‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 67 sur 116 · LES MARÉES · texte numérisé non relu

LES MARÉES

J'explique la direction de nos marées en été vers le nord, par les contre-courans du courant général de l'océan Atlantique, qui, dans cette saison , descend de notre pôle , dont les glaces se fondent en partie par l'action du soleil qui l'échauffé pendant six mois. Je suppose que ce conrant gé> néral, qui court alors au sud , se trouvant resserré par le cap Saint-Augustin en Amérique et par l'entrée du golfe de Guinée en Afrique, produit de chaque côté des contre-courans qui nous donnent les marées qui remontent au nord le long de nos côtes. Ces contre-courans existent en effet dans ces mêmes lieux, et sont toujours produits aux deux côtés d'un détroit par où passe un courant. Mais je n'ai pas besoin de supposer les réactions du cap Saint-Augustin et de l'entrée du golfe de Guinée, pour faire remonter nos marées jusque bien avant dans le nord. La simple action du courant général de l'Atlantique, qui descend du pôle nord et court au sud , en déplaçant devant lui tm grand volume d'eau qu'il repoifsse à droite et à gauche, suffit pour produire le long de son cours ces réactions latérales d'où sortent nos marées qui remontent au nord.

J'avais cité à ce sujet deux observations, dont la première est à la portée de tout le monde. C'est celle d'une source qui , en se déchargeant dans un bassin , fait naître sur les côtés de ce bassin un remous ou contre-courant qui ramène les pailles et les autres corps flottansà la source même.

La seconde observation est tirée du pèreCharlevoix, dans son HUioire delà NouveHe-France. Il rapporte que, quoiqu'il eAtle vent contraire, il fît huit bonnes lieues dans un jour sur le lac Michigan , contre son courant général , à l'aide de ses contre-courans latéraux.

Mais M. deCrèvecœur, auteur des Lettres d'un Cuttivatevr américain , va encore plus loin ; car il assure, tome III , page 433 , qu'en remontant l'Ohio, le long de ses bords, il fît 422 milles en quatorze jours , ce qui fait plus de dix lieues par jour, a à Taide , dit-il , des remous , qui ont toujours une » vélocité égale au courant principal. » Voilà la seule obseiTation que j'ajouterai aux observations précédentes, à cause de son importance et de l'estime que je porte à son auteur.

Ainsi l'effet général des marées est mis dans le plus grand jour, par l'exemple des contre-courans latéraux de nos bassins on se déchargent dessour-

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ces , de ceux des lacs qui reçoivent des rivières, et de ceux des rivières elles-mêmes, malgré leurs pentes considéral)les, sans qu'il soit besoin de détroit particulier pour opérer ces réactions dans tonte rétendue de leurs rivages , quoique les détroits augmentent considérablement ces mêmes Gontre-courans ou remous.

A la vérité, le cours de nos maré^ vers le nord en hiver, ne peut plus s'expliquer comme un effet des contre-courans latéraux de l'océan Atlantique qui descend du nord , puisque alors son courant général vient du pôle sud, dont le soleil fond les glaces. Mais le cours de ces marées vers le nord se conçoit encore plus aisément par l'effet direct du courant général du pôle sud, qui va droit au nord. Dans cette direction ce courant austral passe pres- (pie toujours d'un lien plus large dans un lieu plus étroit; s'engageant d'abord entre le cap Hom et le cap de Bonne-Espérance, et remontant jus({ue dans les baies et méditerranées du nord , il pousse à b fois devant lui tout le volume des eaux de Focéan Atlantique, sans pennettre qu'aucune colonne s'en échappe à droite on à gauche. Cependant, s'il rencontrait dans sa route quelque cap ou détroit qui s'opposât à sou cours, il ne faut pas douter qu'il n'y formât uii contre-courant latéral, on des marées qui iraient en sens contraire. C'est aussi l'effet qu'il produit au cap Saint-Augustin en Amérique, et au-dessus du golfe de Gumée, vers le dixième degré de latitude nord, en Afrique , c'est-à-dire aux deux endroits où ces deux parties du monde se rapprochent davantage : car, dans l'été du pôle sud, les courans et les marées, loin de se porter au nord au-dessus de ces deux points, retournent an sud du côté de l'Amérique, et courent vers Test de l'Afrique tout le long du golfe de Guinée, 'contre toutes les lois du système Innaire.

