‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-PierreChapitre 98 sur 116 · DON 020RI · texte numérisé non relu

DON 020RI

C'est pour assurer la tranquillité de l'homme pendant la nuit que Dieu a voulu que le ftu fit peur aux animaux qui vivent de sang.

ALMIRI.

Fort bien, fort bien; mais le feu attire les mouches qui vivent aussi de sang: que direz-vous à cela?

DON OZORIO.

Tu as l'esprit bien libre pour t'occnper de ces questions !

ALMIRI.

J'ai peu de savoir, mais répondez-moi.

DON OZORIO.

Oui.

ALMIRI.

Dites-moi donc pourquoi le feu chasse les lions et attire les mouches.

EMPSAEL.

mi

DON ozoRio, s' endormant Ah! ah!

ALMiRi, en riant Ah ! ah ! voyons avec votre grand esprit; n'allez pas me donner qnelque raison comme celle du so* ieilquitoame.

DON OZORIO.

Oiii.

Mais oui !

Oui.

ALMIRI.

DON ozoKio 8* endort.

ALMIRI.

Eh bien! vous ne répondez pas? Vous n'en sa^

vez pas la raison : eh bien, je vais vous la dire. Il y

a dîtns mon pays une mouche luisante, qui brille la

nuit comme une étoile ; tontes les autres mouches

en 5iont amonreuses , mais, pour s'en débarrasser,

elle leur promet ses faveurs, à condition qu'elles

'ni apporteront du feu ' : voilà pourquoi, dès qu'il

y a du feu allumé , les mouches y volent de tous

(^tés, afin de devenir brillantes comme leur amie.

Ëh bien ! que dites-vous de mon histoire ? n'est-elle

pas joliej'... (// chasse les mouches avec une bran-

che d'arbre, ) Allez, pauvres mouches... ne soyez

pas amonreuses; ne vous jetez pas au feu, pauvres

mouches! (Il s'endort,)

« Zoraîde arrive avec ses femmes et des flam- «beaux.»

ROSA-ALBA

Au moins y madame, vous en voilà délivrée! Quel cruel «mbarras pour vous si Empsael eût trouvé ici Pedro Ozorio !

ZORAÎDE.

Ce malheureux est bien plus embarrassé que moi, quelque part qu'il soit.

PETROWNA

Et son pauvre noir!

MARGUERITE

Qui est-ce donc qui a allumé ici du feu?... Madame, ne faites pas de bruit. Voici ces deux esclaves qu'on cherche partout : ils sont endormis.

ZORAÎDE.

IVe les réveille pas... O sommeil! tu calmes les peines des infortunés.

ROSA-ALBA

Empsael va arriver... Quelle scène terrible lorsqu'il reconnaîtra Ozorio, son ancien maître !

ZORAÎDE.

Si Ozorio lai-même apprend qu'il est au pouvoir rEmpsael , il va mourir de flhtyenr... O Dieu!...

' Cette fable est tirée des Siamois.

ROSA-ALBA

Madame, vous êtes trop borme. Il y a un proverbe bien vrai dans mon pays : a Ne voulez-vous » pas qu'il vous anive de mal ? ne Édtes pas de i> bien. »

ZORAÎDE.

Ce sont des méchans qui ont imaginé ce proverbe. Celui-ci est bien plus vrai : «Si vous faites » du mal, il vous arrivera du mal. » Ne voyez-vous pas que le malqu'Ozorio a fait autrefois à Empsael est piuii aujourd'hui par son propre esclavage?

ROSA-ALBA

Vous avez raison, madame.

ZORAÎDE.

Au contraire, voulez*vous qu'il vous arrive du bien? faites du bien. Ne voyez-vous pas que le bien qu'Ozorio a fait à son noir est récompensé par l'altacheraent de ce pauvre esclave? Comment allons-nous faire pour em|)êcher Ozorio d'être la victime de la fureur d'Empsael ?

PETROWNA

Ozorio a laissé croître sa barbe. Il y a bien longtemps qu'Empsael ne l'a vu , il n'en sera pas reconnu d'abord.

ZORAÎDE.

Mais lorsqu'Empsael l'interrogera, et qu'il saura qu'il est de Samt-Dommgoe , et qu'il s'appelle Ozorio ?

Il n'a qu'à changer de nom et se dire d'un autre pays.

ZORAÎOB.

Il ne faut jamais tromper.

DALTON

Il faut le prévenir de sa situation , afin qu'il y pourvoie lui-même. A sa place, je me tuerais.

ZORAÎDE.

Généreuse Dalton, ce serait le tuer moi-même, dans l'état de faiblesse où il est , que de lui montrer le précipice sur le bord duquel il est endormi. D'ailleurs, quand une fois on a rendu service aux malheureux , il ne faut pas les abandonner : Tinconstance des protecteurs met le comble aux peines des infortnnés.

MARGUERITE

Il y a un moyen bien simple ; c'est de les feire retourner avec les autres esclaves dans la matamore, par le moyen du souterrain que Williams y a creusé. Ah! voici Williams.

