SIR
lA THKORIE DE L'UNIVERS.
AVIS DE l/EDITEUR.
Réunir uu certain nombre d'obsenationssurlei phé- Doinènes de la iiature , c^est former ou enrichir ooe hdence ; rattacher ces observatioiis à une grande peorte qui les explicjue, c'est faire un système. Aind, Vétaàt du mouvement de« astres , celle des modificalioiii de la matière, constituent Tastronomie et la chimie ; l'attiiC' tioii et les affinités ne sont que detHillaoles fictkmtydoal la plus simple découverte peut tout à coup nous rérékr Terreur. \je génie invente et cniit deviner, et c'etf ««vent par une création subliuie qu'il échappe à la boalr d*a\ouer sa fisiblessc.
No craignons pas de le dire , sans les idées systAnfiques, les phénomènes de la natore seraient peu tmpris. Nous iiuaginons des lob qui les ex|diqucal, é c*est ainsi que les sciences se forment d*une soite f^ ser?ations et de théories. Que ces théories soient féoeraleuieut adoptées, les savans oublient qn'cUei loal rœuvre de Timagination , ils apprennent à leicroire,ct sondain elles deviennent pour eui l'œuvre de la féÂé. Malheur alors au génie lilire et hardi qui oae pcnMr ce que d'autres n'ont pas pensé avant lui ! Si ses pra|vei olisenations lui apprennent à douter des obseiiilioBi déjà faites ; s'il tente de donner une explication plospn* bable de quelques-unes des lois de l'uniTers , aonlM le corps entier des savans se lève pour le reponsser, et in adorateurs des systèmes adoptés croient le fi»"'*«"»«' sans retour en l'accusant de créer un s^itème.
Tel fut le sort de Bernardin de Saint-Pierre : on bn reprocha l'esprit systématique, comme si œt e^irit n'était pas celui de toutes les sciences , comme sH or faisait pas partie de son admirable talent : non seohnMit il lui doit les plus heureuses découvertes, mais en se livrant à ses inspirations, il s'ouvre de tous côtés des rootn nouvelles, et nous fait entrevoir une nmltitode de perspectives aussi ravissantes qu'inattendues. Dans le on»bredc ces idées systématiques , la plusoélèbreansdoole est la théorie des marées. L'auteur en fil Pobjetd'éhidei longues et profondes. Paul et Virginie est un délwr ment de ses Etudes, quelques mois sufllrent ponrricbever. La Chaumière indienne ftit écrite en qoiiw jours : les Vcntx d'un solitaire n'ont guère ooàlé pta de temps ; mais le système de Tmii vers était l'Idée habituelle de l'auteur. On en retrouve des traces duH Um ses écrits : ses lectures, ses recherches, srsolMervalioii
SUR LA THÉORIE DÉ L'UNIVERS
Temient se^ufondre dans cette pensée itniqne : elleflt le charme lie ses beaux jours ; elle le oousola au déclin de la TÎe, et c^est d'une main presque mourante quMl rassemblait ces dernières preuves de sa théorie de Tuni- Ters. En me livrant à ces études > disait-il , j'échappe aux douleurs de la vieillesse ; la mort même ne pourra m'en distraire, et je ne ferai que passer de la^ contemplation de b nature à la contemplation de son auteur.
Et comment ne se serait-il pas attaché â dcsidéesqui •semblaient expliquer des phénomènes jusqu'alors inexplicables ! Quelle théorie avait mieux résolu ces grandes questions que la science se fait encore, celle des feusscs ▼igies qui intéressent les noarins de toutes les nations ; du flux et du reflux de l'Eiuipe ; de la station des mersmédi-* lerranées ; des marées qu'éprouvent plusieurs lacs et plusieurs rivières qui avoisinent les montagnes à glace; enfln le retard des marées de rOcéan,dont la cause est dans la damnation graduelle des coupoles glacées dont elles tirent leurorigine? L'auteur n'aurait-il donc imaginéqu'un rapprochement ingénieux, en plaçant les sources de la mer dans ces coupoles immenses qui hérissent les pôles, «onmie les physiciens placent la source des fleuves dans Jea montagnes de granit qui hérissent la terre ? Les ha taDeemens du globe sur son axe, Téquilibre des mers, Fexîstenoe des courans , semblent une suite nécessaire de la fonte périodique des glaces polaires ; et lors même qn^on ne verrait dans cette théorie qu'une des idctions lêi plus surprenantes de la science, il faudrait au moins Icnfar compte à l'auteur d'avoir le premier appelé l'atlenHofi do savanssur la direction constante des courans généraux de la mer : heureuse découverte qui doit faci- Hierla communication des peuples , et aider l'homme à Mr la conquête de tous les climats. Mais l'auteur ne ai'^rrèle point à ces spéculations ; il peint la nature, lorsqu'il semble ne vouloir que l'expliquer. Tournez vos regards vers les pôles ; figurez-vous un ciel toujours néboleax , un soleil rougeâtre et qui expire à l'horizon , des montagnes de glaces dont les cimes , c ouvertes de sombres reflets, apparaissent à peine à travers les brumes épaisses : dans ce vaste empire de l'hiver, on n'enleod que les mngissemens de la bise et les cris sinistres des pétrels ; on ne volt que de noires luileincs qui voguent en silence, vers ces limites de l'univers, où le paisible Groénlandais les attend , immobile sur sa barque : eh bien '. c*est au milieu de ce chaos des élémens que TOUS allex entrevoir la source de tous les trésors de la milnre , comme vous venez d'y découvrir la cause de ses plus étonnans phénomènes.
Lorsqu'à l'éqoinoxe du printemps le soleil vient à tnpper ces masses énormes , elles s'ébranlent avec un frseas horrible; il semble que le continent entier se met en moovement. Elles parient environnées de fucus etde vsfedu d*un vert noir et meurtri ; on dirait les longs cotdages, les voiles en lambeaux et les débris de quelques Taiaseaux naufragés. Mais ces glaces , ces débris sont destinés à conserver et non à détruire. La main de rÉtemel y a placé les vents qui rafraîchissent nos climats , et les douces rosées qui les fécondent ; elle y a rassemblé ces légions de poissons , que déjà les pécheurs Attendent sur nos rivages. Les pôles se sont ouverts
comme des ateliers immenses, où la vie était prodiguée. Voilà la flotte pourvoyeuse de la terre, que la Providence envoie porter la fraîcheur dans la zone torride , et la chaleur dans les zones glacées , où eUe refoule les eaux attiédies de l'équaleur. Elle va changer en partant l'équilibredes pôles du monde, etrenouveler les sources de l'Océan.
Séduit par ces tableaux magnifiques , par ces idées ingénieuses , par ces rapprochemens inattendus , on se livre involontairement aux douces iUusions qu'ils font naître , et l'on éprouve le secret désir d'y trouver la vérité. Il semble que l'auteur nous révèle les lois du monde , et les prévoyances du pouvoir divin qui le gouverne. C'est aux savans à apprécier ces observations , et au temps à les juger. Sans doute il est possible de les combattre ; mais en les com- • battant, on doit les chérir; car elles sont présentées avec tant de charmes , elles ouvrent un champ si vaste aux spéculations de la science , elles indiquent enfin des moyens si nouveaux d'observer, que ceux mêmes qui veulent n'y voir que l'erreur, doivent au moins convenir qu'elles peuvent mettre sur la voie de la vérité. Puissent les savans qui la gardent, cette vérité, nous la montrer débarrassée de tous les c^ilculs qui la hérissent, et noas faire connaître Padmirable structure d'un monde aujourd'hui parcouru dans tous les sens 1 En attendant c&< heureuses découvertes, ceux qui doutent encore peuvent écouter sans fatigue , et peut-être avec quelque avantage , les récits d'Un simple pilote qui se délasse de ses travaux par les études les plus sublimes, et qui, en réunissant tontes les preuves de la théorie de l'auteur, le« présente avec autant de séduction que de simplicité. C'est l'entretien d'un marin et d*un vieillard : assis sur le tlllac, le pilote ne fait que raconter ce que lui ont appris de longs et périlleux voyages; et c'est en présence des phénomènes , qu'il essaie d'en expliquer les causes.
Quand le pilote fut parvenu, malgré le courant et les vents contraires, à sortir du labyrinthe de roches et de bancs de sable qui environnent, à l'est , les lies du Cap- Vert , il mit notre vaisseau en pleine mer, à peu près à i 4 degrés de latitude sud et à 25 lieues de la côte d'Afrique. Alors le vent vint à tomber; un grand calme Ini succéda, et nons étions menacés de retourner en arrière par le simple effet du courant général du sud , lorsque le sage pilote, ayant jeté la sonde et trouvé seulement 35 brasses d'eau, fit carguer toutes nos voiles et jeter deux ancres à notre avant. Aussitôt notre vaisseau mit le cap au sud, et se raffermit dans sa position en roidissant ses câbles. Il venait alors un léger souffle de vent du côté de terre , qui nous annonçait le voisinage de celle de Guinée, par le parfum de ses végétaux. C'est Teffet que produisent à une grande distance, surtout la nuit, les plantes qui croissent entre les tropiques.
Il pouvait être huit heures et demie du soir ; il
FRAGMENT
n'y avait pas niie deini-heure qu*oii avait changé de quart ; la moitié de notre équi()ag:e, qui était de fleirice, accablée de feti^es, dormait sur le pont; l'antre moitié était couchée au-dessous dans les liamacs ; les passagers étaient endormis : la même tranquillité régnait partout ; on n'entendait le bruit d'aucime manœuvre; la lune, dans son premier quartier, brillait sur la mer ; je sentais une sorte de volupté à voir ses flots , naguère si élevés et si bniyans lorsqu'ils se brisaient contre notre maltieureux vaisseau, maintenant fuir en silence le long de ses flancs , lorsque j'aperçus notre pilote sortir de sa cabane. Il s'avança vers notre avant, et m'ayant aperçu sur le tillac, s'approcha de moi et me dit : Voyez- vous ces nuages pommelés qui s'élèvent rapidement du côté de l'Afrique, et ce triple anneau lumineux et pâle qui entoure le disque de la lune? c'est signe que nous aurons dans peu un grand coup de vent d'est. Au reste, s'il est vioent, il nous sera peut-être favorable. Après tant de fatigues passées, lui répondis-je, et celles que vous prévoyez encore, que n'allez-vous à présent vous reposer? Le repos d'un pilote, me dit-il, est dans le travail ; je ne me délasse des fotigues du corps que par l'exercice de l'esprit. Vous m'avez foil plusieurs fois de fortes objections contre le système d'attraction, non pas tel que Newton l'a imaginé, mais tel que les newtonuiens l'expliquent. .Te vous ai promis d'y répondre quand j'en aurais la liberté : je l'ai maintenant ; et si le sonuneil ne vous presse pas plus que moi , que vous vouliez me foire le plaisir de m'entendre , je vais entrer en matière. La première jouissance de l'homme est de découvrir une vérité , et la seconde de trouver une oreille attentive. Puisque vous mettez, lui disje, vos délassemens dans les plaisirs de l'esprit, so3^ez certain que je partagerai les vôtres autant que la faiblesse de ma raison m'en rendra capable. Le pilote alors s'assit vis-à-vis de moi sur la culasse d'im canon, et il commença ainsi : Vous avez bien raison de ne vous pas fier à l'intelligence humaine pour pénétrer les secrets de la nature. Il y a une plus grande distance de celle de son auteur à celle de l'homme , que de celle de l'homme à celle de l'animal le plus brute. C'est sans doute quel(|ue chose que la parole, la géométrie, la poésie, l'invention des arts ; mais l'invention des mondes, des générations, de notre propre existence , est inliniment plus étendue. Quelle différence de l'habitant passager d'un petit globe obscur, au créateur et au conservateur de l'univers ! Nous pouvons assurer même que la raison divine nous est inaccessible, et qu'il ne nous est donné d'atteindre qu'aux effets et aux résultats qui nous sont nécessaires. Il y a
plus, cette raison dont nous sommes û tùds , n'est qu'un reflet bien pâle de la lumière natinreUe qui doit nous guider. Elle ne se forme et ne se perléetionne que par le concours des siècles et da genre hiunain : en attendant, elle nous ^re dans sa route; et quand, par liasard , nous en susiasons quelque rameau, comme dit un philosophe, elle ae termine en éblouissemenL U semble d'abocd que nous n'apercevons pas la nature, ou <|iie nooi voyons ses ouvrages en sens contraire de oehn oà ils sont placés. Il n'y a pas im siède qœ les botanistes de l'Europe ignoraient que toos les Tégétem eussent des fleurs : ils croyaient même qoe Holérieur de celles qu'ils avaient observées, n*oAhdt (pie des parties inutiles, de simples jeux da hasard. Liimée vint , et démontra que tes végétam étakat, comme les animaux, doués des deux sexes, et qu'ils se perpétuaient conmie eux par les lois divines et incompréhensibles de la génétatkm. Lei grands noms ont été encore plus fiivorables anz erreurs qu'à la vérité. Aristote nous en a tnaanii plusieurs, qui furent même appuyés de tome Fastorité de nos tribunaux. Si Teau d'un bassin ouatait dans un tuyau de pompe aspirante, c'était qse la nature avait horreur du vide ; mais le ïmmi ayant fait découvrir à Torricelli que Feao n'y wêêtait pas au-delà de trente-deux pieds, ce s^iil clairement que le poids seul de l'atmosphère ft^ çait l'eau du bassin de monter dans le toyaa, rt I en conclut avec raison que la hauteor die T^Hmsphère était en équilibre avec trente-deux piab d'eau. Aristote affirmait que la partie oocidâlaie de l'Océan finissait par un affreux prédpîee; qse la zone torride était inhabitable, et que le loldl tournait autour de la terre. Les nniversités koêbA adopté sa doctrine, et le parlement de Paris défendait d'écrire contre elle, sous peine des gaUrs. Cependant Christophe Colomb décoorrit nn nooveau monde au couchant ; Vasco de Gama pénéba aux Indes dans le sein de la zonetonide, qa^ troon plus richement peuplée d'habitans que les autrei nh nés; et Galilée déipontra le cours de la terre aoloar du soleil , et le confirma par le cours des autres phnètes. Il est vTai que le bien£ût de la vérité attîn beaucoup de persécutions à ces grands bonma, tandis que les erreurs avaient valu beaooonp d'boaneur et de fortune au précepteur d'Alexandre. Oa doit remarquer cependant que ces Térilés afaient été entrevues par les anciens, oonune on le voit dm Sénèque et dans Pline. Les Cbaldéens cro^faient au mouvement de la terre autour da soieQ ; ih pensaient aussi que les comètes étaient des aiUci^ et non de simples météores, oonune noos le prétendions avant l'astronome Kepler.
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Noos avons encore un dé&ut, nous autres Européens, qui noos croyons si savan»; on pourrait Tattribner à notre Tanité ou à notre ingratitude , s'il ne venait pas le plus souvent de notre ignorance : c'est de nous approprier les découvertes faites par les anciens , ou par les peuples d'Asie , qui sont DOS pères en tout genre. Par exemple, le savant voyageur Chardin rapporte dans le chapitre de la reÛgion des Persans, au titre des ablutions, qu'ils distfaiguait entre les souillures des animaux dont le sang drcule , et les souillures des animaux dont le sang ne circule pas. Cette double vérité était connue en Asie du temps de Mahomet, et peut-être UcD avant lui. Cependant il n'y a guère plus d'un sièele que l'Europe en a fait l'honneur au médecin anglais Harvey , sans qu'il y ait eu la moindre rédamation en faveur de Mahomet. A la vérité, on noos représente, dès l'enfance, ce prophète, vrai oo fimx, comme un ignorant fiefTé, et les médecins ang^is comme d'habiles gens. Mais qu'avait doue de si merveilleux la prétendue découverte d'Harvey? Quel est l'homme qui , voyant sortir 8QO sang goutte à goutte d'une légère blessure , et avee impétuosité d'une simple saignée, puisse croire que le sang est immobile dans ses veines? Cest la stagnation de ce iluide dans plusieurs espèces d'animaux , qui , ne paraissant pas naturelle, était une vraie découverte. Elle était connue des aavans arabes, et ne l'est pas encore des savans de TEorope.
Coinbien de sciences et d'arts nous sont venus des peuples civilisés, et même des sauvages , dont nous nous sommes approprié l'invention ! Combien d'antres plus utiles avons-nous persécutés et rejeliési, parce qu'il y allait de l'intérêt de nos docteurs !
Ce que je dis ici sur ces diversités d'opinions , c^eat pour nous mettre en méfiance des nouées; car une erreur peut bien s'introduire comme une vérité , et une vérité être présentée comme une erreor, par l'influence d'un corps ou d'un grand nom. Les hommes sont comme les enfons; ils n'obaenrent rien par eux-mêmes, ils adoptent tout sur la loi d'antrui. Mais quand on leur a mis une opinion dans la tête, et qu'elle leur (^ït entrevoir, ponr leur propre personne, de la considération, dea honneurs, des richesses, alors leur ccnir en eit «livré ; l'absurdité devient pour eux évidence , d l'évidence absurdité ; ils en font le mobile de leor vie, quand il devrait s'ensuivre la mine du genre humain. Je voudrais donc que dans les écoles, on l'on présente à nos. élèves des traités de doctrines irréfragables, on leur lût, à la fin de leur eoors , nn traité d'objections contre ces mêmes doctrines : ils seraient fort surpris alors de douter
de ce qu'ils avaient cru indubitable, et de croire ce qu'ils jugeaient impossible. Ils tireraient au moins de leurs études ce fruit divin de la concorde, la tolérance.
Le système dont je vais vous entretenir est d'un Français ; il me parait si simple, si vraisemblable, si conforme à mon expérience , que j'y rapporte , autant que je le puis , les principes de ma navigation; et c'est ce qui m'attire des disputes fréquentes avec notre capitaine et les passagers , quoique je puisse vous assurer qu'ils ne comprennent pas plus les idées de Newton que celles de l'auteur de la nouvelle théorie.
