DANS LES LÉGENDES DE MONNAIES GAULOISES
représenter les consonnes doubles, par Tusage de l'V pour exprimer la syllabe VU, par Taddition d'un S après TX, que les Gaulois ont appris à écrire pendant leurs campagnes dltalie aux rv* et m" siècles avant notre ère. Ils ont rapporté chez eux toutes les habitudes de Torthographe latine, et les ont ensuite conservées avec Talphabet que Rome laissait tomber en désuétude. C'est ainsi qu'au Canada on parle de nos jours encore la langue du siècle de Louis XIY, qui bientôt malheureusement aura chez nous besoin d'interprètes.
Voyons comment, à Rome même, on écrivait au m' siècle avant Jésus-Christ. Lisons sur le tombeau de Lucius Cornélius Scipion : HONC OINO PLOIRVME COSENTIONT R[omai] DVONORO OPTVMO FVISE VIRO LVCIOM SCI- PIONE. FILIOS BARBATI CONSOL, etc. {Huîic tmum plurimi consentiunt Romœ bonorum optimum fuisse virum Lucium Scipionem. Filius Barbati, consul., elc); passons à la célèbre inscription de la colonne rostrale, et remarquons que Caïus Duillius reçoit le titra de MAXIMOS MACISTRATOS ; nous trouverons encore dans ce texte EXFOCIONT (exfugiunt), NAVEBOS, CONSOL, PRIMOS, ARCENTOM CAPTOM, PO- PLOM, elc. Vient ensuite l'épitaphe d'un autre Scipion dans laquelle on lit: ...MORTVOS .PATER REGEM ANTIOCO SVBEGIT.
Quoi de plus connu que la belle ciste du musée Kircher, qui nous montre une signature d'artiste suivie d'une dédicace : NOVIOS PLAVTIOS MED ROMAI FECID — DINDIA MACOLNIA FILEA DEDIT. Une autre dédicace, tout aussi souvent reproduite, est ainsi conçue : M.MINDIOS.L.FI.P. C0NDETI0S.VA.fi AIDn.ES VICESMA PARTI APO- LONES DEDERI. Il faut placer à côté : G . PLACENTIOS. HER . F . MARTE . SACROM ; et celle-ci, copiée sur une plaque de bronze découverte à Spolète : A APRVNNIVS. L. AORELIVS.FACIONDAM DEDERONT (1). Les deux lettres
(i) On a vu pias haut, p. 159, la momiaii! massuliote sur laquelle M. d Saulcy a lu le nom do liou AOPA, qui offru une permutation de voyelle ideu* tique à celle qui se reuiarque dauâ ÂORELIVS.
0 et V S y montrent, tandis que TO règne encore seul dans cette autre, relevée sur une lame de plomb de Florence: PL . SPECIOS MENERVAI . DONOM . PORT. Nous extrayons d'une inscription de Vénusia celte phrase : A\T SACROM AVT POVBLICOM ESE; une autre bien brève, recueillie à Privernum, APPIOS CONSOL, fournit le nom d'un membre de la famille Claudia du lu^ siècle.
Dans les lois de Numa, De opimis spoliis et De tei^nmiis, on lit encore : CAPIVNTOR et TERMLNOM, bien que nous n'ayons pas le texte primitif. Dans la loi Thoria nous relevons : x\EIVE IS AGER COMPASCVOS ESTO, et sur la table de bronze portant le décret de délimitation entre les Géniiates et les Veituriens, où se retrouve ce passage : QVEI AGER COMPASCVOS ERIT, on remarque ces mots : L\DE DEOR- SVM IN FLOVIOM PORCOBERAM VBEI CONFLOVOxNT FLOVI EDVS ET PORCOBERA.