WILLIAMS

Ces maudits esclaves fugitif ont redoublé notre misère. Le renégat Achmet, qui les cherche partout, a fait la visite dans la prison , on il a découse

mens ; mais ils ne m'ont rien dit, je ne leur dois rien, (il les aperçoit et g' écrie:) Ah! les voici. {D'un ion pénétré:) Pauvres diables! Ne craignez rien , madame ; foi de Batave , je ne les trahirai pas. Je vais donner le change à notre renégat , et loi Caire croire qu'ils ont pris du côté de la mer. {Il court du côté de la mer,) '

Oh, madame ! Williams a un bon cœur; il nous servira.

ROSA-ALRA.

J'espère aussi que Januario nous sera utile. Je Tai rencontré lorsqu'il ramenait de la chasse le cheval de relais d'Empsael ; il m'a appris que son maître avait rencontré près de la terre de Lésa un grand philosophe, ami des malheureux. Je l'ai prié, en votre nom, d'aller le chercher, afin qu'il nous donne des conseils. Il a pris sur-le-diamp

Sm EMPSAEL.

vert le sonterram que j'y avais fait. Malédiction sur les Espagnols !

MARGUERITE

Apaise-toi, mon cher Williams.

WILLIAMS

Le renégat attend le retour d'Empsael pour faire donner la question à tous les esclaves. Il veut savoir qui a creusé le souterrain.

ROSA-ALRA.

Mais ce bon Père de la Merci ne trouve-t-il pas moyen de le calmer?

WILLIAMS

Il se contente de nous prêcher la patience.

MARGUERITE

Et le juif portugais à qui madame a remis des charités pour vous ?

WILLIAMS

C'est lui qui a découvert le souterrain, etquiena prévenu le renégat. — Ce maudit requin m'envoie fedre patrouille sur mer avec les gardes noirs ; il a feit allumer des feux tout le long de la côte : (on y découvrirait une hirondelle. Je donnerais ma vie pour savoir où sont ces deux esclaves, j'irais les dénoncer tout de suite.

MARGUERITE

Ah ! Williams !

WILLIAMS

Comment! ils sont cause que j'ai perdu le moyen de te voir. Tu auras beau me faire des signaux, ils m'ont ôté ma boussole.

ZORAÎDE.'

Songez qu'ils sont vos compagnons.

WILLIAMS

Quoiqu'ils soient Espagnols et que je sois Hollandais, madame, s'ils se fussent fiés à moi, je leur aurais gardé ma parole au milieu même des tour-

deux chevaux frais , et est reUmmé sur ses pas.

ZORAlDB.

Pourquoi exposer ainsi votre amant ? C'est une heure trop dangereuse.

ROSA-ALBA

n a pris un flambeau ; les chiens de garde le connaissent : il s'en est fait accompagner ; il n'a rien à craindre des bêtes féroces. Il sera bientôt de retour avec le philosophe.

ZORAlDE.

Il arrivera trop tard. O mon Diea , œ n'est qu'en toi que j'espère !

« Almiri se réveille ; il se met à chasser les mou- » ches avec sa feuille. »

ALMIRI.

AUez, pauvres mouches... allez... i'amoor brûle.

DALTON

Ah ! le pauvre garçon ! il se croit encore dans son pays.

« AlmU'i aperçoit Zoralde et ses femmes. »

ALMIRI.

Oh ! qu'elles sont belles ! Sultane , ayez pilié de mon maître ; c'est mol qui l'ai égaré; je l'ai amené ici pour y trouver un asile. Noos ne vous arons lait aucun tort.

zoraIde.

Rassurez-vous, mon ami.

ALMIRI.

On nous a amenés ce matin aux tentes d'Empsael, et ce soir nous nous sommes égarés sans pouvoir retrouver notre prison , et nous mourons de fatigue et de foim.

DON OZORIO.

Almiri !

Sultane, voilà mon maître. Il est mourant de fih tigue , de faim et de soif.

ZORAÎDE.

Apportez-moi des rafralchissemens. Consolezvous; vos maux ne sont point sans remède.

DON OZORIO.

Ange du ciel , votre voix me rappelle à la vie.

ZORAÎDE.

Asseyez- vous, mon père ; rouvrez votre ame à l'espérance.

DON OZORIO.

L'espérance a marché , dès mon enfonce , devant moi sansqoe j'aie jamais pu l'atteindre. Maintenant, parvenu à l'extrémité de ma vie, je l'ai laissée bien loin derrière moi.

ZORAÎDE.

Il en est une céleste que donne la vertu , et qui nous attend à la fin de notre carrière.

EMPSAEL.

DON OZORIO.

Ah! si j'avais employé la mienne, comme voos la vdtre, à fkire le Ûen !

ZORAlDE.

Vous en avez bit à ce noir, qui vous est si attaché. Un verre d'eau donné à Tinfortone ne reste pas devant Dieu sans récompense; il ne sera pas sans mérite devant le généreux Empsael. Ecoutez, il va arriver; il vous croit Tun et l'autre fugitiCs ; le premier mouvement de sa colère est violent ; laissez-moi le temps de le préparer : voos vous tiendrez derrière cette roche ; vous ne paraîtrez que quand je vous appellerai.

DON OZORIO.

Oui, madame.

ZORAÎDE.

Je dois vous prévenir que , par TefTet d'anciens ressentimensdes habitans de l'Afrique contre ceux d'Espagne, il hait tous les Espagnols. S'il vous demande de quel pays vous êtes, que lui répondrez-

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