus ou l'organe femelle de la fleur, appelé pistil , peut-être du nom grec , -nbtti foi, confiance : c'est un tuyau destiné à recevoir les poussières des étamines. Il est composé de trois parties : du stigmate, espèce de bourrelet fendu, qui reçoit le pollen; du style, tuyau (istuleux qui le conduit à l'ovaire sans le perdre; et de l'ovaire, qui renferme la semence ou le fruit. Toutes ces parties sont très-sensibles dans la plupart des Heurs, telles que celles du lis, du pommier, qui ne
sont qu'une agrégation de plusieurs mâles divisés et rangés en cercle autour du pistil , qui réunit plusieurs femelles. Il est remarquable que les anthères, ou parties mâles, protègent la partie femelle, en l'environnant et en la couvrant jusqu'à son développement. Ce caractère de protection dans les mâles semble commun à beaucoup de fleurs comme à beaucoup d'ammaux. Dans plusieurs végétaux , les parties mâles sont séparées des femelles, et y présentent des fleurs de formes différentes : telles sont celles du coudrier, du châtaignier, du melon, etc., où la fleur mâle se distingue de la femelle, qui porte le fruit, par l'émanation d'une poussière jaune qui la féconde. Les fleurs mâles du coudrier, qui paraissent dès l'hiver, se manifestent sous la forme de chenilles suspendues aux branches, et les fleurs femelles, qui produisent les noisettes, se trouvent sur l'écorce en petits filets d'un pourpre vif.
Dans d'autres végétaux , les fleurs mâles et les femelles sont séparées sur des individus dififérens : tels sont le palmier-dattier, le papayer, le pistachier, l'orme, etc. Il est remarquable que les arbres mâles de ces espèces sont plus élevés que les femelles, afin que les vents puissent apporter à celles-ci les poussières fécondantes. La fécondation des femelles s'opère de fort loin, et souvent par l'entremise des insectes, entre autres des abeilles, qui recueillent sur les mâles le pollen dont elles composent leur cire, et vont ensuite sur les arbres femelles k*ecueillir le miel de leurs nectaires.
Le nectaire est un râervoir qui contient un nectar ou liqueur plus ou moins sucrée ; il est pour l'ordinaire situé dans la corolle au bas des pétales, et recouvert d'une petite coquille. On en ignore l'usage par rapport à la pliante, dont il noun-it peut-être la semence dans l'état de fœtus; mais il est évident qu'il sert aux besoins de beaucoup d'insectes , tels (pie es mouches à miel et les pa[>illons. C'est sans doute pour cette raison que la nature a donné , en général , aux végétaux beaucoup plus de fleurs qu'ils ne peuvent rapporter de fruits.
La corolle, ainsi nommée parce qu'elle ressemble souvent à une couronne , est l'ensemble des pétales, et les pétales sont des feuilles de la corolle, et forment la partie la plus brillante de la fleur. Leur usage est de préserver les parties sexuelles qui les entourent , des injures de l'air et de la pluie ; mais elles en ont un bien plus étendu, et dont, que je sache , aucun botaniste n'a parlé jusqu'à nous; c'est de réverbérer les rayons du soleil sur les sexes mêmes de la fleur, et d'eii accélérer la fécondation.
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La nature , après avoir réchauffé les parties sexueUes des plantes par une corolle, protège la corolle à son tour par le calice. Le calice, ainsi nommé du grec nùXt^, coupe, quoiqu'il n'en ait pas toujours la forme, est l'enveloppe la plus extérieure de la corolle, et la soutient lors(]a'elle est épanouie. Il est charnu dans le rosier et divisé en cinq parties; on l'appelle alors périant lie, des deux mots grecs -ntpi auprès, autour, et ôiv$oç , fleur, adjoint, pour ainsi dire, à la fleur; sans doute parce qu'il est adhérent à l'ovaire. Il est à remarquer que les fleurs isolées n'ont point, pour l'ordinaire , de calice : telle est la tulipe ; mais celles qui naissent dans des buissons et sur des brandies , où elles sont exposées à se heurter par l'aclion des vents , sont plus ou moias protégées par des calices, qui prennent alors différens noms, comme ceux de périanthe, d'enveloppe, de spatlie, de balle, de chaton , de coiffe et de bourre.
C'est dans l'état de floraison que les plantes ont acquis toute leur l)eautc, c'est aussi par les fleurs que les botanistes les caractérisent; cependant elles n'acquièrent toute leur |)erfection que dans l'état |de fructiflcation. Ainsi, le célèlire Linnée , qui les caractérise par les fleurs, semble avoir moins approché du système delà nature que Tournefort , qui les caractérise par les fruits.
L'iiarmonie conjugale non-seulement lie entre eux les végétaux du même sexe, mais elle en rapproche les genres par des contrastes , conmie l'harmonie fraternelle en réunit les espèces par des consonnances. Comment connaîtrons-nous donc les rapports qui existent d'espèce à espèce, ou de genre à genre , pnisqu'à peine nous étudions ceux qui existent entre les membres du même individu? Cependant les espèces si variées, les genres si différens , et les puissances mêmes de la nature, qui semblent lutter sans cesse entre elles, ne sont que des membres de son grand corps , qui se correspondent entre eux. Au défaut de livres qui puissent nous guider dans ces profondes éludes, consultons notre cœur, et guidons-nous dans les recherches de la science par le sentiment du plaisir.
Nous avons obseiTé que nous en goûtions un très-touchant à la vue d'un groupe d'arbres plantés dans l'onlre fraternel dans lequel leui^ semences sont nées : tel est celui que nous font éprouver des pins disposés en cône au sommet d'iuie montagne , ou un vignoble disposé en forme de grappes autour d'une colline. Mais nous en sentons un bien plus grand, lorsque nous voyons les genres des végétaux dans leurs divers contrastes, tels que les sapins sombres du nord , qui s'har-
monient avec les bouleaux d'un vert naissaiit, d les vignes rampaùates du midi avec les peupUoi pyramidaux. Un vieux diêne qui brave les tempêtes et les sièdes nous paraît bien intéresmil; mais il ne l'est jamais plus que quand wi jeme chèvrefeuille entoure son tronc caverneux de gû^ landes de fleurs.
L'iiarmonie conjugale est la source de ce plainr ineffable que nous éprouvons lorsque noos rencontrons liarmoniés entre eux par la nature, le long des ruisseaux , les roseaux et les nymphâi; dans les prairies, les graminées et les trèfles, kt aunes et les saules; sur les lisières des boiSy li primevère et la violette; et, dans leurs profbndeun, les lierres et les liêtres. Quelques-uns croieol que, comme il y a des syuipatlûes entre les végétaiix, il y a aussi des antipatliies. Les moisissures, les mousses, les guis, les agarics, les scolopendres, et la plupart des plantes parasites, semblent nées pour la destruction; mais k végétation n'exem qu'une puissance innocente. La guerre n'entre point dans les plans de la nature comme une compensation nécessaire des amours. L'Etre tout bon n'a pas fait le bien pour avoir occasion de feire le mal; il a d(»nné des bornes à la végétation des plantes , non dans des haines innées, mais dans les besoins des animaux qui les pâturent. S'il en a armé plusieurs d'épines, ce ne sont pour elles que des armes défensives; dies ne leur servent point pour exercer entre elles des lioslilités, et si elles en font des plaies à leurs ennemis , œ sont leun ennemis qui s'en blessent eux-mêmes.
Quant aux plantes qui semblent vivre aux dépens des arbres, et contribuer à leur destruction, comme les mousses et les lichens, il est probable, quoi qu'en disent quelques cultivateurs, qu'dies leur sont utiles et qu'dles les revêtent en quelque sorte contre les rigueurs du froid. Les sapins , les mélèzes, aux extrémités du nord, eu ont la tige et les branches couvertes comme d'une longue toison , et ils n'en croissent pas mmoB avec la végétation kl plus vigoureuse. Si quelquefois, i la vérité , dans nos climats , le lierre , par ses étreintes, Élit périr le jeune arbre qu'il embrasse, c'est moins le résultat d'une lutte offensive que d'une amitié trop imprudente. I^in d'épuiser son ami en lui enlevant sa substance, 11 semble encore, long-temps après sa mort , le rappeler i la vie en couvrant son corps desséché des festons d'une verdure étemelle.
Les animaux mêmes sont sensibles aux harmonies conjugales des végétaux. Ce n'est point dam nos gtiérets, où nos plantes domestiques, divisées en champs et en longues avenues, ne présentent
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que des consŒmances monotones des mêmes espèces, que les animaux aiment à se livrer aux douceurs de Tharmonie conjugale; c*est dans les lieux où les montagnes s*harmonient avec les fleuves, les bois avec les prairies, les arbres majestueux des forêts avec les humbles buissons de leurs clairières: c'est au milieu des échos des rochers et des reflets des ruisseaux, qu'ils se plaisent à séduire par l'harmonie de leurs sons ou de leurs formes 1^ objets de leurs amours. C'est là que le coq de bruyère au pied d'un pin , la poule d'eau dans les roseaux , s'unissent à leurs compagnes. Les systèmes de nos botaniques et de nos zoologies ne s'occupent point des harmonies des végétaux; mais le plaisir qu'elles font prouve que la nature en a répandu les lois dans tous ses ouvrages, et en a mis le sentiment dans tous les cœurs.
L'harmonie conjugale s'étend sur les animaux bien plus loin que sur les végétaux. Des animaux parviennent à la puberté dans l'espace d'un jour, comme les insectes éphémères; d'autres au bout d'un mois luuaire , d'une saison , d'un an, et peutêtre d'un grand nombre d'années, tels que le ro-. tifère , qui peut rester des siècles dans un état de léthargie, qui, à la vérité, n'est ni la vie ni la mort. Les périodes de l'existence sont ordonnées avec celle des astres , et c'est aux limites des êtres organisés de notre globe qu'on découvrira peutêtre celles d'un nouveau monde.
Les animaux ont , comme les plantes , des sexes qui en divisent chaque espèce en mâles et en femelles. Les uns les réunissent dans le même individu, comme le limaçon , qui est hermaphrodite. Cependant cet animal ne peut se reproduire seul. Il a besoin d'un être semblable à lui pour trouver à la fois une épouse et un époux; amsi d'une seule union naissent deux générations. L'espèce appelée incoque peut reproduire une nouvelle tête , lorsqu'on la lui a coupée , ainsi que Voltaire assure en avoir fait plusieurs fois l'expérience. Cet animal se reproduit donc malgré les mutilations; de plus il est aveugle^ et knce, comme on sait, des flèches à l'objet aimé.
Nous croyons entrevoir ici la raison pour laquelle la nature a réuni les organes des deux sexes dans la plupart des fleurs, c'est parce que les plantes sont insensibles , et que , n'ayant pomt de mouvement propre, elles ne peuvent conununiquer entre eUes. Lorsque la nature sépare les sexes dans le même végétal , ou sur des individus différens , comme dans les palmiers , elle emploie les msectes v(^aliles, qui recueillent leur pollen pour les féconder; car cette voie me parait bien pluscertame que celle des vents , auxquels on l'attribue ordi-
nairement. Mais les animaux étant dooés de passions et de la faculté de se tran^rter où ils veulent, il résulte de leur amour un ordre moral auquel la nature ramène tout l'ordre pliysique. Un animal donc qui pourrait se reproduire tout seul , en réunissant en lui les deux sexes, s'aimerait uniquement et formerait un diainoii détaché de la duilne des êtres.