Sur un miroir gravé du musée de Berlin, les figures de Mercure et de Paris sont accompagnées du nom de ces personnages : MIRQVRIOS et ALIXENTROM. Sur un ustensile de même espèce conservé au Collège romain, PoUux et la Lune sont désignés par les noms POLOCES, LOSNA. Deux autres miroirs appartenant au musée du Louvre, nous montrent rimage de la déesse VENOS.
Rappellerai-je ici tous ces vases à légendes latines sur lesquels on lit : SAIITVRNI POCOLOM, — VOLCANl POCOLOM, — SALVTES POCOLOM, — BELOLAI POCOLOM, etc. ; qui ne connaît au moins une des dix variantes qui ont été publiées ?
Je n*ai voulu produire que des textes d'une antiquité respectable, et d'ailleurs quelques exemples suffisent pour donner une idée précise de tous ceux qu'on puise dans les recueils épigraphiques. Je m'arrête donc, et aussi bien ai-je à répondre d'avance à une objection qui pourrait m'êlre adressée. « Les textes que vous citez, me dirait- on, constatent des fautes d'orthographe. »
On remarquera d'abord que je les emprunte à des monu-
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ments publics, à des épitaphcs de très grands personnages, à des lois. On ne prétendra pas du moins que ce sont des Gaulois qui ont été chargés de tracer des inscriptions en l'honneur des Duillius, des Claudius, de^ Scipions.
Mais je vais appeler en témoignage les grammairiens de Tantiquité, et personne ne refusera d'admettre leur déposition.
Quintilien d'abord : «Quare minus mirum, si in yetustis operibus Urbis noslrse et celebribus templis legantur Alexanter et Cassantra. Quid 0 atque V permutât» invicem? ut Hecoba et notrix, Culchides et Pulixe7ia scribuntur; ac, ne in graecis id tantum notetur, dederont ei probaveront. »
« Nostri praeceptores cei^om servomque, V et 0 literis
scripserunt (1). »
Puis viendra Priscien : « V quoque multîs Italiae populis in usu non erat, sed e contrario utebantur 0. Unde Romanorum quoque vetustissimi, in multis dictionibus loco ejus 0 posuisse inveniuntur, poblicum pro publicum, quod testatur Papyrianus de orthographia, j9o/cAr{//n pro pnlchrum, colpam pro culpam dicentes, et Uercolem pro Herculem; et maxime digamma antécédente hoc faciebant, ut servos pro servus, volgus pro vulgus, Davos pro Davus (2). »
A son tour Yelius Longus : « Apud nos quoque antiqui ostendunt, quia seque confusas 0 et Y litteras habuere ; nam consol scribebant per 0, cum légère tur per V consul. Unde in multis etiam nominibus variée sunt scripturœ ut fontes, funtes ; frondes, frundes (3). »
Marins Viclorinus dit aussi : « 0 non solum pro brevi et longa; sed etiam pro V poni, ut pro populus, ibi popohis : et ubi piaculum, ibi piacolum : sic et pro huic hoic : pro funus foniis, item alia multa (4). »
Knfin le savant Cassiodore : « Nec mirum est veteres V littera pro 0 usos, nam et 0 pro V usi sunt. Poblicum enîm
(1) QuiDtiliauî tnsL oral.y Itb. I, cap. iv et vu.
(2) Priiscîaui Gramm, Cxsariens., lib. I, de voce, édit. ilc Bâlo, 15io, p. 21. — Édit. Patscb, 1605, col. S54.
(3) Vel. Loogi De orthographiât édit. Putsch, col. 2216.
