SUR DEUX DENIERS FRAPPÉS EN PROVENCE
on eût appelé une ligue monétaire (1). La pièce de Manosque ne porte pas Tinscription Beats Maries^ mais il n*cn est pas moins vrai qu'elle est frappée dans une ville où il existait une Notre-Dame célèbre sous le nom de Virgo romigeria (2). La rosace de toutes ces monnaies pourrait donc être considérée comme un emblème de la Sainte Vierge, la Rosa mystica ou la Stella matutina; peut-être cette signification n'aurait-elle été donnée au type que vers le xni'' siècle, époque à laquelle ont été frappés les deniers de Gap, d'Orange et du Puy, et cela par suite d'une fausse interprétation du type primitif arrivé à un degré de défiguration qui le rendait méccmnaissable (3). Les monnaies de Manosque me semblent incontestablement plus anciennes que celles dont je viens de faire Ténumération, et le type qui se voit sur le revers de ces monnaies présente bien plus d^analogic avec le chrisme qu'avec une rose. Je citerai comme point de comparaison le monogramme du Cbrist qui se voit sur un tiers de sol d'or mérovingien portant la légende + MERIS MONET— + NEIOIALO CAS FIT qui fait aujourd'hui partie des collections de la Bibliothèque nationale et que j'ai attribué à Najejouls ; et ceux qui figurent au revers des deniers mérovingiens de Chalon-sur-Sa6ne, et du tiers de sol de Creteil (4).
(1) Telles étaient dans iantiquité les monnaies frappée» par les villes qui faisaient partie de la ligue acbéenne; telles encore les denii-drachnies fabriquées en Lycie dans tontes les villes avec le type uniforme de la lyre dans un carré creux.
(2) En français» Notre-Dame de Romigier; c'est une vierge noire, & ce que je crois. Voy. Colombi» Opu»cula varia, Lyon, 1668, p. 59. Ce révérend père donne de ce surnom une étymologle plus ou moins contestable. 11 assure que la figure de cette vierge, perdue u l'époque de l'invasion des Sarrasins, fut retrouvée par un pAtre dont les boeufs étaient engagés dans des buissons qui se nomment rtmiijf eu provençal.
(3) La Vierge du Puy est célèbre; le Gallia rhristiana rapporte une inscription gravée sur un pilier de la cathédrale d<> cette ville :
Civitailhre tmn n'nriliir, Aee vifice/kr : iie iêçitur; Per âtariam protegthtr^ Bmc priviiegiata.
(4) Voy. Notice des monnaies franc, de la coilection de M. J. Bousseav, pag. 87 et pi. Il, n. \9H. — Voy. encore Conbrouse, MonHaires mérovingiens,
?0l DISSERTATION
Manosque est, comme on sait, une petite ville de Provenc**. située dans un lieu très pittoresque entre Sisteron et Aix. Oc croit y reconnaître le Bormannicum cité par Pline, et YAlnynium de l'Itinéraire d'Antonin. Ses historiens Tidentifient avet le Macaovilla mentionné par Grégoire de Tours, nom don: Paul Diacre a fait Machovilla (1). On prétend aussi qae cetti" ville fut reconstruite vers le vni* ou le ix* siècle avec les ruine* de quatre villages, et que c'est pour cette raison qu'elle porte quatre mains dans ses armes. B n'est pas besoin d'une grande expérience en fait de blason pour voir que ces mains, vnamt^, sont les armes parlantes de Manosque (2).
Quoi qu'il en soit de ces conjectures sur lesquelles la critique moderne pourrait longuement s'exercer, nous voyons Manosque figurer dans l'histoire d'une manière certaine à une époque assez reculée. En 979, Guillaume, comte de Provenc<\ y tint un plaid solennel.
En 1065, les comtes Guillaume et Geofroi accordaient à Tabbaye de Montmajour une part de droits sur la terre de Manosque (3). En 1149, Guignes, le premier des comtes de Forcalquier qui se soient fixés dans cette ville, en fit don aux chevaliers de saint Jean. 11 s'exprime ainsi dans une charte qui nous a été conservée par le père Colombi : Bono hospiiali lerosolymitano Manuescam, burgum et castellum et toias auras
pi. XVm, n»» i3, 14, 15; pi. XX, n» 10; pi. XXUl, n» 25; pi, CCXL, no 6. — Un ilenier d'argent «ans légendes avec le chrisme sans P, an revers, Conbrouî^, Monét, mérov., pi. I, n. 8. — Les deniers fabriqués à Milan et à Pavie pour 1<>s empereurs Béranger et Rodolphe, portent le monogramme du Christ, Os pièces qni avaient certainement cours en Provence et en Dauphiné, ont p^^atêtre donné naissance au type de Vienne et de Manosque.
(1) Plin.,/fM^yui/.-- Anton., /ft'n.,Wessl, 343, 388.-- Greg.Turon.,0f^.Fro]ar.. lib. IV, cap. xxxix. — Paul. Diac, De gesHs Longobardorum, lib. III, cap. m.
(2) C'est ainsi que Bapaume porte de gueules à trois mains d'argent, par allusion à la syllabe pai^me.
(3) Bouche, Hisi. de Provence, t. I, ad p. 28. « Ego Willelmns et ego Gaufredus comités reddimus et donamus totam decimam de villa quam noaiinaot PertusOf quod olira avus noster Willelmus dederat nionasterio Montis majoris. adjungimus ad banc donationem quatuor mansos, cum medietate decîmi de una medietate quam pater noster Bertramnus dédit in villa, quie valgo nominatur- Manuesca, et propter banc donationem, accepimns centum solidos a monacbis ipsius monasterii. »