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saisissait dans ses lèvres, et le gardait sans ravaler; après quoi il allait le cacher pour le besoin à venir, disant paraître à la fois, dans la même action, sa prévoyance, sa sobriété , et sa déférence poormoi.
Il n'eut qn*nn objet daas ce voyage, celui de me plaire. S'il me voyait triste, il venait se jeter sur mes genoux, et, par ses murmures, semblait m'inviter à de plus douces pensées : il s'étudiait à feire passer sa joie dans mon ame. Par une incroyable sagacité, il connaissait lesdifTérens degrés d'attachement que les passagers avaient pour moi; en sorte que, par les caresses qu'il faisait à ceux qui m'approchaient, je pouvais m'assurer du degré de leur amitié.
Moi-même, cher Favori, ne vous ai-je pas rendu caresse pour caresse, amitié pour amitié? N'avoDs-nous pas eu toujours le même lit, les mêmes promenades, la même table? Souvent n'avonsnous pas bu dans le même verre ? Quel soin n'eusje pas de vous dans les tempêtes, et dans le voyage que nous fîmes à pied autour de l'Ile !
Pourquoi m'avez-vous quitté , moi qui, par amitié, vous avais refusé aux plus aimables dames, et qui n'eusse pas donné votre société pour la protection d'un grand seigneur? Hélas! je m'affligeais quelquefois à votre sujet, en pensant que je vous avais vu petit , et que déjà je vous voyais sur le retour, tandis que j'étais jeune encore. Je me plaignais à la nature, qui vous avait donné à moi pour ami et pour compagnon de mes courses, de ne nous avoir pas fait présent d'une vie d'une égale durée; comme s'il pouvait y avoir des amitiés parlattes dans une carrière si courte ! Je pensais souvent à ce que je ferais lorsque vous seriez vieux, aveugle, ne pouvant plus marcher : je pensais que je vous porterais dans mes bras, et que, quelque mauvaise que fftt ma fortune , je serais encore assez heureux pour foire le bonheur d'un ami. Pourquoi donc m'avez-vous quitté? Qui a pu vous séparer de moi? Ah! c'est l'amour; cette passion funeste, ce Tioe des bons cœurs, source intarissable de leurs plaisirs, et surtout de leurs peines. Favori plaisait aux dames, et il les aimait. Soit politesse, soit instinct, il se mettait volontiers sur les jupes blanches des jeunes créoles. Il était toujours à mes pieds; mais, si je fixais quelque temps les yeux sur une demoiselle, il me quittait, allait près d'elle, se couchait sur le bout de ses pieds; et de là il me regardait. Je ne sais si ce fut là qu'il s'enivra du poison de l'amour. Il s'était, par ses caresses, concilié l'amitié des dames : une des plus aimables m'engagea à le lui prêter, afin de perpétuer dans nie tant de qualité par un heureux ma-
ŒUVR£S ^OSTUVMES.
riage. Fatale complaisance! à peine Favori eut-il goûté l'ivresse de cette cruelle passion, qu'il ne mangeait plus. La nuit, il ne disait que se plaindre; il haletait, il pleurait. On le ramenait le soir; mais dès la pointe du jour il s'échappait, et courait à une lieue de là.
Dans nne de ces courses il me fut enlevé, et j'appris par des marins qu'on l'avait vu errer dans l'Ile de Bourbon.
Oh! comme je l'ai vu combattre entre l'amour et l'amitié ! sortir, rentrer, se placer à mes pieds, courir comme s'il avait pris son parti ; puis revenir, se coucher, baisser la tête, remuer la queue ; il semblait me dire : Vous me reverrez ce soir. Il eût voulu se partager entre les deux sentimens qai l'agitaient.
Favori, si vous vivez encore, puissent les Naïades de Bourbon vous offrir, dans vos courses, leurs eaux argentées ! que les vents des tropiques agitent vos soies, et rafraîchissent ce cœur où ont brûlé les feux de l'amitié ! Si quelquefois , du haut d'un rocher, aspirant l'air, vous appelez, comme jadis, par vos soupirs, votre maître, hélas! perdu comme vous dans un autre hémi^ère, puisse l'amour vous consoler de sa perte! que les jeiiues filles de Bourbon vous prodiguent les soins les plus doux; qu'elles se plaisent à peigner vos longues soies; qu'elles vous dédommagent, par leurs baisers, de ceux que vous aimiez à recevoir du plus tendre des maîtres !