Cependant nous sommes obligés de dire que le puceron , dont les espèces innombrables sont répandues partout, a l'étrange propriété de reproduire de lui-même des petits , quoiqu'il y ait dans ce genre d'animaux des mâles qui ont des ailes pour se transporter où ils veulent : Bonnet en a fait de cliarmaiites expériences. Il reçut un puceron au moment de sa naissance , et l'éleva soUtairemeut. Celui-ci, sans avoir communiqué avec aucun être de son espèce, produisit ses petits; un de ses petits, séquestre de même, produisit une nouvelle génération , et Bonnet en obtint ainsi cinq consécutives sans le secours d'aucun mâle , pendant l'espace de cinq semaines. Il alla jusqu'à la septième , et même la neuvième pendant le cours d'un été. Il en condnt que ces générations successives ont été opérées dans la première mère , par le mâle qui avait fécondé en automne l'œuf dont elle sortit au printemps suivant ; car il est trèsremarquable que le puceron, vivipare en été , devient ovipare en autonme.
On doit condure de là que les lois générales , ainsi nommées parce qu'elles conviennent à tous les genres , sont cependant subordonnées à des lois particulières. Le puceron , sans défense et d'une constniction très-délicate , destiné à servir de pâture à une infinité d'insectes et d'oiseaux qui en nourrissent leurs petits, devait se reproduire en été, non-seulement par les voies ordinaires de la multiplication , mais par des moyens merveilleux, sans lesquels il aurait bientôt été anéanti. H met donc au monde ses petits tout formés et fécondés jusqu'à la neuvième génération.
Conune il n'a en lui-même aucun moyen d'émis gration , il est emporté par lès vents sur les feuilles v(Hsines, où il reproduit lui seul toute sa postérité; maisenautomne,lorsque l'hiver s'approche, comme eOe ne pourrait alors trouver à vivre , elle* est fécondée par des pucerons mâles, auxquels il vient des ailes, ainsi qu'aux mâles des fourmis, et alors, quoique née vivipare, elle devient ovipare, et ses petits, renfermés dans des œufe, sont abrités de la mauvaise saison.
Il serait curieux de savoir si le puceron ne laisserait pas de devenir ovipare en automne, s'il était' dans une serre chaude. Quoi qu'il en soit , la na-
Uire em|)loie les moyens les plus ingénieux |>our favoriser la multiplication des êtres les plus faibles. I^ cochenille, qui naît au Mexique sur la feuille très-épaisse , Irùs-succulente et permanente (lu cactus, y trouve à se nourrir toute sa vie sans sortir de sa place; aussi elle a une troni|)e d'une structure si délicate que l(»rsc|u'elle Ta une fois enfoncée dans la feuille elle ne peut l'en retirer sans la rompre et sans |)érir : dans celle situation , elle est fécondée par son mâle, auquel il vient des ailes. Devenue mère , elle fait sa ponte autour d'elle , toujours clouée à sa feuille , qui à la fm deviendrait insuffisante pour noun-ir 9a nombreuse et impotente postérité , si la nature , ([ui a tout prévu , ne donnait A ses petits à peine éclos un moyen bien singulier d'émigration. Ce n'est point le vent qui disperse au hasard les cochenilles naissantes, comme les pucerons, qui peuvent vivre sur toutes sortes de végétaux; c'est l'ennemi né de tous les insectes volatiles qui leur procure un chemin dans les airs : elles communiquent d'une plante à l'autre [lar les (ils que les araignées aiment à tendre dans les nopaliers.
Tout cela prouve que la Providence n'a pas fait ses low physiques d'un mécanisme immuable, mais qu'elle les varie suivant les besoins des êtres sensibles, les rapporte à un ensemble commun, et les subordoime à un ordre moral. Les génératioas des insectes , qui nous offrent tant de phénomènes, n'ont rien de plus extraordinaire que celle des plantes les plus conununes, qui sont les plus utiles , et qui se reproduisent à la fois, dans la même année, par des floraisoas nmltipliées, des traînasses , des rejetons, des boutures. Si l'Auteur de la nature s'occupe avec tant de soin des besoins des insectes , il s*occope à plus forte raison de ceux du genre humain.
rx)rs(|ue l'animal a atteint le terme de sa croissance , la nature développe alors sa beauté physi- ({ue et sa beauté morale. Un animal n'a tout son caractère que lors(]u'il est [larvenu à l'âge des amours. C'est alors que les oiseaux sont revêtus de leur beau plumage , qu'ils font entendre leurs cliansoas , que le taureau frappe de la corne , que le cheval s'exerce à la course dans les prairies, et que tous les animaux manifestent les instincts que leur a doimé la nature. En vam l'éducation s'efforce d'en arrêter le cours et de leur donner le cliange par des habitudes et des nourritures. Le loup, dans son enfance, caresse le maître qui le nourrit ; il mange et joue avec son cliien , avec le- (]uel il send)le avoir une |Kirfaite ressemblance : mais  peine a-t-il allongé ses crocs , à [leine éprouvc-l-il le feu des amours, qu'il respire la soif
du sang; ses amis lui deviennent odieux ; il abmdonne une sul)sistance assurée, un asile, el ^1 chercher au fond des forêts ime uialtresee , du ornage et la liberté.
C'est aussi alors que les armes défensives croissent particulièrement aux mâles avec leur parure; les ergots et les crêtes aux coqs , les cornes aux taureaux ; car l'amour et la guerre entrent dam l'harmonie conjugale , comme les amitiés et lev ininkitiés dans l'haniionie fraternelle : Mars est en rapport avec Vénus. Les armes des animaux atteignent leur perfection en même temps que les I organes de la génération. Si on leur retraudie ees I organes avant leur développement, le corps n'atteint plus à sa perfection : on ne voit plus se développer dans le cerf le bois qui doit parer sa lAe, dans le co(| la crête qui le couronne, dansThomme la barbe qui ombrage son menton ; leur voix dei vient cassée et grêle , et les images de la deslruc- : tion et de la décadence rem|)lacent les images ; riantes de l'amour.
Il est faux que la castration rende les aniouuix domestiques plus propres au service de l'hoamie: la doucetn* de l'éducatioa suffit pour développer en ' eux jusqu'au plus haut degré l'instinct de la domesticité. Le cliien , compagnon de notre enfiuiœ, n'a pas besoin d'être mutilé pour s'attachera nous. Cette nmtilation , qui af&lblit ses qualités physiques , suffirait seule ponr lui ôter ses qualité morales. En effet, j'ai remanfué que ceux qu*on y avait soumis étaient moins attachés i leurs maîtres ; au contraire , j'en ai eu qtd , A Fépoque de ses amours, semblait redoubler d'affection pour moi. Il m'invitait alors , par les plus tendres caresses , à prendre le chemin de la maison où habitait sa maltresse, et quand je m'y acheminais , sa joie était excessive. Fallait-il la qidttery il y avait alors un combat très-toucbaut entre son amonr pour elle et son amitié pour moi. Il allait de l'un à l'autre, soupirant et gémissant, incertain, balancé tour à tour par ces deux passions qui l'agitaient. Si je lui adressais la parole , il se détenninait à me suivre, et m'accompagnait jusqo^i ma porte. Alors, comme s'il eût satisfiiit aux devoîn de l'amitié , il s'en retournait furtivement ; j'étais sûr qu'au milieu de la nuit il revenait à porte, repentant, et chercliant à me foire oublier par ses caresses les égaremens de sa passion.
Quant aux hommes, il est certain que les soldats mariés sont plus attachés à leur patrie et plus courageux que ceux qui ne le sont pas. C'est A l'affection conjugale qu'on doit rapporter la fbm de leur discipline. C'était un ressort tmit-puissant (|ue les orateui*s et les généraux romains
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bien employer : quand il fallait faire quelques grands efforts ^ ils ne montraienl pas aux soldats b Tictoire oa la mort, mais Rome et leurs femmes. Les Ombres et les Tentons ne furent si redoutables qoe parce qu'ils avaient amené avec eux leurs femmes et leurs enfons. L'harmonie conjugale est on des grands nerfs des armées des Rosses et des Tores, dont la plupart des soldats sont mariés. On ne voit point de déserteurs chez eux. Si on vante en Orient la fidélité de quelques eunuques, elle est due souvent à la crainte, quelquefois aussi à la vertu ^ qui dédoqnmage l'homme dans ses peines, et devient son unique recours dans les grands malheurs; mais elle est sujette à être ébranlée. Ils sont enclins à beaucoup de défauts , comme il y en a assez d'exemples, et leur fidélité n'est pas comparable à celle des hommes liés à leur patrie par k bonheur même de leurs femmes et de leurs en£uis.
Si la castration opère tant d'altération au physique et an moral dans les animaux , l'abus des plaisirs en produit d'un autre genre encore plus dangereoi : nous en parlerons à l'article de l'homme; car il est bien rare' que les animaux se livrent (fenx-mémes aux excès. Dans la plupart des animanx, le mâle est souvent le seul qui soit armé. Comme il a une surabondance de vie et d'amour, anssi devait-il avoir une surabondance de force pour protéger sa femelle et ses petits : tandis que celle-ci est occupée du soin de l'incubation et de la floarriture, il la défend contre ses rivaux , et surtout contre les bétes de proie.
Mais voici une loi où la nature parait se contreilire : c'est que quoique les mâles, dans tous les <inadnipèdes frugivores et carnivores, soient plus forts qne la femelle , c'est tout le contraire dans les <^nx de proie, a Tous les oiseaux de proie, dit » BufTon, sont remarquables par une singularité
* dont il est difficile de donner la raison, c'est
* que les mâles sont d'environ un tiers moins
* grands et miûns forts que les femelles; tandis » qœ, dans les quadrupèdes et les autres oiseaux, » ce sont, comme l'on sait, les mâles qui ont le « plos de grandeur et de force. A la vérité , dans -> les insectes, et même dans les poissons, les fe- » melles sont un peu plus grosses que les mâles , » et l'on en voit clairement la raison, c'est la pro- «digteuse quantité d'œufs qu'elles contiennent, » qui renflent leurs coqis. »
Boffon, en disant que les œufs des poissons renflent leur cwps, indique bien la cause de leur gnMsenr, mais non la raison : car pourquoi les fe> roelles des autres animaux qui portent des petits sont-elles cependant moins grosses que leurs mâ-
ŒUVRKS rOSTRVMES.
les ? Nous allons d'abord chercher la raison pour laquelle le mâle est plus petit que la femelle dans les oiseaux de proie. La force de l'oiseau de proie consiste dans la légèreté de son vol ; c'est par elle qu'il s'élève à de plus grandes hauteurs : la nature l'a donc fhit plus petit pour le rendre plus léger. S'il était plus grand , il serait moins agile. Un oiseau qui pèserait vingt livres ne pourrait s'élever en l'air, suivant Buffon. Le tiercelet est donc plus propre au vol que sa femelle , et en effet il est plus estimé dans la fauconnerie. Il en est de même dans les poissons qui volent, pour ainsi dire, > dans l'eau, et qui sont presque tous animaux de proie; car ils s'entre-dévorent. Dans chaque couple, c'est le plus léger qui est le plus fort, comme dans les corsaires c'est le meilleur voilier qui tait le plus de prises. Les insectes volatiles, dont le corps spongieux est, pour ainsi dire, en équilibre avec l'air, s'unissent en volant, et la femelle porte le mâle : il lui fallait donc des ailes plus étendues, et par conséquent plus de grosseur. En général, le mâle l'emporte en beauté dans tous les êtres. Il est le plus élevé dans les végétaux, le plus léger dans les animaux volatiles ou nageurs, le plus fort dans les quadrupèdes qui pâturent, le mieux armé dans les animaux qui combattent pour la proie, le plus paré et le mieux chantant dans ceux qui ne semblent vivre que pour aimer et pour plaire. En cela, comme en toute antre chose, les lois de la nature sont fort sages. Le mâle , actif, est doué d'une surabondance de vie qui l'entraîne vers l'objet de ses désirs ; mais la femelle , passive, avait besoin d'être séduite par la beauté ou les talens du mâle, pour le trouver agréable. Elle est dédonunagée de l'infériorité de sa parure par la supériorité de son afiTecUon, car l'objet aimant est plus heureux que l'objet aimé. H y a cependant quelques espèces où le mâle et la femelle sont égaux en qualités : telle est entre autres celle de la tourterelle à collier. Tous deux sont de la même taille et du même plumage, tous deux ont autour du cou la moitié d'un cercle noir, comme s'ils eussent partagé entre eux l'anneau de l'amour conjugal, dont ils sont le symbole.