Je pourrais remplir un volume de nouvelles preuves en faveur de la fonte alternative des glaces polaires et de l'allongement de la terre aux pôles, qui sont des conséquences l'une de l'autre; mais j'en ai cité précédemment plus qu'il n'en faut pour constater ces vérités. Le silence même des académies, sur des objets si importans, est une preuve qu'elles n'ont rien à m'objecter. Si j'avais eu tort en relevant l'étrange erreur par laquelle elles ont conclu que les pôles de la terre étaient aplatis, d'après des opérations géométriques qui montrent évidemment qu'ils sont allongés , elles n'auraient pas manqué de journaux , qui leur sont dévoues la plupart, pour réprimer la voix d'un solitaire. Je n'en ai trouvé qu'mi seul qui ait osé me donner la sienne. Parmi tant de puissances lit-

téraires qui se disputent Tempire des opinioiis et qui croisent sur leurs mers orageuses, en tâchant de couler à fond tout ce qui ne sait pas sous leurs drapeaux, un journaliste étranger a arboré en ma faveur le pa\111on de l'insorgeiice. Ctst odol de Deux- Ponts , que je nomme, suivant ma oootQine de i^econnaltre publiquement des services partieuliers, quoique oelui-ci ait été rendu à la Térilé bien plus qu'ù moi, qui suis personneltement inconnu à cet écrivain , si estimable par son Impartialité.

D'un autre côté , si les académies ne se soot pas expliquées , il faut considérer l'embarras où eileB se trouvent de se rétracter publiquement d'uoe inconséquence géométrique déjà si ancienne et ri répandue. Elles ne peuvent approuver mes résultats sans condamner les leurs ; et elles ne peuvent condamner les miens, parce que leurs propres travaux les justifient. Je n'ai point été moi-ménie moins embarrassé, lorsqu'en publiant mes observations je me suis vu dans l'alternative de choidr entre leur estime et lenr amitié; mais j'ai été entraîné par le sentiment de la vérité , qni doit remporter sur tous les ménagemens publics. L'mlérét de ma réputation , je l'avoue , y est anssi entré pour quelque cliose , mais pour la moindre paît L'utilité publicpie a été mon principal (dijet. Je n'ai employé ni le ridicule ni l'enthousiasme oostre des hommes fameux surpris dans l-erreor. Je ne me suis point enivré de ma propre raison. Je me suis approché d'eux, comme je me serais approché de Ploton endormi sur le bord d*nn préripice, craignant leur réveil et encore plus lev assoupissement. Je n'ai jioint rapporté leur avaiglement à quelque défont de lumière dont le reproche est si sensible aux savans; mais à Tébloiiissement des ^stèmes, et surtout à Tinfluenee de l'éducation et des habitudes mondes qui voilent notre raison de tant de préjugés. J'ai donné, dans l'Avis de mon premier volume des Étwdes » Forigine de cette erreur, que Newton a lé premier mise en avant; et sa réfutation géométrique dans l'explication des figures, à la fin du troisième volume du même ouvrage.

J'ai lieu de craindre que ma modération et mon honnêteté ne soient pas imitées. Il a paru, dans le Joumal de Paris , une critique anonyme fixt amère des Études de la nature. Elle commencée la vérité par les louer en général, mais die détruit en détail tout le bien que la voix publique semble l'avoir forcée d'en dire. Elle avait été précéilée , peu de temps auparavant , de quekiues antres lettres anonymes où mon ou>Tage n'était pas nommé, mais sur lequel elles répatidaient, en

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