Mais avant de parler de l'attraction, qui a fait tant d'honneur à Newton, il faut vous dire qu'il y a long-temps que cette opinion est connue ; elle l'était avant Plutarque. Il est assez curieux de connaître les objections par lesquelles ce sage philosophe prétendait la réfuter. On les trouve dans son livre intitulé, de la Ftku gui apporof ( ûant le rond de la lune ; « Certains philosophes, dit-il, ne tiennent- )» ils pas qu'il y a des antipodes qui habitent à l'op- » posite l'un de l'autre, attachez de tous costez à » la terre , mettant dessus ce qui est dessoubs, et y> dessoubs ce qui est dessus, comme si c'estoient » des artisons ou des chats qui s'attadiassent à » belles griffes? Ne veulent-ils pas que nous mes- » mes soions posez sur la terre, non pas à plomb )> et à angles droicts, mais pendians à costé, com- » me font ceubc qui sont yvres? Ne font-ils pas ces » comptes, que s'il y avoit des fordeaux de mille » quintaux qui tombassent dedans la profondeur » de la terre, que quand ils seroient arrivez au » centre du milieu, ils s'arresteroient sans que rien )» les sousteint ny leur vint au-devant ;^ et si d'ad- » venture tombauis à force, ils oultre-passoient le » milieu, ils s'en retonmeroient et rcAxNirseioient » de rechef en arrière d'eulx* mêmes?... Ne sup- » posent-ils pas que si un torrent impétueux d'eau » coulait contre bas, et qu'il rencontrast le polnct y> du milieu, lequel ils tiennent esire incorporel , T» il s'amasseroit tournant en rond, tout alentour, » demourant suspendu d'une suspension perpé- » tuelle et sans fin?.... Aiants doncques sur leurs » espaules , et trainnans après eulx , je ne dis pas » la besasse , mais la gibëdère d'un triadeur, et » bougette d'un joueur de passe-passe, pleine de » tant d'absurditez, ils disent néanmoins que les D antres errent, quand ils mettent la lune , qu'ils » disent estre ten-e , en hanlt, et non pas là où est » le milieu du monde. ' »
C'était à propos de la lune que le bon Pintarque
' traduction de Plutiniuc , par .4myot.
FKAGMENT
ilisailces injures aux stoïciens ; ii faul avouer qu'elles n'étaient pàs fondées, el de toules manières il ne devait pas se les [tenneltre; mais il était élevé à la façon de nos écoles. Qu*aurait-iJ donc dit aux qewtoniens de nca^ jours , qui ont fait de cette opinion une loi imperturbable ({ui gouverne Tunivers? Us en dérivent non-seulement les lois (]ui ont formé les astres et qui en règlent les mouvemens, mais celles qui donnent aux véj^taux et aux animaux l'existence , des formes si variées , des instincts si divers, des passions si op|)Osée$. Enfin, ils en tirent riiomme même, doué d'intelligence, des sentimens de la gloire et de la vertu , et le mettent debout en étiuilibre sur deux jambes , comme un globe entre deux attractions. Ainsi ils tirent tout de la matière , qui se gouverne seule , et ne laissent plus rien faire à Dieu, qui cependant, suivant les stoïciens, avait fait les attractions incorporelles.
Mais voyons comment Newton avait conçu cette force , ce premier mobile du monde. Selon lui , c'était l'ouvrage d'un être infiniment intelligent et puissant, dont il ne prononçait jamais le nom sans l'accompagner d'un témoignage extérieur de respect : c'est par elle que le soleil attire sans cesse notre terre vers lui. Il appelait aussi cette force centripète; mais comme eette tendance au centre lie tarderait pas à joindre notre planète au soleil, il imagina une seconde puissance , (|u'il appelait force de projection. Celle-ci l'en éloigne sans cesse, en poussant toujours la planète en ligne droite. Il regardait notre globe à peu près comme une bombe qui, cliassée à la fois par la poudre à canon et attirée par la terre , décrit dans sa route une parabole. De même la terre , mue par ces deux puissances toujours en activité, l'attraction et la projection , décrit une ellipse autour du soleil. L'auteur du nouveau système nie d'aliord la force de |M*ojection : si elle existe dans le ciel , dit-il , elle doit être commune à tous les globes , non-seulement à ceux des planètes , mais à celui du soleil ; ils doivent parcourir tous ensemble des lignes parallèles, et tomber tous d'une chute comnume. Or, c'est ce qui n'est pas : le soleil est innnobile an centre , et les planètes sont en mouvement autour de lui. Il y a plus, les planètes en sont à différentes distances; il y en a de petites, de grosses et de moyennes, sans qu'elles règlent leur rang sur leur grosseur : c'est, disent les astronomes , qu'elles le règlent par ii^ur poids. Il y en a de grandes qui sont plus près du soleil, parce qu'elles sont plus légères; et de petites qui en sont plus loin , parce qu'elles sont pesantes. Ils portent ce raisonnement jusqu'à vous dire le poids précis de chaque planète, mais c*est
une pétition de principe et un cerde vicieux. Newton a très-lMen senti le doigt de Dieu dans ce monvement de projection , dirigé en ligne druile, qoî, se combinant avec l'attraction solaire, les foee d'aller toujours en avant, et de rerenir sans oeae en arrière, en traçant un cerde. Mai» où est le foyer de cette force d'impulsion qui agit sur les planètes et n'agit pas sur le soleil ? C'est ce qu'il n'a pas expliqué.
Pour la force d'attraction, l'auteur fnmçsii l'adopte , parce qu'il en suppose le foyer clans le soleil, el qu'il en voit des exemples à la surface ds la terre , par la chute des corps qui se dirigenl ven son centre. Quant à cdle que les astronomes attribuent à la lune stu* notre Océan, et dont ils dérivent les marées, il la nie ent^remenL U prouve d'abord , d'après les propres calculs des ne wlonieni^ que la lune n'ayant qu'une sphère d'attFMtion dr 5,000 lieues, ne |)eut en étendre l'infliienoe «r noti-e Océan , (|ui en est à plus de 80,000 Uemsdr dislance; que si cette influence avait lieu, cUett^ tuerait aussi l'atmosphère de la terre , qui cnirt plus près, et qui est un élément plus léger, ptas fluide , plus élastique que l'eau ; que lonque k lune passe au méridien, et qu'elle soidève la mo^ seulement de huit pieds de liauteur, on verrait ■ même temps, aux mêmes lieux, l'atnukiphère Relever d'un quart de sa hauteur; parce que , coombs la physique nous l'apprend, une colonne d*ean de trente-deux pieds de hauteur est en équilibreafcc la hauteur de l'atmosphère et avec vingt-hnit ponces de mercure : il arriverait encore que le mercure de nos baromètres obéirait à cette subite ascension de l'air , en s'élevantdans leurs tubes joiqu'à trente-cinq pouces, comme il y descend jus* qu'à vingt et un sur les hautes montagnes , où Pair qui les couvre est moins élevé , plus raréfié , et pir consé(|uent moins pesant que sur les bords de reao. Voilà, dis-je au pilote, des objections d'ans grande force; mais permettez-moi de vous représenter que les astronomes entendent peut-être que c'est la terre qui presse son océan contre la lune; car ils se servent indifféremment des noms d'attraction et de gravitation. Le pilote me répondit : Quoique cette manière d'exprimer la méîne idée par deux mots qui ont deux sens contraires ne soit lK)int du tout philosopliiqne , les astronomes n'en expliqueraient pas mieux leur système lunaire des marées ; car , selon eux , l'attraction ou gravilatioa de la lune n'a que 5,000 lieues d'étendue; et comment pourrait-elle l'exercer sur un océan qui en csl à plus de 80,000. sans agir sur son atmosphère? Comment peut-elle nous donner une marée dans l'océan Atlantique, lorsqu'elle gravite, on qu'elle
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attire la mer da Siid , à notre nadir ? Gomment tant de contradictions, que Newton lui-même a bien jienIJes, kirsqifil a avoué qu'il y avait dans le système des marées une cause encore inconnue ? Mais notre Français va encore plus loin. Il prouve que rallraction n'agit que de globe à globe j que, par exemple, un astre ne peut attirer les objets qui sont à la surface d'une planète , sans quoi tout serait en confusion dans lescieux. Le soleil, qui attire tous les corps planétaires à des distances réglées par une sagesse divine, en détacherait aisément (OQs les corps , qui n'y tiennent que par ime attraction secondaire. Nous ne verrions qu'anneaux, satellites, océans, atmosphères, détachées du sein des planètes, cédant à la puissance paternelle du solefl, qui les attire elles-mêmes; on les verrait traverser les cienx , et circuler sans fonctions autour du roi de notre univers. La lune qui, dit-on, s'occupe depuis tant de siècles à soulever des mers, serait enlevée elle-même de son orbite. La bienfiiltrice de noire terre, la souveraine de nos nuits, l'épouse du soleil , n'en deviendrait [dus qu'une esclave inutile, perdue dans une cour de lumière et de splendeur. Mais voici une expérience qui détruit toute attraction lunaire à la surface de notre terre. Si on suspend une balance romaine, dont le levier soit en équilibre avec un petit poids, et qu'on l'expose à la lune, il est certain que, quand ^e passera au méridien de la balance, elle doit a^r avec plus de force sur le levier que sur le poids: elle en rompra donc l'équilibre , comme on suppose qu'elle le rompt sur les flots de la mer. Or , c'est ce qui n'arrive pas. Cette expérience a été tentée à Londres, et depuis peu en France, mais fort inatilement.
Il convient an reste que la lune exerce une légère influence sur l'Océan , non par son attraction, mais par la chaleur qu'elle réfléchit, avec la lumière du soleil, sur les océans de glace qui couvrent les pôles du monde. Quant aux suppositions ddniises depuis peu , par quelques astronomes , que ia lone, en parcourant son orbite, tourne sur son axe et découvre son autre hémisphère , il s'en rapporte aux voyageurs qui ont ftiit le tour du monde, * ^ils ont jamais vu la face opposée de la lune. Pour ceojc qui ajoutent à cette idée (|u'elle nous jette ^es pierres, au moyen des volcans qui ont des foyers de 5,000 lieues d'explosion , il leur oppose b ^iblesse des nôtres, qui peuvent en lancer seulement à deux lieues, quoique notre globe soit quatre fois plus gros.
Après avoir nettoyé, si je puis dire, les champs ^te l'astronomie, obstrués par l'ignorance , les préjngés et la contradiction, l'auteur regarde le soleil
comme principe de tout mouvement dans son système planétaire. Il considère cet astre, qui en occupe le centre, comme le premier agent visible de la nature , quoiqu'il soit rempli de £icnltés qui nous sont inconnues. Il ne s'arrête qu'à une seule , celle de sa lumière; mais que de merveilles y sont renfermées , qu'on ne peut exprimer dans aucune langue! Est-ce un esprit ou une matière? Elle se manifeste à nos yeux de telle manière, qu'elle nous fait tout voir, et qu'elle-même ne peut être vue. Nous apercevons l'endroit d'où elle part , et où souvent elle nous éblouit; nous ne voyons bien que celui on elle arrive. Un rayon parti du soleil, qui éclaire le fpnd d'une forêt à travers le feuillage ; une gerbe de sa lumière qui se réfléchit sur le disque de la lime , sont invisibles dans le vaste espace du ciel qu'ils traversent. La lumière parcourt l'horizon avec la rapidité de la foudre. Elle parak blanche sur les planètes qu'elle éclaire; mais quand elle traverse notre atmosphère, elle teint d'une couleur d'or lés objets qu'elle frappe. C'est un élément qui remplit l'univers ; et l'on ne peut ni en séparer, ni en renfermer la moindre parcelle dans un vase. Elle est si légère , qu'elle n'agite pas même dans sa course rapide la plus petite feuille sur laquelle eUe s'arrête. La furie des ouragans ne sau- ^ rait l'ébranler, ni les eaux les plus corrompues la salir, ni l'éteindre : mais vient-elle à rencontrer quelque nuage pluvieux, cet élément impalpable et invisible s'y réfléchit en trois couleurs éclatantes, le jaune , le rouge et le bleu. Le premier type d'une trinité apparut dans ime goutte d'eau. Ce mystère Ait sans doute connu des Egyptiens et de Platon; ils en firent le symbole de la Divinité, sous la forme d'un cercle i-enfermant un triangle équilatéral. Ces trois couleurs primitives engendrent entre eUes, dans le même ordre et par consonnance , trois couleurs intermédiaires qui sont : l'orangé, entre le jamie et le rouge; le pourprcy entre le rouge et le bleu; le vert, entre le bleu et le jaune : ainsi elles forment une sphère de six couleurs. Newton , en les observant dans le prisme,., y en ajoute une septième , le violet, qui n'est évir demment qu'une teinte de pourpre où le bleu domine; et il les appelle toutes primitives, quoiqu'il n'y en ait réellement que trois : le jaune , le rouge et le bleu. C'est d'elles setiles que dérivent l'orangé, le pourpre et le vert , que mon auteur appelle intermédiaires. Enjoignant à. chacune d'elles la couleur de la lumière qui est le blanc , on en peut former une infinité de nuances brillantes qu'il appelle positives; et en y mêlant du noir qui en est la privation , on en forme des teintes sombres qu'il nomme natives* Toute la mogie de la peinture
lilAGMENT
naît de rbarmonie de ces couleurs et de celle de la lumière et des ombres. Au reste, dit-il, si Newton est le premier philosoplie qui ait découvert que la lumière se décomposait en couleurs, quoique la chose fût évidente depuis long-temps dans Tare-enciel, il est excusable de s'être trom|)é dans son calcid , en admettant se[»t rayons de couleurs , lorsqu'il n'y en a que trois. Les sciences sont des mi-^ lies , dont la première exploitation est toujours difiicile et de i>eu de rapport. Il est digne d'un grand génie d'avoir osé , avec Tinstrument humain du prisme, exploiter une mine céleste. Noire auteur clierdie dans la nature des moyens plus sûrs et plus étendus d'analyser la lumière : nous allons en voir sortir une suite de merveilles.
Il a donc employé un instrument plus savant (|ue le prisme , pour analyser les prodiges de la lumière ; c'est l'œil. Supposez, dit-il , qu'un horizon soit bien visible du centre à la circonférence, quand il a seulement une lieue de diamètre ; comptez ensuite combien il y a de ces horizons sur le globe, quand le soleil éclaire la moitié de sa surface : vous en trouverez environ un million et demi, dont cliacun représente un paysage particulier de terres , de montagnes , de vallées, de forêts, de prairies, de rochers, de fleuves, de mers; leurs cieux sont encore plus variés par les nuages, la sérénité , les pluies, les orages. Mais bomons-oous aux simples effets de la lumière; il n'y en a pas un qui ressemble à l'autre. Vous pourrez au moins quadrupler les aspects de votre sol dans le même jour, en vous tournant du mathi au soir, à l'orient, au midi , à l'occident et au nord; ce qui étendra à six millions au moins les harmonies journalières de la lumière et des ombres dans tous ces horizons. Vous pourrez porter ce calcul bien plus loin , en les multipliant par les trois cent soixante-cinq jours de l'année; car chaque jour a sa physionomie, <iu'il hnprime à chaque horizon qu'il éclaire. Voilà pourquoi tant de gens trouvent tant de plaisir à voyager : ce sont les harmonies innombrables et successives de la lumière et des ombres qui les réjouissent, quoiqu'ils en ignorent la cause.
La nuit vient : la nature offre k votre vue des jouissances encore plus merveilleuses. Vous n'apercevez plus la terre; mais les distances incalculables des étoiles, le nombre infini de celles qui remplissent la voie lactée, comme un sable lumineux , une partie des planètes et des brillantes constellations, enfin, la moitié du ciel visible, viennent sans confusion se peindre sur notre rétine , qui n'a que quelques lignes de diamètre. Est-ce l'attraction qui a opéré ces miracles? l.es astronomes qui la regardent comme ta loi unique des as-
tres , lesquels soni si éloignés de nous, expfiqueot leurs mouvemens inoonoevables par des moyeu mécaniques , mais jamais ils n'oDl osé eipliqner le phénomène de la vision , qui est si proche de noiii, et qui a une cause si éloignée.
Notre Français a remarqué d*abord que la rayons du soleil, qui font tout voir, n'étaient point visibles dans leur cours, il observe maînleiianl(|iK quoiqu'ils animent toute la nature, ils n'om poiot de clialeur ; il le prouve par la physique. Si Foo monte, dit-il, sur le sommet d'mie montagne, haute seulement d'une lieue et demie, daoileieÎB même de la zone torride, fût-œ à rbearede nûdî, on le trouvera couvert de glaoe et de neige à ploi de six cents toises de hauteur. Cet effet a lieo sar le mont Taurus, le pic de Ténérifle, et dans tontes les parties du globe. L'air, à cette élévalioB, n'est plus respirable ; aussi des ^^«'nîtffft haUlei pi^tendent-ils qu'en tous temps on pourrait fùre de la glace dans la machine pneumatique, pirli seule privation de l'air. Des anciens non bmév savans définissaient l'air, la nourriture dolea, aer pabulum ignis. Sans son atmosphère, nolie terre ne serait qu'un globe de glaoe, qnoiqne tstf étincelant des rayons du soleil. Ainsi rîewtaa, dans son calcul , s'est encore trompé, en dBm d'une comète qui avait passé près du soleil, qn'dk avait éprouvé ime chaleur deux mille Ibis phn forte que le fer rouge à blanc. Si elle n'aiaitpK d'atmosphère, il est certain qu'elle n'a pai|to senti l'effet de sa chaleur que notre pôle au mw de janvier ; et il est probable que si elle en avait eo nne, elle se fût dilatée avec son océan; et aloogfe en forme de queue transparente, à quelques centaines de mille lieues derrière elle, comme œllei de nos comètes. Ainsi la chaleur solaire se ffttéoignée d'elle avec l'air qni la produit. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que j'ai va une comète dont la queue, prodigieusement longue, était détadiée par un cercle lumineux très-fisiUe et éclatant du corps même de l'astre , qui , certes , n'avait pomt l'apparence de brûler. Ce qui m'étonna le plus , c'est qu'il traînait une queue â laquelle les astronomes attribuaient des millions de lieues de longueur, et une vitesse de 650,000 lieues par jour, sans (]u'il s'en détachait la moindre par^ tie : fait qui est en contradiction avec leurs noaveaux prûicipes,que la lune, qui attire notre ooéai^ ne peut , à cause de leiur légère, attirer notre atmosphère ni nos nuages; comme si d'aiUeunon ne voyait pas la terre attirer à la fois son ooéau c! son atmosphère , malgré la prétendue légèreté de cette dernière. Cependant , ils ont eux-mêmes coupé la racme de leur système, en bornant i'at-
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tractkm de la hme à 5,000 lieues , puisque dès lors cette attraGUon ne peut plus s'étendre jusqu'à la terre. Ainsi les queues atmosphériques que les comètes traînent en arrière, les préservent de l'inœndie que le soleil pourrait allumer par devant. Peut-être même cette queue est-elle double ou triple par les évaporations particulières de quelque méditerranée, qui se joignent à celles de leur océan. Telles sont les queues de quelques comètes €|o'on appelle flamboyantes. Ainsi , l'Auteur de la nature a disposé , pour la conservation de ses ouvrages ^ jusqu'aux signes que l'ignorance et la superstition annonçaient aux peuples conune des preuves de sa colère.