Mais voyez comme l'amour anime les animaux au printemps. Il développe leur instinct en liarmonies plus variées que celles de leurs couleurs , de leurs formes, de leurs mouvemens. Deux individus de la même espèce ont la même nuance, mais ils ont encore une manière différente d'exprimer leurs amours. Chaque mâle a la conscience de sa beauté, et dierche à séduire sa femelle. Le paon lui étale en roue sa cpieue brillante, le rossignol lui fait entendre ses sons ravissans, le cheval
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s'cxcrcc à la coui'se autour de sa (i)in|Kiîrne. Tandis ({ue les Otres innoeeus sollicileiU le prix de Tamour , d(» leurs peines et de leurs lalens, les animaux destructeurs Faltendent de la vietoire. Le lion , hérissant s«i crinière, pn)YO<pie au combat ses rivaux ru<;issans; et Taille audacieux, planant au haut des airs, dispute à un autre aitfle les limites de son vaste empire. Les amours des Taihles redoublent |iar la cruauté de leui*s tyrans; ils sentent le U'soin de se réunir. Cliaque couple d*amans cherche un asile sous les ond)raj:es (]ue la nature hii a pré|)arés. Ils ajoutent leur liarnionie conju^le à celle d(*s véijrétaux tpii leur sont destim^, et redoublent leur vigilance, leur industrie, leur afTection mutuelle |)ar les dan^>rs (|ui les envii*oiment. Tandis (pie le lion d^Afriipie établit sa couche nupliale dans les lianes d'un nx'her hérisst* de nwpietles et d'aloès, et rai;;le sur les souïmets arides qui si* [lerdent dans les nues ; tandis qu'ils redoublent |)ar leurs amours carnassiers riH»rreur de leur solitude, des êtres faibles, tendrement liardis , viennent peupler les riantes vallées. Le timide lapin s\ creuse un terrier inexpu* çnabic sur les {lelouses de ser|)olet et de thym , et le rossij^iol fait entendre ses chimsons liarmonieuses au sein d'un buisson de roses. iAt cy^ne ne craint [X)int dans les joncs et les roseaux des marais fanaux du IVonl la voracité de Fours blanc; et le co(i de bruyère ^ (|ui niche sur les sombres sapins , êchap[M* aux rases du reiianl. Sans hs bétesc^niassières^ la plupart des sites de la terre seraient inhabités : ce sont elles qui forwnt les espèces feibles, innocentes, de chercher des asiles. L'anj^uille fuit sous la voûte des n)chei-s, et c*est la crainte qui lui indiipie sa demeure et sa retraite. C'est par la jruerrc <pie les sables arides, les fçlaces, Tt'space de Ift terre et des eaux sont liabités, et que le plus petit v(''^étal abrite d(>s amans. C'est la j^uerre qui déveloptx» leur industrie. L'esprit n'étant «pie l'art d'opiK)stT l'adresse à la foret», les plus faibles des animaux deviennent ivs plus ingénieux, crest surtout dans les amours des inse(*tes qu'il faut étudier les instincts , les prévoyances (»t les ressources iiL*«pirées |»ar celte passion, tt que la fable même n'a pu ima^intT.
L'harmonie conjuj^ale réunit non-seulement des indi\Tdus de la môme espèce, mais lt»s j^enres les plus disparates, (kmime la vi^ne ram|Kmte a Im*soin du soutien de l'orme pour nuVir .s<»s p-apiM-s , et que l'orme, qui donne ses semenct»s au printemps, a Ix^soin ('i son tour de décorer son feuilla^ des fruits de la viâ:ne; ainsi , souvent, on voit l'oLseau et le quadrupède se rapprocher l'un de l'autre par des brsoinii mutuels. La ])ergenHi-
nette accompagne souvent la brebis ponr h déliarrasser de ses insectes, et la brebis à son tonr lui fournit, dans quelques flocons de sa toisuii,de quoi faire un nitl. La fauvette se Fapproehf do cheval pour lui rendre les mêmes services. La [tenlrix et le litf^-re se plaisent à nielier dau h même solitude. Le castor républicain et le efpm solitaire si* livrent aux amours dans les lacs. Cert l'iiarmonie conjugale qui les ra|iprodie; c*estrllr (pii a rap[)r(K?hé k*s cliénesdes chênes, les |ibiilcs (les plantes. Us animaux des aniniaiLX, et qui a établi entr(> touti*s les puissances de la nature les I>remières dialnes de l'amour qui on tmissent l'eiH send)le.
^lais c'est l'homme et la femme qui en réumssent toutes les puissances et tous les besoins. La naturt* ne l(s a faits nus, comme nous l'avoœdit, (pie |M)ur montrer réunies dans leur corps tonlM les beautés d(»s animaux, et pour les oliliger, en se couvrant de leurs déiiouilles, à se revêtir de leurs beautés |Kirticidières. Voyez Ilercnle, tt modèh* de la virilité : vous y distinguez Um \» caractères des animaux les plus redoutables. Il y a dans ses gros muscles, ses larges épaules, sa [M)itrine velue, sa [>eau fauve, son attitutle iiii|M»sjuite , je ne sais cfuoi du taureau , de Taigle et da lion. Une Vénus, au contraire, nous préseole dans les liarmonies de ses courbes , de son cabris, de ses mouvemens, celles des animaux ks [ilus doux et les plus aimables, des agneaux, des colombes et des gazelles. Le goAt de la parure du» les deux sexes est confonne à leur canclère. L'homme affecte dans la sienne celle des béleilet plus Hères : d'énormes iiemiques semblables crinières des lions, des moustaches comme des tigres , des lionnets de peau d'ours, des hablu de coideur tranchante comme les peaux des panthères, des éperons aux jambes comme œox dn cof]. Rien ne ressemblait mieux à cet oiseau belliqueux, symbole de notre nation, qu'un de no* anciens clievaliers avec son casque crfté, sou manteau court et ses éperons dorés. Il est reml^ ((uable (pie par tout pays Tliabît mUitaire, si aimé des femmes , est emprunté des animaux guerriers; l'unifonne est l'habit de fête de la noblow. D'un autre cùié, les ajustenieiis des femmes, leurs aigrettes, leurs colliers, leurs éventails, les IMpillons de leurs coiffures , leurs robes à queues traînantes, s(mt imités d'après les insectes et ks oiseaux les plus brillans. Quoique les iiroporliooi de Thon une et de la femme soient les mloMs par toute la terre , il n'est pas douteux qu'un Ilcrade africain offrirait encore une autre pliysiononfett im autre costume que le Grec, et qu'une Vém»
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liée sur les bords de la Nëra serait ornée d'antres attraits que celle qui naquit sur les rives de Cythère. H n*y a point de beauté dans les animaux dont l'homme et la femme ne revêtent leur beauté particulière : ils doivent cet instinct bien plus à fhannonie conjugale quà leurs besoins. C'est pour parer l'objet de ses amours, que l'homme va cbercher des fourrures chez les Lapons, et des mousselines dans rinde ; c'est pour alimenter la joie, les délices et la grâce de ses festins, qu'il emporte le sucre des Antilles , le café de l'Arabie , lediocoiatdu Mexique, les épiceries des Molnqaes, et les vins de l'Archipel et de l'Italie; c'est pour décorer son asile, qu'il emprunte dans les raines de l'antiquité des modèles de sculpture et d'architecture; partout il trouve ses semblables ocaipés des mêmes soins. D'un autre côté, c'est pour plaire à l'homme que la femme combine sans cesse de nouvelles jouissances. C'est ainsi que , de voiaptésen voluptés, une Omphale infidèle foit filer un Hercule à ses pieds. Malheureux, Thomme trouve alors daas ses semblables des rivaux [)lus dangereux que des bétes féroces : c'est dans leur société que la ruse, la force, la superstition, la jalousie, travaillent sans cesse à le dépouiller. Alors, obligé de eadiej^ sa vie et de se retirer dans on souterrain près de l'antre du lion , il fuit sa patrie, il cherche un asOe dans les sables de TAfrique oii dans les glaces du Nord; mais il y «mmène une compagne, et se console encore de l'injustice de ses semblables par les douceurs de Hiarmonie cxmjugale : si l'ambition fait les maux de l'amour, l'amour à son tour répare les maux de l'ambition. Voyons comment nous éviterons ceux de la société en suivant la route que nous a tracée la nature; considérons l'homme et la femme dans lenr adolescence , et par les rapports qu'établit déjà entre eux l'harmonie conjugale.
Les beautés de l'homme et de la femme sont de deux caractères différens. Le premier réunit en lai celles des contrastes, par les oppositions rudes des sourcils, des moustaches, de la barbe, et la forte expression de ses organes et de ses muscles; ia seconde rassemble toutes celles des consonnances, par la rondeur de ses membres et l'élégance de leurs contours. Le premier a tous les caraclè> res de la force qui devait subjuguer les animaux destructeurs , et quelque chose de leur physionomie ; la seconde a ceux de la douceur qui devait apprivoiser les animaux pacifiques, et une sorte d'afnnité avec eux. Ainsi ih réunissent à eux deux toutes les beautés éparses dans la nature. Ces caractères s'afTaiblissent dans la société, suivant que Hiaqne seie y a plus ou moins d'influence. Chez
tes nations sauvages , qui vivent dans un étal fré> qiient de guerre, la femme prend quelque chose des mœurs belliqueuses de l'homme. Chez les nations civilisées , qui ra.sseinblent dans leur sein toutes les jouissances de la paix, c'est l'homme qui adopte les mœurs de la femme. Dans le<t deux cas, chaque sexe néglige son empire naturel pour acquérir celui du sexe opposé, mais bien en vam. Quoi qu'en aient dit quelques moralistes qui ont voulu donner aux deux sexes la même éducation physique, la femme qui s'homasse n'a pas plus d'empire sur les hommes, que Tliomme qui s'effémine n'en a sur les femmes. L'un et l'antre perdent leur infliienceen amour , en perdant lenr physionomie. Je ne fais pas plus de cas d'une Spartiate qui lutte en place publique ,que d'un Sybarite couché sur un lit de roses. Il parait bien, ({uoi qu'en aient dit les historiens, et le bon Plutarqne surtout, que les Lacédémoniennes n'avaient pas un grand pouvoir sur leurs maris. En prenant les mœurs et les habitudes des guerriers, elles durent perdre l'empire que donnent la délicatesse et la grâce.
Un des premiers sacrifices que les femmes d'Europe ont exigés des hommes a été de renoncer à la physionomie mâle que la nature leur avait doimée, en les engageant à se raser la barbe. Quelques écrivains éclairés ont regardé cette excroissance comme une superfltiité Incommode; ils ont loué Pierre I^'' de l'avoir fait couper aux Russes. Ce grand prince a fort bien connu les lois de la politique; mais il s'est quelquefois écarté de celles de la nature. La noblesse et les soldats ont obéi à ses ordres, mais les paysans, et même les matelots, ont conservé leurs anciennes coutumes, et avec raison; carj'ai vu dans les rudes hivers de ce [lays, on ils sont souvent exposés à faire de longs voyages de jour et de unit, que la barbe préservait leur bouche, et surtout leur gorge, de la rigueur du froid, mieux que la meilleure fourrure. D'ailleurs, la barbe caractérise la beauté mâle de l'homme , et inspire pour lui de la vénération et du respect. Les têtes de nos pontifes, de nos philosophes,denos magistrats, n'ont l'airquede têtesd'enfans, auprès de celles des Turcs; et je ne doute pas que le contraste que font celles-ci avec celles de leurs épouses géorgiennes n'ajoute à leur beauté mutuelle, et ne redouble leur affection réciproque.