(4) Mar. Victoriui De orthogr,, édit. Putsch, col. 24o8.
quod nos publicum, et quod nos culpam, illi colpam dixe— runt (i). »
On ne s'étonnera pas maintenant de trouver sur les monnaies de Leptis minor et d'ÂcIplla, villes africaines : DIVOS rVLIVS; sur celles de Béryte de Phénicie : DIVOS AVGVS- TVS; sur celles de Ptolémaïs de Galilée : DIVQS CLAVD ; tout comme on voit DIVOS TRAIANVS dans une inscription de Macerata. Cette alliance du mot divos avec un nom propre terminé en us a une raison d'être. Divos étant un titre sacré devait se perpétuer dans sa vieille forme (2), et TO précédé du digamma, ou de ce que nous nommons un V consonne, avait plus de chance de durée, ainsi que nous le fait entendre Priscien dans le passage cité plus haut. Aussi observons-nous dans diverses inscriptions : C. PLINIVS CALVOS, — AVRELIVS CALVOS, — C . CORNELIVS CALVOS . VIVOS . SIBI, — C . RVSTIVS FLAVOS, de même que nous trouvons assez souvent DVOMVIR. Le digamma y était pour beaucoup, sans doute; mais le surnom de famille avec son antique orthographe avait une apparence aristocratique qui protégeait la voyelle 0. C'est ainsi que le titre CONSOL, dans lequel le digamma n'a aucun rôle survécut au naufrage de la terminaison OS (3).
La tradition s'abrite toujours derrière les choses saintes ; aussi tant qu'il a existé des frères Arvales, on a prononcé ces paroles liturgiques : SEMVNIS ALTERNEI ADVOCAPIT CONCTOS.
On le comprend, dans tout cela la Gaule et ses coutumes particulières n'ont rien à prétendre.
Nos ancêtres se conformaient encore à l'usage de Rome lorsqu'ils écrivaient VERCINGETORKS. Je ne rapporterai
(!) Cassiodori De orthogr., édit. Putsch, col. 2289.
(2) Voy. le mot divos dans Vairon, De ling. lat.^ lib. V, 66.
(3) Sar les monnaies des familles romaines on conserve aux sufnoms leur forme antique, qui avait une apparence plus noble. Publicins est écrit Pobit- •dus; on voit reparaître sous Auguste Ploiius, qui avait été écrit Plutius, et nous trouvons encore sous la forme AccoleUu le nom que Varron écrit Accu- 4oiu8, De ling, lat.j lib. VI, 23. y^
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pas ici tous les exemples des mois LEXS, PAXS, FËLIXS, ALEXSANDER, CONIVNXS et CONIVNGXS, MAXSIMVS, DEXSOxMA, PROXSIMVS, SAXSVM, etc., que nous offrent les inscriptions et les médailles latines; mais je reviens au sujet principal de cette note. Si Ton remarque dans les célèbres tables de Claude DFVOM IVLIVM, ce n'est pas parce que le texte qu'elles portent a été gravé à Lyon, mais parce qu*il est écrit en latin. Il ne faut donc pas attribuer à la Gaule, comme on l'a fait quelquefois, la monnaie de bronze sans nom de lieu qui a pour type la tète de Jules César avec la légende DIVOS rVLTVS, pièce dont le style est complètement étranger à notre pays.
Les Gaulois, tout en gardant assez fidèlement le mode d*écriture qu'ils avaient appris en Italie, n'en firent pas moins des concessions à l'usage romain nouveau; et nous voyons sur leurs monnaies la terminaison en YS dès l'époque de César.
ADIETVANVS DONNVS
AMBACTVS DVRNACVS
ARVS GERMANVS
AVLIRCVS LISCVS
....CINCOVEPVS MAGVS
KRACCVS SEGVSIAVS
Ce changement n'avait pas une très grande importance, car il pai'alt qu'alors même que l'on employait encore de préférence le caractère 0, on pouvait le prononcer comme un V; ce qui montre bien la parenté étroite qui unissait ces deux lettres. Le grammairien Cassiodore nous dit : « Aliter scribcrc et aliter pronuntiare vecordis est. Cum enim per 0 scribant, per V enuntiant (1). » Mais tous les grammairiens du Bas- Empire, excellents pour constater les faits, n'ont aucune autorité lorsqu'il s'agit de les expliquer. Quant à nous, qui avons pendant si longtemps prononcé de la même manière les trois diphthongues 01, AI, EI,^nous aurions mauvaise
(1) Casaiod., De orthogr.^ éd. Putsch, col. 2292.
grâce a faire le procès des Romains qui prononç&ienL V en écrivant 0.