Ce système d'harmonie avec le soleil est bien aotrement sensiUe sur la terre. Elle a trois élémens qui sont en rapports admirables avec lui : Tair, l'eau et le globe. Jetons un coup d'œil sur oea rapports pour développer ceux de la lumière D'abord c'est à l'air que. le soleil doit sa chaleur; Tair est le premier mobile de la terre. Son second mobile est l'eau. L'état naturel de l'eau est d'être en glace ; mais , par la médiation de l'atmosphère, les rayons du soleil en fondent une partie en eaux fluides dont se forme l'océan, et en évaporent une antre que les vents dispersent en nuages sur les oontinens où les sommets des montagnes les attirent, là elles se résolvent en pluies douces qui en découlent en ruisseaux. Ces ruisseaux forment des nvîères, et les rivières des fleuves qui se déchargent dans les mers , d'où, dans l'origine , ils s'étaient élevés sous la forme de vapeurs. Ainsi les rayons du soleil , par la médiation de l'air, de la liiaieuret de l'eau, sont la source de tous les mou- ▼emens, même de celui du globe, comme nous le ▼errons bientdt. Quant à l'action de la lumière , il •nppose qu'elle produit sur la terre un grand nombte de fiûts qui y sont inconnus; mais il regarde comme évident celui de la formation des mmes , qvi y ont tant de rapports par leur éclat avec les lomières solaires reflétées des planètes , dont elles portent les noms dans la plus haute antiquité. La ohoee parait certaine pour la formation de l'or , «kmt on ne trouve guère de mines que dans les zones torrides, on dans des lieux qui l'ont été autrefois. L'or semble par sa divisibilité à l'inflni , son incorruptibilité, son éclat, une lumière consolidée, comme les rayons du soleil nous paraissent un or volatilisé. Il est encore remarquable que ce riche métal est le premier agent de la société humaine, comme le soleil est celui des iiarmonies de ce monde. Mais voyez quelle influence cet astre exerce I II fait circuler la sève des végétaux , il fait édore les fleurs et en Seconde les fruits; il leur
distribue les couleurs, les parfums, les saveurs qui les (fistinguent à nos sens; et si dans les repas nous sommes tout à coup ranimés par le vin , c'est que nous buvons des rayons de sdeil. Voyez quel est son empire sur les animaux : il anime et flxe les temps de leurs amours , de leurs générations et de leurs naissances. Le soleil est l'astre de la vie : un nuage voile-t-il sa lumière , la tristesse se répand sur hi terre; disparalt-il lui-même à la fin du jour, tout languit : la nuit étend un crêpe noir dans les deux; l'atmosphère se refroidit; les évaporations fécondantes de l'Océan se ralentissent; la sève arrête sa circulation dans la plupart des végétaux; plusieurs ferment leurs feuilles; un sommeil universel, unage de la mort, s'empare de tous les animaux excepté de ceux de la nuit. Le soleil passe-t-il d'un hémisphère dans l'autre, celui qu'il abandonne est frappé de langueur; l'air le plus serein y devient mortd par sa froideur; les fleuves encliainés par les glaces s'arrêtent; les forêts, dépouillées de leur feuillage, sont sans cesse battues par les vents; la (dupart des aniniaux qui les habitent vont chercher de plus doux climats ; les domestiques seuls restent, mais ne vivent que sous la protection de l'hompie : lui seul est tranquille parmi tous ces enfens de la nature , orphelins de l'astre qui en est fe père. Il y a plus; l'hiver est poiu* rhomme la saison des jouissances : à l'aide d'un miroir concave, ou par le simple frottement, il dégage en quelques heures, du tronc des arbres, les rayons de soleil que des siècles y avaient enchaînés. A la fevenr de l'àir, ils sortent en flammes pétiUantes des énormes cylindres où ils étaient renfermés, et se dirigent vers le dd, comme s'ils voulaient retourner au lieu d'où ils tirent leur origine. L'homme est le seul des êtres animés qui produise à sa volonté le feu artifidcl , et qui en fosse usage. Le feu est entre ses mains le premier agent de son industrie et de ses plaisirs , comme le soleil lui-même est entre les mains de Dieu le premier agent de la nature.
Je n'ai parlé que de quelques qualités de sa lumière. Sans doute elle en a encore d'autres qui nous sont inconnues. Par exemple , en venant du soleil à nous , elle s'épanouit en éventail , de sorte qu'un rayon d'un pied de largeur couvre plusieurs arpens en arrivant sur notre terre ; mais quand il parvient jusqu'à HerscheU, il en doit couvrir des. lieues carrées. Nous voyons id le soleil sous un. angle d'un demi-degré ou de 30 minutes; et les habitans d'Herschell ne l'aperçoivent que sous un angle de 2 minutes et demie : on en doit conclure que l'Auteur de la nature a multiplié les atmosphères, les hines, les doubles anneaux , aux pla-^
FRAGMENT
nèles, à proportion de leur distance du soleil, et «elon que la lumière de cet astre y est plus faible que sur notre terre; et qu'il en a privé celles qui en sont plus voisines , où sa lumière est beaucoup plus forte. On peut aussi voir que les productions de Mercure et de Vénus , qui sont dans la zone torride du del , doivent être plus précieuses que celles des planètes qui sont dans sa zone tempérée ou glaciale; comme celles de l'Inde l'emportent 6or celles de nos zones qui sont au-delà de nos tropiques. Je pense donc que si nous savons si peu de choses du soleil, c'est que nous ne le considérons que par l'extrémité déjà affaiblie des cônes lumineux de sa lumière; au lieu que si un habitant du soleil observait les planètes, du soleil même, il les verrait avec toute la force de ses rayons. Je les compare à des lunettes d'approche : les habitans des planètes considèrent cet astre par l'extrémité <iui éloigne et diminue les objets; ceux du soleil, par celle qui les rapproche et les grossit. Comment ! dis-je au pilote , vous croyez que le soleil a des habitans? C'est l'opinion du Français dont je vous ai parlé. Il lui paraît probable que Dieu , qui a ikit de cet astre un des trésors de ses bienfaits , y a placé aussi des ministres de sa bonté. Il pense qu'il y a même des esprits intelligens qui comprennent le langage télégraphique des planètes, où nos astronomes iie calculent que des ascensions et des descensions. Il suppose qu'ils sont de la nature de la lumière, tantôt invisibles comme elle, voyageant à la faveur de ses rayons chez des êtres qu'ils fortifient par des inspirations sublimes; tantôt visibles à volonté, revêtus de couleurs irisées, et se manifestant tout à coup à leurs yeux. N'est-ce pas de cet astre éclatant que l'homme a tiré les principaux symboles de sa gloire et de ses religions ? Pourquoi Dieu , qui en fait une source de tous biens, n'y aurait-il pas mis les récompenses de la vertu ? Nous naissons sur ce petit globe ténébreux dans une ignorance imbécile ^ d'où nous ne sortons souvent que pour nous plonger dans des erreurs redoutables , lorsque nous nous écartons de la nature ; mais dans cet astre , d'où découle par torrens la lumière , que Pytbagore appelait le char des âmes, et Platon le voile de la divinité, que de merveilles inefifobles sont renfermées !
Vous me remplissez de ravissement et d'admiration , dis-je au pilote, malgré l'ignorance et les erreurs dont mcm éducation, d'ailleurs assez bonne, avait fasciné mon jugement. A la vérité , je ne croyais pla« ce que dit Homère , que le soleil est un dieu monté sur un char attelé de quatre chevaux , qui va tous les soirs se coucher dans les bras de Téthys. Je ne croyais pas davantage l'historien
Tacite, qui assure dans son Traité des 3f€eurs des Germains^ qu'on entendait toas les soirs, dans le nord de T Allemagne , le bruit de ses roues flamboyantes , lorsqu'elles venaient à se plonger dans la mer. Depuis que j'ai été en Russie , j'ai appris que ce pétillement qu'on entend dans les airs, ainsi que les flammes de toutes couleurs qui s'agitent dans les cieux durant les soirées d'hiver, sont des effets des aurores boréales. A la vérité, je ne sais pas trop ce que c'est, et pourquoi elles sont de plusieurs couleurs an nord , tandis que les aurores australes ne sont qu'azurées au pôle sud, suivant le témoignage du capitaine Rogers. EnOnfon m'a enseigné dans le cours de mes études , que le soleil circulait d'abord autour de notre terre , en faisant 450 millions de lieues par jour ; et l'on me citait les autorités les plus respectables à l'appui de cette opinion, et le témoignage de nos yeux. Mais Copernic et Galilée ayant , par d'autres preuves plus évidentes, démontré que la terre et toutes les planètes tournaient autoardu soleil, Newton vint, et nous démontra un peu confusément quelques lois de l'attraction que cet astre exerce sur ces corps. Des savans illustres prétendirent que ce globe lumineux n'était qu'une fournaise. Des observateurs crurent y voir des écumes flottantes, dont quelques-unes étaient plus grandes que la terre. Quelques astronomes conclurent de leur mouvement la rotation du soleil sur ses pôles; ce qui était comme si l'un d'eux , placé dans la lune , et voyant nos glaces du nord descendre an midi , en eAt conclu la rotation de la terre du nord au sud. Enfin, un autre savant, célèbre par son éloquence et ses grands travaux, prétendit que la terre, dsm son origine, n'était qu'une de ces écumes détadiée par hasard du soleil, et qui s'en était d'abord éeartée par l'impulsion qu'elle avait reçue de la queue d'une comète ; puis s'était arrondie en tournant sur elle-même par la force d'attraction ou centripète qu'elle avait reçue du soleil. Ce système mécanique séduisit la plupart des académies. On en conclut que la terre, sortie d'une fournaise de verre, devait être aplatie sur ses pôles. Plusieurs académiciens furent envoyés à l'équateur pour en mesurer des degrés, et quoiqu'ils en rapportassent tous des mesures différentes , ils ne laissèrent pas de confirmer la théorie de Newton , et de l'étendre à tout l'univers. Mais que d'objections cependant il y avait à faire ! D'abord le véridique Bayle avait rapporté dans son Dictionnaire l'expérience d'un habile physicien qui, dans le repos de son cabinet , avait inutilement essayé de mettre en équilibre une petite balle de fer entre plusieurs aimans. Comment pouvait-on siipposer que le hasani eût rois etx
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(fquilJiire lant de corps célestes , dont les uns sont lixes et les autres m^es autour de ceux-ci , sans qu'aucun se dérangeât depuis une multitude de siècles? Conunent avait-on pu imaginer que la terre, dans nn état de mollesse et de rotation, se fAt aplatie sur ses pôles , tandis que le soleil , d'où on supposait qu'elle était sortie, et qui tourne comme elle sans s'être refroidi, a conservé une parlaite rondeur? D'où pouvaient venir les élémens que nous voyons sur la terre et dont la plupart sont si étrangers à l'action du feu ? Y a-t-il donc de l'air et de Teau, des végétaux, des animaux dans le soleil? EuGn Herschell vint, et ayant perfectionné le télescope , au point de grossir les olijets célestes plus Je quatre cents fois au-delà de celui de Newton , il vit que le soleil était un corps solide , composé de montagnes de plus de 400 lieues de hauteur et de i50 lieues de longueur, entouré d'une atmosphère (le lumière ondoyante de i ,500 lieues de profondeur, qui s'entr'ouvre de temps en temps, et laisse apercevoir un disque dont I'cbII ne peut soutenir l'éclat. Au reste , il est persuadé que le feu du soleil ne brâle pas, et que cet astre est habitable; et quant à moi , j'en suis convaincu par les effets de sa lumière sur les sommets toujours glacés de nos l»utes montagnes. Herschell, après avoir fait de si savantes et de si constantes olrâervations sur l'astre qui verse la lumière, en a fait d'aussi intéressantes sur les planètes qui la reçoivent. Il a découvert celle qui en est la plus éloignée , entourée de doubles anneaux et de satellites réverbérans; il niérilait de lui donner son nom, que sans doute la justice de la postérité lui conservera.
Mais croyez-vous, lui dis-je, que les Lapons eussent découvert cette planète avant lui, et qu'ils lui eussent donné un nom ? L'air de la Laponie est si pur, son ciel si serein, son sol est si élevé , que je crois la chose possiUe. Ils peuvent avoir été aidés par la réfraction de quelques rochers de glace. La plupart des découvertes doivent leur origine à des sauvages.
Je suis charmé, reprit-il, de l'mtérèt que vous prenez à ce que je vous dis; mais le sujet qui nous occupe est ioomense; n'en sortons point, et parlons maintenant des secondes causes de la lumière, telles que celle de la lune : et ensuite nous nous occuperons de leurs effets réunis sur Je globe.
La lumière de la lune est une réflexion de celle du soleU; elle participe de ses qualités dans des proportions qui ne sont pas encore bien connues, faute d'avoir été bien étudiées. Pline le naturaliste avait déjà remarqué, d'après les observations des anciens, qu'elle augmentaitparsa chaleur la fonte des neiges. Un professeur de physique deRome, il
y a quelques années , ayant mis deux vases pleins d'eau, l'un à la clarté de la lune et l'autre à l'ombre, l'eau s'évapora beaucoup plus vite dans le premier que dans le second. La même expérience fut répétée à Paris par un autre professeur, et elle eut le même résultat. Cette expérience ne produisitaucun effetsur l'opinion des savans, qui croyaient alors que la lune n'avait aucune chaleur, d'après une expérience faite en liiver avec un miroir ardent par une nuit très-froide. Mais un témoignage positif et si focile à invoquer est préférable à cent témoignages négatifs , résultant d'une expérience fidte avec une machine très-coûteuse. Toi^e machine est suspecte dans l'étude de la nature. Le prisme de Newton lui montre sept rayons de couleurs primitives dans la décomposition de la lumière; la nature n'en montre que trois de primitives, entremêlées de trois autres intermédiaires. Pour moi , il me semble que la lune doit avoir une chaleur qui résulte des rayons mêmes du soleil qu'elle nous réfléchit. Je n*en voudrais pas d'autre témoignage que le sens commun et l'usage qu'en fait la Providence ; elle la foit passer dans l'hémisphère que le soleil abandonne, comm^ pour le dédommager de son absence : quand il est au tropique du Capricorne , elle est à celui du Cancer. La lumière qu'elle nous renvoie est chaude; ce qui prouve d'abord qu'elle a une atmosphère, sans laquelle elle n'aurait point de volcans qui ont besoin d'air, ni même de mers , second aliment des volcans. Sa lumière réfléchie n'a pas autant de chaleur que les rayons directs qu'elle reçoit du soleil parce qu'elle en emploie une partie à son usage. C'est ainsi que sur la terre ils s'incorporent avec les métaux , les forêts , d'où ils sont dégagés par la combustion et par la corruption même qui fait apparaître tant de lueurs phosphoriques. Notre auteur a cherché à connaître quels rapports il pouvait y avoir entre la lumière du soleil et celle de fa lune, n s'est adressé d'abord à des mathématiciens, mais fort inutilement. Un d'eux seulement avait feit une ex[iérîence avec des verres de vitre, traversés par un rayon de soleil ; mais il en avait employé une si grande quantité, qu'il n'en résulta qu'une conséquence absurde. Il l'a cependant publiée, parce qu'un peu de calcul couvre les plus grandes errc<urs. Il eut ensuite recours à de célèbres peintres, qui ont fait plusieurs fois des clairs de lune d'un effet magique. Mais les grands artistes ne raisonnent guère; ils ne savent que sentir : l'idée même de cette comparaison ne leur était jamais venne. Il faut pourtant en excepter le fameux Yemet, qui imagina une échelle de couleurs sur du papier, pour fixer sur ses dessins les
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nètes, à proportion de leur distance du soleil, et «elon que la lumière de cet astre y est plus faible que sur notre (erre ; et qu'il en a privé celles qni en sont plus voisines , où sa lumière est beaucoup plus forte. On (leut aussi voir (]ue les productions de Merciu-e et de Vénus , qui sont dans la zone torride du ciel , doivent être plus précieuses que celles des planètes qui sont dans sa zone tempérée ou glaciale; comme celles de l'Inde l'emportent sur celles de nos zones qui sont au-delà de nos tropiques. Je pense donc que si nous savons si peu de choses du soleil, c'est que nous ne le considérons que par l'extrémité déjà affaiblie des cônes lumineux de sa lumière; au lieu que si un habitant du soleil observait les planètes, du soleil même, il les verrait avec toute la force de ses rayons. Je les compare à des lunettes d'approche : les habitans des planètes considèrent cet astre par l'extrémité <|ui éloigne et diminue les objets; ceux du soleil , par celle qui les rapproche et les grossit. Comment ! dis-je au pilote , vous croyez que le soleil a des habitans? C'est l'opinion du Français dont je vous ai parlé. Il lui parait probable que Dieu , qui a fait de cet astre un des trésors de ses bienfaits , y a placé aussi des ministres de sa bonté. Il pense qu'il y a même des esprits inlelligens qui comprennent le langage télégraphique des planètes, où nos astronomes ne calculent que des ascensions et des descensions. Il suppose qu'ils sont de la nature de la lumière , tantôt invisibles comme elle , voyageant à la faveur de ses rayons chez des êtres qu'ils fortifient par des inspirations sublimes; tantôt visibles à volonté, revêtus de couleurs irisées, et se manifestant tout à coup à leurs yeux. N'est-ce pas de cet astre éclatant que l'homme a tiré les principaux symboles de sa gloire et de ses religions ? Pourquoi Dieu , qui en fait une source de tous biens, n'y aurait-il pas mis les récompeases de la vertu ? Nous naissons sur ce petit globe ténébreux dans une ignorance imbécile , d'où nous ne sortons souvent que pour nous plonger dans des erreurs redoutables , lorsque nous nous écartons de la nature ; mais dans cet astre , d'où découle par torrens la lumière , ({ue Pythagorc appelait le char des âmes , et Platon le voile de la divinité , que de merveilles meffables sont renfermées !
