‹ uvres posthumesChapitre 42 sur 85 · FOUQUIER-TINVILLE · texte numérisé non relu

FOUQUIER-TINVILLE

Non ! du vin !

Quel cœur d'or!

(Barrière Ini Tcrse à boire, il boit.} FOUQUIER-TINVILLE, à Fonché.

Sais-tu bien que demain, quatorze messidor, Nous jugeons Thérésa Cabarrus, et j'espèrr...

BARRAS, qui a écouté.

Il appelle cela juger, dis-donc, Barrère? S'il se trompe, il l'acquitte !

BARRÈRE

Il rit, ce monstrueux.

Comme ne rirait pas un homme vertueux.

gollot-d'herbois.

Enfîu, je t'attendais avec impatience.

Magistrat, je m'impose une sage prudence; Ne m'interroge pas, ma présence suffit, Je suis des tiens.

collot-d'herbois.

C'est bien, j'en ferai mon profit.

(Ils se serrent la main. Fouijuier-Tinville se confond dans la foule des ioTités qui vont et viennent pendant toute la scène. Les domestiques distribuent des rafraîchissements. CoUot-d'Hcrbois donne des ordres. Toutes les portes se ferment. Un rideau couvre la glace sans tain, puis les invités forment un cercle d'auditeurs au second plan.)

FOUCHÉ, à CoUotMl'Herboig.

Allons ! livre carrière à ta mâle éloquence. Il est temps !

collot-d'herbois, d'une roix forte.

Je réclame un instant de silence.

(Derrière CoUot-d'Herbois , à gauche, se rangent les conjurés; derrière, Billaud-Varennes; à droite, Carnot et Barrera.)

collet-d'herbois.

Citoyens l mon cœur saigne et j'ai peine à parler.

Le devoir seul m'obUge à ne plus rien celer,

Et si je n'entendais la patrie expirante,

Elever jusqu'à nous sa clameur déchirante,

Si l'amour, i'intérèl de la Convention

Ne dominaient en moi toute autre affection,

Si je n'avais pas vu, sous d'indignes manœuvres,

S'écrouler le fronton sublime de nos œuvres,

Dans ma douleur muette, à périr résigné.

Il est un montagnard que j'aurais. épargné

Plutôt que de briser le lien qui m'attache

A son nom, son grand nom resté pur et sans tache.

C'est Robespierre! Hier il était mon ami;

U ne le sera {.lus demain, j'en ai gémi

Dans notre comité ; d'une ardeur sans seconde

Ensemble, nous avions porté le poids d'un monde

Et d'un crime moins grand, mon aveugle pitié,

A ce seul souvenir l'aurait amnistié,

Pour peu qu'il eût voulu retourner dans la voie.

Où sa parole était l'orgueil de notre joie.

Mais hélas! il nous fuit, il déserte nos rangs

Pour s'en aller grossir le nombre des tyrans.

Quoi! nous avons gravi sans vertige les cimes

De la montagne sainte, aux visions sublimes,

D'où nos yeux, dominant les antiques grandeurs,

Des abîmes béants sondent les profondeurs !

Et quand nous descendons, rayonnants de lumière.

Nous qui ne savons pas regarder en arrière.

Quand nous apporterions la paix au genre humain.

Nous trouverions la mort au détour d'un chemin?

La clarté qui devait régénérer le monde

S'éteindrait avec nous dans une nuit profonde?

Un tyran renaîtrait parmi nous? mais c'est peu :

U veut être tyran, dictateur, pape et Dieu!

La Révolution comme une prophétie

N'aurait dans sa puissance engendré qu'un Messie,

Un despote hypocrite et providentiel

Qui vendrait une fois de plus la terre au ciell

A cet abaissement je ne peux me résoudre;

Contre ce Rédempteur je lancerai ma foudre

Et, tombant avec lui, dussé-je lutter seul,

•e m'ensevelirai vaiiiqueur dans son linceul

On sait que de serments je ne suis pas prodigue ;

D'autres la soupçonnaient, j'ai découvert l'intrigue.

Je connais les desseins du moderne Appius ;

Mais s'il n'est qu'un César, il est mille Brutus ;

Robespierre a planté sa parole perfide

Dans la Convention qu'il pousse au suicide,

Pour qu'elle se décime afin de s'épurer,

Pour qu'elle meure afin de se régénérer;

Jusqu'au moment oij, seul, planant sur les ténèbres,

N'ayant plus qu'à régir des souvenirs funèbres,

Il pourra saluer son respect pour la loi

De ces sinistres mots : « La Liberté, c'est moi ! »

Qu'il règne par la ruse ou bien par la parole,

Soit ! Mais que l'Assemblée elle-même s'immole

Et que chacun de nous aille aux pieds du vainqueur

Tomber en s'enfoncent un poignard dans le cœur.

Sous trop d'habileté c'est déguiser la haine.

S'il veut nous égorger, qu'il s'en donne la peine.

La victime peut-elle, en tenant le couteau,

Être à soi-même un juge, à soi-même un bourreau,

Se couronner de fleurs, s'ofl'rir en hécatombe,

Bâtir le piédestal du tyran sur sa tombe?

Ah! s'il me tend jamais quelque vote assassin,

Je le retournerai contre son propre ?ein !

Amis, vous avez tous appris à me connaître ;

Unissez-vous à moi, nous punirons le traître!

(Il t'assied. Les conjurés l'entourent et le félîcit«ot.> CARRIER, FRÉRON, BOURDON.

Oui, nous le punirons.

TALLIEN

Tu peux compter sur moL

FOUCHÉ

Je n'attendais pas moins d'un lutteur tel que toi.

TALLIEX.

Parle, achève, dis-nous le lieu, le jour et l'heure Où nous assaillerons le tyran I

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