RésumonB : 1° Les monnaies gauloises portent un grand nombre de noms de la deuxième déclinaison avec la terminaison OS. Cette forme orthographique n'a pas de caractère nationad. Elle est commune à l'Italie et à la Gaule.
2° L'emploi de cette terminaison a cessé d'être général dans la Gaule à l'époque où de nouvelles relations avec l'Italie ont fait connaître l'orlho^aphe qui avait prévalu au delà des monts. On a écrit ADIETVANVS et LISCVS sur certain» points; sur d'autres, TASGUTIOS et LITAVICOS.
3° De l'emploi de t'alphabet italiote, comme de l'acceptation des diverses variations de l'orthographe latine, on doit conclure que la Gaule avait une grande propension à se romaniser, ce qu'explique, du reste, la communauté d'origine qui unissait la race italienne à la race celtique, alors même qu'elles vivaient à l'état d'antagonistes.
DOMITIA LUCILLA
( Elirait du tome VIU (nouvelle série} de la Revue numinnatique, 1BG3, pp. 2(2-250.)
L'iconographie romaine, étudiée depuis le xvi' siècle par tant de savants ingénieux, et de nos jours encore par des antiquaires si laborieux, si éminents, n'est cependant pas un sujet épuisé. Pour le démontrer, je suis heureux d'avoir h présenter aujourd'hui le portrait authentique de la femme qui donna Marc-Aurèle à l'humanité.
La monnaie dont je place le dessin en tète de cette notice a pour légendes, au droit : AOMITI AOYKIAAAN NEIKAIEIC, et au revers : M . AYPHAIOC . OTHPOC . KAICAP. Elle a été frappée à Nicée de Bithynie.
Le surnom de Lucille, rapproché des noms de Marc-Aurèle, pourrait donner lieu de croire, après un examen superficiel, que noua avons sous les yeux une image de la tille de cet empereur, de la femme de Lucius Vérus. Mais, il est très facile de prouver que cette princesse n'a aucun droit à l'oltribution de la helte médaille des Nicéens.
38 DOMITIA LUCILLA,
AOMITI serait, on le reconnaîtra, un singulier abrégé de AOMITIA;mais c'est un abrégé très régulier de AOMITIAN avec suppression d'une syllabe; la fin de la légende nous montrant que les noms sont à Taccusatif. Le plus ordinairement dans leurs légendes monétaires, les Grecs arrêtent les abréviations sur une voyelle. Aussi voyons-nous sur leurs monnaies, non seulement AGE pour 'ÂOrjvaCcov et AM0I pour 'AiAçtTCoXtTéwv , 2YPI poiu" Supicov, etc.; mais ce qui est bien plus caractéristique, ZH pour Sr^cmcov, ZA pour !3avOt(i)v, ZEBA pour S66a(jToç, 0OY pour *ouX6ioç, système d'abréviation dans lequel on abandonne une consonne appartenant à la syllabe conservée. On trouve encore sur des monnaies de Domitien et d'Adrien 0E Yl pour ©eoO Mç. Après ce dernier exemple, on ne, saurait hésiter sur la manière dont il faut compléter AOMITI, en lisant notre médaille.
AOMITI ne peut être un prénom, il n'y en a pas de cette forme, et d'ailleurs on n'en donnait pas aux femmes; AOMITI ne peut pas être un surnom, comme serait Domitilla, parce que LuciLiA qui suit ce mot en est un, et que nous ne pouvons pas en trouver deux de même ordre; nous ajouterons, en employant ici des^ paroles du comte Borghesi : « Imperocchè entrambe quelle voci hanno la terminazione vezzeggiativa, che non soleva adoperarsi se non in quell' unico nome per cui una donna chiamavasi più comunemente; onde fraimarmi
che ci sono rimasti di femine polionime niun' altro esempio se
ne ritrova (1). »
AOMITI ne peut donc représenter qu'un nom de famille,
c'est-à-dire Domitia. Nous sommes à la première moitié du
second siècle, époque à laquelle les barbares n'ont pas encore
altéré la coutume romaine.