Mais si vous n'êtes plus, cher Favori, puissiezvons donner votre nom à quelque promontoire ! puissent vos vertus et votre ami le foire passer à la postérité!
VOYAGES DE CODRUS
Je m'appelle Codms. Je suis né à Ancyre, petite ville de la Grèce. Si on peut ajouter foi à la tradition de ses ancêtres, je descends de Codrus qui se sacrifia pour sa patrie. Mon père me fit instruire dans les sciences que Minerve a cultivées ; il me laissa très-peu de biens, mais de la confiance dans la providence des dieux , et un grand exemple à suivre.
Les Athéniens défendaient leur liberté contre Philippe; je crus qu'ils recevraiait avec plaisir le descendant d'un citoyen qui s'était offert à la mort pour elle. Ils me donnèrent un petit emploi dans leur armée, si on peut donner ce nom à une assemblée de sybarites : le général le plus estimé
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VOYAGES DE CODRUS
(tait celui qui a\'ait la meilleure table; on y voyait pins de comédiens c|ue de soldats.
J'aimais la vertu militaire, je ne pus souffrir tant de désordres ; je parlai , et je me lis des eimemis. Je résolus fie prévenir ma disgrâce, et de chercher une terre où la vertu pût conduire an lionlieur : sans le bonheur, à quoi servirait d'être vertueux ?
Je partis pour l'Ile des Phéaciens , je trouvai des républicains occupés de dissensions perpétuelles; un i)euple sans femmi», un trésor sans argent , une lie sans terres. Ils ne subsistent que des aumônes des autres nations, et ne se perpétuent (]u'en adoptant sans cesse de nouveaux citoyens. Ils ont aimé autrefois l'art militaire , dont ils ne font plus de cas. Je quittai avec plaisir une société qui ne peut se nourrir elle-même, ni se reproduire.
Je fus chez les Phéniciens, qui naviguent dans outes les mers du monde : c'est un peuple sage. Ils sont , de tous les Grecs, les plus sobres et les plus économes, mais de grands défauts ternissent ces qualités : ils n'estiment que les ricliesses, ils regardent les gens de guerre comme des marchands c|ui trafiquent de leur propre sang. Je sortis d'un pays où l'argent seul donne de la considération, où tout abonde ()ar le commerce, et où l'on ne jouit de rien.
J'étais pauvre, et j'aimais la gloire; je résolus d'aller chez les Scythes, célèbres par leur bravoure et leur simplicité. Après de grands périls, j'arrivai dans leur capitale. Les Scythes étaient gouvernés par une femme célèbi-e. De grands talens faisaient oublier en elle de grandes foutes. Elle a\'aît appelé dans son empire les arts de la Grèce; j'étais Grec, j'en fus bien accueilli : j'allais souvent à la cour. Un joiur, j'appris qu'un officier scythe, de mes amis , venait d'être envoyé sur le bord de la mer Glaciale , où il était condamné à finir ses jours. Son crime était d'avoir été attaché à un des grands qui avaient mal parlé de la souveraine. Cette nouvelle Sémiramis enveloppa dans sa vengeance le protecteur et le protégé.
Je chérissais l'amitié et la reconnaissance , comme des chaînes dont les dieux ont voulu lier les âmes honnêtes et sensibles : je redoutai une cour orageuse. D'ailleurs, l'aspect d'une terre couverte de glaces la moitié de l'année, et la barbarie des peuples qui l'iiabitent, me faisaient soupirer après le doux climat de la Grèce ; les vices aimables de mes compatriotes me paraissaient préférables aux vertus sauvages des Scythes.
J'avais peu d'argent. Des amis, quelques jours avant mon départ , m'engagèrent à jouer : la for-
tune me fut si favorable , que je gagnai de quoî faire aisément mon voyage : je partis.
