ROMULUS, PILS DE M'AXBNCÊ
le langage de la société romaiao, et il ne se trompait pas plus en développant une formule abrégée, qu'un anglais qui aurait k compléter les notes M. A. — F. R. S. ~ F. S. A. — F. G. S. - M. P. — ■ K. G. qui suivent les noms de ses compatriotes.
Ce n'est pas avec l'imagination ni k coups de dictionnaire qu'on peut commenter les monuments de l'antiquité; on n'y {>arvient que par une étude intime des époques qui les ont produits. Les gens spéciaux comme Borghesi possèdent k cet égard des lumières dont la valeur échappe quelquefois k l'appréciation de personnes moins heureusement préparées.
MONNAIE INCUSË DE RHÉlilUM
(Extrait du tome XI [nouvelle sérii;) de la Heeue numismalique, 1866, pp. 26S-277.]
Peu de temps avant sa mort, M. Prosper Itupré avait acheté la monnaie dont noua reproduisons ici le dessin. Son premier projet avait été de la publier dans notre Revue, et de nous donner encore une fois une preuve de son amitié el de celte activité précieuse qu'il avait conservée malgré son Age presque séculaire. Mais quelques semaines plus tard, il nous envoyait l'empreinlc de ce monument unique qu'il nous chargeait de décrire à sa place, ajoutant ces mots : « £n vous promettant une notice sur mon médaillon inédit de Rhégium, j'ai trop présumé de mes forces et de ma santé; je n'ose plus me confier à ma mémoire; si le hasard me faisait reproduire ' une opinion déjà émise, je passerais pour un plagiaire. >• Assurément cette idée ne serait venue à l'esprit d'aucun de nos contemporains. La loyauté de notre vénérable doyen était aussi connue que son aimable cui'actère ; mais M. Ûupré pen-
MONiNAIE INCUSE DE RHËdlUM. H7
sait à Tavenir. Kn nous acquittant de la mission qu'il nous a confiée alors, nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer le regret que nous éprouvons de nous trouver privés des aperçus ing'énieux qu'auraient inspirés à ce savant homme sa longue expérience et son amour de l'antiquité.
Les plus anciennes monnaies de Rhégium qui fussent jusqu*à présent connues sont : l"" la drachme portant une face de lion et un carr^ creux au revers, pièce du Musée de Glasgow, publiée par Ch. Combe (1), admise par Tabbé Barthélémy et par Mionnet ; mais dont Millingen ne parle pas dans ses Considérations sur la numismatique de l'ancienne Italie, ce qui ne laisse pas que de nous inquiéter.
2* Les pièces au type samien (face de lion et tête de bœuf), émises des deux côtés du détroit, et qu'on trouve avec les légendes RECINON et MESSENION (2).
3o Les tétradrachmes représentant un personnage barbu conduisant un char, tantôt tiré par un seul cheval (non pas une mule), tantôt par deux chevaux; olTranl en outre au revers un lièvre courant avec la légende RECINON, de droite à gauche (3) et correspondant au tétradrachme de Messine avec les mêmes types et la légende MESSENION de droite à gauche (4). Plus les divisions.
Les Samiens et d'autres Ioniens vinrent en Italie l'année de la prise de Milet par les Perses, c'est-à-dire en 494 avant notre ère. Voilà pour la limite supérieure du type composé d'un lion et d'un bœuf.
Mais on ne connaît pas de monnaie portant ce type avec la
(!) Sum, vet. Musei Hwiter.y 1782, p. 243, pi. XLIV, n»» 15. — Reproduit par r«bbé Barthélémy, Mém. deVAcad. des inscript., t. XLVII, pi. Ul, no 30.
(2) MagnaD, Brutt. ninn,y pi. XXIV, n^ 2. — Nous ne reuToyons pas au recueil de Carelli, édité en 1850, à Leipsig, par Cavedoni, parce que les planches (le cet ouvrage ne permettent pas de se rendre compte du stylo des monnaie». — Torremuzza, Sicil. vet. ntim., 1181, pi. XLV, n»* 7, 8.
