L'ORAGE
Déjà la nuit profonde en son obscurité Dérobe à mes regards la route qu'il faut suivre Je cherche vainement quelque vague clarté ; Tous les bruits se sont tus, la ville ensevelie
Dans les ténèbres dort, et seul le vent gémit :
Mystérieuse horreur où l'âme se replie !
Où la nature en deuil sanglote, où tout frémit !
L'orage gronde au loin en menaçant les hommes ;
Sous mes pieds le sol tremble, et mourante d'effroi,
Je cours sans but. Grand Dieu! comme de noirs fantômes
Les arbres du chemin se dressent devant moi.
La rafale en fureur soulève la poussière,
Et, sous le ciel voilé traçant un noir sillon,
Déracine les bois et déchire la terre.
Je fuis ; le vent m'emporte avec son tourbillon ;
Partout, à mes côtés, je vois briller la foudre
Dont les fracas lointains réveillent mille échos,
Et les chênes altiers, terrassés, mis en poudre,
Tombent et vers la nue élèvent leurs sanglots.
Nuit maudite ! l'éclair à qui l'éclair succède
Seul à mes yeux lassés en révèle l'horreur,
Et le miroir s'éclaire à sa blanche lueur.
Ciel! Qu'ai-je vu? C'est moi, moi si vieille et si laide!
Ah ! je sens que la vie abandonne mon cœur.