DRACHMES DES GAULOIS INSUBRES
Ces diverses considérations doivent nous aider à rectifier la lecture d^un mot inscrit sur une autre drachme au type marsi'illais, mounaie d'imitation, de style assez rude, et postérieure à la belle drachme d'Anarékartos. Joachim Leiewcl avait lu sur un exemplaire de cette monnaie 0>I:4QI1, Lireko, et rattribuail aux Aulerci Branno vices (1). M. de LaSaussaye, étudiant un autre exemplaire, dont la légende était malvenue, y voyait W"AQI1, lÀbeki, et cherchait dans ce mot le nom de Ubici qui aurait existé près des Ora-Lybica ou embouchures occidentales du Rhône (2). M. Julius Friedlsender publie la figure d'une drachme qui fournit distinctement iOM'^QHi ^oupe transcrit par lui pirukos; mais dans lequel, en tenant compte des faits exposés plus haut, on lira Pirakos, c'est- à- Aire Téquivalont exact du nom BIRACOS, inscrit sur une très rare monnaie d'argent que M. de Saulcy avait acquise en Angleterre, et qui a passé avec sa collection au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale (3). Notre savant confrère a proposé de lire Biragos, ce nom qu'il compare à celui d'un chef breton mentionné par Juvénal :
Regem aliquem capies, aut de temone Brituîino Excidct Arviragus (4).
Cette conjecture n'a rien que de fort admissible et se trouve ftnlifiée par la découverte de Tinscription de Briona. L'identité de pokios et de bogiiis autorise pleinement l'assimilation de Pirakos et de Birayus.
Les deux drachmes publiées par M. Fricdlaender offrent donc des noms d'hommes, des noms de Gaulois Insubres, et ainsi s'explique le type gaulois-phocéen qu'elles portent.
On pourra rapprocher le nom Biragos des noms Biraca-
(1) Etudes numùmatiqites ; type gaulois, 1841, p. 5, et vign. du titre.
(2) Sumism. de la Gaule narbonnaisCf 1842, p. 92.
(3) Num. antiq, collegii olim Thomas Pembrochix cornes^ 1746, port. 2, pi. 94, û« 7. — Miounet, Descripf, des méd, ant., suppl. t. I, p. 152, n» 11. — Rev, ttiim., 1860, pi. Vin, n» 11, et p. 173.
(4} Sat. IV, V, 126, 127. — L'article Àr clungeant le B qui le suit eu \\ ^loo le mode armoricain.
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tus et Biracillus, que présente une inscription de Dijon, copiée par Bimard de la Bastie (1) ; et peut-être aussi du nom de BirragOj père de Bellatulus, relevé à Gratz, en Styrie (2).
Le nom gaulois Biragus, constaté dans la région dont Mediolanum des Insubres est le centre, il nous sera permis de faire remarquer qu'il s'y est maintenu jusque dans les temps» modernes. Les signori Biraghi dont, au xvi* siècle, Francesco Sansovino écrivait : « Si dice che sono più di mille anni che la famiglia Biraga è illustre nella città di Milano (3), >> ont rapporté dans la Gaule ce nom qui, depuis le temps de François I", y a joui, pendant deux siècles, d'une grande notoriété.
Sur le monument qu'il fit ériger en l'honneur de sa femme, Yalentine Balbiani, dans l'église Sainte-Catherine-du-Val-des- Écoliers, à Paris, le chancelier de Charles IX avait inscrit son nom, Renatus Biragus^ tel qu'on l'oilhographiait en Italie. C'est la forme qu'on trouve encore sur le grand et beau médaillon qui fut exécuté de son vivant : RENATVS BIRAGVS FRANCIAE CANCELLARIVS ANNO AETATIS SVAE LXX(son épitaphe nous apprend qu'il est mort âgé de soixante-dix-sept ans, en 1583) (4) ; tandis que son contemporain, le fameux imprimeur de Lyon, Guillaume Rouville, qui l'avait comiu lorsqu'il était gouverneur de cette ville, lui forge un nom bizarre : Renatus a Biragua, mauvais calque du français Befie de Birague (5). Un autre contemporain, Jacques- Auguste de Thou, en maint passage de ses écrits, emploie la forme Biragus^ à la fois latine, conforme aux habitudes de lltalie du moyen âge, et, de plus, foncièrement gauloise, ainsi que nous espérons l'avoir établi.
(1) Murât, Nov, Thés, f nxcr., aicLXXTiii, p. 2.
(2) Gruter, Thesaur, inscript, ^ dcclxiii, p. 6.
(3) DeUa origine e de* fatti délie famiglie illustri d*Italia, Venise, 1582, feuillet 27 v».
