DE JUPITER
quoi n'«arait-elle pas produit le même effet sur les autres planètes parfoitement sphériqnes, et surtout sur le soleil, qui est le foyer de cette force? Noos croyons donc que Jupiter, étant dans la zone glaciale du système solaire, et couveit de glace dans toute sa circonférence, excepté aux pôles, les mers et les continens y sont distribués , non d'un pôle à l'autre, comme sur notre globe , mais par zone d'orient en occident : ainsi les bandes variables qui apparaissent entre les bandes éclatantes, sont des terres qui sont brillantes lorsque rhiver de leur hémisphère les a couvertes de neiges, et qui deviennent sombres dans son été lorsque ces neiges ont été fondues. En effet, ces bandes sombres varient tous les six ans à peu près, c'est-à-dire toutes les demi-années de Jupiter, et elles passent d'un hémisphère dans l'autre , comme ses étés. Quant à l'aplatissement de ses pôles , nous pensons qu'il n'est produit que par une illusion d'optique; nous croyons que ses pôles n'étant cou- Terts ni de glaces ni de mers, ne réfléchissent point la lumière, et par conséquent échappent à notre vue, ce qui foit paraître sa sphère a^^atie à ses deux extrémités. C'est ainsi que Mars luimême parait échancré à un de ses pôles, lorsque Tété en a fondu les glaces qui le rendaient apparent. Nous observerons ici un trait bien sensible de la Providence dans Jupiter; c'est le peu d'indinaison de son équateur sur son orbite, inclinaison qui n'est, comme on l'a vu, que de deux degrés cinquante-cinq minutes. Rappelons- nous que c'est le degré d'inclinaison des équateurs des planètes sur leurs orbites qui détermine l'étendue de leurs zones torrides, et que ce degré d'inclinai- 90D , et par conséquent l'étendue des zones torrides, va toujours en diminuant, à mesure que ces planètes sont à une plus grande distance du soleil; ce que la Providence a ainsi réglé afin que l'action de cet astre sur les planètes s'affaiblit en «'étendant, à mesure qu'elles sont plus près de loi, et qu'elle acquit plus de force en se concentrait, à mesure qu'elles en sont plus éloignées.
La nature a placé des continens aux pôles de Jupiter, et elle en a éloigné les mers. Elle parait avoir entremêlé celles-ci avec les terres dans l'ordre siii- Tant : elle a mis une banrle de terre sous l'équateor de cette planète , avec deux bandes d'eaux collatérales, dont les vapeurs en hiver couvrent la bande de terre du milieu , de frimas qui la font apparaître blanche et la confondent avec ces deux baiides d'eau. Après chaque bande d'eau, suivent de diaque côté une bande de terre et une autre bande d'eau , dont cliacune produit sur sa collatérale les mêmes effets dans chaque hémisphère,
suivant les saisons. Quoique ces mers soient disposées en zones aquatiques alternativement avec des zones de terre qui les séparent, je suis porté à croire qu'elles communiquent entre elles par des détroits de l'équateur aux pôles, dont dles tempèrent l'atmosphère. La circulation des mers est le premier mobile de la température des globes. Elle est dans les planètes ce que le sang est dans le corps humain; il part du cœur pour réchauffer les extrémités, et revient des extrémités pour rafraîchir le cœur. La simple évaporation des mers par le soleil suffit pour en établir tour à tour la circulation dans chaque hémisphère, conune la transpiration des corps animés produit peut-être la drculation de leur sang. Nous observerons encore que la nuit de Jupiter n'étant que de cinq heures dans sa zone torride , son disque n'a pas le temps de s'y refroidir pendant l'absence du soleil. C'est sans doute par une raison contraire que la nature a donné à Vénus des nuits vingt-cinq fois plus longues que les nôtres. D'ailleurs , s'il est vrai que nos boulets de canon s'échauffent en traversant l'air, et même que des balles de plomb lancées par de simples frondes se liquéQent, comme le prétendaient qudques anciens, on ne peut douter que le mouvement rapide de rotation de Jupiter sur sou axe n'augmente sa chaleur; car son disque doit frotter aussi un peu contre son atmosphère. Cette vitesse est par heure de neuf mille trois cent trente-cinq lieues dans Jupiter, taudis qu'elle n'est, dans le même temps, que de trois cent dnquante-huit lieues pour la terre, et de quatorze lieues seulement pour Vénus. Mais peut-être ce frottement n'a-t-il pas lieu , et Jupiter emporte-t-il autour de lui son atmosphère tranquille , quoi qu'en dise le docteur Halley, qui attribue an mouvement de rotation de la terre cdui de son atmosphère en sens contraire d'orient en occident, d'où il dérive la cause des vents alizés. D'après son hypothèse, ceux qui régnent sous l'équateur de Jupiter seraient d'une violence incomparable, et 11 n'y en aurait point daas Vénus , dont la zone torride a besoin d'être rafraîchie. Les vents alizés de Jupiter auraient vingt-six fois plus de vitesse que ceux de notre zone torride, qui sont quelquefois bien impétueux ; et cette même zone terrestre , d'après le système de Halley, n'aurait jamais de calmes, qui cependant y sont fréquens, comme le savent bien les marins. Mais laissons ces petits moyens de no« tre physique terrestre pour étudier ceux de la physique odeste. La nature en a employé encore d'autres que ceux de l'attraction et de la force centrifuge. Ce ne sont point ces forces qui ont réglé dans les deux les rangs des planètes; qui ont mis
HARMONIES SOLAIRES
