‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 65 sur 116 · ET LUNAIRES · texte numérisé non relu

ET LUNAIRES

vnieDt s'appeler fraternels, conjugaux et inalernds, parce que l'amitié natt des eonsoanances , FanMHir des oonirastes , et la maternité des générations. Mais lorsque le soleil et la Inné , près de changer d'hémisphère, se rencontrent à l'éqninoxe d'antomne , ils groupent les vents en tribus ou en espèces de même genre. C'est alors qu'ils font ^ffler tous les enfens du nord , pour transporter vers le midi les tribus innombrables des hirondelles, des cailles, des ramiers, qui traversent les mers pour s'établir dans des climats plus tempérés. Les astres assemblent les vents en divers genres , ou en nations, lorsqu'ils les* font soufQer tour à tour trenle-deax rumbs de notre horizon , et enfin sphériquement, lorsqu'ils liarmonienl les vents de chaque horizon avec ceux de tous les autres horizons du globe ; et qu'au bout de l'année , ils ont fiût circuler toute l'atmosphère d'un pôle à l'autre. Nous avons va, dans le cours de cet ouvrage, les harmonies des astres et des êtres animés; mais ces harmonies sont inépuisables. Tons les animaux ont les phases de leur vie réglées sur celles du M)leO et de la lune. A peine l'astre du jour est-il soQs rhorizon, que les animaux sont frappés de léthargie, à l'exception de cew^ de la nuit. La veiDée de ceux-ci prouve , ainsi que tant d'autres <ifiets de la nature , qae le sommeil n'est pas un simple résultat mécanique de l'absence du soleil. Us insectes immobiles sont réfugiés dans le sein des plantes ; les oiseaux, nichés dans leur feuillage, K reposent la tête sous leurs ailes ; les troupeaux % couchent à l'abri des baies ; le chien vigilant <FÛ les garde s'endort auprès d'eux, après avoir tourné plusieurs fois sur lui-m^me. Toutes les foociioos de l'intelligence sont suspendues dans l'absence de l'astre qui en produit les images. ^)endant plusieurs êtres ont déjà terminé leur coorse et leur existence : la moudie éphémère ne voit point deux aurores. Bientôt l'astre des nuits ^t rendre nne nouvelle vie au monde. Cet astre ^ comme celui des jours, ses plantes, ses insectes, ^ oiseaux , ses quadrupèdes : c'est à sa clarté douteuse qne le mirabilis et l'arbre triste ouvrent icors fleurs^ que plusieurs espèces de poissons vofagent; qne les tortues viennent pondre snr les Stores solitaires ; et que l'oiseau du printemps , le >"068ignol, aime à foire retentir de ses chansons les échos des forêts. Cependant les cercles de la ^ s'étendent avec ceux des jours , et la lune en ^^nne différens périodes. Beaucoup d'espèces d'insectes ne vivent qu'un de ses quartiers ; d'autres , onedemî-lmiaison; d'autres, une lunaison; d'autres parcourent une saison entière , et meurent au ^stloe d'été : le plus grand nombre périt à

ŒUVBES POSTHUMES.

l'éqninoxe d'automne, lorsque le soleil va éclairer un autre hémisphère. C'est alors que la marmotte se cache et s'endort dans le creux des rochera, pour ne se réveiller qu'à l'équinoxe du printemps : l'année n'est ponr elle qn'un jour et qu'une nuit de six mo». Ainsi, cet animal, par ses mœurs, établit une nouvelle concoitlance entre les hautes montagnes à glaces qu'il habite et les pôles du monde. Cependant une foule d'animanx, aux mêmes époques, suspendent leurs travaux dans notre hémisphère. Les abeilles se reposent dans leurs niches; plusieurs espèces d'oiseaux , conome les cailles et les hirondelles, suivent le cours du soleil et passent dans lliémisfrfière qu'il réehaafTe, tandis qu'une multitude d'êtres périssent dans œlui qu'il abandonne. Les animaux carnivores se dispersent de tontes parts pour en dévorer les dépouilles. Les renards fourrés et les ours blancs pénètrent jusqn'au sein de la zone glaciale , dans des régions de neiges et de glaces qu'aucun animal vivant ne peut habiter. Mais les courans de l'Océan déposent encore sur leurs rivages les débris de quantité de corps marins , qui viennent des zones tempérées et torrides. Ainsi , l'instinct qni porte les renards et les ours blancs sur les côtes maritimes de notre zone glaciale, dans son hiver, prouve que les courans de l'Océan leur apportent des nourritures; ce qui ne pourrait arriver, si ces courans ne descendaient du pôle opposé.

