‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 3 sur 280 · DE MARCUS VÎPSANIUS AGRIPPA · texte numérisé non relu

DE MARCUS VÎPSANIUS AGRIPPA

de TÂcadémie des beaux-arts et publié par avance dans la Bévue archéologique , dit qu'une « médaille de moyen bronze d'Agrippa avec les lettres S. C gravées dans le champ du revers, qui indiquent, qu'elle a été frappée en vertu d'un décret du sénat, ofTre sur la face principale la couronne murale et rostrale, et au revers, Neptune debout, portant sur la main droite un dauphin (1). »

On a lieu de croire que le savant archéologue, qui avait peu étudié la numismatique romaine, a confondu le type des monnaies de moyen bronze avec celui des pièces de métaux différents, quoiqu'il ajoute, quelques lignes plus bas : « La même couronne se voit sur la tète d'Agrippa, type principal d'une autre monnaie qui existe en or et en argent, etc. » Il y a là une seconde erreur, puisque ces monnaies nous montrent, au revers de la tête d'Auguste, le portrait d'Agrippa, accompagné du nom des officiers monétaires Platorinus ou Lentulus, et par conséquent avec tous les caractères d'un type secondaire. Quoi qu'il en soit, je n'ai jamais pu découvrir le moyen bronze d'Agrippa présentant la couronne murale et rostrale, et je vois qu'après toutes les recherches auxquelles il s'est livré, M. H. Cohen ne l'a point rencontré non plus. Lorsque l'Académie des beaux-arts donnera à l'impression la seconde livraison du Dictionnaire qu'elle publie avec tant de luxe, il sera peut-être bon de modifier dans la biographie d'Agrippa le passage que j'ai signalé, afin d'éviter aux artistes, peintres, sculpteurs et graveurs, le soin de chercher un monument que les numismatistes ne pourraient pas leur fournir.

Je ne saurais parler d'Agrippa sans mentionner l'opinion exposée récemment par un antiquaire de Nîmes, M. Auguste Pelet, qui croit devoir reporter à l'époque des Antonins la série de monnaies offrant la légende COL. NEM.

M. Pelet reprend le système de Jean Poldo d'Albenas, qui, il y a trois cents ans, prétendait que ces monnaies représentent, non pas comme tous les numismatistes le croient, les

(1) Hev. arch., t. ÏX, 1852. p. !74.

portraits d'Auguste et d'Agrippa, mais ceux de Marc-Aurèle et de Lucius Vérus (1).

Il suffit, je pense, de considérer avec quelque attention les monnaies de Nîmes pour reconnaître qu^elles* appartiennent bien réellement au i®' siècle avant Jésus-Christ. Sur les exemplaires les mieux frappés, on distingue parfaitement la tête tournée à gauche, ceinte d*une couronne rostrale, décoration glorieuse pour un général, mais qui serait étrange pour un empereur. Enfin, ce qui domine toute la question, les tètes ne sont pas tellement mal gravées qu'on ne puisse en distinguer très exactement les traits; or, ces traits sont ceux d'Auguste et de son gendre. On me permettra à moi qui ai continuellement sous les yeux, au Louvre, les deux plus beaux bustes d'Agrippa et de Lucius Yérus, d'être familiarisé avec la physionomie particulière de ces personnages, et je crois, par conséquent, être en droit d'affirmer que les monnaies de Nîmes portent la tète d'Agrippa, assez bien reproduite pour ne laisser aucune incertitude.

Mais tandis que M. Pelet retire à Agrippa les bronzes de Nîmes, d autres antiquaires s'efforcent d'enlever ces mêmes monnaies à la capitale des Volces Arécomiques pour les donner à l'Auvergne. En 1857, M. Mioche lisait à l'Académie de Clermont une notice sur les médailles dites de Nimes, dans laquelle il proposait ce changement d'attribution. M. Mathieu, peu après, reprenait l'opinion de son confrère et s'exprimait ainsi dans l'ouvrage intitulé Des colonies et des voies romaines m Aiiv^fffne : « Les abréviations COL. NEM. se compléteraient très bien par COLONU NEMOSSENSIS ou NEME- TENSIS, colonie de Nemossos ou de Nemetum, les deux noms primitifs de Clermont, contemporains Tun et l'autre de la bataille d'Actium... Ces monnaies coloniales, aux têtes

(1) Essai sur les médailles d^ Nemausus, dans les Mémoires de C Académie du Gard, 1860. — Spon dit, en parldok de Poldo d'Albenas et de sod explicaUoo des monnaies de Nîmes : « Il estoit pardonnable, en ce que la science des médailles n'estoit pas cultivée de son temps avec tant de soin quelle Test à présent. » Recherches curieuses dantiqmté (1683), p. 166. Sommes-nous moins avancés qu'on ne Télait lorsque Spon écrivait ces lignes?

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