odles qui sont de diamètres égaux à des distances inégales, les plus grosses et les plus petites tantôt plus loin, tantôt plus près; ce ne sont point elles qui font tourner ces planètes sur elles-mêmes , les unes lentement et les autres rapidement, quelle que soit leur vitesse daa<{ leur orbite; enfln ce ne sont point ces forces qui ont donné des satellites à celles qui étaient éloignées du soleil, et qui en ont refusé à celles de son voisinage : c'est la Providence qui a disposé ces liarmonies admirables, d'après des lois qui nous sont incommes , mais dont les effets nous sont sensibles. La terre étant à plus de trente-quatre millions de lieues du soleil, la nature lui a adjoint une lune de la moitié de son diamètre pour réverbérer sur elle les rayons de Tastre du jour. Jupiter, étant cinq fois plus éloigné , en a reçu quatre , chacune du diamètre entier de la terre. Ces quatre lunes, appelées aussi satellites, parce qu'elles accompagnent Jupiter comme un roi, furent découvertes, au conunencement du siècle passé, par le célèbre et infortuné Galilée. H fut mis en prison par l'Inquisition de Rome » pour avoir prouvé le mouvement de la terre. Ces satellites ', et surtout le quatrième, étant tournés vers la terre, y apparaissent avec des taches obscures qui les font paraître queUfuefois plus petits qu'ils ne sont, sans être plus éloignés; de sorte que le quatrième disparaît quelquefois entièrement. On suppose, d'ailleurs sans preuve, qu'ils tournent sur euxmêmes, et qu'ils nous montrent dans leur rotation des taches obscures qui diminuent tout à coup leur diamètre. Mais je pense, au contraire, qu'ils ne tournent point sur leur axe , qu'ils font ToRice de réverbères, et que les ft)yers lumineux de leurs miroirs sont toujours dirigés vers Jupiter : de sorte qu'en décr i vaut leu rs orbites autour de lui ,ces foyers, tantôt sont tournés vers nous , et alors les satellites nous apparaissent dans toute leur grandeur ; tantôt ils cessent de l'être et se montrent obliquement, et alors les satellites disparaissent en partie et quelquefois entièrement. Nous verrons que ces réverbères existent dans notre lune, lors<|ue nous parlerons de la configuration de ses montagnes. Quoi qu'en disent quelques astronomes , cette planète secondaire ne tourne pas sur son axe, puisqu'elle nous montre toujours la même face. Les
' I«e premier de ces utelfitcs mt à quatro-Tingt-huit mille Heofs de Jupiter, et il tourne autour de lui en un Jour dixliuit heures vingt-huit minutes; le second, à cent-iiuaraule mille lieues de distance, en trois jours treize heures dii-aept minutes: le troisième, à deux cent Tingt-lrois mille lieues , en sept Jours trois heures cint piantc-neuf minutes , et le qiuh trième, à trois cent quatre-vingt-quatorze mille lieues, en seize Jours dix-huit heures cinq minutes.
planètes du premier ordre, qai fiml leur rMktion autour du soleil, ont b»oin de tounier nr leurs pôles , afin d'éclairer toute leur drooofimiee de ses rayons; mais les planètes du second oidre ou satellites, qui font leur révolutHm autour d'âne planète principale, servent à lui renvoyer les rayons du soleil par leurs réverbères, dont les foyers seraient dérangés à cliaque instant, si eOei avaient un mouvement de rotation. H est .eeilain que ce mouvement prouvé n'a été encore apergu dans aucun des satellites.
La communication doit être facile dans louta les parties de Jupiter. L'été de chacun de ses dcox hémisphères y est de six ans : il est aussi aisé à on de ses habitans de parcourir une zone de sa planète , qu'à un homme d'en parcourir une semblih ble sur la lene. Si Jupiter a dix fois plus de circonférence, son été a près de douze fois plus de durée. Ainsi , on voit que le cours du soleil et le globe de Jupiter, malgré sa grosseur, sont encore en proportion avec les pas de l'homme. H n'est donc pas besoin de supposer à ses habitans une grandeur gigantesque pour le parcourir : cependant, s'ils sont dans la même proportion de taille que nous, ils ont d'autres harmonies de la lumière. Dans le même espace de temps , ils vivent plus d'une fois plus de jours et douze fiM moins d'années. Leur adolescence commence à on an, leur jeunesse à deux, leur virilité à quatre, leur vieillesse à six , leur décrépitude à huit Le terme des années de leur vie est celui des annéa de notre enfance. Nos jours sont longs et nos années sont courtes, disait Fénelon .'c'est tout le contraire dans Jupiter ; ses jours sont courts et ses aniR^ sont longues. Ses plus vieux arbres n'ont que peu d'anneaux concentriques, et ses plantes annuelles doivent en avoir qui se croisent en plusieurs sens, si ses satellites influent sur lenr végétation , comme notre lune sur la nôtre. Mais tous les végétaux doivent y prendre des accroissemens prodigieux dans des étés de six ans; et il doit ré- ■ sulter de ses périodes solaires et lunaires une mol* tilude d'harmonies toutes diflërentes des nôtres, pour la génération des végétaux et des animaux.*
Le soleil doit éclairer les deux pôles de Jupiter à la fois, puisqu'il ne descend jamais plus de trois degrés an-dessous de l'équateur de cette planète. Il est reman|uable que c'est à peu près le terme de la réfraction de ses rayons dans notre zone glaciale. Ainsi, une aurore perpétuelle les éclaire et s'y combine avec la lumière et la chaleur réfléchie du soleil par quatre lunes aussi grandes que la terre. Ses continens, peu élevés, doivent être couronnés, sons sa zone lorride, d'arbres froitien,
DE SATURNE
SSI
et dm ws lones tempérées, de forêts et d'immenars pâturages. Les vastes mers qui Fentourent pv amieanx et qnî lui doonent sa couleur azurée, doivent offrir à ses liabitans, sous les mêmes latitudes, des na^igatioiis fociles et des pèches abondantes. Leur caractère est sans doute semblable à oehii des peuples maritimes de FEurope; ils doivent être industrieux, patiens, sages, réfléchis, comme les Danois, les Hollandais, les Anglais. Eclairés par des aurores constantes, qui se mêlent aux douces clartés des lunes, lorsqu'ils traient leurs trompeaux dans leurs vastes prairies, ou qu'ils étalent, avec leurs filets, des légions de poissons sur leurs grèves sablonneuses, ils bénissent k Providence, et n'imaginent point de plus beaux jours ni de plus heureuses nuits.