(3) Et non pas pétrograde, comme on le dit quelquefois & tort, lorsqu'il **agïi d'une époque où la marche de droite à. gauche était normale.
(4) Taylor Combe, Vet, pop. num. Mus. Brit., 1814, pi. HI, n<> 27. — Mus. Hederv. num. ant,. Vienne, 1814, in-4», pi. llï, n« 57. — Pellerin^ i?tfc. petip/. et viUes, m, pi. CXI, n« 53. — Torremuzza, toc. taud., pi. XLVII, n«>» a, 8. — Ch. Combe, .¥««• Hunt., pi. XXXVII. n« 4.— Mionnet, Bec. de planches, pi. LXI, n° 5.
H8 MONNAIE INCUSE DE RHÉGIUM.
légende DANKLE. Les pièces siciliennes au type samien oflronl la légende MESSENION, ce qui prouve qu'elles ont été frappées après qu'Anaxilas, aidé des Messéniens, expulsa les colons venus dlonie (vers 490 av. J.-C). Si Ton admet que les monnaies de Rhégium au type samien furent fabriquées avant cet événement considérable, il ne faudrait pas dire qu'elles ont été imitées de celles de Messine.
Les tétradrachmes représentant le char et le lièvre doivent leur type au tyran Anaxilas qui mourut en 475 avant Jésus- Christ. Ces pièces sont rares. Eckhel a cité à ce sujet le passage de Julius Pollux qui nous apprend qu' Anaxilas, après avoir importé les lièvres en Sicile et gagné le prix de la course à Olympie, avait rappelé ces faits sur la monnaie des Rhégiens (1). C'est encore Messine qui parait avoir emprunté à Rhégium un type qui se conserva fort longtemps en Sicile et s y altéra même sensiblement.
Il est facile de reconnaître que la monnaie de M. Dupré prend place avant toutes celles que nous venons d'énumérer. La forme des caractères qui composent sa légende RECINON indique le vi" siècle. Son type la rattache à la série des didrachmes à figures en creux, frappées par les villes de la Lucanie, du Bruttium et de la Calabre, en un mot dans toute celte extrémité méridionale de l'Italie qu'on peut déterminer exactement en traçant une ligne horizontale de Posidonia à Tarcnte (2). On est véritablement en droit de dire que Rhégium manquait à la liste de ces villes dont M. le duc de Luynes a autrefois décrit le numéraire avec tant de soin.
Le taureau à face humaine que nous voyons ici admirablement modelé et placé sur une belle ligne d'oves, représente peut-être Achéloiis, le fleuve par excellence, dans l'attitude du combat; peut-être aussi, et plus probablement, le fleuve de
(1) Onomasticony hb. V, cap. XII, § 75. — Cf. DocL num., t. !, p. 177.
(2) Le cabinet des médailles possède un didrachme du même stylp que ceux de Siris, mais offrant la légende AMI écrite de droite k gaucho, pièce qui provient de la collection de M. le duc de Luynes, et est attribuée à Amiternum. Il nous parait impossible d'admettre que cette pièce incuse ait été frappée dans Je pays des Sobins, a environ cent lieues au nord-ouest de Tarente.
MONNAIE INGUSE DE RHÉGIUM, 119
Rhégium. Les géographes anciens ne parlent pas de ce dernier, et cependant on Taporçoit au midi de la ville, quand on arrive do Catane. C'est un petit torrent qui descend de la montagne profondément ravinée sur toute la côte. Les minces cours d*eau que Tantiquité grecque a célébrés sous le nom de fleaves n'ont aucune ressemblance avec le Rhône, la Loire ou la Seine. Il faut cependant tenir compte de la crue rapide des torrents, de leur effrayante impétuosité; on comprendra l'impression qu'ils ont produite et l'idée qu^ont eue les anciens de les comparer à un taureau. Nous dirons plus loin quelques mots encore sur le fleuve de Rhégium.
