PL, I ET II
Eckhel, on le sait, n'a voulu admettre dans son traité ni les monnaies de la Grande-Bretagne ni celles de la Germanie. Cependant, la numismatique de la Grande-Bretagne a fait son chemin, je ne dirai pas toute seule, mais grâce au zèle des antiquaires anglais. Les monnaies de la Germanie ont eu jusqu^en ces derniers temps moins de bonheur; la terre classique de Térudition n'a pas été favorable à la recherche et à Tétudc de ces curieux monuments entrevus par Dœderlin, Yoigt, et quelques autres.
Mais le temps perdu vient d'être regagné tout d'un coup, et nous devons ce résultat à la sagacité, au zèle, à l'érudition de M. Frantz Streber, conservateur du cabinet des médailles de Munich. Il nous faut d'abord expliquer le titre de son ouvrage. Une tradition populaire fort ancienne attribuait aux orages la dispersion de petits lingots d'or concaves, pépites que les paysans croyaient arrachées à la terre par les vents et déposées sur le sol au moment où apparaissait l'arc-en-ciel. Do Ik le nom de Regenbogen-Schûsselein, petites coupes de l'aro-enciel, patellee IHdiSf comme on disait dans les dissertations latines. Cette curieuse fiction a son équivalent en France. Dans le canton de Fère-^ Champenoise existe une colline crayeuse (nommée le mont Août, mofis Augusti), sur laquelle
ÉTUDE SUR LES.HEGENBOGKiN-SCHUSSELCHEiV. 19
après des pluies abondantes on trouve des rognons de fer sulfuré de grande dimension qui laissent voir, lorsqu'on les brise, des rayons concentriques couleur d^or. Les habitants du village voisin supposent que ces cristallisations minérales sont tombées du ciel, au milieu des éclats de la foudre et les nomment pierres-à'tonnerre . Mais revenons aux Regenbogen-Schûsselem auxquelles on donne maintenant le nom moins enfantin de Schûsselchen. Ces pièces concaves étaient à peine connues en France il y a quelques années. Lelewel en a gravé une dans son Atlas du Type gaulois (pi. III, n° 34); on en trouve deux autres dans YEssai sur la numismatique gauloise de M. Edouard Lambert (pi. I, n'* 26 et XI*«, n^ 1); Mionnet et Duchalais en ont aussi décrit deux, de l'espèce la plus rudement fabriquée, parmi les incertaines de la Gaule ou les imitations de la monnaie macédonienne; M. Huchcr en possède une dontrorigine est incertaine (Rev. Num. 1852, pi. V, n** 9, p. 183). On en doit dire autant d'une pièce conservée au British Muséum, « the place of its discovery is not known » (Ruding, Amials, t. II, p. 407; t. III, pi. A, n*» 76). Mais ces exceptions, qui s'expliquent facilement par les envois que fait le commerce des médailles, n'ont guère d'autre effet que de montrer combien les pièces d'or dont nous allons parler en détail sont étrangères à notre territoire. M. Robert nous a fait remarquer que dans le nord de l'Italie on trouve des pièces d'or concaves qui portent au revers une sorte de croix sur laquelle nous reviendrons plus loin.
