Le pûôte Lebruii
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plus latins que français; Tattirail usé de la vieille poésie, qui n'est pas la poésie antique; un style laborieux et tendu, quelquefois de Télégance, rarement de la grâce, presque jamais de naturel; et, à travers les fautes, des morceaux qui étincellent de beautés : tel est à peu près le jugement qu'en a porté la critique la moins rigoureuse, et que je crois même avoir encore adouci. On avait aussi remarqué que Fauteur exprimait avec plus d'effort les passions douces que les mouvements d'une âmp irritée. La dernière de ses Élégies en est la preuve : elle s'adresse à Némésis, non l'une des beautés chères à Tib\ille, mais la déesse implacable des vengeances. Jamais la virulence de la haine ne fut poussée plus loin que dans cette pièce brûlante de verve et d'animosité. Jamais la satire ne frappa ses victimes d'un fouet plus sanglant. Mais quelles victimes avait choisies le poëte, le poëte élégiaque 1
Si beaucoup de poëmes prennent le titre d'Élégies sans en avoir le caractère, beaucoup aussi, sans en porter le titre, sont des Élégies véritables : les exemples s'ofiFrent en foule dans la Bérénice du tendre Racine. Eh ! qui mieux que Racine eût plié sa voix aux accents d'une Muse qui semblait particulièrement la sienne! Quelle mélancolie, quelle solitude il exprime en ce seul vers :
Dans rOrient désert quel devint mon ennui!
Toute la résignation d'un amour sincère et malheureux, tout son désintéressement furent-ils jamais mieux retracés que dans le rôle de Titus, qui , depuis cinq ans, brûle pour Bérénice :
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Sans oser rien prétendro Qu'un instant à la voir et le reste à Tentendrc.
Qui peut retenir ses larmes, en répétant avec les filles dlsraël :
O rives dn Jourdain! 6 champs aimés des deux! Sacrés monts ! fertiles vallées, Par cent miracles signalées!
Dq doux pays de nos aïeux Serons-nous toujours exilées?
La souplesse naturelle aux grands talents , et son exquise organisation poétique, eussent élevé Racine au-dessus même de Tibulle. Supérieur dans la tragédie, il s'est encore distingué, comme sans y songer, dans quatre genres * de diverse nature, dont un seul lui eût fait un nom.
Parmi les pièces qui , pour le ton et le sujet , semblent appartenir à FÉlégie, il faut citer Tode de J.-B. Rousseau, imitée du cantique d'Ézéchiel : J'ai vu mes trisles journées; les vers de Chaulieu sur Fontenay ; les stances délicieuses de Voltaire : St vous voulez que famé eihcore; ses adieux aux Mânes de Génonvillé; les strophes si connues de cette ode qui fut en quelque sorte le chant de mort du malheureux Gilbert : Au banquet de la vie, infortuné convive; et enfin tant d'autres productions où règne, comme dans certaines odes d'Horace, une aimable et rêveuse philosophie.
Mais pourquoi différer encore à citer deux noms si chéris de la Muse des amours? Pourquoi relarder i*hom-
1. La poésie lyrique , la comédie, l'épigramme/Ia prose polémique.
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mage que réclament à la fois deux poètes contemporains, diversement remarquables dans un genre pareil? Nés sous le môme climat, réunis par les mômes goûts, ambitionnant la môme palme sans jalousie, on pourrait appliquer à Bertin et à Parny les vers où Virgile aiH nonce deux jeunes pasteurs rivaux dans Fart du chant :
Arcades ambo.
Tous deux portaient en môme tenips la lyre et Tépée; mais le sort voulut que la carrière des armes ne fût pour eux que celle des plaisirs. Ils oubliaient sous les ombrages de Feuillancour les bananiers de leur patrie, et regrettaient peu Vîsle-de-France aux joyeux soupers de la Caserne *. Abandonnés aux goûts nonchalants de leur pays, ils ne donnaient encore aux Muses que ce qu'ils appelaient leurs moments perdus, c*est^-dire les courts intervalles qui séparaient les festins et des plaisirs plus doux; mais Parny se vit à regret forcé de repasser les tropiques, il partit : Éléonore et l'amour Tattendaient dans son île. Trop près du bonheur pour le bien chanter, il le goûtait en silence. Ce ne fut qu'après un long terme, et dans le calme de la solitude, qu'il essaya de rendre présent co qui n'existait plus que dans ses souvenirs. L'apparition d'un petit nombre de ses piètes erotiques fut, à cette époque, une espèce de prodige. L'Amour, longtemps travesti dans les vers cavaliers des gens du bel air, s'étonna de retrouver ses traits et son langage : les grâces du naturel prévalurent sur les ma-
. 1. Réduit où se léunissait la cohorte d'Épicuriens décorée da ruban gris de lin*
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nîères du faux bel-esprit, et l'école du persiflage ne parut bientôt plus que celle du ridicule.
Les premiers succès de son ami échauffèrent Fimagînation de Bertin. Les entretiens de Parny achevèrent do Fenflammer. Comme ce général qui se disait tous les jours : a Je veux être un grand capitaine, » Berlin se répétait : « Je serai un poëte élégiaque. » II se retira dans une campagne, seul avec Tibulle, Properce, Catulle, Ovide et Horace; les lisant, les relisant sans cesse, la plume à la main, il traduisit en vers leurs passages les plus saillants, les refondit en un corps d'ouvrage, et de ses emprunts parvint à se faire un fonds. Parny, plus sobre dans ses imitations, n'empruntait aux poè'tes anciens, quelquefois même aux prosateurs modernes*, qu'un petit nombre de traits délicatement choisis, mais que la nature lui eût offerts sans leur secour car iV^ avait ressenti une passion profonde. Plus souvent heureux, Bertin n'aimait que le plaisir. Parny, plus sensible et plus tendre, semblait en quelque sorte n'aimer dans Famour que l'amour même. De leurs impressions diverses dut résulter la différence de leurs talents. On sent que Fun retrace fidèlement et dans leur ordre naturel les circonstances, les vicissitudes d'un amour qui n'a rien d'imaginaire. On s'aperçoit que l'autre, s'il est permis de le dire, s'arrange pour être passionné; qu'il réunit les traits épars de sa vie amoureuse pour en for^-mer un ensemble et se composer une amante poéfelqtitr de vingt maîtresses réelles. Il prend ses détails tantôt dans son esprit, tantôt chez les anciens; et tour a- tour