HARMOMES SOLAIRES
DE SATURNE
Saturne, plus petit que Jupiter, est mille fois plus gros que la terre '. Ilerschell vient de découvrir qu'il tourne sur lui-même en dix heures douze minutes. Son inclinaison sur son orbite parait inconnue; on l'a présumée de trente degrés, mais »ns preuve. La clialenr du soleil doit y être bien fkible à une distance aussi considérable; cependant on observe sur ses deux hémisphères des bandes changeantes, comme sur ceux de Jupiter, qui prouvent que l'été et l'hiver y régnent tour à tour. En effet, la nature en a multiplié les réverbères en lui donnant sept satelliles, tous d'un diamètre aussi grand que celui de la terre '. Voilà donc sept grandes lunes sur son horizon. La plus voisine
* Son diamètre e«t de Tingt-buit mille six cent one lienes; fl est 4 trois cent millions dnq cent raille lieues do soleil , dans ti distance moyenne : il tait sa révolution annuelle autour de loi en Tingt-neiif ans cent soixante-quatre Jours sept heures vingt-une nûnutes.
. * Le premier, c'est-à-dire celui qui en est le plus près, en esta quarantenleux mille neuf cents lieues . et tourne autour de Saturne en vingt-deux heures quarante minutes quarante-quatre secondes; le second, à cinquanle-cinq mille limes, tourne en un Jour huit heures quarante minutes quarante-quatre secondes; le troisième, à soixante-huit mille lieiies, en un Jour vingt et une heures dix-huit minutes; le quatrième, à quatre-vingt-huit raille neuf cents lieues, en deux jonrs dix-sept heures quarantCH|uatre rainutes ; le cinquième, à cent vingt-trois mille huit cents lieues, en sept Jours trois heures; le sixième, i deux cent quatre-vingt-six mille lieues, en quinze Jours vingt-deux heures ; et le septième , à huit cent vfngt-neof mille lieues , en soixante-dix-neuf Jours vingt-deux heures. Les deux premiers viennent d'être découverts par HersGfaeU. Huyghens avait aperçu d'ahonl le quatrième, et Canini les autres. Ils circulent dans le plan de l'équateur de Mtome, et sont inclinés sur son orbite, de trente degrés , excepté le septième qui l'est de quinze degrés.
doit y apparaître huit km plus large que la nôtre sur la terre , c'est-â-<tire avec une surf^ soixantequatre fois plus étendue. Mais ce qu'il y a de plus merveilleux est un anneau qui environne Saturne : il fut découvert par Galilée au commencement du dernier siècle. Ce grand homme prit d'abord ses deux extrémités luminetises pour deux satellites , et il fut fort surpris, deux ans après, de ne les plus revoir. Ce ne fut qu'en '1655 que Huyghens découvrit que Saturne avait autour de son équa teur un anneau mince, plan, qui se soutenait autour de son disque comme tm pont sans piliers, ou plutôt comme un liorizon autour d'tm globe artificiel. Depuis le disque de Saturne jusqu'à la circonférence intérieure de son anneau , il y a neuf mille cinq cent trente-quatre lieues, et l'anneau a autant de largeur; de sorte qu'il a deux cent quatre-vingt-dix-neuf mille huit cent huit lieues de circonférence extérieure. Ce n'est pas tout; cet anneau est double , c'est-à-dire formé de deux anneaux concentriques. On l'avait déjà soupçonné par une petite ombre circulaire qui le divise dans le milieu, mais Herschell vient de s'en assurer; car il a observé une étoile entre la séparation des deux anneaux qui lui ont, pour ainsi dire, servi de lunettes. Cet anneau est fort mince, comme je l'ai dit. Quand la planète a son équateur plus ou moins élevé que notre rayon visuel, nous voyons alors son anneau obliquement, et nous apercevons ses deux anses brillantes, dont l'intérieur est obscur; quand au contraire l'anneau est dans la direction de notre rayon visuel , il disparaît entièrement pour nous , à cause de son peu de largeur. Ce pliénomène arrive tous les quinze ons , ou toutes les demiannées de Saturne, c'est-à-dire à son équinoxe. Cet anneau produit autour de Saturne le même effet qu'un cercle de pétales autour du disque d'une fleur. Il lui renvoie la lumière du soleil pour le féconder, à l'exception que le cercle de la pla« nète produit ce même efTét de deux côtés; car il échauffe tour à tour ses deux hémisphères, et peut* être tous les deux à la fois. Lorsqu'il est dans la direction de notre rayon visuel, ce qui arrive tous les quinze ans , on distingue sur Saturne trois bandes rembrunies, tme au milieu de l'équateur^ et les deux autres environ à quarante-cinq degrés plus loin, l'une dans l'hémisphère méridional, et l'autre dans le septentrional. On les vit toutes les trois à la fbLs en -1715. Les astronomes supposent qu'elles sont produites par l'ombre de l'anneau de Saturne ; mais il ne formerait pas trois ombres à la fois. Celle du milieu est , selon moi , un effet direct de la dialeur du soleil . qui a fondu les glaces de l'équateur de Saturne, dont la zone
IIARMOMËS SOLÂIKKS
