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bitioo, enfin d'êtres sensibles , remplis de haine contre des institations si ennuyeuses , si vaines et si atroces. Voilà ta nation future où la patrie met ses pliis douces espérances.
Noos n'avons examiné jusqu'ici que les suites de ce qu'on appelle une bonne éducation. Que serait-ce si nous en suivions les désordres? Qui |)ourrait dire ce que peut faire naître , parmi des tilies réunies dans la fougue de Tâge, Forgueil des oooditions, la vanité des parures, les folles amitiés, les superstitions, les frayeurs, les médisances et le respect de l'opinion d'autmi, source d'une infinité de maux pour eUes et pour les antres ?
L'opinion publique a toujours été très-diffërente de l'opinion d'autrui, dans les siècles même les plas dépravés. La mémoire de Néron fut flétrie par un peuple qui ne valait pas mieux que lui , et dont ctiaque membre en particulier lui avait aplani la route du vice. Il semble qu'il y ait dans le cœur humain un caractère ineffaçable de justice , qui brille de tout son édat lorsque les passions sont calmées; ou plutôt, que Dieu veuille forcer la vertu à se diriger vers lui seul , et à ne se reposer que sur l'estime de l'univers. Lorsque Phocion était applaudi par les Athéniens, U demandait à ses amis s'il ne lui était pas échappé quelque foute. Calon d'Utique marchait nu-pieds dans les rues de Rome, afin que, dérogeant à l'usage public dans des choses indifférentes , U pût s'en écarter dans les essentielles.
Quand une nation est sans morale , son opinion est sans estime. Si le premier effort que l'honune doit faire vers la vertu est de mépriser l'opinion , il faut qu'O en soit de même de la femme , qui ne doit être honorée que de la louange d'un seul. L'envie de plaire à l'opinion de tous la rend in constante et sans principes. Par ces mots : Que àira-t-on de vous? dont on dirige son enfance, on corrompra sa jeunesse. Dès que les femmes sont attentives aux bruits du dehors , les faiseurs d'anecdotes, ces hommes si communs qui, après avoir perdu leur réputation, s'occupent à détruire celle des autres, qui savent également l'art de flatter et de calomnier , les transportent où ils veulent par la crainte du ridicule et l'amour des louanges. Filles imprudentes, ces hommes charoians et cruels paieront un jour , du récit de vos ^iblesses, leur entrée dans la maison voisme. Ils font pour vous des vers , ils vous mettent au rang des divinités ; mais la louange même est funeste dans leur bouche : ils ressemblent à ces sorcières de Thessalie dont parle Pline, qui faisaient périr . les moissons, les animaux, les honmies, en disant du bien d'eux. Qne de filles, au sein de l'oisiveté,
se sont rendues habiles dans cette science infernale de nuire! Que de querelles, de procès, de duels ont été inspirés par elles! Des nations entières ont vu leurs liens se dissoudre ; et de nos jours même , la Corse voit encore les femmes éterniser ses malheurs , en inspirant à lenrs en&ns des vengeances implacables.
Passons aux usages du monde. Des femmes célibataires ont donné aux filles , dans leur enfonce^ des leçons d'austérité; des hommes célibataires vont bientôt leur en donner de licence.
Parmi tant de choses que les maîtres apprennent à une jeune personne , supposons qu'il n'y en ait que d'utiles; une fille adoptera peut-être des principes opposés à ceux de son époux, eUe qui doit s'estimer moins savante que lui, et voir les objets comme il les voit. D'ailleurs , par ces lumières précoces , le mariage perd les conversations si nécessaires à ses longs jours; et l'amour conjugal , tant d'ignorances aimables qui sont un de ses plus grands charmes. Que de reconnaissance recueillie par des étrangers , et si douce à mériter pour un amant ! Il épousera une vierge dont l'ame est déjà veuve de plusieurs maris. L'ame ! mais ces honunes si aimables sont-ils des anges, si la pente à l'amour est égale dans les deux sexes ? Qne deviendrait notre faible raison , si dans la jeunesse on nous donnait, pour nous montrer des arts séducteurs, de jeunes femmes instruites à plaire?