En regard de l'indigence relative que nous venons de constater dans les collections françaises, mettons tout de suite le nombre de 698 pièces qu'a pu observer M. Streber et qu'il divise en 116 variétés, et nous ne douterons pas des droits que r Allemagne a sur cette 'série particulière. Et encore n*est-ce point là tout ce que le sol germanique a déjà restitué; les deux trouvailles de Gagers et d'Irsching, au sud du Danube supérieur, n'ont-elles pas fourni, l'une de 1,400 à 1,300, l'autre environ 1,000 de ces patelles d'Iris? N'est-ce pas encore un millier de ces pièces d'or qui fut recueilli à Podmokl
20 ÉTUDK SUR LES REGENBOGEN-SCHUSSELCIIEN,
en Bohême? Si Ton objectait que ces grands dépôts ont pu être abandonnés par des armées qui traversaient TAUemagne, ne trouverait-on pas une réponse bien concluante dans le tableau des localités nombreuses où des découvertes partielles ont été faites? M. Streber cite, outre Irsching, Gagers et Podmokl : Kremsmunster, PoUing, Freihalden, Meiningen, Binswangen,Achberg,AisIingen, Neuburg, Ries, Gundremingen, Durr-Lauingen, Elwangen, Calw, Schrobenhausen, Druisheim, Donauwœrlh, Hohenloe, Flozheim, Vilshofen, Ampfing, etc. Les Itegenbogen-Schùsselchen se rencontrent, comme on le voit, aux environs de la Saale, du Mein, du haut Danube, de rinn, c'est-à-dire en Saxe, en Wurtemberg, en Bavière d'une part, en Bohême de l'autre . Ces pièces tiennent, sous le rapport de la fabrique, des statères d'or de la Pannonie, des Salasses, de la Grande-Bretagne, des Gaules ; elles ressemblent certainement plus à certaines monnaies d'Angleterre qu'à aucune de celles dont la fabrique gauloise est bien avérée (voy. Ruding, Armais, pi. I, n" 1 à 9 ; pi. II, n"' 35 à 42, pi. A, suppL, n" 87 à 100). Elles présentent donc, on peut le dire, l'aspect que l'on doit s'attendre à trouver aux œuvres de l'antique Germanie, conséquence en quelque sorte nécessaire de la situation géographique des peuples qui vivaient à l'orient du Rhin. Le curieux mémoire publié par Dœderlin, en 1739, nous montre à quelles suppositions bizarres les Regenbogeii'Schûsselchen avaient donné lieu. Après ceux qui les croyaient formées au sein de la terre, il faut compter encore les érudits qui les attribuèrent aux Byzantins, aux Bourguignons, aux Francs, aux Siculo- Vandales, aux Normands, aux Goths; M. Streber enregistre à son tour le nom des auteurs qui les ont données aux Huns, aux Égyptiens, aux Étrusques, aux Phénicien^. J'ai rappelé déjà {Rei\ num.
1861, p. 338) (1), comment on avait pris pendant longtemps les statères d'or des Salasses pour dos monnaies espagnoles ou carthaginoises. C'est que les idées simples ont toujours peine
(1) V. p. 300 du t. U de» OËuires de A. de Longpérier.
PAR FR. STREBER. 21
à se faire jour^ et plus encore à se faire accepter définitivement. La répugnance que tant de savants écrivains ont éprouvée à reconnaître Torigine véritable des Regenbogen-Schûsselchen était entretenue par la lecture de Tacite. Ce grand historien a dit en parlaut des Germains : « Les dieux se sont-ils montrés propices ou défavorables à ce peuple en lui refusant Tor et Targent, je l'ignore. Je n'affirmerais pas, cependant, qu'il n'y ait en Germanie aucune mine d'or ou d'argent; car qui s'en est assuré? Ils n'attachent pas à la possession et à l'usage de ces métaux le même prix que nous. On a pu voir que des vases d'argent offerts en présent à leurs envoyés et à leurs chefs étaient aussi peu estimés que s'ils eussent été d'argile. Les plus voisins de nos frontières apprécient Ter et l'argent, comme moyen de commerce ; ils reconnaissent et choisissent certaines de nos monnaies. Ceux de l'intérieur, de mœurs plus simples et plus antiques, font le commerce par voie d'échanges. Ils préfèrent les monnaies aux types anciens et connus dès longtemps, les deniers dentelés et les biges. Ils recherchent aussi Targent plus que l'or, non par goût, mais parce que la monnaie d'argent est d'un usage plus commode pour des gens qui achètent des choses communes et de bas prix (1) ». Mais d'abord, ce passage ne s'applique qu'aux peuples qui vivaient au nord du Danube; et puis l'indifférence marquée par des barbares pour les métaux précieux a pu être un effet de leur politique. Suivant Procope, les rois perses n'auraient pas osé placer leur effigie sur des monnaies d'or. La série des monnaies d'or sassanides ne s'en enrichit pas moins chaque année de quelque type nouveau.