terreslre apparaît rembninie, coiniiie il arrive en pareil cas dans Jupiter, qui n'a point d'anneau. Quant aux deux l>andes supérieure et inférieure , elles sont produites par la double rctlexion de Tannean , ([ui ag:it à la fois des deux côtés. Lorsqu'il est incliné vers le soleil , et éclairé d'un seul côté , il doit jeter son ombre liors de sa planète , dont il est éloigné suflisannnent. L'arcliitecle de Tunivers a réglé l'étendue de cette ombre, portée à ([uarante-cin([ degrés, comme les architectes de la terre qui délenninent celle de la perspective de leurs monumens sous le même angle, et en font les ombres égales à leur liauteur. Or, la distance de l'anneau de Saturne ù son globe est précisément égale à sa largeur; ce qui suffit [lour cpie son ombre ne tombe |)as dessas la planète. Quand le soleil l'éclairé à quarante-cinq degrés et au-dessus , sous un plus petit angle, l'ombre de l'anneau , qui a peu d'épaisseur, diminue, et le disque rond de Saturne lui échappe en rentrant sur lui-même. Si l'anneau de Saturne jetait son ombre sur un globe aussi éloigné du soleil, elle y apparaîtrait blanche et non obscure , par un arc (le quatre-vingt-dix degrés. Il arriverait alors ce ([ue nous voyons sur notre terre, lorstjue la neige la couvre pendant l'hiver : les ombres des corps y sont blanches , et les parties éclairées du soleil en sont bnmes. On remarque souvent ces effets dans les arbres couverts de frimas exposés au soleil. Certainement l'anueau de Saturne renvoie de la chaleur, et non des ombres , sur le globe autour duquel il circule. Des philosophes modernes, avec de simples miroirs plans multipliés, ont rassemblé assez de rayons solaires pour porter l'incendie à plus de deux cents i»as; ensuite ayant exposé la boule d'un tliermomètre aux rayons de la lune, sans doute par un vent du nord , ils ont prétendu que l'espritde-vin n'y éprouvait aucune chaleur : à la vérité , d'autres expériences, faites sur l'évaporation rapide de l'eau exposée à la lumière de la lune , ont prouvé le contraire. D'ailleurs , est-il vraisemblable que les petits miroirs de nos physiciens renvoient les rayoas du soleil avec une partie de leur clialeur à une distance plus que centuple de leurdiamètre , et que les réverbères célestes soient saits action? Celui de l'anneau de Saturne, de plusdeneuf mille cinq cents lieues de diamètre , en doit avoir ane très- forte, à une distance égale à sa largeur.
Les flancs méridionaux d'une simpUï montagne réverbèrent la clialeur des rayons solaires quelquefois sur tout son horiztm. J^ nature a-t-elle moins de sagacité que nos philosophes, ou fait-elle comme eux (pielquefois des expériences en vain ? A quoi seniraient ces lunes nombreuses et cet
aiuieau meneilleux , s'ils ne renvoyaient qu'une lumière sans chaleur sur une planète en congélation ? Quoique l'anneau horizontal de Saturne soit mince, il n'est (ms plan dans sa surface , oomme on l'avait d'alxird supposé. Uerschell y a découvert des ombres; et c'est même par leur nioj'cn ([u'il s'est assuré qu'il tournait autour de SaUinie, et dans le plan de son équateur, en dix heures dix-huit minutes, c'est-à-nlire un peu plus vile que Jupiter sur lui-même, et un peu moins vile 4|ue Saturne y dont la rotation est de dix lieures douze minutes. Je conclus de ces omtires quH a des montagnes ; et de la lumière édalante (ju'elles renvoient , qu'elles sont disposées et figurées en réverbères, ainsi que nous le verrons en parlant des montagnes de la lune.
Je crois de plus que cet anneau non-seulement jette son ombre hors de Saturne, quand le soleil réclaire en dessus ou en dessous , mais qu'il n'en |>orle i)oint du tout sur la planète , même quand il est éclairé horizontalement. Je suppose, pour cet effet, que les deux bandes qui le composent ne sont pas tout-à-foit dans le même plan, que l'extérieure est un peu plus .élevée que l'intérieure , et (|uc c'est cette élévation qui produit la petite ombre circulaire que l'on aperçoit dans le milieu de l'amieau. Par cette différence de plan, les rayaos du soleil {tassent horizontalement entre les deux bandes et \ont éclairer l'équateur de Saturne, conmic les rayons visuels de l'astronome Ileiscliell y ont passé obliquement pour voir une étoOe. 1^ lumière solaira , de plus , doit être réfractée et divcrgée dans ce passage, par les montagnes de ces deux Itandes , disposées en réverbères , qui d'ailleurs peuvent avoir leur limbe intérieur beaucoup plus mince que l'extérieur. Certainement b nature n'a {las mis moins d'intelligence dans la construction des planètes que dans celle des flenn, où elle emploie une géométrie si sublime et lî variée. Le double anneau de Saturne ne lui a pas plus coOté que le double rang de pétales d'une marguerite ; tous deux servent au même usage, à réverbérer les rayons du soleil sur leur disque. \jBi nature , qui semble avoir patronné la plupart des Heurs sur celui de l'astre du jour, en leur donnant un petit hémisplière à leur centre et des rayons autour, semble avoir voulu modeler Saturne , avec son anneau et ses lunes , sur le solefl lui-même avec tout son système planétaire. Comme le soleil a une atmos|)lière de lumière et sept planètes , dont la dernière , Hcrsdiell , est à une distance double de Saturne , Saturne a pareillement un amieau lumineux et sept satellites , dont le dernier est à une distance donÛe du pénniliènie.