Quoique la femme soit plus petite et plus faible que l'homme, elle est néanmoins plus forte que lui dans l'exercice des fonctions auxquelles la nature l'a destinée. Nous avons déjà observé que l'homme avait les épaules pins larges que les hanches , et qu'elles ajoutaient considérablement à sa force et
à sa Idgèreté, soit en frapfvint, soit en courant; la remme, au contraire, a les ëpault*s plus étroites que les hanches , dont la largeur et le poids ajoutent encore à sa faihlesse et à sa pesanteur. LesanatomLstes disent que la nature a fait, dans la femme, les os du hassin plus larges et plus écartés, afui qu'elle y fiortâl plus commodément son enfant, et (|u*ils s'ouvrissent davantage dans raccx)uclienieut; mais je crois qu'ils se.trom[)ent. La femme ne porte fioint son fruit entre les os des îles , mais dans son ventre; d'ailleurs les femelles du taureau, du cheval et du singe, n'ont point leur croupe plus large (|ue celle de leur mâle. Pour moi, je crois entrevoir une autre raison de l'étendue de celle de la femme : c'est (]ue la nature l'ayant destinée à porter son enfant en avant dans ses bras, et à l'allaiter sur son sein, elle a mis dans la partie postérieure de son corps un poids (jui rétablit son é([uilibre : le centre de gravité de l'homme est en liaut et en avant, celui de la femme est en bas. Aussi l'expérience prouve que la mère la plus délicate |X)rte son enfant dans ses bras plus aisément et plus longtemps que le père le plus robuste. C'est encore pour conser\'er ce même équilibre que l'homme, dans son attitude naturelle, et déchargé de tout fardeau , élève sa tête et la renverse un peu en arrière, comme on le voit dans les statues d'tlercu'e et d'Apollon; tandis que la femme, dans le môme cas , esl obligée de baisser un peu la sienne en avant , ainsi (|ue le prouve la Vénus de Médicis. I^ feuune n'est droite et n'a d'aplomb ({u'avecson enfant dans ses bras.
Comme la nature a doublé la force morale et i>hysicfue de l'homme pnr des coasonnanceset des contrastes, elle l'a (piadniplée en y joignant celle de la femme.
Un homme réduit à la moitié de ses organes étendrait encore ses jouissances à tous les objets de la nature ; il en réunit sans doute un plus grand nombre avec ses organes en nombre (lair. Il les double en étendue, mais non en intensité; car on ne voit pas deux fois le même objet avec deux yeux, et on n'entend pas deux fois le même son avec deux oreilles. Cependant, dans cette hypothèse même, il ne peut voir à la fois que la moitié de l'horizon, de même que celle du plus \)elh objet. S'il examine une fleur, il n en verra en même tem^is que le dessus ou le dessous. Mais l'homme et la femme, employant à la fois leurs organes, nonseulement |>euvent jouir à la fois de tout leur horizon , et sphériquement de cha<]ue objet ; mais chacun d'eux en avant des sensations et des idt^s diffcrcntes, (|u'ils se réfléchissent mutuellement, ils en doublent la jouissance en même temfM qu'ils
qnadniplent leurs forces. T^ tête de Janns, formée d'un ci)té d'un visage d'homme et de l'antre de celui d'une femme, qui voit à la fois de^'antwi et derrière soi l'avenir et le passé, me semble une allégorie très-juste du pouvoir réoni des deux sexes : cependant cette figure, allégorique oomoie toutes les autres de ce genre, ne serait qu'un monstre ; les inconvéniens de la réunion des deux seus en surmonteraient les avantages. Pour augmenter leurs forces physiques, la natnre les a divisai, mais elle les a réunis par une force morale; riioaune et la femme Isolés ne sont que deux moitiés de l'homme de la nature : le même nom désigne l'un et l'autre dans toutes les langues. Il en est qnd- (pies-unes, celles des Orientaux entre autres, on la femme n'a point de nom générique , et les Siamois ne la distinguent de l'Iiomme que par l'épithète de jeune : ils l'appellent un jeiuie homme. C'est [leut-être ce qui a fait dire à Jean-Jaoqnet que la femme n'était qu'un grand enfant. Baflbn semble appuyer cette idée, lorsqu'il dit que la femme en vieillissant devient homme, et qu'il étend cette métamorphose à toutes les femellesdes animaux, qui, selon lui, deviennent alors semblables à leurs mâles; et il cite en preuve une vieille femelle de faisan de la Chine , revêtue de qod- (|ues plumes brillantes , que l'on voit au Muséum d'Histoire naturelle; mais elle n'est sans doute, malgré son inscription , qu'un vieux coq. Nous verrons que la femme a un caractère aussi distinct de celui de l'homme que son sexe : elle consen-e Fnn et l'autre, dans tous les temps de sa vie, dam une liannonie parfaite avec l'homme. C'est à cause de cet accord mutuel et de cet instinct inné qui enflamme souvent tout h coup deux amans d^ leur premièi'e entrevue, (fue Platon imagina que les âmes n'étaient, dans l'origine, que deux moitiés descendues du ciel , exilées dans des corps diflerens , et qui chercliaient sans cesse à se réunir sur la terre. Les oliservations de la politique moderne sur la population semblent confirmer les spéculations sublimes du philosoplie; car elles prouvent que les hommes et les fenmies naissent et meurent eu nombre égal. En effet , les deux sexes ne forment qu'un tout, et ne sont en rapport avec la nature et leurs propres besoins que lorsqu'ils sont réunis. Si l'homme monte à un arbre |iour abattre des fruits, la femme reste au pied elles ramasse; Ton trouve des alimens , l'autre les prépare; l'un Eût la chasse aux bêtes sauvages , l'autre élève les animaux domestiques; l'un fait la maison , l'autre ks habiis; l'un prend soin des af&ires du dehors, l'autre de celles du dedaas; ils doublent leurs filaisirs et dindnuent leurs peines en les partageant;
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a y porte son caractère : riin goûte la joie tout rentlioosiasme de la sensibilité, l'autre Dut le sang- froid de la réflexion. Sunrient-il lagrins, l'Iiomme leur nsbte par la fermeté aison; la femme, plus heureuse, leur échappe mobilité de la sienne ; l'un , fier de sa force, e sans cesse vers l'ambition; l'autre , forte de Uesse, le ramène sans cesse vers l'amour, vient-il à affaiblir leurs premiers feux ? la ise les avait concentrés autour d'eux, la vielles diverge jusque sur leurs arrière-peUts-en- Fon leur porte les prévoyances paternelles , e les affections et les soins maternels; tous , par le sentiment de leurs biens et de leurs y tendent ensemble vers la Divinité , et en it les craintes et les espérances aux peines et laisirs de la vie humaine. Semblables à Tétinini disparaît au moment qu'elle brille , si elle «ve un aliment qui la ûxe , l'homme et la e ne seraient, l'un sans l'autre , que des mé- ; fugitifs : la nature n'a donné à chacun d'eux tage que l'ignorance , la faiblesse , les besoins, tarie et la mort; mais par l'harmonie conju- 11e conununique au genre humain la science, Bsance, les jouissances et l'immortalité, st certain que la chasteté est la source de la et de la beauté physique et morale dans les (»exes. C'est l'adolescent pur qui fait l'homme i vigoureux. Ce n'est point l'air des monta- |ai fait les beaux peuples, comme on le croit lonémenl; c'est l'innocence des mœurs. J'ai e population aassi belle dans les marais de la ode, qu'il puisse y en avoir dans les montaie l'Islande et de la Suisse. Les femmes des ors de Schevelinge , près I^ Haye , ressenià des Sabuies , et leurs filles à des nymphes. en Hollande que l'on trouve communément iflhns au teint frais, les plus beaux blonds, is belles carnations , et des hommes semblades Hercules. C'est là, et dans la Flandre 1 est voisine, que Rubens a coloiié ses déest François Flamand modelé ses amours. Si ies montagnes de la Suisse sufGsait pour ferle beaux hommes et de belles femmes, poures deux sexes sont-ils si petits dans les mon- I de la Savoie , qui en sont voisines? On en ivuver des causes physiques dans les travaux iturés et malsains des enfaiis de la Savoie , nigrent de bonne heure pour venir ramoner leminées. Mais peut-être est-il des causes es aussi vraisemblables. Tant de petits Sads qui sont chez nous les commissionnaires agens de nos filles publiques , el qui rapporoos les ans l'argent de nos ailles corrompues
dans leurs campagnes , n'en rapportent-ils pas aussi les mauvaises mœurs ? Ils arrivent innocens, et, s'ils ne s'en retournent pas coupables , ils sont empreints au moins de l'image de tous les vices qui nous flétrissent.
Ce n'est que par des exercices du corps que vous distrairez les affecdonsde l'ame ; une Glle en a quelquefois aussi besoin: b nature ne l'a pas faite pour être éternellement assise. Entremêlez leui-s études detravaux modérés. Un jardin leur en présentera de proportionnés à leurs forces et à leur goût ; il faut le labourer, l'arroser, le sarcler, le palisser. Pendant qu'ils exercent leur corps, ils éclairent leur esprit. C'est là qu'ils verront des traces de cette Providence qui a tout prévu , tout arrangé avec une magnificence infinie, et qui appelle l'homme non-seulement à la jouissance de ses ouvrages, comme le reste des animaux , mais à la confidence de ses plans. Fahes-leur sentir que comme elle a donné aux hommes une multitude de moyens d'entretenir leur vie par des plaisirs innocens , elle en punit les abus par une infinité de maux, et que cet œil qui voit tout aperçoit non-seulement les actes les plus secrets, mais même les pensées.
La jalousie quelquefois vient mêler ses noirs poi ons dans la coupe même de l'innocence ; j'ai vu des enfans en mourir. Cette passion est une combinaison de l'ambition et de l'amour : elle produit parmi les hommes, comme parmi les bêtes féroces, les scènes les plus odieuses. Comme nous avons banni l'ambition de l'éducation des enfan s elle fera peu de ravage dans les deux sexes ; elle ne donnera point de stimulant à l'humeur guerrière des garçons et à la coquetterie des filles. Si un de ces garçons aime un objet indifférent, armez en lui l'ambition contre l'amour. Faites -lui sentir ({u'il est honteux à un cœur de soupirer pour mi objet insensible, ou qui lui en préfère un autre. L ne nouvelle inclination ne tardera pas à se former dans cet âge léger et tendre. On détaclie aisément une jeune plante du pied de l'arbre où eUe est née, ce qu'on ne peut faire quand elle a acquis des forces.
Apprenez-leur de bonne heure à soumettre leurs passions à la raison; si elle ne les gouverne pas, elle en est gouvernée. Combien d'événemens dans la vie viennent tromper leurs plus douces inclinations! La fortune, les caprices, les maladies, la mort , brisent les chaînes les plus sacrées.
Il n'en est pas de même d'un amour réciproque fondé sur la vertu , cette raison suprême de l'homme. Comme il voit, d'un bout delà carrière humaine, le ciel et l'éternité, il survit au tombeau et dans les anoes religieuses les objets aimés ont'
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touveiU iiis[iii'é des feux [»ius viuieiis après la mon ijue |)eii(lanl la vie.
