‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 237 sur 280 · SUR DES MONNAIES NORMANDES INÉDITES · texte numérisé non relu

SUR DES MONNAIES NORMANDES INÉDITES

légende WILELMVS. (V. Rev., 1843, pi. v, n^ 1.) Cette pièce est, ainsi que je l'ai déjà dit, « d'un travail encore tout cailovingien. Les caractères sont net9 et les grenetis bien formés : c est sans contredit la plus ancienne des monnaies normandes qui nous restent (1). »

Vous avez pensé que, d'après la forme des lettres qui composent ses légendes et les caractères de sa fabrication, ce denier devait être contemporain de certaines monnaies du Poitou qui sont incontestablement du xi* siècle. Sur celui-là, comme sur ces dernières, disiez-vous, la pureté des caractères, la netteté de la fabrication ne sont nullement en désaccord avec la loi de la dégénérescence des types, car le type de la croix, tant à l'obvers qu'au revers de la monnaie, ne se rencontre que sur cette seule pièce normande ; elles confirment seulement une obsei*vation que Ton peut faire sur les monnaies de presque tous les siècles de l'bistoire : c*est que la beauté ou la barbarie de la fabrication des monnaies est généralement en rapport avec la puissance ou la faiblesse du prince et du peuple qui les ont fait frapper. Ce principe posé, la monnaie, sous Guillaume le Conquérant, a dû atteindre un degré de perfection qu'elle n'avait pas sous les ducs de Normandie qui l'ont précédé.

Il y a là une observation générale très juste, quant à Tinilucnce de la puissance des princes et de la prospérité des États sur la bonté et la beauté des monnaies ; mais je ne crois pas qu'elle puisse s'appliquer à Guillaume, qui en Normandie n'était que le continuateur d'usages parfaitement établis, et qui, en Angleterre même, où il était devenu chef d'une dynastie, n'a fait que copier la monnaie d'Harold, ce qui est bien plus extraordinaire.

A n'en juger que par la gravure que j ai publiée, je conçois qu'on puisse établir un certain rapprochement entre ce denier à la légende WILELMVS et les monnaies du Poitou, frappées au xi^ siècle ; mais si l'on compare les originaux, on remarque une telle diiïérence de style que l'on ne peut plus admettre de contemporanéité.

(i) Rev, num., i843, t. VU!, p. 56. — V. p. 148 fil 151, n« 1, du présent Tolumc.

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L'épaisseur du flaon, le relief des lettres du denier de Rodé; n'oat d'aaalogues que dans les monnaies de Raoul, de Loiii' d'Oulre-Mer, ou des pièces anglaises de la même épiMjne.

Je citerai en particulier un denier d'Ëthelweard, roi d'L> ' tanglie (870-895?), découvert à Gravcsend, en 1838, qui por'.

une croix sur chaque face, absolument comme la monnaie <!< Guillaume. Cette communauté de type est concevable poT des monnaies frappées, à une trentaine d'années de distano par des princes voisins ; mais elle serait bien étonnante si \<<i reconnaissaitquelapiècede Rouen est plus récente d'unsièc. et demi que le denier anglais.

Au surplus, j'ose dire, et vous voudrez bien excuser m \ franchise, qu'une démonstration presque irréfutable de ma opinion résulte de l'ordre même que vous avez assigné am monnaies de Normandie dans la planche que vous avei fi: graver sous le n" i , pour accompagner vos Lettres sur fBi^ toire monétaire. En effet, les pièces figurées sons les o" l.i et i à 9 sont ordonnées suivant une progression de barbuv parfailcment sensible, tandis que le a' 10, le denier de Giùllaume, vient produire un contraste des plus extraordinaires L'œil n'éprouverait pas une sensation plus vive à coalemptr' un gros-tournois de saint Louis, placé à la suite des plas terat? gros-blancs du roi Jean.

Je comprends combien il est difficile de déterminer Ykp d'une monnaie, d'après un dessin, quelque bien fait qu'il sir d'ailleurs ; aussi est-il bien probable que si, depuis l'impression de vos lettres, vous avez pu, Monsieur, examiner dans 1 musée de Rouen le denier anonyme de Saint-Romaîn {Rer . 1843, pi. V, n° 8 (1); Lettres sur l'Btst. mom, pi. i, n" 3),voi:-

(1) p. ISI, a" S, du présent vuluuie.

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