Cori. Morcl-FsHo
Peu & peu on se familiarisa avec les terribles sauvages ei l'on se plut à les représenter capUfs. Dans notre premier travail sur les figurines de fer nous gavons fait allusion à h célèbre aventure de Charles VI , mais nous croyons utile de rapporter ici les expressions mêmes de Juvénal des Ursinsqui nous en a transmis le récit.
« Audit temps (1392) le Roy avoit aucunement recouvetl santé et luy donnoit-on le plus de plaisance, comme dicl esl. qu'on pouvoit. Et fut ordonnée une feste au soîr en l'hostel Ae la Royne Blanche, à sainct Marcel, prës Paris, de hommes sauuaiges enchaisnez, tous velus. Et estoient leurs habiDemeots propices au corps , velus , faicts de lin , ou d'estoupes attachées à poix résine , et engressez aucunement pour
mieux reluire Et d'iccux hommes sauuaiges est à noter
que le Roy en estoit un » (1).
La description de cette mommerie est complétée par Froissart en ces termes :
« Les cottes estoient couvertes de délié lin , en fonne et
couleur de cheveux quand ils furent tous six vestusdeces
cottes (qui estoient faites à leur point) et ils furent dedans cousus et joints, et ils se monstroJent estre hommes sauuages, car ils estoient tous chargez de poil, depuis le chef lusques à la plante du pié >' (2).
(1) Juvénal des Ursins, Ithi. de Cfim-lei VI, Pafia, )6U, in-*", p. )lî e' "^
(2) Froissart, Ut. IV, chap. 52.
Peut-être est-ce en souvenir de celte mommerie que noua voyons figurer dans un jeu de cartes numérales, gravé sur bois vers 1440, et qui appartient à M. d'Hémuville, trois personnages enlièremenl velus, le roi et la reine de cœur et le valet de trèfle. Le roi qui est couronné et porte un très court manteau, s'appuie sur un tronc d'arbre déraciné; la reine lient à la main une torche qui fail, peut-être disons-nous toujours, allusion au funeste et mémorable rftle que jouèrent les torches dans la mascarade de Saint-Marcel. Quant au valet, U porte sur l'épaule une énorme massue (1).
Au xV siècle le sauvage était un type tout à fait à la mode ; on le voit figurer sur un grand nombre d'édifices de ce temps. Nous avons copié sur la façade d'une maison de Tours que l'on attribue à Tristan l'Ermite (2), et qui dans tous les
cas est bien certainement de son époque, une figure d'homme velu armé d'une massue qui s'nppnHcà frapper un monstre entre les terribles dents duquel il u son bras gauche engagé,
(1) Jeux dei:artct laroti el de taries numfratei âuxit* auxvm* siécU, publiés par la SoclAU des bibliopbllei. PurU, IK44, in-i°, pi, SD. Il est à rcmarqaer que dani eertaini jeui le trèfle est remplace pu la massue et qu'en anglais la Bgore qui correspond au valel de trèfle m nomme Ihe knave of clubi, le valet
{2) Voir 1« Rmie arthiologiqw, 1. I, p. 762.
Deux autres sauvages ont été sculptés dans le chapiteau ■: l'élégant pilier qui soutient la chapelle de l'hôtel de Qudï ils tiennent l'un et l'aulro l'écu d'Ambroise, de gueules à tr,. pals d'or. On fonnaU aussi la date de cet ouvrage de pieni car la ehapcllo fut construite sous Charles VIH par Jaeqofd'Amboise, abbé do Cluny (!}•
Au reste l'usage (le ce genre do représentation était encor dans toute sa force au commencement du xvi' siècle. Ct-s. ainsi qu'à Rouen nous avons remarqué sur une des faces A: l'hfttel que fît bfttlr Guillaume le Rous, seigneur du Bour^rthé roulde, un sauvage velu qui s'accroche & un pilastre; uni frise basse de cet édifice représente, comme on sait, l'entrevudu camp du Drap d'or, ce qui en détermine l'âge d*une manière certaine. A Blois, nous avons dessiné une autre fîgun placée à l'angle inférieur d'une fenf;tre de la maison qu'habi-
tait Florimond Rohertct d'Alluye, trésorier de Louis XII. Ct-l hôtel qui sera prochainement le sujet d'un savant travail, annoncé par M. de la Saussaye, présente toute l'apparence d'un monument dos premières années du xvi* siècle (2). Le sauvage de l'hôtel d'Alluye a le corps ceint d'une double bronche toril) Voir la Revue OTcheologique, t. I, p. S8.