Un numismatiste de mérite a reproduit, il y a peu de temps au sujet du taureau androcéphale, une opinion émise par Eckhel à une époque où l'archéologie était encore à peu près privée du secours de la céramographie (1).
M. L. Sambon nous permettra de résumer ici ses arguments avant d'y faire une courte réponse, preuve de notre attention et de notre estime.
1® Les nombreuses recherches faites au sujet du type mystérieux, celui du dieu inconnu que les anciens représentaient sous la forme symbolique du taureau h face humaine, n'ont abouti qu'à des conjectures.
2* S'il résulte de témoignages irrécusables que le type du taureau h face humaine se retrouve sur divers monuments de l'Asie qui remontent à la plus haute antiquité, c'est néoes- Aairement dans les traditions religieuses de cette région et non pas dans les mythes postérieurs de la Grèce qu'il faut chercher la première idée dont ce type est l'expression.
3<* Comment appliquer au fleuve Achélous vaincu par Hercule ridée complexe de force et d'intelligence indiquée par le type du taureau à face humaine ?
4' Comment expliquer l'étoile qui, sur les plus anciens bronzes de Naples, se voit sur l'épaule du taureau, et qui figure au-dessus de ce môme animal sur des monnaies moins an- Ci) U Sambon, Recherches sur les anciennes monnaies ile P Italie méridionale , Nnple», 1863, p. 29. — Voy. la diBsertation d'Eckbel, Poct. num., t. ï, p. 129.
«20 MONNAIE INCUSE DE RHÉGIUM.
ciennes? L'étoile indique des rapports avec la sphère céleste. Comment justifier ces rapports à propos de TAchéloûs?
Suivent des considérations sur le rapport de Baccbus avec Osiris qui était adoré sous la forme du bœuf Apis. Mais nous ferons remarquer tout de suite que l'assimilation de Bacchu» et d'Osiris ne s'appuie que sur Topinion de quelques Grecs, et qu'elle ne ressort en aucune façon de Tétude des monuments émanés directement des Égyptiens ; que ceux-ci n'ont jamais représenté Apis sous la forme d'un bœuf à têt«3 humaine ; qu'il faut donc, dans celte question, laisser l'Egypte de côté.
Voici maintenant ce que nous avons à répondre :
1° Si Ton s'en tenait aux travaux d'Avellino (1) et de Streber (2), on pourrait, jusqu'à un certain point, parler de conjectures. Mais quand on a lu les Monnaies inciises de la Grande Grèce de M. le duc de Luynes (3), les observations de Millingen(4), la note de M. de Witte sur le vase n® 92 de la collection du prince de Canino (o), l'article de M. L. Urlichs (6). celui de M. Minervini (7), et enfin le mémoire de M. Éd. Gerhard, publié en 1862 (8), on peut, sans courir aucun risqae, affirmer qu'on est en présence de faits positifs.
2** Le taureau à face humaine, ailé, coiffé d'une tiare, a été
(1) Osservazioni sul tipo del bue a volto umanOf owio nelle medaglie délia lialia e délia Sici7ia, dans les Atti délia Società Pontaniana, 1. 1, p. 320; réimpr. dans le Gioimale numisniatico, Naples, 1811, t. \l, p. 10; édition augmentée sous le titre : Osset*v. sul toro a volto umano, dans les Opuscoli diversi, Naples* 1826, t. I, p. 81.
(2) Veher den Slier mit dem Menschengesichte auf den Mûnzen von Unteritalien und Sicilieuy Munich, 1836, in-4o. Dans les Mém, de VAnad. des sciences, t. n, p. 433.
(3) Nouv. ann. de Vlnst. arch,, Paris, 1837, 1. 1, p. 372, pi. XIÏ.