MoiUrez-leur doue lt*s devoirs de Taïuoiir coi^ju- {^airbiies aux filles qull faut élre modesles, («rce ciu'elles ue doivent vivre que pour un seul liomine ; eôiislâiiles, parce qu'elles doivent Taiiuer toute la vie; complaisantes. |K)ur adoucir son humeur; enjouées , pour dissiper ses tristes réllexions. D'un autre côté, dites aux garçoiLs qu'il faut être modéré dans ses affections y ferme vtmire les événemens de la vie, {Kiiir soutenir et protégvr une compagne.
Le travail est un don du ciel : il est le vrai lien de riiarmonieconjug^ale; il bannit Toisiveté; il égaie le jugement et fixe 1 imagination ; il dirige l'un et l'autre sur un objet utile, et nous y fait découvrir de ces aiM;rçus qui sont des rayons de rintelligence céleste ; il |)Ourvoit à nus l)esoins et à nos plaisirs ; en nous présentant de nouvelles jouissances, il em|)éclie les passions de s'égarer; (|uand il se combine avec le désir de plaire a un objet aimé , il remplit Tame d'un sentiment délicieux. L'amour alors prête ses ailes an génie , et lui fait faire des prodiges. Je suis persuadé que tous ceux qui ont excellé dans ({uehiue art ont été amoureux. Je ne conuais |K)int de clief-d'œuvre qui n'ait eu l'amour pour sujet ou pour objet.
C'est pour épouser leurs maîtresses que tant de marins vont aux Indes eliercher la fortune ; c'est |K)ur en être distingués que tant de jeunes gens se font soldats; c'est pour en être applaudis que tant d'écrivains prennent la plume. L'amour est le Mars des guerriers, TApollon des [loètes. Voyez de quel sentiment ceux-ci ont le cœur plein pour les sujets qu*ils traitent: le divin Homère, le sage Virgile, l'ingénieux Ovide, le pliilosophe Horace, Corneille, Uacine, Crébillon, La Fontaine, doivent à l'amour leurs plus beaux ouvrages; ils invoquent tous les Muscs , mais c'est Vénus qui les inspire.
Voyez les gramls philosophes, Platon, l^Iontaigne, Jean-Jaciiues, et notre divin Fénelon. Ce qui rend la vertu de celui-ci si touchante dans sa propi'e personne , c'est la lutte peri>otuelle de son état contre cette douce |)assion ; mais c'est cette même passion qui lui dicta son TèUmanue, Osl pour, préserver son héi'os de ses égiireinens , qu'il le jette dans toutes sortes de travaux ; et quoi(iu'eu apparence il n'ait d'autre objet que de lui foire chercher son père, il lui fait trouver la fille d'Idoinénée et la lui domie [wur épouse , connue une récompense de son amour filial et de toutes ses vertus.
Si l'ambition est Li cause de tous les mallieurs
des honunes , couunent a-t-ou pu Tadmettre pvmi les enfans dans nos écoles, et commeiil en banoirions-nous aujourd'hui Famour, si >emblabl€àeQe» puisqu'il est le stimulant de tout ce qui se lait de beau et de bien dans le monde ?
Offrez-leur donc dans l'amilié (le diaqiie un encouragement mutuel. I^cs enfkns ont d*auie pour aimer, puis(ju'ils sont dans Tige de sentir. Nous avons éloigné d'eux tout ce qui peut rendre les premièi'es passions précoces ou les corrompre; laissons la source de la vie oonler Terssa pente naturelle. Si vous lui donnez des digues, oa elle se perdra en refluant sur elle-même , ou cOe deviendra un torrent, et ravagera les terra qu'elle devait féconder : laissons-la donc prendre son ooun vers le canal que la nature lui a tracé.
Les préceptes de mariage sont en grand Dombre; Plutarque en a fait un assez mauvais trailé, oii il en compte quarante-cinq. Sa tâdie était difficile : il voulait rapprodier des gens qui n'avaienl point été élevés ensemble. Ijà mienne serait bioi plus inalaisée, si j'en voulais faire antant. Les loii ne sont nombreuses que là où sont les miminei cotit urnes.
l^s préceptes du mariage n'auraient pcont de fin, si on voidait en faire un de chaque devoir de la vie conjugale. Les livres que j'ai vils n'ont ni pin ni méthode; ils confondent les caractères des deux sexes; ils ne pensent pas que les vertus de Vm font souvent les défauts de l'autre. On a écrit dk infinité de drames et de romans surFanioûQ
ils finissent tous ou ils devraient ço!niut:|]|£g[f.iiL mariage. ITincfirTërence et "même les rai^lyiçi (]u*on sVst pennisèTsurce premier lien de b sih cieié vîénrieïil de" ce"que l*açlu jj^ifcj^ été de togL tem|)s chez nous en honneur, par laoorrj mœursL
C*est pour obvier à ces grands inconvéniens, sanctionnés par les siècles, les exemples et les kxs, (jue nous avons désiré (jne les fenunes, comme lei hommes, ne missent leur confiance qu'en Diea seul , que nous avons fondé cette confiance sar la Providence, qui se décèle dans toutes les parties delà nature, afin (|u*ils pussent trouver partout des ports pour se réfugier dans les tempêtes de la vie, et qu'ils s'y attaclient par une confiance journalière , comme à un câble d'une infinité de fib. 11 est certain que, dans le cliagrln, les deux seiei cherchent nuituellement à se consoler, et se soutiennent par la différence de leurs caractères, bien mieux (pie s'ils étaient de caractères semblables.
C*est sans doute dans cette intention que Diea i donné à l'un la tendance à l'ambition, et à rantre la pente vers l'amour, de manière qu'ils pusMnl
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liîen w rapprocher^ mais non se heurter, comme on le voit daiis les sociétés qui ne sont composées qne d'hommes ou que de femmes. Il arrive de là que des hommes violens ont souvent des femmes douces et patientes, avec lesquelles ils vivent en lionne intelligence. Gela prouve que Tamour est fondé sur des contrastes. Les inimitiés ne sont durables qu'entre les gens qui ont les mêmes vices : les avares, les ambitieux, les libertins, délestent leurs rivaux; mais le vicieux estime naturellement eeux qni ont les qualités et les vertus qui lui manquent : les intolérans , les patiens; les intempérans, les sobres; les avares, les prodigues. Les qualités viriles et fémiuines s'accoitlent donc bien ensemble. Tout a été fait par h nature pour établir la confiance entre le mari et la femme.
Gomme les exemples servent bien plus cjue les préceptes, je voudrais présenter aux enl&ns des tàhteanx de fcnheujr^^jii^JIs'almënt en général jilire des romans, à voir représenter des drames;
iréplus
TfCitpâreux que je commeneeraLsVTâi d'aUè lois qu^on fit un roman semblable à Robinson, où un liouune et une femme, dans une lie déserte, contribueraient à se rendre la vie heureuse, Ton occupé de tous les travaux qui demandent de la force; l'autre, de ceux qui ressortissent à l'agrément. J'en avais autrefois ébauché le sujet, et je l'avais placé en Sibérie. L'idée m'en était venue à Foccasion de quelques mariages très-heureux que j'avais vus dans la pauvre Fhilande. Tel était, entre antres, celui d'un colonel retiré sur ses terres dans œ pays de roches, et chez lequel j'avais reçu Thospitalilé.
Il était Suédois d'origine, et avait été , comme moi, simple ingénieur. Etranger, sans fortune, on le chai^ea d'aller en Sibérie faire construire, d'après le plan de la cour, la prison du maréchal Munnich, cottdanmé à y finir ses jours. Après avoir rempli sa triste commission, on l'envoya ingénieur à Fn^ériksham en Finlande , pays non moins désert et non moins pauvre , qui ne vaut guère mieux que la Sibérie. Pendant qu'il y vivait solitaire , il apprit qu'il y avait , à quelques lieues de là , un viœ^amiral, Suédois comme lui, exilé sur ses terres. Il fat le voir, et en fut très-bien reçu. Get ofiiciergénéral avait de la fortune et une fille unique. Il crut ne pouvoir mieux faire que de la donner en mariage à im jeune homme de sa nation, son coiisolateor. L'ingénieur usa bien de la fortune. Il commença par renoncer à son état ; il se retira du service, se fit bâtir une simple maison au milieu d'un jardin, où je ne vis en été que des sycomores €i des sapins; mais il avait établi chez lui le bonlieur conjugal. Sa femme, déjà sur l'Age, avait en-
core une figure très-intéressante. Elle nous montra avec complaisance étalés dans une armoire vitrée, tous les présens que son mari Ini avait bits chaque année au temps de Pâques, suivant l'usage rosse; c'étaient des œufe peints de toutes les couleurs. Toute cette famille nous reçut avec la plus grande cordialité.
Il rassembla des amis de dix et douze lieues de distance pour nous tenir compagnie , et le temps que nous fûmes diez lui se passa enjeux, en bals et en festins. Il semblait n'avoir bâti sa maison dans cette solitude que pour donner des fêtes. i(e salon, situé au milieu , était entouré d'un corridor et de quatre chambres dont les cloisons s'enlevaient , ce qui le doublait, et formait quatre cabinets destinés au jeu , au café , aux rafralchissemens et au repos. G'etait un gros homme d'une figure gaie, qui mettait son bonheur à foire celui de sa femme, de ses filles et de ses amis. Il s'en fallait beaucoup que le maréchal Munnich menât une vie aussi heureuse au milieu de sa garde. Il avait été dans une prison dont je vis le dessin encadré dans la chambre de notre philosophe hospitalier. Elle était composée de trois pièces, la première pour les soldats de sa garde, la deuxième pour leur cuisine, la troisième pour sa chambre à coucher. Il y avait à quelque distance une palissade de vingt pieds de haut, qui l'empêchait de voir le ciel. Il y fut envoyé à l'âge de soixante ans, n'ayant à dépenser que cinquante sous par jour, après avoir gouverné l'empire. Il n'en est sorti qu'à l'âge de quatre-vingts ans. Gependant l'amour conjugal le rendit heureux. Sa vertueuse épouse, âgée alors de cinquante-cinq ans, eut le courage de l'accompagner, et de lui rendre les soins d'une compagne fidèle. Ge grand homme se concilia l'afTection de ses farouches soldats en apprenant les mathématiques à leurs en- Ihns, taiMlis que sa femme lui apprêtait à manger. Ils passèrent ensemble vingt et un ans dans cet asile, se consolant mutuellement; et à leur retour à Moscou, ils trouvèrent cinquanta-deuxenfans de leurs petits-enfens, qui furent au-devant d'eux. Ge malheureux fut à peine de retour, qu'il fut au moment d'être renvoyé, par la révolution qui renversa l'empereur du trône. J'arrivai en Russie immédiatement après cette catastrophe, et ce fut le vieux maréchal, alors gouverneur de Pétersbourg, qni m'y fit avoir du service , sans autre reconunandation que celle du malheiu*. J'ai cité ces exemples, parce que la reconnaissance nie les rend intéressans; mais nous en trouverions de filus touchans dans rhistoire de notre révolution, où des femmes ont accompagné volontairement leurs maris, nonseulement dans la solitude, l'exil, la prison, mais
à la mort. Il me suffira de rappeler ici le toudiant dévouement de la femme de Camille Desmoulins. Son mari allait mourir, elle s*avança au milieu des bourreaux, et, pour mourir avec lui, fit entendre ce cri de vive Je roi ! (pii fut le signal de son supplice.
