TOUS
DON OZORIO.
Que je suis Espagnol. Je ne peux renoncer à ma patrie; mais, pour le calmer, j'ajouterai que je suis de Saint-Domingue. Les habitans de Maroc n'ont aucun sujet de haïr ceux de celte lie ; elle ne leur a jamais fait de tort.
ZORAÎDE.
Ne vous hâtez pas de répondre. Si Empsael vous demande de quelle partie de l'Espagne vous êtes, vous pourrez répondre : De Saint-Domingue.
DON OZORIO.
Oui , madame.
ZORAÎDE.
S'il vous interroge sur votre profession, que lui direz-vous ?
Les nobles , en Espagne , n'en ont point : le titre de noble leur tient lieu de tout.
ZORAÎDE.
La noblesse est ici sans recommandation. Mais enfin si Empsael vous demande en quoi consistait TOtre revenu ?
DON OZORIO.
Je lui dirai qu'il consistait dans mes terres. Tétais habitant.
ZORAÎDE.
Vous aviez sans doute des noirs pour esclaves?
ALUIRI.
Oh ! madame, mon maître faisait leur bonheur.
ZORAÎDE.
Si Empsael vous demande si vous étiez habitant , laissez votre noir répondre. Le juste ciel permet id que les Uancs soient sous l'empire des noirs, il •
vous sera doux d'y avoir votre ancien esclave pour ami. Si Empsael vous demande votre nom ?
DON OZORIO.
Je lui dirai que je m'appelle don Pedro Ozorio.
ZORAÎDE.
U a eu autrefois un ennemi qui se nommait comme vous.
Ce ne peut être moi. Je ne suis sorti de Saint- Domingue que pour tomber dans l'esclavage.
ZORAÎDE.
Mais n'aviez-vous point d'autres noms?
DON OZORIO.
On m'appelle aussi le grand commandeur, parce que j'étais honoré de l'ordre illustre de Saint-Jacques. Je portais encore le nom de marquis de Las Vittorias, du nom d'un de mes ancêtres , qui fut un des conquérans de l'Amérique. (On entend le son des trompettes et des tambours maures.) ZORAÎDE, effrayée.
Retirez-vous. Lorsque vous le verrez en colère , ne lui résistez point. Je vous le répète, laissez votre noir répondre pour vous ; songez que vous êtes ici sous sa protection.
DON OZORIO.
Et sous la vôtre, ange consolateur. (// se retire avec y4lmir% derrière le rocher, Petrowna et Dal» ton les accompagnent,)
ZORAÎDE.
Petrowna et Dalton, portez-leur des rafraîchissemens, rassivez-les. Et vous, Marguerite et Rosa-Alba, hâtez-vous d'illuminer cette chaumière ; un jour de triomphe pour Empsael doit être un jour de fête pour Zoraide!... O mon Dieu! veillez sur ces infortunés; toute la prudence humaine, sans vous , ne peut que s'égarer.
EMPSAEL.
Console-toi, chère Zoraide, je retrouverai mes esclaves fugitifs : mes gardes vigilantes, les chiens du camp , les lions du désert , le vaste océan, tout s'oppose à leur fuite. Je te ferai présent de l'esclave blanc : on dit qu'il garde un morne silence ; son âge et son humeur tadtume le rendent propre au sérail.
ZORAlDE.
Ah ! seigneur, si j'ose dire, vous voulez foire mon bonheur, et vous m'entourez du malheur de mes semblables.
EMPSAEL.
Tu plains sans cesse les malhenrs de mes tyrans!
ZORAlDE.
Seigneur, si j'ai cherché à soulager vos esclaves, c'est par amour même pour vous, c'est pour éloigner de vous le spectacle déchirant de leurs peines.
mi