DE SATURNE
Ceilainemenl des harmonies si merveillcnses ne {«nTent se rapporter à une aveugle attraction. Les satellites de Saturne, d'un diamètre à peu près r^, sont à des distances de lui fort différentes ; ces distances paraû^sent être dans des proportions $einl)lables à celles des planètes du soleil, (pjoiqaecellesKïi soient, au contraire, de grosseurs fort inégales. Il parait que la nature a voulu compenser Saturne , en lui donnant dans ses lunes une idée de nos planètes, dont la plupart lui sont invisibles, mais surtout en lui rendant une partie des bienfaits de la lumière du soleil , dont il est si éloigné. Il semble encore qu'elle ait voulu réunir dans ia zone glaciale céleste tous les reflets de Tastre de la lomière, partant d'anneaux et de lunes qui la réfléchissent, comme elle les a répétés dans la zone glaciale terrestre, par les parélies et les aurores boréales. Mais leurs plus brillans effets n'ont rien de comparable aux jours et aux nuits de Saturne. Si le soleil éclaire chacun de nos pôles pendant six mois, il échauffe tour à tour ceux de Saturne pendant quinze ans. Cette longue action, quoique faible, doit donner à leurs végétaux un développement bien supérieur à celui qu'éprouvent les nôtres dans des étés fort courts; mais rien n'égale la magnificence de leurs nuits, et peut-être la doucearde leur température. Quand les habitans d'un hémisphère sont dans l'obscurité la plus profonde, nn double anneau lumineux, de plus de neuf mille cinq cents lieues de largeur, apparaît sur leur iiorizon. Ils le voient , de chaque hémisphère , à peu près de sa grandeur naturelle; car sa distance est égale à son étendue, et est la plus favorable pour apercevoir un objet dans toutes ses paities ; d'ailleurs cet anneau s'incline vers eux de trente degrés. Malgré les ténèbres de la nuit, ils le dis> linguent aussi aisément qu'un navigateur , qui côtoie, dans l'obscurité, le rivage d'une Ile, en distingue les collines, les rivières et les montagnes lointaines, éclairées par les rayons du soleil. Ainsi, ils voient, hors de leur globe, des mers nouvelles, dévastes continens, de longues chaînes de montagnes , et toute la topographie d'un grand corps {ilanétaire. Rien n'égale la beauté de ce superbe horizon , dont les monts et les eaux leur envoient de toutes parts des gerbes de lumière. Sept lunes qui le couronnent , s'élèvent au-dessus de lui avec autant d'éclat que de majesté. La plus voisine , qoi en est à quarante-deux mille lieues, leur apparaît sept fois plus large que nous ne voyons notre lune, car elle est du diamètre de la. terre; les autres vont en diminuant de grandeur jusqu'à la plus éloignée, qui, à plus de huit cent mille lieues de distance , leur apparaît encore de la moitié de
notre lune , et toutes ensemble fonnent , sur un ciel étoile, des perspectives ravissantes. Quand les rayons d'un soleil lointain ont allumé les atmosphères de ces magnifiques réverbères , mille et mille tableaux lumineux se peignent à la fois aux yeux des habitans de Saturne.. Leurs jouissances sont incomparablement plus grandes que celtes d'un amateur de tableaux, qui, dans un riche muséum de peinture , arrête d'abord ses regards sur celui d'un grand maître, et qui bnile d'impatience de voir les tableaux de la même main qui sont à la suite les uns des autres : le plaisir qui le charme s'accroît encore par celui qui l'attend. Cependant tous ces corps planétaires n'offrent point à leurs spectateurs des points de vue isolés et toujours permanens ; ils voient le double anneau , de plus de neuf mille cinq cents lieues de largeur, avec tous ses conlinens, toutes ses mers, toutes ses montagnes , ses Iles et ses fleuves , et sa circonfé* renée de plus de deux cent mille lieues, pa**ser sous leurs yeux en dix heures de temps. Leur ravissement est mille fois plus grand que celui d'un homme qui , n'étant jamais sorti de son village, lit pour la première fois une relation de voyage à la mer du Sud, et qui, dans quelques heures , fait en esprit le tour du monde. Ils doivent voir sur les deux faces de leur anneau , des effets qui existent sm* les deux hémisphères de notre globe, et que l'œil humain n'y peut saisir à ia fois ; ils doivent y voir encore deux atmosphères , l'une supérieure , l'autre inférieure , et des lies et des clialnes de montagnes adossées par leurs ba ses. S'ils ont un Herschell , ils doivent distinguer dans des ferres si voisines, des rivières, des forêts, des troupeaux, des amans et des amantes