M. Streber, examinant toutes les opinions qui ont été émises avant lui au sujet des Regeiibogen-Schûsselchen^ montre que ces monnaies n'ont été fabriquées ni par un peuple germain converti au christianisme, ni par les Alamanni du iif siècle, ni par les habitants du Sinus imperii au iv° siècle, ni par les Suèves d'Ariovisle ou les Marcomans de Marbod. Il
t) De morib. Germ., 5.
22 ÉTUDE SUR LES REGENBOfiEN-SCHUSSELCHEN,
est convaincu que ces pièces sont celtiques et l'œuvre des Tectosages, des Helvètes et des Boii; ces derniers ont, comme on sait, donné leur nom à la Bohême. Mais, attendu qu au temps où écrivait Jules César les Volces Tectosages étaient considérablement déchus de leur puissance, et que PosidoniuSy écrivant en Tan 60 avant Jésus-Christ, mentionne les Boii comme ayant jadis habité la Bohême, que lorsque César vint dans les Gaules, les Helvètes avaient quitté leur ancien territoire pour s'établir entre le Jura, le lac de Constance et le Léman, M. Streber est conduit à penser que les Celtes du haut Danube, de la Yindélicie, ont frappé les monnaies qu'il décrit à l'époque de leur plus grande puissance, c'est-à-dire au iv* et au v\ siècle avant l'ère chrétienne. Il croit les Regen^ bogen-Schtlsselchen antérieures aux monnaies de la Gaule, et indépendantes des types macédoniens. Leur poids, suivant le savant antiquaire, se rapporte non pas au statère de Philippe, mais au cyzicène. Il faut toutefois remarquer que ce poids correspond à celui de l'aureus romain frappé pendant les deux derniers siècles de la République. C'est là un fait auquel M. Streber, préoccupé de la grande antiquité qu'il attribue aux SchûsselcheUj n'a pas accordé Tattcntion qu'il mérite.
Pour donner une idée exacte du système de classification adoplé par M. Streber, j'extrais de ses planches, qui contiennent cent seize variantes, trente pièces appartenant aux sept groupes qu'il a établis, et je les reproduis dans le même ordre. Cela suffit pour bien faire voir de quels monuments il s'agit; mais le lecteur qui voudrait étudier de nouveau la question devrait cependant avoir recours à l'ouvrage allemand; car lorsqu'on cherche à déterminer l'origine des types, à discerner ce qu'ils doivent à l'imitation de ce qu'ils peuvent offrir de national, à reconnaître si des figures, plusieurs fois copiées avec des altérations progressives, n'ont pas reçu plus tard une nouvelle forme provenant de l'interprétation et de la régularisation d'éléments incompris, les moindres nuances ont souvent une grande valeur.
Par fr. streber. ' 23
PI. I. — Premier groupe.
N* 1. Serpent courbé en forme d*anneau avec une tête de lion à oreilles pointues et crinière dorsale.
f^. Hache dont le tranchant a la forme hémicirculaire. — Cabinet de Vienne. Or. Poids, 7«^,199.
N"" 2. Même animal tourné à gauche et avec cornes de bélier.
f^. Six points posés, 1,2 et 3 au centre d'un demi-cercle terminé par deux boules. — Trouvé à Gagers. Or. Poids, 7»',883.
N« 3. Même type.
^. Trois fleurons rapprochés par la base autour d'un point central. — Trouvé à Irschmg. Or. Poids, 7»%588.
N* 4. Mêmes types. Variantes dans les fleurons. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7»',599. — Autre, 78^,606.
N* 3. Même type. Quart de la précédente. — Trouvé à Pollhig? Or. Poids, 1»',875.
Deuxième groupe.
N^ 6. Tête d'oiseau tournée à gauche, au milieu d'une couronne de feuillage.
f^. Astre cruciforme surmonté de trois points; au-dessous, un fleuron composé d'S. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7»'', 606.
X* 7. Même tête d*oiseau tournée à droite.
1^. Six points posés, 1, 2 et 3, au centre d'un demi-cercle terminé par des boules; au-dessous, fleuron. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7»%550.