Il s'offrait une belle occasion d'atteindre cette gloire que je cherdiais dans les armes. Les Svmates défendaient leur liberté contre les Scytba, qui voulaient leur donner un roL J 'arrivai cliei les Sarmates, qui, divisés entre eux, parajfHîfm toucher aux horreurs d'une guerre civile. Je prii le parti du citoyen le plus zélé et le plos foitale; je chercliai à l'aller joindre; je fus foit prisonnier éam ma route. Ma cause parut si belle à des peapletqaî aimaient la liberté, que toutes les foctions s'empressèrent de me donner des marques d'amitié. On m'obligea de renoncer, pour quelque temps, à la gueiTe, et de laisser ces républicains vider entie eux leurs différends ; mais il me fui permis de me trouver à toutes leurç fêtes.
J'étais dans les premiers feux de la jeonene, et je m'impatientais déjà de vivre dans l'oisÎTelé : m dieu , plus puissant que Mars, vint m'enrôler som ses drapeaux, et me donner un service que k république ne m'avait point interdit. Une prineeae sarmate me subjugua : je l'aimai , et j'en fàs aim . Les fêtes, les plaisirs se succédaient chaque joor. Ah ! si le bonheur se trouvait dans les palais, j'avais trouvé le bonheur. Les mois se passèrent dm une ivresse perpétuelle. Un jour je la surpris a^ câblée de tristesse; ses beaux yeux étaient bagnes de larmes : a II faut, dit-elle , nous quitter; » mes parens me rappellent près d'eux : je doii » tout à une foraille puissante. Malheureuse gran- » deur ! que n'ai-je pu être toute ma YÎe à Go- » drus ! bergère, nous eussions passé » des jours dignes d'envie. Il fout nous » mais recevez ce dénier gage d'un » et d'une estime étemelle. » £lle me domia ssa portrait, qu'elle avait peint elle-même. Tontes les passions s'enflammë:ent à la fois dans mon je voulais fuir, je voulais rester; je vouhdi rir. En vain je m'efforçai de la retmir; fl nous quitter, et nous quitter pour tonjoun.
Je connus alors que la volupté était plus diffieie à vaincre que l'infortune. Je partis , le cœur lempli d'amour et de regrets, ne pouvant ni GoUKr mon bonheur , ni penser à ime félicité si rapide. Je résolus de cherdier à finir une vie qui ne m'ol^ frait dans Favenir que le souvenir d'une perte irréparable.
Je me rendis chez Philippe. Ce prince vtiùrieux avait donné la paix aux Athéniens; sembhble à un vieux lion , la terreur régnait autour de son palais. Mon ardeur lui plut, il m'ofl^tdDse^ vice ; mais il me parut que la crainte (jpi'il andt inspirée à ses voisins prolongerait trop Inng^eBipi
VOYAGES DE CODRUS
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une paix oisive. Si Plûiippe eût £ût la guerre aax Sannates, j'eusse volontiers servi comme simple aoldat, pour enlever à sa famille mon aimable princesse.
Je quittai la Macédoine , où les seules vertus militaires mènent les lionunes à de tristes bomieurs, où les babitans vivent dans la paix comme s'ils étaient dans la guerre : j'arrivai à Athènes, résolu d'y finir mes jours.
Toutes les sciences sont estimées à Athènes ; mais on préfère à celles qui sont utiles celles qui sont agréables. Je me livrai à la pbilosopliie , persuadé que je viendrais à bout de calmer les agitations d'un cœur en proie à tant de passions : partout je portais une inquiétude secrète. J'appris qu'il existait un bonheur que ni les sciences, ni les arts ne sauraient donner. Je voulais être vertueux , et je sentais redoubler ma tristesse.
Je lus tous les traités des philosophes, qui se contredisent sans cesse, et finissent par vous laisser dans un doute pire que l'ignorance.
Je lus l'histoire de différens peuples. Le spectade de tant de rois malheureux sur le trône élève Tame et l'afflige : un bon cœur peut-il se consoler par le malheur d'autrui ?
