‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 64 sur 116 · SUR LA TERRE · texte numérisé non relu

SUR LA TERRE

Si l'on s'en rapporte aux témoignages des hommes ({ui sont le plus à portée , par leurs travaux , d'observer les pliases de la lune, et les plus intéressés à en coimaitre les effets, on ne i>eut douter qu'elle n'influe sur toutes les révolutions de l'atmosphère. Les gens de mer et les gens de terre, je veux dire les matelots et les cultivateurs , attendent toujours quelque cliangement de tem|)s de la nouvelle et de la pleine lune, et même de son lever et de son coucher. Les matelots disent en proverl)e : a que la lune mange les nuages. » J'en tii éprouvé plusieurs fois la vérité , surtout sur la mer.

HAUMOMES SOLAIRES

011 je n'avais gii(^re h ol)server que le ciel. J'ai vu assez souvent, nu roudier du soleil, (lesnuajf^os obscurs, qui annonçaient des oi-hîtos pour la nuit , se dissiper eulièrenirnt au lever de la lune : on voyait ses rayons les dissoudre sensii)lenienl, de sorte (|u'au bout iKune heure ou deux , leur douce hllni^re brillait sur les flots. Les (loètes anciens n'auraient [las manqué de dire (|ue c'était Junon , ou plutôt Vénus, qui désarmait Jufiiter et lui en- 1e\'ait la foudre. Ils attribuaient à la lune un caractère féminin , non |)Our ses inc<2:alités , mais principalement \wi\\' la doucein- de son influence. Pliiie dit qu'elle résout et dénoue ce (|ue le soleil assemble. Il aflirme|)ositivementJiv. i\,cli.\\xi. que lorsqu'elle est pleine, elle atticnlit le froid de la nuit jwir s^'s rayoïLs. Il cite en preuve les poissons crustacés, comme les cancres et les lan^)ustes, qui se retirent, dit-il, en hiver, sur les plai|:es et les côtes les [ilus exposées au soleil , [Kirce qu'ils craî<;nent l)eaucoup le froid; et qui se montrent , au printemps et en automne, princi[)alement cpiand la lune est ])leinc, à cause de la chaleur qu'ils en reçoivent. Il est certain que puisqu'elle réfléchit une partie de la lumière du soleil, elle doit renvoyer aussi une partie de sa chaleur. Euripide lui donne le nom de fille du soleil , (|uoiqu'elle fût regardée en jçénéral comme sa sTur. C'est peut-tHre dans le sens d'Euripide (jue Virgile, qui donne au soleil le nom de Pliœbns , donne à la lune le nom de Phn»lH». Les anciens supposaient ()ue l'astre du jour était traîné sur un char attelé de quatre chevaux , sans doute pour désiîrncr son cours divisé en quatre saisons ; mais ils n'en doimaient que deux à la lune. Quchpies-uns les imai^inaient tout blancs; d'autres, plus in<;énieux, supiN)saient (pie Tuu était blanc et l'autre noir : au reste, ils armaient éfîalement le frère et la scpur d'un arc et d'un (Mrquois. Quand Homère, au milieu de ses comlKits meurtriers, |>arle de la moit naturelle d*un de ses héros, il dit que Diane Ta I>ercé de ses douces flèches. On voit, iwir ces allégories et pfir plusieurs autres, (pic les (irecs n'ignoraient pas les princifKiles influences de la lune; et si leurs connaissances avaient ét('' aussi étendues en physique (pie leur goût ('tait ex(piis en poésie , ils auraient fait présider la hmc aux principales harmonies de la nature , en variant simplement ses atours; mais ils ainuVent mieux distribuer ses différentes fondions à plusieurs autres divinités. Ainsi ils mirent Fair sous l'empire de Junon, la mer sous celui de Neptune, la terre sous (îdui de Cyl)èle.

Ce sont les hannonies du soleil (^t de la lune qui font souffler les vent,s de nonl-(\st et de sui!-est, (!e chaque nMé de l'fViuateur , dans la zone torride.

qu'ils rafraîchissent sans cesse, parce qu'ils pailicipent du p(>le iionl et du pôle sud. Ce sont elles qui, dans notre hémisphère, rendent le vent d'orient sec, [wrce qu'il traverse, pour venir à nous, le continent vaste et élevé de l'Asie. I^ vent opposé du couchant est humide , parce qu'il passe sur l'océan \tlantique, dont il nous apporte les vapeura. Le vent du midi est chaud , ftarce qu'il vieiil de la zone torride; et le vent opposé du nord est froid, parce (piMl souffle du [kîle, toujours couvert de glaces fwr l'éloignement de ces astres. De ces quatre vents, le sec et l'humide, le chaud et le froid, se composent toutes les tempi'ratures de Tatmosphère. Ce (|u'il y a d'admirable , c'est que, qtiel- (pie irn'gulière que soit en apparence la circonf('>reiice du glol)e , il n'y a aucun lien , soit au sein des mers, soit au sein des contineiLs, dans les zones torrides, tempérées ou glaciales, qui n'éprouve des harmonies semblables, par des montagnes à gku^es et [Kir des médit erranées, ou t)ar les vents su|)érieurs et hiférieurs, ou par des étés et par des hivers. Elles sont les mêmes avec des moyens différens , dans riiéiuisphère opposi' au iKjtrc : le vent d'orient y est humide ; celui du (touchant , sec; du nord, cliaiHl; et du sud, froid. C'est le soleil et la lune qui, dans leurs cours . varient les vents , (wur la lenipéFatiire de l'atmosphère, la circulation des eaux, la régénération des minéraux, la végétation des plantes, la respiration des animaux, les navigations des hommes. (]e sont ces astres qui , après avoir établi entre les vents une si'vie d'harmonies physiques, aériennes, aquatii|ues, terrestres, végétales , -animales et humaines, en font naître, pour ainsi dire, de morales entre eux. Ils leur en donnent de fraternelles et de sororales , l(»rsqne le soleil retourne au solstice d'hiver, et la lune à notre solstice d*été; ils font souffler tous les dérivés du nonl et de l'ouest , ou ceux de l'ouest et du sud , qui sont en consoiinances fi-aterne les, et se tenqièrent les uns les autres. Ils leur en donnent de conjugales, lors- ()u*élant réunis à ré(piateur, àr(H]uinoxe du printenqts , ils opi^osent au vent du nord (pii condense, celui du sud qui dilate; et à celui d'orient qui dessèche, celui d'occident qui humecle; et préparent, |)ar ces contrastes , les amours des êtres organisés. Ils lc>ur en donnent de maternelles, lorsque le soleil, au solstice d'été, et la lune, à notre solstice d'hiver, font souffler les vents d'est, qui mi'trissent les semences et favorisent les générations des animaux. C'est alors <pie les |)elits oiseaux sortent, de toutes parts, de leurs nids, et que les abeilles donnent leurs derniers essahns.

I>>s vents qui soufflent à ces trois époques de-

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