N* 8. Mêmes types. Sans fleuron au revers. — Trouvé à * Irsching. Or. Poids, 6«%949.
N* 9. Tête d'oiseau. tournée à gauche, entourée d'une couronne de feuillage.
1^. Six points et une petite rosace à l'intérieur d'un demicercle. — Trouvé à Gagers. Or. Poids, 7^,547.
X" 10. Même type. La couronne se décompose en deux parties, dont une^prendja forme d'un arc.
24 ÉTUDE SUR LES REGENBOGEN-SCHUSSELCHEN,
]^. Six points sans rosace. — Trouvé kGagers et à Irschmg. Or. Poids, 78',720.
N" H. Même type. Deux points près du bec de Foiseau.
1^. Cinq points. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7«%440.
NM2. Même type.
1^. Quatre points. — Trouvé à Gagers. Or. Poids, 7«^,570.
NM3. Même type.
1^. Trois points. — Trouvé à Saint-Emmeran. 0/*. Poids, 7^,470.
N* 14. Même type.
1^. Quart affaibli de la pièce précédente. — Trouvé h Calw. Or. Poids, U%735.
PI. II. — Troisième groupe.
N" 13. Demi-couronne de feuillage terminée par deux gros points autour d'une élévation convexe.
1^. Six points au centre d'un demi-cercle terminé par deux boules. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7«^%S40, 78^,520. — Autres, 7»%612, 7^,621, 78^,645.
N** 16. Mêmes types. Cinquième? de la pièce précédente. — Trouvé à Elwangen. Or. Poids, 1<?%700.
N" 17. Même type.
1^. Cinq points. — Trouvé à Druisheim et à Irsching. Or. Poids, 7^,400. — Autre, 7s%7r>3.
N° 18. Mêpie type.
1^. Trois points. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7^^540.
N° 19. Élévation convexe.
i^. Trois points au centre d'un demi-cercle. — Trouvé i Pol/ing? Or. Poids, l^^gSO.
Quatrième groupe.'
N** 20. Lyre couchée. Demi-couronne de feuillage. ]^. Six points au centre d un demi-cercle terminé par des boules. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7»%520. N° 21. Triquelra dans une couronne de feuillage.
PAR FR. STREBER. 25
i^. Six doubles annelets posés, 4, 2 et 3, clans un entourage dentelé interrompu par deux annelets. — Trouvé à Donautvœrth. Or. Poids, 7^,042.
Cinquième grotipe.
X« 22. Tète de cerf de face.
1^. Trois arcs réunis au centre de la pièce par une de leurs extrémités. — Trouvé à Gagers. Or, Poids, 7^*',402.
iV 23. Tète d'Apollon tournée à droite.
i§. Deux fleurons dont la pétale centrale forme croix avec deux lyres. -^ Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7»%622, 7»S513, 75^,506, 7«?%475.
Sixième groupe.
X* 21. Disque convexe.
i^. Lyre au centre d'un anneau ouvert dont les deux extrémités sont terminées par des boules. — Trouvé près d'fTohen/oe. Or. Poids, 7^,856.
X"" 25. Hache ou instrument h deux pointes.
1^. Point au centre d'un anneau ouvert. — Or. Poids, 2«f'',072.
X* 26. Disque convexe orné d'un fleuron.
1^. Fleuron composé de deux spirales et d'un bouton. Point. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 7K%6iS, 7^%713.
X"* 27. Élévation circulaire avec point au centre.
1^. Fleur à trois pétales et trois points. — Trouvé à Irsching. Or. Poids, 78^,737.
X"* 28. Disque en relief et lisse.
^. Astre cruciforme ou fleur à quatre pétales. — Trouvé à Elwangen. Poids, ^ef^806.
X*" 29. Disque lisse.
lî. Trois croissants. — Trouvé à Ampfing. Or. Poids, 7^,810.
Septième groupe.
X** 30. Disque en relief.
20 lÎTUDK SUR LES RRGKNROCES-SCHUSSELCHEN,
î^. Coquille avec rayons; trouvé à Gayfrs. Or. Poids, 7^,03?, 7",005, 6»^,991, 6e%918, 6r,888, etc.