Enfin je 1ns les voyageurs, qui mettent toujours la félicité hors de leur patrie , et la raison chez les peuples barbares. Je fus séduit par la deacription des Iles Fortunées; je résolus de porter ao-delà des mers mon ambition et ma curiosité : d'ailleurs , j'espérais y acquérir de la fortune , et y travailler à la gloire de mon pays sous un dimat déUdeux. «
Après un voyage plein de dangers et d'ennui, nous arrivâmes dans une lie. Le port offrait un aspect aride et brûlé, semblable aux forges de Vulcain. Je trouvai dans cette lie plus de discorde que chez les Phéaciens, plus de pauvreté que chez les Scythes, un despotisme plus dur que dans cette ooiir barbare. La plupart des hommes , réduits à Fesdavage, y sont plus misérables que les bêtes, n n'y a ni liberté , ni sodété , ni émulation honnête : les talens de l'esprit vous font des ennemis ; les qualités du cœur vous donnent un ridicule. De tous les pays que j'ai vus, je n'en ai point trouvé où il soit plus désagréable de vivre.
Les di^x ont cependant compensé les peines que j'ai éprouvées. J'y ai connu une famille à laquelle j'ai voué un attachement et une estime inalléraUe. Heureux, si je pou^^ais près de Lucinde fixer mes pénates ! Je l'aime sans intérêt: que deaire-t-elle davantage ? que demanderaient de plus des rois ? que demanderaient de plus les dieux ?
Si l'on peut ajouter quelque foi à un songe, je
puis espérer de trouver le bonheur après lequel j'ai si long-temps couni : il m'a semblé que Ludnde me ménageait dans sa famille une alliance qui doit faire ma félidté; et ce songe était accompagné de circonstances si frappantes que le réveU n'a pu les efEacer, et je les conserve par écrit.
Après avoir dierché le bonheur dans les cours , à la guerre, dans les plaisirs, dans la retraite, an milieu des glaces du Nord et dans les dimats chauds,j'ai vu que je courais après un fantôme; j'ai connu enfin que le bonheur consistait à se rapprocher de la nature. Il a plu à la nature de nous donner un corps, un esprit et un cœur. Ces êtres différens ont des besoins distincts; ces besoins font nos plaisirs: le bonheur est l'harmonie de ces mêmes plaisirs. C'est à la raison à en régler les accords, et à chercher à les satisfaire dans la nature, suivant les besoins de chacune de ces acuités : l'étude de ces besoins est la connaissance de soimême. Yoîd ce que mon expérience m'a appris , et d'où dépend mon bonheur particulier.
Le bonheur du corps consiste dans les pMHrs des sens. J'aimerais donc à vivre sous an dimat tempéré, à la campagne plutôt qu'à la ville : l'azur du déL , le vert des prés et des forêts , le cristal des ruisseaux , récréent ma vue , et me réjouissent plus que les lambris et les peintures; le parfum des jasmins, des violettes, des roses, ravit mon odorat. Oh ! quand pourrai-je me reposer à l'ombre des lilas, ou sous les guirlandes d'un chèvrefeuille; me réjouir à la vue d'un champ couvert d'épis jaunissans, émaiUés de bluets et de coquelicots ! Le gazouillement des oiseaux , la mélodie du rossignol, le chant de l'alouette, charment mes oreilles : il n'y a pas jusqu'au bêlement des troupeaux qui n'exdte dans mon cœur le désir d'une vie simple et innocente. Quant au besoin de vivre, un vignoble , un verger , une laiterie , un potager fourniront agréablement à mes plaisirs. Avec un peu d'art , qu'il est aisé de varier ses jouissances ! Donnez, an printemps, un repas sur l'herbe fleurie, à l'ombre des tilleuls; rassemblez quelques honnêtes femilles du voisinage, des jeunes filles fraîches et vives, des garçons d'une santé vigoureuse; ofTrez-leur des œufs frais, quelques poissons pris dans le ruisseau voisin , des gâteaux, des laitues, des crèmes , des cerises et de vieux vin : vous verrez la joie et la gaieté animer vos conrives; vous les verrez , après le repas, chanter, danser et folâtrer sur l'herbe. Gens des villes, allez digérer sur des canapés !