Il y a , selon moi , plus de difficulté à sunnonter les maux de la société «{ue ceux de la nature. Je voudrais donc peindre dans un roman, non des amans au milieu d(« neiges du Nord, obligés de Goml)attre contre des ours ou des anthropopliages, mais un mari et une femme piivc's de tout au milieu de TalHindance publicpie, qui résistent aux calonmies, à la séduction, à la superstition, élèvent leur famille par leurs travaux , et qui , heureux l'un par l'autre, ne s'écartent jamais du sentier de la vertu. Ces exem[^es ne sontjKis si rares qu'on le pense; nous les trouverions quelquefois à notre porte, si nous allions à leur recherche comme à celle de la fortune. J'ai vu autrefois un pauvre aveugle à la porte de Montlhéry. Il avait perdu les yeux en sauvant de l'incendie une maison de la ville. Sa vieille femme le menait tous les matins à une des portes , où il demandait l'aïunône aux pasaans, et Ten ramenait tous les soirs. Ce vieillard ne me parut pas avoir moins à se plaindre de l'ingratitude de ses concitoyens, que Bélisaire de celle de son empereur ; et je le trouvai aussi respectable, avec sa vieille compagne qui lui apportait à manger, que le général grec avec son bel enfant.
On fait faire à nos enfans des cours de géométrie, de chimie, de géographie, de botanique, d'histoire : {lourquoi ne pas leur en faire faire un de vertu ? Au lieu d'envoyer nos jeunes gens voyager dans la Grèce, l'Egypte, pour en rapporter des mœurs étranges ou quehiue antiquaille, pourquoi ne pas les faire voyager dans leur propre [lays pour en connaître les mœurs? La découverte de queUfue Socrate, (]ui vit avec une femme difficile, serait plus intéressante que celle de la statue du Socrate d'Athènes. Nous payons des professeurs de botanique et de zoologie, et des savans pour chercher des plantes , des végétaux et des animaux nouveaux ; mais où sont les iH*ofesseurs payés pour nous apprendre à étudier les lois de la morale, et à nous ^ire aimer la vertu ? Est-ce qu'un homme vertueux, un bon éfMmx, ne sont |»as plus précieux et \ûus utiles qu'un cactus ou un rhinocéros ? Je sais bien que nous payons à grands fî-ais un savant, quand il est étranger, ou qu'il tient chez nous ù un parti accrédité. La science, sans doute, mérite partout un prix ; mais la vertu n'a-t-eUe donc aucune valeur quand elle se trouve parmi nous? Sommes-nous scnil)lables en toiU aux Athé^^
niens corrompus, qui en parlaient sans cesse, qui persécutaient leurs grands hommes pendant kur vie, et les honoraient après leur mort?
Je ne dirai point aux enfans : Voyez cette famille dans cet hôtel, connne elle est de\'enue ridie! c'est un effet de son mérite; mais je leur dirai: Voyez ces gens qui liabiteut cett« cabane, voyez comme ils sont heureux dans leur i>auvreté! c'est un effet de leur union. Qu'on ne croie fias que les enfans soient insensU)Ies à ce spectacle, parce qu'A ne se présente pour eux que dans le lointain. Ne voientils pas de même l'amour de la patrie qu'on cherche à leur iiLs[»irer? n'imitent-iLs {tas dans lem jeux les actes les |)lus graves de la société? n'ament-ils pas à jouer des rôles de magistrats, de commandans, déjuges, de voleurs? Ils en imitent les sollicitudes dès l'âge le {il us tendre; leur sensibilité se dévelop{ie de bonne heure : j'ai vu des enfans de huit ans pleurer à des scènes pathétiques. Au défaut d'exemples à leur pro[ioser dam leur voisinage , j'en irai chercher dans les histoirei anciennes, et je meublerai leur mémoire, pour guider, pour inspirer leur cœur.
On dit en proverbe : C'est la bonne femme qn fait le bon mari ; et cela est vrai en général. Il y a cela de remarquable dans le caractère de la femme, qu'il s'amalgame bien plus aisément que celui de l'honune à des caractères difficiles. Sa faiblesse la dispose dès Tenfance à la dissimulation ; elle vofle ses sentimens plus aisément que l'honwie : celle souplesse de caractère n*est point en elle wi défaut ; c'est une qualité essentielle qui ajoute à sa l)eauté. C'est par elle qu'elle est le lien naturel des familles, et que la plus vertueuse peut vivre en paix avec un homme vicieux , comme il y en a boncoup d'exemples. Il n'appartient qu'à la lëmme de réunir autour d'elle les esprits les plus opposés, et de les mener à ses fins. Armide rencontre dinsls camp de Godefroy des guen-iers qui se HMjpifflm entre eux, et, ce que ne pouvait foire leur général , elle les fait servir tous à son but. Anssi Jesn- Jaccpies me disait un jour qu'Armide lui plaisnt plus que la Didon de Virgile, parce qu'elle élak plus femme. Ce n'est pas sa coquetterie qui Fintéressait, mais ce liant que la nature a mis dans caractère : en effet , Homère l'a donné à la tueuse Pénélope; car si Armide sait réunir coup d'amans , Pénélope sait vivre en paix arec les siens sans mantiuer à la vertu. Il fout donc apprendi'e aux lill&s à être agréables à tout le monde, à ne plaire et s'attacher qu'à un seul liomme : ponr oeh elles doivent se rapprocher de la nature. La panve la plus simple est la plus favoralile à b beauté. Fénelon, dans son Éducation des filles ^ veut
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avec raison qu'elles adoptent les formes des robes grecques, qui dessinent si bien le corps, et le font paraître avec toutes ses grâces naturelles. Il fiaut leur apprendre à mépriser Tédat des diamans, comme produisant un effet dur, même dans les tableaux. Les fleurs s'iiarmonient bien mieux avec leur visage que les diamans et les perles. Ne pouvant la faire belle, tu Tas faite riche, répondit un fitmeux peintre à celui qui avait représenté Hélène
• vêtue d'une robe magnifique. Donnez à une fille la crainte des richesses, qui traînent après eUes tant de corruption ; ne lui inspirez que le goût des biens naturels ; et qu'à la vue des diamans dont le vice se pare, elle puisse dire avec satisj^ction, comme cette Spartiate : . a Çç. spnt.£r)£s iEnfao&.qui
"•^seront mes bijoux. »
t)onnez-lui surtout le goût des travaux domes- Uyuw et dé a vie retirée. Ce n'est mjmjS.. Sdatantequi^
ip^icninnfiacim.
pte^uniTorïne^ constante >.Çt CQPPuç dgs. diety[ ^éuIsJcSimme dit Marc-Aurèle. J'ai pensé souvent qa il Y aurait peut-être autant de difliculté à ne point faire parler du tout de soi, qu'à remplir la terre de son nom : la vie de Diogène me parait, à bien des égards, préférable à ceUe d'Alexandre. Mais, quant à la femme, il est certain que sa vertu consiste à n'être pas connue; car si le devoir du mari estjle travailler ?v hAnhpiF"- dft la SfM^lf^ti^/
Il n'y a qu'une confiance entière dans la Divinité qui puisse maintenir les hommes dans leurs devoirs. Comme la religion influe à la longue sur les femmes, et que la, religion de la femme influe à son tour sur les objets du dehors , j'ai voulu montrer dans la nature les agens de la Divinité. J\ me semble moins dangereux que des enfans courent risque d'adorer Dieu dans le soleil que dans une statue , ou tel autre ouvrage de la main des hommes , qui met , pour ainsi dire , Dieu à leur discrétion. Ce n'est pas que je blâme aucun culte; je les révère tous , surtout le christianisme. Je les regarde comme des langues plus ou moins parfaites qui invoquent la Divinité dans des dialectes différens ; je les crois nécessaires aux peuples, et même aux sages les plus éclairés. C'est un centre commun de réunion , c'est le lien des liens. Le culte romain , par exemple , propose pour cliaque jour de l'année la vie d'un saint à imiler, et il en fait porter le nom aux enfans, sachant bien que Texempte influe plus que le précepte , et que les hoiunies à la longue se patronnent sur leurs noms : cette pensée est admirable , et peut avoir la plus heureuse influena*. Combien ces noms et ces exem-
ples n'ont-ils pas engagé de jeunes gens à se retirer dans la solitude, à consacrer leurs jours à la bienfaisance , persuadés qu'en cela ils mèneraient une vie plus agréable à Dieu et plus révérée des hommes ! Moi-même , dans mon enfance , nourri de ces lectures, maltraité par mes maîtres, je pris un beau matin la résolution de vivre seul dans les champs, ne me confiant qu'en Dieu, persuadé que, comme un Paul ermite. Dieu me nourrirait dans le désert. Je partis donc avec mon déjeuner pour toute provision ; je vécus de navets crus et de mûres de ronces , fort content d'entendre le chant des oiseaux et d'être libre comme eux. Je me préparais à passer la nuit au pied d'un arbre , me fiant de ma nourriture à la Providence , lorsqu'elle m'envoya , non un corbeau , mais ma bonne Marie TaUx)t. Ainsi ce sentiment de confiance eu Dieu m'a consolé dans une infinité de positions trèsfilcheuses : je ne fus pas nourri par le moyen des oiseaux, mais Dieu se servit de moyens encore plus merveiUeux. Si donc on offhdt pour exemple des vies intéressantes et utiles à ktsociété, il n'est pas douteux qu'elles n'inspirassent à l'enfance le désir de les imiter : pour cela il fondrait qu'elles fussent sanctionnées et consacrées par les hommes et la religion.
C'est à la politique à donner l'influence aux vertus sociales. Aristote divisa la philosophie morale en éthique ou spéculative , qui traite du souverain bien ; en politique , qui s'occupe du gouvernement des états; et en économique, qui parle du gouvernement des famiUes. Il fit mardier la saine politique avant l'économique , parce que , nous dit Plutarque , la famille ne peut être bieuTéglée que la république ne le soit auparavant. Pour nous , nous suivons un ordre contraire , que nous croyons plus dans celui de la nature; car il est certain qu'il y a eu des familles avant des républiques. Nous sommes , au reste , du sentin^ent d' Aristote , et nous tendons au même but ; car si une répubUque bien ordonnée rend semblables à elle les familles qui la composent, les femilles bien ordonnées, à leur tour, rendent telle la république. C'est au gouvernement à s'en occuper. Quant à moi, simple particulier, qui aperçois à peine les objets qui m'environnent, heureux si je puis diriger mes soins au bonheur d'une seule famille!
Cependant je pense qu'une école fondée sur les harmonies que j'ai développées jusqu'ici offrirait déjà en petit l'image d'un état en grand. On admire , non sans raison , la force du bataillon de Pélopidas, dont les soldats périrent tous enseni]>le, le visage tourné vers l'ennemi : leur courage venait de leur amitié. Une école formée sur ce principe
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donnerait aux enfans la force nécessaire pour résister à tous les maux de la vie, et i'aniitié deviendrait le plus sdr fondement de IVtat.
Nous avons vu les effets diarmans que produit dans la société Tharmonie fraternelle et sororale ; la conjugale en produit encore de bien plus touchans : la première n'offre ((ue des consonnances , mais la seconde y ajoute des contrastes.
On contemple avec plaisir, daas un |»aysage , un ruisseau réuni à un autre ruisseau , une vallée à une vallée , deux arbres et deux animaux de la même espèce groupés easemble. Si donc vous mettez deux vrais amis dans cette solitude, vous ajoutez aux intérêts du site. Mais voulez-vous les redoubler ? substituez à ces coasonnances fraternelles des contrastes conjugaux. Figurez- vous dans les montagnes de Tlle de France, au lever du soleil , lorsque Tombre latte et s'harmonie avec les rayons de l'aurore, une rivière qui s'harmonie avec une montagne qu'elle féconde ; les reflets de l'eau qui répètent les formes des roches, et les échos des roches qui répètent les murmures de l'eau ; des lianes groupées avec des palmiers ; un couple de tourterelles qui font leurs nids ; deux amans dans l'adolescence, un Paul et une Virginie habitant la même cabane, et adressant leur prière au ciel : vous ajoutez certainement à l'intérêt du paysage.
Si l'harmonie conjugale répand tant de diarmes dans les ouvrages de la nature, elle n'en répand pas moins dans la société.