Le premier mouvement une fois conununiqué aux passions, la volupté n'approche plus seulement d'elles à découvert ; mais, plus dangereuse, eUe s'avance dans le silence de la nuit, elle présente à l'ame égarée des armes terribles dont elle se blessera elle-même. Dans le repos de la solitude et sous les toits les plus sacrés , les hommes viennent se montrer à l'imagination, sans défauts; et leurs sophismes , sans contradictions. Quels bouleversemens n'occasioneront pas dans la tête et dans le cœur d'une fille tant de livres conupteurs ! Les livres gouvernent le monde. Un seul , même moral , produisit , il y a deux siècles, la plus grande révolution dans les mœurs de l'Europe. L'ouvrage d'im Espagnol fit tomber Tamour et le respect des femmes. D'autres depuis y ont substitué la galanterie, qui en est le mensonge; ceux de nos jours y font succéder le libertinage , qui en est la cor« ruption.
Si on vient à examiner l'effet que les Uvres produisent en particulier sur l'esprit des femmes , il s'en trouvera peu qui leur soient utiles, même parmi ceuxque l'on croit bons. Dans les romans , les luis mettent la vertu en paroles, et le vice en action. Ceux-ci ,. plus dangereux , montrent la
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roule des passions comme la seule que nous enseigne la nature. Les meilleurs les jettent dans un nK)nde imaginaire , et leur font liaîr celui où elles doivent vivre. L'histoire môme, si vantée, n'offre guère que le tableau des fureurs des honunes , et ne leur inspirera pas une grande bienveillance pour eux. Mais si Ton considère ce (|ue produisent tous ensemble parmi nous les scepti(|ues et les dogmatiques , les ouvrages de tous les partis , de tous les systèmes , de toutes les sectes ; tant de vérités mises en problèmes , tant de paradoxes en maximes ; (jue résulte-t-il de leur effet général? la destruction des principes et du caractère. Toutes les tètes fermentent : les flots de la mer , battus de tous les vents de Tliorizon ne sont pas si agités lorsqu'ils vont sans cesse se formant et se détruisant les uns les autres. Bientôt les maximes du théâtre, qui , débitées en public, semblent autorisées par les lois, aidées par les illusions des acteurs et les applaudLssemens de la uudlilude, vont fiénétrer l'ame de nos jeunes filles comme des traits de feu. L'AréofKige honorait la tragédie, (fui représente l'honmie de bien aux prises avec le malheur; mais, en cela plus sage que nous , sa faveur ne portait que sur les sujets (lui inspiraient aux Grecs de la vénération pour leurs grands hommes, et de l'amour pour leur patrie. Nos drames, par un renversement incroyable de ce qui est utile, n'exposant sur la scène que des sujets très-éloignés , nous jettent sans cesse dans une pitié étrangère. Si nous voulons être émus utilement, la terreur et la pitié ne sont>elles pas aussi françaises et contemporaines ? Ah ! ne chercherions-nous les maux d'autrui cpie pour ne pas voir les nôtres ! Mais que dirons-nous de la comédie , que l'Aréoiiage flétrissait comme un moyen inutile pour corriger les passions , |)arce que l'avare y rit de l'avare? Qu'aurait -il donc pensé de nos comédies les plus estimées, où des valets trompent impunément leurs maîtres, où l'avarice d'un fière est punie par le vol applaudi d'un fils , la vanité d'un paysan par un adultère triomphant? Je ne parle pas de ces satires indécentes où , à la face du ciel, les mœurs sont violées , où le peuple voit cliaque jour des exemples de libiTtinage, de vengeance, de vol, et , (pli pis est , de mépris de ses magistrats. Sans faire sortir nos jeunes filles de l'honnêteté prétendue de la scène française , ne craignez-vous pas que, négligeant la moralité, conune la plupart de ses modèles , elles s'en tiennent , conmie eux , au but qu'ils se proposent , celui de fah*e rire ; et ({ue , puisant les sarcasmes , les épigrammes , les «ous-entendus, ces arts perfides des aines faibles f't méchantes, elles ne rendent un jour leur cœur
suspect à leurs époux et à lean amis ? Fai»«n rire , disait le cruel Sigismoiid. Cétait pea de jouer les passions sur la scène; la plupart desébli de la vie civUe y sont rendus suooessÎTeinent odieoL Si les regards pouvaient pénétrer dans les amei des gens formés à la connaissance des hoima par le tliéâtre ou par les livres, on y Ternit, comme dans le palais de oe fou modone de li Sicile, des cygnes à tête de tigre; de longs con de serpens sur des corps de colombes; les cooditÎQDi^ le^ âges, les caractères, les provinces , enfin Unte la société humaine figurée en monstres.
