‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 89 sur 116 · ET DU TRIBUNAL D'ÉQUITÉ EN EGTPTB · texte numérisé non relu

ET DU TRIBUNAL D'ÉQUITÉ EN EGTPTB

( PSAGME^TT BCBrr EN 1798. )

Deux amis me menèrent, il y a quelque temps, riiez M. Denon, artiste savant, arrivé depuis peu de la Haute-Egypte. Il nous fit voir, avec une complaisance sans bornes, quantité de dessins qu'il a copiés d'après des instructions hiéroglyphiques. Il nous montra même des hiéroglyplies eu creux et en relief, sur des éclats de pierre qu'il avait détachés des monumens ; ils sont aussi frais que s'ils sortaient du ciseau de l'ouvrier. Il nous dit qu'il avait vu des lieues entières carrées , toutes couvertes de ces caractères gravés sur les statues, les colonnes, les obélisques, les tours, les portes des villes et les temples. Ces temples anciens sont si vastes , qu'il y a des villages modernes bâtis sur leurs plate-formes comme sur des forteresses.

Entre autres curiosités égyptiennes que le citoyen Denon a rapportées, je remarquai le pied de la momie d'une jeune fille. Il est dur et noirconmie l'ébène, et d'une forme aussi agréable que celle des pieds des plus cliarmantes statues grecques. Il est légèrement cambré; et les doigts, séparés les uns des autres et bien arrondis, sont dans leurs proportions naturelles ; ils n'ont point été comprimés par des chaussures étroites et pointues. Mais ce qui me parut non moins rare, ce fut un petit rouleau de papynis trouvé sous le bras de cette momie; on aperçoit, par un de ses bouts entr'onverts, qu'il est tout rempli d'écriture hiéroglyphique; il renferme sans doute les événemeas principaux de sa vie , suivant l'usage de ce temps-là. Ainsi rhistoire d'une jeune fille s'est consenée sur la pellicule d'un jonc aussi long-temps que celle de l'Egypte sur ses granits ; mais il y a une diose fâcheuse à dire, c'est qu'il n'y a personne au monde ca]>able de déchiffrer l'une et l'autre : les caractères des anciens Egyptiens subsistent depuis plus de 4,000 ans, et leur langue est morte à jamais.

Ces objets antiques me Grent naltredes réfleiionf assez neuves; j'avais ouf dire mille fois que notre imprimerie ferait passer nos déooavertes à la dei^ nière postérité; mais à la vue de ces bîéroglfphes inintelligibles qui n'avaient pu nous transmettre celles des Egyptiens, quoique gravées sur le gnoit, je me dis: Que deviendra la gloire future deoM sciences et de nos arts empreints sur du papier de chiffon?

Je pensai alors aux lettres en fomie de fer de flèdies, placées comme des notes de musique sur le« frises du temple de Chelniiiar, en Ptree; aux petites lignes parallèles de l'ancienne langue chinoise, aux nœuds des quipos des Mexicains, et à d'autres types parfaitement bien consenrésde plusieurs langues anciennes dcint nous arons perde rintelligence; je me dis : C'est donc en vain qu'on liomme de lettres se consde des persécntions de son siècle , dans l'espérance que la postérité fan rendra justice, puisque la langue même dans liquelle il écrit n'y parviendra pas. Que lui importerait après tout cette justice tardive , si lui-Hilne après la mort est réduit au néant, comme qiidqaei sophistes cherdient à le persuader aux dispennr teursdela fortune?

Cependant le sentiment de notre immortalilé eit dans ceux mêmes qui la nient : ils la portent oon sur leurs âmes mais sur leurs écrits, qu'ils croîeni déjà maniués du sceau de l'immortalilé an moyea de l'imprimerie et d'un peu de noir de fumée. C'est une contradiction bien étrange. Certaiwment toutes nos productions doivent périr, pine qu'elles sont Fouvrage des hommes périssables; mais nos âmes sont immortelles, paroequ'cUesseot celui d'un Dieu.

Nos sciences et nos arts ne sont que desombrei fugitives d'une nature permanente : la langue de l'ancienne Egypte a péri pour toujours. Les sièdei passés, qui ont emporté le sens de ses hiéroglyphe^ ont déjà exfolié ses pyramides, hautes comme des montagnes et plus dures que les marbres; les aèdes à venir les réduiront en poudre, et les roetirool au niveau de ses sables. Maisen détruisant les monumens des arts, ils y développent sans cessecenx de la nature : les pieds des jeunes filles y oonsencnt toujours leurs charmantes proportions, les gnôMi des joncs dont l'écorce servait à écrire lenn hiftoires se reperpétnent comme elles sur les bordsds Nil; et qui pourrait \\re leurs anciennes avcntnei dans l'écriture des Pliaraons retrouverait an moi» dans celles de nos jours les mêmes sentimens.

Tout ce qu'on sait de la plupart de ces carrières hiéroglyphiques , dont on connaît à peu prh 225 esi^èces, c'est que les anubis aboyeurs, ks

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