opposés par leurs pieds, et qui se donnent les mains aux extrémités de leur anneau. S'ils ont un Montgolfier ou un Charles , ils peuvent s'y transporter dans les airs. La circonférence de notre terre, que nos vaisseaux parcourent si fréquemment , n'est guère moins étendue que la distance de leur globe à leur anneau , probablement enveloppés l'un et l'autre de la même atmosphère. Au mouvement circulaire de leur anneau , se joint celui de leurs sept lunes , qui, à des distances inégales, quoique de diamètres égaux , parcourent dans les cieux des cercles particuliers avec des vitesses différentes. Par une providence admirable , ces lunes ne circulent point dans le même plan , suivant les lois prétendues de l'attraction ; mais leurs orbites particulières sont plus ou moins inclinées sur l'éqnateur de Saturne, en sorte qu'elles ne s'édipseiit que dans leurs nœuds , c'est-à-dire dans les points où leurs orbites se croisent. Des bergers et des bergères qui
IIARMONIKS SOLAIRKS
dansent en rond autour d*un mai (ju*il.s ont plante, ou de jeunes garçons et de jeunes tilles qui sautent de joie autour d^une grande meule de blé qu'ils ont moissonne, n'ont point des mouveniens aussi variés et aussi gracieux que ces reines des luiils autour du globe qu'elles éclairent et qu'elles fécoïKlent. Si les nuits de ces liabitations célestes ont tant de lieautés, leurs jours n'en ont jas moins. Leur lumière, comiwsée à la fois des rellcls argentés de tant de planètes et de la lumière don'^e du ^)leil, est semblable à celle que cet astre rt|)and dans nos forêts à travers les feuillages , tandis que quelques-uns de ses rayons, {ténétranl dans leur sein, brillent çà et là sur les ti-oncs moussus des arbres et au sein des eaux : ce sont des cliiii*s de lune entremêlés d'aurores. Leiu* glt»be , divist* en zones de terres et de mers , connut' celui fie Jupiter, n'a |X)int de montagnes dont l'élévation puisse empècber, par des ond)res prolongées, l'action d'ime lumière lointaine et horizontale; aussi il jette moins d'éclat (pie ses réverbères. Son territoire ne doit être couvert que de collines et de longues i)elouses plantées de cèdres et de gent!vriers. C'est là (pie ces habiUuis paissent leurs troupeaux sur les rivages de leurs terres tranquilles; du sein de leur doux cn'puscule , ils jouksent du spectacle brillant et toujours renouveh'; «{ui les environne. I^ fable n'a rien imaginé d'aussi merveilleux que ce qu'a exécuté autour d'eux la nature. Ces tableaux de leur bonheur ne sont point produits par mon imagination , exaltée par le sentiment d'une Provi(ience toute puissante : je n'en offre ici qu'un misérable cro(iiiis , mais tracé avec une précision a.stronomique. Si bleu a donné aux liabitans de Saturne, reculés aux extrémités de notre univers , une image de son ensemble dans les planètes secondaires qui les environnent, que n'a-t-il donc ]kis fait pour les liabitaas immortels du soleil , placés au centre de nos mondes , et «[ui en aperçoivent le système planétaire tout entier? Eux seuls, aux sources de la vie, en ont toutes les jouissance; tandis (|iie nous autres, faibles mortels , é|)ars dans lt»s différens glol>es , n'en avoas qup des reflets.
IIAKMOMI^S SOLAIUKS
D'IlERSCllELL.
a Quand même on supposerait, dit Voltaire, dans ses K/piMeii5 de !a PhUosopliie de Swion, quelque autre planète que Saturne, qui ferait sa révolution autour du soleil , par exemple , à six cents millions de lieues de distan(*e du centre universel de notre système, de quoi lui seniraienl la
lumière et la chaleur de cet astre, dans une distancf où il ne paraîtrait pas plus grand cpie ne nous paraissent Jupiter ou Vénus.' J'ai supposé six cenUs millions de lieues de dislance moyenne de ce pivtendu coi'i» au soleil , parce que, si cette dtstanee était moindre , les planètes s'attireraient et s'embarrasseraient trop |Kir leur gravitation réciproque. »
A la louange de Voltaire et de Nen'lua, on an moins du système de la gravitatiiHi , IlersdieU a découvert une nouvelle planète à six cents miUiOiiâ deux cent mille lieues de distance moyenne au soleil; il Ta ap|»elée V Astre de Geonjes II, pour honorer la mémoire du nù d' A nglelerre, son bienfaiteur; (fautrcs astronomes l'ont nomniée Vrama, mais la pluiKirt lui ont donné te nom tïUerseheU, et c'est avec grande justice. Chacun doit recueillir la gloire de ses travaux, et le nom d*im fildlosopbe est encore plus digne du souvenir des liommet. ({ue celui d'un roi ou d'un dieu de la faAilc.