L'harmonie fraternelle a produit tous les arts utiles, mais la conjugale a produit ceux qui nous présentent à la fois un mélange d'utilité et d'agrément.
C'est à elle du moins qu'on en doit l'origine. La |ieinture et la sculpture tracèrent les premiers traits d'après l'ombre d'un amant. Ces deux sœurs rivales étudièrent leurs proportions d'après le corps humain ; elles prirent d'alK>rd en lui des idées de Hy met rie. Dans les pays où \vs femmes n'avaient |iliis de pouvoir, où tout tremblait sous le despotisme des prêtres et des rois, elles représentèrent des colosses bruts, des niasses dont les jambes et les bras étaient resserrés comme des momies; nwis dans le doux pays de la Grèccî , elles figurèrent l'honune et la femme dans toute la beauté «les proprtions : on crut voir respirer Vénus et marcher Apollon.
Il s'en faut bien que l'architecture, cet art qui a si peu d'artistes, ait fait les mêmes progrès; elle n'emploie guère ((ue les liarmonies (|ui résultent de la fraternelle , telles cjue la symétrie , l'accouplem(*nt des colonnes, et des coasonnances semblables. lk'% colonnes accouplées produisent sans
doute un plus bel effet que si elles étaient isolées : elles ne font qu'un seul corps de deux corps semblables. Il me semble qu'on pourrait Gûre usage ^ dans nos péristyles, de colonnes plus élevées, qui figureraient les palmiers mêlés avec leurs fleon, et de coloimes moins liantes, semlilaibles aux pilmiers femelles , avec des dattes pendantes à leurs cliapitaux. Cette liarmonie conjugale jetterait , ce me semble , de grandes lieautés dans notre ardiitectun*; elle en ùtiTait d'altord la monotonie, qui en est le défaut le plus ordinaire. Les colonnes la plus liaut(>s étant placées sur les corps avancés des monumeas, et les plus petites sur ceux qui sont en retraite, en étendraient la perspective en biiH teur et en profondeur. Pourquoi ne distribueraiton pas des colonnes de différens diamètres sur uo même plan horizontal, conmie on en met de dif-^ féreas ordres sur le même plan vertical, aimi qu'on le voit au Louvre, dont elles défigurent h cour ? C'est un grand abas de l'art, quoique aotorlsé par des architectes fameux et par la plupart de nos monumens : ces difTérens étages de ook»nes sont contre nature , et sanient beauooop mieux côte à cùtc que bout à IxNit. On ne voit psi dans une forêt les arbres de diverses espèces grrf> fés les uns sur les autres , mais ils sont placés entre eux sur des |)laas différens ; ce qui y produit uns liarmonie charmante. Quelques architectes dier^ client en aveugles ces lois , sans en connaître les f)rinci[ies ; ils oppos(*nt «(uelquefois des corps nmdi aux carrés , des parties enfoncées aux pyramidales, des rentrantes aux saillantes , et il en résulte ordi-^ nairement quelques 1)eaux effets, surtout dans les corps du même genre. C'est ainsi, par exemple, ((u'on voit avec plaisir, du milieu de la oonr do ]^u>Te , et sous la voAte de sa porte méridionale^ le dôme des Quatre-Nations.
On peut encore enytloyer diverses beautés en architecture , d'après les autres harmonies de la nature. Les Chinois en savent là-dessus plus que nous, comme on peut s'en convaincre dans la lettre de frère Attiret, peintre, qui nous a donné une description lrès4ntéressante de l'architecture de leurs palais.
L'architecture militaire tire de ces mêmes lois harmoniques des moyens redoutables pour la guerre. Autrefois, ces tours qui s'élevaient aux portes des villes et autour de leur circonférence , les pn)tégeaient l'une l'autre d'une liarmonie conjugale ; mais leur défease ne devint parfaite que loi-sc|u'aux tours on eut substitué des bastions qui se flaïuiuaient dans tout leur périmètre : alors ils protégèrent les coinlines, et en furent également protégés. Les villes panirent im|irenables; mais
Harmonies conjugales.
Tattàque à soq tour devint supérieure à la défense , lorsqu'elle employa les mêmes lois dans un plus grand développement.
Il n'y a point d'art qui ne doive en partie sa §afee ou ses grâces à l'harmonie conjugale. Elle se firit sentir particulièrement dans les langues, cet art des arts qui les réunit tous, et fait communiquer l'homme avec ses semhlables. On a observé d'abord que chaque langue a commencé par la musique et la poésie. En effet, les hommes ont <fabord imité les cris des animaux et les chants des oiseaux qui étaient propres à leur climat : les preuves en sont communes dans les langues des Sauvages. Celle des Hoitentots glousse comme les autruches ; celle des Patagons a les sons de la mer qui se brise sur les côtes ; et on peut en trouver encore des traces dans celles des divers peuples civilisés de l'Europe. La langue des Anglais est sifiSante comme les cris des oiseaux de marine de leur Ue ; celle des Hollandais est remplie de breck keck , et coasse comme les cris des grenouilles de leurs marais. Les noms des animaux sont tirés de leurs propres cris , et donnent , dans tous les dia* lectes, des harmonies imitatives: comme bœuf, bas y loup, lupus. On peut porter ces observations sur les enfons , images des peuples naissans. J'observe dans ma fîlle , qui n'a pas vingt mois , d'abord une affection extrême pour tous les animaux , qui attirent incomparablement plus son attention qa'aucon végétal. Pour les désigner, elle imite les sons qui leur sont propres : il y a plus ; elle sait à peine prononcer quelques mots, cependant elle imite les différens tons de la parole , haussant et baissant la voix comme dans une conversation. Son langage est proprement un chant; il est formé de sons sans articulation. Cela posé , j'observe que dans les oiseaux, le mâle a des sons plus pleins, plus vigoureux, plus prolongés et plus variés que ceux de la femelle passive, qui n'a , pour ainsi dire , que des refrains. Elle n'emploie , comme dans notre langue , que des e muets. La fenune seule peut imiter tous les chants des oiseaux mâles et femelles; les sons des langues se sont donc formés d'abord des sons masculins et féminins , c'est-àdire d'un sou plein pour désigner le mâle , auquel on a ajouté un son affaiblissant, ou un e muet, pour désigner la femelle. Ainsi , on dit rossignol et rossignole , loup et louve , et les sons ont d'abord été exprimés par des voyelles chantées. Les voyelles abondent dans les langues des peuples naissans ; elles y sont souvent redoublées , et les consonnes y sont rares et en petit nombre : c'est ce qu'on peut remarquer dans les vocabulaires des peuples de la mer du Sud. Leur langue ressemble
encore en cela à celle de nos en&ns. Qnand les langues ont commencé à prendre un caractère , et, pour ainsi dire, à dessiner les mots en les articulant, alors les consonnes s'y sont multipliées ; c'est ce qui est sensible dans nos langues européennes , qui ne sont que des dialectes de langues primitives. C'est ce qu'on peut remarquer surtout dans la langue russe, dérivée du grec, laquelle a quarante-deux lettres dans son alphabet, dont plusieurs ne sont que nos mêmes consonnes différemment prononcées. Il y a donc cette différence des langues primitives aux dialectes , qui n'en sont que des dérivés, que les mots des langues primitives abondent en voyelles , et ceux des dialectes en consonnes ; que les premières sont , pour ainsi dire , chantées , n*étant composées que de sons ; et que les secondes sont [lariées , étant articulées par des consonnes.
Les peuples sauvages, libres, expriment sans réserve leurs passions , et les policés les dissimulent. La même harmonie conjugale, qui a inspiré aux hommes de chanter leurs premières expressions , les a encore portés à les rimer; peut-être ont-ils aussi trouvé des modèles de la rime dans les chants des oiseaux et dans les refhiins des femelles. Quoi qu'il en soit , il est certain que la musique et la poésie chantée sont de la plus haute anti((uité; elles ont été le premier langage de l'éloquence.
Les anciens, qui ne faisaient aucun usage de la rime, avaient inventé des vers de différentes mesures, comme l'hexamètre et le pentamètre, * qu'ils employaient d'ordinaire dans les sujets tendres et mélancoliques , tels que l'élégie, les épitaphes, l'ode, etc. ; mais ils en composèrent des strophes de différentes coupes: on en compte, dans la poésie grecque et latine , de quinze espèces différentes.
L'amour «t la guerre en firent également usage , car Mars et Vénus sont en harmonie. Tyrtée, Pindare, Horace , s'en servirent pour produire les plus grands effets. Les artistes, et surtout les architectes, devraient les étudier. J'ai ouf dire au célèbre Blondel, professeur d'architecture, qu'un fâmeux architecte composait une corniche sur son violon; mais on pourrait , ce me semble , composer un péristyle d'après une strophe , ou plutôt d'après une harmonie de la nature. Je ne saurais me refuser au plaisir d'analyser l'effet touchant que produit l'iiarmonie conjugale des vers inégaux et croisés de l'ode onzième du troisième livré des Odes d'Horace. Chaque strophe est composée de trois vers saphiques de onze syllabes , inventés [tar Sapho , et d'un vers adonien , ou de cinq syllabes. Horace prie Mercure ilc lui rendre Lyde favoraWe , et le
HARMONIES CONJUGALES
loue d'avoir suspendu par le ctianuc de ses vers les touniiens des enfers , et surtout ceux des Dauaîdes :
Stetit uma |>aaliiin
Sicca , dum gralo Danai purllas Camiinc milices.
Aiuliat I<yde sceliu, atfiiie notas Virgmum pcmas. et inanc lymphe noliimi Tundo pereuiitis imo .
Seraque fata
Quoï manent ciilpas etiam suh Orœ.
Impîse, (iiam quid potuere mj^us?) Impia; sponsus potuere diiro Pcrdere fcrro!
Una de multis , face nuptiali Digna, perjurmn fuit in parentem Si>lendide niendax , et in omne vii^ ^obilis aevum :
Sui^, qiis dîxit Juveni marito, Surge, ne longus tibi soniniu, luidc >'on Urnes , dctur : socerum et sceleslas FaUesororcs;
Qux, vclut nactx vitulos lexns, Singulos, eheu ! lacérant. Ego, illis Mollior, nec le feriam, neque intra Claustra tejiebo.
Me pater sx^is oneret catenis , Quod viro clemens misero peperd ; Me vel extremos Numidanim in agros Classe releget.
1 pcdes quo te rapiunt et aune, Dnm favet nox et Venus; i secundo Omine, et nuetrt memorem sepulcro Sculfie qiierelara.
• Lorstiue vous adoucissiez par le charme de vos vers les » tourmcns des filles de DanaQs , leur urne s'arrêta presque
■ vide. Que Lydc apprenne le crime et les peines si connues » de ces vierges cruelles, occupées sans cesse à remplir un » tonneau sans fond, d'une onde fugitive; qu>Uc connaisse » cette vengeance tardive qui poursuit les forfaits, même
> dans les enfers. Les impies (car quel crime plus grand pou- » vaient-ellcs commettre?), les Impics osèrent iwrcerd'un fer
* cruel le sein de leiurs époux ! Une seule, digne du (lambeau
■ nuptial , par un mensonge vertueux envers sou père par^ » Jure, se couvrit d'une gloire immortelle dans toute la pos- » lérité. Lévc-toi , dit-elle à son jeune mari ; lève-toi , de peur
* qu'un long sommeil ne te vienne d'où tu ne l'attends pas.
