‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 2 sur 280 · DE MARCUS VIPSANLUS AGRIPPA · texte numérisé non relu

DE MARCUS VIPSANLUS AGRIPPA

III, 14, 1-4) n'a pas négligé cette allusion mythologique en rhonneur d^Auguste revenu de la Péninsule :

Herculis ritu moilo diclus, o P/e6.s.

Morti venakm peliisse laurum, Cœsar Hispma repeiii Pénates Victor ab ora.

Plusieurs villes d'Espagne, Gadës, Caesaraugusta, Celsa, placèrent la tète d' Agrippa sur leurs monnaies. A Saragosse, Teffigie décorée de la couronne rostrale et entourée de la légende M. AGRIPPA. L. F. COS III pourrait être confondue avec celle de la monnaie romaine. Mais le revers nous montre les noms de duumvirs et le type du prêtre qui trace Fenceinte de la colonie.

A Cadix» l'ami d'Auguste reçoit les titres de Paironus mu^ nicipii^ de Parehs municipii; son portrait remplace la tête d*Herculc, type habituel de la monnaie; son nom et ses titres, M. AGRIPPA COS m MVNICIPI PARENS, accompagnés de Taplustre, symbole de victoire navale, sont associés à l'image du dieu phénicien (1).

Qu'y aurait-il donc d'étonnant à ce que le moyen bronze au type de Neptune ait été, à l'aide d'une variante, Faddition de la dépouille du lion, accommodé pour la circonstance?

Ce n'est pas, au reste, la seule modification que le type primitif ait subie. Il y a une vingtaine d'années, j'ai vu à Londres, entre les mains de feu John Doubleday, un moyen bronze d' Agrippa dont le revers présente, placée aux pieds de Neptune debout, une petite Scylla semblable à celle que porte le denier d'argent de Sextus Pompée , sur lequel on lit : PRiEF. ORiE. MARIT. ET. GLAS. EX. SC. Je fis alors de vaines tentatives pour acheter cette pièce, que j'aurais voulu donner à notre Cabinet des médailles de Paris. Malgré l'obligeance dont il m'a bien souvent fourni des preuves, Double-

(1) Florez, Medallas de Espana, t. 1, lab. VHI, n" 4, 5; t. H, teb. XXVI, u" 5, 6, 7, 8; lab. XXVH, d» 1; tob. LU, n» 9. — Eckhel, JVf/m. vel, anecd., tab. f, uo i. — DelHado, Catalogue Loridts, ao* 262 ù 264, 623 à 623, 699, 8)6, 901 à 903.

day ne put jamais se décider à me laisser emporter en France une pièce si rare et si singulière. Je ne saurais donc en publier le dessin ; mais le lecteur n'éprouvera aucun embarras à se la représenter, car les deux figures mythologiques qui viennent d'être indiquées sont connues de tous les numismatistes.

Ainsi que Visconti Ta dit, « les rapports entre le dieu de la mer et le destructeur des flottes de Sextus Pompeius et de Marc-Antoine sont faciles à saisir (1). » J'ajoute que la Scylla convenait très naturellement à un personnage qui avait eu la Sicile pour théâtre de ses exploits. Les succès qu'Agrippa obtint sur terre près de Messine, ses victoires navales près de Milae et de Naulochus, justifieraient l'adoption du type que je viens de signaler. Mais je crois qu'en plaçant aux pieds d'un Neptune, relativement colossal, une petite figure du monstre gardien de la côte sicilienne, que Sextus avait pris pour emblème de la vigilance et de la force qu'il apportait dans ses fonctions de prœfectus orœ maritimœj on a voulu exprimer tout particulièrement le contraste que présentent la confiance et la défaite du fils de Pompée.

Suétone nous dit assez que cet important événement devait être attribué à l'habileté d'Agrîppa, et nous n'en voudrions pour preuve que le sentiment dont Caligula était animé lorsqu'il abolissait les fêtes destinées à célébrer les victoires d'Actium et de Sicile (2). On sait qu'il ne voulait pas permettre qu'on rappelât qu'il avait eu pour ancêtre un membre de la famille plébéienne Vipsania. Mais si ce fou couronné n'estimait pas qu'Agrippa fût d'assez bonne maison pour avoir l'honneur d'être son aïeul, les peuples du temps d'Auguste n'en ont pas moins cru possible d'assimiler à Hercule et à Neptune ce grand capitaine qui avait fait triompher les armées impériales.

M. Raoul-Rochette, dans un article destiné au Dictionnaire

(1) Iconogr, rom,, t. I, p. 210.

(2) « Actiacas siculasque vetuit Bolemoibua feriia celebrari. » Suetoo., Calig,, 23.

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