‹ uvres posthumesChapitre 80 sur 85 · DECOURAGEMENT · texte numérisé non relu

DECOURAGEMENT

Away! Awayl Lord Bteoh.

Il me semble aujourd'hui que la nuit m'environne; Je cherche autour de moi mes amis : je suis seul. A de tristes pensers mon esprit s'abandonne, Et mon corps engourdi gît comme en un linceul.

Dans une armée en fuite, un blessé qu'on entraîne Sent que la vie échappe à son corps en lambeaux : Il se couche au milieu du chemin, sans haleine, Et dit : € Je veux mourir sous les pieds des chevaux ! »

Et moi je veux mourir ! car ma vie est stérile^ Et ma force s'épuise, et je marche, éperdu. Sans but et sans appui : vienne la mort agile; Elle me trouvera sur la route étendu.

Je ne la fuirais point, j'irais au-devant d'elle ; Je serais le premier moi-même à la chercher îomme un amant poursuit son amante et l'appelle; Mais, hélas ! je n'ai plus là force de marchert

tM ŒUVRES POSTHUMES DE GASTON CREMIEUX.

0 toi, qui m'as créé d'un souffle de ta bouche, Qui m'as lancé sans dire où je dois aboutir, Sorti de ton néant, fais que je m'y recouche, Si d'un souffle tu veux aussi m'anéantir.

Depuis que de mes pieds secouant la poussière, A chaque pas nouveau tu me vois chanceler, Sans aplanir la roule et sans combler l'ornière, Au moins si je savais jusqu'oi!i je dois aller !

Dieu sinistre, ennemi de notre race humaine. Sommes-nous en spectacle à ta divinité ? Dans le cirque du monde où. ta main nous promène. Te sens-tu satisfait de notre agilité?

Nous nous tuons fort bien ! même avec des paroles; Nous enterrons si bien nos morts... avec des mots. Pour toutes les horreurs nous ouvrons des écoles, Et puis nous t'invoquons avec tant d'à-propos !

Et tu ne frémis pas ni de voir ni d'entendre Cette mêlée où coule un sang à flots versé... Il me semble pourtant, sans avoir l'âme tendre. Qu'à ta place, ô mon Dieu ! moi, j'en serais lassé.

Du sang, toujours du sang ! La pâle humanité A l'autel du progrès s'épuise en sacrifice

AVANT LES MAUVAIS JOURS. 26r

Et tarit vainement, pour le rendre propice, La source de la vie en son flanc dévasté.

0 Dieu ! ne serais-tu qu'une exécrable idole ? A nos cris de douleurs ta puissance s'endort Tu nous promets la vie et nous donnes la mort Réveille-toi ; l'espoir avec la foi s'envole.

L'arme que tu forgeas s'est brisée en nos mains. N'avons-nous pas assez frappé ? Sous les décombres N'avons-nous pas assez péri, pauvres humains? Ne nous aurais-tu fait combattre que des ombres ?

Descends du piédestal que nous t'avons dressé ! Viens lutter avec nous, ou l'ardent prolétaire, Sur qui pèse le joug de ton sanglant mystère, S'en va jeter aux vents ton autel renversé.

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