Lucille, fille de Marc-Aurèle, était de la famille Annia. Par
suite de l'adoption de son père par Antonin, elle aurait pu
s'appeler Aurélia (2). Marc-Aurèle, à la vérité, sans doute
(1) Giomale Arcadtco, mars 1819, p. 366.
(2) De même qae ses frères, morts jeunes, se nommaient Aurélius. Aurélia Sabina, qui sarvécat à Septime-Sévère, comme le prouve une inscription de
pour donner une preuve de respect à sa mère, a nommé une de ses filles DOMITIA FAVSTINA (1); mais l'aînée de la famille, Lucille, femme de Yérus, n'a pas porté un nom d'adoption. Les monnaies frappées en son honneur à Byzance en font foi ; on y lit ANNIA AOYKIAAA.
Donc la monnaie de Nicée n'a point été fabriquée pour elle.
J'ajoute que les traits du visage, la coiffure, n'appartiennent pas à cette jeune, à cette seconde Lucille dont le profil et rajustement sont fort connus des antiquaires, et que nous montre en de si grandes et si belles proportions le buste colossal de marbre, trouvé en 1847 à Cartbage, et donné au musée du Louvre par M. Delaporte, consul de France (2), buste qui a été pris, bien à tort, pour une image de la Junon ou déesse céleste carthaginoise.
La coiffure que nous voyons sur la monnaie de Nicée nous fait remonter au temps d'Antonin le Pieux, et nous allons voir qu'en effet c'est bien sous le règne de cet empereur que la monnaie a été frappée, comme son style le ferait déjà supposer.
J'avertis ici que je laisse entièrement de côté la Domilia Lucilla, prétendue femme d'iEIius Vérus, sortie de l'imagination d'Occo au xv!"" siècle, acceptée par Mezzabai*ba, et même, sur leur parole, par quelques écrivains modernes. Ni les textes historiques ni les monuments épigraphiques ne nous ont révélé le nom de la fille de Nigrinus qu'iËlius avait épousée.
Que représente le revers de la monnaie de Nicée? Marc- Aurële jeune, imberbe, à cheval, tenant une lance (3). Puis ses noms : M . AYPHAIOC.OYHPOC . KAICAP, tels qu'il les
Calaioa, et que ce dernier appelait sa sœur, est iodiquéo comme étant fille du dWin MarcuB. Gruter, 852-8. -^ Orelli, 869. ^— Heuzen, 5473. — Ann, de la Soc. de Canstantine, 1833, p. 53. — Bulletin arch. franc, ^ 1856» p. 74.
(1) MabUloQ, Veti. Ânalectay p. 363. loscript. de Rome.
(2) Voy. Rev. arch., 1852, pi. 184, p. 88.
(3) Exactement comme Alexandre le Grand sur Bucéphale, tel que le représentent les monnaies de la Macédoine romaine. Voy. C. Combe, Mxis. Hunier , tab. 34, n«« 14, 15, 20, et particulièrement le n^ 16.
40 DOMITIA LUGILLA,
portail encore lorsqu'il fut honoré pour la première fois du titre de consul en Tan 140 : témoin Tinscription :
M.AVRELIO VERO CAESARE COS. etc.
découverte à Tindari, en Sicile, et conservée au musée de Palerme (1), — tels aussi qu'ils se lisent sur des monnaies de Nicomédie et de la communauté des treize villes dlonie (2).