Vous me remplissez de ravissement et d'admiration , dJs-je au pilote , malgré l'ignorance et les erreurs dont mon éducation, d'ailleurs assez bonne, avait fasciné mon jugement. A la vérité, je ne croyais plas ce (jue dit Flomère , que le soleil est im dieu monté sur un char attelé de quatre chevaux , qui va tons les soirs se coucher dans les bras de Téthys. Je ne croyais pas davantage l'historien
Tacite, qui assure dans son Traité des Jlfnurs des Germains^ qu'on entendait tons les soin, dans le nord de l'Allemagne , le brait de ses rooes flamboyantes , lorsqu'elles venaient à se plonger dans la mer. Depuis que j'ai été en Russie y j'ai appris que ce pétillement qu'on entend dans les airs, ainsi que les flammes de toutes coolenn qui s'agitent dans les cieux dnrant les soirées d'hiver, sont des efTets des aurores boréales. A la vérité, je ne sais pas trop ce que c'est, et pourquoi elles sont de plusieurs couleurs au nord , tandis que les anrores australes ne sont qn'aznrées au pôle sud, suivant le témoignage du capitaine Rogers. Enfin Foq m'a enseigné dans le cours de mes études , que le soleil circulait d'abord autour de notre terre , en faisant 450 millions de lieues par jour; et Ton me citait les autorités les plus respectables à l'appui de cette opinion, et le témoignage de nos yeux. Mais Copernic et Galilée ayant , par d'autres preuves plus évidentes, démontré que la terre et toutes les planètes tournaient autour du soleil, Newton vint^ et nous démontra un peu oonfusémont qoelqMi lois de l'attraction que cet astre exerce sur ttk corps. Des savans illustres prétendirent que ce globe lumineux n'était qu'une fbumaise. Des observateurs crurent y voir des écumes flottantes, dont quelques-unes étaient plus grandes que k terre. Quelques astronomes conclurent de leur mouvement la rotation du soleil sur ses pôles; ce qui était comme si l'un d'eux , placé dans la lune , et voyant nos glaces du nord descendre an midi , en eût conclu la rotation de la terre du nord au sud. Enfin, un autre savant, célèbre par son éloquence et ses grands travaux, prétendit que la terre, dans son origine, n'était qu'une de ces écumes détachée par hasard du soleil, et qui s'en était d'abord éevtée par l'impulsion qu'elle avait reçue de la queue d'une comète; puis s'était arrondie en tournant sur clle-méme par la force d'attraction ou centripète qu'elle avait reçue du soleil. Ce système mécanique siéduisit la plupart des académies. On en conclut que la terre, sortie d'une fournaise de verre, denût être aplatie sur ses pôles. Plusieurs académiciens furent envoyés à l'éqiiateur pour en mesurer des degrés, et quoiqu'ils en rapportassent tous des mesures différentes , ils ne laissèrent pas de confirmer la théorie de Newton , et de l'étendre à tout l'univers. Mais que d'objections cependant il y avait à faire ! D'abord le véridique Bayle avait rapporté dans son Dictionnaire l'expérience d'un habile physicien qni, dans le repos de son cabinel , a^'ait inutilement essayé de mettre en équilibre mie petite balle de fer entre plusieurs aimans. Comment pouvait-on supposer que le hasard eût mis ea
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équilibre tant de corps célestes , doDl les uns sont fixes et les antres mobiles autour de œux-d , sans qu'aucun se dérangeât depuis une multitndede siècles? Conunent avait-on pu imaginer que la terre, dans un état de mollesse et de rotation, se fôt aplatie sur ses pôles, tandis que le soleil, d'où on supposait qu'die était sortie, et qui tourne comme eUe sans s'être refroidi , a conservé une parfoite rondeur? D'où pouvaient venir les élémens que nous voyons sur la terre et dont la i^npart sont si étrangers à l'action du feu ? Y a-t-il donc de l'air et de l'eau , des végétaux, des animaux dans le soleil? Enfin Herschell vint, et ayant perfectionné le télescope , au point de grossir les objets célestes plus de quatre cents fois au-delà de celui de Newton , il vit que le soleil était un corps sdide , composé de montagnes de plus de '100 lieues de hauteur et de i50 lieues de longueur, entouré d'une atmosphère de Imnière ondoyante de i ,500 lieues de profondeur, qui s'entr'oovre de temps en temps, et laisse apercevoir un disque dont l'oeil ne peut soutenir l'édat. An reste , il est persuadé que le feu du soleil ne bnlle pas, et que cet astre est habitable; et quant à moi, j'en suis convaincu par les effets de sa lumière sur les sommets toujours glacés de nos hautes montagnes. Herschell, après avoir fait de si savantes et de si consolantes oli^rvations sur l'astre qui verse la lumière, en a fait d'aussi intéressantes sur les planètes qui la reçoivent. Il a découvert celle qui en est la plus éloignée , entourée de douMes anneaux et de satellites réverbérans; il méritait de lui donner son nom, que sans doute la justice de la postérité lui conservera.
Mais croyez-vous, lui dts-je, que les Lapons eussent découvert cette planète avant lui, et qu'ils lai eussent donné un nom ? L'air de la Laponie est si par, son del si serein, son sol est si élevé , que je crob la chose possiMe. Ils peuvent avoir été aidés par la réfraction de quelques rochers de glace. La l^upartdes découvertes doivent leur origine à des sauvages.
Je suis charmé, reprit-il, de l'intérêt que vous prenez à ce que je vous dis; mais le sujet qui nous oocope est immense; n'en sortons point, et parlons maintenant des secondes causes de la lumière, telles que celle de la lune : et ensuite nous nous occuperons de leurs effets réunis sur le globe.
La lumière de la lune est une réflexion de celle da soleil; elle participe de ses qualités dans des proportions qui ne sont pas encore bien connues, faute d'avoir été bien étudiées. Pline le naturaliste avait déjà remarqué, d'après les observations des anciens, qu'elle augmentait par sa chaleur la fonte des neiges. Un professeur de physique de Rome, il
y a quelques années , ayant mis denx vases pleins d'eau, Fun à la darté de la lune et Fautre à Tombre, l'eau s'évapora beaucoup plus vite dans le premier que dans le second. La même expérience fut répétée à Paris par un autre professeur, et elle eut le même résultat. Cette expérience ne produisit aucun efTetsur l'opinion des savans, quicroyaient alors que la lune n'avait aucune chaleur, d'après une expérience foite en hiver avec un miroir ardent par une nuit très-froide. Mab un témoignage positif et si fiicile à invoquer est préférable à cent témoignages négatife , résultant d'une expérience fiûte avec une machine très-coâteuse. Toi\|te madiine est suspecte dans l'étude de la nature. Le prisme de Newton lui montre sept rayons de couleurs primitives dans la décomposition de la lumière; la nature n'en montre que trois de primitives, entremêlées de trois autres intermédiaires. Pour moi , il me semble que la lune doit avoir une chaleur qui résulte des rayons mêmes du soleil qu'elle nous réfléchit. Je n*en voudrais pas d'autre témoignage que le sens commun et l'usage qu'en lait la Providence ; elle la feit passer dans l'hémisphère que le soleil abandonne, comm^ pour le dédommager de son absence : quand il est au tropique du Capricorne , elle est à celui du Cancer. La lumière qu'elle nous renvoie est chaude; ce qui prouve d'abord qu'elle a une atmosphère, sans laquelle elle n'aurait point de volcans qui ont besoin d'air, ni même de merà , second aliment des volcans. Sa lumière réfléchie n'a pas autant de chaleur que les rayons directs qu'elle reçoit du soleil parce qu'elle en emploie une partie à son usage. C*est ainsi que sur la terre ils s'incorporent avec les métaux , les forêts , d'où ils sont dégagés par la combustion et par la corruption même qui fait apparaître tant de lueurs phosphoriques. Notre auteur a cherché à connaître quels rapports il pouvait y avoir entre la lumière du soleil et celle de la lune. Il s'est adressé d'abord à des mathématiciens, mais fort inutilement. Un d'eux seulement avait foit une expérience avec des verres de vitre , traversés par un rayon de soleil ; mais il en avait employé une si grande quantité, qu'il n'en résulta qu'une conséquence absurde. Il l'a cependant publiée, parce qu'un peu de calcul couvre les plus grandes erroirs. U eut ensuite recours à de célèbres peintres, qui ont fait plusieurs fois des dairs de lime d'un effet magique. Mais les grands artistes ne raisonnent guère; ils ne savent que sentir : l'idée même de cette comparaison ne leur était jamais venue. Il faut pourtant en excepter le fameux Yemet, qui imagina une échdle de couleurs sur du papier, pour fixer sur ses dessins les
FUAGMENT
nuances fugitives des rayons du soleil coudiant, en attendant qu'il les fixât à loisir sur la toile ; il parvint ainsi à faire des tableaux semblables à la nature. Enfin notre auteur, après avoir vu luimême Teffet d'un clair de lune daas une chambre obscure , au moyen d'un petit trou percé dans un de ses volets, résolut d'étendre son expérience plus en grand : il observa sous son angle de quarantecinq degrés , c'est-à-dire à une distance égale à sa hauteur, la façade des Tuileries éclairée la nuit par la pleine lune à son méridien. Il examina attentivement l'ombre de ses colonnes, de ses figures et même de ses moulures. Peu de jours après , il observa les mêmes objets éclairés par le soleil en plein midi, et il trouva qu'il fallait s'éloigner plus de douze fois la hauteur de ce monument pour le voir avec des effets à peu près semUables. Otte expérience , qu'il ne donne pas comme géométrique , lui fit d'autant plus de plaisir, qu'elle établit les mêmes proportions entre les lumières de ces deux astres , qu'entre la durée de leur cours particulier, et même qu'entre leurs distances. Par exemple le cours du soleil est d'un an , celui de la lune est environ d'un mois, qui en est la douzième partie. Le cours annuel du soleil est divisé en quatre époques , qui nous donnent quatre saisons par an : i'équinoxe du printemps , le solstice d'été , l'équinoxe d'automne et le solstice d'hiver; le cours de la lune est divisé tous les mois en quatre temps différans : la nouvelle lune , le premier quartier, la pleine lune et le décours. La principale action du soleil est à l'étiuinoxe du printemps et du solstice d'été ; ce qu'il attribue , avec beaucoup de vraisemblance, à ce que, vers ces époques, l'atmosphère, rafraîchie par l'hiver, est plus dense, plus piure , et donne plus de dialeur à ses rayons. Cesl par des raisons analogues que la Imnière reflétée de la lune a plus d'action et plus de chaleur sur la terre lorsque cet astre est dans son plein, et que sa plus grande influence est à l'orient et au midi, parce que, durant son décours, sa propre atmosphère est renouvelée par l'absence du soleil. Il évalue la chaleur du soleil, entre les tropiques et au milieu de notre été , à 30 degrés du thermomètre de Réaumur, et à 60 lorsqu'elle est augmentée par les vents de la ligne , les reflets des sables, et autres causes réverbérantes; il fixe celle de la lune , dans son plein , au douzième, c'est-àdire à 2 degrés et demi , et à 5 lorsqu'il s'y joint des causes qui la multiplient. Au reste, il regarde cette suite considérable de montagnes lunaires , arrondies sur elles-mêmes , renfermant cliacmie une vallée ronde, au centre de laqudlc est un monticule, et qui sont toutes plus grandes que des
cratèresde volcans, comme de yéritables réverbèfei de la lumière du soleil dirigés tons ven la terre. Il en conclut qu'elle est pins pesvUe de ee oôtélà , et qu'elle nous montre toujoars la aaénie tee. Si elle tournait sur un axe, elle dénmgernt loos ses foyers de lumière; elle nous apponltnit souvent marbrée de tontes sortes de oooleors , comme dans ses édipses; au lien que, quand doqs h voyons dans son plein, dans un beau dd, elle nous apparaît comme un miroir d'argent poli avee quelques ombres légères à sa sor&Mse^ qm sont celles de ses montagnes réverbénoites. An reste, il remarque que la lumière du sdeîl est beanoonp plus vivement réflédiie sur la terre par la hme que par la terre sur le disque de la lime', où à peiie elle est sensible. Enfin , il dte les satellites de Jopiter, beaucoup plus lumineux que cet astre loimême; d'où il condut que les satdlites et tan anneaux sont organisés pour réfléchir la Immèie.
Quant aux effets particuliers de la lumière de la lune sur notre globe, il les évaliie, oonmie je l'ai dit, à un douzième environ de ceux de la limière du soleil. Cette proportion est sensible diM les couleurs irisées de ses conroones, de ses ara* en-del, et dans son influence sur l'almosplièR^ dont die dissipe souvent les nuages à son lever. Elle en af&iblit sensibleoient les tempêtes; db change souvent la direction du vent quaiid elle eit nouvelle; die augmente les marées, non en pesant sur l'Océan ou en l'attirant à elle , mab en ag'issant par sa douce chaleur sur les glaces dn pôle , que le sdeil met en fusion. Son eflet est encore plus sensible quand elle estnoavdleooqa'dle est pleme ; époques où sa lumière , comme noos l'avons vu , est plus active, et où sa cbaleor, se joignant à celle dn soleil , produit œ qoe nous appelons les grandes marées.
Quant à son action particulière sur le globe cl ses productions, elle est variée comme celle dn soleil : comme cet astre produit l'or dans ta montagnes de la zone torride, la lumière de la lone engendre de même l'argent. L'aolenr éteud cette faculté de produire des métaux aux autres planètes. D'abord il observe qu'dies ont donné leors noms à ceux qui nous sont connus : le soleil à l'or, la Inoe à l'argent, Mercure au vif-argent, Yénns an coîvre. Mars au fer, Saturne au plomb. Mais ce qn'B y a de très-remarquable, il observe que la valeur de ces métaux, parmi les hommes, est en lûon composée de la distance de ces planètes au solefl, et de leur voisinage de la terre : il prend pour Ita de comparaison les grandes Indes, situées sons l'é- (|uateur , et il trouve que de notre temps Tor y vaut 1 ,200 fr. la livre; l'argent nn 12«, ou 100 fr., le
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YÎf-argent € fr., ou iin 200"; le aiivre 2 fr., on an 600", le fer iO sous, on un 2,400^; le plomb 5 sous, on im 4,800".
Comme le soleil exerce un empire sur les grands végétaux, tels que les arbres, qu'il revêt chaque année d'un nouveau cylindre, la lune de même exerce une influence sur les petits, qui en portent l'empreinte tous les mois. Tels sont les roseaux , les berbes et toutes les plantes tubuleuses et bulbeuses, qui portent dans les nœuds de leivs tiges el les enveloppes de leurs racines ou de leurs ognoos, le nombre des mois lunaires qu'elles ont végété. U en est de même des animaux. Ceux qui ont le sang rouge et chaud sont sous l'empire du soleil ; ils entrent en amours , et naissent la plupart anx quatre grandes époques de son cours , les deux équinoxes et les deux solstices , ou à l'année révoloe. Les animaux qui ont le sang blanc et froid, tels que les poissons à arêtes, les coquillages, les insectes , naissent et font l'amour à des époques lunaires, telles que la nouvelle lune, le premier quartier, le plein et le décours, et le mois entier; ceux qui ment au-delà en portent des marques inaltérables : les huîtres ont leurs coquilles sillonnées de portions de cercles horizontaux et protubérans, qu'elles ont ajoutés chaque mois les uns aux autres. Quoique l'empire de ces deux astres soit séparé par des lignes très-remarquables, toutefois Us paraissent souvent agir de concert et s'entr'aider. Mais c'est particuli^ment dans l'espèce humaine que leur pouvoir se confond et se partage i la fois. Le soleil , aux quatre époques de l'année, fût sentir à l'homme sa puissance; c'est alors qu'il redouble en lui les facultés vitales; c'est alors qu'il rappelle à de grands travaux : en mars au labour de la terre; en juin à la récolte de ses prés; en septembre à celle de ses moissons et de ses vergers; en décembre aux fatigues de la chasse et à l'exploitation des forêts. Ces temps sont aussi pour lui les temps de ses plus fortes amours.
Pour la lune , c'est sur la femme qu'elle exerce eaa pouvoir. Il semble que cet astre, qui répand ses influences sur les productions les plus aimables de la nature, les rassemble toutes sur le sexe qui qui est la fleur de la vie ; elle verse sur les femmes la mélancolie attrayante et les doux caprices. Ce sont encore des périodes lunaires qui déterminent la fécondation : un mois la formation , trois mois le mouvement, neuf mois l'enfantement. Tendre Ilithye, elle distribue aux mères le lait nécessaire, et partageant avec elle les soins maternels, elle donne aux enfans, à des périodes réglées, la dentition, le marcher et le paria*. Telles sont les facnltés de la himière du soleil et de celle de la lune.
Il fendrait des traités pour développer ce sujet. Je ne vous en présente ici qu'im aperçu ; mais quel* que faible qu'il soit, il nous découvre une infinité de vues. Ainsi, dans une campagne couverte de brouillards, où l'on ne distingue aucun olijet, si un rayon de soleil vient à paraître, nous apercevons une multitude de colonnes de bruines et de nuages qui s'élèvent jusqu'aux extrémités de l'horizon.
Maintenant nous allons nous occuper des rapports de la -lumière avec notre globe. RedoubleE ici d'attention. Je vais vous développer une loi de la nature très-peu observée et bien feible en apparence, mais si commune qu'elle est universelle, et si puissante qu'elle donne à la terre son mouvement de rotation : c'est l'évaporation des mers mise en action par les rayons du soleil.