(4) Rec, de quelques médailles grecques^ Rome, 1812, in-4», p. 7. — Transartions of the R» Soc, of literaf.j 1825, 1. 1, p. 142. — On a fictile vase repres. thr contest fietw, Herc. and the AcheL, 1830, t6iV/., t. 11, p. 95.
(5) Descr. d'une collect. de vases peints provenant des fouilles de VÉtrurie, 1837, p. 48.
(6) Ercole ed Acheloo^ dans les Annal, de tlnst, arch,, 1839, t. XI, p. 265. tav. d'agg. Q. — Otto Jahn, Beschr. der Vasemamml, in der Pinak. zu Mttncheii, 1354, p. 74, no 251.
(7) Buliet. arch, KapoL, nouv. sér., t. VI, 1858, p. 37.
(8) Arrh. Zeit,, Denkm. und Forsch., décembre 1862, p. 343, pi. CLXVII H CLXVIll. — Voy. aussi le Rapporta volcenle, Amt. de Vïjnt. arrh.^ 1S3I, p. 47.
MONNAIE INCUSE DE RHÉGIUM. i21
retrouvé en Assyrie et en Perse, où il paraît représenter le roi, comme en Egypte le lion couché à tète masculine iconique, qu'on a grand tort de confondre avec le sphinx. Nous demanderons à notre tour si les Perses et les Assyriens ont jamais eu Tintention de représenter Bacchus à la porte de leurs palais. L'étude de leurs religions (si différentes), telle que les monuments permettent do la faire aujourd'hui, autoriserail à répondre négativement. Quant au taureau androcéphale figuré debout sur ses pieds de derrière dans les compositions qui décorent certains cylindres babyloniens, son rôle est considéré par quelques antiquaires comme^ sacerdotal. Il est bien important de ne pas assimiler arbitrairement des images royales, des grades d'initiés, avec des figures de dieux. Quel rapport le roi Sargon et le roi Xerxës, personnages parfaitement historiques (le second contemporain d'Anaxilas), peuvent-ils avoir avec THébon ou Bacchus infernal des Grecs d'Italie ou de Sicile ?
3* Il est le plus souvent assez difficile de retrouver Torigine du symbolisme grec, mais on peut quelquefois savoir ce que les (jrecs eux-mêmes en pensaient.
Ici c'est le cas : Strabon citant les paroles si connues de Déjanire dans les Trachiniennes de Sophocle (1), ajoute qu'on aura pu dire que TAchélous se montrait sous la forme d'un taureau, tant à raison du bruit mugissant de ses eaux que de ses détours appelés cornes (2). Strabon ne dit pas qu'Achéloiis fût androcéphale ; mais les monuments les plus authentiques lont dit bien des siècles avant lui. Mentionnons deux vases de très ancien style conservés au Musée Britannique (3), deux amphores bachiques du Musée de Berlin (4), la belle amphore qui a fait partie de la galerie de M. le duc de Blacas, et qui
;«*} Traeh,,vtn 9 à 14.
(2) Geogr., éd. de Casaub., 1587, lib. X, p. 315. ^Trad. de la Porte du Thoil, iu-*', 1814, t. IV, p. 58.
(3) Birch et Newton, A catal. of the greek and etrusc, vases in the Brit, Mus., 4851, p. 45, n« 452, et p. 96, D» 536.
(4) Gerhard, Berlin*» antike Biidw., 1835, p. 213, u* 661, et p. 215, n«669. - Cf. Koorad Levezow, Verz, der ont, Denkm. im Antiqu. d, K. Mus, zu Beriin, 1834. p. 128, n» 661. et p. 130. n» 669.
iK MONNAIE INCUSE DE RHÉfiRiM.
