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LES PIERRES* ÉCRITES DES ARÈNES DE LUTÈGE

pensons que, si Ton n'en aperçoit plus maintenant de traces, c*est qu*à de certaines époques elles ont été vouées à la destruction par le christianisme. Mais en admettant cette cause de destruction, il est certain que des monuments aussi considérables et d'une aussi grande solidité n'étaient jamais détruits de fond en comble ; et, si les fondations des arènes de Paris n ont pas été remarquées, c'est que probablement elles ont été rachées sous les décombres et sous le sol, qui s'est incessamment élevé, comme il arrive ordinairement dans les grandes villes (1). »

Les conclusions du savant ingénieur ont été complètement justifiées par les découvertes qui furent faites dans le sol de Paris à diverses époques. De vastes portions de l'amphithéâtre ont été retrouvées sous une couche épaisse de terres amoncelées, au point même où, sur sa carte de Paris, M. Jollois avait dessiné Tédifice. L'examen attentif des grandes pierres qui composaient les constructions curvilignes, et qui, en 1870, ont élé enlevées et conservées pour le musée municipal, permet de constater que, pendant le moyen âge, les Parisiens vinrent arracher à leurs arènes des matériaux tout préparés, qu'ils transportaient à une assez grande dislance. C'est ainsi qu'à Rome des palais ont été construits avec les solides matériaux que, durant plusieurs siècles, on a tiré du Colysée comme d une carrière à ciel ouvert.

En 1847, lorsqu'on nivela la place du Parvis de Notre- Dame, on trouva, parmi divers débris antiques, douze grandes pierres qui furent, à cause des inscriptions dont elles sont chargées, transportées au musée des Thermes. Ces pierres, comparées avec celles que nous avons vues encore en place dans l'amphithé&tre des terrains de Saint-Victor, présentent une identité complète, soit pour la matière, soit pour les dimensions, le travail de la taille ; et, de plus, les inscrip-

(!) Mémoire *ur les antiquités rvmames ou gallo-romaines de Paris, Ce travail, aaqiiel rAcadémie des iascriplions a décerné, eu 1840, la première médaUl« aa concours des antiquités de la France, a été imprimé dans les Mémoires présentés par divers savants étrangers à l* Académie, 1843, 2« série, t. K (Voir p. 32.)

lions qu'elles portent les unes et les autres sont tracées par le même procédé, en lettres de la même hauteur.

Ainsi donc on s'est servi, dans l'île de la Cité, de matériaux enlevés aux arènes\ et Ton devra reconnaître que cette cause de destruction avait été signalée avec raison par M. Jollois.

Tous les archéologues connaissent les inscriptions en grands caractères tracées sur le mur d'appui qui règne, derrière la précinction du milieu, au Théâtre de Syracuse, et qui donnent les noms de plusieurs princes, entre autres ceuxdePhilîslis et de Neréis : BA2IAISSA2 *IAISTIAOS, BASIAISSAS NH- PHIAOS (1). D ne nous semblait donc pas impossible de retrouver quelque nom historique danslesinscriptions, grossièrement entaillées, il est vrai, mais de grande dimension, qui se voient sur les blocs enlevés aux arènes. Un auteur qui a longtemps étudié les monuments du vieux Paris pensait que ces inscriptions, du moins celles qui ont été déterrées au Parvis Notre-Dame « avaient été gravées plutôt par des oisifs que d'une manière officielle (2) ; » mais cette condamnation ne pouvait résister à une enquête tant soit peu prolongée. 11 devient évident, en effet, par la comparaison des seize pierres conservées au musée municipal, avec les douze que possède le musée des Thermes, que toutes ont été gravées de la même façon, sinon dans le même temps, à l'aide du ciseau; que celles qui sont le mieux conservées portent des noms d'hommes au génitif, tels que Q.GRATh MARATI. MELIAI, MARTIS. Sur trois de ces blocs, dont un au musée des Thermes, nous lisons :

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