A cea sept groupes il en faudrait joindre un huitième, composé des monnaies découvertes à Podmokl et particulières à la Bohême. On pourra les trouver gravées, assez imparfaitement, il est vrai, dans l'ouvrage de Voigt intitulé : Beschreibung der bisher beka?inten Bœhmischen Mûnsen (Prague, \ 771 ), aux pages 47, 63 et 233 du premier volume. Ces pièces ont leur importance; plusieurs d'entre elles {p. 47, n" 4 et 6, p. 63, n" 1) sont de même module et portent le même type qu'un quart de statère d'or publié par Ncumann {Poptil. et Reg. num. vH., 1. 1, p. 440), monnaie sur laquelle on lil BIAT, et qui, par conséquent, se rattache étroitement aux létradrachmes pannoniens, postérieurs à ceux de Philippe, offrant la légende BIATEC (Neumann, Op. laud., tab. EV, n* \\. — Mionnet, t. IV, p. 717, n" 2 à 7. — Duchalais, Descript, des méd. gattl., Pannon., n" 9S & 98). Voilà déjà un premier indice chronologique.
J'en trouve un second dans le rapprochement que j'établis entre les Regenbogen-Schûsselchen du second groupe (PI, I, n* 6) portant au revers de la tête d'oiseau une figure cruciforme, et un statère d'or de la collection du comte Wiczay, à
HédcrwarenHongrie(J/Hs.ff'*rf''"'.'i»m. (7n(.,1814.tab. XXX, n" 670, p. 346).
Il est facile de voir comment, par suite de copies «ucces-
PAR FR. STREBER. 27
sives, la tète d'Apollon des monnaies de Philippe a produit le type singulier du slatëre d'Héderwar, et comment celui-ci a donné naissance à la figure cruciforme surmontée d'un fleuron qui n'est qu'un dernier reste tout à fait incompris et régularisé des mèches de cheveux placées au-dessus de l'oreille du dieu. Comment une pareille transformation a-t-elle pu s'accomplir? C'est ce qu'une étude intime de la numismatique des barbares peut seule faire comprendre.
Mais le fait est évident; il suffit pour nous démontrer que les EegenbogenrSchùsselchen qui se lient toutes les unes aux autres par la fabrique, par les types, par la provenance, sont postérieures aux statères de Philippe, qu'elles sont même plus modernes que les imitations pannoniennes ; et si l'on admet que la dégénérescence a été un résultat de la situation géographique aussi bien qu'une affaire de temps, on saisira parfaitement la raison qui fait que les Yindéliciens et les habitants de la seconde Rhétie ont émis des monnaies dont le type s'éloigne plus du modèle macédonien que celui de leurs voisins orientaux. D'autres monnaies pannoniennes, un quart de statère d'or, un tétradrachme copié de ceux de Philippe [Mus. Uederv. mtm. ant. Tab. XXX, n"' 675, 687), offrent la triquetra qui se remarque encore sur les pièces d'or de la Germanie.
La triquetra, et l'animal symbolique que représente le statère n* 1 (animal qui forme le type de quelques skeattas anglosaxons; Ruding, Annah, pi. I, n^' 35, 36; Lelewel, type gaul., pi. XII, n** 6), servent de motifs de décoration aux lames d'or qui recouvrent le beau casque antique trouvé à Anfreville, en Normandie, donné au musée du Louvre par M. Bizet. C'est là un rapprochement qui pourra être utile à ceux qui voudront étudier les Regenbogen-Schûsselchen, et qui concourt à montrer que ces monnaies ont été, comme l'a dit BI. Streber dans son livre si rempli de recherches érudites, fabriquées dans une contrée où la race gauloise avait été prépondérante. Je ne suivrai pas l'auteur dans le commentaire qu'il donne des diverses figures empreintes sur les monnaies concaves, me bornant à constater après lui que les points qui
38 ÉTUDE SL'R LKS rtEfiKNBOr.EX-SCHUSSELCHEN.