(4) Hurtaut et Magny, Did. hist. de la ville de Parisj i779, t II, p. 93 et 96.
(5) Promptuaire des médalles des plus renommées personnes qui ont este' depuis le commencement du monde, Lyon, seconde partie, 1581, p. 292.
ih.
L\y jioyuMEXT DE L'ASTRONOMIE GRECQUE. D'iB Evwevbunfjen des Kàniglichcn . Miinzkahinets im Jahre 1876, par le D' Julius Friediander. Berlin, 1877, in-8°.
Extrait du Journal des Savaitts^ novembre 1877, pp. 700-704.)
Parmi les monnaies précieuses à divers titres qui sont venues récemmeut enrichir Je Cabinet des médailles de Berlin, déjà si heureusement accru par Tacquisition des grandes coilcclions de M. le général Fox et de M. le baron de Prokesch-Oslen, M. le docteur Julius Friedlaender décrit un tétradrachme aussi singulier qu*intcrcssant. Il a élé frappé à Uranopolis, ville qui, suivant Démétrius de Sccpsis, cité par Slrabon, a été fondée par Alexarque, fils d'Antipaler, près du mont Athos, au point où s*arrètait le canal creusé, dit-on, par ordre de Xerxès (1). Le style de ce tétradrachme est beau et oiïrc une grande analogie avec celui des monnaies de même valeur frappées au temps d'Alexandre le Grand et de ses premiers successeurs. On peut donc le considérer comme une œuvre d'art de la fin du iv" siècle avant noire ère, et peutêtre même comme un monument commémoratif de la fondation de la ville. Jusqu'à présent, on ne connaissait, en fait de monnaies d'Urànopolis, que des petites pièces de bronze portant la légende OYPANlAnN nOAEni (2). Le tétradrachme du Musée de Berlin est tout à fait exceptionnel. Mais
(!) Strab., Geogr,, Ub. VII, fra^. 3; Athcn., HI, xcviii; Plin., i\at, hisL, IV, x \(n[. Littré, 17). Aleiarque était frère de Cussaadre, roi de Macédoine.
'2) La légende de ces inonnaieâ avait d abord été lue incorrecleiuent OYPA" NIAI nOAEnZ ; Eckhel, Amwi. vet. anecd, U^ÏS), p. 69; Miounet, Descr* fU$ méd. a»/., t. 1 (1806), p. 505.
372 UN MONCMKNT DE L'ASTHONOMIE GRECQUE.
on ne saurait, pour ce motif, ea suspecter l'aulbeDlicilé. Vendu par M. Paul Lambros, habile connaisseur d' Athènes : payé 3,500 francs par M. J. Friedlœndcr, qui l'avait, après d'autres savauts numismatistcs , examiné avec tout le soin que comporte un objet d'un pareil prix, il se présente à nous entouré de garanties qui nous autorisent h en parler quoique nous ne le connaissions qu'à l'étal de dessin. 11 faut obser\~er que le poids de celte monnaie : 13k%50, se rapporte plutôt au lélradrachme du temps de Philippe qu'à celui d'Alexandre son f)l8(l}. On voit sur une face de cette monnaie le soleil entouré du croissant de la lune et de cinq autres planètes rangées en cercle. C'est une représentation abrégée du firmament. Au revers, Uranie vêtue d'une tunique ialaire et d'un péptus. assise sur un globe; la Muse porte une coiffure conique élevée, surmontée d'un astre ; elle tient de la main droite udo haste au sommet de laquelle est un cercle ou disque avec point central (« den Wcltkreis mil der Sonne?, » dit M. Fricdlwiider) ; des bandelettes y sont attachées. Dans le champ un Oambcau trapu , semblable à ceux dont les coureurs faisaient usage dans les lampadophorics, et la légende OYPANlAnN.
Le soleil n'est point représenté sous la forme stelluire que lui donnent fréquemment les monuments antiques. II est figuré comme un globe de grande dimension, duquel s'échappent de courts rayons composant une sorte de frange lumineuse {2). C'est là un type qui mérite d'être signalé aux historiens de l'astronomie. Il Faut aussi remarquer que cet astre est placé au centre du système céleste, et non pas rangé à côlê d'un groupe de planètes comme nous le voyons, par exemple, le beaucoup antérieur au tétra-
sur un cylindre babylonien i
(i) Voyei V. Vazquez Queipo, Esiai iiir les njstémcs métriquet el mondain tables, i" paMie, p. 130.
(3) Sur les putits bronzes d'UrauopolU, oa volt un sobil tout aulrcmeol r