orne aujourd'hui le cabinet do notre ami J. de Wîtte (1). Les compositions mêmes qui décorent ces vases, dans lesquelles nous voyons le taureau androcéphale en lutte avec Herculo, no laisseraient pas de doutes sur le nom qu'il faut donner à la figure mise en discussion. Mais qu'opposer à l'évidence de ces deux précieuses amphores du Musée de Munich et du Musée du Louvre, sur lesquelles le taureau à face humaine attaqué par Hercule est accompagné de son nom : AXELOOZ, — AXEL (2)? Donc, quelles que soient les raisons qui ont déter* miné les Grecs à représenter AchéloUs sous la forme d'un taureau androcéphale, it ne nous reste qu'un parti à prendre, c'est d'accepter le témoignage des monuments, parfaitement d'accord avec le texte de Sophocle, texte antérieur de neuf siècles aux écrits de Nonnus, qu'on a tenté de mettre en parallèle (3).
4» Quant k l'étoile ou plutAt à l'astre en rapport avec la figure du fleuve Sébéthus sur des monnaies de Naples, nous ne saurions mieux faire que de renvoyer à la dissertation spéciale publiée par M. J . do Wittc, tous les éléments de la question étant réunis dans ce travail (4).
Avellino, dans le mémoire où il essaye de démontrer que lo taureau à face humaine ne représente pas un fleuve, cite en faveur de son opinion notre célèbre E. Q. Visconti. Il est vrai que ce grand antiquaire avait été impressionné par l'avis d'Eckhel, en qui il plaçait avec raison une grande confiance.- Mais Avellino n'avait probablement pas lu Visconti jusqu'au bout, car il eût remarqué cette phrase : « Non ardirei per altro negare chc i fîumi non fosser talvolta effigiati anch' essi netla medesima forma (di tore), ne altra è forse la causa délia favola d'Acheloo (5). » Qu'aurait dit Visconti, lui qui connaissait si bien les monuments, s'il eût vécu k l'époque des grandes découvertes de Vulci?
(t) Gerhard, JrcA. Zeil., 1863. pi. CLXVIII.
l2) Publiée par L, UrlichB, abi supra, et par Gerhard, Arch. Zeil., 1862. pi. CLXVll.
(3) V. le mémoirB d'Avellino, Opuic. di»,, loc. laud. (i) Le taureau à face humaine. Revue numirm., IgiO, t. V, p. 391. (S] Mui. Pio Clem., I. V, p. 17 et 18, parUcullèrement la note f.
MONNAIE ÏNCUSE DE RHÉGIUM. i23
Du moins nous savons ce que pensait Ottfried Mùller: « Sur un vase de Girgenti, dit-il, Acheloiis est représenté sous la forme d'un taureau avec un 'visage humain. Il est à peine possible de ne pas reconnaître dans une figure identique du prétendu Hébon qui se voit sur les monnaies de la Campanie et de la Sicile, un dieu fleuve, tel par exemple que le Gelas sur les monnaies de Gela (1). ))
Ce n'était certainement pas sans dessein que Tillustre ar-. chéoiogue de Gœttingen avait choisi cet exemple ; car sur les monnaies de la ville de Gela, le Gelas, qu'il soit androcéphale ou sous la forme d'un taureau ordinaire, est désigné par son nom FEAAS, qui ne saurait être confondu avec celui de la localité, FiXa. Or si le Gelas est, comme il est impossible de le contester, représenté sous la forme de taureau androcéphale, pourquoi le Chydas d'Âluntium, le Sébéthus de Naples, le Latis n'auraient-ils pas été symbolisés de la même manière ? Si Eckhel avait fait cette remarque, s'il avait pu connaître les peintures de vases accompagnées d'inscriptions, sa logique habituelle ne lui eût pas permis d'hésiter.
Revenons à notre médaillon. On est frappé de la ressemblance de son type avec celui de certains tétradrachmes de Catane, très beaux de style, mais bien plus modernes (2). Sur ces derniers, le fleuve tauriforme Aménanus est accompagné de poissons, ou d'un satyre qui rappelle la figure gravée près de celle du fleuve Numicus sur la curieuse ciste prénestine où se voit iEnée chez Latinus (3)..