(2) L'hisloricn des cbAteaiii ilc BloJs et de Chambord travaille, ccmme od I.' Eftit, & uno publication intitulée : Églises, Châteaux et Uételi dxt Blttois.
due. Ce détail exprime le caraclère forcslier du personnage. Nous voyons de mi^me une ceinture de feuillage autour des reins de ce géant velu, gardien des mines du Hartz, qui forme le type si pittoresque de bon nombre de thalers, frappés au nom des princes de Brunswick et de Hanovre. Sur ces monnaies, trop connues pour qu'il soit nécessaire de les figurer ici, le géant tient à la main un arbre qui parait être un pin déraciné, emblème parlant du lieu qu'il habite. C'est probablement à la tradition de ce singulier génie, sujet de tant de légendes et de ballades, que la petite ville de Wildemann, situé*^ dans le Ilartz, doit son nom. Hors de la forêt Hercynienne, les sauvages n'avaient pas de raison pour s'armer d'un arbre résineux ; aussi regarderons-nous comme fabriquée en France la figurine du musée de Dijon qui tient une grande branche de chêne, cet arbre si français. On remarquera le soin avec lequel une feuille de cette branche vient couvrir le bas-ventre de In figurine, particularité qui tient, selon nous, à l'inQuence des idées de chasteté chrétienne. Paimi toutes les figures que nous avons réunies ici, et nous pouvons le dire parmi toutes celles en bien plus grand
nombre que nous connaissons, deux seulement présentent une indication de sexe; nous les avons données comme desesccpliona dont on ne trouverait peut-être pas un exemple parmi les figures de bronze, plus soignées, en général, que celles de ter et destinées h être vues de plus près que ces dernières. Nos numéros 3 et 4 appartiennent, il faut le dire aussi, au XV" siècle, âge fort naïf sinon peu scrupuleux, qui vit tailler
838 NOTTCE SUIl LKS FIGURES VELUES
dans la pierre, sur la façade d'une habitation royale et jusque» dans les apparlcmenls d'une reine, ks peu décentes représentations que l'historien du château de Blois n'a pas cru devoir livrer à la publicité. Ma^s voici la différence que nous établissons : à Blois, il est évident que l'intention de l'artiste a été de provoquer le rire par une grossière plaisanterie, tandis que l'attitude grave de nos figures exclut toute idée d'une semblable nature. Sur la statuette du musée de Dijon, les poils sont figurés par des entailles sinueuses pratiquées dans le bronze ; le département des antiques do la Bibliothèque royale possède une figure de fer, armée d'un bouclier et d'une massue, et qui est encore plus inhabilcment traitée. De simples petits coups de ciseau à froid sont destinés à représenter la fourrure du sauvage. On voit que ce détail était tellement connu et accepté qu'il suffisait de la plus imparfaite indication pour satisfaire l'imagination de ce c&té-là et rappeler immédiatement à la mémoire un type généralement admis, ainsi que l'exprime si bien Froissart lorsqu'il dit: « Us se monstroicnt estrc hommes sauuages, car ils estoient tous chargez de poil, depuis le chef iusquea à la plante
r.ou.B,b.roï.».r..«n,m. ^^ pj^ „
Un antiquaire auquel nous avons communiqué la collection de figures que nous publions ici, pense que quelques-unes d'entre elles, particulièrement les numéros 4, 44, 12 et 13, oat pu servir au xv° et au xv!" siècle de cimier, à certains casques allemands.