L'auteur de cette tliéorie suppose que la terre , dans son origine, était revêtue de tous les élémens qui étaient nécessaires à son développement. Elle était enveloppée d'une atmosphère , et couverte d'un océan qui s'élevait au-dessus de ses plus hautes montagnes. Cet océan était d'abord glacé, car l'état naturel de l'eau est d'être en glace quand elle n'éprouve point de chaleur. Il la compare à un œuf qui, n'ayant point encore joui de ladialeur maternelle, reste immobile, quoiqu'il renferme dans son sein les élémens d'un dseau destiné à traverser les airs avec une rapidité supérieure à celle des vents. Ainsi gisait notre globe sans mouvement dans un ciel ténébreux; mais le soleil parut, lançant au loin les atUractions, la lumière et la vie. La terre, attirée par ses influences paterneDes, s'approdia de M; elle lui présenta d'abord le cdté le plus pesant de sa circonférence. Ce fut peut-être, à l'occident, la chaîne des ConfiHères; ou peut-être, à l'orient, la chaîne des hautes montagnes de Java, de Bornéo et de la Nouvelle-llol* lande , que nul mortel n'a encore fhmdiies. Cellesci , ainsi que les Indes orientales qui sont dans leur voisinage , paraissent avoir été visitées les premières des rayons du soleil , et jouir du droit d'aînesse par la richesse de leurs productions, supérieures en tout à celles des Indes occidentales. A peine la terre eut-elle senti, par la médiation de son atmon sphère, la clialeur de l'astre du jour, que devenue plus légère dans celui de ses hémisphères dont le soleil avait fondu les glaces, et plus pesante dans celui qu'il n'échauffeit pas encore, elle tourna sur elle-même et acheva sa première révolution. Ce fut alors que ses pôles s'affermirent par le poida des neiges et des glaces qui s'accumulaient sur eux; qu'il se forma autour d'elle un équatenr et deux ceintures, l'une de mers fluides, l'autre de mers en évaporation, que les vents dilatés char-*
FRAGMENT
riaient dans les airs en forme de montagnes semblables aux Alpes, et qu'ils allaient déposer en neiges épaisses et en glace dans les lieux privés du soleil. Ce fut alors enfîn que ce^ deux hémisphères furent en équilibre. On peut se former une idée de celte immense évaporation , en considérant seulement celle que le soleil occasione chaque jour dans les zones torrides , dès qu'il est sur Thorizoïi^ et que les vents transportent et déposent dans la partie qu'il n'éclaire pas. Il est certain que la moitié du globe, devenant plus légère par la chaleur du jour , en même tems que l'autre moitié devient plus pesante par la fraîcheur de la nuit , la terre doit tourner sur ses pôles; et comme elle avance toujours son occident, qui est plus pesant, vers le soleil, et qu'elle abaisse son orient, qu'il a rendu plus léger , elle tourne en sens opposé de son attraction ou de la force (jui l'entraîne. Ainsi sa rotation est en équilibre avec son attraction ; car si elle tournait dans le même sens, il n'est pas douteux qu'elle irait se précipiter dans le soleil.
La force de cette évaporation journalière de l'Océan est très-considérable dans la zone torride; c'est ce qu'on peut voir d'un coup d'œil à la grandeur de ses nuages, semblables aux montagnes des Cordillères , et qui se suivent dans la même direction par le moyen des vents alizés. Mais quelque transjiarcnte que soit son atmosphère d'azur, les vents viennent-ils à changer , dans l'instant les vapeurs invisibles qu'elle renfermait deviennent sensibles sous la forme de nuages qui l'obscurcis-» sent. L'air même y est si humide en tout temps, qu'il rouille l'acier exposé à son action , et qu'on est obligé d'enfermer dans des malles doublées de fer-blanc, dont toutes les feuilles sont soudées , les étoffes d'or et d'argent qu'on envoie aux Indes ou qu'on en rapporte : sans cette précaution , elles seraient noircies par l'humidité qui y pénètre. Joignez à l'évaporation des deux zones torrides, celles des deux zones tempérées , et même d'une partie des glaciales ; il est évident que le soleil agit à la fois sur près de la moitié du globe qu'il rend plus légère par sa présence. Mais comme les vapeurs qu'il a élevées retombent en même temps par le froid de la nuit sur l'hémisphère qu'il abandonne, il s'ensuit que la puissance de rotation en est doublée , un côté du globe devenant plus pesant lorsque l'autre devient plus léger. Ce mécanisme qui produit aussi les nuits à la suite des jours, est semblable à celui qui balance les pôles et qui nous donné tour à tour les saisons opposées : lorsque les glaces de l'un sont plus considérables, elles rapprochent son hémisphère du soleil et lui donnent l'été , tandis que l'autre qui s'en éloigne ,
donne l'hiver au sieti. Mais odoi-ci , redefnnnl plus pesant à son toar , par les glaces que l'hiver y reproduit , et l'autre plus léger parce que Tété y a fondu une partie des siennes, ils y changent tour à tour de températures et de saisons, en se mettant en équililire du nord an sud et du sud au noid, dans le cours de l'année. Il en est de même dn mouvement de la terre d'occident en orient, qui nous donne successivement les jours et les noits. Le côté (jue le soleil regarde étant toujours le pins léger, et le côté qui ne le voit pas élâot tonjonn le plus pesant , il est nécessaire que le globe tourne sur lui-même.
L'auteur aurait pu^ à l'aide de quelques fonnoles algébriques , donner un air savant et mystérieux à ses principes; mais il regarde le caleal comme une science dangereuse, surtout si on Tqh plique aux lois de la nature ; car si cette sctenop part d'un principe faux , comme il lui arrive souvent, elle se termine à des erreurs incalculables, encore qu'elle soit très-régulière dans sa marche. Dieu seul connaît les premières causes de ses oovrages; l'homme ne peut s'élever qu'à en aperoevoir des effets et des résultats. L'auteur s'est donc borné à démontrer l'action perpétuelle de la lumière du soleil sur l'évaporation des raers , et à en conclure la rotation du globe. Il suppose qu'il roule sur lui-même à l'opposite du soleil , et il met sa rotation en équilibre avec l'attraction de cet astre. Ainsi, voilà la force d'impulsion , supposée ri gratuitement par les newtoniens, remplau^ par nne force naturelle et sensible. Au reste, il croit que le globe étant rond , il peut lonnier dans tons les sens. C'est un vaisseau céleste qui a sa promet sa poufie dans toute sa circonférence. Il ne voit point de difficultés à croire à la tradition des prêtres de l'Egypte, qui apprirent à Hérodote que le soleil s'était Icfvé deux fois à l'occident ; ni aux annales de la Chine , qui assurent que cet astre fat vu cinquante jours de suite sans se coudier; d'oft il s'ensuivit un déluge universel. Ceci suppose qne la terre avait alors changé sa rotation ; et qu'an lieu de tourner sur son équateur d'occident ai orient, elle tourna sur un de ses méridiens dn nord au sud. Alors les deux pôles se trouvant soos Finfluence directe du soleil , les deux océans de glace qui les couvraient fondirent à la fois.
L'océan glacial est donc l'océan primitif. C'est de lui que dérivent , par l'action du soleil et de l'atmosphère , l'océan fluide , puis l'océan aérien, et enfin l'océan souterrain ; en tout, qnatre océans.
Le premier, comme nous venons de le voir, est placé sur les pôles du monde et se divise en deux, qui , par leurs fontes et leur poids alternatif» nous
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donnent tour à toar Tété et Thiver , en se rapprochant ou eu s*éloignant du soleil. Cet océan est la source des mers ; il y en a des parties considérables dispersées sur les hautes montagnes, conrnie les Alpes, les Ordilières , les monts Taurus , Imaûs, et beaucoup d*autres. Ce sont là les sources de la plupart des rivières et des fleuves qui arrosent le continent.
L'océan fluide entoure toute la terre ; il est plus de deux fois plus grand qu'elle. Quoiqu'il soit salé, il nourrit une infinité d'animaux et même de plantes; il diminue tous les siècles, comme nous le verrons.
L'océan aérien , quoique le moins visible , paraît le moins étendu ; c'est à lui qu'il faut rapporter Unis les nuages qui parcourent l'atmosphère, et non-seulement la réparation journalière de l'océan glacial , et des glaces qui couvrent les hautes montagnes , mais l'entretien des flenves et des rivières qui arrosent le globe, et celui des forêts, des prairies, des terres cultivées par la main des hommes. Les nuages qui parcourent l'atmosphère , les pluies ot les neiges qu'ils versent sur la terre , ne suffisent pas pour en donner même un faible aperçu. •Sa partie la plus transparente est remplie en tout temps d'humidité. Nous avons vu des étés trèsttouds et très-sereins pendant lesquels il n'est pas tombé une seule goutte de pluie; et les arbres des forêts étaient pleins de vigueur, les ormes plantés le long de nos grands chemins étaient couverts de verdure, quoique chacun de ces arbres consumât ^ans les vingt-quatre heures plus de cent muids d'eau; leurs feuilles pompaient dans l'atmosphère sans nuageà cette quantité de fluide , comme l'ont assuré les mémoires de plusieurs académies. C'est à l'océan aérien qu'il fout attribuer la naissance de ia rosée, qui ne tombe pas toujours du ciel, comme on le croyait autrefois , et qui s'élève aussi •de la terre, oonune l'expérience le prouve.
Il verse la nuit l'humidité ou le serein sur les parties occidentales de la terre, et, les rendant pins pesantes, force la terre de les tourner vers le soleil , d'où s'éloigne sa partie orientale, devenue plus légère et par conséquent moins attirée. Ainsi, U est la cause du mouvement de la terre d'occident en orient, et par conséquent de sa rotation journalière.
Le quatrième océan est le souterrain. On pourrait lui attribuer une partie des effets de l'océan aérien , mais nous ne connaissons guère que son existence. Comment pourrait-il venir au secours des végétaux à travers des lits de roches et des carrières? Cependant j'ai vu beaucoup d'arbres croître dans les i-ochers les plus durs. Qui n'a pas
vu avec étonnement, dans les plus fortes dudenrs, des touffes de ravenelles odorantes et des muflesde-veau pleins de fraîcheur couronner nos murs? Il me parait plus vraisemblable que ces plantes pompent l'humidité de l'air par leurs feuilles, que celle d'un mur de cailloux fiar leurs racines. Cependant tout nous prouve qu'un océan souterrain existe; nos puits surtout le démontrent; et il est probable que c'est à lui qu'il faut attribuer les tremblemens de terre qui ont lieu dans plusieurs contrées. Peut-être y remédierait-on en y creusant des puits. L'homme semble appelé sur cette terre à coopérer, non à la formation des ouvrages qui en font l'ornement , mais à leurs menus entretiens. Les grands appartiennent au propriétaire, c'est-à-dire à Dieu. U a réservé à l'homme, son locataire passager , les petites réparations.
Il ne faut pas se figurer que les glaces qui couvrent les Alpes , les Cordillères et les montagnes les plus élevées du globe, soient comparables aux deux océans de glaces qui couroiment ces deux pôles. Celles-là sont disséminées sur le continent , et pour être les sources des grands fleuves qui l'arrosent , et pour en rafraîchir l'atmosphère , la plupart étant dans les deux zones torrides ou dans leurs environs. Mais les océans de glaces, placés aux extrémités de l'axe de la terre, sont évidemment destinés à être les sources de ces mers, à en renouveler les eaux par leurs courans , à rafraîchir celles qui sont chaudes, à réchauffer ceUes qui sont fit)ides, et à tenir le globe en équilibre. Considérez un globe de géographie; il est évident que ses deux hémisphères ne sont point d'un poids égal. L'hémisphère nord contient la plus grande partie du continent et de ses montagnes, tandis que l'hémisphère sud renferme la plus grande étendue de ses mers. On pourrait appeler le premier l'hémisphère terrestre , et le second l'hémisphère maritime. L'hémisphère nord est donc le plus pesant. Ce simple aperçu suffirait pour nous en convaincre , mais vous en trouveriez la première preuve dans un almanach. La terre présente cet hémisphère au soleil cinq ou six jours de plus que l'hémisphère opposé : depuis le 20 mars jusqu'au 22 septembre , qui sont les deux équinoxes , il y a 186 jours, pendant lesquels le soleil est au-dessus de l'équateur dans l'hémisphère nord ; et, depuis le 22 septembre jusqu'au 20 mars , qu'il est audessous dans l'hémisphère sud , il n'y a que i 79 jours. Voilà donc un bienfait de 7 jours de plus de chaleur que nous donne la Providence dans le cours d'une année de 365 jours. Ce n'est pas tout : si notre hémisphère terrestre était toujours plus pesant que celui du sud , il est certain que, se tour-
FUAGMENÏ
nant sans cesse dti oôtë da soleil , il en serait constamment échauffé , ce qui le rendrait inhabitable; ce serait a)mme si nous avions un jour perpétuel. De mérae si l'héniisiihère aipiatique était toujours plus léger, il serait toujours hors des influences de cet astre; les glaces le couvriraient sans cesse ; et il y régnerait une nuit sans lin. Mais la sagesse divine, ne voulant pas rendre la terre inutile fiar l'efTet même des lois mécani<iues, les a réglées par l'harmonie; elle a placé au pôle sud un océan de glace beaucoup plus considérable qu'au \\6\e nord, et qui balance le poids des continens de Thémisplière terrestre. Le froid que cet océan répand dans tout Tliémisphère maritime, est au moins de quatre degrés plus coasidérable que dans le nôtre aux mômes latitudes; il est seiLsible jusque dans la zone torride australe : cette proportion augmente à mesure qu'on s'approche de son pôle. Mais l'illustre capitaine Cook , qui est, je crois, le seul des Européeas (pii en ait fait le tour, peut seul nous en donner une idée. II rencontra d'abord, à plus de 500 lieues de distance, des Iles de glace flottantes qui se dirigeaient vers l'équateur , ainsi que les oourans qui les charriaient. Celte oI)servation détniit le système des newtoniens, qui supposent que les \}6\es du monde sont aplatis , et que les courans et les marées viennent de la ligne par la pression ou attraction de la lune. Nous avons fait voir la fausseté de cette opinion ; et l'expérience de Cook prouve évidemment que la terre est allongée au pôle sud , puisque les courans généraux en descendent dans son été. C'est ce que prouvent encore les observations du baromètre de son vaisseau , qui s'abaissait à mesure qu'on approchait des pôles. Enfm Cook , à force de patience , s'avança jusqu'au 7i ' degré i 0 minutes de latitude australe, où il fut arrêté par l'immense coupole de glace dont il avait fait le tour. C'était le dernier du mois de janvier, (lui répond dans cet hémisphère à notre moisdejuillct: ainsi celte coupole avaitéprouvé les plus grandes chaleurs de son été. A cette époque elle avait encore plus de 3,000 lieues de circonférence. Quant à sa hauteur, il la compare à celle des plus liantes montagnes qu'il eôt jamais vues ; mais , comme il n'en a|)ercevait que les bords à demi fondus, il n'y a pas de doute qu'elle ne fût beaucoup plus élevée au centre. Ainsi, en l'évaluant à 2 lieues de hauteur réduite , il restera encore une coupole immense de glace formée de simples ruines de cet océan glacial. Mais , si on apprécie son étendue et son élévation à la fin de son hiver, c'est-à-dire à l'équinoxe de septembre, on jugera qu'elle était au moins une fois aussi considérable , c'est-à-dire de plus de 6,000 lieues
de circonférence , et 4 lieues de hauteur réduite. Car comment appliquer les lois du calcul à un objet dont aucim homme n'a pu approcher dans celte saison ? IV'est-il pas plus juste de supposer que œt immeiuse océan accumule autant de glaces dans son hiver, qu'il en dissipe dans son été? Or, voici ce qu'on peut conclure de la relatioD de Cook sur la fonte générale de ses glaces. Il est d'abofd probable que les vapeurs du vaste océan qui environne ce pôle , s'y déposent nuit et jour , de tontes les parties de sa circonférence, en neiges et et brume, et qu'elles s'y fixent par le froid en gfane solide , comme nous le voyons dans les Alpes , et surtout aux Cordillères , où il se forme ainsi pendant l'hiver des pyramides de glace de huit cents toises de hauteur. Il est donc certain que les Iles flottantes de glaces , qui se détachent dans la sole du pôle sud , ne sont pas plus formées dans la mer par la réunion de leurs débris , que les aTalanchei qui tombent de nos montagnes à glace ne sont formées par les vallées où elles se prédpitent. H est plus probable que , lorsque la terre présente sm hémisphère sud au soleil, et qu'il est à son éqniteur, la réfraction de cet astre agit déjà sur sm pôle au moins d'un degré et demi de plus; qn'alon la dilatation de l'atmosphère polaire , que ses rayons y occasionent, y attire des vents tièdes de la lone torride ; et qu'enfin les flots de la mer , poussés par ces vents contre les bases et les flancs de cetteeonpole, y creusent de profondes cavernes qui en suspendent en l'air des masses prodigieuses. Ces efiets ont été remarqués aux glaces du pôle nord, dont de vastes parties sont découpées en arcades, an lieo appelé par les marins VÉcueil de gUue. Enfin, soit que la nature empkNC à ces vastes démolitions Tocéan souterrain , dont la chaleur est alors plus précoce , on voit déjà des glaces flottantes ven les pôles peu avant l'équinoxe de leurs printemps. Ges masses , venant à manquer de fondement , s'en détachent par leur poids, et tombent dans la mer qui les environne avec le bruit du tonnerre. La plupart portent leurs sommets à 200 ou 300 pieds au-dessus de la mer , et y enfbncent leurs basetet leurs flancs à 2,000 ou 3,000 pieds de profondeur; le rapport du poids de la glace à celui de l'eau étant de 9 à 10, comme le démontrent les ph3f8icicnt. Ces Iles flottantes ont au moms une liene on deux de circonférence. Le capitaine Cook en a vu vent 30 ou 40 à la fois sur l'horizon. Jugez bien il y en peut avoir tout autour de la oonpole de glace qui les a engendrées. En lui supposant seulement 300 lieues de circonférence, et en réduisant seulement à une lieue de diamètre chacun de ses horizons , si couverts de brumes épaisses
SUR LA THÉORIE DE L'UNIVERS
que Gook assare que souvent on n'apercevait pas sur son bord un liomnie de la poupe à la proue, nous aurons 900 horizons , renfermant chacun 40 Iles de glaces, Ce sont 36,000 édàts de glace, chacun d'une lieue de circonférence, s'enfonçant dans la mer de 2,000 pieds , et s*élevant dans l'air de plus de 200. Joignez- y une mer couverte de débris , qui forment , suivant l'expression de Gook, des champs de glaces de plusieurs lieues d'étendue.