Si l'on s'en tenait aux témoignages de seconde main, ce qu'il ne faut jamais faire, on pourrait attribuer la similitude des types de Rhégium et de Catane à une cause plus directe encore que des relations de voisinage. Cellarius, en effet,
dans sa Notitia orbis antiqtii, interprétant quelques vers de
(1) Handbuck der Archmol. der Kunst, 1M30, p. 549; 1848, p. 638.
(2) Torremazza, Sic. vet. num,, pi. XXI, n*» 5 et 7. Un dessin meilleur dans le mémoire de Streber cité plus haut, Ueber den Stier^ etc.
(3) Monum, delV Inst, arch.j vol. VII, tav. VIL — u II panciuto Sileno frequenlissimo sulle ciste prénestine corne demone délie fontane. » H. Bninn, Annal, de VInst. arch., t. XXXVI, 1864, p. 362.
i24 MONNAIE INCLSE DE RHÉGIUM.
Scymnus de Chio, attribués de son temps à Marcien d'HéracIéc, en avait conclu que Catane avait reçu une colonie de Rhégium (4). Mais lorsqu'on se reporte au texte original, non tronqué,
Merà xatOta 8' àicb NaÇou Aeovtîvoî ts, xaii T| TTjv Olopiv t' é'xoyffa 'Ptjytou icépav, Èict ToO^e TcopO{ioO xei(tévY) toO StxeXtxoO, ZdtyxXY], KatTOvr^, KaXXiicoXi; ^v^' àicoixtav (2},
on reconnaît que les villes siciliennes établies dans le détroit, on face de Rhégium et sur la côte plus méridionale, avaient été en réalité colonisées par les Chalcidions dont il est question quelques vers plus haut, fait rappelé de nouveau dans le vers
Nous avons dit que les géographes anciens ne parlent pas du fleuve de Rhégium. Cependant Abraham Ortelius dans sa carte dltalie, datée de 1595, le nomme le Taurocinium (3). Gabriel Barrio, dans son ouvrage sur la Calabre, cite le Taurocinum (4), Ferrari (5), Baudrand (6), Mentelle (7) enre- 'gistrent dans leurs dictionnaires le même nom, tantôt au masculin, tantôt au neutre. Gela s'appuie sur un passage des fragments du livre des Origines de Caton. Mais si l'on examine ce passage dans les manuscrits, on reconnaît à quel point le nom même du fleuve reste douteux (8). D'après Barrio et
(1) Cambridge, in-i», 170d, p. 651. — Leipsig, in-4o, 1731, t. I, p. 814.
(2) J. F. Gail, Geogr. grxc. min., 1828, t. H, p. 218, tb. 283, 8q. (3j Theatri orbis terrarum parerg,, edit noviss., 1624.
(4) De antiq, et situ Calabr,, Roma, 1737, lib. UI, cap. U, p. 211 et 290.
(5) Nov, Lexic, geogr., Eiseaach, 1677, in-fol.
(6) Dicl. géogr. KittV., Amsterdam, 1701, in-4», p. 248, v» Calopinaco.
(7) Géogr, ancienne, dans YEncycL méthod., 1792, in-4», t. HI, p. 293.
(8) Voir rédition des fragments donnée par M. Heinrich lordan, M. Catonis pr jeter librum de Re rustica qtue extant^ Leipsig, 1860, in-8», p. ix, xlv-xlvii et 15. — Probus, dans son commentaire sur les Bucoliques de Virgile, a cité le passage de Caton. Egnazio a publié ce commentaire en 1507, d*après un manuscrit aujourd'hui perdu. Or c*est dans ce texte imprimé qne se trouvent les mots Begini Taurocini qui ne se lisent pas dans les manuscrits du Vatican et de Paris que M. lordan a collationnés, lesquels donnent Thelunti Tauriam et Theseunti Tauriani. L'inscription d'Ortelius, le témoignage de Barrio que chacun cite sans vérification, ne reposentdonc que sur la lecture (peut-être une émendation> d'Egnazio.