Voilà donc les fillesjetées dans le mondCyaraiéei de tout ce que leur a donné une édocatîoQ ■ fane, si contradictoire y si incohérente. Elles aimenlki étrangers , et liafssent leurs parens ; elles oe relient du mariage que les plaisirs de l'amoar, et rejettent les devoirs de la maternité. Austères dm leur morale et voluptueuses dans leur eoadnle, elles parlent toujours de la vertu , et dMidiat sans cesse le plaisir. Au reste , sans principeicl sans plans, elles ne connaissent dans la aodélé d*» tres devoirs que les visites et le jeu : les visileiiOi, obligée de se communiquer à toutes les peméei des hommes , l'ame d'une femme perd sa pndnr naturelle ! le jeu, dont les révolutions les dlspoKM à tous les désordres, et le seul vice que les fenuBei de l'antiquité n'ont pas connu ! Ce sont les ongo du monde. Grand Dieu! quel monde, sidnipe siècle y apporte des vices nouveaux ! Qudle dlKrence de l'éducation des femmes sous nos Henri i celle de nos jours ! Mais voyons les nations dont h destinée est faite, et dans un peuple mourant In convukions de la mort.
I^es Sabins , armés par la vengeance , piéscnleit la bataille aux Romains; les Romaines en plem, tenant leurs enfons dans leurs bras , se jettent cotre les deux armées ; elles s*écrient : Qu*allei«iiiDi faire, cruels? Ceux-ci sont nos maris, eeu-là sont nos frères! A leur voix, les annes Combeot, et deux nations, prêtes à s'égorger, se réonisKdL Voyez-les sous Sylla : liées de tous les liens, il ify avait pas à Rome une femme qui n'eût i M redemander le sang d'un de ses parens ; toutes emeoH ble lui firent fkire les plus superbes obsèques dont jamais chef de la patrie ait été honoré. Deux eenl vmgt corbeilles de leurs parfums Inrûlaient à «s funérailles ; sa statue et ceUe de son licteur, pâriei des aromates les plus précieux , y furent portéo es triomphe. Il semblait que le barbare n'avait véoi que pour leur vengeance '. Suivez*les, si vtv
' Montesquieu vaiitc le courage de Syli, |iiroeqilM> qua la dictature, pt redevint rimple citoyen, prit ii
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Foiez , MUS les emperears , quand les filks romaines donnaient ani gladiateurs Tordre de mourir; quand, au milieu des infimies, des dissolutions et des intrigues, les Romaines bouleversèrent leur malheoreuse patrie ; et apprenez , peuple sans expérience, que la férocité naît du sein des voluptés. Parlerai-je de nos guerres civiles? du carnage inspiré par les Médicis? car il fallait, pour altérer notre heureux caractère, les vices d^m peuple corrompu. Joindrai-je aux maux de notre éducadoo le tableau présent de nos maux? Ah! je ne ans pins le maître de mon sujet ; il me semble Doir Fbomme se lever, et l'entendre dire à l'Auteur de la nature : Celle que vous m'aviez donnée pour moD bonheur est la cause de mes maux. Je vais chercher pour elle au-delà des mers les richesses des deux Indes, je l'environne du spectacle ravisant des arts , et sa félicité est l'objet de tous mes tfiYaux : qncJle est sa reconnaissance? elle élève, elle abaisse, elle sollicite, elle trouble, elle détruit. Par elle , toutes les avenues des emplois sont ohaédécs , Ips lois antiques sans respect ; mes dtoits, les droits d'un époux, sans honneur. A peine j'ose, dans ma maison, en paraître le chef; et dans les rues mêmes de la capitale, une foule de courtisanes étalent une audace qui confondrait les plus hardis libertins. En vain je m'efforce, dans le séjour de Finnocence, de rappeler à la vertu pn* des prix : point de rosière pour les mériter! In corruption gagne chaque jour les lieux les plus nints : nos coiivens sont remplis de femmes séparées de leurs maris. Tout m'offre l'aspect de ma honte. Le tribunal des lois ne retentit que de mes plaintes; et, de ma douleur pix)fonde, je n'ose ni iÊmmet les yeux sur une prospérité qui m'est suspecte, ni les élever vers les autels où je n'ai reçu ^'mie foi parjure. Compagne donnée pour soulager mes maux , comment avez-vous pu les accroître? Vous n'êtes pas, comme moi , obligée , pour ihrre , de tromper, de supporter mie foule de tyrans , de ooncâier l'honneur et les lois , la justice •t Fhomanité ; d'endurcir votre cœur, pour frapper de l'épée de Thémis ou de celle de Bellone. Ah! ce n'était qu'à vous qu'il éUit permis d'être bonne, et de devenir meilleure; placée loin de maux, et mise à l'abri dans le temple de l'Hy-
compte de sa conduite. Mais Montesquieu y pensait-il? Ce seaol, devant lequel un citoyen eAt pu appeler Syfla. n'élaiMl pM pMn de ses créatures, de ses compUces, qui avaient trempé dans ses proscriptions ? Je trouve , moi , que ce fut b crainte de devenir seul l'objet de la veufçeance publique qui le lit alMiqner. En abdiquant, il assurait sa personne ; le séoalaeol se trouvait chargé de la haine*, et quel sénat poissant, puiiqne les femmes étaient pour lui !