Bientôt le soleil, à l'équateur, embrassade ses feox dorés la coupole du pôle austral ; de vastes gerbes et des torrens tumultueux en découlent de toutes parts. Le courant général part du pied de sa coupole et diverge à l'équateur. Il s'avance vers ce eencle à la fiaveur de l'évaporaiion des mers lorridlennes et même de la glaciale , qui l'attirent en abaissant leurs niveaux; le courant naissant du Bod avance contre le courant expirant du nord. Deux océans et deux atmosphères se disputent l'empire des flots; les nuages luttent contre les images. Malheur au vaisseau qui se trouve alors kiin du port ! Avec quel effroi son équipage le voit à nMNlié penclié sur les flots! D'affreux abîmes s'entr'ouvrent sous sa carène , et des montagnes d'eaux écumantes déferlent à la hauteur de ses mâts : c'est alors que le navigateur fait des voeux tardîfii, et qu'il regrette les ports de sa patrie. Et en effet, comment ne serait-il pas etirskjé de ce terrâile bouleversement des mers , lorsque les oiseaux de marine eux-mêmes, qui y cherchent sans oease leur vie, les redoutent et les fuient? Dans tes jours équinoxiaux^ ils eherdient des abris en se bloltisBant sur les rivages, ou bien en s'enfon- (mt dans les trous de rochers, où , tout couverts de sable et d'eau salée , ils attendent à demi morts la fin des tempêtes. Cependant la glace du pôle et le eonnuit général, qui les pousse et les devance, s'engagent en partie dans la mer Atlantique , réflécya à l'occident par le cap Hom , et à l'orient pv le cap de Bonne-Espérance. Ce courant proéaU deux marées en vingt*quatre heures, dans ce mate canal qui a 147 degrés en latitude et plus de 190 en longitude, d'embouchure. Les mers qui deseendent alors du pôle , accompagnées de frimas el de neiges, viennent se briser sur les côtes des PalagoDS, et y font régner un été plus rude que hivers. Pour les lies flottantes de glace, elles
vont point au-delà du cap de Bonne-Espérance ; eUe ^'avancent même rarement à sa hauteur. Cependant on a l'exemple d'un vaisseau anglais qui, iofflani de cette rade pour aller à Botany-Bay, rencontra, pendant la nuit qui suivit son départ, une Ue de glace caverneuse qui pensa l'engloutir. Au nesie, il y a un autre courant qui, dans cette sai-
ŒUVBES FOSTHUMKS.
son, descend du même pôle , vient aux Indes, et se réfléchit par le canal de Mozambique dans Tocéan Atlantique ; c'est la jonction de ces deux mers qui a rendu le cap de Bonne-Espérance si femenx par ses tempêtes. C'est par la même raison que tous les lieux sujets aux mauvais temps sont situés à la rencontre de semblables canaux : les mers du Japon ont leurs typhons , celles des Indes leurs ouragans, les Bermudes et le cap Finistère leurs coups de vent. Quoique ces lieux portent pour l'ordinaire les noms de quelque cap, ce sont les mers que ces caps divisent , qui sont les causes de ces terribles phénomènes ; et ces causes sont produites dans l'origine par les courans qui descendent du pôle de leur hémisphère.
Cependant la mer A tiantique, renforcée des eaux du canal de Mozambique , remonte vers le nonl. C'est alors la saison favorable pour les vaisseaux de l'Inde , de revenir en Europe. Ce vaste courant répand la fraîcheur de sa température dans toute la zone tempérée australe. On ne doit pas se figurer qu'il coule à la manière d'une fleuve, dont tes flots se poussent successivement. Il font considérer son mouvement comme agissant à la fois dans tout son cours. Ainsi, les eaux du pôle sud en fusion, s'élevant au-dessus de leur niveau dans la zone glaciate, pressent les mers de la zo^e tempérée, et celles-ci ne tardent pas à agir sur ceUes des zones torrides. Celles-ci , à leur tour, déplacent la mer de la zone tempérée boréale, et cette mer, celle de la zone glaciale , laquelle vient enfin expirer au pôle nord. Celte pression successive des mers se fait sentir d'un hémisphère à l'autre, dans l'espace de six semaines au plus. Elles se meuvent, comme je l'ai dit, par la différence de leur niveau, qui n'est pas dans le fond de leur bassm, mais à leur surfiice. La mer de la zone glaciate qui se fond, est naturellement plus élevée, puiscpie les glaces en descendent; celle des zones torrides lui est infé« rieure, par l'évaporaiion constante du soleil qui en pompe les eaux; et celle du pôle qui entre en congélation, est encore plus basse, par l'effet même de la congélation qui en £dt sortir sans cesse des brouillards épais, connus par les marins sous le nom de fumées de glace. Elles sont si abondantes, qu'elles suffisent pour couvrir en entier le pôle qui les attire, d'une coupole de glace semblable à celle dont il était revêtu six mois auparavant.
Si vous me demandez dans quel abîme se précipite ce grand amas d'eaux, qui va pendant six mois du sud au nonl, dans l'océan Atlantique, je vous dirai qu'il revient en partie le long de ses rivages ; et c'est ce que nous appelons marées. Les marées, pendant l'hiver, sont sur nos côtes des contre-cou-
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rans du courant du sud; elles résultent, comme lui , de Taction du soleil sur le pôle en fusion. Le courant général en sort pendant six mois , ou une demi-année; et la marée en découle pendant douze heures ou un demi-jour. Quel<iuefois elle est unique en vingt-quatre heures, comme dans Thémisphère sud; quelquefois elle est divisée en deux marées, chacune de six heures, comme dans Tocéau Atlantique. Soit qu'elle remonte au nord en hiver par le reflet des caps Horn et de Bonne-Espérance, soit qu'elle descende au sud dans notre été, elle est le contre-courant du courant généial, qui lui-même est divisé par les deux conlineus. Elle retarde environ de trois quarts d'heure par jour, parce que la coupole de glace dont elle tire sa source diminue graduellement.
(Mais ne perdons pas de vue le courant général du sud : en pénétrant dans les zones torrides, il a poussé devant lui la masse énorme de ses eaux imbibées des feux de l'Afrique, et les verse tièdes et fumantes dans notre zone tem|)érée. Il circule alors autour d'une partie de l'Europe , redouble la chaleur de ses étés , mûrit les fniits de ses automnes; et lorsque les premiers fit)ids s'étendent sur notre hémisphère , il nous apporte, vers le 10 novembre , ce peu de jours cliauds et brumeux qu'on afipelle le petit été de la Saint- Martin. De là il s'enfonce daiLs les mers glaciales du nord, où ses flots dennent expirer sur leurs rivages. On peut le suivre à la trace dans tout son cours. Il balaie les mers qu'il a parcourues ; il dépose dans notre hiver sur les rivages de la Vendée et de la Bretagne , des parcelles d'ambre gris qu'il a charriées des Indes orientales. C'est lui qui jeta sur les rivages des Canaries ces roseaux américains qui tirent soupçonner à Christophe Colomb qu'il existait à l'occident un autre monde. II |K)rte ch«ique année les graines nautiques de la Jamaïque sur les rivages des Orcades ; et , riche des dépouilles des mers et de celles de la terre, que tant de fleuves versent dans son sein , il en engraisse au nord des légions de turbots , de morues , de crustacés , de testacés, d'huîtres délicieuses qui se nourrissent l'hiver sur ces rivages. Il rassasie dans le fond du noixl la voracité du grand cliien de mer, de la l)aleine, de l'ours blanc, des phoipies monstrueux, et d'une influité d'oiseaux de proie qui y déposent leurs nids , et qui font leur patrie de ce vaste cimetière de la terre. Enfîn les flots cxpirans y versent les derniers élémens de tout ce qui a vécu , et en noun'issent les feux dévoraas de THécla. Figurezvous ce volcan effmyable qui, par ses noirs torrens de fumée, ressemble à une lampe sépulcrale plarép au pied des régioas polaires plus élevées
que les Alpes et les Cordflières enla»ées les unes sur les autres. Représentez-vous les inimemn perspectives de leurs montagnes escarpées et de leurs vallées profondes , toutes oonvefies de neiges et tendues de blanc, comme si c'étaient de vastes linceuls. Entendez-vous les gémissemeiis des flots qui minent leurs rivages , les murmures menaçans des ours blancs et des animaux de proie? Ne diriez-vous pas que ce spectacle est uue pompe fonèbre; que l'océan est mort, que voilà son eatofal<|ue,dontla vue ne peut atteindre ni rêlévatidn, ni l'étendue! Oui, c'en est un, sans doute, que les flots du sud ont élevé à l'océan du nonl; mtiii le retour du soleil va bientôt foire sortir de son tombeau même un nouveau berceau, comme dei hivers sortent les printemps , et des génénrtkni passées les générations futures. A peine Fastre de la vie abandonne le pôle du sud , qu*il Fenimeeetai du nord; les mers rentrent en congélation larle premier et se dissolvent sur le second ; les ooonDi changent de direction : celui du nord, attiré pt l'évaporation des mers torridiennes, se dirigefen le sud; les deux hémisphères changent de coatmpoids; la terre a rompu son équilibre : elle inclM peu à peu son pôle nord vers le soleil, et en< son pôle sud.
C'est au 20 mars, à l'équinoxe dn printi que commencent à partir de la zone gladik èi septentrion , les lies flottantes qui vont iciiuwdg l'Océan. L'Anglais Ellis, qui les a Irès-bien éb/avées dans son voyage A la baie d'Hudson , ditqai'M les aperçoit à plus de 20 lieues de distanee,» grand éclat qu'elles jettent à Thorizon et aa ftoid extrême qu'elles répandent dans l'atmosphèie, lorsque le vent vient de leur côté. Denis, gouverneur du Canada, dit que les navires qui vont ai printemps à la pèche de la morue, les reneoniral souvent en route. Elles forment des chaînes de 150 lieues de longueur, descendant à la suite ki unes des autres , hautes comme les tours de NotR- Dame. Elles sont si serrées, que les pécheurs soit obligés de les côtoyer plusieurs jours de suite i toutes voiles, et d'attendre qu'elles soient passéa pour traverser l'Atlantique et se rendre à Tene- Neuve. C'est leur passage qui oocasioneles gmè froids du Canada, lien échoue souvent sur lebsiK de Terre-Neqve, quoiqu'il ait depuis dnqnaflle brasses jusqu'à cent de profondeur. Elles s'ataacent jusc]u*au milieu de la zone tempérée. Leir froidure, ainsi que celle des coorans qui les c»* traînent, influe tellement sur l'atmosphère, qu'A nous donne souvent des printemps froids , sortoal les mois de mai , toujours accompagnés de gibsilêes. Enfin elles disparaissent aux approches dr b
SUR LA THÉORIE DE L'UKIVERS
zooe torride boréale. Voici à oe sujet une obserralion curieuse de noire auteur, que j'ai vérifiée moi-même : c'est que ces lies flottantes de giace coaleot à fond tout à coup, entre le 30^ et le 40*^ degré de latitude nord. II n*en reste aucun vestige à la sivfjice de la mer : soit que meurtries par Faction du soleil et des eaux déjà attiédies où elles OoUent, elles se dissolvent entièrement; soit que leurs bases surchargées de roches et de graviers sur lesquels elles repo^^ient dans leurs zones glaciales, n'ayant plus a^ez de glace pour les soutenir âflot, elles s'enfoncent tout entières dans la mer. On n'en rencontre pas un seul débris flottant , connue il devrait arriver dans ces parages. Mais on y trouve fréquemment de grands espaces qui changent la couleur naturelle de la mer. et de bleue la font paraître verte. Aussitôt on crie : Vicie t et on se hâte de jeter la sonde comme sur nn haut fond; mais souvent en vain. Quelquefois cependant elle s'arrête, et on la retire sans aucun indice : alors il ne manque pas de marins qui croient qu'elle est tombée sur le dos d'un grand poMson; quelquefoLi elle rapporte de la terre ou de la vase, mais étrangères à ces parages si fréquentés, dont les fonds sont connus. Cependant on inscrit sur les journaux cette nouvelle vigie , et les géographes ne manquent pas de la marquer sur leurs cartes marines pour l'iastruction des navigateurs; mais comme elle n'est qu'une glace coulée à fond, l'année suivante on ne la revoit plus. J'ai vu une carte marine d'Europe, remplie, entre le 30^ et 40^ degrés , de ces prétendus hautslonds; mais le géographe avait eu la conscience d'en marquer la plupart du signe de fausse vigie. En supposant que ces premières glaces flottantes nient parties de la zone glaciale à l'équinoxe du printemps, et qu'elles achèvent de se dissoudre m 40* degré de latitude au solstice d'été, elles aunml parcouru en trois mois 1,000 lieues, c'est-àdire de iOà 1 2 lieues par jour ; ce qui est en générai ia vitesse du cours des rivières. Mais, comme je l'ai dit, il faut bien distinguer ce mouvement particulier du mouvement général des mers, qui est inoomparaUement plus prompt. Elles agissent en niasse : notre glaciale plus élevée repousse et remplace notre tempérée, qu'elle refroidit au prini^ps; notre tempérée traverse en partie les deux torridiennes, qu'elle refralchit; ces torridiennes , la tempérée australe, qu'elles réchauffent; et la opérée australe va se congeler sur le pôle sud, ^ fait presque le tour du globe par le canal de Mozambique. Gesmonvemens. que nous n'apercevons guère plus que celui de la terre qui nous porte, s'opèrent cliaqne année par les divers ni-
veaux des mers, qui, comme je l'ai dit , sont une suite de leurs évaporations, qui changent deux fois par an , aux deux équinoxes. Pour se former une idée de l'effet subit et rapide de ces masses fluides, qu'on examine seulement la chute d'une marée dans l'embouchure d'un fleuve : d'abord elle l'arrête, puis, venant à s'élever au-dessus de lui en forme d'une vague de huit à dix pieds de hauteur , elle le force de remonter contre son cours avec une telle vitesse , qu'il n'y a point de cheval de poste qu'elle ne devance. Ainsi cette pression des mers qui se déplacent depuis l'équinoxe du printemps, du nord au sud, se fkit sentir aux Indes vers la fln d'avril, y amène le courant général des mers , et y détermine ce vent Êivorable anx marins, qu'on y appelle mousson. Le contraire arrive six mois après par un mécanisme contraire fondé sur les mêmes lois, dont le soleil est constamment le premier moteur, et dont les glaces polaires sont tour à tour les mobiles.
On pourrait suivre à la piste le courant qui va du nord au sud, comme celui qui va du sud au nord. Celui-ci est cdui de nos automnes et de nos hivers, et sous son ciel nébuleux semble engraisser nos rivages de ses eaux limoneuses ; l'autre semble les embellir par ses productions à la fois ntiles et agréables, et mérite d'être appelé le courant du printemps et de l'été. D'abord il dégorge du fond de ses écluses septentrionales des légions silencieuses de harengs et de maquereaux, qui circulent le long des côtes de l'Europe et de celles de l'Amérique. Des quantités innombrables d'oiseaux de marine les pâturent jour et nuit, et par leurs cris de joie les annoncent de loin aux flottes des diverses nations de l'Europe qui viennent partager leur proie. Parmi les escadrons criards des goélands, des lombs, des mauves, des aigles marines, les pécheurs hollandais, suédois, anglais, français, norwégiens, font briller le jaune, le rouge, le bleu de leurs pavillons, et remplissent leurs buses à large ventre de cette pêche inépuisable. L'été arrive; les oiseaux de marine de l'Inde viennent avec d'autres mœurs se joindre aux oiseaux de marine du nord. Le flamant, aux ailes couleur de rose, élève son nid au sein d'une lagune; le pélican mélancolique, perché sur une roche, la tête penchée vers la mer, par le poids de son long bec et de son large sac , y guette le poison qu'il destine à ses petits; l'aigrette vive et légère, dont la tête est couronnée d'un panache, si cher à nos femmes, y poursuit sur le sable humide les crustacés dont elle fait sa proie. Vous diriez alors que l'Océan célèbre nne fête sur ses rivages; les pieds des folaises de la Normandie,
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où il se creuse çà et lu des groUcs profuixles par ses marées, se tapissent de festons de varechs et de fucus d*un vert sombre , où brillent les nérites et les lépas. Les mers ont aussi leur flore peu connue. Quand le soleil , dans la coiLstellatioii du lion , remplit les flots de sa chaleur féconde, une multitude de végétaux animés y ap^taraissent de toutes parts. Les uns s'élèvent à leur surface sous la forme de bonnets flamands, dont ils portent le nom, et étalent à l'air leurs couleurs purpurines et azurées; ils disparaissent ensuite entre deux eaux; ils montent et descendent successivement par un mouvement alternatif de respiration et d'expiration. Souvent les marées en écliouent des quantités considérables sur les rivages. D*autres jouissent d'un sort plus tranquille : flxés sur des rochers , ils s'y épanouissent sous la forme des plus brillantes anémones, nom que leur a donné justement leur savant observateur Dic(tuemare. Il en est qui voguent à la surface iïes mers, qu'ils couvrent pendant plusieurs centames de lieues; et, sous la forme d'une co(jue d'œuf [>ieine d'air , ils sont surmontés d'une voile bordée de rouge et d'azur, qui tient son équilibre au moyen de fîlets purpurins qui sont d'une grande caiLsticité. Les uns les appeflent orties marines, à cause de leurs qualités piquantes; d'antres, qui n'ont éganl qu'à leur apparence , les nomment des galères. En effet, leurs filets figurent des câbles; leur forme ovoïde, une carène, et leur membrane tendue de l'avant à l'arrière, une voile. De plus, quoique ces otiies voguent toujours au sud , emportées par le courant, elles orientent toutes leurs voiles suivant le vent qui souflle : de sorte qu'on dirait d'une flotte qui navigue pour la même destination. Qui {Muri-ait nonibrer la variété infinie des mollusques qu'entraîne le courant général du nord, qui se dirige en été vers le sud, moissonne en passant les champs sous-marins de la Floride, et charrie aussi à la surface de la mer, dans l'espace de plus de 200 lieues, cette herbe si connue des marins, qu'ils appellent raisins du tropique? Elle y est en si grande quantité, qu'elle embari'asse quel(|uefois les vaisseaux dans letu* route; elle y est si épaisse, ' que j'ai vu des petits oiseaux de terre se promener et se reposer sur ces prairies flottantes, qui voguent vers les mers du sud. Ces mers, si remplies de tant d'espèces d'êtres dont la (Jupart sont inconnues à nos naturalistes, deviennent tout à coup phosphoriques la nuit. Voas diriez que le vaisseau vogue sur un ciel parsemé d'étoiles, conune la voie lactée, et traversé en tout sens de feux d'artifice ; en été, ces feux s'étendent jusque dans les mers du nonl. Enfin, ce courant, formé d'eaux
attiédies dans les deux zones lorrides, drcolnt dans la zone tempérée australe â froide, vioit la récliauffer dans son hiver, et rend anx terres de Magellan la fécondité que leur refusent les terribles étés. Une autre partie de ce courant se déUnrnant à l'orient |>ar le canal de Mozambique y oonc dans cette saison aux navigateura de TËurope la mers de l'Aurore et la route des Indes orieiÂalaL C'est avec bien de la raison qne notre anteor appelle le pôle sud le pôle de l'iiiver, et oeliB do nord le [lôle de l'été. Les infloenoes génénlciài premier sont les brouillards, les longues pins, les grandes tempêtes; celles du second sool is beaux jours, l'abondance, k Tégétalion. Nooi avons déjà i*einan{ué que l'été de rbémisphère nd n'était guère qu'un long hiver; mais qoÊaà le pôle nord lui foit sentir son inflnenoe , son Micr devient im été. Je me rappelle une très-curieuse de Forster, laquelle ff^mSkiwuff faitement cette théorie. Ce jeime et saiani pagnon du capitaine Cook raconte , dans la de son voyage , qu'a)-ant débarqué sur la Unede Magellan, à la fin du mois de janvier, qoi crtle mois de juin de ce pays, l'équipage, oonopoiétle vingt-deux hommes, fut obligé de passer la SBllà terre. Sur le minuit, il s'éleva on vent de nd à rempli de giboulées et si glacial , que deox k» mes périrent de froid en deux heures de mfi, malgré les feux allumés autour d'eux el ks wtam qu'on s'efforça de leur donner. Comment se AM, «lisait Forster, qu'un climat , dont Tété ot phi rigoureux que nos hivers , puisse, d'un aotre ctté, produire des arbres de la plus belle v^éCiMM? Nous en trouvâmes des quantités , de tiO à 70 pieds de liaut , dont nous fîmes des vei^gocs et 4b mâts. Comment comprendre cette conindiete de la nature? Mais qtuind il eut lu avec alleallai la nouvelle théorie des mers, alors il eongot tpi les vents et les glaces qui descendaient do pib sud dans son été, devaient refroidir tes leirei Pt* gellaniques ; mais que le courant du pôle noiiii|ri les entourait dans leur liiver, devait les rédallfer en sortant des zones torrides. U fot si Iksppi de ce coup de lumière , que , se trouvant à Ml, il vint exprès diez l'auteur le remercier de cette déoouveite. C'était un homme de lettres Ibit sasîble et fort malheureux; il est mort de mdsMSlie, \ictime à la fois des maux de la guerre, dek foilune et de l'auiour conjugal. Mais oontinnoniA di'tluire les résultats de ce même principe, e'olà - dire de l'action alternative du soleil sor la pôles du monde. Ce ne peut être son albncUVy et encore moins celle de la lune, qui eanse leseosraiLs et les vents qui flnent six mois «nx ladtf
SURI LA THÉORIE DE LUNIVERS
d'orient en occident, el six mois d'occident en oricDt, Le toleil et la lune vont constamment d'orieot en occident. Ce ne pent être l'action des vents appelés moossons, auxquels les marins modernes attribuent ces révolutions; car pourquoi les vents duagersient-Os de cours tous les six mois? D'ailleurs, quoiqu'ils excitent souvent des tempêtes, ib n'airissent qu'à la surface des mers, où ils soulèvent les Oots dans difTérentes directions, et pendant des jours de peu de durée. Ils sont trop inaxutans et trop (liibles pour mouvoir en masse des mers profondes, et les iliire couler six mois à l'orient et six mois à l'ocddent. L'auteur, loin donc de convenir que les moussons de l'Inde mettent ces mers en mouvement, dans un espace qui détend en spirale juscju'autour du globe , cit>it au contraire que ce sont ces mers, en descendant six mois d'un pôle et six mois du pôle opposé , qui produisent les vents ou moussons qui les accompagnent, et qui sont réguliers oonune leurs courans.