La médaille ne donne pas au jeune prince le titre de consul. Elle a donc dû êlre gravée en 139, alors qu'âgé de dixhuit ans il n'était que consul désigné. Il est figuré à cheval, soit que les Nicéens aient voulu rappeler ce cheval entretenu aux frais du fisc qu'Adrien lui avait décerné quand il n'était âgé que de six ans : « Qui ei honorem equi publici sexenni detulit » (dit Capilolin) (3), soit, ce qui parait plus probable, que la médaille ait été frappée au moment où, déjà consul désigné, le jeune César était mis par Ântonin à la tète d'un des six escadrons de chevaliers romains : u Adhuc Plus
Marcum Cœsaris appellatione donavit; et sevirum turmis
equitum romanorum jam consulem designatum creavit (4). »
Annia Lucilla, femme de Lucius Yérus, qu'elle épousa en 164, parait^ et c'est l'avis de Tillemont et d'Eckhel, être née en 147, l'année de la première puissance tribunitienne de Marc-Aurèle : « Post hœc Faustinam duxit uxorem, et, suscepta filia, tribunitia potestate donatus est (5). » Notre médaille doit être d'environ huit ans antérieure à la naissance d' Annia Lucilla. Cette considération a bien sa valeur, si Ton hésite entre la grand'mère et la petite fille.
(1) Bidlet. delV Irut. arch,, 1845, p. 57, n» 5. .
(2) Voy. les pièces de Nicomédie, dans Mionnel, t. II, p. 470, n» 328, et t. V, Suppl., p. 183, Qo 1073; celle d'Ionie, dans le même auteur, t. III, p. 62, n» 4. Sur ces monnaies, le césar M. Aurèle est représenté imberbe. — Voyez Tinscription copiée en Espagne dans laquelle paraissent les noms d'Antouin le Pieux, de Marcus Aurelius Verus Cœsar et de Ceîonius Commodus (c'est-àdire Lucius Verus). Donl, Inscr. anfiq., class. II, no 14.
(3) M. Anton, philosop,, IV.
(4) /6irf., VI.
(5) Ibid., VI.
La première Lucille, Domitia Lucilla, la mère de Marc-Au- Fèlc, n'a pas la célébrité à laquelle il nous semble qu'elle a des droits incontestables. Si son portrait avait été reconnu et signalé plus tôt, son nom, inscrit dans les traités d'archéologie et de numismatique, discuté par des hommes tels que Barthélémy, Winckelmann, Eckhel, Yisconti, Letronne, serait devenu populaire.
Combien de personnages sur lesquels l'histoire a gardé le silence, et dont cependant le nom est sans cesse répété, grâce à Texistence de quelque buste ou de quelque médaille retrouvés par les antiquaires, et reproduits dans cent ouvrages !'
Domitia Lucilla, nommée deux fois par Jules Capitolin, une fois par Spartien (1), une fois dans les œuvres de son fils (2), a fourni k un grand érudit le sujet d'un mémoire plein d'intérêt. M. le comte Borghesi, à l'aide des marques de fabricants imprimées sur un certain nombre de briques romaines, a reconstruit, avec cette admirable critique et cette lucidité particulière qui distinguent ses travaux, la généalogie de la mère de Marc-Aurèle.
Mais son article, inséré en 1819 dans le Giornale Arcadico (3), recueil peu répandu, s'adressait à l'intelligence d'un petit nombre de gens studieux et non aux regards du public qu'un portrait frappe plus directement ; en sorte que la mère de Marc-Aurèle n'a pas pris dans l'opinion des modernes le rang qui lui appartient.
Cette noble femme avait épousé Annius Vérus, frère de Faustine la mère, qui mourut préteur, fils d'Annius Vérus, trois fois consul et préfet de Rome. Elle était fille de Publius Calvisius TuUus et de Domitia Lucilla. Demeurée veuve, en Tan 123 très probablement (4), alors que le jeune Marcus ne
(1) Didius JaliaDOs educatas est apud Domitiam Lucillam uiatrem Marci imperatoris. MU Spart, Did, JuL, I.