I! est évident qu'alors que les chevaliers chargeaient le timbre de leur heaume de tant de figures singulières, lu Wll-
demann a dû être choisi par plusieurs guerriers de la nation germanique, qui plus que tout autre adopta la mode des cimiers. Il est aussi fort connu qu'un grand nombre de familles allemandes ont encore aujourd'hui un homme sauyage velu et armé pour cimier de leurs armoiries (1).
Néanmoins nous ne croyons pas que les figurines susmentionnées aient été employées à Tusage dont nous parlons. Un examen attentif de leur état actuel nous fait rejeter cette explication. D'ailleurs, comme nous l'avons déjà dit, les sauvages de fer ont servi à orner, soit des chenets, soit des serrures. Quant à ceux de bronze ce sont des fractions de chandeliers. Le trou cylindrique qui les traverse tous verticalement recevait une tige plus ou moins longue terminée par une bobèche, et cette pratique, qui subsiste encore aujourd'hui, n'est pas d'origine moderne assurément, car nous connaissons bon nombre de candélabres étrusques (2), dont la tige est supportée par une petite statue.
Toutes les figures de chandeliers ne sont pas dans la même altitude. Les unes sont debout, les autres à genoux. Parmi les premières^ nous citerons la statuette conservée dans le cabinet Denon, parce qu'elle est munie d'un bouclier en forme de grand pavois découpé ; la massue manque. La statuette de Gasterlé, si l'on en juge par la pose de son bras abaissé, a dû tenir un pavois semblable. Quant au bronze du cabinet Denon, il a été fondu et ciselé au xvi° siècle. C'est un fait que nous osons avancer, parce qu'il résulte pour nous du style même du monument. Si l'habitude de considérer comparativement des œuvres d'art antiques, du moyen âge et de la renaissance, a pu permettre do distinguer un bronze romain d'un bronze de Florence, une pierre gravée grecque d'une intaille de Pikler
(1) NouB citerons entre autres les Aichman, BerckmaD, Eckhardt, Eisengrein, Hœltzel, Hammer, Heiiuhofer, Uoldteu, Lindeamayr, Liuduer, Schwarizman, Schmeizer, Steiigel, etc.; pour presque toutes rhomme sauvage et sa massue sont comme ou voit des arme parlantes.
(2) V. J. de Wilte : Catahfjue Durand, no» 1893, 1896 (actuollem. à la Bibl. roy.), 1897, 1913 (Bibl. roy.). — Le m^me, Catalotjite CaninOf n»» 257, 258, 259, 261, 262, 264, 265.
OU de Girometti, une médaille antique d'une contrefaçoa ir Padouan ou de Becker, c'est que, par cette habitude, on i appris à reconnaître certains caractères difficiles à déHnir. mais qui sunt inhérents à toute création humaine. C'est ce qo: l'on nomme le faire, c'est l'empreinte du siècle, ce que l'ar-
tiste amis dans son œuvre à son insu, en dépit de lui-même souvent. — Ici, les caractères qui déterminent l'Age sodI si évidents, que nous n'éprouvons aucun scrupule en nous prononçant comme nous l'avons fait.
Les figures agenouillées sont un peu plus rares que If^ autres; nous n'avons pu en découvrir que de 1res peuancicones. L'une d'elles, de très grandes dimensions, nous avait élé confiée par M. Slgnol; elle est entrée depuis dans le cabinel
KMI'LOMiKS Al MU\ K.\ AliK. 211
«l'uiiantiquairc fortinslruit.M.Carraii- Il «si a».sez diflicile de dûtermînt'r ce que celle lîguro, qui nous paraît ètie de travail allemand (tu .wi'siiïcle, pouvait lenirdt.- la main g-auchc. Quant uu bras droit, qui, actuellement, est cassi', Il éluit très certaînuinent amiû d'une mansne, ainsi que l'on {murra s'en con-
vainci'c en considérant notre numéro ti, qui, bien que beaucoup plus petit que la statuette de M. Carran. présente avec elle une très grande analogie. Cette forme de chandeliers n'était pas particulière à la France ou k l'Allemagne, et l'Angleteni.' l'U a connu l'usage. Si nous en croyons Uoucc, le cummcntaleur de Shakspeare, -< the favorite forais of thèse iuanimate candleholders uere Ihose of armed warriors. Sonictimes Ihey were haùif savanes, a fool kneeling on une htep, etc. » (I).