T^ nature a donc placé la planète d'HersdieU à plus de six cent cinquante millions de lieues dusDleil , daas sa plus grande distance de cet astre : au doute elle paiiicipe à sa lumière et à sa chalear, car la nature n'a rien fait en vain. Il est trës-potsîble (|ue le soleil paraisse plus grand que Jupiter m Vénus sur l'hori/ou d'IIerscliell, si celte planète est environnée d'une grande atmosphère, comme il est vralseinblal)le. Elle a douze mille sept oeot soixante lieues de diamètre, c'est-à-dire envinn dix-ludt fois pliLs de surface que la terre, et quatrevingts fois [)lus de grosseur ^
Les distances des planètes au soleil se prouvent par la grandeur des angles sous lesquels elles l'a-
' Kllc «lécrit sou orbile annuelle autour du «ulrO daBsqi» trc-^ iugl-truis am ciuqiiantfMlpui jMors quatre heom dn uiinuU*i(. (juanl à sa révolutioii diurne , elle cait inconwr; llen^chell a olj(K>r\-(^ uu grand aphlitsement sur act pnlo. ])eut-rlr(' i>arcp que n'étant pas re^OU» déglaces et n'Hant pas lumineux . ils ci?»ienl d'élri! vlsjlrfos. il lui a déeooTcrl «s salelliU^ , dont le premier et le plus pruche bit m réfàUbm on cini| jours vinct et unn heures viugt-diiq minaleii k deuxième . en huit jour» dix-sept heures une inînulc diz-nerf MH;onde«i ; le trulsirme . en dix jmirs vingt-lriMs hnim qmtn> niinutf>8; le quatrit^nie, en treize jours oiwc heiimctaf minutes une «lectHHle; leciuquièmc, douMede la «UaUneedi i|uatriênie. en treute-huit jours une licurp quamilMtfitf minutes; et le sixième, quadruple de la disUim du risquirme, en UMit mi»t jours seize heure» c|uaranle miiuilrii. Ceit disUmces lu* M>nt |)oint marqueta ilanst notre Cemiuitsmirr des Tewp* , où l'on reinanpir, d'ankun.qnlf < beau(viup d'ulKieuritr' et de doutes n^pandus A devein ivIm dtk!ouvert4's de ne grand homme. Quoi qu'il en wîl. H^ schell MiiqM;<Muie h sa planète un doidtle aimeau puurV'd*' HT. eonune e^>lui de Saturne, n n'a pu découvrir le MV* diurne, l'n autre ayliimtmio vient d'y décsmivHr dnnM"' veaux Mtellile».
D'HERSCIIKLL.
perçoivent, et r(*c:|»roquciiieiil la ^raiideiir de ces angles par les distances des planètes. Quoique cet astre ne paraisse pas phis^nd surriiorizoncrilerschell que \tnns sur celui de la terre, il peut allnmer one forte chaleur daas sa vasle atmosphère , eomine une étincelle, au moyen de Tair, allume un incendie. Son influence électrique doit y être bien grande, puiscpie ses rayons réflécliis ont encore assez de force pour revenir d'Herscliell vers la terre, et se rendre sensibles à nos t(*lescopes, et uième à Tœil nu. Ilerschell, placé aux extrémilc's du système solaire , n*ai aperçoit pas |ilus les planètes qu'il n'en est aperçu; mais il voit |ient-èlre celles des systèmes voisins, qui en parcourent aussi les extrémités; il voit peut-être aussi les soleils lointains qui les éclairent, et, dans son immense orbite , il compte ses saisons |»ar des aurores étrangères; une vaste atmosphère doit les réfracter sur son horizon et en auicmenter les effets : il a siuis doute encore d'autres Ibvers de (chaleur, sur Wsquels ncNis sommes réduits à conjecturer. Mais ce n'est pas s'éloigner de la vraisemblance , que de supposer que les continens d'IIerschell sont fiar zones circulaires parallèles à son étpialeur, et entremêlées de zones maritimes, comme celles de Jupiter et de Saturne; que ses tenxiis, et surtout les polaires, au lieu d'être élevées en hautes montagnes comme celles de Mercure et de Vénus, voisines du soleil , ou dis|K>sées en pentes douces, comme celles de Jupiter et de Saturne, sont creusées, sur un plan uni, en vallées «pii réverbèrent les rayons du soleil. Il faut au moins accorder <\ la nature autant d'industrie qu'aux Chinois qui, sous le diinatde Pékin, où les rivières pMent tous les ans pendant six semaines, coastruisent des serres en forme de fossés, où ils font croître sans feu des primeurs penilant l'hiver. Le Créateur a placé des modèles de ces vallées diaudes au sein de la zone glaciale, comme il a placé des montagnes glaciales au milieu de la zone torride. Il est pr(»l)able que la planète d'Herschell a (\es volcaiLs sur ses rivages , qui en récliauffent le sol, connue le volcan de l'IJéda rédiauiïe le sol del'Ishuide. Peut-être les mousses et les lichens, qui décorent nos neiges de verdure, de pourpre et de fleurs, s'y élèvent à la hautenrdes arbres pendant des hivers de ({uarantedeux ans. Si de simples fougères de nos cli nuits parviennent à la hauteur des iralmiers dans notre zone torride, et si des mousses |)cndent connue de grandes draperies aux rameaux des sapins dans notre zone glaciale , celles-ci doivent former, vers les pôles d'Herschell , des forêts de laine et de soie. Les lidieiLs qui tapissent nos rochers, et dont les semences mûrissent malgré les après vents du nord,
doivent offrir dans leurs urnes de corail des asiles aux oiseaux, et |ieut-4Mie même à des bergî^res. Des poissons cétacés , comme des Iwileines et des am|)l)il)ic*s , tels que les chevaux marins, (pii s<' ])laL^nlau milieu des glaces flottantes, s'y engraissent sans doute dans de vastes mers , et y simt d'une grosseur proiligieuse : ils fournissent à ses hahitans les huiles nécessaires à leurs lampes et à leurs fuyei*s. ISous n'en dcv(ms pas douter, puis- (jue c'est en jiartie des huiles dm)mpos<'>es dfs poissons, que r0.é«n forme sur la terre les bit unies de ses eaux, et entretient des volcans qui brûlent sur ses riviiges.