(2) Marci Ant. imp. Comment. y lib. VIII, 23. -^ M. Aarële. dans ses lettres à Fronton, parle de sa mère, mais n'a pas écrit sou nom.
(3) Mars 1819, p. 359 et sniv.
(4} La première marque de briquelier où nous voyions paraître le nom de la mère de Marc-Aurèle e^t celle-ci : OP.DOL.EX.PR.DOM P. F LVCILL.PAE
42 DOMITIA LUCILLA,
comptait encore que deux années, Lucilla s'appliqua avec un ^ soin tout particulier à diriger l'éducation de ce précieux en-r faut; son intelligence nous est révélée par le choix des maîtres auxquels elle confia l'instruction de son fils.
Marc-Aurèle avait présente à l'esprit la bonne réputation de son père, il voulait rendre hommage à sa mémoire, connue il le dit lui-même, en imitant sa mâle vertu : TLapa 'Tfjq S6Çiqç xal pLVi^|ji.T]ç, Tîjç irept Tou yevvT^iffavToç, to alSfJiAOv y,a\ àp^evtxiv ; mais c'est à sa mère qu'il reporte l'honneur de lui avoir enseigné la piété et la libéralité, de lui avoir appris non seulement à s'abstenir de faire le mal, mais à ne pas même en concevoir la pensée, à fuir le faste et le luxe : Ilapà vl^ç [kt^fzpbç, to Oeo^eôàç xa\ yszcâowtià^ * xal è<p6XTtx6v oi jAdvov toO xaxexoteTv, iWa xat tou m ewo(aç yhta^cti tôtaÙTYjç. "Kti 8à TO XtTàv xatà t^v Stetav xat ic6p^(i> -rtjç i:Xouc(axi}ç iioTftùyf^ç (1). La tendresse maternelle, la sollicitude de Domitia Lucilla nous sont encore démontrées par le genre de calomnie auquel elle était en butte à la cour d'Antonin. Quoiqu'elle fut aussi belle que sa belle-sœur Faustine (la médaille de Nicée nous montre des traits fins et réguliers), on ne s'attaquait pas à ses mœurs, suivant l'usage romain, mais on l'osait accuser de faire des vœux pour que la mort de l'empereur hâtât le moment où son son fils jouirait de la puissance souveraine. Un jour qu'elle priait dans un jardin, un courtisan, Yalerius HomuUus (probablement celui qui fut consul en 1^2), la montrait à l'empereur en disant à voix basse : « La voilà qui demande ta mort et l'avènement de son fils. » Mais, ajoute Gapitolin à qui nous devons ce récit, Antonin fut peu touché de cette remarque; la probité et la modération de Marcus étaient pour lui de trop sûrs garants des vertus de Lucille :
« Erat autem in summis obsequiis patris Marcus, quamvis non deessent qui aliqua adversum eum insusurrarent, et pr» caeteris Yalerius Omulus : qui quum Lucillam matrem Marci
. TINO ET APRON COS, Opus doliare ex prœdiis Domitife Publii filiœ Lucillie. PsbUdo et AproDiano consulibus (an 123). Orelli, n^ 856.
(1) Marc. Ant. imp., Comment,, lib. I, 2 et 3. Quant au paragraphe 16, qui commence par ces mots : Ilapà toO icaip^c, il est facile de voir, on le lisant, qu'il se rapporte tout entier à Antonin.
in viridario veneranlem simulacrum ApoUinls vidisset, insusurravit : Illa nunc rogat ut diem luum claudas etfilius imperet; quod omnino apud Pium nihil valuit : tanla erat Marci probiiaSy et tanta in imperatorio principatu modestia (1). »
Au culte de LuciUe pour Apollon peut se rattacher une inscription gravée sur un cippe trouvé à' Rome, près de la porte Poriuense, monument dont la copie nous a été conservée par Doni et Huratori (2) :