■ Trompe ton beau-père et mes sœurs criminelles, (|ui dé-
* chirent, héla^! leurs époux, comme autant de lionnes (|ui » ont rencontré de jeunes taureaux. Moins l>arbarc qu'elles, » moi , je ne veux ni te frap|)er. ni te renfermer dans ces fu- » nesle» lieux. Que mon i)ère me charge de chaînes cruelle»,
* parce que. touchée de pitié, j'ai é|)argné un époux mal-
* heureux ; qu'il m'emliarque sur un vaisseau , et me relègue " aux extrémités de l'Afritiue. Va . fuis où te conduiront tes
* pas et les zéphyrs , tandis (pie la nuit et Vénus te sont favo* » rallier; fuis sous leurs aus|H(Ts heureux . et , te rappelant
> un jour ma mémoire, grave ikm malheurs sur mon toin-
* beau. •
Ces vers seraient moins tonchaus s'ib étaient alexandrins ou de même mesure. Le vers adonien de chaque strophe exprime l'amour et la douleur; son dactyle et son s[)ondée la terminent avec une harmonie toudiante, et il renferme, pour aini dire, tout le sens de la strophe : Carminé mulees, Seraque fata. Perdere ferro l Nobilis armm : Folle sorores; Claustra teneho. Classe releget: Sculpe qnerelam. Ces finales tracent TesquisBe de Fode entière.
Le Poème séculaire d' Horace renferme encore de [Aus grandes beautés conjugales, et il semble bit pour en célébrer Tliarmonie. C'est d'abord la même coupe de strophes, et elles contrastent une i ane, ou deux à deux : aussi elles étaient chantées alternativement par deux chœurs , l'un de jeunes gai^ çons , et Fautre de jeunes filles ; et sans doute b musique y correspondait. Les garçons invoquent (Fabord le soleil , les filles la lune ; ceux-là s'élèvent vers Fambition patriotique, et souhaitent que le dieu du jour ne voie dans sa course glorieose rien de plus grand que la ville de Rome ; celles-ci , pha sensibles à Famour, prient la lune de procurer d'heureux accouchemens à leurs mères, et à eUei un doux mariage. Les deux chœurs s'adressent aux Parques et à la déesse Tellus; ils prient la premières d'accroître la prospérité publique, et la seconde de tresser pour la blonde Cérès une couronne d'épis dorés. Les garçons rappdient aux dieux leurs promesses d'étendre les branes de l'empire ; ils célèbrent la terreur des armes romaines, répandue diez les Mèdes, les Scythes et les Indiens fest lieux : les filles chantent le retour de la vertu, la iHideur antique , et Fabondance avec sa oome toujours pleine : tous demandent des mœurs pour lajeimesse, du repos pour la vieillesse, des ridiesses, de la gloire et des enfons pour la patrie.
Ainsi, Horace avait réuni dans son Poème séculaire tout ce qu'il y a de plus vigoureux et de plus doux dans Fharmouie conjugale, la valeur guerrière et Famour , objet du chant de tons les peuples , parce qu'ils sont une des harmonies (bndanientales de la nature. Aussi voyez -vous que tous les poètes la prennent pour leurs principaux sujets. Dans Féglogue, on parle des querelles de bergers; dans l'élégie , on regrette la perte d'une maîtresse : la comédie parle de Famour des bourgeois, la tragédie de celui des héros. Le poème épique luimême renferme toutes les harmonies de la nature, mais le noMid en est formé sur l'harmonie conjugale. Ce n'est point la fureur d'Achille qui est le sujet de V Iliade , c'est Ménélasqui redemande son épouse enlevée; dans l'Odyssée, c'est Ulysse qui retourne auprès de Pénélope , son épouse. Ho^
HARMONIES CONJUGALES
mère, œ père de la poésie, nous a donné les tableanx les plus toucbans de ramoarconjugal : dans T Iliade, les principaux traits du caractère d'Hector appartiennent à son amour pour Andromaqne. Virgile a fondé le nœud de son poème , qui se termine au mariage d'Enée et de Lavinie, sur l'harmonie conjugale. Mais , à la vérité , ce sujet est Êdbiemait traité, et c'est sans doute pour cela qu'il voulait brâler V Enéide. Cependant les amours d'Enée et de Didon prouvent de quoi il était capable : il a relevé tous ses ouvrages avec cette harmonie seule. Voyez , dans ses Géorgiqties , Orphée et Eurydice. Notre bon Fénelon lui-même , dans son Télémaquej offre le même tableau. Son SQJet apparent est l'amour d'un fils pour son père; mais il dénoue son poème en donnant à Télémaque en mariage la fille d'Idoménée , pour récompense de son amour filial. Un des défiiuts de la Henriade est de n'être pas liée de cette chaîne; ce qui feit que le poème manque d'un but moral, et du plus grand intérêt qui puisse attacher les hommes.
Offrez de bonne heure aux deux sexes des objets innocens et purs pour objets de leur amour. Qu'ils opposent l'influence de ces douces habitudes à celle des passions , et vous les empêdierez de se corrompre. Le désir de plaire, la douce politesse, Farbanité, l'élégance des mœurs, l'habitude de b constance , et toutes les vertus sociales, naîtront de ces premiers attachemens. Comme tous les arts el toutes les sciences empruntent de grandes beautés de l'harmonie conjugale, la science morale en acquerra de sa seule perspective. Celui qui aime tm (^et vertueux, et qui en est aimé, porte le bonheur dans son cœur : il est toujours content des autres, parce qu'il l'est de lui-même. Un sentiment plus fort que celui de l'amitié l'anime dans ses travaux , lui montre en beau toutes les avenoes de la vie , et lui en fait braver les tempêtes. C'est ainsi que le marin lutte contre les orages , à b vue lointaine de la terre où il doit aborder.
C'est par les premiers feux de l'amour conjugal que vous allumerez dans un jeune homme ceux de l'amour de la patrie. Irez-vous les exciter par le son des instrumens de guerre , et lui inspirer le désir d'égorger son semblable? le rabaisserez-vous aa-dessous de la brute ? La couleur rouge fait entrer les taureaux en fureur, les chiens de chasse s'animent au son d'un cor. J'ai vu un lion dont on Irritait la colère par le simple bruit d'un tambour : après quelques roulemens , la voix du roi des animaux se faisait entendre, et les sons se succédaient par intervalles , jusqu'à ce ((ue son courroux machinal se fût calmé. Aiiîsi, quand les vents ont |
soulevé les flots, on voit encore les vagues, après l'orage, sesucc^er les unes aux autres, et se briser, au milieu du calme, sur le rivage. Irezvous livrer votre élève aux astuces d'un orateur turbulent ou insidieux ? Le rendrez-vous semblable à un chien hargneux, prêt ^ se jeter sur tous les passans , et sur son maître lui-même , lorsqu'on l'irrite?
Un homme ne doit jamais laisser ses pouvoirs à la disposition d'un autre homme : il faut que ce soit la vertu qui l'anime à la défense de la patrie. Et quelle vertu exciterez-vous dans l'adolescent ? Sera-ce l'amour de ses parens , qui peut-être le persécutent; ou celui d'une patrie dont les lois l'oppriment, et dont les intérêts , d'ailleurs, lui sont inconnus? Mais vous parlerez à sa raison, à son cœur, à toutes ses DsK^ultés morales, lorsque vous lui direz : Il fhut défendre celle qui doit foire im jour le bonheur de votre vie. Si vous l'abandonnez, ses travaux, sa personne, son ame, ses pensées les plus intimes , ne seront bientôt plus à vous. I^Iarchez, combattez, vivez et mourez pour elle : le ciel , qui l'a faite libre , vous regarde ; il protégera les droits qu'il vous a donnés. Il ne &udra point alors d'autre réquisition que celle de Famour, pour armer toute la jeunesse d'un pays. Cest par ces motifs que des peuples sauvages s'animent à la défense de leurs foyers. Ce fut par eux que Sparte, Athènes, Rome, dans leurs beaux jours , excitaient le courage de leurs habitans , et qu'elles subjuguaient les peuples qui ne s'armaient que par la crainte de leurs maîtres, ou par l'amour de l'argent. Mais, fussiez-vous né dans une patrie livrée aux factions, à la cupidité , aux superstitions, au brigandage , il vous serait encore doux de vous isoler avec l'objet aimé , de supporter avec lui la pauvreté, le mépris, l'injure, l'oppression, la calomnie; et s'il vous était défendu de vivre, vous seriez heureux du moins de mourir avec lui.
Mettez- moi , dit Horace , sous le pôle avec des amis, et j'y vivrai heureux. Mettez-moi avec une épouse dans les mêmes régions , peut dire l'amant, je les fertiliserai et je les peuplerai. C'est l'amour persécuté et malheureux qui peuple tant de contrées ingrates. L'harmonie fraternelle peut se greffer sur une société florissante; mais la conjugale seule peut s'étendre et se propager au sein de la nature.
Aimables enfaas, choisissez , dans l'âge de l'innocence , un modèle qui puisse vous guider dans celui des passions ; vous qui avez également à craindre et les sociétés corrompues et les vertueuses et vous-mêmes , suivez donc la route de la nature , qui ne trompe point.
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HARMONIES DU CIEL
Vous trouvez , dans un objet vertueux , toutes les beautés éparses sur la terre , et toutes les vertus , dont Torisçine est dans les rieux. C'est lui qui vous formera à la fois «\ Taniourdu travail, au counig;e, à la constance, à la l)ontc, à riiuinanilé, k la piété. Aimez de houne heure, si vous voulez aimer tard. Il nV a d'amours survivant au tombeau que celles qui sont nées au lx;rccau; il n'y en a de raisonnables que celle.s qui se forment avec la raison elle-même, et d'innocentes que celles qui ont commencé avec r innocence.
Mais , à queUiue objet que vous vous attachiez , songez qu'il est passager comme vous. Un jour viendra où vous n'entendrez plus la voix de votre amie; où vous passerez devant sa maison (|u'elle n'habitera plus; où vous vous promènerez sous les ombrages où elle ne portera [)lus ses pas. Le sort peut vous séparer d'elle ; il |)eut vous forcer d'aller au-delà des mers. En vain vous vous jurerez l'un à l'autre d'être fîdèles ; au retour d'un long voyage, la mort aura rompu vos sermens. Qui vous coilsolera sur la terre , si vous ne mettez , dès à pressent, vos espérances dans le ciel ? Iji politicpie a trouve que les hommes et les femmes naissent communément en nombre égal; ils doivent se réunir dans la patrie céleste comme sur la terre. Que ferait une ame isolée dans le ciel même? Cicéron se flatte d'y voir Lélius, Caton , Scipion et les autres grands hommes : ce sentiment a été commun à tous les sages. Ils ont cherché la solitude sur la terre , pour fuir les méclians , et la société dans le ciel , parce que c'est la réunion des bons. Sans doute les âmes simples qui ont rempli les premiers devoirs de la nature s'y réuniront aussi bien que celles qui se sont occupées du sort des empires. Heureux si , en quittant la terre, ces hommes justes y laissent des enfans qui puissent y rappeler leurs vertus !
Nous avons passé en revue toutes les harmonies de notre globe, depuis celles qui unissent les objets les plus insensibles, jusqu'à celles qui animent les hommes ; nous avons essayé d'esquisser les tableaux ravissans des [dantes, des montagnes , de rOcéan, et des animaux qui les fuircourent; nous avons vu enfin cet être céleste qui , jeté au milieu de cette création magnificiue, s'est rendu maître de tout ce (pii l'environnait , et a élevé des pensées sublimes jus(iu'anx pieds du Créateur. Quittons à présent celte tene ([u'il habite , et contemplons de près les astres qui nous étonnent , ce ciel , dernier asile de la vertu et de l'amour. L'immensité se dévoilera à nos yeux ; nous essaierons de deviner , d'apprécier les douces harmonies des a*<tres. Nous verrons la main du Créateur peufiler cres orb<*s
éclatans comme elle peupla noire inonde, et en faire peut-être le séjour de l'immorlalilé , oonuiie elle a fait de la terre le séjour de la vie el de la
mort.