Il est prol)«d)le que In nature leur a doimé, comme à nos l.niKMLs, (Hiur r(mi|W)gnous de leur vie, des anunaux de res(K'Ct; du renne , qui ne futlt (|ue la mousse, et «fui nnuiit à la fois en lui la toison di* la brebis, le lait de la vache, la force du cheval, l.-i patience tie Tâne et la légèreté du cerf. Ils ont sans doute aussi le chien lidèle, qui s'attache partout aux deslinm de l'honune , même les plus malheureuses, et que l'on trouve errant avec les Patagons sur les rivages désok^ du cap Honi. Mais la natun* n'a iH)int aliandonné une planète entière à la rigueur des hivers et à rintempérie des élémens. Si des glaces couvrent une grande (lartie d'Herschell, si des volcans flamitent et détonnent au milieu de ses mers , ses hahitans, réfugiés dans leurs vallées nu'ridionales, voient |»altre tranquillement autour d'eux leurs lrou|)eaux. Une nuit et un hiver de quarante-deux ans viennent-ils n>gner sur leur hémisphère, les reflets des neiges voisines, les feuv qui brûlent au sein des eaux, les clartt^ de leurs lunes, les aurores lointaines du soleil, les environnent encore d'une douce lumière. Rasseinhl(*s en famille avec leurs rennes et leurs chiens autour du même foyer, dans des grottes tapissées de mousse, l'épouse y réchauffe l'époux, le frère le frère, h sœur la sœur, l'enfant le vieillard. 1.à, ils clianlenl sans doute l&s douces affections ifui les rassemblent . Ils n'ont (loint de théiltres, {Mjiiil de bibliothèques, point de monumens qui leur rappeUent le souvenir des conquérans et des relierions (|ui les ont subjugués; rhistoii*e ne cherche point dans leurs crimes la matière de ses grands tableaux ; mais la poésie et la musi(|ue en tn)uvent d'inépuisables dans leurs vertus. Ils vivent connue ces Hy|)erl)oréeiLs aux- <}uels les anciens (irecs envoyaient, chaque année, de l'Ile de I)élos,des présens, comme des hoinmag(*s dus à rinnocence de leur vie. Leurs mœurs sont semblables à celles de nos lapons, qui diantent sur leurs tambours leurs affections, jiLsipi'A ce qu'ils aient con(|uis un ami; et leurs déplaisirs, jusqu'A ce qu'ils aient ramené à eux un ennemi. Ils vou^
r»36 lIAHMONIi:
iT!m*inblent , bons et pîiiiviTs Finlandais , cliezles- (|nels j'ai Inuivé fncnre des i rares i\v ces vertus pi ililan tropiques et de ces nnrurs hospitalières. Dans l'enfance de la raison, ils ont ccrnservê l'iiinocencc; ils n'ont jamais calomnie leurs semblables, ni versé leur s.uii: poju* le choix d'un système |)oliliquc. L-nis entre eux jwrles plus doux liens, ils vivent tranquilles , et ils meurent en |>aix ; ils n'honorenl (Hiinl un Dieu fait |)ar la main des honnnes, mais ils adorent rAiileur de la nature dans la nature même; cl si , placés daiis les limbes d'un do ses mondes, ils iiouvaieiil Ty méconnaître, ils en retnmveraient encore le sentiment dans le!ir propre coMir, pîir celui do leur félicité *.
HA n MO MES SOLAIRES
im.am:tairks.
Quoifiue je n'aie donné qu'im bien faible apen^u des harmonies itu soleil dans les planètes , il est aisé «le voir que ce n'est ni sa force centri[)ète, ni sa force centrifuge qui les ont dispersâmes dins Tordre où elles sont. Si cela était, h^ plus grosses seraient ou les plus voisines de lui, ou les plus éloi^iées, aiasi (jue je l'ai olïsené; elles seraient rangées autour de lui à des dislances proportionnées à leurs diamètres : or c'est ce qui n'est pas. Herscliell en est bien plus éloigné que la ten-e, quoiqu'il soit plus de soixante-quatre fois plus gros; et Vénus en e^t plusprt's, quoique de même grosseur à |»eu près que notre [ilanète. En vain leur sup|M)sc-t-on des densités différentes; elles devraient au moins être toutes dans le plan de son iH|uateur : leurs orbites, au contraire, sont inclinées sur lui du même côté, sous différens angles*; de sorte rpie ces planètes ne s'éclipsent que dans leurs nouuls, c'est -à-«lire au i>oint oïi leurs orbites se croisent. Sans cette dis[)osition admirable elles se fussent éclipsiks fmpiemment, et les plus voisines du soleil eussent enlevé la lumière aux plus éloignées. Il n'en est pas ainsi de l'inclinaison des orbites des satellites, par rap))ort à leurs planètes. Tous ceux d'une planiHc sont sur le même plan, et
' Piaui et OlbcrLs ont di'cuiivcrt lirpuls jm'ii i\o\i\ plaiirtes lUMivclIos; llorst^holl liMir a iluiiiif* le nom il'attf'ruidrs. I«nr «piVlIc^ ont qnrl(|nc reMjtenililanri" avit* lis {n'IjU**» étoiles.
' L'orltitr tin Mercure est de (piatorze de^^s viii^ niinntes; celle de Vt^nm, de dix di*i;iiVH (|uararile-trois minutes vin^ MTOiiden; de la ti^rre, de .^pt di>f!i*(^ Tiii«>t minnles:de Mars, de neufdei^iti^ onze minules; de Jupiter, d(> hniltleicri'S trente-neuf minute» dix M'oondes ; de Saturne , de neuf degrés cinquante minutes vinçt 8<'00iides:d'llerNeliell,de liuitdejréî* n\\ minuleN vinpt-ciiK) secondes.