‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 75 sur 116 · AVIS DE L'EDITEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L'EDITEUR

Le discours suifaot concourut , en 1777, pour le prix d'éloquence proposé par Vacadémie de Besançon. On peut y déoouTrlr le germe d'une innHitude didéês neuves et utiles, développée» depuis dans les Étuda de ta Nature. Ces répétitions cependant n'ont pu nous déterminer à sapprimer on discours qui renflteniie phisieurs passages neub, et dignes des plus beaux temps de Bernardin de Saint-Pierre. Tel est , à la fin de la première partie, le tableau des mœurs du siède; et dans la seconde, un portrait de l'enfance, et de charmantes esquisses sur les arts et le bonheur domestique , qui font de cette seconde partie un des moroeanx les plus agrMiles qui soient sortis de la plume de Tautenr.

Le manuscrit qui est entre nos mains était snrebargé de notes et de corrections, ce qui a rendu notre traifai} asseï dilflcUe. Cette copie est sans doute une premifere esquisse, mais nous avons fait de vaines recberdies pour nous en procurer une plus correcte.

Quant au sujet de ce discours, il nous semble que la question n'est traitée que dans la première partie ; la seconde est un ouvrage de pure imagination. Au reste, voici le jugement que l'auteur lui-même en a porté dans le» Études de la Kature.

« Une académie de province proposa , il y a qoelques » années, pour sujet du prix de la Saint-Louis, cette > question : Comment l'éducation des femmes pourrait » eontrièii^ à rendre les hommes meilleurs ? Je la trai-

DISCOURS SUR L'ÉDUCATION DES FEMMES

• tai , et je fis deux fautes par ignorance, sans compter j» les autres: la première d'entreprendre, d'écrire sur un » pareil sujet, après que Fénelon avait fait un fort t)on B livre sur l*éducation des filles; la seconde, de déliai- » tre de la vérité daas une académie. Celle-ci ne donna

• point de prix , et retira son sujet. Tout ce qu*on peut » dire sur cette question, c'est que par tout pays les » femmes n'ont dû leur empire qu'à leurs vertus , et » qu'à l'intérêt quVUes ont pris pour les maltieureux. >

Parler aux hommes d'arts , de sciences , de gloire, de forluiie, de lil)erlé même, c*est n'en intéresser qu'un petit nombre ; mais leur parier de ce sexe qui partage avec eux le poids des besoins de la vie, et porte seul celui de leur enfance ; de ce sexe qu'ils auraient appelé du nom d'industrieux , de consolateur, de nourricier, s'ils ne lui avaient donné par excellence celui de beau , et qui , naissant en nombre égal au leur par toute la terre, parait le seul bien que la nature ait réparti à chacun d'eux en particulier^ c'est s'adresser à tout le genre humain.

Si de toutes les questions académicfues celle-ci est une des plus universelles par sou sujet, elle en est encore une des plus intéressantes |Kir les moyens qu'elle indique et par l'objet qu'elle se pmpose. Il s'agit de reformer les hommes , et de les remlre meilleurs par les femmes. Quel est l'homme qui n'a souliailé de devenir meilleur? Quel est le sage [leut-étre qui, invité (lar elles, n'eût désire de mar ^ cher à la sagesse sous des auspices aussi doux ? Il y a dans leur empire un pouvoir et une grdce inexprimable : d'une main elles subjuguent la puissance altière; de l'autre elles supportent et touclient les malheureux sans les blesser. Lorsqu'Ulysse sort des flots, il est revêtu d'habits i^ar la fille d Aiciuoûs. Infortuné , lui dit-elle , allez à la vifie; et quand vous serez au palais, pour obtenir ce que vous voudrez, adressez-vous à ma mère, qui peut tout sur res|)rit du roi. Oui , à la voix des feimnes, et |)ar leur secours, l'homme le plus corrompu sortirait des abîmes du vice; car la dépravation n'est qu'un naufrage.

Une matière si importante se présente pour être traitée d'une manière simple : il s*agit d'examiner ce (|u'on doit retrancher de ré<lucatioii des femmes, et ce qui doit la composer. Mais que de difficultés s'élèvent à la fois ! Y a-t-il eu des i>euples ramenés à la vertu {tar les femmes .'* Comment traiter de Téducalion d'un sexe sans s'occuper de celle de l'autre ? Des institutions nouvelles peuvent-elles ûifluer sur des liabitudes anciennes, et la vertu peutelle s'allier au vice ? En exposant une partie de nos inaux pour en cliercher le remède, ne doit-on pas

craindre de foire la satire des denx sexes, et d*alîé« ner ceux qu'on voudrait améliorer? Que d'oljels à traiter, et de ménagemens à garder! Qae d'ofipositions de la part des coutumes , des préjugés, des conditions et des lois! Ah! qu'il était EMÛle au plus beau génie des Français , au pins digne d'être aimé, de foire régner la vertu dans les murs de Salente, chez un peuple pauvre, sortes rhages déserts de l'Hespérie! Ici, loin de sopprimer les ol)stacles pour tracer un plan, il font accorder le plan aux obstacles mêmes , et l'étendre encore i tous les temps et à tous les lieux. On voit qiielqiiefois au milieu de l'Océan des bocages de palmien s'élever du sein des écueils ; leurs racines s'enfon cent dans les flancs des rochers , leurs troncs s'dêvent sur le boni des précipices, et leurs fruits sont suspendus au-dessus des flots en fureur : la douceur de cette retraite redouble encore par le toîsînage des tempêtes.

Si l'entreprise cpie je vais tenter est difficile , h gloire en est assurée. Le génie, Messieurs, qd vous a inspiré le choix de cette question, présente deux couronnes à mériter dans la noble carrière que vous ouvrez ; il en a mis une à Textrémité, et il l'a ré en'ée à 4'éloquencc; mais il a placé la pin belle dès l'entrée, et il Ta destinée i tons ceux qui concourent avec vous à rendre les hommes meilleurs.

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