;i; IthitiraliuHs •>/ .■■7ja(i/*(liT. Luuilou. 111U7, t. J, |). DUS,
Le savanl anglais écrivail cette note explicative à la suite t!* deux vers du drame de Henri V :
Thf'ir borsoiiuMi sil like fixed candlesticks Wilh torch-staves in their hands (V.
Le reproche que le poète place dans la bouche de Graudpr< ne serait guère compréhensible, si Ton ne connaissait pas une catégorie de chandeliei*s un peu plus anciens que ceux qu* nous avons décrits et dans lesquels les lumières étaient teout^> par des varlets dont les deux bras sont étendus. C'est de cvtie classe de figures que le docteur Klemm a fait des dietu ye/maim de forme perse : Gotterbilder, in persischer form (2 nous citons textuellement. Pour être juste nous devons expliquer t^omment un érudit aussi distingué que Test le bibliV Ihécaire de Dresde a pu être amené à employer cette bizarri* dénomination. Son erreur n'est pas toute personnelle; ellt' découle de la combinaison de deux erreurs antérieures k ses travaux. Un connaisseur éminent, doué d'un vif amour iK l'antiquité, mais qui vivait à une époque où Tarchéolo^iV orientale était encore à créer, le comte de Caylus a publié dans son recueil quelques figurines de bronze qui lui avaient été envoyées de Rome comme des monuments rapportés de Pei^ par un missionnaire (3). Le savant français possédait déjà une
(1) Henri \\ act. IV, se. ii.
{'2) Handbuch der f/ettnanischen AUerthumskunde, Dresde, 1836, iu-8v, p. <^^*l Les idoles gertiiauiqucs occupeul les planches XIX, XX, et XXl. La preiiii^oontient les figures de chaudeliers de la fiu du XIV^^ siècle ; la seconde, quatr iicrcules agenouillés ; la troisième un hercule velu, la main droite lerce, ^ gauche abaissée pour teuir un bouclier {voyez notre n^ 12) ; à côté, Qou? voyous uue petite tiguriue avec manches et haut-de-chausses tailladés a 1^ façon du xvu« siècle naissant; au-dessous, l'auteur a placé deux figurv^ qui paraissent gnostiques. — Tout récemment, M. Joh. Erasmus Wocel a publi' a Prague un livre intitulé : Gritndzâye der Oœhtnischer Alterthwnskundef M* dans les planches duquel nous avons retrouvé plusieurs divinités germaniqa^^^ sur lesquelles il est bon de fournir des éclaircissements. Tab. H, n* 1, noustniuvons un dieu du Tonnerre, Pérun, qui n'est autre que la figure ordinaire du sauvage velu. M. Wocel croit que la main levée (la massue est perdue), devait lancer la foudre. Les n<» 3, 4, 5, désignés comme des prêtres païens, sont d^^ pieds de chandeliers du \i\^ siècle ; enfin, le n» 8 est un fol avec un bonoet j grelots, portant sous le bras une cornemuse ou une outre, ouvrage du xv^siêclt-
(3) Recueil daiUUiuHés^ t. V, pi. xxxi, n® 1 et *. Figures à bonnet point".