paraissent sur les revers par groupes de trois, quatre, cinq, six, ne peuvent se rapporter à la valeur des monnaies, puisqu'on observe les mt^mes combinaisons sur les statëres et sur leurs divisions. Je crois qu'à propos du collier héimicirculaire ou torques qui figure sur un si grand nombre de ces pièces, et qui, par son analogie avec la forme de l'arc-en-ciel, a contribué à accréditer leur nom populaire, il serait bon de rappeler une monnaie d'argent publiée par Lelewel {Type gauL, pi. VI, n° 23; — Rec. arck., 1844, p. 123), monnaie sur laquelle on voit, dans une couronne de feuillage tout à fait semblable à celle des Regenbogen-SchQsxelchen, un personnage tenant un torques. C'est un monument à ajouter à la série vindélicienne. Quoi qu'il en soit, nous réclamons dès à présent de l'auteur du premier Manuel de numismatique ancifirme qui sera publié une place pour les monnaies des Pannoniens, des Boii de la Bobéme, des Vindéliciens et des Salasses. C'est un accroissement de richesses auquel M. Franiz Strebcr aura puissamment contribué-
NOTE
DANS LES LÉOENDES
^Extrait da tome VIU (nouvelle série) de la Revue numismatique,
(1863, pp. 160-168.)
Les antiquaires qui se livrent à l'étude des monnaies gauloises ont remarqué la fo^me donnée sur ces monuments aux noms de la seconde déclinaison, tels que '.
ABVDOS COMMIOS etCOMIOS
ALABRODIIOS CONTOVIOS
ANDECOMBOS DIARILOS
AREMACIOS DIASVLOS
ARIVOS DVRNACOS
ATEPILOS EBVROVICOS
ATISIOS ECCAIOS
AVLERCOS EPENOS
AVSCROCOS EPILLOS
BELINOS GIAMILOS
BIRACOS IVLIOS
BODVOS LITAVICOS
BPIINOS LVCIOS
BRrOIOS LVXTIIRIOS
CABALLOS MATVCENOS
CARSICIOS NONNOS
CATTOS PICTILOS
CISIAMBOS PIXTILOS
COBROLOMAROS RATVMACOS
COIOS REMOS
SANTONOS TVRONOS SIMISSOS PVBLICOS VANDIILOS
SOLLOS VBIOS
STRATOS VERICOS
SVTICOS VIREDISOS
TASGMTIOS VIROS
TATINOS VLATOS TRICCOS
Celte forme diiTérenie de i^elle que la grammaire classique nous enseigne les a frappés, et ils ont pensé que la terminaison OS était gauloise, qu'elle avait une origine celtique. C'est là une opinion qu'on entend souvent émettre, mais elle n'est pas fondée ; la terminaison OS est italiote aussi bien que gauloise : elle appartient essentiellement à la vieille orthographe latine, et elle a été portée en Afrique, en Asie, comme dans les Gaules. La terminaison OS a précédé YS, et a survécu à l'adoption presque générale de cette seconde forme. Il y a chez tous les peuples un temps où l'orthographe demeure flottante, et où l'oreille sert principalement de guide. Or le V et l'O ont été pour les vieux Romains deux lettres tellement analogues, qu'ils les ont échangées avec une extrême facilité soit à l'intérieur des mots, soit à la fin. En anglais, le pronom personnel as et la terminaison des noms propres, tels que Virgilius, Tacitus, Fabius) ont un son qui tient beaucoup de rO très bref. Il en était évidemment de même en Italie, où nous voyons par la quantité prosodique que F VS de la seconde déclinaison était bref; c'est à la faveur de cette ressemblance que le V s'est introduit là où le caractère 0 avait d'abord été employé. Cependant dans les langues néolatines, telles que l'italien, l'espagnol, le portugais, l'O a conservé sa prépondérance. Cela paraît être un effet assez naturel de la réaction des provinces gardant traditionnellement les vieilles formes alors que la métropole les a abandonnées. Il est facile de voir parla figure des caractères que portent les plus anciennes monnaies épigraphiques de la Gaule (tels sont les ^ , les P (P), les II (E), les r (F), les C (G), par l'emploi d'un seul caractère poiifr