L'amour peut être regardé comme un plaisir des sens ; mais dans l'homme il s'aUie avec tant
LE VIEUX PAYSAN POLONAIS
d'autres sentimens, que ce serait lui faire tort que de n'en faire qu'un besoin physique,
Les plaisirs de l'esprit consistent à connatire. C'est un désir dont je me guéris tous les jours : il Yous porte trop loin. Je ne voudrais point exercer mon esprit aux sciences trop abstraites , ni aux ouvrages de pure imaginai ion. L'homme qui s'y livre s'éloigne trop de la société pour laquelle il est fait : il se plall dans un monde qui n'existe pas, et qui lui fait souvent trouver insupportable celui qui existe.
J'aimerais l'histoire qui peint les hommes qui nous ont précédés , et nous donne des lumières et de l'indulgence pour \1vre avec ceux qui nous environnent.
J'aimerais les ouvrages de littérature légère où les vices sont tournés , sans fîel , en ridicule , où les vertus et les passions aimables sont mises en action.
J'aimerais les observations sur la nature, pour admirer ses lois et connaître ses ressources.
Voilà où je bornerais mes lectures, afin de me rendre plus utile et plus agréable à mes amis et à moi-même.
Quant aux plaisirs du cœur , ils consistent dans le sentiment. Les plaisirs des sens nous sont communs avec les bêles, ceux de Tesprit nous rapprochent des intelligences ; mais nous ne sommes hommes que par le cœur. Y a-t-il quelque plaisir au-dessus de celui de faire du bien , d'avoir des amis, d'être chéri de ses enfans, d'aimer une femme aimable et d'en ê'.re aimé !
Saas amis, il n'y a point de bonheur; sans amis, le monde n'est qu'un désert ; sans amis , il vaut mieux ne pas exister. L'amitié n'est pas la vertu des âmes faibles : citez-moi un grand homme qui n'ait pas eu im ami ?
Je voudrais une femme ; tous les célibataires sont tristes. Je voudrais une femme qui me plaise ; l'inclination est l'instinct de l'homme. Si le bonheur est l'harmonie des plaisirs , dans une femme aimée se trouve toute la félicité dont l'homme est susceptible. Dans une femme aimable on trouve à satisfaire à la fois les sens, l'esprit et le cœur : c'est là le secret de la nature, qui rend l'amour si puissant.
Si j'avais à choisir une femme, je la voudrais simple dans ses mœurs, spirituelle, franche, ni'es' timant assez pour m'avouer ses fautes , ra'aimant assez pour n'en pas faire : je la souhaiterais naturellement gaie , se plaisant à faire du bien, sensible et bonne.
Je voudrais qu'un même esprit dirigeât nos ac> lions , et qu'une indulgence mutuelle nous aidât à
nous supporter. Je voudrais en fiiire à la Ibb m maîtresse et le meilleur de mes amis.
Je voudrais que la religion se mêlât à nos amoun; que , semblables à des arbrisseaux entrelaoés «pn s'élèvent vers le ciel, notre union noos nnnrlt contre les agitations de cette vie.
Le bonheur de ma femme , le soin de mes enfans et leur éducation , seraient robjet de mes plaisirs et de mon ambition ; car c'est eaoort une passion du cœur qui demande à être satisfiûte. Mais, par la méditation des biens dont rhomme jouit sur la terre , j'aimerais à croire que le 6d lui en prépare de plus duraMes. Cette pensée a vraisemblable , si naturelle au ccrar de tous les hommes , élèverait l'âme de ma (bmille bien aimée ; elle nous rassurerait contre les revers de la fortune , elle serait le principe de notre religion, de notre morale, de notre philosophie.
Mais à quoi sei-vent des vopnx inotiles? je dnîre des amis , et les miens sont dispersés ; inie petite terre, et je n'ai pas une métairie ; de la liberté, et je vis dans un pays despotique ; ime femme choisie dans ma patrie , et je suis aux extrénûlés da monde.
J'espère cependant que par des lois inoonnoes ks dieux me feront parvenir au bonheur que je désire. Quand les honunes , dit un sage , sont âevés ai comble du bonheur, ils n'imaginent pas oommeal ils en peuvent tomber; quand ils sont plongés daoi l'infortune, ils ne voient pas par on ils en poomal sortir. Les dieux les conduisent par des rootes eitraordinaires à des fins qu'ils n'ont pas prévues, afin que l'homme connaisse ses tkiblesses et le pouvoir des dieux.