KMPLOVÉES AL MOYEN AGK. 2i:i
figure semblable qu'il avait jusque-là rangée parmi les produits du gnosticisme ; mais plein de confiance dans le récit de son con*espondant italien, il n'hésita pas à rendre à la Perse rt'tte figure qui, aussi bien que les deux autres, existe au cabinet des antiques de la Bibliothèque royale. Aujourd'hui il n'est pas un archéologue en France ou en Angleterre qui ne sache que les prétendues statues perses de Caylus sont des chandeliers de la fin du xiv® siècle. D'autre part, des auteurs, 4iue le savant Schœpflin accuse de manquer de critique, avaient donné le nom de Kmtzniann à une figure de la même espèce qui existait à Strasbourg et ils faisaient de ce KriUzmann un dieu germain. Malgré l'opinion si positivement exprimée du célèbre auteur de VAlsatia illuslrata (l), beaucoup d'écrivains allemands se sont autorisés du Krutzmann pour eurichir le panthéon germanique de toutes les figurines barbares, velues ou non, que Ton a retrouvées de l'un et de l'autre côté du Rhin. M. Klemm ne s'est probablement pas senti le courage de combattre cette erreur, et comme il n'avait pas sous les yeux (et ne pouvait par conséquent pas critiquer) les bronzes que Caylus donne pour perses, il a cru que l'unité indo-germanique, à laquelle appartenaient les Perses et les
i:haud)»e8 longues et coUantet^ ; ceiature métallique un baudeau au luilien des cuisses. Le Qi» 1 faisait partie d*uii flambeau à doux branches ; 1*; n* 2 ne tenait qu'uue bobèche. — PI. xxzii. Figure du même geure que les précêdeates ; le bonnet dilTère cependaut, il se [rapproche du camuil. Cettn figure l'st fixée sur uue table ti'iaugulaire à trois pieds. Ou a tracé partout des hién>glypbes faux et par conséquent illisibles. Ou avait assuré au comte de Caylus que ces hiéroglyphes étaient satu aucun mélange , et il croyait en conséquence (|U6 cette ligure avait pu être fabriquée par les Perses après la conquête de l'Egypte, tnais dans leur pays. — T. VI, pi. xxvni, grande ligure de candélabre ; burlNS fourchue, tête uue; un bras levé, l'autre à lu hauteur de la hanche; rciuture roulée en torsade au milieu des cuisses ; jaquette fermée par dix gros lM)utons ; souliers à la poulaiue. Caylus en fait un Bacchus égyptien traité par iet Étrusques. -^ L auteur du Traité de la religion des GauloiSy dom .Martin, a publié (t. I, p. 470, flg. 2), un sauvage velu, dont la main droite est levée. Le savant béuédicUn n'a pas supposé un instant que ce fût un Hercule gaulois, il en fait une figure consacrée au culte de Mithra. — Le môme auteur doime comme la représentation d'un Gaulois déguisé, en Thonneiir de Mithra, la statuette d*UQ jeune Chinois (PI. 20, fig. 1).
(1) Prudent! ergo lectori ea, quœ de Crutzmana ab hisloricis nostris passim referuntur, non possuut non suspecta, imo, si recte inspiciat, falsa viderL T. I, p. "«O.
3ii NOriCK SrU LKS KIGLRKS VliLUES
AlIcmaDds, allait jusqu'à la communauté de religion. De là le petit excès de synlhësc contra lequel nous nous âomnit> élevé.
M. Klcnim consacre une planche de son ouvrage à la reproduction de quatre personnages velus agenouillés, lenaat des massues, qui sont, suivant lui, des hercules germains. Le« planches du Manuel d archéologie germanique sont extrêmement faibles suus le rapport du dessin, et l'on pourra s'en faire une idée en comparant la figure que nous donnons ici à
celle qui porlu le n" I de lu pi. XX de cet ouvrage. L'une et l'uulre l'eprésenlenl la même statuette de bronze, qui, du cabinet de Caylus, est passée dans celui de la Bibliothèque l'oyale.
Un remarquera que cet Hercule porte la barbe taillée comme le duc Jean Frédéric de Saxe, le célèbre chef des réformés dont il reste de si belles médailles. 11 est à peine besoin d'à-
jouter que la raison de cette conformité, qui n'aurait pas du échapper à Tœil d'un antiquaire allemand, dérive de Tàge de notre statuette qui, elle encore, est un pied do chandelier. La tète est un peu baissée et le trou dans lequel entrait la tige, au sommet de laquelle était placée la lumière, passait au milieu des épaules.
Voici donc ces cruels sauvages, ces enchanteurs menaçants humiliés, agenouillés et servant de varlets ou do fols aux chevaliers qui n'allaient plus les combattre au fond dos forêts. C'est la dernière expression de ce type, dont nous avons esquissé l'hstoire et que nous croyons inutile de suivre dans son rôle héraldique.