Rappelez-vous que l'atmosphère qui couvre rOoéan y repose sur une base mobile. Si cette b«e prend son cours vers une direction, elle y entraîne nécessairement le fluide qu'elle supporte. Cest par cette raison que, le long des côtes de l'Afrique , et sur les rivages de la plupart des terres torridiennes, il règne consumment une grosse iame qui vient s'y briser ; l'évaporation de l'eau y étant plus forte qu'ailleurs, la pente y est plus rapide. Mais il s'ensuit encore un autre effet aussi général : c'est que quand cette évaporation, occaâonée par le soleil, commence à devenir forte, oe qui arrive sur les huit heures du matin , le vent qui sooftle au large se détourne , et vient souffler sjr la oAte; elle y produit ce qu'on appelle brise da large; cette brise s'y feit sentir coDStamment jasqn'au coucher du soleil : on l'éprouve sur les rivages de beaucoup d'Iles, an grand souli^ement de leurs habitans.
Un autre effet de ces mêmes lames qui se précipitent sur les côtes en roulant des cailloux , est de les réduire en poudre , ainsi que tous les corps ll(ittans qu'elles poussent toujours à terre. Comme ciette opération a lien jour et nuit, dans «un déveloi^ pementde plusieurs milliers de lieues de rivages, ^ 7 produit une multitude infinie àe sables, que les courans charrient de tontes parts et dont la Q^iore fait sans cesse de nouveaux ouvragesau sein ^lesmerB. C'est ce mécanisme, auquel onjie fait ^ocnne attention , qui , autrefois , a ren^li nos carrières de sables, et qui alimente nos volcans des !^lres etdes bitumes qui nagent dans l'Océan. Il ne Êint pas douter que le soleil n'ait plus d'activité le long des rivages de la nier que partout ailleucss,
et que , par conséquent , l'évaporation des eaux , la chute des lames qui s'y précipitent, n^y aient plva de force. On pourrait démontrer ces effets géométriquement; mais il sonit de l'expérience de ceux qui essuient fréquemment des coups de soleil le long des rivages. Ces effets sont également sensibles le long des bords de la plupart des rivières; et c'est à ces mêmes causes que nous devons attribuer les vents qui suivent leurs cours, comme aux courans réguliers de l'Océan , les moussons de rinde.
J'ai oublié de vous parler d^une nouveUe preuve de l'existence de ces courans alternatifs. Elle est d'autant plus fiuppante qu'elle est visible. Prenez un globe terrestre, et considérez le bassin qui renferme l'Atlantique, depuis lepôle nord jusqu'au pôle sud. Vous y verrez son canal tracé comme celui d'un fleuve , avec des angles saillans et rentrons, opposés les uns aux autres, depuis les baies d'Hudson et de Bafdn , où sont ses premières sources, jusqu'au cap de Bonne-Espérance et au cap Hom, oà se trouve sa vaste embouchure. Toutes les lie» qui se trouvent dans cet espace sont pointues par les deux bouts comme celles des fleuves , qui ont été taillées par des courans, et elles gisent dans des directions qui leur sont parallèles. Les fluviatiles ne sont souvent pointues que par leur extrémité supérieure; mais les maritimes le sont presque toujours par leurs deux extrémités à la fois, parce qu'elles ont éprouvé l'action d'un double fleuve, dont les sources descendent de deux pôles opposés. On peut voir , sur ce même globe , l'action des courans du pôle sud , qui a taillé , dans la mer des Indes, les continens eux-mêmes en longs caps dirigés la plupart vers lui. Nou-seulement l'océan marin a formé le globe dans son sein, découpé ses hautes montagnes et creusé ses profondes vallées ; mais il a découpé jusqu'4 ses continens et ses lies. L'océan aérien, engendré et entretenu par ses immenses évaperations , a , par la> chute de ses plaies, arrondi les collines latérales, et creusé le lit des fleuves , qui devaient mourir et renaître au sein des mers.
On explique , par cette théorie, tous les phénomènes que le système astronomique ne pent expliquer. Par exemple, pourquoi y a-t-il deux marées par jour dans l'océan Atlantique ? c'est qu'il y a deux déversoirs des eaux polaires, celui de l'ancien monde et celui du nouveau , pour les marées du pôle nord; et deux autres, le cap de Bonne-Espérance et le cap Honi , pour les marées du pôle sud. D'où viennent les retards de la plupart de ces marées? de ce que les coupoles de glace d'oà elles s'écoulent s'éloignent de plus en plus. Pourquoi
FRAGMENT
u'y a-t-il qu*uue niarée de douze lieures en vingtquatre heures dans T hémisphère sud? parce que sa coupole de glace ne déverse \mnl ses fontes par des détroits, mais par gerbes régulières comme le cours du soleil; de sorle que chaque porlou île qui reçoit la marée dans cet hémisphère, en est arrosé pendant im demi-jour ; tandis que dans l'h('misphère noi*d , les marées qui viemient de son pôle s*érhap;)ent en deux temps, d'un quart de jour chacun ; mais au l)oul du compte , la durée de ces marées est toujours la même , c'està-dire d'un demi-jour; ce qui prouve qu'elles sont dues à l'action journalière du soleil sur chaque hémisphère. Quand la lune aurait pu étendre sa (aïhle attraction de 5 mille lieues sur notre Océan, qui en est à plus de 80 mille , pourquoi TefTet en serait-il borné a six heures sur notre Atlantique , qu'elle éclaire souvent toute une nuit? et comment, lorsqu'elle est à notre nadir, sur la mer du sud , agit-elle sur notre Atlantique ?
L'Ëuripe est un petit bras de mer situé entre Négrepont et le continent de la Orèce. Sept ou huit fois par jour on voit ses eaux bouillonner et courir de côté et d'autre avec beaucoup de rapidité. Spon etWallis,deux savans que l'aniilié avait unis, malgré la ressemblance de leurs étude et la diiïérence de leur nation , voyageaient ensemble dans l'Archipel. Spon était Français, et Wallis Anglais. Ils eurent la curiosité d'aller examiner les marées de l'Euripe, phénomène très-ancien et toujours mexplicable. Spon fut témoin de ses effets et s'en alla dans l'admiration; mais Wallis voulut rester pour comialtre la cause de mouvemens si inattendus et si irréguliers. Son ami fut l'attendre dans un village voisin. Pour lui, il traversa l'Euripe dans une barque, et vit de l'autre côté, avec im grand élonnement. une espèce de digue d'une demi-lieue de longueur et d' une demi-lieue de lai^ur , d'un seul rocher ))ercé çà et là de sept ou iiuit grandes cavernes, d'on sortaient tour à tour des torrens d'eau d'un volume considérable , qui agitaient une partie du détroit. Il futd'al)ord tenté de croire que c'était un ouvrage des hommes; mais à la vue de ce rocher d'un seul bloc et de ces cavernes d'une demi-lieue de profondeur , il jugea qu'il ne pouvait être que l'ouvrage de la nature. II revint donc trouver S[K)n , qui en a fait le récit dans la relation de son voyage. Notre auteur ayant lu la description de ce phénomène de l'Euripe, réputé insoluble , lui ap))liqua la tliéorie du mouvement des mers par la fonte des glaces, et tout de suite il le résolut avec la plus grande facilité. Il examma une carte de l'Archipel, du savant géographe d'Anville, et il y trouva que le môle
qui borde l'Euripe le séparait des marais dé ta Thessalie, qui ont plus de 80 lieues d'étendiif; que ces marais étaient plus ou mcMos inondés pir la fonte des glaces des iiautes montagnes da grand Olympe , au pied duquel ils sont situés; que leuii sommets, couverts de neige en tout temps,» fondaient en partie, suivant les divers aspects da soleil ; enfin, que ses flux intermiUens se reproduisaient à l'embouchure des cavernes, qui les dégorgeaient dans l'Euripe. Cette explication lui pinit, sans contredit, plus simple et plus vraisembUfe (|ue celle ()U*en doime, par l'action de la lune, m jésuite cité par Spon, qui avoue franchement qi'3 n'y comprend rieu. Quant au it)clier percé de lept ou huit ouvertures énormes, c'est sans doute l'efliit des eaux courantes, qui s'y sont creusé un camli l'époque où le roclier était encore dans un état de mollesse. On en voit de fréqaens exemples du» les montagnes de la Suisse , où des rivières mène s'engouffrent daas la terre, et vont ressortir à ok grande distance de là à travers des rochers.
Pour notre auteur , il ne doute pas de rcnitence des courans maritimes, produits parla ioile des glaces polaires. Il en a eu des preuves pailkilières qu'il a fait insérer dans diffêrens jounan. Il n'a pas en cela con^iulté sa tranquillité, penoiié comme il l'était, ()u'il attaquait de vieillesopinM enracinées dans des corps fort intolérans; maii a eu égard à l'utilité qui pouvait résulter du ces de ses ex|)ériences pour de mallieureox fragés. Il a conseillé de mettre des lettres daosdo bouteilles, et de les abandonner aux couruisdeli mer dans des saisons convenables. A peine araîtHl publié ce conseil , qu'un Anglais sortant de la biie de Cadix pour aller aux Indes, voulant dooner i sa sœur une dernière marque de son sonrcBir, confia aux flots une bouteille, qui, après ptusiem mois , fut déposée sur les côtes de NormandK, où des pécheurs la remirent entre les mains di juge de l'amirauté d'Arromandies, qui la fit pvvenir à son adresse. Plusieurs antres lettres sont parvenues par ce même moyen à la Guadelonpect juqu'à l'Ile de France, où elles ont été déposées dans les archives : sans doute on pins grand nombre se seront perdues, les fragiles véhicules qui ki renfermaient ayant été se briser contre des rschers, ou échouer sur des rives sauvages. Le ministre de la marine de France de ce temps-là prit cette expérience en considération. Il voidut Ûre fabriquer des projectiles [)lns solides que des bonteilles, et donna ordre à tons les capitaines de navire d'en faire des essais dans leurs voyages; mais les corps , dont les systèmes étaient dérui|êf par ces expériences , les tournèrent en ridiralr, cl
SUR LA THÉORIE DE L'UNIVERS
ib firenl si bien que les ordres du nûiiislre furent ioatiles. Cependant , s'ils avaient aimé les kiom- Dies, ils auraient dû se rappeler que deux roseaux d*aiie espèce inconnue, jetés par les courans sur les rivages des Açores , découvrirent à Christophe Coloaib un nouveau monde. L'auteur pouvait joindre à l'autorité des faits ceUe de plusieurs liuinmes célèbres qui ont approuvé sa théorie des mers; mais les noms les plus illustres ont donné tant de crédit aux erreurs les plus absurdes, qu'il n*a pas voulu faire usage de ce moyen. Cependant plu^âeurs de œs témoignages lui auraient fait honneur. Tel est celui de BufTon, ce grand naturaliste, qui avait pubUé que le pôle nord était navigable dans son été, et qu'on y pouvait trouver un passage pour aller à la Chine. Ayant lu une partie de cd que vous venez d'entendre , il repondit à ses amis, qui lui en demandaient son sentiment : L'aulew pcurraii bien avoir raison.
Le doute d'un homme de génie vaut mieux que rafGrmation d'un corps d'ignorans qui ne croient que sur la foi d'autrui ; mais quand ce doute contredit une opinion qu'il a lui-même publiée, alors il devient une véritable autorité. Je pourrais joindre au témoignage de Buiïon celui du lieutenant Johnston, le compagnon du capitaine Vancouver, quia reconnu une nouvelle mer glaciale méditerranée au nord-est de la Californie; celui du comte deBentinck, qui a soutenu à Londres, par ses écrits, les vérités que vous venez. d'entendre; et ceux de quantité d'autres marins célèbres. Anglais, Hollandais et Français : uiais le temps nous presse, liàtons-uous de jeter uu coup d'œii général sur l'utilité qne les hommes peuvent tirer de ces obcervations , au physique et au moral.
Les fontes des glaces polaires périodiques . et les courans qui en dérivent , circulent autour du globe et renouvellent partout l'Océan. Sans ce mouvement général, il se putréfierait, malgré les vents qui agitent sa surface. Il y a apparence que les pestes qui ont désolé le genre humain , comme la peste d'Athènes, celle d'Orient, la peste noire et tant d'autres, étaient sorties de qudques golfes ou marais obstrués par les travaux imprudens des hommes. C'est sûrement de la même source que sortent encore les pestes de l'Egypte, la fièvre jaune de New-Yorck, l'atmosphère des lies Antilles qui rouille l'ader à 200 lieues de distance, l'air putride de la Hollande, etc. Souvent il sufjii d'une digue favorable à un port, pour arrêter le battement salutaire des flots le long d'un grand rivage , et y favoriser la stagnation toujours funeste des eaux. Celles qui circulent sont toujours pures, quelques métamorplioses qu'elles éprouvent.
Le mouvement , surtout celui de l'évaporation du soleil , les dégage de tout corps étranger , même de l'infusion do sel et du bitume , pour les rendre à leur principe. Ces immenses glaciers polaires , qui se forment des vapeurs des mers salées, ne renferment que des eaux d'une douceur parfaite. L'Océan est l'ame de la terre par l'action du soleil, comme une goutte d'eau est, par la même influence, l'ame d'un végétal, d'un fruit, d'un aromate : elle se combine avec eux , mais sa destinée est toujours de naître et de mourir goutte d'eau : elle revient toujours, comme l'Océan lui-même, 4 sa pureté primitive , par la sagesse des lois de la nature. Peut-être les atomes innombrables dont les mers sont imprégnées , dans les zones torrides et dans nos étés, ont des périodes semblables ; peut-être ce sont les premiers germes de fout ce qui aura une vie ; mais sans nous engager et nous perdre dans la science des élémens de la nature, qui n'appartient qu'à la raison divine , boraonsnoos à leurs résultats qu'elle a disposés pour nos besoins, et auxquels elle a permis à la raison humaine d'atteindre.
Il n'est pas douteux que les hommes ne puissent tirer les plus grands avantages de la connaissance des courans réguliers de la mer ; les marias surtout y puiseraient de nouvelles lumières : cette partie si essentielle n'offre , dans leurs journaux, que de la confusion. Quelques-uns, et des plus liabiles, ne s'arrêtent qu'aux parages et aux latitudes où ils observent ces courans , sans distinguer aucunement les saisons , quoique cependant ils changent avec elles , et qu'ils ne soient pas les mêmes l'hiver et l'été. D'autres n'emploient que des moyens insuf< Osans pour connaître leur vitesse et leur direction. La plupart veulent les rapporter au cours de la lune, qui n'a souvent aucun rapport avec eux. Quelle utilité résulterait pour toutes les nations mariiimes, d'une carte océanique où les courans seraient marqués avec leurs variations dans cliaque saison ! On dit que le lieutenant Johnston a déjà commencé ce grand ouvrage : puisse-t-il bientôt l'achever ! L'Europe verrait aborder, presque sans frais, sur ses rivages, avec les courans et les glaces de l'Atlantique , les forêts qui périssent de vieillesse au nord de l'Amérique et dans les montagnes de la Norwége. Les Sauvages nous ont déjà donné l'exemple de ces transports maritimes; ceux de Labrador choisissent l'embouchure d'un fleuve, ils y coupent les arbres qui ont coutume d'y crolire , et les assemblent en trains solides à l'aide de leurs branches et de leurs écorces; ils profitent ensuite d'une grande marée pour les mettre à flot, puis ils les abandonnent au courant de la mer eu les re-
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morquant avec leurs pirogues; enfin, ils les débarquent à trente ou quarante lieues de là où ce bois leur est nécessaire. Je crois que c'est l'infortuné Kerguelen, habile officier de la marine française, obligé, par la haine de son corps, d'aller chercher du service en Hollande , qui rapporte ce fait , comme témoin oculaire, dans la relation imprimée de son voyage au Nord. Quelles richesses nous recueillerions si , à Texeniple de ces Sauvages, nous profitions des bienfaits d'une nature proiligue! Nous verrions des flottes immenses de boLs mouiller à chaque printemps à l'emboudmre de nos fleuves, remonter leurs cours et remplir les chantiers de nos capitales. J'ai vu moi-même, sur le Uhin , descendre un train de bois de chêne, d'une grandeur prodigieuse : il venait des montagnes les plus reculées et les plus hautes de l'Allemagne, et il était destiné pour Amsterdam; il y avait environ <]uatre cents personnes qui le mancpuvraient avec des chaloupes. On me dit (|ne ce train renfermait de quoi construire deux cents vaisseaux. Il fut environ six mois en route : il en arrive un semblable tous les ans. Je suis certain (pie la descente des bois du Nord par le courant de la mer, au printemps, serait plus prompte, plus facile, et exigerait moins de monde que par le courant d'un fleuve rempli de détours, de bancs de sable, et qui manque souvent d'eau , surtout en été.
