OBSERVATIONS SUR LES JANUS QUADRIFRONS
Sans me permettre de discuter hâtivement les opinions de M. le commandant Mowat, relativement au culte de Janus dans la Gaule, je me borne à établir que le personnage qui a pour symbole la tête de bélier (bélier à corps de poisson dans la statuette) est bien exactement tricéphale.
Le symbole de la tête de bélier relie tous les monuments dont il vient d'être question; mais ce symbole est l'abrégé d'un animal à corps de poisson. Il ne faut pas étudier l'un de ces monuments isolément en le séparant des autres.
(Extrait dn tome I du Musée archéologique, Paris, 1876, pp. 3640.)
Dans le dessin exécuté par M. Louis Leguay (i ) , on distingiie
très nettement le nom ATIIPOMARVS (Atepomarus), connu
depuis longtemps par les archéologues, qui Tout relevé soit
dans les textes, soit dans les inscriptions. Plutarque, en ses
Parallèles y cite d'après Aristide de Milel, un roi des Gaulois
nommé Atepomarus ( 'ATSTépiapoç FiXXwv PacjiXeu;) qui fut le
héros d*une aventure dont on a révoqué en doute Tauthenti-
cité (2). Le traité des Fleuves, attribué à Plutarque, nous a
conservé un passage de Glitophon de Rhodes dans lequel il
est question d'un chef gaulois du nom d' Atepomarus, qui avec
Momorus (Mwjxops;) aurait été le premier fondateur de Lyon (3) .
Gruter, dans son grand recueil, a inséré une inscription de
Narbonne qui lui avait été communiquée par Scaliger :
VENVSTA ' ATEPO MARI - LIBERIA SIBI ET MELISSO LIB SVO • VIVA FECIT-
Mais un point placé entre TE et le P du second nom avait fait
(1) [fucripiion gallo-romaine inédite, par L. Leguay. Musée archéoL, t. I, p. 33, vignette.
(2) Parall.,c. xxx, et dans les Fragm. hist. grsc. de MQller» 1831, t. IV, p. 320,
(3) Pteudoplutarchea, ibid., p. 367.
supposer qu'il s'agissait là d'une Vcnusta Até, aiïranchie df Pomarius; en sorte que le document échappait à rallention des explorateurs de l'antiquité gauloise (1). Le doute n*estplus permis maintenant ; mais déjà, en 1865, M. Adolphe Piclel. publiant une savante étude sur les noms d'hommes gaulois, avait enregistré l'indication que nous avions eu le plaisir de lui fournir à ce sujet (2).
En 1807, Grivaud de la Vincelle, décrivant les anliquilés recueillies dans les terrains du Luxembourg, donnait une liste des noms de potiers relevés sur un des vases rouges, où Ton remarque les notes suivantes :
« N'* 7. — ATEP. Peut-être cette marque est-elle celle à'Alerttis; et alors le P serait à la place de l'R. Ce nom se trouve dans Gruter (Aterius).
« N** 10. — ATEPOMA. L'A se trouve dans la seconde partie de l'M. C'est peut-être Aterius Romamis (3). »
Au commencement de ce siècle, on étudiait fort peu les noms gaulois, et les hésitations de Grivaud de la Vincelle se comprennent très facilement.
En 1828, Orelli, dans son Amplissima collection insère parmi les noms de potiers provenant de Lunncren près Zurich, ...EPONA (Deœ Eponae fortassc nomen) (4), et celte leçon se retrouve dans la collection des inscriptions antiques de l'Helvélie publiée par le savant épigraphiste en 1844 (3). Mais la même estampille, examinée par M. Th. Mommsen, prenait la forme A...EPOMA (6) dans laquelle M. Pictel a fort bien discerné le nom Atepomarus (7).
C'est encore le même nom au génitif (Atepomari) que nous
(i) Inscrip. antiq, (ortius orbis Romani, MXLM, 9. Le nom ne figure d«B-« Tindes qu'à Tarticle de Venusta A te Pomari liberta. Cf. Revue numimatiffue, 1860, t. V, p. 180. — P. 474 du tome H des Œuvres de A. de Longpêrier,
(2 Revue archéol., février i^6\ p. 11 i.
(3i Antiguiiés gauloises et rom. recueillies dans les jardins du palais du Sénat, in.4», p. 147, elpL VUL
(4) Geographica. p. 132, n» 460.
(5) hiscript. Hehetix, in-4«, p. I9S, n» 267.
(6) InscripL HWin?/.. 1854,Zflrich, in-4». p. 92. coH. 2, n» 82.
(7) Ubi supra.
devons reconnaître dans les marques de potiers ATEPOM, ATEPOMAN, AIEPOMAI, relevés parM.Bonsergent, sur des vases recueillis en Poitou (1).
Un marbre antique trouvé à Orléans en 1846, longtemps négligé, et acquis ensuite par M. le comte de Pibrac, qui en fit don au musée de cette ville, porte Tinscription fragmentaire que voici :
....ELIVSMAC ....POMARI ....SENONI .... CEN AB ....VOSSIBI
«Iqui a été soigneusement commentée par M. Léon Renier (2). Lv nom mutilé d'Atepomarus y reparaît à la seconde ligne.
On le voit donc, Atepomarus est un nom très certain. II se rattache, d'une part, aux noms commençant par le groupe ATE, tels que Atepo {Centullus Ateponis /., Nîmes), Ateboiluus, Ateporix, Atepillus, Atecingus, Atemerus, Atesmerius, Atespatus, Atessates, Ateciritus, Ategnata, etc. ; d'autre part, il celle riche série de noms à la terminaison MARVS dont on peut trouver une liste fort abrégée dans la Revue archéologique do 1873 (3).