Quant à la figure de Casterlé, nous pouvons dire maintenant qu'elle nous paraît tout prosaïquement avoir supporté un flambeau. Les nombreuses variantes de cette même idée que nous avons réunies ici, ne sont pas à la vérité la reproduction exacte de la statuette publiée à Bruxelles, mais elles lui ressemblent avec cette diflérenco de rapport qui existe entre la similitude et l'égalité. Nous avons à dessein recherché des nuances diverses d'un type, et l'on peut appliquer à notre collection le mot de Gor^the : C'est l'unité constante variée à l'infini. Si Ton arguait de ces variantes contre nos conclusions, il faudrait alors désespérer, h tout jamais, d'appliquer une dénomination quelconque à une figure. Les Vénus d'Arles, de Médicis, du Capitole, ne pourraient aspirer h l'honneur de représenter la même divinité, encore moins serait-ce le droit des Vénus de toutes les dimensions et dans toutes les attitudes que l'art de huit siècles a enfantées. Nous avions autrefois décrit des figurines de fer et l'on s'appuyait sur la difTérence de métal pour nous combattre; aujourd'hui nous citons des sauvages velus de bronze, d'ivoire, d'argent, de pierre; •:?:Otpf.s; yip h zWtqxsç, xav y^pù^tx l'/r^ rjjjiSsXx.
En nous appesantissant si longtemps sur une question qui, pour beaucoup de nos lecteurs, est déjà jugée dans la pratique, nous avons voulu répondre à l'honneur que nous a fait le savant académicien de Bruxelles, en nous invitant à continuer
■H6 NOTICK SIR t.KS FiniRKS VRI.LF.S IH' MOVK\ Af.F.
la discussion di's faits qui onl paru înlérosser plusieurs dp sw-s collègues. Nous espérons que notre démonstration sera acceptée. S'il était cependant quelques points sur lesquels il paraUraitnécessaircque nous donnassions des développements iillérieurs, nous nous oITorcerions d'arriver k une oxpositiiin plus claire de notre pens*'*o.
Lettre <i M. de la Sattsxeit/p à propos de la notice <le M. A. Durand xiir qudqiiat Pikcrs satihioues RFXATtvRs a i,\
IIÈVOLUTIOX KRAXCAISR.
|i|>. RI -Ht.]
Mnn rher ami.
C'ost avec un vërîtahlr' inlén'-l qu<« j'ai lu la noiicc (l(> M. A. Durand sur quelques pièces satiriques relatirrs A la Révolution française, et comme preuve de cet inlérAt même, je vous demande la permisBion de vous soumettre quelques remarques qui ne seront pas, je crois, inutiles à l'explication complète de ces bizarres monuments.
Le premier token {!) porte la légende THE WRONGS OF MAN, autour d'un livre sur lequel est inscrite la date du 21 janvier 1793. Il me semble indispensable de faire observer que le mol' Wrùngs fait opposition à Rights dnns la phrase tbe Hights of mnn, les Droits de l'homme, titre du livre de Thomas Paine (2). To he rigtli signifie avoir raison, et fo be irronq, avoir tort. Il y a Ik un jeu do mots par voie d'altusion (3) qui éohappi> à toute tentative de traduction, et qui implique en défmitive uue accusation contre Paine et ses écrits. Un en pourrait conrlure que lex droits de l'homme ont eu pour torf la mort di-
(1) Pièce airepUe, monanin de ronflnnri' nnalntnii' à no» monncrnnti. — V.ifei la p). XXII du vol. ùp iftiir..
(ï) lUgtil* ofman, heini/ an nniicir (o ,W. Burkr't nlliKk nn Ihi" fttnrh rrrn. Mian. Loadon, 1192.
(3) CommeDt ne pan tp rappcli^r A ci> propos If dioI du pnpf- r.r£ffoin> XVI 'i Tolre jeune compagnon i\f voyage, M. R.'f — Sainl-P^rp. jf hlRmon drnit. — PrPDPi Knrdc. mon jpunp nnii. dp ]>■ luire de Irarerf,