Voilà à peu près ce que j'avais à vous dire sur l'Océan. Quoique la mer Atlantique n'en fasse qu'une partie , c'est celle qui intéresse le plus le genre humain ; elle est , par rapport au reste du globe, ce qu'était autrefois la Méditerranée qui en est une dépendance. Celle-ci renfermait les Pelasges , les Phéniciens , les Egyptiens , les Carthaginois , les (^recs , les Romains. Joignez-y de nos jours les peuples qui leur ont succédé : les Génois, les Vénitiens, les Turcs , les républiques barbaresques , les clievaliers de Malte : ajoutez-y même ceux (jui naviguent sur la mer Baltique , qui est une autre petite Méditerranée sortie comme la première du sein de l'Atlantique; tels sont les Danois, les Suédois, les Russes et les villes anséatiques. Toutes ces nations ont eu sans doute de bons marins et un commerce assez étendu; mais quelle différence de celles qui liabitent en Europe les bords de l'Atlantique, comme les Anglais, les Français, les Hollandais, les Espagnols , les Portugais ! Leur commerce s'étend par tonte la terre, et leur marine est formidable; ils se sont emparés des meilleures portions du globe. Les puissances maritimes sont comme les poissons , elles ne deviennent grandes que dans les grandes mers.
J^'anCein* a donc démontré lu rotation join-nalière
du globe sur son axe , par la simple actk» do »leil, qui rend successivement la moitié de si circonférence plus légère le jour par sa préwnoe, et l'autre moitié plus pesante la nnlt par son abseoce : il s'ea<iuit que sa révolution entière est d'occident en orient. C'est de la même loi que dérive le bilancement alternatif de ses pôles , de 23 degrés et demi vers le soleil, six mois dn sud aa noid, et six autres mois dn nord au sud, balanoement qd nous donne les saisons, au moyen de denx énormes coupoles, qui fondent en partie toar à toor aux deux extrémités de son axe, et lai serrant de contre-poids. C'est encore par cette même loi de Tévaporation des eaux ; plus gcande sur les rivages de l'Océan que partout ailleurs , qu'il a dédoit rtetion perpétuelle du battement des flots, mèmedais les plus grands calmes, et des brises de mer peadantle jour; comme le mathématicien La Hlreanît entrevu l'action du soleil par sa simple clialear. D avait placé le matin , sur le dôme des Invalides, na instniment d'astronomie ; mais le soir il ne le troon plus dans la même direction. II réitéra plninn fois la même expérience; enfin , il s'aperçnt qœee n'était pas l'instrument qui avait remué, lam le dôme entier, qui, réchauffé d'un côté par le leil, et rafraîchi de l'autre par son ombre, îàsA sur lui-même une espèce de révolution. Notre teur , enhardi par sa théorie, en a étendu les pmcipes jusqu'au mouvement des planètes. Si filan, dit-il, parait souvent d'une forme irrégulière, c^crt qu'une partie de son océan est tantôt en ooogâition et tantôt en évaporation. Ainsi , une portioo de son disque est brillante, et l'autre obscore. Sî Jupiter imralt aplati sur ses pôles , ce n'est pas qa'3 ait éprouvé les effets d'une force centripète, qoi n'aurait \)0s plus agi là que sur son éqnateor, et qui d'ailleurs ne s'observe nulle part, pas même dans le soleil ; mais c'est que ses pôles n'ayant pis de mers , ne sont pas resplendissans , et par eonséffuent ils nous sont invisibles à une si grande distance. Il se rappelle à cette occasion une erreur des astronomes, qui supposent que les terres que Ton aperçoit en mer sont Inmineuses, tandis f|uelet mers qui les environnent sont obscures ; parce que, disent-ils , l'eau absorbe la lumière , et que la lenv la réfléchit. C'est précisément tout le ooninire; on peut s'en convaincre par l'expérience. L'eao, soit fluide, soit glacée, est le véhicule de la lumière; un seau plein d'eau, mis au soIeH, enréflédiit les rayons. Regardez un paysage trarené par une rivière : les terres et les forêts qui sont aa loin paraissent obscures; et la rivière qui y coule brille au milieu comme un ruban d'argent et dV zur. Quant à Saturne, les cinq bandes dont son
SUR LA THÉORIE DE L'UNIVERS
disque est bordé changent du Manc à Tobecnr , et de l'obscur au blanc. Cette variation arrive toujoors tontes les demi-années du cours annuel de cette planète. Elle ne peut s'expliquer qu'en supposant qu'elle a des mers et des terres divisées par anneaux , d'orient en occident. Dans son hiver , ses cinq mers sont couvertes des brumes obscures de la congélation , et ses terres des neiges qui en proviennent. Dans son été , c'est le contraire : les mers fluides reprennent l'éclat qui leur est propre , et les terres leur obscurité naturelle. Enfin , il pense que les comètes sont des astres nalssans et imparfaits, quinesont pointencoreau centrede leurs prindpaux éiémens. Il regarde leur nébulosité , leurs rayons et leurs longues queues , comme des mers en évaporation , confondues avec leur atmosphère qu'elles traînent après elles. Il n'est point de l'avis de quelifoes astronomes, qui considèrent les comètes oonune des pelotons de fil qui vont toujours se déroolant dans les deux , jusqu'à ce qu'elles soient réduites à rien. Car comment pourraient-elles apparaître des trois m(HS de suite, parcourant [ilus de cinq cent mille lieues par jour , sans qu'aucune partie de leur longue queue s'en détache , malgré l'espace que cette queue occupe et la vitesse dont die court? Il croit encore moins, comme Newton, que ces astres vont quelquefois se brûler dans le soleil. La preuve qu'il en donne , c'est que le soleil même n'échauffe pas saas la médiation de l'air, comme nous le voyons sur les sommets de nos hautes montagnes. Si donc un corps comme la terre venait à s'en approdier de trop près , son atmosphère d'abord en serait dilatée , son océan éprouverait ensuite le même effet, et tous deux confondus ils s'en éloigneraient dans le sens contraire au soleil , en forme de queue. Peut-être même cette queue serait-elle double ou triple par l'évaporation particulière de quelques mers méditerranées , comme celle des comètes qu'on appelle flamboyantes ; mais le côté du disque qui recevrait les rayons , dépouillé de son atmosphère, ne pourrait plus ^eînbraser; alors on apercevrait une auréole , forméf^par la lumière du soleil , autour de la planète , et à la naissance de la queue même.
Cest sous cet aspect que plusieurs comètes ont apparu dans diverses parties du ciel. Mais de dire comment cette queue si longue continue de leur être adhérente malgré la vitesse de leur course , G^est ce qui est connu de la raison di%ine, à laquelle ne peut atteindre la raison humaine. Il lui suffit de connaître que l'air et l'eau entrent comme éiémens principaux dans leur construction et leurs mouvemens, ainsi que sur le globe que nous habitons. Au reste, il pense que le soleil est le régula-
teur de tous ces mouvemens; qu'il y a une multitude d'astres naissans, jeunes et vieux, grands et petits, qui tournent autour de lui, auxquels il donne la vie, et que nous ne voyons pas. Il pense encore que cet astre étend son attraction et sa lumière à des milliards de lieues : et ce ne serait que pour sept ou huit planètes qui se meuvent d'un cours rallier dans le plan de son équateur î Réunies toutes ensemble , elles ne peuvent entrer en comparaison avec lui , ni par leur poids ni par leur grandeur : leur réverbère est donc plus grand que la maison. A quoi sert au soleil une circonférence d'un million de lieues , une forme parfiiitement sphérique, des régions polaires aussi éclatantes que le reste de son disque, et que la force centripète n'a point aplaties , quoique les astronomes supposent qu'il en est la source , et qu'il est composé d'une matière en fusion ? Un simple anneau lumineux suffirait pour écliauffer des planètes qui ne sortent peint de l'écliptique, et dont les plus éloignées sont entourées de satellites et d'anneaux qui réverbèrent sur elles ses rayons. Pourquoi n'a-t-il pas un plus grand nombre de planètes autour de lui ? et pourquoi ses pôles n'en animent-ils aucune? Dieu ne fait rien en vain sur la terre; pourquoi n'en serait-il pas de même dans les cieux? Ahl sans doute les comètes vagabondes sont des astres naissans, que les pôles du soleil foçonnent jusqu'à ce que, revêtues de leurs éiémens naturels, elles circulent autour d'eux dans des orbites régulières. Les siècles futurs verront les cieux briller de nouveaux astres, plus diers aux hommes parleurs noms que ceux de Mercure et de Mars. L*œuvre de la création n'est pas encore achevée ; cette terre même n'est pas parfaite. L'Océan qui en couvre les deux tiers est beaucoup trop étcôidu pour ses besoins actuels ; il a été un temps où il l'était bten davantage. Dans l'origine des choses, il surpassail les plus hautes montagnes. Il a pétri les granits qui les couronnent, et amalgamé, sans les altérer, les grains de diverses espèces dont ces granits sont formés. Il a creusé les profondes vallées , et nivelé les vastes plaines; il les a flanquées de montagnes calcaires; il a déposé par couches horizontales dans les entrailles de la terre, les coquillages , les plâtres, les marbres, les minéraux, les sels, les mica , les ardoises , les métaux : on dirait qu'ils ont été versésdans un état de fluidité. lia transporté des blocsénormesde roches à plus de 300 lieues de leur carrière, sans doute par les glaces flottantes : tel est ce bloc de marbre que le savant et modeste mi nérak^te Patrin a vu au milieu des plaines de la Sibérie; tel est encore celui de granit qui seit aujourd'hui à Pétersbourg^ de base à la statue de Pierre-le-
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Grand , et qu'on a liiiuvc isolé dans la Finlande , qui d'ailleui*s en est remplie.
[/Océan préparait ce globe dès son origine pour les besoins futurs du genre humain; ses eaux ont diminué depuis ce temps, d'année en année. Aujourd'hui même , des oitservateurs prétendent que la mer Baltique baisse de 40 pouces tous les cent ans. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'ancienne Scandinavie, qui fonnait une grande lie du temps des Humains , [)ar les détroits de laquelle les navigateurs de la Baltique communiquaient avec la mer Glaciale, est entièrement réunie au conihient qui l'environne. Il en est de même des fleuves : ceux qu'Homère a cités ne sont plus aujourd'hui que de faibles ruisseaux. Le Nil, quiavait sept embouchures, n'en a plus (|ue trois, etsesdébordemens ne sufdsent plus pour féconder les terres qu'il parcourt. Pour moi, je n'ai point vu de mers ni de rivières qui ne soient maintenant à de grandes distances de leurs anciens rivages : on cite, à la vérité , quelques terrains envahis par la nier; mais ce ne sont que des débordemens occasionés par des tremblemens de terre particuliers. Ils sont en trèspetit nombre , et ne peuvent entrer en comparaison avec la diminution universelle de l'Océan, qui parait une loi générale. Un jour viendia où une multitude de rochers et de hauis-fonds qui sont à présent à la surface des eaux l'effroi des marins, deviendront l'asile des bergers ; un jour la nature joindra à la France l'Angleterre et ses lies. Il en sera de même des développcmens du genre humain que de ceux du globe; car le genre humain marche aussi vers sa perfection.
En vain les poètes supposent que l'âge d'or régnait dans les premiers temps du monde; pouvaitil naître sur une terre où les élémens étaient encore confondus? Lisez l'histoire , vovez combien malheureux devaient être des hommes sans expérience, manquant de tout, et ignorant les arts de première nécessité. Livrés, par leurs besoins, à toutes sortes de vices et de défauts, que la plupart de leurs descendans ne connaissent plus aujourd'hui, tantôt despotes, tantôt esclaves, ils étaient fourbes, voleurs, féroces, anthropophages, idolâtres; les opinions les plus absurdes et les plus terribles de la Divinité les gouvernaient et les maintenaient dans des guerres perpétuelles au profit de quelques tyrans. Tel est l'abrégé de l'histoire de tous les Sauvages. On en retrouve des traces profondes dans les temps (|ue nous appelons héroïques et sacrés, et même dans notre histoire. Peu à peu les nations se sont perfectionnées i»ar leurs propres malheurs : leur raison , ce rayon divin , s'est accrue de celle de leurs voisins. Le ciel la leur a
donnée en commun ; les sièdes se sont épurés. L'œuf qui contient le genre hiunain est près d'éclore; le phénix qu'il renferme apparaît avec toutes ses proportions.
Ne regrettons donc point l'antiqaké; elle n'est que l'enfance imbécile et barbare du monde : nos aïeux ont traversé l'âge de fer; l'âge d'or .est devant nous. Mais qui sait si cette vie mortelle n'est [tas pour chacun de nous en particalier aa apprentissage d'une vie divine qui doit la suivre ? Qui sait si nous ne passons pas de monde en monde , en passant de mort en mort ? Peut-être notre destinée est liée avec toutes les zones célestes do système solaire , comme elle l'est ici-bas avec oeUes qui composent notre terre; peut-être , avant d'y arriver, avons-nous vécu dans les crépuscules et ks aurores d'IIerscliell et de Saturne. D'autres sièdes et de nouveaux rayons de lumière nous ont transportés dans les demi-jours de Jupiter et de Hara, couleur de sang. De là nous sommes venus y pleius d'ignorance et d'humeur guerrière, sur cette terre où combattent notre raison et nos passions. D*id nous passerons dans la brillante Vénus ei daos Mercure, voisins du soleil, où se perfectionnerait nos idées et nos vertus. Enûn, après avoir parcouru tous les étages de l'existence humaine, nous arriverons purifiés dans l'astre d'où jaillissent sans cesse le mouvement, les formes ^ les amours et les générations. Combien de lois inconnues y sont renfermées! L'attraction mécanique, la seule loi que les astronomes opposent, peut-elle les avoir variées en tant de genres et en tant d'espèces, et avec une si profonde intelligence? Aux mêmes degrés de latitude, dans rhémisphère nord et dans l'hémisphère sud, dans l'anden monde et dans le nouveau , ce ne sont plus les mêmes animaux ni les mêmes herbes. Quelle variété donc d'une planète à l'autre, dans leurs productions! Qui sait même si ces globes matériels , visibles et invisibles, ne sont pas créés à l'image du soleil, comme on dit que les hommes le sont à l'image de Dieu ? Qui sait si leurs productions les plus belles ne sont pas aussi des images faibles et passagères des réalités ineffables et éternelles que cet astre renferme dans son sein? Je crois cette idée de Platon; ce qu'il y a de certain , c'est que tout ce qu'il a de plus utile, de plus beau , de i^us fort , de plus précieux sur la terre, en alimens, en arbres, en animaux et en métaux, ne se trouve que dans la double zone que le soleil enrichit toute l'année par l'influence de ses rayons. Ceci posé , à la mort , cette terre ténébreuse reçoit nos corps dans son sein et s*enridût de leurs cendres ; nous lui rendons ce que nous en avons emprunté : pourquoi le soleil ne donnerait-il pas aussi
MU deitiier asile à nos aines, qui sont de même nature que sa lumière ? Elles en ont emprunté ce qu'elles avaient de meilleur, le sentiment de la gloire, de l'amour de la bienfaisance, et celui de l'exbitence d'un Dieu. N'est-il pas déjà la récompense de nos vertus , qui ne sont que les attraits des âmes bienfaisantes et malheureuses, vers l'être invisible qui les a créées? Ah! sans doute, il n'a posé le soleil, si éclatant de lumière, an milieu des mondes , que comme un prix pour les vainqueurs au milieu des jeux de la vie.
Ainsi parla le pilote; j'étais si ému de son discours, que , me levant avec effort , je l'embrassai de mes faibles bras : Vous m'avez, lui dis-je, rendu nouvelle une vie qui s'enfuit loin de moi, et vous me faites aimer la mort qui s'en approche. Vons venez de soulever sous mes yeux affaiblis un des voiles de la nature ; si nous étions au temps des Platon et des Pythagore, je vous dirais que vous roérîtez que les Néréides vous couronnent de corail et de perles orientales. A présent je ne puis vous offrir que des vœux stériles pour le progrès de vos lumières, si consolantes pour le genre humain. Je vous le répète, me répliqua-t-il avec un peu de vivacité , cette théorie des mers ne m'appartient pas, mais je suis pénétré de sa vérité : cependant, loin de désirer quelque marque de distinction pour son auteur, je ne lui souhaite que l'obscurité la plus profonde. Nous vivons dans un temps et avec des hommes paimi lesquels nous devons craindre la destinée des Platon et des Pythagore. Vous savez que l'un fut vendu pour l'esdavage par son ami Denys, et l'autre massacré par les Calydoniens, pour avoir appris de nouvelles vérités aux hommes : Socrate fut aussi leur victime pour les avoir éclairés. Les temps n'ont point changé : vous savez ce qui arriva à Galilée et à tant d'autres bienfaiteurs du genre humain. Daas les pays où les erreurs sont honorées comme des vérités , les vérités sont persécutées comme des erreurs. Il faut garder le silence sur tout ce que vous venez d'entendre; pour moi, je n'en parle jamais qu'à ceux dans lesquels je trouve encore des senlimens d'homme.
Mais la lune va se coucher, le ciel continue de se couvrir, nous ne tarderons pas à avoir une tempête; il est tard, je vais prendre un peu de repos, imitez-moi. Alors il m'aida à regagner l'abri de ma dialoupe, et il prit congé de moi en m'embrassant.
SUR LA THÉORIE DE L'UNIVERS