men, la société, d'accord avec la nature , ne vous^ avait proposé d'autre devoûr que celui d'aimer.
Mais d'où viennent tous ces désordres? La fèm-« me est-elle seule coupable ? ne répondra-t-elle pas. à l'homme : Auteur de toutes nos alarmes, quand vous cessez de nous corrompre, c'est pour nous; outrager ! Infortunées jetées sans force parmi des insensés et des furieux , comment pouvons-nous, causer leurs malheurs I Nous n'allons point chercher aux Indes les étoffes de l'Asie , qui enlèvent à nos citoyens les moyens de subsister. Nous n'a-^ vous point nnaginé les. métiers, qui ont ôté à la. plupart de nous autres femmes l'emploi de filer vos habits-, de tendre vos appartemens, et presque tontes les ressources- qui nous étaient données, pour vivre, ou pour nous occuper. Nous ne montons point les vaisseaux qui portent l'Africain es^ clave en Amérique; il ne dépend pas de nous d'empêcher un petit nombre de familles d'accumuler sur leurs têtes les richesses des deux mondes , tandis qa'une maltitude, qui croH chaque jour sans terre et sans travail, est abandonnée à tous, les vices qui suivent l'indigence. Vous nous reprochez vos bienfaits; mais ce luxe, ces arts, eea festins , ces fêtes licencieuses, ces céUbatakes sans. pudeur; dont vous nous environnez, nous inspirent la volupté; et vous nous faites à k fbis une stupi* dite de la repousser, et un crime d'en jouir. Toutes nos contradictions sont votre ouvrage : vous mettez votre honneur à nous corrompre, et fe nétre à vous fuir. Destmées pour un seul, vous noos élevez dès l'enfiince pour phiire à tous. Vous ne cherchez plus dans nos appas fhnestes que des in* strumens de votre avarice ou de votre ambition. Nous naissons en nombre égal an vôtre, et vous avez favorisé les célibataires, sans songer que tout homme qui ne se marie pas condamne une fille an célibat ou à la corruption. Nos désordres mêmes naissent de votre prétendue sagesse; mais ils compensent les vôtres. Des fiemmes sorties du peuple y ibnt rentrer une partie des fortunes énormes qui l'épuisent; les emplois que vous n'accordez plus qu'à la vénalité, nous vous forçons de les donner au plaisir. Dans nos erreurs, au moins toiqoarB plus près que vous de la nature, nous n'opposons que des vices, souvent involontaires, i dis kûs barbares que vous avez réfléchies. Hommes vains, vous vantez les prix que vous proposez pour l'innocence : que peut-elle foire de vos hommages frivoles? A la campagne, vous offrez des roses i la vertu indigente; et à la ville, vous couvrez le vice de diamans. Que vos efforts sont subUnies! Vous portez, dites*vous, le poids de hi société : ah! cessez de vous pUindre, quand, sous un joug
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sacré, vous noiis assort issez, jeunes a des vieil' lanls, saines à des infirmes ; et dans des corps qui doivent s'unir, des anies qui se repoussent! Si votre sort est de sup|)orter des tyrans, le nôtre, plus affreux , est de leur plaire. Nous seules jetons des ileurs sur vos chaînes de fer, nous seules retardons encore la mine qui vous entraîne. Sans nous le fanatisme vous aurait déjà dctmils ; mais nous nous plaisons à renverser les Imrrières qu'élèvent état contre état , secte contre secte , orgueil contre orgueil ; et dans ce siècle de haine , de vengeance et de fureur, nous seules , malgré vous , faisons régner Tamour et la nature.
Ainsi deux torrens, enflés par les orages de Thiver, roulent sur TOcéan leurs flots bourbeux : la terre tremble , Tair détonne , et Ton n'entend sur leurs bords désolés que des bruits confus et de tristes clameurs.