MOiNNAIE INGUSE DE RHÉGIUM. 125
tous ceux qui l'ont copié, y compm Cluvier (1), Romanelli (2) et Zaccagni-Orlandiui (3), le nom actuel du torrent de Reggio sérail Calopinaco. Toutefois l'abbé Pacichellî n'a pas adopté cette appellation (4) ; il se contente de marquer sur le plan de la ville un fiione anonyme.
Pour en finir avec les diverses questions que ce type de la monnaie incuse de Rbégium nous a conduit à discuter ici, nous dirons qu'il ressort de l'étude des monuments et des textes appartenant à une antiquité respectable que les fleuves ont été représentés :
1° Sous la forme d'un taureau, comme sur les monnaies de Siris, de Pyxus, de Sybaris, de Pandosia, de Gela, etc., Sophocle dit qu'Achélotis empruntait la forme de cet animal. jËlien rapporte que c'était sous la figure d'un bœuf que les Stjrrophaliens représentaient l'Érasine et la Métope, les Lacéciémoniens l'Ëurotas, les Sicyoniens et les Philiasiens l'Asopus, les Argiens le Céphise (5)! -
2» Comme un taureau androcéphale. A l'Achéloùs des vases peints^ il faut comparer les monnaies de Laûs, de Rbégium, de Gela, de Catane, de Sélinonte, d'Agyrium, d'Antella, d'Aluntium, d'Hin^era, de Naples, de Nola, d' Jilsernium, de Teanum, de Cales, etc.
3"" Sous la forme d'im homme taurocéphale, tel que nous le montrent les précieuses monnaies de Métaponte dont une variété offre la légende AXEAOIO A6A0N, type en accord aussi avec le texte de Sophocle.
4® En buste cornu terminé par une queue de dragon ; ainsi peint sur un beau vase de Pamphœus conservé au Musée Britannique. Ce fleuve est désigné pai* son nom AXELOIOS (6).
(}) itaL ant., Leyde, 1624, t. U, p. 1296.
(2) Antica iopografiaisL delregn. diNap,f Naples, 1815, in-4o, t. il. p. 89.
(3) AtUlio Zuccagoi-Orlandini, Corografia delV Italia^ Florence, 1844, iu-8«, atlas, pi. I.
(4) il rtgno di Napoli in pi^ospeitiva, Naples, 1703, iu-i», t. I, p. 70. (3) Hist die, lib. II, c. 33.
(6) Birch, TmmacL of the R. Soc. ofUL, ia-S», 1813, t 1, p. 100. — Geiliard, AuserL VasenàHd., 1843, t. H, pi. CXV. — Birch et Newtoo, A calaL of greek vateê in the Brit. Mus,^ 1851, p. 234, n* 789.
■^ MONNAfE rSCUSK DE RHÉGIUM.
i~"«i TkîXîî jpi»>* iXtuTSî de Sophocle. Ainsi les monuments MMi« offwot l'Achéloos sous les trois aspects indiqués par le
VSous l> forme d'un éphëbe taui'océros, c'est-à-dire muni ifi cv>nifs : tel nous apparaissent l'Hypsas des monniùes de Srfinonl"-'. 1*^ Sébéthus de Naplcs, le Gelas, l'Amenanus de TaIu». l'Hipparis de Camariiia, etc.
Il osl bien facile de voir que l'anthropomorphisme progresse . -nf sure qu'on s'éloigne des temps primitifs. A la belle époque JLf Sophocle, comme six siècles plus tard, lorsque ^lien écrix-aii t'est la figure du taureau qui est placée en tète de la série .
[^> médaillon de Rhégium est donc postérieur k ces pièces incuses de Siris et de Sybaris qui remontent au vii° siècle ; mais il n'en appartient pas moins, comme nous l'avons dit en com< nicnicant, à une époque dont les monuments nous inspirent toujours un vif intérêt.
OBSERVATIONS