Conune la puissance solaire a établi des zones torrides , tempérées et glaciales dans les deux , et qu'elle les a répétées sur la terre, elle a tracé aussi aux planètes des orbites d'un mois , de trois mois, de huit mois, de deux ans, de douze ans, de trente ans, de quatre-vingt-quatre ans, qu'elle semble répéter sur la terre, dans des vies végétales et animales de la même durée. Plusieurs espèces d'insectes , tels que les papillons , vivent depuis un mois jusqu'à huit ; les hannetons, deux ans , ou nne année de Mars. Plusieurs oiseaux et quadrupèdes , entre autres les chèvres , vivent douze ans, on une année de Jupiter; les chevaux, trente ans, ou une année de Saturne; les hommes, quatre-vingtHfuatre ans, ou une année d'Herschell : d'antres , surtout parmi les poissons, vivent des siècles et semblent avoir leur vie réglée sur celle des comètes.

Quoi qu'il en soit , les animaux qui meurent de vieillesse , meurent comme ils sont nés, sans s'en apercevoir. Les derniers degrés de la descente de la vie sont d'une pente aussi douce que ceux de la montée. Une vaine ambition ne leur en fait point franchir les précipices et les pics. Fidèles aux lois qu'ils ont reçues de la nature, ils lui rendent leurs

FRAGMENT

instincts , de>'eniis nntiles ilarL«: des machines usées; ils expirent sans regrets, sans remords et saas murnmres : c'est pour l'ordinaire la nuit , à la clarté de la lune» et aux épo4|ues de ses diverses pliases. Comme elle a noué les premiers liens de leur ame à leur naissance, dans leurs amours et dans leur {Mstérité, elle les dénoue encore à leur mort. C'est elle qui éclaire encore leurs s<{ueletles de son pâle flambeau , et les couvre de ses crêpes funèbres, tandis que la terre, leur mère commune, qui les attire dans son sein, les décore du large feuillage de la bardane ou des guirlandes du lierre. Le temps, connue un moissonneur, les sème et les fauche , génération par génération ; mais il plante et recueille, brin à brin , connue un jardinier, les individus de Tespèce humaine. Tous les genres d'animaux forment entre eux une chahie de vie et de mort en liarmonie sitlérale, dont chaque espèce fait un anneau; mais le genre humain en com|)Ose à lui seul une semblable , fonnée d'individus qui naissent et meurent à cliaque instant.

Cependant, que l'homme ne se plaigne iM)inl de la courte durée de sa vie : lorsque ses liarmonies terrestres seront détruites, ses liannonies célestes subsisteront encore. L'Eteincl a attaché à son coips quelques années d'amertume et de misère ; mais il a donné a son ame une éternité de joie et de ravissement. Ce n'est point un être condamné seulement à ram[»er sur ce globe , à en décliirer le sein avec le fer pour soutenir une frêle existence: sa vie n'est qu'un passage , mais elle a un but , et ce but est sublime. Voyez-le expirant sur son lit de douleur : déjà il contemple un Dieu prêt à le recevoir. Cet être si faible , si mist'rable, aurait-il donc une pensée que n'aurait pas eue le Créateur ile toutes les |)ensées ? Ce n'est point en vaut qu'il a entrevu d'aussi grandes destinées ! Il quitte un monde de ténèbres pour un monde de lumière ; il i|uiite des infortunés, des mourans connue lui, pour un séjour où l'on ne meurt plus. Sa j(»e sera de ne voir que des heureux. Il sera rassasié de volupté. O transports de l'homme, lorsque, tout douloureux encore des angoisses de la vie, il voit le ciel s'ouvrir devant lui ! Ce n'est plus un être de (loussière, c'est un ange , une divinité qui s'élance au milieu des soleils ! Il y a un instant qu'il était esclave et chargé de fers; maintenant le voici maître d'un empire et de l'éternité. Triste et souffrant, il se traînait pas à pas vers la mort , et il lui t'chappe, éblouissant de lumière. Il habitait un monde couvert de cyprès, arrosé de lannes, où tout cliangc , où tout meurt , où l'on n'aime que poin* souffrir , où l'on ne se rencontre que pour se 4{uitter, où le plaisir même conduit à la mort ;

maintenant le voici dans le séjour oà tout est étemel. Son ame s'embrase d'un anMNir qui ne peut finir, et du haut du ciel il jette un regard triompliant vers la terre , où l'on pleure , et on il n'est plus.

FIN DES HARMONIES DE LA NATUBE

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