Quant au sens qu'il faut lui attribuer, nous nous bornerons à renvoyer le lecteur à l'opinion émise par M. Pictet, beaucoup plus compétent que nous en ces sortes de matières (4). Nous irinsisterons pas non plus sur la forme particulière donnée au caractère E dans le nom ATIIPOMARVS. Nous avons déjà à nous reprocher d'avoir fatigué l'attention des antiquaires par l('s développements trop abondants que nous avons autrefois
(1) Archives historiques du Poitou, 1872, t. I«', p. 355.
,2) Comptes rendus des" séances de t Académie des inscript, et beUes-lettres, ïnir«1865, p. 91.
13) Oclobri' 1873, p. 261. — P. 249 du présent volume. — Elle ne contient que la moitié u peine des noms rassemblés par nous.
i*) Ibi supra.
apportés à Thistoire de celte lettre et du caractère M (F) qui appartient au même alphabet (1).
Maintenant que le nom Atepomarus est définitivement classé dans l'onomastique gauloise, il devient bien évident que ce n'est point une appellation de fantaisie forgée par des écrivains grecs. Dès lors, il semble que les récits d'Aristide et de Clilophon accueillis par Plutarque pourraient n'être pas tout à bit sans valeur. En ce qui concerne l'aventure d' Atepomarus, massacré par les Romains avec sa troupe, après une nuit d'excès, je remarque que Polyaen nous a laissé un récit presque identique à celui d'Aristide (2). Le fait en lui-même n'est pas en désaccord avec ce que nous savons des mœurs assez ardentes des Gaulois du iv' siècle de notre ère. Dans tous les cas les critiques auront à tenir compte de l'apport épigraphique.
N'ayant point vu l'original copié par M. L. Leguay, je n'ose me permettre de hasarder un avis sur le groupe de caractères qui précède Atepomarus. Mais si l'on y reconnaissait ...NIIRTVS, je recommanderais aux antiquaires qui en entreprendraient l'interprétation de se rappeler les noms Cobnertus, Esunertus (Urogenonertus), Nertus qui se relient à la famille des Nertagus, Nertomarus, etc. — Nertus est le nom d'un fabricant, imprimé sur un vase de terre rouge trouvé à Londres.
Urogenonertus demeure incertain ou plutôt contesté. Ce nom figure dans une inscription lyonnaise souvent reproduite depuis le xvi" siècle, et il a été interprété de diverses manières.
D. (Aseia) M ET MEMORIAE AE TERNAE VROGENO NERTI VET- LEG XXII • PF- ACCEPTIA ACCEPTA CONIVGI CARISSIMO ET SIBI VIVAPCET SVBASC
DEDICAVIT
(1) Revue numismatique, 18S6, 1. 1, p. 73 et guiv.; et 1860, t. V, p. 175 et Miiv. — Pp. 392 et suiv. et 470 et sniv. du tome II des CEuvre* de A. de Lonjpérirr
(2) Poljsni Slratagemata, VIII, 25.
Copiée d'abord par Guillaume Paradin (1), elle fut réimprimée par Gruter qui, dans son index, en tire les noms Urogenus Xertes (2). Spon y vit le nom Urogenonertus qui, disaitil, paraissait être de l'ancien gaulois (3). Ménétrier partageait certainement cette opinion, puisqu'il cite l'épigraphe à propos « des soldats vétérans qui ont la plupart des noms gaulois. (4) »
Le chanoine A. S. Mazochi donne en texte courant Urogenonertij et cite la leçon de Tindex de Gruter (5). Gomar^ mond enregistre Tinscription sans commentaire (6); et M. de Boissieu en revient purement et simplement au système Gruterien (7). Enfin M. Monfalcon inscrit dans sa table les noms Urogenus NertuSy parti inadmisiyble, puisqu'il suppose un des deux noms au datif et Fautre au génitif, sans indice de filiation (8). M. AUmer a pensé qu'on pouvait suppléer deuxl, et adopte la leçon Urogenius Itiers (9). Cependant il faut observer que Zeuss admet sans aucune difficulté Urogenonertus parmi les noms gaulois (10). Il convenait d'indiquer ces variations, sauf à réclamer l'examen de la question qui rentre, jusqu'à ce que l'on découvre un monument plus explicite, dans les attributions des philologues spéciaux.
[\) Mémoires de VHist de Lyon, 1573, in•^, p. 426.
(2) ÏMcript,, DLXX, 6.
(3) Recherche des antiq, et curiosités de Lyon, 1675, in-S®, p. 30.
(4) Hitt, civile ou consulaire de Lyon, 1696, in-fol., p. 53 et 94.
(5) De dedicatione Sub Ascia, Naples, 1739, in-S», p. 32.
IS) Musée lapidaire de la ville de Lyon, 1854, in-4o, p. 442, n« 56.
(7) Inseript, antiques de Lyon, 1854, in-4o, p. 330.
(8) Recherche (de Spon), nouveUe édition, 1857, iQ-8«, p. 32 et 394. La pierre tar laquelle est gravée rinscripUon étant anjonrd'hui employée comme chambranle de porte dans une maison de la me Talaru, il eût été à souhaiter que Vèdltear de Spon eût contrôlé le texte qu'elle présente encore.
(9) inscriptions antiques de Vienne^ en Dauphiné, 1874, in-8S t. H, p. 82. — Il a existé & Lyon une famille Urogenia (Gruter; CCCCXC, 9), mais ce ne serait pu un obstacle à Fadmission du composé Urogenonertus.
fiO) GrammaHca celtica, 1853, p. 12.