Coll. do Boic. iToin
CeuX'^i ne sont pas méconnaissables dans une scëne de roman retracée sur une plaque d'ivoire, travaillée en bas-relief
vers la fin du siii'' siècle. Une princesse gémit dans le château fort, gardée par deux farouches geôliers; elle joint en vain les mains dans une attitude suppliante. Au premier plan, un chevalier cherche à délivrer la princesse , en perçant de sa lance un enchanteur qui la retient et se défend à Taide d'une massue (1). Un autre ivoire, dont nous regrettons de ne pouvoir donner ici le dessin , existe chez un marchand d'antiquités de Paris (2); environ trois fois plus large que celui dont nous venons de parler, et sculpté au xiv" siècle, il représente un chevalier, la tète couverte d'un bassinet , armé d'un écu et d'une épée, à l'aide de laquelle il vient frapper un sauvage entièrement velu qui de la main droite lève une massue au-dessus de sa tète. De la blessure de l'enchanteur sort un flot de sang qui tombe dans un grand vase sphérique à très petite ouverture et s'échappe ensuite à droite et à gauche par des dégorgeoirs en forme de gargouilles. De l'autre côté de cette singulière fontaine , le chevalier (ou son écuyer) se fait remettre une clef par un individu barbu et vêtu d'une longue robe , qui nous parait un enchanteur travesti. Cette clef doit ouvrir la porte qui donnera vraisemblablement passage à une princesse injustement retenue prisonnière. C'est là, en efiet, le fond de la question. Le sauvage velu et géant (3) est essentiellement gardien. Aussi, au xiv* siècle même, le voyons-nous chargé de tenir l'écu de France sur différents mereaux ; armé d'une épée , comme le roi sur les écus d*or , il semble préposé à la garde de l'emblème national. Un mereau qui (aussi bien que les deux autres) existe dans la collection do M Arnold Morol-Fatio , nous montre un sauvage velu placé sous une ogive, entre deux arbres, et portant dans sa main droite un petit cube que nous croyons être
(1) Mémoires de V Académie des imcriptions, t. XVm, p. 322 et pi. annexées. Cinq bos-reliefs d'ivoire provenant t^^^ certainement d'un coffret, avaient été achetés par M. de Bose, et Levesque de la Ravallérc les a commentés d'une manière fort intéressante.
(2) M. Malinet, quai Voltaire, n» 9.
(3) Voir ce qae nous avons dit de ce caractère : Mém, de la Soc. roy, desAnt. de France^ t. V, p. 392 et suiv. ^ V. pages 52 et suiv. du présent volume.
un poids, & en juger par la légende •§• porr pohtbot poitboi qui se lit au revers autour d'une croix fleurdelisée ; ici l'on confiait au sauvage la garde du poids-étalon.